Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre Forum
Inscription

Apocalyptica de Drayker



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 20/10/2017 à 17:36
» Dernière mise à jour le 07/12/2017 à 18:45

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Chapitre 62 : Chair malléable et cicatrices de l'esprit
Kate, survoltée comme à son habitude, avait toutes les peines du monde à rester au lit. Sanae, l’Apocalyptica à qui elle devait la vie -à croire que ça devenait une habitude- lui avait dit qu’elle devait encore rester alitée quelques temps par sécurité.

Joshua et Lina avaient passé de longues heures à lui expliquer leur situation, qui étaient ce Will qu’elle n’avait jamais croisé, et Sanae. Ils lui avaient parlé de Jade, qui, condamnée au fauteuil, s’était isolée de tout le monde et qu’on ne voyait que rarement. Ils lui avaient parlé de Fenrir, le gigantesque Arcanin de Will. Ils lui avaient parlé de l’Autre. Et ils lui avaient parlé du dixième sous-sol et de la porte qu’ils n’arrivaient pas à ouvrir.

Et c’était précisément pour cette raison que Kate n’avait aucune intention de rester clouée au lit.

Avec peine, elle s’était relevée de son lit et s’était redressée. Ses jambes tremblaient, elle s’était amaigrie à cause des semaines passées sous perfusion et ses muscles étaient faibles – mais malgré tout, elle tenait debout. Elle avait l’impression d’être une étrangère dans son propre corps – ce qui était techniquement le cas, étant donné que cette apparence n’était pas la sienne.

Lina et Joshua lui avaient dit que son aspect avait changé, et lui avaient donné un miroir. En s’étudiant, la jeune femme avait dû se rendre à l’évidence. Ses cheveux, jadis blonds, étaient à présents parsemés de mèches blanches, brunes, entrecoupés de franges rousses – une kyrielle de teintes déroutantes, mais qui lui plaisaient.


Crédit de l'image : Joshua Calloway - Epocholypse

Ses traits aussi s’étaient modifiés. Son nez était un peu plus retroussé, ses pommettes plus saillantes – ses sourcils plus fins. Sa peau, jadis rendue mate par le soleil du désert, était à présent un peu plus rose.

Kate ne s’expliquait pas tous ces changements. A vrai dire, elle n’était pas sûre de saisir la pleine mesure de ses pouvoirs. Elle se rappelait des éclairs qu’elle avait lancé sur Lyrian – elle n’aurait jamais cru être capable de manifester de telles capacités. Et puis, elle s’était rappelée que sa collègue de cellule, celle dont elle avait copié l’apparence, avait été hybridée avec un Pokémon électrique. Probablement qu’à force d’emprunter cette apparence, elle avait fini par en acquérir les capacités.
C’était probablement aussi de là que venait la régénération qu’elle avait manifesté pendant son coma, et qui avait guéri ses brûlures – quoique lentement.

Mais son corps n’avait pas fait que se soigner tout seul. Il s’était métamorphosé de lui-même.

Et le pire dans tout cela, c’est que son nouvel aspect lui plaisait.

Depuis qu’elle s’était réveillée au laboratoire, sous cette forme flasque et inconsistante qu’elle haïssait tant, Kate avait pris l’apparence de sa collègue de cellule. Lorsque ses compagnons l’avaient appris, ils avaient été au mieux gênés, au pire dégoûtés et méfiants vis-à-vis de ses pouvoirs. Elle, de son côté, s’était sentie carrément monstrueuse, informe. Elle l’avait caché, bien sûr – sous une carapace d’humour et de sourires, de taquineries censées faire oublier aux autres à quel point elle était inhumaine. Et ça avait marché. Mais au fond d’elle, Kate détestait ce qu’elle était, ce qu’elle était obligée de faire, cette morte dont elle avait copié l’aspect.

Mais ce corps-ci était le sien, cette apparence était la sienne, et elle était unique. La personne qu’elle était maintenant, c’était bien elle, et pas la copie de quelqu’un d’autre. Et Kate pouvait en être fière.

