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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 12/09/2017 à 00:18
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:55

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -11 : Fuir le chaos
Tia et Will restèrent un instant à regarder le nom de Riviera sur l'écran, pendant que chacun réfléchissait à ce qu'il fallait faire.

Ce fut la jeune femme qui réagit la première. Elle se mit soudain à haleter rapidement, comme si elle était essoufflée, et Will darda sur elle un regard torve.

Lorsqu'elle eut suffisamment hyperventilé, Tia décrocha et mit le haut-parleur :

« Allô ? Riviera ? C'est vous ? »

Dans son ton perçait une détresse feinte à la perfection.

« Tia. Vous allez bien ? Où est-ce que vous êtes?
- Je ne sais pas, bafouilla la jeune femme. Bon sang, Frank, ils.. ils ont tué Stelmar…
- Stelmar est mort ? fit Riviera avec un peu trop de précipitation dans la voix. Bon, Tia, il faut vous mettre en sécurité. Vous êtes à la surface?
- Oui… Je rentre vers le centre-ville, mais il y a une manifestation…
- J'envoie deux Elitiens vous chercher. Activez la localisation GPS de votre téléphone, ils seront là bientôt.
- D'a… d'accord. Et les autres ? Comment est-ce que vous avez fait pour vous en sortir ?
- Les autres sont morts, Tia. Tous les dirigeants de la Résistance ont été tués. Il ne reste plus que nous deux. J'ai eu de la chance. Les passeurs m'ont exfiltré à temps, mais je... »

La voix de Riviera grésilla et s'interrompit soudain, et Tia fixa son écran d'un air perplexe.

« La communication a coupé, annonça-t-elle, surprise.
- C'était quoi, ce numéro de théâtre ? grogna Will.
- Ce numéro, c'était faire croire à Riviera que j'étais la bourgeoise gâtée et fragile pour laquelle il m'a toujours prise. Réjouis-toi, il te croit mort. J'espérais lui soutirer deux ou trois informations sans qu'il s'en rende compte, mais l'appel a coupé. J'ai l'impression que j'ai perdu le signal. »

Will jeta un coup d’œil à son propre téléphone. Pas de réseau non plus. La jeune femme disait vrai.

« C'est pareil pour moi.
- Bizarre. Tu crois qu'ils sont capables de couper notre ligne ?
- C'est possible, mais ça demande de passer par l'opérateur, et ça prend du temps. On le faisait rarement, se remémora Will. Et seul le Commissariat aurait pu faire ça, ce qui veut dire que Riviera aurait officiellement engagé de grosses procédures administratives en peu de temps.
- Riviera a parlé d'Elitiens qui arrivaient.
- Demander à un duo d'agents de se déplacer, c'est facile, ils sont quasiment tous à la surface pour contenir l'émeute. Mais on n'obtient pas une coupure de ligne en si peu de temps, insista Will. Tiens, regarde les autres. »

L'ex-Elitien désigna leur environnement d'un geste large. Autour d'eux, les passants pestaient contre leur téléphone. Certains le levaient à bout de bras, dans l'espoir de capter le signal. D'autres tapotaient frénétiquement l'écran, perplexes.

« Ça m'a l'air généralisé, reprit le détective.
- Eh bien. C'est la première fois que j'entends parler d'un opérateur défaillant, s'étonna Tia.
- Quand j'étais gosse et que j'habitais en province, ça arrivait, se remémora Will. Mais à Omnia… Enfin bref. Dans tous les cas, il va falloir qu'on se débarrasse de nos téléphones. Ils peuvent s'en servir pour nous localiser. Qu'on ait du réseau ou non, il leur suffit de braquer l'un de leurs satellites sur nous.
- Bien vu. »

Aussi simplement que s'il s'agissait d'une canette de soda, Tia jeta son smartphone par terre et l'écrasa du talon. Elle tendit ensuite la main vers Will, dont le regard oscilla de la jeune femme à son téléphone.

« On a pas tous les moyens de se payer un smartphone par mois… grommela le détective.
- Si on survit à tout ça, je t'en rachèterai un, soupira Tia. Promis. »

De mauvaise grâce, Will tendit son téléphone à la fille du Chancelier, qui lui fit rapidement subir le même sort, avant de jeter les débris dans une poubelle adjacente.

« Bien. A la gare, maintenant. » décréta Tia.

~*~
Anastasia hurlait de douleur, se débattant avec fureur sur le canapé, tandis que Lina essayait de lui attraper les épaules pour la calmer.

