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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 11/09/2016 à 00:01
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:55

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -20 : Rétablir la vérité
Ce soir-là, Will ne parvint pas à manger. Après sa conversation avec Garvin, et à l'approche des 21h fatidiques, le détective devint de plus en plus mal à l'aise. Il ne cessait de ressasser les paroles de Tia, et le doute qu'elle avait fait germer dans son esprit.

Jack Taylor, responsable – ou au moins complice – de la prise d'otage durant laquelle Diane avait trouvé la mort. Responsable de cette affaire qui avait arraché à Will la femme qu'il aimait, et qui lui avait fait perdre son travail et ruiné sa carrière. Que ferait-il si c'était avéré ? Qu'est-ce qui lui disait qu'il pouvait faire confiance à Tia et à ce mystérieux interlocuteur qu'il allait bientôt appeler ? Avaient-ils des preuves ?

L'ex-Elitien jeta un coup d’œil à son téléphone. 20h59.

La boule au ventre, il sortit le papier griffonné de sa poche et composa lentement le numéro. Ses doigts pressèrent les touches avec réticence, et une fois que la suite de chiffres fut affichée à l'écran de son smartphone, Will eut l'impression qu'appuyer sur la touche d'appel demandait un effort colossal.

Il inspira profondément et pressa le bouton d'appel, avant de porter l'appareil à son oreille. La sonnerie d'attente lui parut durer une éternité. Elle retentit une fois, deux fois… trois fois…

Will s'apprêtait à raccrocher quand, à l'autre bout du fil, quelqu'un décrocha enfin. Le détective attendit, mais la personne à l'autre bout de la ligne ne dit rien.

« Allô ? lâcha l'ex-Elitien, méfiant.
- Bonsoir, Stelmar. Ravi que vous ayez appelé. »

Will sentit son sang se glacer dans ses veines. Il connaissait cette voix. Il ne la connaissait même que trop bien : elle appartenait à l'une des personnes qui avaient activement contribué à briser la carrière de Will. A l'homme qui lui avait retiré son badge d'Elitien.

L'Officier Frank Riviera.

~*~
« Vous… cracha Will.
- Et oui, moi.
- Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? s'exclama Will, sentant sa patience s'envoler d'un coup.
- Silence, et écoutez-moi. Nous n'avons pas beaucoup de temps. Contrairement à ce que vous vous dites, tout ceci n'est ni un piège, ni une plaisanterie de mauvais goût.
- Ah oui ? Alors qu'est-ce que c'est ? Pourquoi est-ce que nous n'avons pas beaucoup de temps ?
- Le numéro que l'on vous a transmis est hautement sécurisé afin que nous ne soyons pas espionnés. Cela dit, malgré tous les moyens engagés pour que cette conversation reste privée, les autorités sont probablement déjà en train d'essayer de passer nos sécurités. Sans parler du fait que chaque seconde que dure cet appel nous coûte une fortune.
- Nos sécurités? Qui c'est, ce nous ?
- La Résistance, bien sûr.
- Vous, dans la Résistance. C'est ça, fit Will avec un rire jaune.
- Je vais vous demander de vous taire et d'écouter attentivement, Stelmar. Le temps presse. Ne m'interrompez pas. » ordonna Riviera.

Will ouvrit la bouche pour répliquer, mais s'abstint en grommelant. Il s'était probablement déjà compromis en passant ce coup de fil. Autant écouter ce que Riviera avait à lui dire.

