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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 12/05/2015 à 01:25
» Dernière mise à jour le 06/11/2017 à 21:59

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 21 : L'Autre
« Ok, alors je vais improviser un peu, mais ça va le faire, déclara Kate/Krux avec assurance.
- Pourquoi est-ce que j'ai l'impression de foncer dans un mur avant même d'avoir commencé ?
- T'occupe et reste assis. »

L'hybride polymorphe se releva et frappa au panneau de bois. Aussitôt, le garde derrière ouvrit et fixa ce qu'il pensait être Krux :

« T'as fini ?
- Ouais. Il a avoué. Faudra que je vois Kendall. Tu sais où il est ? demanda son interlocuteur en passant tranquillement la porte.
- Dans l'ancien bureau d'Andrew, j'imagine. Tu sais bien que c'est là qu'il s'est installé.
- Ouais ouais. »

Thrak, assis contre le mur, observait la scène, retenant son souffle sans s'en rendre compte. Qu'est-ce que comptait faire Kate ? Le garde se retourna pour refermer la porte, s'assurant que son prisonnier n'avait pas bougé.
Et en un éclair, Kate/Krux profita de l'occasion pour attraper l'arme de l'homme et la lui pointer sous le nez.

« K...Krux ? A quoi tu joues ?
- T'occupe. Rouvre la porte.
- Qu...Quoi ? Tu débloques !
- Rouvre la porte ou je te fais sauter la cervelle. »

Le garde s'exécuta pitoyablement. Il n'était visiblement pas très malin - du moins semblait-il incapable de réfléchir sous pression. Il fallait dire qu'il n'avait pas vraiment le choix. Thrak se leva, dressant son imposante silhouette. Un simple regard de Kate/Krux suffit à lui faire comprendre ce qu'il devait faire. D'un coup puissant à la tempe, il assomma le garde et traîna son corps inconscient dans la pénombre. Aucun des deux hybrides n'avait envie que l'on tombe sur le garde inanimé.

« Putain, c'était trop facile ! » s'exclama Kate.

Il était étrange de voir l'euphorie de la jeune femme se dessiner sur le visage de cet homme mauvais. L'hybride s'approcha du garde inanimé et entreprit de lui retirer ses vêtements.

« A quoi tu joues ?
- A l'heure qu'il est, ils ont sûrement retrouvé le vrai Krux. J'ai pas envie de me faire avoir comme une merde. »

Sur ces paroles mesurées, la jeune femme commença à changer. Thrak ne voyait pas bien, dans la pénombre, mais il lui sembla que la silhouette de sa compagne rétrécissait légèrement. Le temps qu'il cligne des yeux, et une parfaite copie de son geôlier lui faisait face. Maintenant qu'il voyait les capacités de Kate en action, le colosse d'ébène ne pouvait s'empêcher de se demander si la jeune femme était vraiment digne de confiance.

« On est loin d'être tirés d'affaire, rétorqua le colosse. C'est quoi, la suite du plan ?
- Tu te souviens du hangar du laboratoire ? On y a laissé des tentes et quelques affaires, la dernière fois, répondit Kate en enfilant les habits du garde.
- Parce qu'on a du partir précipitamment à cause des blessés. Oui.
- J'ai pensé qu'on pouvait se planquer là-bas dans un premier temps.
- Et comment tu comptes arriver jusque là-bas ?
- Facile. On choppe un fourgon et on y va.
- Et comment est-ce qu'on va aller jusqu'aux véhicules sans se faire voir ? Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis censé être enfermé. Et puis, ce n'est pas comme si j'étais facilement repérable.
- Tu sais, y'a une minute, je t'ai dit que j'allais devoir improviser ?
- Oui ?
- Et bah c'est maintenant. »

~*~
« C'est bon, en avant. On a du bol, le soleil se couche.
- Il ne vaudrait pas mieux attendre la nuit ? demanda Thrak.
- T'as beau être noir, on te verra toujours. »

Le colosse croisa les bras et regarda fixement Kate. Elle avait beau avoir pris plusieurs centimètres en revêtant l'apparence du garde, Thrak la dominait toujours d'une bonne tête. Voyant l'air sérieux de son compagnon d'infortune, l'hybride Métamorph se reprit :

« C'est bon, je déconnais ! Je stresse, moi aussi. Allez, on bouge. Il faut parvenir jusqu'aux fourgons tant que y'a personne. »

L'improbable duo sortit dans la chaleur déclinante de l'extérieur. Dehors, le soleil déclinant colorait le ciel en une tapisserie violette et dorée, tandis que le crépuscule s'abattait sur le monde. Où étaient-ils tous passés ?

« Il y aura des gardes à la barricade, objecta soudain Thrak tandis qu'ils longeaient la paroi rocheuse, leurs pas crissant dans le sable chaud. Ils nous verront forcément.
- Sûrement. »

La barricade qui gardait l'entrée du canyon était un ramassis de débris, de caisses et de véhicules garés en travers de la voie. Les portes étaient elles-mêmes deux camions positionnés face à face. Ils devraient forcément les déplacer s'ils voulaient sortir. Ce qui voulait dire neutraliser les gardes d'abord.