« J'AI MAL ! s'écriait sa jumelle en s'agitant violemment.
- Calme-toi ! Calme-toi ! Respire, Stasie ! Je suis là, tu m'entends ? Je suis là ! »

Rien n'y faisait. Folle de douleur, Anastasia remuait dans tous les sens, son visage squelettique ravagé par les larmes.

Lina, désemparée, ne pouvait que regarder sa sœur souffrir le martyr. Ça avait commencé comme une simple migraine – mais à présent, elle se retrouvait face à l'une des plus graves crises que sa sœur ait eues.

« Respire, Stasie… Respire ! Ça va passer !
- Il… y a un truc dans ma tête ! Je le sens ! »

Elle commença à arracher ses cheveux déjà bien abîmés, et sa sœur lui attrapa fermement les poignets, déboussolée.

« Arrête. Arrête, Stasie, je t'en supplie…
- Mais j'ai MAL ! » hurla Anastasia.

Elle repoussa brusquement Lina et se prit la tête entre les mains, se balançant d'avant en arrière.

Avec un juron, sa grande sœur se leva et se dirigea vers la commode de la salle de bains, le cœur au bord des lèvres. Fouillant dans les tiroirs, elle en sortit une seringue, du désinfectant et un sachet rempli d'une substance transparente bien connue des bas-fonds d'Omnia.

Piquant la pochette de Vortex, Lina vida ensuite l'air de la seringue, désinfecta l'aiguille et revint précipitamment vers sa sœur. Elle n'avait plus le choix.

« Ça va aller, Anastasia. Ça va aller. Regarde le plafond, d'accord ? Je vais te donner de quoi te soulager. » lança Lina, tachant de cacher sa panique.

La jeune fille, qui se balançait sur place en serrant ses genoux, s'arrêtant soudain et avisa la seringue. Ses yeux s'agrandirent, reconnaissant le produit qui l'avait déjà soulagée plusieurs fois, et elle leva la tête vers le plafond, paupières grandes ouvertes.

Évitant de se concentrer sur le dégoût que lui procurait les injections de Vortex, Lina s'agenouilla près de sa sœur et lui enfonça l'aiguille dans l’œil gauche.

Anastasia hurla.

~*~
Lorsque Will et Tia parvinrent à la gare, la manifestation était déjà loin derrière eux – et pourtant, tout dans le bâtiment qui leur faisait face indiquait à quel point leur époque était troublée.

L'édifice, fait d'une brique cramoisie rendue quasi-noire par la pollution, était couvert de tags et de graffitis revendicateurs. L'idée n'était pas mauvaise ; la gare était la première chose que voyaient les arrivants en débarquant à Omnia, et donc un support idéal pour faire passer un message. Les différents slogans étaient limpides : ceux qui avaient défiguré la gare à coup de bombe de peinture ne portaient pas Jack Taylor dans leur cœur.

Vigilants, les deux compères pénétrèrent dans la gare. L'intérieur était calme, voire presque désert. Les multiples grèves et émeutes avaient dissuadé les touristes de venir à Omnia ; et le coût exorbitant des billets empêchait les résidents de la surface de fuir cette vie polluée pour aller tenter leur chance ailleurs.

Ce manque d'activité économique se ressentait partout dans la gare : la plupart des guichets de vente étaient fermés ; les distributeurs de sodas et de snacks étaient vidés depuis longtemps et n'avaient jamais été reremplis, et l'eau ne coulait plus dans la fontaine centrale.

Will s'était attendu à ce qu'il y ait des Elitiens en patrouille dans le complexe, mais il n'en aperçut aucun. Peut-être avaient-ils été rappelés pour disperser l'émeute qui couvait dans le centre-ville.

Levant le nez, le détective jeta un coup d’œil à l'écran des départs et haussa les sourcils. Beaucoup de trains avaient été annulés ou retardés. Intrigué, Will attrapa Tia par l'épaule et lui montra l'écran.

« Je ne sais pas où tu comptais aller, mais ça m'a l'air compromis. La plupart des trains sont en rade.
- Merde, jura Tia. Attends là. Je vais demander. »

Elle se dirigea vers l'un des rares guichets ouverts, où somnolait un fonctionnaire à l'air las. Souriante, Tia tapota ses ongles sur le comptoir pour attirer son attention et engagea la conversation.

Will la regarda discuter en remarquant à nouveau les talents d'actrice de la jeune femme. Comme avec Riviera au téléphone, elle témoignait d'une capacité évidente à donner le change à son entourage. Difficile de se dire que c'était cette même femme qui avait manqué de se faire assassiner dans les tunnels abandonnés une heure plus tôt.