Peut-être était-ce pour cela que son corps s’était remodelé ainsi ? Peut-être que ses capacités avaient senti son souhait d’avoir sa propre apparence, et avaient remodelé son aspect en conséquence ? Peut-être qu’inconsciemment, elle avait réalisé son vœu le plus cher, celui de ne plus être une simple copie, mais quelque chose d’unique ?

Elle s’absorba dans ses pensées pendant que ses maigres jambes la portaient à travers les couloirs aseptisés de l’étage résidentiel. Si Kate s’en était sentie capable, elle se serait directement dirigée vers l’ascenseur pour aller jeter un œil à cette porte mystérieuse au dixième sous-sol. Mais elle se sentait faible, facilement essoufflée, et il restait le problème de sa main.

Sa main droite, dont les tendons avaient été sectionnés lors de l’attaque du banc de Carmache, la faisait toujours souffrir. Bien moins qu’à l’époque, bien sûr – elle avait récupéré un peu de mobilité, et elle sentait le contact du béton lorsqu’elle faisait courir ses doigts sur les parois du bunker. Elle pouvait les fléchir légèrement, mais toute tentative de fermer le poing résultait en un violent éclair de douleur dans sa paume qui lui faisait monter les larmes aux yeux.

Elle garderait des séquelles, et elle le savait.

« On se promène ? » fit soudain une voix dans son dos.

Kate se retourna vivement. Elle n’avait pas entendu le panneau de métal coulisser derrière elle, et fut surprise d’apercevoir l’homme qui la regardait, bras croisés, dans l’embrasure de la porte d’une des chambres de l’étage.

Il portait la même combinaison grise qu’elle. Assez grand, il arborait une barbe sauvage qui n’était visiblement jamais entretenue, et ses cheveux avaient définitivement besoin d’être coupés. Mi-longs, ils encadraient un visage aux traits durs, où deux yeux froids la fixaient durement. Les bras croisés dans une posture défensive, l’inconnu ne prenait même pas la peine de dissimuler le revolver à sa ceinture. Tout, chez cet homme, trahissait la négligence de soi et la méfiance vis-à-vis d’autrui, mais Kate sentit aussi une certaine assurance, ou plutôt du pragmatisme – celui du survivant.

« Alors c’est toi, Will Stelmar ?
- Mmh.
- On s’est rencontrés par I.H.M. interposé, lança Kate en souriant. T’as choisi un drôle d’endroit pour un premier rencard, dis-moi. »

La plaisanterie n’arracha qu’un simple grommellement à l’homme, qui ne sembla pas s’émouvoir du tutoiement. L’hybride se pinça les lèvres. Pas très réceptif.

« Où est-ce que tu allais ? demanda l’homme de sa voix rauque.
- Je visitais, c’est tout.
- Tu n’étais pas censée rester te reposer ?
- J’ai toujours été un peu hyperactive, sourit Kate en haussant les épaules.
- Mmh. Attention où tu mets les pieds, se contenta de répondre Will.
- Comme au dixième sous-sol, par exemple ? »

Le survivant la regarda de haut en bas, et Kate sentit le poids de son regard. Elle le soutint sans faillir, malgré sa faiblesse physique, et tous deux restèrent ainsi pendant de longues, à se faire face dans un silence de défiance.

« Tu ne pourras pas rentrer au dixième, lança finalement le barbu. Personne ne le peut.
- Je suis une fille débrouillarde.
- Tu peux prendre l'apparence de qui tu veux. Ça ne servira à rien. »

Kate dû faire un gros effort pour ne rien laisser transparaître de sa surprise. Comment Will en savait-il autant sur elle ?

