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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 18/10/2017 à 14:39
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:58

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -03 : Au bord du gouffre
Musique d'ambiance conseillée

Au fur et à mesure que leur capsule montait inexorablement vers la ville haute, Will, Tia et le Rex comprirent quel genre de massacre sanglant avait lieu là-haut.

Mais ce n’est que lorsque les portes de leur ascenseur s’ouvrirent et que le son des tirs et des hurlements parvint à leurs oreilles qui purent prendre la pleine mesure du chaos qui régnait dans la ville supérieure. Les déflagrations étaient lointaines, mais bien réelles.

Ils se retrouvèrent au milieu de la double-hélice de verre qui constituait l’immeuble du point de passage, et l’horreur s’offrit à leurs yeux.

La passerelle d’embarquement était jonchée de cadavres. C’était ici que les Elitiens avaient dressé leur premier barrage, tirant à vue sur tous ceux qui sortaient des capsules. Tia eut un hoquet horrifié en voyant les corps.

« Ce… C’est pas ce que je voulais… » murmura-t-elle.

Ça et là, des barrières anti-émeutes avaient été dressés pour que les tireurs d’abritent derrière, avant que la Résistance ne finisse par forcer le blocus et pénétrer dans la ville haute. Les riches décorations de l’immeuble avaient été renversées ou détruites, et plusieurs meubles brûlaient.

Deux autres tubes en verre s’ouvrirent, et les hommes de main du Rex émergèrent des capsules pneumatiques, arme au poing. Ils semblaient sur le qui-vive, et se placèrent immédiatement aux côtés de leur patron.

Des cris se faisaient entendre au loin, probablement ceux des civils que massacraient les drones.

« On bouge. Il faut se mettre à l’abri, lança le Rex en s’éloignant des capsules. S’ils ont lâché les drones militaires, les gens vont tous se rabattre vers les points de passage pour fuir. On n’a pas beaucoup de temps. »

Tous lui emboîtèrent le pas, et Will se plaça à côté de Tia, arme au poing.

« Tu sais te servir de ça ? demanda-t-il en désignant le revolver que le Rex avait confié à la jeune femme.
- Pas vraiment, répondit l’intéressée.
- Retire au moins la sécurité. Tiens, donne-la-moi. »

L’Elitien lui montra comment faire puis lui rendit son arme.

« Comment tu fais pour être si calme ? demanda la fille du Chancelier, la voix tremblante.
- Je suis juste trop con pour comprendre à quel point ce qu’on fait est suicidaire. » se contenta de répondre Will.

La troupe avança et quitta bientôt l’immeuble en forme de double-hélice, se retrouvant dans l’une des innombrables passerelles de verre d’Omnia.

A travers les parois transparentes, ils apercevaient la gigantesque tour de la Chancellerie, cet immeuble gigantesque qui dominait toute la ville haute de près d’un kilomètre. De forme ronde, il s’élançait comme un tube, jusqu’à rétrécir pour former une pointe en forme de flèche – une pointe au sommet de laquelle se trouvait le bureau du Chancelier.

C’était au sommet de cet immeuble que tout avait basculé, huit ans plus tôt. C’était là que Diane était morte. Que Tia avait été prise en otage.

Will jeta un coup d’œil à la jeune femme, et il sut qu’elle appréhendait autant que lui de retourner dans cet endroit.

« Stelmar, tu vois un moyen de contourner les drones ? » demanda le Rex.

A travers les vitres, Will put voir les autres tunnels suspendus, où s’agitaient les passants qui tentaient de s’enfuir, poursuivis par les sphères flottantes qui tiraient pour tuer. Les engins lâchaient des grenades fumigènes qui déboussolaient leurs victimes, plongeant les passerelles dans l’anarchie. Un chaos indiscernable régnait, et les mouvements des manifestants étaient erratiques. Certains trébuchaient dans la fumée sans se relever, abattus par derrière. D’autres se bousculaient pour s’en sortir, abandonnant toute notion de solidarité. Le spectacle, macabre, était rendu encore plus effrayant par l’épaisse fumée qui envahissait les passerelles.