« On vous a dit la vérité. Un drone de sécurité présent lors de la prise d'otage d'il y a huit ans a filmé l'un des ravisseurs en train de remettre le brouilleur GPS à Jack Taylor, à l'écart des autres otages. Peu après l'incident, Taylor a fait pression sur les Officiers en charge de l'enquête pour supprimer cette vidéo. En tant qu'Officier en charge de l'escouade d'intervention, j'ai été le principal concerné par ces menaces. J'ai bien évidemment obtempéré, mais j'ai fait une copie de la vidéo, que nous vous transmettrons sous peu.
- Vous avez sciemment accepté de cacher la vérité ? lança Will, abasourdi.
- Vous n'avez pas la moindre idée de l'ampleur des pressions auxquelles j'ai été sujet, Stelmar, rétorqua Riviera. La prise d'otage a propulsé Taylor dans les sondages. Je ne pouvais pas m'opposer à la volonté de celui qui était en passe de devenir l'homme le plus puissant d'Algosya.
- Et j'étais le bouc émissaire parfait, grogna Will. C'est ça ? Vous vous êtes qu'il était plus facile de me faire porter le chapeau plutôt que de risquer votre carrière en dévoilant la vérité ?
- Il ne menaçait pas que ma place, Stelmar. Il menaçait aussi ma famille. Je devais choisir entre briser votre carrière ou risquer la vie de mes proches. Et si je devais choisir à nouveau, je n'hésiterai pas une seconde.
- Vous êtes une ordure, murmura le détective, stupéfait.
- Je n'ai pas à me justifier auprès de vous, pas plus que je ne cherche votre pardon.
- Vous avez une idée de ce que ça a été pour moi ? s'exclama Will, furieux. Vous avez la moindre idée que ce que j'ai enduré à cause de vous ?
- Oui. Oui, Stelmar, je suis au courant. J'ai même essayé de vous aider, figurez-vous.
- De vous aider ? ricana Will. Ah oui ? En me retirant mon badge ? En ruinant ma carrière, et ma vie avec ?
- A votre avis, qui vous a obtenu l'accréditation exceptionnelle qui vous permet de travailler à la surface ? Qui s'est battu avec la commission pour que le Commissariat vous verse les indemnités que vous recevez chaque mois, et qui vous permettent de continuer à boire votre satané whisky ? Qui a recommandé à mademoiselle Taylor de vous engager comme garde du corps malgré vos antécédents, vous, un simple détective privé ? Qui a envoyé Garvin vous chercher ? Qui a fait des pieds et des mains pour vous faire passer l'examen psychologique de la P.R.E., et vous a laissé passer, alors que n'importe quel psychologue de bas étage aurait compris que vous n'êtes qu'une épave alcoolique ?
- La ferme, grogna Will. La ferme. Vous parlez comme si je devais vous être reconnaissant. Tout ça, c'est de votre faute, Riviera. N'essayez pas de vous justifier.
- Je ne me justifie pas. Vous avez le droit de me haïr, et franchement, j'y survivrai. Je m'assure simplement que vous soyez au courant de tous les faits avant de m'insulter de tous les noms. »

Will, furieux, ne trouva pas quoi répondre. Comme à chaque fois qu'il parlait avec Riviera, il avait l'impression d'avoir un temps de retard.

« Qu'est-ce qui me prouve que tout ça n'est pas une espèce de coup monté élaboré ? Vous pourriez très bien inventer tout ça, puis me faire accuser d'avoir des idées révolutionnaires.
- Votre petite personne n'est pas si importante, Stelmar. Les autorités ne s'intéressent pas à vous. Pas encore. Peut-être que cela sera amené à changer maintenant que vous êtes proche de mademoiselle Taylor.
- Qu'est-ce qui me prouve que vous êtes vraiment de la Résistance ?
- Pour l'instant, rien. Demain, on vous remettra une clé USB avec la vidéo dont je vous ai parlé. En attendant, laissez-moi finir mes explications, et vous verrez qu'elles font sens. Vous êtes un bon enquêteur. Vous saurez discerner le vrai du faux.
- Mmh.
- Peu après votre condamnation, j'ai commencé à fouiller dans le passé des trois preneurs d'otage. Comme vous l'aviez suggéré dans votre rapport, c'était bien des professionnels. A vrai dire, tous trois avaient étudié à l'Académie.
- C'étaient des Elitiens ?
- Pas exactement. L'un d'entre eux avait été expulsé en dernière année suite à une accusation de viol sur une camarade de sa promotion. Quant aux deux autres, ils avaient tous deux été condamnés pour corruption notoire. Ils avaient aidé un réseau de prostitution à se monter à la surface et prévenaient les proxénètes des prochaines descentes du Commissariat en échange d'une part des bénéfices. Bref, des Elitiens pourris comme il y en a de plus en plus de nos jours, hélas.
- Voilà pourquoi ils connaissaient si bien nos techniques de négociation. Ils les avaient étudiées à l'Académie.
- Oui. Vous aviez vu juste. En retraçant l'activité de leurs comptes, j'ai retrouvé une multitude de virements effectués peu avant la prise d'otage. C'étaient des mercenaires.
- Engagés par qui ?
- Les virements provenaient d'une société-écran à Almia. La trace s'arrêtait là.
- Quoi, vous n'avez pas pu remonter plus loin ? se renfrogna Will.
- J'agissais de ma propre initiative, Stelmar. Taylor m'avait menacé, et je ne pouvais pas abuser de ma position d'Officier sans attirer son attention. Almia est un paradis fiscal notoire, qui protège ses sociétés. Pour aller plus loin, il aurait fallu que j'ouvre une enquête en bonne et due forme, et c'était hors de question.
- Mmh.
- De toute façon, nous savons tous deux qui était derrière ces virements.
- Vous êtes en train de dire que Jack Taylor a engagé ces mercenaires pour organiser la prise d'otage ? Pourquoi, juste pour se faire grimper dans les sondages ? Sa femme a été tuée !
- Grimper dans les sondages n'était qu'un objectif secondaire. Son principal concurrent a été tué pendant la fusillade.
- C'était tout de même risqué. Qu'est-ce qu'il aurait fait, s'il avait réussi à prendre l'hélico ?
- Il ne comptait peut-être pas prendre l'hélico. Après tout, grâce à vous, il n'en a pas eu besoin, Stelmar.
- Comment ça ? » s'étonna le détective.

