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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 28/01/2019 à 11:14
» Dernière mise à jour le 28/01/2019 à 11:14

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 20
« Les restes de l’humanité perdurèrent, dotés de la longue-vie, et d’une sagesse nouvelle. Guidés par ceux qui avaient échappés à la guerre, les Hommes parvinrent à transcender leurs technologies du passé, et à les bonifier. Ils vécurent un temps dans la paix et la sérénité, bien que leurs frontières restassent obstinément fermées. Le monde extérieur à leur île était loin de ressembler à leur havre, et pansait encore ses blessures à vif. »
Almanach des Anciens, Livre III, L’Aube du Nouveau Monde, 2.



***



Ambre s’ennuie.

Elle a longtemps erré dans la citadelle, saluant poliment les nobles rencontrés, échangeant quelques formalités avec des soldats royaux, visitant les jardins, contemplant la vue depuis les remparts… elle a même osé trempé les pieds dans l’Hélia, qui sert de douves au château. Elle a d’ailleurs été surprise par l’aspect massif de la prison, sur l’îlot au milieu du lac artificiel. Elle a souvent entendu parler de ce bâtiment, sans jamais l’avoir vu ; forcément, il était isolé de tout, même au sein de l’impressionnante citadelle royale. Sans parler de sa position ; il est sans doute l’un des bâtiments les plus septentrionaux du Royaume.

Elle en a profité pour laisser son regard dériver vers les collines du nord, au-delà du fleuve, comme pour y apercevoir une troupe de Kirazann ou un assassin du Gang des Ténèbres. En pensant à ce groupuscule, elle a senti sa respiration s’accélérer, son souffle se faire difficile. Elle s’est vite détournée et a longtemps cherché une nouvelle occupation. En vain.

Kashim lui a pourtant proposé plusieurs choses, quand elle l’a croisé au matin. Mais il y a certaines tâches qu’elle n’apprécie pas de faire seule. Elle a toujours été assez sociable, et la solitude est quelque chose qui l’effraie.

Natael est difficile à approcher, et ses propos l’agacent trop pour qu’elle ose tenter de lui proposer quelque chose. Élio aurait été sans doute plus agréable à côtoyer, mais il est sans cesse accaparé par Phidius Anhlir, le célèbre érudit… tandis que Sœlis, elle, est aussi prise par ses études.

Ambre a eu le temps d’apercevoir ses travaux dans sa chambre ; en plus d’étudier très en détail — trop sans doute — l’histoire de chaque année du Royaume depuis sa fondation, elle se plonge dans la lecture de grimoires énormes que ses bras frêles peinent parfois à soulever. En plus de ça, son professeur, qui n’est autre que Phidius lui-même, lui donne de nombreux exercices à réaliser chaque semaine. Et mis à part ça, Sœlis doit parfois se rendre à Hymnus, ou dans le domaine d’un noble au sein de la citadelle, pour des réunions diverses, des invitations courtoises ou améliorer des relations de la manière la plus diplomatique qui soit.

Rien de très intéressant aux yeux de l’ex-sergente. Elle ne peut même pas servir de garde du corps comme prévu ; il lui faudra attendre le banquet d’intronisation pour jouer officiellement ce rôle. En attendant, c’est Kashim qui se charge d’accompagner la princesse partout.

La jeune Gardienne, après avoir passé sa matinée à se promener dans la citadelle, au gré de sa curiosité, retourne tranquillement vers sa chambre, réfléchissant à une activité quelconque. Elle ne peut pas aller à la bibliothèque pour lire l’Almanach des Anciens ; les quelques extraits recopiés qui s’y trouvent sont entre les mains de Phidius — encore et toujours lui — et il ne faut surtout pas le déranger alors qu’il donne des cours à Élio. Apparemment, être interrompu pendant ses enseignements est une chose qui peut le mettre hors de lui. Un sacré personnage, ce Phidius.

— Qu’est-ce que je pourrais bien faire ? murmure Ambre en ouvrant la porte de sa chambre.

En entrant, elle remarque que quelqu’un a glissé un mot sous sa porte ; elle se penche pour le ramasser et y lit la note rédigée à la va-vite, dans une écriture en pattes de mouches.

