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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 11/06/2016 à 03:33
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:52

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -34 : Vortex, cigarette, rébellion.
« Allez, Stasie, courage, on y est presque.
- Mais... » se plaignit sa sœur.

Anastasia portait un jean et une veste que Lina lui avait prêtés ; des vêtements qui tranchaient nettement avec son habituelle chemise de nuit de bébé. Elle avait absolument tenu à emporter sa peluche de Lockpin et son éternel ruban noir.

Voilà une dizaine de minutes que les jumelles marchaient dans la banlieue d'Omnia. en direction du centre. Elles étaient encore loin des immenses immeubles du centre-ville, mais leur ombre pharaonique occultait déjà le soleil. Cette pénombre bienvenue ne leur offrait cependant qu'une fraîcheur toute relative ; la chape de pollution perpétuelle qui écrasait la surface participait à retenir la chaleur, et le vent, coupé par les gratte-ciels, ne parvenait pas à rafraîchir les piétons qui se hâtaient sur les trottoirs de béton noirci.

Lina avait parfois du mal à supporter cette chaleur oppressante ; mais pour Stasie, c'était encore pire. Le moindre effort physique prolongé, même la marche, l'épuisait considérablement. En jetant un coup d’œil à sa sœur, Lina s'aperçut qu'elle était en nage. Sur sa peau blanche perlaient des gouttes de sueur, et ses cheveux filasses auxquels il manquait plusieurs mèches étaient poisseux. Pourtant, sa jumelle continuait d'avancer sans trop haleter. Le Vortex faisait effet.

Lina détestait devoir injecter du Vortex à sa sœur, mais elle avait appris au fil des mois que c'était le meilleur moyen de soulager Stasie. Une simple injection dans l’œil calmait les pires douleurs de sa jumelle, et lui permettait de se déplacer seule pendant quelques heures. Hélas, ce soulagement avait un prix. Une personne normale sous Vortex était euphorique ; Stasie, elle, débloquait complètement, perdait la notion de réalité et se mettait à halluciner.

« Pourquoi est-ce qu'elle n'est pas avec nous ?
- Qui ça ? demanda Lina, tirant sa sœur par la main pour la forcer à avancer.
- Notre sœur.
- Il n'y a que nous deux, ma grande.
- Mais non ! Où elle est, notre sœur ? Ils l'ont enfermée ?
- Personne n'a enfermé personne, Stasie. Allez, avance. »

Lina serra les dents. Elle déployait des trésors de patience avec sa sœur, mais les regards méfiants des passants commençaient à lui peser. Elle attrapa son téléphone dans son sac à main et revérifia l'adresse que lui avait indiquée Edge. Elles étaient tout près.

Ce quartier-ci de la surface était aussi marqué par les stigmates de la pauvreté que celui d'où elles venaient. Des bâtiments de brique ocre, couverts de poussière, se tassaient les uns contre les autres de part et d'autre de la rue, comme s'ils cherchaient à prendre le moins de place possible. Leurs façades étaient couvertes de poussière, certaines fenêtres étaient clouées de planches, d'autres présentaient un ou deux carreaux brisés.

« Hé, les lesbos, vous auriez pas un feu ? » les harangua une voix depuis leur droite.

Lina ne lâcha pas la main de sa sœur et accéléra le pas. Ne pas s'arrêter. Ne pas lui prêter attention. Elle tourna la tête et aperçut un homme qui les lorgnait avec avidité depuis une rue adjacente. Les cheveux sales, la barbe mal rasée et les vêtements poussiéreux, il émergeait tranquillement de sa ruelle, un sourire malsain sur le visage, se dirigeant vers elles en titubant. La jeune fille n'eut pas besoin de voir ses pupilles dilatées pour comprendre qu'il serait un problème.

« Putain, mais c'est que vous vous ressemblez ! Z'êtes sœurs, c'est ça ? »

Il continuait de les suivre. Il ne lâcherait pas l'affaire. Il se sentait puissant, comme tous les hommes lorsqu'ils pensaient pouvoir jouer impunément les prédateurs. Lina connaissait bien ce genre de type. Elle les fréquentait tous les soirs. Elle savait que d'ordinaire, il valait mieux courber l'échine et presser le pas. Faire semblant d'être au téléphone avec quelqu'un. Se rapprocher d'un groupe de piétons. Ignorer les remarques indécentes.

Mais là, elle était avec Stasie. Et elle n'allait pas laisser un pauvre con les harceler tranquillement.

