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Le cœur serré... [OS] de Sanaito



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Informations

» Auteur : Sanaito - Voir le profil
» Créé le 22/10/2015 à 22:20
» Dernière mise à jour le 24/10/2015 à 12:26

» Mots-clés :   Drame   One-shot   Présence de shippings   Sinnoh   Slice of life

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Et la main en sang. (SECOND JET - 2015)
_____J'aurais dû éprouver de la joie pour elle, ou au moins la satisfaction de la voir heureuse. Après tout, ce n'est pas comme si je ne m'étais pas attendu à ce que cela arrivât. Pourtant, l'étau invisible qui me malmenait se resserra une fois de plus. Je vis leurs lèvres s'effleurer, leurs doigts s'entrelacer, leurs yeux se fermer.

_____Je m'éloignai d'eux. Je n'étais pas concerné par tout cela. Je ne le serai jamais. J'errai dans le parc, m'arrêtai sous l'arbre où autrefois une balançoire était accrochée. Elle avait cassé depuis. La brise détacha quelques feuilles jaunies de ce vieux Pécher qui avait vu naître mon amour hérétique. Voué à l'échec avant même ce baiser échangé entre l'objet de mon désir et son ami d'enfance.

_____Elle est bien plus que le simple reflet de mon obsession pour sa grand-mère. J'avais souffert quand cette dernière avait, elle aussi, trouvé quelqu'un d'autre à aimer. Toutefois, j'étais parvenu à renoncer, à m'exiler dans les ténèbres de ce jardin où elle m'avait offert une lueur d'un espoir nouveau, qui m'avait sauvé tout en me condamnant.

_____À tort ou à raison, je m'étais efforcé d'entretenir cette lumière vacillante avec les sentiments interdits dont j'avais pris conscience grâce à elle ; je m'interdisais de penser "à cause d'elle". Je ne voulais pas la blâmer de la souffrance qu'engendrait son cadeau. Ce cœur qu'elle avait ensorcelé par son innocence, ce cœur qui ne se contente plus de seulement battre pour garder en vie mon corps, mais aussi pour revendiquer son droit d'exister. Malgré ces chaînes douloureuses qu'il tente vainement de rompre.

_____Alicia... Cette fois, arriverai-je à rester passif ? Simple spectateur affamé d'un bonheur présenté sous mes yeux mais auquel je ne goûterai jamais ? Alors que je suis dans l'incapacité de me détacher de ta petite-fille qui, à l'instant, m'a brisé sans le savoir...


_______Je savais que je te retrouverais ici ! s'exclama-t-elle soudain en me sautant sur le dos, revenue vers moi – sans lui, il est probablement retourné dans ses appartements. Il faut que je te raconte cette journée, tu ne vas pas en revenir ! Je suis sûr que même toi ça va te surprendre !


_____Me surprendre ? Non, malheureusement, puisque j'ai été témoin de tout. Et puis, c'était l'évidence, c'était son destin, leur destin. Ma fatalité. Tandis qu'elle glissait le long de mon échine pour retrouver le sol, je chassais les dernières traces de tristesse ou de déception assombrissant mes pensées avant de lui faire face, neutre, afin de la tromper sur mon véritable ressenti.


_______Darkrai, Tonio m'a embrassée !

_______... J'en suis ravi, Alice.


_____Ma voix et mon expression ne trahirent pas qu'elle venait de m'assassiner. Et je restai de marbre quand elle me parla de lui en des termes tendres qui m'affligeaient. Sous mon masque d'indifférence polie, mon âme se consumait comme un fin bâton d'encens à l'odeur âcre. Je voudrais tellement la supplier de ne rien ajouter, de ne plus remuer le couteau dans la plaie, béante et suintant de larmes intérieures.

_____Pendant qu'elle répétait qu'elle n'avait jamais cessé de croire en ce jour et que maintenant elle était comblée, le soleil se couchait, elle prit le chemin de sa maison après m'avoir dit au revoir, insouciante. Je restai immobile sous la voûte céleste petit à petit parsemée d'étoiles.

_____Elle n'avait pas perçu à quel point j'étais accablé. Anéanti. Devais-je en être soulagé ? Je ne savais pas. Si par malheur elle me perçait à jour, sans doute serait-elle choquée, sans doute me fuirait-elle. Toutefois, je ne serais plus obligé de jouer cette comédie qui pesait un peu plus chaque seconde. Je n'aurais plus à supporter ces mots, à contenir ces maux.

_____Je fixai à nouveau l'arbre fruitier sous lequel j'avais pour la première fois trouvé le réconfort alors que tous me rejetaient. Auprès de toi... Alicia...

_____ALICIA !

_____Le Pécher tressaillit sous mon coup de poing. Je m'y adossai alors qu'il déversait une courte et lente pluie de feuilles orangées. Colère, jalousie, honte, désespoir... Est-ce à cela que côtoyer les humains mène ? Est-ce ma sentence pour avoir acquis des connaissances qui auraient dû m'être éternellement cachées ? Les émotions...