A l'autre bout du fil, Riviera poussa un soupir désolé, et Will comprit soudain.

« Diane… murmura l'ex-Elitien.
- Je crois que vous venez de comprendre.
- C'est… Non, c'est du délire.
- Vous vous en rappelez tout aussi bien que moi. L'insistance avec laquelle les preneurs d'otage ont exigé que mademoiselle Sunderland les rejoigne.
- Quoi, vous êtes en train de dire qu'ils l'ont fait exprès ? Qu'ils ont pris Diane en otage en espérant que ça m'inciterait à ouvrir le feu ?
- Contrairement à ce que vous imaginez, Will, votre relation avec l'agent Sunderland n'était pas un secret. Ce n'est qu'une théorie, mais n'importe qui prenant un peu la peine d'étudier le service d'intervention aurait pu découvrir cette faille et décidé de s'en servir.
- C'est complètement tordu.
- Vraiment ? Nous parlons de trois individus formés aux techniques habituelles des Elitiens, et d'un homme prêt à risquer la vie de sa famille pour accéder au poste de Chancelier. Est-il si impensable d'imaginer qu'ils aient enquêté sur les membres de l'escouade d'intervention, découvert votre relation avec mademoiselle Sunderland, et décidé de s'en servir ? Ils savaient que sa présence du côté des otages vous pousserait à intervenir. La voir ainsi menacée vous a fait perdre votre sang-froid, et vous avez aidé à déclencher la fusillade qui a tué les trois mercenaires.
- Et donc éliminé les seuls témoins du plan de Taylor.. souffla Will.
- Exactement.
- Ça n'a pas de sens. Pourquoi les mercenaires auraient-ils accepté ? Ils n'avaient aucun intérêt à ce qu'une fusillade éclate.
- Peut-être que Taylor leur a fait miroiter l'espoir qu'ils pourraient s'enfuir par les airs. Peut-être qu'il a exigé qu'ils prennent mademoiselle Sunderland en otage, sans leur dire pourquoi. De manière générale, prendre le négociateur en otage est une très bonne technique pour déstabiliser les autorités. Si aucun négociateur doué n'est là pour prendre la relève, il est plus facile pour les preneurs d'otage de faire valoir leurs revendications. C'est peut-être pour cette raison que les mercenaires ont accepté. On n'en sait rien, et on n'en saura jamais rien.
- C'est… Pourquoi ? Quel genre d'homme est capable de recourir à ce genre d'extrémités pour être élu ? balbutia le détective.
- Ah… Enfin une bonne question, savoura Riviera. J'ai mis plusieurs années avant de le découvrir. J'ai longtemps cru que Taylor avait manigancé tout ceci simplement pour être élu. Après tout, la soif de pouvoir est un motif tout à fait valable. Mais il semblerait qu'il ait… un autre but.
- Et lequel ?
- Vous avez travaillé avec le Rex, vous êtes parfaitement au courant de l'immunité relative dont il dispose. De la façon dont la majorité du Commissariat ferme les yeux sur son trafic de prostituées et de Vortex.
- Oui. Et alors ? Quel rapport ?
- Vous vous doutez que ces consignes proviennent de très haut.
- De Taylor ?
- De ses bras droits, donc de lui, oui. La plupart des Officiers sont tenus de fermer les yeux sur les exactions du Rex, dans la mesure du possible. Rien de tout ceci n'est officiel, bien sûr.