J’ai retrouvé ton sonistrelle, j’ai l’ai laissé dans la volière près du fleuve
Le message est signé Kashim. Ambre esquisse un sourire rassuré. Ayfiel n’est pas loin ; elle a maintenant de quoi tromper l’ennui. Elle ressort aussi sec en laissant le mot sur son bureau, et referme la porte derrière elle.

Et tombe nez à nez avec un de ses colocataires.

— Oh, Élio ! Phidius t’a enfin lâché pour la journée ?

Le garçon rougit légèrement et secoue la tête, l’air un peu fatigué.

— Non, j’ai seulement trois heures de temps libre avant de reprendre.
— Ah, d’accord. Ça a l’air plutôt intensif, non ?
— Oui. C’est intéressant, mais épuisant…

Ambre a en effet noté les cernes naissantes sous ses yeux. Amicalement, elle pose une main sur son bras et lâche avec un grand sourire :

— Il faut éviter de t’endormir, sinon tu seras incapable de l’écouter tout à l’heure, cet érudit ! Tu n’as qu’à venir avec moi, je vais à la volière. Je te présenterai Ayfiel, mon pokémon. Et après on n’aura qu’à manger. Si tu es partant, on peut même baptiser le terrain d’entraînement du sous-sol ! Kashim nous a recommandé d’y aller souvent. Pour développer nos pouvoirs.
— Je veux bien, ça me fera changer d’air.

La jeune femme sourit ; le garçon semble avoir beaucoup écrit aujourd’hui. Il se touche fréquemment les poignets, comme s’ils étaient douloureux. Phidius semble presque le surexploiter ; mais c’est sans doute une bonne chose pour la suite. Bien qu’Ambre apprécie plus Élio que Natael, il est nécessaire pour lui d’en faire plus pour rattraper son retard. Elle ne connaît que trop bien la vie qu’ont les gens dans la cité des goélises.

Ils s’éloignent ensemble dans le couloir, pour rejoindre la volière.



***


— Hier, je suis retournée sur la carrière avec Kashim, explique Ambre alors qu’ils sont encore en chemin. Il m’a demandé de briser une des capsules temporelles avec ma dracogriffe.
— Tu as réussi à l’ouvrir ?
— Non, impossible. J’ai frappé de toutes mes forces, mais ça n’a même pas rayé la capsule.

Élio déglutit difficilement.

— De toutes tes forces ? Je suppose… qu’on peut difficilement faire plus tranchant.
— Je ne sais pas, mais ce qui est sûr, c’est que ces capsules ne s’ouvriront pas comme ça. Il faudra sans doute trouver une solution moins barbare. Tiens, voilà la volière !

Au détour d’un bâtiment dédié aux montures royales — des arcanins pour la plupart, rassemblés dans de grands abris clos —, une tourelle s’est dessinée dans l’ombre du château. Fine et élancée, en pierre brute, elle est arrondie et pourvue de multiples ouvertures pouvant laisser passer de petits pokémons. Des cris d’oiseaux retentissent déjà depuis l’intérieur, et quelques cornèbres sont perchés sur les tuiles du sommet, où un drapeau flotte mollement au vent.

Ambre s’arrête soudain. Élio l’imite, sans comprendre.

— Le voilà, dit-elle calmement.
— Où ça ?

Il comprend qu’elle doit parler de son pokémon. Il lève la tête, le cherchant des yeux, et voit une bestiole mauve battre maladroitement des ailes, et se dirigeant vers eux... approximativement. Sa trajectoire paraît un peu hasardeuse. Le bruit qu’il fait en voletant rappelle le froissement d’un tissu ; Élio sursaute quand il entend un cri très aigu échapper au pokémon.

La petite bête s’écrase presque dans les bras tendus d’Ambre, qui éclate de rire alors qu’il se débat pour se redresser. Élio, entre surprise et admiration, observe les grandes oreilles du pokémon, ses yeux jaune vif et son corps duveteux.

— Ayfiel, c’est bien ça ? demande Élio.
— Oui, c’est ça. Tu peux le caresser, tu sais. Il n’est pas méchant. Ayfiel, c’est Élio, un ami à moi.

Le petit sonistrelle émet un petit cri excité en fixant Élio avec intérêt. Le garçon tend la main vers lui, un peu effrayé ; mais le pokémon se laisse faire et laisse même échapper un autre cri, de contentement cette fois.