_____Sans y penser, je portai ma main à ma poitrine et la griffai alors que je la refermais et la serrais le plus fort possible. Comme je le fais si souvent à présent. Du sang perla de ma paume quand je la décrispai et la laissai retomber. Vide, las.



_______Tu es toujours partant pour une revanche j'espère ? Mon Coudlangue meurt d'envie de t'affronter à nouveau ! s'exclama Alberto.

_______Bah en fait'ch, pas fraiment'ch, fit l'intéressé en essayant d'articuler, gêné par son abominable langue que je n'étais pas pressé de revoir de près.

_______... Non baron, navré... m'excusai-je.

_______C'est bien la première fois que tu déclines un défi, Darkrai ! Aurais-tu senti à quel point j'ai progressé depuis la dernière fois ? Craindrais-tu de te mesurer au grand baron Alberto ? me nargua-t-il, gonflé d'orgueil.


_____« Quel genre de progrès aurait-il pu faire depuis la semaine dernière ? », songeai-je – je n'étais pas agacé le moins du monde, juste sceptique.


_______Tu es trop imbu de toi-même... répondis-je pour la énième fois.


_____Depuis l'incident de la Tour Espace-Temps, il ne ratait plus une occasion d'essayer de me combattre, pire encore qu'à l'époque où il souhaitait me bannir du jardin de Gaudi. Je croyais qu'il agissait par rancune, qu'il n'avait toujours pas digéré que je l'eusse envoyé droit dans un arbre alors qu'il était lui-même devenu un Coudlangue, à cause des perturbations spatiales matérialisant mes cauchemars dans le monde réel. Or d'après Alice, c'est en réalité une manière détournée de me témoigner une certaine affection... J'avoue peiner à comprendre, néanmoins j'imagine qu'au fond je me suis laissé convaincre de ne pas le repousser.


_______Eh ! Vous allez faire un match ? cria justement celle-ci en venant vers nous.

_______Même pas ! Il se dégonfle, ton héros ! railla le Dresseur.

_______Ne me désigne pas ainsi, grinçai-je.


_____Je n'aimais pas que l'on me rappelle que j'avais participé à la sauvegarde d'Alamos. À l'origine, je me battais contre Dialga et Palkia pour protéger Alicia – puis Alice quand j'ai appris que je me méprenais sur son identité. Je ne me sentais pas le droit d'être élevé au rang de héros. Je n'agissais pas pour l'ensemble des Alamois.

_____Toutefois ces derniers ne semblaient pas en faire cas. Mes actions avaient rapidement été colportées, leur comportement à mon égard avait radicalement changé en conséquence. De monstre méprisé, j'étais passé à bienfaiteur. Mes allées et venues n'inspiraient plus la crainte pour ceux qui me remarquaient. Les premiers jours, certains avaient même tenté de s'adresser à moi, de me remercier, les plus téméraires de me combattre. Je fuyais aussitôt, presque davantage effrayé par ce débordement de gratitude plutôt que par la haine que l'on me vouait auparavant. Alice s'était alors adressée en mon nom aux habitants afin de calmer cet incommodant engouement pour ma personne, sans grand succès.

_____Par la suite elle avait tenté de me persuader de m'ouvrir aux autres ; elle assurait que cela ne pourrait pas me faire de mal, que ça pourrait même m'être bénéfique. Je n'avais pas réussi à la contredire. J'avais essayé, pour lui faire plaisir, je laissais "des gens" m'approcher. Or j'étais incapable d'interagir. Qu'attendaient-ils de moi ? Que je fasse la conversation ? Mon silence les troublaient les uns après les autres, et finalement ils se sont désintéressés.

_____Cela ne m'avait donc pas réellement fait le bien qu'elle espérait. Je n'avais pas osé lui dire qu'au contraire, cette expérience m'avait finalement blessé, alors qu'elle était sûre que c'était impossible. Je ne voulais pas admettre devant elle que j'avais deviné la raison pour laquelle j'étais incompatible avec tout ce qui touchait au domaine du social ; je n'étais pas humain, tout simplement. Je n'avais pas cette capacité de tisser des liens avec un grand nombre de personnes ou de Pokémon. Mon instinct me dictait de rester distant, la proximité qui existait entre moi et Alice était, indéniablement, contre-nature...

_____Ce constat pourtant évident avait rouvert d'anciennes cicatrices auxquelles s'étaient ajoutées de nouvelles, plus cuisantes encore. Je n'étais pas humain, mais j'agissais comme tel un peu plus de jour en jour, sans pour autant être capable d'en assumer les conséquences émotionnelles. Cela n'annonçait rien de bon.


_______Ah bon, pas de match ? Pourtant, ce n'est pas commun de te voir refuser l'occasion de rabattre le caquet de ce cher baron ! pouffa-t-elle, m'extirpant de mes noires réflexions.


