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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 07/06/2016 à 00:23
» Dernière mise à jour le 14/12/2017 à 17:52

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre -35 : Passer à autre chose
Lorsque la détonation éclata dans la rue en contrebas, Lina protégea instinctivement sa sœur en se jetant au sol avec elle. Stasie gémit de peur et de douleur, mais ne broncha pas. Sur l'écran, les mésaventures animées de Lyrian continuaient de défiler, tandis que dehors, de nouveaux coups de feu répondaient au premier.

« Reste là. Ne bouge pas. » souffla Lina à sa sœur, qui acquiesça précipitamment.

Les fusillades du genre n'étaient pas rares, dans le coin. C'était la troisième fois ce mois-ci. De nombreux gangs sévissaient dans les faubourgs d'Omnia, et il était aisé de se retrouver entre deux feux si l'on ne connaissait pas les coutumes du quartier. Le Rex possédait l'immense majorité du centre et de ses environs ; quelques bandes criminelles médiocres se disputaient les banlieues extérieures, fuyant dès que les Elitiens approchaient.

Lina avait appris depuis bien longtemps à ne plus compter sur les Elitiens pour assurer sa protection ou celle d'Anastasia. Ces soi-disant gardiens vigilants, trop occupés dans leurs palaces de verre, là-haut, mettaient bien trop de temps à arriver – non pas qu'ils se pressent vraiment. Les gens d'en-bas détestaient les Elitiens, et ceux-ci le leur rendaient bien. Les descentes qui se déroulaient sans accrocs étaient incroyablement rares ; la plupart du temps, les Elitiens essuyaient au mieux des insultes et des jets de pierres, au pire des tirs de malfrats haineux.

Non, dans les banlieues extérieures d'Omnia, il fallait savoir se défendre soi-même. La loi d'en-haut ne s'appliquait que dans le centre-ville, et encore. Mais dans les bidonvilles externes, seule régnait la loi du talion. Il n'y avait pas de commissariat où porter plainte – comme si les Elitiens s'en seraient occupés. Il n'y avait que la vengeance.

Lina s'accroupit et avança à couvert jusqu'à la cuisine. Elle savait pertinemment que ce n'était pas leur appartement que l'on visait, mais mieux valait éviter de prendre une balle perdue. Tête baissée, la jeune fille ouvrit l'un des tiroirs de la cuisine et en sortit un revolver.

Le contact avec l'arme la rasséréna. Elle avait appris à tirer dès que leur dernière nourrice les avait abandonnées et que la garde de Stasie lui avait échouée. Le Rex avait insisté, prétextant qu'elle devait pouvoir défendre sa sœur, et Edge lui-même l'avait emmenée s'entraîner dans des décharges publiques, loin de tout.

Lina glissa le revolver dans son jean, au creux de ses reins, et retourna auprès de sa sœur.

Stasie était assise contre le canapé, les jambes repliées contre elles, les mains entourant ses genoux. Elle se balançait d'avant en arrière en gémissant, terrorisée.

« Ça va aller, ma puce. » lui souffla Lina en s'approchant d'elle.

Dehors, une rafale d'arme automatique retentit. Lina tressaillit. Ils étaient bien armés.

Un bruit de verre brisé se fit entendre, et quelque chose se planta dans le mur au-dessus d'elle. Une balle venait de traverser leur fenêtre. Stasie poussa un cri apeuré. Son maigre corps tout entier tremblait comme une feuille.

« Arrêtez, arrêtez, arrêtez ! marmonnait-elle en boucle.
- Shhh… C'est rien. Tout va bien se passer. Du calme. Reste bien derrière le canapé, d'accord ? »

Dehors, les tirs ralentissaient et semblaient s'éloigner. Bien qu'elle meure d'envie de voir ce qui se passait dehors, la jeune fille n'était pas idiote. Elle attendit, s'escrimant à rassurer sa sœur du mieux qu'elle le pouvait.

De longues minutes passèrent avant que l'on n'entende plus aucun coup de feu. Par prudence, Lina décida d'attendre encore quelques dizaines de secondes supplémentaires avant de se risquer à quitter son abri.