« Les gens vont fuir vers les points de passage, et les drones vont probablement les suivre. Tant qu’on reste à l’écart de ces immeubles, ça devrait aller. »

Le Rex opina.

« Sandra, Stelmar, vous connaissez la ville haute. Vous passez devant. Je n’ai pas besoin de vous rappeler qu’il est hors de question que la fille Taylor soit blessée, annonça-t-il à l’attention de ses hommes.
- Délicate attention. » ricana Tia.

Son rire était nerveux. C’était trop pour elle. Elle n’était pas une combattante, elle n’avait jamais tenu d’arme. C’était une idéaliste, pas une Elitienne. Et voilà qu’on exigeait d’elle qu’elle traverse une ville plongée dans la guerre civile, tout ça pour quoi ? Pour qu’elle convainque son père de tout arrêter, on ne savait comment ?

Will admirait le courage de la jeune femme. A sa place, il aurait craqué depuis bien longtemps. Mais non, malgré la peur, malgré ses blessures, Tia se mit en route sans broncher, encadrée par les hommes du Rex.

Ce dernier porta la main à la Pokéball de son Grahyena, et Will claqua la langue.

« Evitez. Les tunnels sont trop petits. Si les drones nous tombent dessus, il se fera trouer en deux secondes. »

Le baron du crime le regarda, puis opina gravement du chef, et ils se mirent en route, Will et la dénommée Sandra en tête, qui continuait de lui jeter des regards assassins.

Rapidement, ils croisèrent d’autres passants, qui, apeurés par les tirs qui retentissaient au loin, couraient vers les points de passage. Ils étaient moins nombreux que lorsque les manifestations avaient lieu à la surface. Seuls les Résistants purs et durs avaient eu le courage de braver les balles et d’emprunter les capsules – les autres, les habitants qui s’étaient simplement joints aux manifestations, avaient préféré rester à l’abri, pas vraiment prêts à mourir pour leurs convictions.

Will remarqua certains pillards parmi les fuyards. Ils étaient facilement identifiables : malgré le danger imminent, ils transportaient de lourds sacs remplis de bijoux, ou emportaient des télévisions avec eux. L’avidité humaine n’avait pas de limite.

Ils progressèrent de passerelle en passerelle, à contre-courant, remontant la foule qui courait d’un air paniqué vers les points de passage. Bientôt, ils se retrouvèrent plongés dans les tunnels où avaient été tirées des grenades lacrymogènes et fumigènes. Les passerelles étant pressurisées, la ventilation était plus lente et peinait à évacuer la fumée acariâtre qui attaquait les muqueuses. La gorge en feu, Will multipliait les regards dans toutes les directions, cherchant à localiser les drones qui pouvaient surgir de la fumée à tout instant. A travers les vitres, il apercevait parfois les sphères mortelles vider leurs chargeurs sur les Résistants – mais les hurlements, les bruits de tirs et l’anarchie ambiante l’empêchaient d’avoir un aperçu clair de la situation. Plusieurs fois, il fit bifurquer le groupe pour tenter d’échapper aux drones qui arrivaient d’un tunnel adjacent, sans jamais vraiment être sûr de lui.

Rapidement, ils se rapprochèrent de la Chancellerie, et l’immense bâtiment les écrasa de toute sa hauteur. Plus ils approchaient, plus les passerelles se vidaient, et plus les cadavres au sol se faisaient nombreux. La fumée s’éclaircissait au fur et à mesure, et ils arrivèrent soudain dans une passerelle perpendiculaire à celle qui menait à la Chancellerie. A travers les multiples parois de verre qui les séparaient de l’entrée du bâtiment principal d’Omnia, Will put apercevoir le fameux barrage que la Résistance avait monté en face de la Chancellerie.

C’était un amas de barrière anti-émeutes, de sacs de sable, de caisses et de plaques de métal désossées. Un barrage de bric-et-de-broc, qu’ils avaient dressé pour faire face aux Elitiens avec du matériel de récupération, probablement amené depuis la surface. Une bonne trentaine d’hommes et de femmes armés étaient retranchés là, s’activant à faire on ne savait quoi. Le blocus bouchait la majorité de la passerelle, et il était évident que personne ne pourrait rentrer ou sortir de la Chancellerie sans se faire abattre.