« Pourquoi ?
- Parce que la porte n'est pas à reconnaissance digitale comme les autres.
- Elle marche comment, alors ? interrogea l'hybride aux cheveux colorés.
- J'imagine qu'il faut un pass, une clé, quelque chose du genre.
- Et en plusieurs semaines dans ce bunker, vous n'avez rien trouvé ?
- Non.
- Les employés de X-Corp n'en avaient pas ?
- Probablement, si, mais je n'ai pas pour habitude de fouiller les cadavres, rétorqua Will. Je les ai tous incinérés quand je suis arrivé. Libre à toi d'aller fouiller les cendres du crématorium, si c'est ce que tu veux.
- Et je suis censée gober ça ? le provoqua Kate.
- Pense ce que tu veux. »

L'homme la regarda quelques instants avant de retourner dans sa chambre sans un mot, laissant Kate plantée au milieu du couloir, perplexe et méfiante.

~*~
Joshua sauta du tapis roulant et resta plié en deux, haletant, tandis que Lina ralentissait le rythme à côté de lui, inquiète.

« Ça va aller ? » s’enquit-elle.

Comme à son habitude, elle s’était rendue à la salle de sport pour sa séance de remise en forme quotidienne, et Joshua avait décidé de l’accompagner ; mais le garçon s’était rapidement rendu compte que quelque chose clochait avec ses poumons.

« Du mal… à respirer… » haleta-t-il, hors d’haleine.

Lina éteignit son tapis roulant et le sien, puis descendit en s’épongeant le front, avant de s’approcher de lui. Elle posa une main sur son épaule et se pencha vers lui :

« Hé. Hé, Joshua. Regarde-moi. Respire. Ça va aller. »

Le jeune homme releva la tête vers elle, et sentit une vague de honte s’abattre sur lui. C’était mortifiant de voir Lina debout au-dessus de lui, à lui sourire alors qu’il était plié en deux, haletant, vaincu au premier effort physique. Pas vraiment l’image de la masculinité qu’il se représentait.

Sanae l’avait prévenu qu’il garderait des séquelles – que le trou que le Nettoyeur avait fait dans ses poumons ne guérirait jamais totalement. Mais il ne s’était pas attendu à être devenu aussi chétif. Il se sentait… handicapé. Incomplet. Diminué.

« Ça va, souffla-t-il. Ça va.
- C’est tes poumons, c’est ça ? »

Il opina du chef et s’assit sur un banc de développé couché, l’air sombre.

« Hey. Te bile pas, ça va revenir. Il faut juste y aller mollo au départ.
- Ça ne reviendra jamais intégralement, rétorqua le jeune homme.
- Peut-être pas, mais ça ne peut que s’améliorer avec le temps et l’exercice, répondit doucement Lina.
- Et si je ne récupère pas ? demanda précipitamment Joshua. Si on doit s’enfuir du bunker un jour et que je suis incapable de courir ? Si je deviens un poids mort ? »

Lina le regarda quelques instants, l’air mal à l’aise, puis pinça les lèvres et s’assit à côté de lui.

« Hé, Joshua. On est en sécurité, d’accord ? On n’a plus besoin de fuir nulle part. C’est fini.
- Tu n’en sais rien, objecta le jeune homme. On ne sait toujours pas ce qu’il y a derrière la porte du dixième.
- Sanae dit qu’il n’y a rien à part les enceintes de confinement. Et même si elle mentait, je ne pense pas qu’elle cacherait quelque chose de dangereux pour nous.
- C’est marrant que ce soit toi qui dise que l’on est en sécurité alors que t’es la première à détester l’idée que Sanae puisse tous nous tuer d’un coup si l’envie lui en prend. » ironisa Joshua.

Le visage de Lina se crispa, et le jeune homme sut qu’il avait touché juste.

