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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 21/01/2019 à 11:46
» Dernière mise à jour le 28/01/2019 à 14:00

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 19
« Les Ombres : des créatures mystérieuses, dotées d’une grande intelligence, et qui sont vraisemblablement capables de voyager entre les dimensions. Leur objectif est inconnu. Leur apparence également. Leurs capacités sont réputées sans limites. D’anciens manuscrits évoquent des armées grouillantes, et des monstres gigantesques. D’autres seraient capables de provoquer des épidémies à la seule force de leur souffle. Il est difficile de démêler le vrai du faux, mais une chose est sûre : elles ne sont pas bienveillantes à l’égard des humains ni des pokémons. »

Extrait d’un cours dispensé à Sœlis Libellion.



***


La nuit est calme et silencieuse.

C’est l’impression qu’a Élio alors qu’il rêvasse, assis sur son balcon, dos à la porte vitrée qui mène dans sa chambre. Le regard perdu dans les étoiles, il contemple distraitement la Nébuleuse du Lumivole, toujours aussi lumineuse dans le ciel nocturne.

Un vent frais mais agréable souffle parfois sur lui, décoiffant sa tignasse indomptable et lui tirant parfois un léger frisson.

Il a les oreilles sifflantes. Il s’est passé tant de choses. Tant d’évènements. Tant de surprises.

Dire que le matin même, il ignorait encore qu’il allait ne serait-ce que gagner un seul combat à ce tournoi ! Et le voilà, au soir, en train d’occuper une chambre à quelques pas de celles de la famille royale. Jamais il n’aurait cru observer le ciel depuis un tel point de vue ; il s’est déjà penché à son balcon un peu plus tôt. Il a l’impression d’être perché sur une montagne imprenable, tant le château lui paraît haut et le reste de la citadelle si éloignée en contrebas.

Une semaine. Il va vivre une semaine dans cet endroit incroyable. Il est curieux de rencontrer Phidius Anhlir, son professeur. Il a cru comprendre que c’est aussi cet homme qui enseigne ce qu’il faut à Sœlis, depuis son enfance. Il est un ami proche du Roi, et l’un de ses nombreux conseillers.

Élio ferme les yeux, écoutant distraitement le hululement lointain d’un noarfang. Il ne sait pas trop quoi penser de tout ce qui lui arrive.

Sœlis Libellion et son père, Mharcus, ne le mettent pas à l’aise. C’est étrange, de se retrouver soudainement face aux souverains du pays, ceux-là même qui ont leur profil gravé sur les pièces du Royaume. Il a entendu tant de choses sur eux. Les rencontrer en vrai a un peu cassé cette image trop parfaite qu’Élio imaginait… mais en même temps, il ne peut s’empêcher de se sentir inférieur. D’être intimidé par leur prestance.

Natael est aussi détestable qu’il l’a imaginé en le voyant pour la première fois à l’amphithéâtre. Il n’attend pas grand-chose de leur cohabitation ; et l’inverse semble réciproque.

Ambre Karalune lui apparaît déjà bien plus accessible. Son engouement, son énergie, et ses sourires ont plusieurs fois surpris le garçon ; dans le bon sens du terme. L’image de la jeune femme et de sa puissante dracogriffe s’est un peu éclipsée dans son esprit. Mais malgré tout, la sergente reste nimbée de mystère. C’est un peu contradictoire, Élio en a conscience. Bien qu’elle semble prendre de la place et attirer l’attention, elle est celle qui en dévoile le moins sur son passé.

Élio ne peut pas mentir en disant qu’elle a piqué son intérêt plus que les autres.

Mais il n’a pourtant pas le temps d’être distrait par ce genre de choses. Il est inquiet pour ses proches. Steban va certainement vivre sa petite vie de pêcheur comme d’habitude… mais il risque de se sentir seul, sans Élio pour lui rendre visite. Il n’a pas non plus revu Arya, et il ignore s’il la rencontrera de nouveau. Ça lui fait comme un petit pincement au cœur. Ce n’est pas tous les jours qu’il a l’occasion de se faire des amis, même aussi bruyants qu’elle.

Et sa mère, bien sûr. Il essaie de ne pas trop y penser, mais l’image de sa mère malade lui revient sans cesse en tête depuis sa discussion avec le Roi. Mharcus n’a pas semblé saisir la gravité de la situation ; ou alors il a d’autres choses à faire. Élio peut le comprendre. Être Roi, ça ne doit pas être très reposant.

Comprenant à quel point il se perd dans ses pensées, Élio saute sur ses pieds. Quand il se sent perdu, il faut qu’il se fixe des objectifs simples. Il respire un bon coup, et se les imagine mentalement.