En jetant un coup d’œil à travers les portes d’entrée, Will constata que le hall était désert. Les Elitiens étaient probablement retranchés à l’abri des regards, prêts à tirer sur quiconque franchirait les portes.

« Il faut qu’on atteigne leur position retranchée, décréta Will. Y’a que là qu’on sera à l’abri des drones.
- Et si les Résistants nous abattent avant ? demanda Tia.
- T’étais une de leurs chefs, non ? pesta le Rex. Ils te tireraient dessus ?
- On n’a pas vraiment le choix. Soit on reste ici et on attend que les drones viennent nous débusquer, soit on y va directement. » lança Will.

Le baron du crime soupira, puis opina du chef.

« Ok. Tout le monde rengaine, ordonna-t-il. Pas de gestes brusques. On avance mains en l’air, et on prie pour qu’ils ne nous abattent pas à vue. »

Tous s’exécutèrent, certains plus réticents que d’autres. Une fois qu’il fut prêt, Will prit son courage à deux mains et se mit à avancer sur la passerelle, mains en évidence.

Les autres suivirent rapidement, Tia en tête. Elle avança d’un pas vif pour se mettre à hauteur de Will, et lui souffla :

« Les passerelles de maintenance.
- Quoi ?
- Sous chaque passerelle, il y a un rail qui sert à la maintenance. » expliqua-t-elle à voix basse.

Le détective fronça les sourcils, puis se rappela soudain de quoi elle parlait. Effectivement, sous chaque tunnel de verre se trouvait une plate-forme de réparations, où les ouvriers de maintenance pouvaient circuler parallèlement au réseau de passerelles classiques.

« Il y en a partout, je parie qu’il y en a une sous nos pieds aussi, reprit Tia. Qui permettrait de rentrer dans la Chancellerie par en-dessous.
- Sauf que les ouvriers y accèdent par les immeubles, rétorqua Will. Il n’y a pas de sas d’accès directement par les passerelles. Et ils sortent en combinaison pressurée, avec un harnais pour ne pas être emportés par le vent.
- Je sais. Mais si ça se passe mal…
- HE ! VOUS ! » hurla soudain une voix devant eux.

Le groupe se figea à une vingtaine de mètres de la position fortifiée. Plusieurs Résistants les avaient mis en joue, méfiants.

« Vous êtes qui ? cria l’homme qui les avait harangués.
- C’est le moment de nous sauver le cul, miss, grogna le Rex.
- Je suis Tia Taylor, la fille du Chancelier ! s’exclama Tia en mettant ses mains en portevoix. Je suis venue essayer de le convaincre d’arrêter tout ça !
- La fille du Chancelier ? ricana le type. Et pourquoi on te ferait confiance ?
- Elle a fondé la Résistance, trou du cul ! » cria alors le Rex avec sa subtilité habituelle.

Un léger mouvement d’agitation remua les rangs des Résistants. Will aperçut le gars qui les avait interrogés se retourner, discuter quelques secondes, puis reporter son attention vers eux :

« Vous êtes armés ?
- Oui, répondit Will en haussant la voix.
- Avancez mains en l’air ! Le premier dont on ne voit pas les mains se fait abattre ! »

Les hommes du Rex lui jetèrent un regard circonspect, mais ce dernier opina du chef et tous se mirent en route.

Les vingt mètres qui les séparaient des Résistants furent les plus longs que Will n’eut jamais franchi de sa vie. À tout moment, il s’attendait à ce que les forcenés ouvrent le feu sur eux – ou à ce que les drones militaires arrivent dans leur dos et les canardent. Il jeta rapide coup d’œil par-dessus son épaule dans le but de voir où étaient ces derniers, mais la fumée des grenades masquait les autres passerelles à son regard.