- Où est-ce que vous voulez en venir ? Abrégez, grogna Will.
- Mademoiselle Taylor est convaincue que le Rex possède un moyen de pression énorme sur son père. Quelque chose d'assez compromettant pour que le Chancelier accepte de lui accorder l'immunité.
- Et ce quelque chose, c'est quoi ? s'énerva Will.
- Je l'ignore. Mais d'après Montgomery, ce serait lié au passé du Rex.
- Montgomery ? répéta l'ex-Elitien sans comprendre. L'ancien bras droit du Rex, retrouvé assassiné dans une capsule pneumatique ? Qu'est-ce qu'il a à voir là-dedans ?
- Alors c'est vous qui avez enquêté sur l'affaire ? C'est bien ce que je pensais.
- La Résistance l'a fait tuer parce que c'était un agent double.
- Pas tout à fait. C'était un agent double, oui, mais il nous servait nous, et non le Rex. Quant à son assassinat… Il semblerait qu'on le doive à d'autres mercenaires. Probablement du même acabit que ceux d'il y a huit ans. La veille de sa mort, Montgomery m'avait envoyé un message attestant qu'il avait trouvé le fameux moyen de pression du Rex, et qu'il fallait que nous en parlions en tête à tête. J'ai cru à un piège et j'ai refusé. J'ai probablement bien fait, car j'aurai probablement été tué en même temps que lui.
- En quoi est-ce que ce fameux moyen de pression a quoi que ce soit à voir avec la prise d'otage ?
- Ça, c'est à Mademoiselle Taylor qu'il faut le demander. Elle est persuadée que son père a un autre but que de simplement être l'homme le plus influent d'Algosya. Elle est très convaincante quand il s'agit de ce sujet. Je vous laisserai lui poser la question. Le temps presse, et je vais devoir raccrocher.
- Attendez. C'est quoi, la suite du programme ? Vous ne m'avez pas raconté tout ça pour rien. Qu'est-ce qui va se passer ? questionna Will.
- Pour l'instant, comme je vous l'ai dit, nous vous ferons suivre une clé USB qui prouve ce que je viens de vous raconter au sujet de la vidéo de surveillance. Évidemment, j'ai enregistré cette conversation, et si vous décidiez de me trahir et de donner mon nom aux autorités, je saurai m'arranger pour vous emmener dans ma chute. »

Will grogna. Évidemment. L'espace d'un instant, il avait oublié à quel point Riviera pouvait être vicelard.

« Quant au reste… Eh bien, je laisserai mademoiselle Taylor vous expliquer la marche à suivre, si vous voulez nous aider à rétablir la vérité.
- Rétablir la vérité ? Facile à dire, pour quelqu'un qui a préféré mentir pendant huit ans plutôt que de risquer sa carrière, lança Will avec sarcasme.
- Je ne cherche pas à vous convaincre de rejoindre la Résistance. Je laisserai le joli minois de mademoiselle Taylor s'en charger, répliqua Riviera d'un ton égal.
- Tia… Quel rôle est-ce qu'elle a, dans tout ça ? Quelle est sa place au sein de la Résistance ?
- Sa place au sein de la Résistance? »

A l'autre bout du fil, Will entendit le petit rire suffisant de l'Officier. Non, décidément, il ne supportait pas cet homme.

« Elle en est la créatrice, bien sûr. »