Apporter une aide à sa mère.

Se fondre dans son rôle de Gardien.

C’est un bon début ; des objectifs clairs, pas trop contraignants, ni incompatibles. Il se préoccupera de leur mission pour les Larmes quand le moment sera venu. Mieux vaut ne pas se disperser en essayant de penser à tout ce qui va venir ; il a déjà beaucoup de choses à faire avant.

Il rentre et fait coulisser la vitre qui l’isole du monde extérieur. D’un coup d’œil vers la cheminée, il constate que le feu brûle encore. Il fait chaud, ici. Jamais il n’a dormi dans un tel confort.

Enfilant des vêtements qu’un serviteur lui a apporté plus tôt — il a nommé ça des « vêtements de nuit » —, il finit par se faufiler sous l’épaisse couette du lit bien trop grand pour lui.

— C’est mieux que mon vieux matelas… soupire-t-il, étonné par la douceur de la couverture.

En posant la tête sur l’oreiller, sans même s’en rendre compte, il s’endort presque immédiatement. L’épuisement a eu raison de toutes ses craintes.



***


— Merci, vous pouvez aller vous coucher, dit Sœlis.

Ses servants s’inclinent et portent un poing à leur cœur, tout en évitant soigneusement son regard ; et, silencieusement et humblement, ils se retirent de son appartement en refermant la porte derrière eux. L’héritière se retrouve seule dans sa suite, et pousse un soupir fatigué en s’asseyant dans un fauteuil, derrière son bureau d’études.

Distraitement, elle laisse glisser sa main sur le grimoire ouvert devant elle, sans vraiment le voir. Elle a encore en mémoire ce fabuleux tournoi ; elle n’aurait jamais cru pouvoir être affectée à ce point par un spectacle, qui, en soi, est assez barbare. Et pourtant, elle a pris plaisir à voir ces rares élus confronter leurs pouvoirs.

Elle a trouvé ça divertissant, instructif, et moins ennuyeux que ses habituelles heures de travail dans la bibliothèque.

Ses trois Gardiens lui plaisent bien, même si elle est encore sur la réserve en ce qui concerne Natael ; il n’a pas eu l’air de bien apprécier la compagnie des deux autres. Elle ne connaît pas assez le jeune noble pour savoir ce qu’il pense d’eux, mais elle se doute qu’il doit garder les préjugés de la Cour dans un coin de son esprit. C’est sans doute ce qui fausse son jugement à leur égard, mais ça devrait se corriger à force de les côtoyer.

Sœlis est plutôt optimiste à ce sujet ; ils vont passer une semaine à s’habituer un peu les uns aux autres. Puis seulement viendra un banquet d’intronisation, avant le jour du grand départ.

Départ qui se fera évidemment dans le plus grand secret. Le Roi l’a décidé ainsi pour de bonnes raisons.

Les rumeurs courent déjà bien assez sur l’incapacité de Sœlis à reprendre le trône après son père. Il aurait été idiot d’aggraver les choses en leur révélant le but d’un voyage aussi saugrenu. La noblesse n’aurait pas toléré que l’héritière potentielle, pouvoirs ou non, quitte la citadelle sans être escortée par les meilleurs bataillons du Royaume ; et dans ce cas-là, tout le monde saurait que les rumeurs sur ses pouvoirs éteints sont vraies.

Il est donc plus sûr de partir discrètement, en petit comité, et prétexter son absence à cause d’une petite maladie quelconque, ou d’une rencontre diplomatique ; ainsi, personne ne sera alerté de rien.

Mharcus Libellion préfère le secret à la vérité : avouer au peuple l’urgence de la mission des Gardiens aurait signifié de les prévenir de l’arrivée des Ombres. Et il est inutile de créer des mouvements de panique dans le Royaume. Le Gang des Ténèbres cause déjà bien assez de troubles à lui seul. Inutile d’utiliser des garnisons et d’affaiblir les défenses du Royaume. Le Commandant Joyalis n’a déjà pas assez d’hommes à son goût…

Sœlis se rend compte de son état de fatigue extrême en piquant du nez au-dessus du grimoire. Cette journée aura été épuisante. C’est bien la première fois qu’elle a eu l’impression de réussir à bien jouer son rôle de princesse, et c’est dommage. Car dans une semaine, il lui faudra se faire passer pour une simple voyageuse auprès de ses protecteurs, tout ça pour rejoindre une des légendaires Larmes d’Arceus.