« Ne bouge pas, intima-t-elle à sa sœur, qui, de toute façon, n'était en état d'aller nulle part.
- Arrêtez, arrêtez ! »

La jeune fille saisit son arme et s'approcha de la fenêtre, méfiante. Elle écarta le rideau et jeta un coup d’œil à la rue en contrebas.

Dehors se déroulait l'une des habituelles scène de désolation qui constituaient le quotidien d'Omnia. Des voisins moins prudents qu'elle descendaient déjà dans la rue pour récupérer ce qu'ils pouvaient sur les cadavres encore chauds des gangsters dont le sang se répandait sur le bitume poussiéreux. Lina compta cinq cadavres dans la rue principale, et deux autres dans des ruelles annexes.

C'était beaucoup. Beaucoup trop pour passer inaperçu. Elle grimaça. Lorsque les fusillades étaient trop importantes pour être négligées, les Elitiens avaient l'obligation légale d'effectuer une descente pour recueillir les témoignages des riverains. Nul doute que la nouvelle de l'échauffourée leur était déjà parvenue ; maintenant, il allait falloir attendre qu'ils débarquent, dressent un périmètre de sécurité autour de quartier et interrogent le voisinage.

Et ils ne manqueraient pas de s'interroger sur le fait que deux jeunes filles d'à peine vingt ans, dont une à moitié retardée, vivent ensemble sans tuteurs légaux. Ils demanderaient à Lina comment elle parvenait à payer le loyer, à acheter leur nourriture ; ils lui demanderaient quel métier elle exerçait, qui payait pour tout ceci. Évidemment, Lina n'envisageait pas de parler de son activité, et il était hors de question de mentionner le moindre lien entre elles et le Rex.

Non, la seule solution, c'était qu'elles soient parties quand les Elitiens arriveraient. Pour éviter qu'on ne se serve d'elles contre lui, le Rex les faisait souvent changer d'appartement. Mais il arrivait parfois que cela ne suffise pas, et qu'un imprévu les force à se déplacer plus tôt que prévu, comme aujourd'hui. Et Lina détestait devoir infliger ça à sa sœur.

« Ça va, Stasie ? s'inquiéta-t-elle en revenant vers sa jumelle.
- Arrêtez, arrêtez... »

Lina lui caressa la joue et pinça les lèvres. Ces épisodes étaient particulièrement traumatiques pour Anastasia ; et à chaque fois qu'elle avait peur, sa sœur s'enfermait dans cet étrange litanie sans queue ni-tête. L'une des nourrices l'avait traitée d'autiste, une fois, lorsqu'elles avaient quatorze ans. Lina, enragée, avait débité ce soir-là plus d'insultes qu'elle pensait n'en connaître ; et le lendemain, la nourrice était virée.

« Stasie, ma puce, reste avec moi. » murmura Lina.

Elle lui attrapa les épaules et l'empêcha de se balancer. Sa jumelle battit des paupières plusieurs fois avant de lever les yeux vers elle. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle sembla reprendre ses esprits.

« C'est fini ?
- Oui, c'est fini. Ils sont partis. Tout va bien.
- … J'ai… J'ai eu peur, Lina…
- Ça va aller. »

Lina serra sa sœur dans ses bras et la blottit contre elle, lui caressant doucement les cheveux. Elle avait l'impression de consoler une petite fille qui avait fait un cauchemar.

Elles restèrent de longues minutes ainsi, sans parler, la respiration saccadée d'Anastasia ralentissant petit à petit. Puis, Lina desserra l'étreinte et sourit à sa sœur.

« On va faire un tour, d'accord ?
- Où ?
- C'est une surprise, répondit Lina en s'efforçant de sourire. Va t'habiller, on part bientôt.
- Mais je suis fatiguée…
- Tu te reposeras quand on sera arrivées, promis. »

Stasie fit la moue, mais n'insista pas. Lina l'aida à se relever et l'emmena dans leur chambre, une petite pièce meublée de deux lits simples et d'une grosse armoire. La jeune fille ouvrit cette dernière et en sortit quelques-uns de ses propres vêtements, qu'elle lança à sa sœur. Pas question qu'Anastasia sorte dans la rue en chemise de nuit.