_____Je remarquai que ledit baron me fixait avec un regard qui, étrangement, me donna envie de baisser les yeux – ce que je ne fis pas. Il y avait quelque chose dans son expression qui m'inspirait un malaise, et ma seule défense fut l'attaque.

_______... Soit. J'accepte de me mesurer à toi, Alberto...


_______Tu deviens indécis maintenant ? Dis-moi, aurais-tu pris un coup sur la tête ?


_______En garde.


_____Je n'avais guère trouvé mieux à dire pour ne pas répondre que le coup que j'avais reçu était un pieu dans le cœur.



_____Combattre le Coudlangue de mon rival autoproclamé n'avait rien de très difficile en soi. Moi qui suis capable, en toute modestie, de lutter contre plusieurs ennemis à la fois, ses mouvements me paraissaient bien lents. Seule sa langue était imprévisible, sans compter sa viscosité que je tenais en sainte horreur. Mais une fois neutralisée avec un gros nœud, elle devenait tout de suite plus gérable.


_______F'est pas du zeu ! rouspéta-t-il en tentant vainement de le défaire, tandis que le baron se pavanait moins, tout à coup – allez savoir pourquoi.


_____Je m'apprêtai à donner le coup de grâce, porté par l'adrénaline que me procurait le duel. Des instincts primitifs m'investissaient, occultaient mes problèmes le temps de cet affrontement. J'avais presque oublié la déception d'hier.

_____Presque.

_____Mes sens en éveil maximal, du coin de l'œil, j'aperçus Tonio qui arrivait et se plaçait à côté de la douce Alice. Leurs mains se joignirent. Mon sang ne fit qu'un tour et me monta au cerveau. J'eus des sueurs froides, des bouffées de chaleur, des palpitations tant ma hausse de tension s'avéra fulgurante avant de rechuter brutalement. Mon corps entier se liquéfiait, se réduisait à une flaque d'acide rongeant les derniers lambeaux de mon être meurtri, désillusionné.


_______Il suffit... gémis-je, immobile, me tenant la tête.

_______Darkrai, est-ce que ça va ? s'inquiéta-t-elle, tandis qu'Alberto lui-même sembla prendre la situation au sérieux.


_____Elle se précipita vers moi. Accompagnée par Tonio. Tonio. Des mois que j'essayais tant bien que mal de ne pas penser directement à lui. Car inévitablement... Inévitablement... Mon pauvre cœur dépassé par les événements rata un battement, et moi, une occasion de me taire :


_______NE M'APPROCHE PAS !


_____Je m'enfuis. Tel un lâche. Tel un imbécile. Tel un désespéré. Comme si je cherchais une échappatoire. Mais il n'y en avait pas, tout se passait dans mon esprit. Tonio, Tonio, Tonio, malgré moi ce nom ne m'inspirait plus qu'animosité, alors que je savais pertinemment qu'il n'était pas un ennemi, qu'il ne représentait aucune menace pour ma personne, qu'il voulait simplement m'aider, qu'il était amical. À l'occasion, je l'avais même assisté pour ses recherches. Ma rancune avait une autre origine, non fondée sur la raison.

_____Alicia... suis-je en train de basculer du mauvais côté des sentiments ? Dans cette main que tu tendais vers moi brillait le bon côté de la pièce, mais en la prenant, j'ai constaté le revers de la médaille. Ce don que tu m'as octroyé, n'est-il pas en train de se muer en malédiction ? Ne suis-je pas en train de le souiller ?



_____Il semblait sur le point de remonter dans ma gorge. De s'échapper de mon torse. J'y posai mes griffes aiguisées, prêtes à lacérer ma propre chair. Il me rendait fou. C'était insupportable. J'avais envie de l'arracher. De le broyer avant qu'il ne me broie.

_____Je n'en peux plus, je n'en peux plus, je n'en peux plus, JE N'EN PEUX PLUS...


_______... Darkrai ?


_____Je tressautai et laissai retomber ma main fébrile en même temps que la pression qui avait failli me pousser au délire. Je m'étais réfugié à l'ombre des lierres et des rosiers grimpants entrelacés autour de tiges en métal. Une arche où se plaisaient les Cheniti et les Cheniselle, invisibles dans leurs capes de feuilles, sauf s'ils décidaient de surgir devant vous pour vous surprendre.

_____J'observais le lac formant une douve autour d'Alamos quand elle toucha avec une douceur prudente le ruban agité de mon épaule droite. Je n'osai pas me détourner du paysage.


_______Je ne t'avais jamais vu si... tourmenté... souffla Alice.


_____Elle était venue seule. Sans Tonio. J'aurais aimé que cet instant durât toujours. Une semaine que je les voyais ne se séparer que le soir pour se retrouver le lendemain matin. Une semaine que j'endurais l'insoutenable vérité sans agir. Sans en avoir le droit. J'en avais payé le prix et avait découvert il y a quelques instants ce que les humains appelaient "craquer". J'avais craqué. C'était terrifiant.