Jamais elle n’aurait cru pouvoir un jour prendre la route, quitter la citadelle pour une durée indéterminée et se lancer désespérément sur les traces d’un mythe…



***


— C’est ici, Gardien. Vous retrouverez le chemin de votre chambre ?
— Oui, merci beaucoup.

Kashim s’éloigne sans plus un mot. Élio le suit un moment du regard alors qu’il arpente un de ces grands couloirs propres aux quartiers royaux du château. Le garçon ne sait pas trop quoi penser du Kerchakh et de son visage inexpressif. Ça l’intimide même un peu.

Il se retourne face à la grande porte de bois sombre devant lui, et toque. N’obtenant aucune réponse malgré plusieurs essais, il se décide à saisir la poignée d’ivoire et à entrer.

L’atmosphère change aussitôt. Les sons semblent s’étouffer sur l’épais et ancien tapis qui recouvre le sol. En refermant la porte derrière lui, Élio est surpris par la fraîcheur des lieux, et la pénombre. Quelques lanternes fixées aux murs éclairent faiblement la zone en projetant de vastes ombres sur des rayonnages alourdis de livres et de vélins roulés.

Élio, stupéfait, s’avance dans la pièce. Il manque de trébucher sur une pile de carnets de notes posés à même le sol, et observe avec circonspection les étagères, les commodes et les tables garnies de milliers de livres. Hésitant, le garçon ose même s’approcher d’un étrange appareil, une sorte de tube éclairé d’un côté par la flamme d’une bougie ; des plumes sont fixées en-dessous.

En approchant son œil de l’extrémité supérieure du tube en question, il y voit les fibres qui paraissent constituer les plumes ; comme si sa vision lui permettait soudain de voir les choses en gros. Se rappelant de pourquoi il est là, il s’en détourne bien vite et cherche le propriétaire des lieux. Quand Kashim lui a parlé de la bibliothèque, Élio ignorait à quoi s’attendre. Il n’a jamais mis les pieds dans un endroit similaire.

Ce qui est certain, c’est que ça manque cruellement de rangement. Le bazar ambiant n’invite pas vraiment à y rester…

— Il y a quelqu’un ? appelle-t-il dans le silence feutré. Monsieur Anhlir ?

Il croit entendre un grognement d’un côté de la pièce. Il s’y dirige prudemment, contourne une montagne de manuscrits qui forme un tas désordonné, et tombe nez à nez avec un tout petit bureau, coincé entre deux rayonnages branlants.

Un homme de petite taille semble allongé au sol ; seuls son postérieur et ses jambes dépassent du meuble sous lequel il s’est faufilé.

— Monsieur Anhlir ? C’est… c’est vous ?

Une voix étouffée, passablement irritée, lui répond. Mais impossible d’en comprendre le sens. Les jambes s’agitent dans le vide, et Élio croit comprendre qu’il est coincé. Le jeune homme n’attend pas une seconde de plus et enjambe en partie le bureau pour se faufiler derrière. Il saisit les jambes du vieil homme et se met à tirer doucement ; la voix marmonne quelque chose de nouveau, rapidement, et l’homme se débat plus violemment encore.

Élio s’accroupit près de lui et, mettant ses muscles à l’épreuve, soulève un peu le meuble ; l’homme sort à toute vitesse, et le garçon repose le meuble en poussant un soupir soulagé.

— Par la barbe de mon sinistrail ! J’ai bien cru y passer, cette fois-ci.

La voix appartient sans conteste à un vieil homme. En se retournant, Élio constate sans surprise qu’il est face à un petit érudit courbé, au visage ridé. Il a des cheveux blancs, des yeux noirs un peu plissés et des traits sévères. Pour autant, il paraît dégager plus de sympathie dans son attitude que dans son apparence.

Leurs regards se croisent, et l’érudit passe une main sur son front, fatigué :

— Merci, mon garçon. J’aurais pu rester là-dessous toute la journée… la prochaine fois, je veillerai à ne plus faire tomber ma plume là-dessous.

Il désigne en même temps l’objet en question, qu’il tient à la main avec triomphe.

— De rien. Vous êtes bien monsieur Anhlir ?
— Lui-même. Tu dois être Élio ?
— Oui.
— Parfait. Allons au fond de la bibliothèque, ce sera plus confortable.

Élio acquiesce. Il suit sans un mot le vieillard penché mais énergique entre des rayonnages qui forment des couloirs ombrageux dans vaste salle. Il faut à plusieurs reprises enjamber divers obstacles ; de simples piles de papier, en passant par des coffres ou même des statuettes à l’effigie de pokémons. Phidius Anhlir semble avoir une voie toute tracée pour ses petites jambes ; comme si un sillon s’était formé au fil de ses années passées dans cet endroit. Il paraît vraisemblablement être le maître des lieux.