« Tiens, enfile ça, je reviens tout de suite. »

Lina retourna dans le couloir et fouilla son sac. Elle en sortit un téléphone et composa un numéro qu'elle détestait devoir appeler.

« Edge ? C'est Lina.
- On vient de nous informer pour la fusillade. Besoin d'un transfert ? demanda la voix impassible du garde du corps du Rex.
- Ouais, répondit Lina, à peine surprise qu'il soit déjà au courant. Les Elitiens vont pas tarder.
- Vous êtes blessées ?
- Non.
- Il y a une planque prête pas loin. Je t'envoie l'adresse. Tu arriveras à la transporter ?
- Ça devrait aller.
- Bien. J'en informerai le Rex.  »

Et il raccrocha. Lina frissonna. Edge était toujours d'une efficacité impressionnante. Il ne s'énervait jamais, ne paraissait jamais être surpris ou décontenancé. Le Rex lui confiait souvent la tâche de protéger les jumelles ; c'était également à ce titre que l'homme au crâne tatoué avait appris à Lina à tirer. Il était le garde du corps du Rex, et l'ange gardien de ses filles adoptives ; aussi s'occupait-il de sécuriser les déplacements de tout ce petit monde lorsque cela s'avérait nécessaire.

Lina se passa une main devant les yeux et soupira. Elle détestait devoir exposer Stasie à la vue du reste du monde. Sa sœur était frêle, fragile, peinait à marcher plus de quelques minutes. Ça n'allait pas être facile.

Heureusement, il y avait le Vortex.

~*~
Lorsque Will quitta sa capsule, il dut plisser les yeux pour ne pas être aveuglé. Comme d'habitude, le soleil baignait la ville haute de sa lumière chaleureuse, contrastant cruellement avec la perpétuelle obscurité de la surface. Ici, il n'y avait pas de nuages ou de tours de béton pour occulter les rayons solaires ; et toutes les constructions, passerelles comme bâtiments d'habitation, avaient été conçues en verre et en plastique renforcé pour maximiser la luminosité.

Will ne perdit pas de temps et quitta la tour du point de passage d'un pas pressé. Une fois de plus, son accoutrement d'inspecteur de polar attira les regards, mais il n'y prêta pas attention.

Il s'engagea sur l'une des passerelles et se dirigea vers vers l'un des immeubles d'habitation de la ville haute – une belle tour aux courbes élégantes, mais qui ne rivalisait pas avec certains des bâtiments d'Omnia.

Dans la partie supérieure de la ville, chaque construction était un joyau de design et d'architecture moderne. Les formes des façades étaient souvent hélicoïdales, toujours lisses et élancées, et pourtant assez solides pour ne pas osciller sous l'effet du vent. Car en effet, à cette altitude, l'air était agité ; et bien que les passerelles de verre blindé assourdissent totalement le rugissement des bourrasques, les multiples drones publicitaires qui peinaient à se maintenir en place à l'extérieur montraient à quel point Omnia était une prouesse de technologie.

Après quelques minutes de marche, Will pénétra dans l'immeuble où il habitait – une tour semblable aux autres, quoiqu'un peu plus petite. Le hall était tapissé de moquette bordeaux, et quelques capsules s'occupaient de desservir les différents étages. L'inspecteur prit l'ascenseur et écrasa le bouton du quarante-deuxième niveau.

Par la paroi de verre de la capsule, il contempla la mer de nuages. Le soleil était à son zénith et éclairait l'ensemble de la voûte nuageuse d'une lumière égale, gommant les ombres et donnant à cette immense étendue duveteuse un air cotonneux, presque surréaliste. Là, autour des passerelles et des immeubles, des centaines de drones publicitaires papillonnaient comme des Lumivoles autour d'une lampe. Leurs slogans brillaient de mille feux ; certains vantaient les mérites du dernier produit révolutionnaire d'X-Corp, d'autres encourageaient mesdames à se laisser tenter par la nouvelle collection d'été du luxueux magasin de vêtements le plus proche. Certains, enfin, affichaient les dernières nouvelles, projetant tour à tour sur leurs écrans le visage de Jack Taylor, Chancelier d'Omnia, et les images des dernières arrestations de présumés Résistants.