— Il est un peu brusque parfois, explique tranquillement Ambre en le gardant en équilibre sur ses bras. L’avantage, c’est qu’il se nourrit tout seul comme un grand. Je ne suis pas vraiment dresseuse, mais je l’ai sauvé de la noyade quand il n’était qu’un bébé pokémon. Depuis, il me suit partout.

Élio retire sa main, laissant le pokémon renifler Ambre et lui agripper les vêtements avec ses ailes. Il semble maladroit, que ce soit en plein vol ou non. Il l’imagine bien tomber dans une rivière, effectivement… et ça lui rappelle un peu son propre cas.

Ambre laisse son pokémon rejoindre son épaule et se tourne vers le garçon :

— De l’entraînement, ça te dit ? J’aimerais bien revoir ta capacité acier.
— Je veux bien, mais… je n’ai pas le niveau pour un combat d’entraînement contre toi…
— Tu plaisantes, j’espère ? Avec ta vitesse, tu pourrais facilement me prendre à revers.

Voyant qu’Élio manque de conviction, elle secoue la tête et place ses mains sur ses hanches, jouant le mécontentement.

— Il faut avoir confiance en toi si tu veux espérer gagner. C’est sûr que si tu t’imagines perdant d’office, tu ne vas pas aller bien loin. Mais je t’assure que tu as les moyens de te battre d’égal à égal avec moi. Et même si tu es moins entraîné… c’est fait pour ça, la salle d’entraînement, figure-toi !
— Oui, je sais bien…
— T’en fais pas, on va juste essayer d’améliorer nos pouvoirs respectifs, pas la peine d’y aller à fond. Tu viens ?

Élio hoche la tête ; dans un sens, Ambre lui rappelle un peu Arya. Même si cette dernière prenait un peu moins d’initiatives, et qu’elle était plus nerveuse, moins sûre d’elle… moins fougueuse, aussi. Ambre semble très franche en comparaison ; et très active. Élio se sent presque plus épuisé alors qu’il ne traîne avec elle que depuis cinq minutes, après avoir passé quatre longues heures dans la bibliothèque…

Il sent que cette semaine sera éreintante.


***



La salle d’entraînement, enterrée dans une portion du château rénovée récemment, semble avoir été construite spécialement pour des combats. Le plafond y est assez haut pour permettre des attaques aériennes, les murs et les piliers qui soutiennent la voûte sont solidement bétonnés. Chaque surface, lisse et grise, d’aspect plutôt aseptisé, est recouverte d’une très fine couche luminescente.

Quand Élio s’interroge à ce sujet, la réponse d’Ambre est immédiate : il s’agit de protections et de couches défensives de type psy, mises en place pour éviter d’amocher les fondations du château. En clair, l’endroit parfait pour relâcher toute la puissance de ses capacités.

— Personne d’autre que nous n’utilisera cette salle ? s’étonne Élio en constatant sa grandeur.
— Je ne sais pas trop. Kashim n’en a pas parlé. Je suppose qu’elle servira aussi aux soldats. Mais pour le moment, je crois qu’elle nous est réservée.

Ayfiel, qui s’est fermement agrippée à la jeune femme sur tout leur trajet depuis la volière, s’envole rapidement et part virevolter vers le plafond en étudiant les colonnes ; il semble se plaire ici. Peut-être parce que le tout ressemble à une grotte, qui semble être l’habitat naturel d’un sonistrelle.

Ambre se fige au centre de la pièce. Tapant du pied le sol, elle constate à voix haute que la protection semble légèrement amortir les chocs.

— Ça évite sûrement des blessures en cas de grosse chute, ajoute-t-elle avec surprise.
— Il n’y a pas de salle comme celle-ci, dans la Caserne Joyalis ?
— Non, on s’entraîne toujours directement sur le terrain, hors d’Hymnus. Une simple plaine.

L’ex-sergente se retourne et fait face au garçon, visiblement motivée.

— Et si on commençait par tester la limite de nos pouvoirs ?
— Comment ça ?
— Savoir combien de temps on peut se battre. Ce serait pratique. C’est en ayant conscience de nos limites qu’on peut savoir à quel point il va falloir travailler pour se dépasser. On va commencer par toi. Tu pourrais te déplacer dans la pièce avec ton électricité, le plus vite et le plus longtemps possible ? Je vais compter les secondes.