Après plusieurs minutes d'échange, Tia remercia le guichetier et revint vers Will, un air grave sur le visage.

« Apparemment, ils ont des défaillances techniques sur tous les trains. D'après le guichetier, personne ne comprend pourquoi tout le système est tombé en panne d'un coup.
- Génial, grommela Will. Vraiment génial.
- Ça ne peut pas être une coïncidence, si ? Ils ont dû bloquer les trains.
- Ils n'auraient pas gelé le trafic, même pour la fille du Chancelier, protesta le détective, pragmatique. Tu imagines le manque à gagner que ça représente, d'arrêter tous ces trains ? Le nombre de voyageurs à rembourser ?
- Alors quoi ? D'abord les téléphones, maintenant les trains ? C'est quoi, selon toi ? s'irrita Tia.
- Aucune idée. Mais ça ne nous arrange pas. »

La jeune femme soupira et se retourna, observant leur entourage. Du coin de l’œil, Will remarqua que l'extrémité de ses doigts tremblaient légèrement. Elle commençait à perdre pieds. Le détective avait brièvement -et violemment- perdu son sang-froid face à Edge ; mais il l'avait rapidement retrouvé, et sa formation d'Elitien avait repris le pas pour l'aider à dominer son sentiment d'urgence. Tia, elle, n'avait pas l'habitude des situations de stress. Maintenant que son plan s'effritait, elle commençait à céder à la panique, lentement mais sûrement.

« Bon, alors qu'est-ce qu'on fait ? s'exclama la jeune femme en sautillant sur place, stressée. On reste là en attendant que les hommes du Rex nous tombent dessus ? En espérant que ce ne soit pas d'abord les Élitiens qui nous coffrent ?
- Commence par me dire où tu comptais nous emmener, proposa Will avec sang-froid.
- J'ai une propriété près du lac Makna, lâcha-t-elle précipitamment. Mais ça ne change rien si on ne peut pas y aller.
- A ton nom ?
- Pardon ?
- La propriété. Elle est à ton nom ?
- Non. Mon père aurait su. Elle appartient à un propriétaire fictif.
- Tu maintiens que c'est sûr ? Que personne ne pourrait savoir que tu irais là-bas ? insista le détective.
- C'est plus sûr que de rester ici ou d'aller à ton cabinet, rétorqua-t-elle. A l'heure qu'il est, ils doivent avoir fouillé nos appartements.
- Le lac Makna est à deux ou trois heures en voiture, réfléchit Will. On pourrait rouler jusque là-bas.
- Avec quel véhicule ?
- On est dans une gare, Tia. Ils doivent bien en louer pour les voyageurs. »

Les yeux de la jeune femme s'écarquillèrent un instant, puis elle grimaça.

« J'aurai dû y penser. Heureusement que t'es là… Bon, je vais demander, ne bouge pas. »

Elle retourna précipitamment vers le guichet, et Will reporta son attention sur l'entrée de la gare, vigilant. Il s'attendait à tout moment à ce qu'un groupe de mercenaires ou d'Elitiens franchissent les arches de brique à leur recherche. Méfiant, il observait aussi les rares voyageurs présents dans le hall. Le danger pouvait venir de n'importe où.

Après plusieurs minutes, Tia revint en faisant tinter les clés qu'elle tenait entre les doigts, l'air satisfaite.

« On peut y aller. »

~*~
L'autoroute est, celle qui menait au lac Makna, était relativement calme, et bien que Will n'eut pas conduit depuis longtemps, il n'eut pas trop de souci à circuler. La région du lac, à l'est d'Omnia, était connue pour ses complexes balnéaires, ses résidences luxueuses, ses attractions touristiques et ses parcs aquatiques – mais on était au début du printemps, et les beaux jours ne viendraient pas avant plusieurs mois. Aussi la première heure de voyage se passa sans trop de problèmes.

Tia, d'humeur maussade, regardait le paysage défiler par la fenêtre passager. Ils avaient tenté d'allumer la radio pour se tenir au courant de l'évolution des événements à Omnia, mais peu importe le canal qu'ils essayaient, ils ne purent obtenir que des grésillements sans queue ni tête. La fille du Chancelier s'était donc enfermée dans le silence. Si elle avait été une jeune femme banale, Will aurait juré qu'elle boudait, ou qu'elle déprimait – mais le détective savait que Tia était déjà en train de réfléchir à la suite des événements.