_______C'est parce que je me laisse distancer, expliquai-je d'une voix monocorde.

_______Qu'est-ce que tu veux dire ? me demanda-t-elle.

_______Tu t'éloignes et tu lui confères peu à peu mon rôle de confident, car il l'assume certainement mieux que moi. Alors je cède ma place, lui dis-je.


_____J'avais essayé de prendre le ton de celui qui pense que c'est dans l'ordre des choses. Mais depuis bien longtemps, j'étais arrivé à la limite de mes talents d'acteur. Avec l'angoisse, l'amertume, l'abattement, la fin de ma phrase sonna faux.


_______Tu es... jaloux ? comprit-elle.


_____Je rentrai à moitié la tête dans mon col.


_______... Je ne savais pas que je te faisais cette impression... murmura-t-elle.

_______Ce n'est pas... commençai-je à protester cependant que mon visage s'enflammait – fort heureusement ma peau noire rendait ma réaction faciale invisible.

_______Ne dis rien, je suis désolée, me coupa-t-elle en baissant les yeux. C'est vrai que je suis absorbée par mes sentiments ces temps-ci, et que je ne consacre plus beaucoup de temps à personne d'autre que Tonio, pas même à toi. Mais je t'assure qu'il y a des choses qui ne resteront qu'entre nous. Tu es mon ami le plus sincère.


_____Je cessai de me dissimuler derrière ma collerette. Son ami le plus sincère. Non pas que ça ne me fît pas plaisir, mais...


_______Tu as une place particulière dans mon cœur, reprit-elle.

_______Toi aussi, répondis-je aussitôt.


_____Ça m'avait échappé. J'eus presque voulu qu'elle comprît le sens profond de ma phrase. Mais comment le pourrait-elle, alors que je faisais tout mon possible pour ne lui donner aucune piste, pour la maintenir dans l'ignorance et qu'elle continuât sa vie sans avoir à se soucier d'un Pokémon qui s'était épris d'elle ? D'un pécheur rêvant d'une déesse ?

_____Nous restâmes longuement ensemble, silencieux, à contempler le paysage. J'en fus légèrement apaisé. Me remémorant certains moments privilégiés qu'on avait partagé dans ce jardin, une bouffée de nostalgie m'envahit, je murmurai presque sans m'en rendre compte :


_______Alice...

_______Oui ?


_____Une question me vint à l'esprit. Tentante, troublante, terrifiante. Cette dernière caractéristique l'emporta et je préférai la taire. À la place, je formulai une requête qui me gêna mais qui la fit sourire ; posant une feuille contre ses lèvres, elle siffla Oracion, et je laissai la mélodie agir comme un baume, me délestant quelques minutes du fardeau que je portais.


_______Darkrai... soupira-t-elle peu après les dernières notes. Encore une fois, pardonne-moi d'avoir été si égoïste, je m'en veux terriblement de t'avoir délaissé... Tu es irremplaçable...


_____Elle renifla, yeux brillants, balbutiant encore des "pardon" de plus en plus larmoyants. Je ne supportais pas de la voir ainsi, se confondant en excuses et sur le point d'éclater en sanglots à cause de la culpabilité. Bien que j'en mourais d'envie, j'hésitai à la prendre dans mes bras. N'était-ce pas malsain compte tenu des sentiments que j'éprouvais pour elle ?... Je me le permis finalement. Après tout, ce contact n'était pas le premier, il était finalement anodin à ses yeux, car non connoté, elle me voyait tel un ami, et un Pokémon, rien de plus. Il n'y avait que moi que ça dérange, puisque, secrètement...


_______Calme-toi...


_____Je n'ajoutai rien jusqu'à ce qu'effectivement elle se calme. Elle me jura de revenir le lendemain, et le surlendemain, de ne plus me négliger. Le soleil se couchait, je la laissai quitter le parc. J'avais confiance en sa parole. Et j'aurais aimé pouvoir la rassurer. Lui assurer que cette promesse me convenait. Le pire était que cela aurait pu être vrai. Avec le temps, malgré son amour tourné vers quelqu'un d'autre, avoir l'assurance de ne jamais la perdre m'aurait suffi à tourner la page, lentement.

_____Or il y avait cette question que je n'avais pas osé poser tout à l'heure. Elle parasitait mes pensées désormais, comme pour se venger. Alors que la nuit faisait tomber son voile étoilé sur le ciel obscurci, je m'attelais à faire ce que je faisais le mieux : rester dans l'ombre, la main en sang sur ma poitrine...



_______Dis-moi Darkrai... il y a une question qui me taraude depuis longtemps, mais j'ai peur de t'embarrasser en la posant, avoua Alice, assise au bord du bassin, balançant nonchalamment ses pieds nus dans l'eau en éclaboussant des Axoloto.