Après une éternité, ils parvinrent aux abords du barrage de bric et de broc. L’homme qui les avait interpellés, un gaillard au teint mat et à l’air vif, dardait sur eux un regard mauvais. Il scrutait Tia, qui s’efforçait de lui rendre son regard. Les contusions qui la défiguraient ne devait pas faciliter la tâche, mais le Résistant sembla la reconnaître malgré tout.

« Ok, c’est bien elle. Et vous autres, vous êtes qui ? Vous voulez quoi ?
- Je suis le Rex, lâcha tranquillement le baron du crime. Et ces gens sont avec moi. »

L’homme se crispa, et les autres Résistants, qui les mettaient toujours en joue, resserrèrent la prise sur leur arme.

Et puis, soudain, la délivrance vint, sous la forme d’une voix venue de derrière les rangs de Résistants qui leur faisaient face :

« Will ? Will, c’est toi ? »

Le détective tourna le regard vers la voix et aperçut Mathilde, la petite sœur de Diane, qui le regardait avec étonnement.

La jeune femme ne portait plus son uniforme du Daisy’s, non – elle l’avait troqué pour un gilet pare-balles et une carabine rouillée. Avec un pincement au cœur, Will réalisa à quel point elle ressemblait à Diane, avec son air combattif.

« Tu connais ce type ? demanda l’homme au teint mat à Mathilde.
- Oui. Il s’appelle Will Stelmar. C’est… »

Elle hésita. Le détective se crispa. Mathilde lui avait toujours reproché la mort de Diane, et l’avait haï de tout son être pour ça. Il lui suffisait de dire aux Résistants qu’il était un ancien Elitien pour que le peu de confiance qu’avaient les forcenés en lui s’envole. En un mot, elle pouvait tous les faire tuer.

« C’est quelqu’un de bien. » acheva Mathilde.

Le gaillard au teint sombre haussa les épaules, mais Will remarqua un léger relâchement chez les autres. Peut-être qu’ils n’allaient pas se faire cribler de balles, finalement.

« Ok. Soit. Vous m’expliquez ce que la fille du Chancelier fait avec le Rex ?
- On est tous ici pour la même raison, rétorqua Tia avec une assurance que Will savait feinte. Tout ça dépasse de loin ce qu’on aurait pu imaginer. Il faut y mettre un terme, et je pense pouvoir convaincre mon père de le faire.
- L’autre a dit que vous étiez la chef de la Résistance, intervint une femme.
- Je l’ai fondée, oui. Mais je pense qu’on est tous d’accord pour dire que ça n’aurait jamais dû en arriver là. »

Le gars au teint mat se passa une main sur le visage.

« On est complètement perdus, avoua-t-il soudain. Aucun de nous n’est soldat, et… et y’a eu tellement de morts depuis qu’on est ici. Les drones sont derrière nous et les Elitiens devant. On est coincés.
- Alors réjouis-toi que la cavalerie soit arrivée, mon gars, grommela le Rex. On peut baisser les mains, c’est bon ? »

Le Résistant adressa un léger signe de tête à ses camarades, et la tension redescendit d’un cran en même temps que la troupe abaissait enfin ses mains.

« Bon. Alors, c’est quoi le plan ? »

Tia s’apprêtait à répondre lorsqu’une voix amplifiée par un mégaphone s’éleva en face d’eux, depuis la Chancellerie :

« Ici l’Officier Krusig ! Nous vous informons que les drones sont en route vers votre position ! Si vous nous livrez Tia Taylor sans qu’aucun mal ne lui soit fait, nous ordonnerons le repli des drones !
- Comment ils ont su que vous étiez là ? » s’étonna Mathilde.

Will pointa un drone caméra qui volait à l’extérieur de la passerelle, l’objectif fixé sur eux.