Ils quittent les rayonnages et se retrouvent dans un espace plus ouvert, mieux éclairé. Ils montent sur une petite estrade et l’érudit désigne à Élio un fauteuil, devant une table basse envahie d’ouvrages à reliure de cuir. Il prend place dans un siège identique, face au garçon, et soupire.

— Alors, mon garçon… ce cher Mharcus m’a demandé de t’instruire, si j’ai bien compris.
— C’est ça.
— Je sais que tu viens du peuple, mais tu n’auras rien à craindre de moi pendant les prochains jours ; à force de côtoyer ces sévipers de nobles, j’ai fini par ne plus apprécier leur présence et encore moins leur façon de voir le peuple. Je pense qu’on s’entendra vite à ce sujet, tous les deux...

Craignant de dire quelque chose de travers, Élio se contente de hocher la tête. L’érudit paraît plutôt franc. Trop, presque.

— Je m’appelle Phidius Anhlir, mais appelle-moi simplement Phidius. Je vais commencer par t’apprendre à lire et écrire, si tu veux bien. Ce sera long et laborieux, mais si tu y mets du tien, tu devrais t’en sortir rapidement. Et puis, il te suffit surtout d’avoir les bases, plus que d’avoir un haut-niveau… tu comprends ?
— Oui.
— Bien. Je n’ai pas besoin de t’enseigner les politesses de la Cour, tu dois déjà être au courant ?
— Oui, Kashim m’a déjà expliqué.
— Kashim ? Ah, le garde du corps de Mharcus… un brave garçon, celui-là.

Phidius se penche en avant et désigne une feuille sur la table basse ; elle est vierge.

— Prends ceci et… tiens, la plume et l’encrier, derrière toi. Donne-les-moi, je vais te faire apprendre l’alphabet avant tout. Je te préviens, il va falloir me suivre, ça va carburer.

En saisissant les objets en question, Élio remarque avec surprise, en contrejour devant une fenêtre que les rayons du soleil peinent à percer, qu’un pokémon énorme flotte dans les airs, non loin d’eux. Il semble endormi. Élio marque un temps d’arrêt ; on dirait plus un de ces étranges instruments scientifiques qu’un pokémon. Il semble fait de métal, rouillé… et recouvert de mousse.

— Ne fais pas attention à ce gros fainéant. C’est mon sinistrail, mais il est tout juste bon à ouvrir un œil et accepter à manger. Il se fait vieux, comme moi…

Élio se tourne vers son professeur provisoire ; commence alors un de leurs nombreux cours à venir, sous l’égide à la fois sérieuse et amusante de Phidius.

Et sous le regard indolent mais curieux du sinistrail, qui daigne observer le nouveau venu et l’air plutôt agité de son maître.



***


— Alors dis-moi maintenant, Élio… que sais-tu de l’Histoire de notre Royaume ? Et même de ce qu’il lui a précédé ?

Le jeune homme est fatigué, mais motivé. Phidius et lui n’ont pas bougé de leurs places respectives depuis près de trois heures ; mais alors qu’il se sont contenté jusque-là de se concentrer sur ses débuts en matière de lecture et d’écriture, l’érudit semble vouloir le tester sur un tout autre domaine.

Élio repose sa plume sur la table basse et se redresse pour affronter le regard vif et malicieux du vieillard.

— Je sais que le Royaume a plus de six cents ans… c’est le Roi de Givre qui l’a fondé.
— Sais-tu comment ?
— Non…
— Ce n’est pas très grave, pas la peine de faire cette tête ! sourit Phidius d’un air rassurant. Ce n’est qu’un détail. Je veux juste savoir jusqu’où s’étendent tes connaissances.

Il caressa sa barbe d’un air songeur, et continua.

— Sache simplement qu’avant l’unification du Royaume, les hommes ne vivaient qu’en petits clans isolés les uns des autres. Le Grand Roi de Givre, à l’époque un simple chef de tribu, a arpenté les routes avec de fidèles compagnons et a peu à peu rallié les clans les uns aux autres ; c’est une chose que les livres d’Histoire oublient au détriment de son règne. Sais-tu où se trouvait le cœur du Royaume, autrefois ?

Élio s’illumine ; il se rend compte que même s’il ne connaît pas grand-chose à tout ça, il a suffisamment entendu des gens en parler à droite et à gauche pour pouvoir répondre sans prendre trop de risques.