_____Tonio avait un problème avec l'un des disques de la Tour, qu'il était très occupé à réparer. Une histoire de gel, je crois. Comme elle n'avait pas voulu le gêner, et était donc venue ici. Aujourd'hui, il faisait assez doux malgré la neige. Je craignais cependant qu'elle ne prît froid, en baignant ainsi la moitié de ces jambes. Les humains tombent rapidement malades.


_______Tu ne sauras pas si tu ne demandes pas, répondis-je, lévitant à ras du sol, auprès d'elle.

_______... Est-ce que tu es amoureux de quelqu'un ? dit-elle après une hésitation.

_______Non.


_____J'avais été bref, voire sec, et je le regrettais amèrement. J'aurais dû jouer plus finement et faire celui qui ne comprenait pas la question. En tant que Darkrai, cela aurait pu lui paraître normal qu'un concept tel que l'amour m'apparût flou voire me fût complètement étranger. Par ailleurs, pour la plupart des représentants de mon espèce, c'était réellement le cas. Je n'étais déjà plus dans la norme.

_____Elle n'aborda plus le sujet et passa à autre chose le plus rapidement possible. Je ne sus qu'en penser. Disons plutôt que j'eus peur de savoir, alors je ne cherchai pas à comprendre.



_____Alice riait aux éclats de m'avoir vu prendre, par erreur, une boule de neige lancée par Ouisticram. Elle était la cible à l'origine, mais elle s'était baissée, et comme je venais à sa rencontre, j'avais eu la désagréable surprise de la recevoir à sa place.


_______Je me demandais, Darkrai... Est-ce que tu peux tomber malade ? me demanda-t-elle en m'aidant à dégager la neige de mon col.

_______C'est-à-dire ? répondis-je, en attente de précisions.

_______On est au milieu de l'hiver, il fait de plus en plus froid. Y a pas mal de cas de rhumes, de grippes, et j'en passe... ajouta-t-elle en remontant un peu son écharpe sur son nez rougi par les basses températures.

_______Je n'y suis pas sensible, lui assurai-je tranquillement.

_______Vraiment ? Je suis rassurée... soupira-t-elle de soulagement.


_____Je la dévisageai sans comprendre. Elle remarqua mon air insistant et murmura, comme si elle était embarrassée de confier le fond de sa pensée :


_______Pour tout t'avouer, plusieurs fois je suis venue te voir, alors que j'aurais dû rester chez moi pour me reposer à cause d'une mauvaise fièvre. Je suis guérie maintenant, mais j'ai réalisé que je n'aurais pas dû te rendre visite dans cet état, sans savoir si tu pouvais être affecté ou non. J'ai eu peur de t'avoir contaminé, tu parais si... fatigué, parfois...


_____Je ne répondis pas. Je ne pouvais décidément pas lui confier les cauchemars qui perturbent mon sommeil. Même les Darkrai ne peuvent lutter contre leurs démons intérieurs. Ce fût son Pokémon qui, involontairement, m'épargna la peine d'avoir à justifier de mon silence.


_______Bataille ! s'exclama-t-il, espiègle, en attaquant sa Dresseuse avec une boule de neige mal cadrée.


_____Comme elle me fonçait dessus et que je n'éprouvais que très peu l'envie de refaire sa connaissance, je la déviai d'un Psyko.


_______Ah ! Ouisticram, Darkrai ! Vous vous y mettez à deux, c'est injuste ! rouspéta Alice en s'essuyant le visage. J'avais demandé un temps mort !


_____Il n'en avait pas fallu davantage plus pour que je me retrouvasse engagé bien malgré moi dans un jeu où elle s'était plu à me transformer en victime. Mais en secret, je la remerciais de cette journée qui avait chassé les ténèbres de mon cœur.

_____Temporairement, hélas. Il suffisait d'un peu de solitude pour qu'elles reviennent et m'engloutissent, me laissant pantelant, en pleine nuit, apeuré à l'idée de dormir, mes griffes plantées dans ma chair qui n'en garderait pas trace le lendemain.



_____Alice et Tonio s'étaient disputés. Cela leur arrivait déjà souvent avant qu'ils ne fussent ensemble. Mais ce n'étaient que des querelles de grands enfants, si je puis dire. Ce litige-ci, en revanche, avait blessé celle pour qui mon cœur penchait.

_____Elle était secouée de sanglots, le visage enfoui dans mon frêle estomac, tandis que j'étais assis dos au Pécher. Une main posée sur sa tête et caressant ses cheveux blond miel, l'autre étreignant une des siennes, j'étais partagé entre le bonheur de l'avoir tout à moi, et la tristesse des circonstances qui l'avaient poussée à venir quérir du réconfort à mes côtés.