« On a un moyen de s’en tirer face aux drones ? demanda le Rex.
- C’est du blindage de calibre militaire, répondit Will. Le genre d’engins qu’ils utilisaient dans les guerres de Sinnoh. On n’en viendra pas à bout avec des carabines rouillées.
- Je vais le faire, intervint Tia.
- Quoi ? Aller toute seule là-dedans ? Hors de question, rétorqua le détective.
- On n’a pas le choix, Stelmar, répliqua le Rex. Si elle n’y va pas, on va se faire cueillir par les drones. Ils arrivent.
- Que la fille du Chancelier entre seule, les mains bien en évidence ! Si nous avons le moindre doute, nous n’hésiterons pas à ouvrir le feu ! » retentit la voix amplifiée de l’Elitien.

Will jeta un coup d’œil à la fumée qui envahissait les passerelles derrière eux. Effectivement, il commençait à discerner les formes sphériques qui se rapprochaient.

« J’y vais, décréta Tia en tendant son arme au détective.
- Tia, attends…
- On n’a pas le temps, Will ! C’est pour ça qu’on est venus, non ? Pour convaincre mon père d’arrêter tout ça. Il faut que je rentre là-dedans. »

Le détective serra les dents sans trouver quoi répondre.

« Je veux pas vous presser, mais les drones se rapprochent, avertit le Rex.
- J’y vais. » répéta fermement Tia, plus à l’attention de Will que des autres.

Elle se détourna de l’ex-Elitien et les rangs des Résistants s’écartèrent pour la laisser passer. Mains bien en vue, elle se mit à avancer vers la Chancellerie, sous le regard impuissant du détective qui résista à la tentation de lui attraper le bras pour la retenir.

La scène dura une éternité.

D’un pas lent, Tia avançait à découvert en direction du hall de la Chancellerie, droite et impassible, un pied après l’autre, sous le regard médusé des Résistants.

Un silence de mort planait sur la passerelle. À tout moment, Will s’attendait à ce que les Elitiens ouvrent le feu, à ce qu’un Résistant craque ou à ce que les drones surgissent dans leur dos.

Mais rien n’arriva, et c’est dans un calme morbide que Tia franchit les portes du hall.

Will la regarda disparaître à l’intérieur de la Chancellerie, l’estomac retourné.

Le souvenir fugitif de Diane qui pénétrait à l’intérieur de ce même bâtiment, huit ans plus tôt, lui revint en tête. L’Elitienne avait cédé à la demande des preneurs d’otage, et cela lui avait coûté la vie.

Et Will venait de laisser Tia commettre la même erreur.

« J’y vais aussi. » décréta le détective en commençant à avancer.

Les Résistants se retournèrent vers lui, surpris. Une main puissante lui attrapa le bras :

« Stelmar, fais pas le con ! grogna le Rex.
- Je ne vais pas la laisser seule là-dedans ! Son père va la tuer !
- Il va tous nous tuer si tu décides de rentrer là-dedans alors que… »

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase.

Tout alla très vite. Par-dessus l’épaule du Rex, Will aperçut les drones sortir de la fumée. Un ting familier résonna dans la passerelle alors qu’une grenade lacrymogène éclatait à leurs pieds, libérant des vapeurs âcres.

L’instant d’après, les drones ouvrirent le feu sur les Résistants.

Will se jeta au sol, rabattant son T-shirt devant son nez et sa bouche par réflexe. Les Résistants ouvrirent le feu, plus par peur qu’autre chose, mais les balles ricochèrent sur le blindage des drones. Les sphères métalliques répliquèrent, et l’enfer s’abattit sur eux tandis que le tonnerre des tirs emplissait l’air.

Désorienté, assourdit, les yeux en feu et la gorge desséchée, Will rampa derrière un sac de sable et regarda autour de lui, cherchant désespérément une issue. Il y eut un éclair bleu, et il entendit le Grahyena du Rex se jeter sur les drones. Il vit Mathilde tomber en arrière, un trou rouge dans le flanc. Il vit les Résistants s’abriter en criant, et il comprit.

Les Elitiens n’avaient jamais eu l’intention de rappeler les drones s’ils leur livraient Tia.

Ses yeux s’emplirent de larmes, sans qu’il sache si c’était à cause des grenades, ou simplement parce qu’il savait qu’il allait mourir.