« J’ai un trou dans les poumons, Jade ne peut plus marcher, Kate a perdu l’usage de sa main et Thrak est mort, poursuivit Joshua d’un ton acide. Alors oui, on est peut-être en sécurité pour l’instant. On est à l’abri du désert, on a des lits, des douches, de la nourriture. Mais on sera incapables de se défendre le jour où tout ça partira en couilles, et Arceus sait qu’il y a mille façons que ça parte en couilles. »

Joshua sentit un léger tremblement naître dans sa voix et préféra se taire, baissant le regard. Lina le fixa bouche bée, comme si elle n’en revenait pas qu’il puisse tenir ce genre de discours.

Il s’était attendu à ce qu’elle lui dise que ça ne servait à rien de s’inquiéter, qu’ils avaient toujours affronté les épreuves et qu’ils les affronteraient encore, peu importe les séquelles physiques et mentales qu’ils accumulaient.

Mais il ne s’était sûrement pas attendu à ce qu’elle le prenne dans ses bras.

Ça n’avait pas grand-chose d’un câlin. Lina l’enlaça, croisant ses poignets derrière sa nuque, et colla brusquement son front contre le sien, sourcils froncés. Gêné par cette soudaine proximité, Joshua voulut détourner le regard, mais elle lui attrapa le menton et le força à planter ses yeux dans les siens. Elle le fixa une bonne demi-douzaine de secondes, puis lâcha d’un ton sévère :

« Tu vas m’écouter, petite tête, d’accord ? Tu n’es pas cassé. Tu n’es pas handicapé. Tu n’es pas non plus condamné, et je t’interdis de le penser. T’as échappé à la mort un paquet de fois. T’en es toujours revenu, et t’es même allé plus loin que n’importe qui. T’as survécu jusqu’ici, et crois-moi que tu survivras encore, peu importe ce qui pourra nous tomber dessus. »

Elle décolla son front du sien et Joshua vit son regard se troubler. Lina se leva brusquement, les poings crispés à s’en faire blanchir les phalanges.

« Et tu sais pourquoi ? demanda-t-elle avec d’infimes trémolos dans la voix. Parce que t’as toujours été un battant. T’en as pris plein la gueule, mais t’as jamais râlé, jamais émis le moindre doute. Toi et Kate, vous n’avez jamais baissé les bras, vous n’avez jamais abandonné, peu importe ce qui nous tombait dessus. Y’en a qui ont voulu lâcher l’affaire… qui ont arrêté de marcher, qui ont arrêté de se battre, et vous les avez rassurés, vous leur avez parlé, alors que vous aviez vos propres doutes. Et quand ces gens-là étaient sur le point de tout abandonner et de se laisser mourir, c’est vous qui leur avez redonné espoir, et c’est grâce à vous qu’ils sont encore en vie aujourd’hui. »

Elle inspira, la gorge nouée, et le jeune homme comprit qu’elle parlait d’elle. Il comprit pourquoi elle n’avait rien dit au sujet de sa blessure qui s’infectait. Il comprit pourquoi Kate avait eu comme premier réflexe de retirer son arme à Lina après qu’elle se soit évanouie. Il comprit pourquoi la jeune fille errait seule dans le désert lorsque Thrak l’avait trouvée.

Linait avait essayé de se suicider. Deux fois. Stupéfait, Joshua se redressa lentement, restant planté là, pantois.

« Alors je t’interdis de penser que t’es fini, petit con, tu m’entends ? s’exclama-t-elle soudain en se retournant vers lui. Parce que t’es toujours resté debout, tout le temps, et t’as pas intérêt à laisser tomber maintenant, sinon c’est moi qui te relèverait. »

Sa voix se brisa, et Joshua fut incapable de dire si c’était sous le coup de la colère, si elle lui en voulait ou si elle s’en voulait à elle. A cet instant, il n’aurait certainement pas pu trouver les mots appropriés, les mots qui lui auraient permis d’expliquer à Lina ce qu’il ressentait, à quel point il appréciait ce qu’elle venait de dire, à quel point il avait envie d’être là pour elle.

Alors, Joshua fit la seule chose qui lui sembla appropriée.

Il écarta les bras, et tous deux se serrèrent l’un contre l’autre.