_____La neige avait presque disparu. Les bourgeons apparaissaient, le printemps se faisait sentir. Cela faisait bientôt sept mois qu'ils sortaient ensemble, comme les humains disent. Mais en mars, les choses s'étaient gâtées entre eux.

_____Tonio avaient quelques ambitions qui demandaient à ce qu'il quittât Alamos pour se rendre à Hoenn. Alice ne voulait pas le suivre. Il lui avait posé un ultimatum qui l'avait profondément meurtrie : lui ou sa ville.


_______... Crois-tu vraiment qu'il partira sans moi si je reste ici ? coassa-t-elle entre deux crises de larmes.

_______Je ne sais pas, répondis-je sincèrement.

_______J'aimerais tant que tu saches ! s'énerva-t-elle avant de se remettre à gémir dans mes bras.


_____Je l'obligeai à me regarder en la prenant doucement par le menton pour lever sa tête. Nous restâmes en Ponchien de faïence. Ses beaux yeux bleus étaient rougis par l'acidité des perles qui roulaient sur ses joues. Je les séchai du pouce de mon autre main. D'autres les remplacèrent.


_______Je n'arriverai pas à m'arrêter, pardon... s'excusa-t-elle, s'imaginant sans doute que je la trouvais pathétique – c'était vrai, mais pas dans son sens péjoratif.

_______Tu n'as pas à t'obliger à les contenir, murmurai-je.


_____Elle se redressa et recommença à larmoyer, sa joue collée contre la mienne cette fois. Je sentais ses pleurs mouiller ma peau, ses tremblements me faire vibrer tout entier, ses mains se crisper dans mon dos comme si elle craignait me voir fuir.

_____Mais le plus insoutenable était ses seins écrasés contre mon torse. Son cœur tambourinait contre le mien comme s'il cherchait un refuge ; l'écho profond de sa détresse résonnait dans ma cage thoracique, réveillant la mienne qui vint confusément à sa rencontre. Deux pauvres êtres en proie à un désespoir chaotique, voici ce à quoi nous étions réduits alors.

_____Cela abaissa mes dernières barrières. Je ne pouvais plus endurer davantage. Je l'écartai en la prenant par les épaules, elle résista, toutefois faiblement, trop agitée pour coordonner ses gestes. Elle devait penser que je la rejetais.

_____Je la rapprochai de moi à nouveau, une de mes mains remonta vers l'arrière de sa tête, l'autre se nicha entre ses omoplates. Je copiais les gestes de Tonio. J'enviais leur signification. Nos visages étaient vraiment proches. J'avais arrêté mon mouvement.

_____Mais qu'étais-je sur le point de faire ?

_____D'après les yeux écarquillés de la douce jeune femme que je tenais dans les bras, elle avait compris. Je baissai les miens, furieux après moi-même, et surtout honteux. Qu'espérais-je ? Nous n'appartenions pas à la même espèce – au même monde. J'essayais de m'engager sur un terrain qui n'était pas le mien, d'adopter des coutumes qui n'étaient pas les miennes, d'appréhender des sensations que je n'avais pas le droit de connaître.

_____Je desserrai mon étreinte pour qu'elle s'échappât, conscient de la nature abjecte de mes actes. Mais une étincelle étrange anima ses prunelles, et elle entoura ma tête de ses bras pour terminer ce que j'avais commencé.

_____J'ignore combien de temps nous demeurâmes ainsi, à nous découvrir sous un jour différent. Je percevais chaque détail, aussi infime fût-il. L'odeur délicate de sa peau. Son souffle qui s'interrompait pour reprendre un peu plus fort quelques instants plus tard, comme si elle oubliait et se souvenait brusquement de respirer. Ses lèvres un peu gercées par les matins frisquets. Elles n'en étaient pas moins douces et sucrées comme une baie Pécha, dont la saveur démultipliait mes sens au-delà de l'imaginable.

_____Nos désespoirs mis en commun. Un seul et même chaos, qui paradoxalement prenait tout son sens au creux de cet instant de grâce scandaleuse que nous nous octroyions. Le monde extérieur pourrait bien s'écrouler par notre faute, pour avoir méprisé les frontières, offensé la création-même, que nous ne nous en apercevrions pas. Nous perdions avec délice notre essence, qui se fondait dans l'autre par un simple échange de salive. Humain, Pokémon ? Ces termes ne nous effleuraient plus.

_____Toujours envoûtés, même après nous être désunis, nous nous remîmes debout en même temps. Le soleil allait bientôt disparaître derrière l'horizon.


_______... Tu as cessé de pleurer... remarquai-je.


_____Alice dansa d'une jambe sur l'autre, rougissante, en marmonnant d'une voix presque inaudible qu'elle devait rentrer chez elle avant qu'il fasse nuit. Elle resta encore un peu à ne savoir que faire, tandis que moi, je ne trouvais plus rien à dire, troublé comme je ne l'avais jamais été auparavant.