Lina sortit le revolver qui traînait dans son sac et le pointa froidement sur l'homme, qui s'arrêta net.

« Oh, mollo, mollo ! J'voulais juste un briquet, moi… Allez ma belle, tu dois bien avoir ça dans ton sac ?
- Dégage, ou je tire. T'as dix secondes. »

Tant pis si elles se faisaient remarquer du quartier. Elles n'allaient pas rester longtemps, de toute façon.

Le junkie leva les mains en l'air. De la sueur perlait sur son front, et pas uniquement à cause de la peur. Stasie, trop à l'ouest pour comprendre la tension de la situation, regardait sa sœur en souriant béatement.

« Ok, ok… »

Il fit quelques pas en arrière et Lina tira sa sœur pour continuer à marcher, tandis que l'importun s'éclipsait en grommelant diverses insultes. La jeune fille rangea son arme, nerveuse. Les rues de la surface étaient déjà assez dangereuses pour elle en temps normal ; mais alors pour Stasie...

Finalement, à force de longer les baraquements carmins qui bordaient leur rue, elles parvinrent à destination. L'un de ces bâtiments, en tout point semblable aux autres, comportait une petite plaque de métal comportant le numéro de rue qu'Edge lui avait indiqué. Lina, soulagée, ouvrit la porte et attira sa sœur à l'intérieur, se soustrayant avec soulagement au regard de la rue.

L'intérieur était un hall poussiéreux, où un escalier de bois vermoulu s'enroulait autour d'une cage d'ascenseur défectueuse. D'après le texto d'Edge, la planque était au deuxième étage. Tirant Stasie par la main pour la pousser à avancer, Lina commença donc à monter les marches vieillies, qui craquaient sous son poids.

« Pourquoi on monte ? demanda Stasie, l'air interloqué.
- On va habiter là pendant quelques temps, répondit sa sœur avec patience.
- Il faut pas monter. Il faut pas.
- Pourquoi ?
- Parce qu'Il est là-haut.
- Qui ça, il ?
- Celui qui a enfermé notre sœur. » délira sa jumelle sur le ton de l'évidence même.

Lina éprouva l'irrésistible envie d'attraper Anastasia par les épaules et de la secouer pour la faire revenir à la raison, mais cela ne servait à rien. Elle savait quel genre d'effets le Vortex avait sur sa sœur et en avait l'habitude ; mais sa patience commençait à être mise à rude épreuve.

Stasie, épuisée par leur marche, mit plusieurs minutes à gravir les deux étages. Lorsqu'elles parvinrent enfin sur le palier, Lina traîna sa sœur jusqu'à une porte en tout point semblable aux autres.

« Ça devrait être là. » annonça-t-elle à sa sœur en sachant très bien que cette dernière ne risquait pas de la comprendre.

Elle toqua trois fois à la porte et remarqua le judas. La jeune fille plissa les yeux, cherchant à déterminer si on les observait, mais elle ne risquait pas de remarquer quoi que ce soit de ce côté-ci de l'orifice.

Finalement, le cliquetis de chaînettes se fit entendre et la porte s'ouvrit sur une femme au visage méfiant. Elle était vêtue d'une tenue sombre et portait un revolver à la hanche. Ses cheveux noirs étaient noués en un chignon pragmatique, et son être tout entier transpirait l'austérité. Elle était assez jeune, peut-être trente ans ; on ne faisait pas de vieux os, lorsque l'on faisait le même genre de boulot qu'elle.

Lina lui trouva une légère ressemblance avec Edge ; un air de famille, peut-être ? Ou alors était-ce simplement parce que, comme lui, elle était l'une des âmes damnées du Rex, le genre d'individu qui se chargeait de la basse besogne sans poser de questions ?

« Rentrez vite. » lâcha-t-elle d'une voix autoritaire.

Lina ne se fit pas attendre et attira Stasie à l'intérieur, tandis que la femme refermait la porte derrière elle, prenant soin de remettre les différents verrous en place.

« Vous avez du retard. Edge m'avait annoncé que vous arriveriez il y a dix minutes.
- Ouais, ben on a fait ce qu'on a pu. » grommela Lina en asseyant sa sœur sur un fauteuil.

L'intérieur de l'appartement était assez semblable à celui qu'elles venaient de quitter ; si l'on exceptait le fait que les fenêtres soient barricadées. Une salle de bains plus ou moins propre, une cuisine en désordre et un salon au mobilier miteux constituaient la majeure partie du palace dans lequel elles allaient rester quelques temps. De là où elle était, Lina apercevait du coin de l’œil une chambre qui comportait un unique lit simple. Tant pis. Elle dormirait sur le canapé.