— C’était dans le sud, non ? Sur un plateau…
— Le Plateau Alpha, tout à fait. Le sublime berceau de Kirazann. L’aube de notre histoire. C’est un territoire à la fois boisé et montagneux, perché sur des falaises vertigineuses. Un endroit fabuleux, que tu apercevras sans doute pendant votre voyage vers les Sources de Vie. Ces falaises délimitent la frontière sud des plaines de Kirazann ; bien qu’il existe une route contournant le Plateau, et qui mène dans la région méridionale et tropicale d’Écayade…

Élio acquiesce avec énergie. Il a aussi entendu parler de cette vaste zone inexplorée, truffée de jungles humides qui en font un territoire apprécié des bandits comme des pokémons sauvages.

— J’ai du mal à me représenter le Royaume sur une carte… osa dire Élio. Mais les douves au nord du château… ce sont bien elles qui délimitent les frontières nord du Royaume ? Au-delà, c’est…
— … une zone dangereuse, oui. C’est du nord que vient le Gang des Ténèbres. Mais en réalité, les frontières vont plus loin que les douves. C’est une région inhabitée, avec beaucoup de collines venteuses et difficiles d‘accès, mais des garnisons de soldats y font leurs rondes, et on trouve même un des laboratoires royaux, là-bas.
— Un laboratoire ?
— On y étudie toutes sortes de choses : les pokémons régionaux, les anciennes traces de civilisation, les constellations… mais revenons-en à l’Histoire, tu veux bien ?

Élio répond par la positive. Phidius semble apprécier son attitude, et se montre de bonne humeur. Même son sinistrail, encore à contrejour, semble suivre leur conversation avec intérêt. Pour preuve, son œil gauche était maintenant complètement ouvert.

— Tu connais quelque chose qui date d’avant la fondation du Royaume ?
— Non, pas vraiment. Il y a eu des guerres… et les Ombres, qui ont détruit le monde… mais c’est à peu près tout.
— Je vois. Nous autres érudits n’avons pas grand-chose non plus à ce sujet, si ça peut te rassurer. Seuls les Kerchakh ont conservé des souvenirs de l’Ancien Temps, et des écrits parfois controversés. Mais s’il y a bien une chose à retenir, et sur laquelle il faudra te pencher un jour ou l’autre, c’est l’Almanach des Anciens.

Élio hausse un sourcil. Il en a entendu parler… la veille. Quand le Roi leur a expliqué l’origine du terme de « Trinité des Gardiens ». Ambre avait ensuite évoqué un poème dans cet Almanach…

— C’est un ensemble de tomes rempli de symboles, d’énigmes, de cartes… continue Phidius avec une lueur passionnée dans les yeux. Mais surtout, de chapitres entiers censés retracer l’Histoire de l’Humanité. J’aimerais t’en parler plus en détail, mais pour le moment ce ne sera pas nécessaire de s’y attarder trop… il faut juste que tu saches que cet Almanach existe et que ses copies valent des fortunes. C’est le dernier savoir que nous possédons, et il faut le protéger à tout prix. Si tu en trouves pendant ton voyage, n’hésite pas à t’en emparer, et veille dessus. J’ai toujours rêvé d’en posséder une copie complète, mais les Kerchakh sont parfois têtus à ce sujet. L’Almanach est sacré à leurs yeux.
— Je… je vois…

Élio se demande ce que Phidius sait de leur voyage ; apparemment il semble être dans la confidence au sujet des Larmes d’Arceus et des pouvoirs endormis de Sœlis. Sans doute est-il proche du Roi, mais par précaution, le garçon préfère éviter d’en parler. Phidius frappe soudain dans ses mains :

— Bon ! Tu as les bases. Je vais effleurer avec toi l’Histoire des lignées royales au fil du temps. On reprendra avec l’alphabet juste après, pour voir si tu as tout bien retenu. Je te donnerai des exercices à faire pour ce soir, et on s’attaquera à un peu de mathématiques et de géographie. Je te laisserai chaque jour trois ou quatre heures en début d’après-midi, pour t’entraîner avec les deux autres Gardiens. Le Roi me l’a demandé.
— Compris.
— Si tu es prêt à y donner du tien, je peux t’assurer que tu pourrais rendre vert de jalousie n’importe quel noble trop peu scrupuleux à étudier, mon garçon ! Ton acharnement me fait déjà plaisir !

L’érudit semble tout excité à la perspective de lui donner des cours ; Élio, curieux, a hâte de voir à quel point il va pouvoir apprendre des choses. Si seulement il y avait eu des écoles dans la cité des goélises ! Peut-être que sa vie d’avant lui aurait paru moins morne…