_____Elle m'adressa finalement un timide geste de la main et s'en alla d'un pas pressé. Je me laissai glisser à nouveau contre mon arbre, n'ayant plus la capacité ni de léviter, ni de réfléchir. Avait-on vraiment... ? Je peinais à y croire. Et je n'en tirais pas satisfaction, car la magie de l'instant s'est dissipée très vite à présent que je suis seul. Ne restait que mon pragmatisme qui m'obligeait à n'envisager qu'une conclusion possible ; le cul-de-sac. Nous n'avions pas d'avenir. Nous n'en avions jamais eu. Nous n'aurions jamais dû ne fût-ce que faire semblant d'en avoir un pour quelques immorales secondes... Sans doute le savait-elle aussi, sans doute y pensait-elle, sans doute regrettait-elle comme moi je regrettais de l'avoir corrompue.

_____Comme si cela ne suffisait pas, cette question qui ne me quittait plus prit plaisir à revenir me tarauder. Or vu ce qu'il venait de se passer, j'éprouvais désormais de l'horreur rien qu'en envisageant une quelconque réponse. Tout comme rester dans l'ignorance me tuait à petit feu. J'étais sans défense.

_____J'observai d'un œil vide, incapable de pleurer, les quelques lambeaux de nuages peu à peu disloqués par le vent. Le charme était définitivement rompu. J'avais tout sacrifié pour lui. Ma main s'était portée machinalement à mon cœur et grattait la peau jusqu'au sang. Il accélérait, m'étouffait, m'annihilait. Chaque pulsation était une torture, une aiguille, une entaille profonde, un poison virulent que l'on m'injectait. Je n'avais plus que ces images pour définir mon misérable état.

_____Alicia... Les rouages des sentiments qui se sont mis en branle le jour où je t'ai connu ont échappé à mon contrôle. Je ne peux plus revenir en arrière. Pourquoi ce qui rend les humains si forts me rend-il si faible ? Pourquoi n'ai-je plus d'autre désir que d'extraire ce mécanisme enrayé de mon poitrail, de le fracasser au sol ?...

_____Alicia... ALICIA...



_____Je les avais aidé à charger les valises dans la montgolfière. Ce moyen de transport pour se rendre à Hoenn avait au moins le mérite d'être original. J'essayais de ne pas penser au fait que c'était sans doute la dernière fois que je le verrais voler au-dessus d'Alamos.


_______Je crois qu'on n'a rien oublié, dit Alice.

_______Nous allons pouvoir y aller, alors, fit Tonio en prenant place à côté du brûleur où le Ouisticram de sa compagne patientait.

_______Hum... attends un peu, s'il te plaît, demanda-t-elle en venant vers moi.


_____Je me tenais à l'écart, comme à mon habitude. Nous fûmes donc, sans faire exprès, assez loin de son petit ami pour qu'il n'entendît pas. À propos de... l'incident de la semaine dernière, il n'était pas au courant, et cela valait sans doute mieux. Un humain qui trompe avec un autre humain, même d'un simple baiser, est une chose déjà difficilement acceptable pour la plupart d'entre eux. Avec un Pokémon, mieux vaut ne même pas mentionner cette éventualité répugnante. J'en ai moi-même pris la mesure ; je suis un déviant. Et j'ai attiré Alice à ma suite. Peu m'importe de savoir si elle était pleinement consciente et consentante de cela. Je me considère coupable de lui avoir causer un tort, une humiliation.

_____Elle croisa les bras dans le dos en se balançant tantôt sur ses talons, tantôt sur la pointe de ses pieds. Je finis par prendre la parole :


_______J'espère que tu te plairas là-bas.

_______Oui, j'espère aussi. On dit que Poivresel est une ville portuaire vraiment agréable, mais j'appréhende, me confia-t-elle. Tu ne veux vraiment pas nous accompagner ? Je te l'ai proposé afin d'honorer ma promesse de ne jamais t'abandonner...

_______... Ça ira, mentis-je.

_______Darkrai... Je suis désolée... au sujet de...


_____Elle se tut et intérieurement, je l'en remerciais. Je ne voulais pas en entendre davantage sur ce qui s'était passé, pas maintenant, alors qu'elle est sur le point de s'en aller. Cela m'aurait sans doute détruit avant l'heure. Afin de détourner la conversation, je demandai :


_______Qu'est-ce qui t'a finalement convaincue de partir ?


_____Elle sembla réfléchir. Elle pouvait bien prendre son temps pour. Ce n'est pas ça qui me manque.


_______Eh bien, on a discuté, Tonio et moi. Et en fait, on s'est aperçu qu'on s'est mal compris. Je pensais qu'il voulait couper les ponts avec Alamos, alors qu'en réalité, on passerait y les vacances le plus souvent possible, et plus tard il se pourrait même que l'on revienne définitivement habiter ici. J'ai donc accepté de partir avec lui parce que ça ne me ferait pas de mal de voyager, tant que cela ne me prive pas de mes racines. Voilà... Et toi alors, tes projets ?