C'est ces images qui attiraient l'attention de Will. Il avait passé deux jours à la surface, et il était bien plus difficile de se tenir au courant de l'actualité lorsqu'il était en bas. Aussi s'était-il empressé de remonter après avoir -enfin- émergé de sa gueule de bois.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent en sonnant et Will se retrouva dans un couloir propre, voire même aseptisé, qui s'ouvrait sur quatre portes. L'inspecteur se dirigea vers celle du fond et posa sa main sur le panneau gris métallisé qui trônait sur le mur d'à côté.

La porte coulissa silencieusement et s'ouvrit sur son appartement plongé dans l'obscurité. Will entra et frappa dans ses mains, tandis que l'ouverture se refermait derrière lui.

Aussitôt, les néons s'allumèrent et l'habituelle voix désincarnée de son assistant domestique lui parvint aux oreilles.

« Bonjour, monsieur Stelmar. Il est actuellement 13h28. Vous avez un message en attente.
- Stores à 50 %, ordonna Will en jetant son imperméable sur le canapé de cuir fatigué qui trônait dans son salon. De qui est le message ?
- Garvin Keithr. Reçu : hier à 17h56. »

Will attrapa la Pokéball à sa ceinture et libéra Fenrir dans un éclair bleu. L'Arcanin s'ébroua en apparaissant et secoua sa majestueuse crinière, avant de trottiner jusqu'à la cuisine, suivi de son Dresseur qui avait également faim.

L'ex-Elitien versa des croquettes dans la gamelle de son fidèle compagnon avant d'ouvrir le frigo et d'en sortir des nouilles à réchauffer. Il n'avait jamais été grand cuisinier.

« Lis le message. » lança-t-il en mettant son plat au micro-ondes.

La voix de Garvin retentit alors dans l'appartement.

« Salut, Will. J'ai fait passer ton rapport sur l'affaire Montgomery aux Elitiens qui s'occupaient de l'enquête. Ils ont vérifié le système informatique du point de passage et les gars de la tech' ont trouvé des irrégularités dans les archives. On dirait que tu avais raison. C'est bien un coup des Résistants. Évidemment, ils m'ont demandé où j'avais obtenu ces infos, mais je doute que ça atteigne les oreilles de Riviera.
- Tant mieux, grommela Will pour lui-même en faisant machinalement craquer ses phalanges abîmées.
- Enfin, je t'appelais pas pour ça. La fille Taylor nous a recontactés. Elle a doublé son prix. Elle tient toujours absolument à ce que ce soit toi. Écoute, Will, c'est six fois plus que n'importe lequel de tes autres boulots. T'as besoin de cet argent. Me force pas à lui dire non une fois de plus.
Et puis, si ça peut te convaincre, Riviera l'aurait vraiment mauvaise si tu acceptais le job. Si t'es d'accord, on a qu'à en discuter autour d'un café un de ces quatre. Pas une de tes merdes insipides, un vrai café, ok ? C'est moi qui t'invite. T'as juste à répondre à ce message.
 »

Will soupira. Garvin avait toujours été incroyablement patient avec lui, très paternel, peut-être même trop. C'était pour ça que le détective aimait autant son ancien collègue.

« Allez, je sais que tu feras le bon choix. Bonne soirée, Will. J'attends que tu me rappelles. »

La voix du cinquantenaire se tut au moment où la sonnerie du micro-ondes retentissait. Le détective ouvrit la porte de l'appareil et en sortit ses nouilles fumantes, qu'il commença à manger dans un gargouillis des moins classieux.

« Dois-je répondre à monsieur Keithr ? demanda la voix féminine désincarnée.
- Oui. Dis lui que j'en suis, mais seulement si le café est bon. »