Il lui sembla entendre des Résistants courir vers la Chancellerie pour tenter de se mettre à l’abri. Il aperçut le Rex hurler de rage en même temps que son Grahyena s’effondrait au sol.

Soudain, Will se remémora ce que le baron du crime lui avait dit dans la capsule, à peine une heure plus tôt.

Personne n’est assez fou pour faire s’affronter des Pokémon dans un tunnel en verre suspendu au-dessus du vide.

Le tunnel en verre.

Les passerelles de maintenance.

Will se redressa malgré le feu qui ravageait ses yeux et sa gorge, et décrocha la Pokéball de Fenrir.

Il était assez fou pour le faire.

De toute façon, il allait mourir.

Alors, il libéra son Arcanin et lui ordonna de charger la paroi de verre. Le Pokémon savait que c’était de la folie, Will le voyait dans son regard.

Mais Fenrir n’hésita pas un seul instant. Il s’en remettait entièrement à son Dresseur, et ce dernier savait qu’il ne méritait pas pareille confiance.

Will poussa un hurlement de douleur alors qu’une balle pénétrait son flanc, et Fenrir rugit presque en même temps, s’élançant de toute la vitesse de ses puissantes jambes vers la paroi de verre.

Tout alla très vite.

Avec un fracas monumental, la masse de l’Arcanin lancé à pleine vitesse percuta le verre pressurisé de la passerelle, qui vola en éclats.

Aussitôt, la dépressurisation happa l’intégralité de l’atmosphère à l’intérieur du tunnel, et Will entendit des cris de peur alors qu’un formidable appel d’air les attirait tous vers la brèche ouverte par Fenrir. Le vent les avala, recouvrant le bruit des tirs.

Les drones, déstabilisés, tombèrent au sol et commencèrent à rouler. Tous les Résistants s’agrippèrent à ce qu’ils pouvaient. Tous, sauf Will.

Avec un éclat de rire fou, il lâcha le sac de sable auquel il se cramponnait et glissa à toute vitesse vers la brèche, la main gauche crispée autour de la Pokéball de Fenrir. L’Arcanin se raccrochait au bord de la passerelle, les griffes des pattes avant fermement plantées dans le sol, tandis que le reste de son corps pendait dans le vide. L’appel d’air l’entraînait irrésistiblement en arrière, et ses griffes traçaient de profonds sillons tandis que ses pattes avant glissaient inexorablement vers le bord de la plate-forme.

Will arriva au bord du vide au moment où Fenrir lâchait prise, n’y tenant plus. Le Pokémon tomba en arrière en hurlant de toute la puissance de ses poumons.

« FENRIR ! » hurla le détective.

L’ex-Elitien se raccrocha au bord de la passerelle in extremis, d’une seule main, ignorant les morceaux de verre qui entaillaient sa chair. De l’autre, il tendit la Pokéball vers le vide et pressa le bouton. L’éclair bleu jaillit, et l’Arcanin, qui chutait à toute vitesse vers la mer de nuages, se volatilisa dans une explosion de lumière avant de réintégrer la capsule rouge et blanche.

Suspendu au bord du vide, Will sentit le froid mordant de l’extérieur attaquer sa chair. Le vent rugissait à ses oreilles, aspirant la fumée lacrymogène qu’avaient lâché les drones. Les yeux pleins de larme et le corps au bord de la rupture, le détective aperçut la plate-forme de maintenance, suspendue sous la passerelle par des filins d’acier. Il ne pourrait jamais l’atteindre.

Levant une fois de plus sa Pokéball, il libéra Fenrir en direction de la passerelle. L’Arcanin apparut sur la plate-forme en s’effondrant lourdement. Sonné par ces matérialisations successives, il s’arrima fermement pour ne pas se faire emporter par le vent, et aperçut son Dresseur, suspendu au bord du vide, sur le point de lâcher prise. Le Pokémon aboya, et Will comprit.

Fenrir avait remis sa vie entre ses mains en acceptant de percuter la vitre, quitte à être propulsé dans le vide. C’était maintenant à l’humain de faire confiance au Pokémon.

Alors, Will lâcha prise et se jeta dans le vide.