« Il va falloir que l'on règle les détails, annonça Edge-version-femme.
- Laissez-moi m'occuper d'elle deux minutes. » rétorqua Lina.

La tueuse acquiesça et se retira dans ce qui semblait être la cuisine, jetant un regard par la fenêtre de la pièce. Lina reporta son attention sur sa sœur. Stasie, en nage, dodelinait de la tête. Le Vortex faisait encore effet, mais lorsque les effets dopants s'estomperaient, elle risquait sûrement de s'endormir pour un bon bout de temps. Lina lui caressa la joue et murmura :

« Repose-toi, d'accord ? Je t'apporte à boire. »

La jeune fille se précipita à la suite de la femme, attrapa un verre.

« Potable ? » questionna-t-elle en désignant le robinet.

Son interlocutrice acquiesça silencieusement et Lina remplit donc le verre en hâte, avant de l'apporter à sa sœur. Cette dernière déglutit difficilement et leva un regard reconnaissant vers sa jumelle.

« Ça va aller, ma belle. Finis ton verre, je reviens tout de suite. » lui sourit Lina.

Stasie acquiesça en silence. Elle ne semblait déjà plus avoir la force de parler. D'un bras tremblant, elle serra sa poupée pelucheuse contre elle et ferma les yeux, respirant calmement.

Lina retourna auprès de l'occupante des lieux et s'alluma une cigarette. Elle n'en pouvait plus. Elle n'allait sûrement pas pouvoir bosser ce soir.

« Vous ressemblez un peu à Edge, lâcha-t-elle d'un ton désinvolte. Sauf que vous avez des cheveux , vous.
- Vous avez une arme ? demanda la femme en se détournant de la fenêtre.
- Oui, répondit Lina en soufflant de la fumée.
- Bien. On suivra de près l'évolution de l'enquête des Elitiens. Vous devriez pouvoir retourner là-bas d'ici deux ou trois jours.
- Pas la peine que vous restiez. Vous feriez peur à Stasie.
- Je n'en avais pas l'intention. Vous êtes peut-être les filles du Rex, mais vous n'êtes pas le centre de son empire. Il y a d'autres affaires à régler.
- C'est toujours agréable de se savoir aimée de son père, soupira Lina en prenant une autre bouffée.
- Il en fait déjà plus pour votre protection que pour n'importe qui d'autre.
- Il faudra peut-être penser à changer d'endroit plus tôt que prévu. C'était la troisième fusillade ce mois-ci. Elles sont de plus en plus fréquentes.
- La Résistance excite les gangs locaux. Elle les pousse à se retourner contre votre père et à causer le plus de désordre possible pour que les Elitiens soient débordés. Peu importe où l'on vous transférerait, la situation ne changerait pas, rétorqua sèchement la femme.
- Mmh. Quand est-ce qu'il compte rentrer ouvertement en guerre contre eux, hein ? La Résistance est en train de ruiner son commerce.
- Nous ne sommes pas là pour parler de la manière dont votre père gère ses affaires. Vous avez eu des problèmes sur la route ?
- Un junkie qui faisait chier, rien d'autre. »

La femme acquiesça et se dirigea vers la porte de sortie.

« Bien. Je vous laisse. Les voisins sont assez curieux, dans les parages. Évitez de sortir, ou même de vous montrer à la fenêtre. Il y a assez de nourriture dans le frigo pour que vous teniez trois jours. Edge vous donnera des nouvelles par téléphone.
- Je connais la procédure, merci... » grommela Lina en tirant sur sa cigarette.

Son interlocutrice opina du chef, défit les nombreuses chaînettes qui empêchaient la porte de s'ouvrir et s'en fut dans le couloir sans aucun mot. Lina referma derrière elle en soupirant, et jeta un coup d’œil à sa sœur qui s'était endormie sur le fauteuil.

La vue d'Anastasia, qui dormait si paisiblement malgré le chaos qui s'était abattu sur elles dans la journée, parvint à arracher un sourire à Lina. Elles étaient en sécurité.