Le garçon acquiesce avec hésitation. Ambre, percevant son doute, se montre rassurante :

— Ne t’inquiète pas si ça ne dure pas longtemps, compris ? C’est juste un test.
— Compris.
— Quand tu veux !

Il inspire, et ferme les yeux quelques secondes. Il ne l’a pas avoué, mais… il n’a jamais tenté d’aller le plus vite possible bien longtemps ; pendant les combats du tournoi et des qualifications, il s’est contenté d’aller à une vitesse moyenne qui lui convenait, pour ne pas s’épuiser. Il ignore s’il pourra ne serait-ce que tenir une vingtaine de secondes en allant le plus vite possible. Il a d’ailleurs rarement décidé d’essayer ce genre d’exercice…

Finalement, il se tend, laisse les étincelles courir le long de ses jambes et naître depuis le dessous de ses semelles ; et il se projette en avant de toutes ses forces.

La violence de son démarrage lui retourne l’estomac. Il voit le mur du fond se rapprocher bien plus vite qu’escompté ; et tourne à angle droit, un peu en catastrophe, et continue sa course effrénée dans la vaste salle d’entraînement, en longent les murs extérieurs.

Son corps s’échauffe rapidement, ses muscles noués se contractent plus que de raison. Il sent les battements de son cœur accélérer, et son souffle, déjà laborieux à cause de sa vitesse en temps normal, est haletant.

Tournant à un autre angle, il essaie de ne penser à rien et continue le test en donnant tout ce qu’il a ; il sait déjà qu’il finira par s’effondrer, épuisé, tellement cet effort est intense. La pièce lui paraît presque trop petite pour y essayer ses pouvoirs. Il est contraint de régulièrement changer de direction, ce qui n’aide pas à stabiliser sa vitesse à son paroxysme.

Il continue, et sent la présence d’Ambre au milieu de la pièce. Il entend aussi les cris excités d’Ayfiel, qui tente de le rattraper, en vain.

Finalement, ses forces finissent par le quitter et les étincelles qui jaillissent de la plante de ses pieds s’atténuent très vite, le forçant à ralentir et redescendre.

Il dérape sur le sol couvert de protections et perd presque son équilibre en s’immobilisant près d’Ambre. Sans attendre le verdict de la soldate, il se laisse tomber à genoux pour reprendre sa respiration. Il est tremblant et pantelant. Il essuie de sa manche le mince filet de sueur qui s’est formé sur son front, et constate d’un coup d’œil que ses chaussures spéciales — offertes par Kashim — ont quand même un peu noircies à cause des étincelles ; il va devoir en emprunter une autre paire dans l’immense collection qu’il possède maintenant dans son armoire.

— Pas mal ! le félicite Ambre. Trente-huit secondes ! Je ne savais pas que tu pouvais aller aussi vite. Tu ralentissais volontairement pendant le tournoi, je suppose ?
— Oui… lâche-t-il en tentant de reprendre son souffle. Pour tenir le coup…
— C’est incroyable que tu puisses bifurquer comme ça en plein vol. On ne voit presque pas que tu ralentis. Tu n’as pas mal à la tête, à force de tourner comme ça ?
— Non, je suis habitué, depuis le temps. Même si ce n’est pas agréable de varier les angles trop souvent…

Il reste assis par terre, épuisé et en proie à un léger vertige. Ayfiel lui tombe presque dessus, le faisant sursauter alors que les petites pattes griffues s’accrochent à ses vêtements. Le pokémon émet quelques cris excités ; il semble prendre tout cela pour un jeu et arrache un sourire à Élio. Ambre éclate de rire et le réprimande gentiment, avant de finalement commencer à attacher ses cheveux à la teinte bleutée.

— Je vais lancer le plus de dracogriffes possibles à la chaîne. À puissance maximale, évidemment. Je vais essayer de battre mon record.
— Tu as déjà fait combien ?
— Neuf.

« Si peu ? » manque-t-il de dire. Il s’interrompt avant même d’avoir dit quelque chose qui aurait pu être blessant, et change de question.

— C’est si coûteux en énergie ?
— Tu n’imagines même pas… à pleine puissance, c’est difficile de tenir debout après trois attaques.
— À ce point ? Mais comment tu as fait pour arriver à neuf, alors ?