_____J'esquissai un demi-sourire triste qu'elle ne put voir.


_______Je vais partir moi aussi. Je ne sais où.

_______... C'est égoïste mais... Peux-tu me promettre d'être là à mon retour ? me supplia-t-elle presque.


_____Égoïste, disait-elle... Je ne lui en voulais pas. Je la comprenais, en vérité. J'avais moi-même une chose particulièrement égoïste que j'aurais désiré lui demander. Cependant je me retenais. C'était insensé, cela ne ferait que la briser. Je ne souhaitais pas l'entraîner dans ma déchéance.


_______Promis...


_____Elle qui auparavant me sautait dessus avec tant de spontanéité, elle n'eut pas le courage de me toucher avant de se diriger vers le ballon. Je marquai une hésitation puis finalement la rattrapai et pinçai entre mes doigts sa manche avant qu'elle ne monte dans la nacelle pour attirer son attention. J'étais à portée d'écoute de Tonio mais peu importe, elle seule saisirait la signification de mes mots :


_______Regrettes-tu ?


_____Elle s'obligea à me regarder dans les yeux en témoignage de sa sincérité. Je m'obligeai à la regarder dans les yeux en témoignage de ma confiance. Le silence me parut interminable avant que sa réponse ne tombât :


_______Ça dépend.


_____Ça me suffisait. Le ciel pur dans ses prunelles m'avait tout dit. Elle sauta dans la montgolfière. Tandis qu'ils prenaient de l'altitude, elle et son bientôt mari ne cessèrent de me faire des signes ; les bagues de fiançailles à leurs annulaires n'avaient pas échappé à ma vigilance. D'autres personnes qui les connaissaient bien leur adressaient leurs aux revoir. Je crus entendre mon aimée jouer Oracion. Je gravais cette musique au plus profond de ma mémoire, une ultime fois.


_______Hé, Darkrai ! me lança soudain Alberto après avoir envoyé un baiser à Alice, un mouchoir sous les yeux. Je te mets au défi ! Je refuse de n'avoir contre toi qu'une victoire par abandon !

_______Non, je m'excuse.

_______Bon, demain alors ?

_______Non plus.

_______... Cela ne signifie plus rien maintenant qu'elle est partie, n'est-ce pas ?


_____J'estimai que cette remarque inquisitrice se passerait de réponse, et m'éclipsai. Je me dirigeai vers le parc, sous le Pécher. Quelques bourgeons avaient fleuris. Je m'assis contre son tronc. Un groupe d'Apitrini passa, ainsi que des Roucool. Les beaux jours revenus, le jardin était en pleine effervescence, se parant de nouvelles couleurs, vibrant de vie près des tympans, parfumant l'air jusqu'à enivrer.

_____Hélas tout ceci ne m'atteignait plus qu'au travers d'un voile grisâtre, altérant ma perception. Si bien que je ne me sentais plus chez moi, dans cet Éden où tu m'avais pour la première fois accepté. Alicia. Je te dois tant. Ce don divin au creux de ma poitrine déchirée par mon impureté... Mon fruit défendu... Il est pourri à présent.

_____Je portai la main à mon cœur. Je le sentais battre sous ma paume. Régulier. Douloureux. Cassé. Je commençai à la refermer, me griffant davantage la peau qu'à l'accoutumée. Mon sang écarlate semblait prolonger mon col hérissé vers le bas, à mesure qu'il coulait de mes écorchures toujours plus profondes alors que je persistais à vouloir serrer mon poing.

_____Dans un sursaut, avec un temps de retard, il accéléra avec l'énergie du désespoir, comme si cela allait le sauver. Mes doigts plongés dans mon thorax s'enfonçaient toujours plus, indifférents à la souffrance que je m'auto-infligeais. Ma volonté d'en finir était plus forte.

_____J'allais partir le cœur serré, au sens propre. Ce n'était là que le dénouement de ma lente agonie. Mon instinct de survie s'était éteint, définitivement. Voici mon châtiment pour m'être bercé d'illusions, pour avoir croqué la baie : je me suis égaré. Or nul rêve ne dure, je ne le sais que trop bien.

_____Alice... Je n'ai plus rien. Je ne suis plus rien. Je t'ai tout confié, tout abandonné, jusqu'à mon identité, ce fameux soir où nous avons saisi cette opportunité blasphématoire de nous aimer, ces quelques secondes immorales qui valent plus que l'éternité à mon sens. Toi, tu as encore Tonio pour t'aider à retrouver ton chemin, à te retrouver toi-même. Prends soin de toi.

_____Jusqu'au bout je me suis gardé de te poser cette question qui à coup sûr t'aurait fait grand mal. J'ai préféré la laisser me tuer.

_____Alice, que se serait-il passé si j'avais été humain ?