Pour l'instant. Ce qu'avait dit la tueuse travaillait la jeune fille. La Résistance ne cessait de gagner en assurance, allant jusqu'à s'en prendre à la ville haute – ce que le Rex s'était toujours gardé de faire. Ce dernier, en temps que magnat du crime à la surface, avait réussi à faire prospérer son commerce grâce à un accord plus ou moins tacite avec les Elitiens ; celui de maintenir un semblant d'ordre ici bas et de tenir en laisse les autres gangs, en échange de la relative tolérance des autorités sur ses affaires – encore une preuve de la corruption de ces prétendus justiciers, se dit Lina.

Mais que voulait la Résistance ? Elle était le troisième pouvoir, capable de rompre cet équilibre en place depuis maintenant plus de vingt ans. Elle était clairement hostile aux Elitiens et à toute forme d'autorité en provenance de la ville haute ; elle abhorrait le régime de Jack Taylor, elle détestait la ville haute et tout ce qu'elle représentait.

Algosya avait toujours été une région à haut taux de criminalité ; et pas qu'à Omnia. Seules les îles Sogulen étaient relativement calmes ; dans le reste de la région, il ne se passait pas un jour sans que l'on ne parle de meurtre, d'explosion, de vol aggravé, et ce bien avant que la Résistance n'apparaisse.

Et pourtant, les choses empiraient depuis ce jour où, trois mois plus tôt, les Résistants avaient revendiqué leur premier attentat. La psychose s'était installée dans toute la région. Il n'y avait qu'à la surface d'Omnia qu'on ne craignait pas vraiment la Résistance ; au contraire, on ne pouvait s'empêcher de voir dans leurs actes une sorte d'héroïsme révolté. Nombreux étaient les gens qui en avaient marre de vivre dans l'ombre des immenses buildings de la ville-haute. La pollution, la criminalité, la peur ; les vices proliféraient dans la pénombre, et le mécontentement grondait.

Le Chancelier Taylor avait décrété l'état d'urgence et appliqué de nombreuses mesures sécuritaires dans tout Algosya, pour lutter contre la Résistance. Et si dans la majorité de la région, les gens étaient ravis de sacrifier un peu de leur liberté contre l'assurance d'une sécurité accrue face à la menace terroriste, la chose passait moins bien dans les bas-fonds d'Omnia, déjà écrasés par la politique de Taylor.

Les choses allaient mal, Lina le sentait. Taylor était en passe d'être réélu, et la situation était plus instable que jamais. La Résistance, loin d'être découragée par les mesures prises par le gouvernement, gagnait en puissance et en audace. Les Elitiens étaient débordés, et l'emprise du Rex sur les bas-fonds était mise à mal. Les habitants des bas-fonds passaient leur vie dans l'ombre de la ville haute, généralement trop pauvres pour pouvoir déménager ailleurs. Ils avaient appris à souffrir en silence, à éviter les patrouilles d'Elitiens, les fusillades entre les gangs, à changer de trottoir plutôt que de répondre aux provocations des innombrables petites frappes qui pullulaient à la surface.

Pour l'heure, le mécontentement n'était qu'un murmure, qui prenait la forme de conversations au détour d'une ruelle sombre, de grommellements vaguement vindicatifs que l'on échangeait tout bas.

Mais même le plus bas des marmonnements, une fois repris par suffisamment de personnes, pouvait se muer en un brouhaha assourdissant. La Résistance échauffait les esprits, les ralliait à sa cause et inspirait les indécis. Elle offrait un espoir de changement à des gens qui s'étaient résignés à passer leur vie dans l'ombre des immeubles.

Le Rex avait réussi à gouverner les bas-fonds grâce à la drogue, à la prostitution, et à une éthique douteuse. Il exploitait les vices des gens et leur proposait un moyen de se soustraire à leur quotidien.

La Résistance, elle, leur offrait de changer ce quotidien ; de renverser l'ordre établi. Elle ne jouait pas sur les péchés de l'humanité, mais se drapait au contraire d'idéaux nobles, d'aspirations révolutionnaires, voire guerrières. Là où le Rex aidait indirectement les Elitiens et Taylor à asservir la population d'en-bas, la Résistance les enhardissait à prendre les armes et à les rejoindre dans leur lutte contre l'ordre établi.

La population n'était pas encore tout à fait prête, mais le jour approchait, le jour où tous ces gens se soulèveraient et abattraient ces immeubles gigantesques, symboles des inégalités de la société d'Omnia.

Et ce jour là, il était fort probable que l'empire du Rex s'effondre en même temps que le gouvernement de Taylor. Et lorsque cela arriverait, mieux vaudrait être loin de la ville – ou être du côté des vainqueurs.