Ambre, pour la première fois depuis qu’il la connaît, détourne le regard, probablement un peu gênée ou honteuse. Même ses paroles semblent un peu difficiles à sortir, alors qu’elle a toujours fait part d’une belle éloquence.

— J’ai… j’ai risqué ma vie ce jour-là. J’étais de mauvaise humeur. Je m’entrainais pour penser à autre chose. Et la colère m’a fait dépasser mes propres limites… j’ai failli utiliser toute mon énergie vitale dans ces attaques.

Comme pour ne pas s’étendre sur ce sujet, Ambre se motive en sautillant sur place ; ses cheveux sont noués en queue de cheval à l’arrière de son crâne, et Élio se rend compte qu’elle est presque identique à l’image qu’il a d’elle, dans l’amphithéâtre. Sa tenue était alors un peu différente, mais elle dégageait la même attitude, la même confiance en elle.

— C’est parti, murmure-t-elle.

Ayfiel lance un cri d’encouragement, ou quelque chose qui s’y apparente. Ambre s’éloigne de deux mètres et se tourne vers l’espace vide qui constitue le fond de la pièce. Élio, toujours assis avec le sonistrelle agrippé à lui, la regarde attentivement. Il se rend compte rapidement de la chance qu’il a de pouvoir côtoyer une personne aussi forte et indépendante qu’Ambre. Surtout quand il commence à la voir enchaîner ses attaques draconiques.

Les griffes sont encore plus impressionantes que dans ses souvenirs. Trois grandes éraflures immatérielles, pourtant bien visibles, d’un pourpre sombre, presque noir, tranchent l’air en crépitant comme des flammes. Leur taille dépasse de peu les deux mètres, et l’attaque est assez large pour détruire un peu plus de la largeur d’une porte.

Rapidement, l’ex-soldate se met à vaciller sur ses jambes ; Élio, inquiet de la voir tomber, pose Ayfiel près de lui et se relève lentement, alors qu’elle projette sa cinquième dracogriffe devant elle, en abaissant son bras droit.

— Cinq, dit-elle dans un souffle.

Élio ne la voit que de profil, presque de dos même, mais il voit bien qu’elle a du mal à respirer. Sa poitrine se soulève autant que si elle avait couru sans s’arrêter jusqu’à la cité des goélises. Pourtant, alors qu’il hésite à lui dire d’arrêter, il perçoit une lueur dans son regard. Une flamme déterminée qu’il se sent incapable d’arrêter.

Il attend, immobile et inquiet.

Une sixième dracogriffe s’abat, d’apparence encore plus puissante que les précédentes, et Ambre pose un genou à terre pour éviter de tomber. Elle semble exténuée. Élio s’approche en entendant sa respiration sifflante.

Il se penche vers elle.

— Ça va ? Tu devrais t’arrêter, ça a l’air difficile…
— Oui, tu as raison… Six, c’est pas si mal, après tout… c’est ma moyenne en entraînement…

Elle se redresse et arbore de nouveau un grand sourire, toujours aussi franc et sincère ; pourtant, elle semble toujours très essouflée. Elle remarque vite son regard appuyé et porte une main à son cœur :

— Fais pas attention. C’est normal si je respire si fort. J’avais des problèmes de santé quand j’étais plus jeune. J’ai toujours quelques soucis respiratoires. Je suis sûrement moins endurante que toi…
— Ce n’est pas trop grave, j’espère ?
— Non, non. J’ai toujours eu une santé assez fragile, mais ça s’est bien amélioré en grandissant. Maintenant, je vis avec. Ça m’empêche seulement de faire certaines activités trop longues et épuisantes.

Il ne peut s’empêcher de se montrer encore surpris face à son honnêteté. La soldate lui a paru assez secrète malgré les apparences, du moins au début ; pourtant, elle n’hésite pas à répondre aux questions qu’on lui pose en toute franchise. Elle paraît plus droite que Natael à ce niveau-là.

Malgré cela, il sent que certaines choses resteront un secret à son sujet ; comme la fois où elle a réussi à lancer neuf dracogriffes à la suite. Il a bien senti que c’est un sujet qui la dérange. Mais il est normal de garder une part de mystère pour soi, après tout. Lui-même est plutôt un spécialiste lorsqu’il s’agit d’éviter de parler de lui.