« J'ai besoin de toi, Will, lâcha soudain la jeune femme au bout d'une longue heure de silence.
- Ah ? grommela l'intéressé, concentré sur la route.
- Je n'arrive pas à comprendre ce qui a pu se passer. Ça n'a pas de sens. Qu'est-ce qui a bien pu pousser Riviera à nous trahir ?
- Le fait que ce soit le dernier des connards ? suggéra Will.
- Mais quel mobile est-ce qu'il aurait pu avoir ?
- Appât du gain, soif de pouvoir ou chantage, énuméra l'ex-Elitien. Les trois plus fréquents.
- Il a déjà été soumis à des pressions par le passé, et il n'a pas craqué. Au contraire, il m'a aidé à fonder la Résistance. Pourquoi tout détruire maintenant ? Alors que l'on était si près du but ? Quel bénéfice en retirerait-il ? Je ne pense pas que le Rex ait pu l'acheter.
- Il est le seul et unique chef de la Résistance, maintenant, non ?
- Exact.
- Donc il a les pleins pouvoirs sur le mouvement.
- Et qu'est-ce qu'il pourrait en faire ? Les émeutes sont déjà lancées. Les manifestations dégénèrent à travers toute la ville. Rien ne pourra arrêter les gens. Même les Élitiens sont débordés.
- Une révolte a besoin d'une tête pensante, et Riviera vient de la couper, fit Will.
- Donc il a fait ça pour saboter le projet, réfléchit Tia. Tu penses qu'il veut se réapproprier le mouvement ? S'en servir pour renverser mon père et se hisser à sa place ?
- Peut-être. Ou alors il veut juste le rendre inutile. Sans personne pour les guider, les manifestants vont se contenter de déclencher émeute sur émeute sans jamais faire valoir leurs revendications.
- Et le Rex dans tout ça ? C'est lui qui a organisé le coup.
- Il s'est peut-être dit que Riviera ferait un meilleur allié que ton père. Peut-être qu'avec Riviera à la tête du gouvernement, il sera plus à même de faire fructifier son empire.
- Mais il n'a aucun moyen de s'assurer que Riviera ne le trahira pas derrière, alors qu'il sait que mon père ne tentera rien contre lui tant qu'il aura mes sœurs.
- Un point pour toi. » concéda Will.

Le détective reporta son attention sur la route quelques secondes, avant de grommeler.

« Quoi ? demanda Tia.
- Rien. Juste une idée.
- Je t'écoute.
- Et si justement, le Rex avait décidé d'aider Riviera à renverser ton père pour cette raison ?
- Quelle raison ?
- Tes sœurs. Tu l'as dit, elles sont la seule raison de la coopération entre le Rex et ton père. Si le Rex met fin à cette coopération, ça ne veut dire qu'une seule chose.
- Qu'il n'a plus besoin d'elles. » acheva la fille du Chancelier avec un ton glaçant.

Will se contenta d'acquiescer.

« Tu crois qu'il va se débarrasser d'elles ?
- Je ne sais pas. Pas tant qu'il ne sera pas sûr que Riviera pourra renverser ton père. Si jamais la Résistance échoue, il aura besoin d'elles pour se protéger des représailles de ton père. »

Tia inspira profondément, gardant le silence. Le détective devina à quoi elle pensait : elle résistait à l'envie de faire immédiatement demi-tour pour retourner protéger Lina et Anastasia.

« Et si la Résistance réussit ? Si Riviera renverse mon père ? demanda Tia.
- Alors le Rex n'aura plus besoin d'elles.
- Ça ne veut pas dire qu'il les fera tuer, objecta la fille du Chancelier. Elles ne lui ont rien fait.
- Non. Mais j'imagine qu'elles constituent des témoins gênants, et qu'elles nécessitent des dépenses non-négligeables, surtout si l'une des deux est gravement malade.
- Ce sont ses filles adoptives, pas un business ! protesta la jeune femme.
- Tout est un business pour cet homme, Tia, répondit calmement Will. Je le connais. Je sais qu'il déteste qu'un pan de ses affaires soit en déficit.
- … Et quand une entreprise est déficitaire, on la liquide. »

Le détective opina du chef, silencieux. Il ne savait pas quoi répondre. Tous deux savaient qu'il leur était impossible de faire demi-tour et de rentrer sur Omnia. Pas maintenant, pas sans plan, pas alors que Fenrir était blessé.

Alors ils continuèrent de rouler, laissant derrière eux le chaos, fuyant les émeutes pour lécher leurs plaies. En attendant d'être assez préparés pour revenir jouer leur rôle dans la bataille qui s'annonçait.