« Pourquoi n'y a-t-il personne ?
- Ils sont rentrés chez eux ? suggéra Kate avec espoir.
- Il y a toujours quelques personnes dehors, même après le coucher du soleil, répondit Thrak en secouant la tête.
- J'en sais rien. Mais ça n'est pas pour me déplaire. Putain, je connais même pas le nom du mec dont j'ai pris l'apparence. » répondit l'hybride, anxieuse.

Thrak avait beau faire de son mieux pour ne pas céder lui aussi au stress, cette histoire commençait à l'inquiéter. Kendall avait-il instauré un couvre-feu ? Peut-être. Cela expliquerait pourquoi personne ne se promenait dans le canyon.

Des bruits crissants, semblables à des pas, se firent alors entendre. Quelqu'un marchait dans le sable. Thrak se figea, le sang glacé. Les sons étaient multiples. Il y avait probablement plus d'une personne.

L'improbable duo se cacha derrière un contrefort rocheux, les dissimulant grossièrement à la vue d'autrui. Le cœur pulsant à toute vitesse, Thrak essaya de calmer sa respiration, tendant l'oreille.

C'est alors que le colosse comprit son erreur. Il n'y avait pas plusieurs personnes, mais une seule, équipée de béquilles. Joshua venait d'entrer dans son champ de vision, marchant seul dans la pénombre, progressant avec difficulté.

« On ferait mieux de l'assommer, murmura Kate.
- Attends. Il peut nous aider.
- Il a toujours détesté les hybrides ! Tu peux être sûr qu'il va nous faire repérer dès que possible.
- Non. Joshua a changé, Kate. Il peut nous aider. » répéta Thrak.

La vérité, c'est que le colosse lui-même n'en était pas sûr. Il avait l'impression que depuis que Lyrian l'avait sauvé, Joshua avait effectivement changé. Mais pouvaient-ils se payer le luxe de faire reposer l'entièreté de leur survie sur cette considération ?
De toute façon, ils n'avaient pas le choix. Si Joshua passait à leur hauteur et donnait l'alarme, ils étaient foutus. Il leur fallait agir. Et vite.

Thrak sortit du contrefort qui les abritait et se jeta sur Joshua, lui plaquant une de ses immenses mains sur la bouche pour l'empêcher de crier. De l'autre, il l'agrippa fermement et l'entraîna dans leur cachette, se soustrayant aux éventuels regards indiscrets.

L'adolescent écarquilla les yeux et remua fébrilement, paniqué. Thrak le plaqua sans ménagement contre la paroi rocheuse, le soulevant de plusieurs centimètres au-dessus du sol. On ne pouvait pas courir de risques.

« Joshua, nous comptons nous échapper. Si tu comptes révéler notre présence, nous trahir de quelque manière que ce soit, je te tue de mes propres mains. C'est clair ? »

Le garçon hocha frénétiquement la tête. Il semblait bien évidemment apeuré, mais quelque chose d'autre se lisait dans son regard, comme si l'apparition de Thrak suscitait chez lui un espoir renouvelé.

« Bien. Si tu es disposé à nous aider, je vais te relâcher.
- Thrak, c'est une idée à la con... » objecta Kate, toujours sous l'apparence du garde.

Le colosse l'ignora. Il était prêt à courir le risque. Vigilant, il lâcha Joshua, qui retomba dans le sable avec un hoquet de douleur. Le souffle court, l'adolescent mit quelques temps à se relever.

« Th... Thrak... Lyrian et Élise... Ils vont être exécutés... Je voulais... aller essayer de te prévenir...
- Quand ? Pourquoi ? interrogea Kate.
- Kendall a envoyé un type arrêter Lyrian à l'infirmerie... Et Lyrian l'a tué... Kendall veut l'exécuter sur le champ. Pas de témoins.
- Putain, tu parles d'un bordel... » souffla Kate.

Thrak grommela. La situation n'augurait décidément rien de bon. Dans quoi est-ce qu'ils s'étaient engagés ? Tout partait de travers. Ils avaient déclenché une véritable guerre civile.

« Qu'est-ce qu'on fait, Kate ? » demanda le colosse.

Joshua tiqua.

« Kate ? Ah, je me disais bien que Tom n'aurait jamais désobéi aux ordres... »

Kate/Tom ne répondit pas, l'air pensif.

« Tu comptais faire quoi, au juste, Joshua ?
- Aller trouver Thrak dans sa cellule pour l'avertir. Je me suis dit que t'aurais aucun mal à te libérer... Lyrian et Élise ont été conduits à l'extérieur de la colonie, dans le désert. Kendall ne veut pas que les gens sachent. »

Thrak soupira. Bon sang, dans quoi est-ce qu'ils s'embarquaient ? Il ne voyait pas comment ils pourraient s'en sortir. Il avait l'impression qu'ils s'étaient engagés dans une tentative désespérée et suicidaire, et que plus ils avançaient, plus ils s'embourbaient.

« Il faut aller aller prévenir tous les hybrides, lâcha soudain Kate/Tom. Les avertir de ce qu'il se passe, les faire sortir et passer en force.
- C'est de la folie... murmura le colosse d'ébène.
- Kendall a décidé de tous nous exécuter. Toi, moi, Lyrian, Élise. Ça, c'est de la folie. Vouloir secourir les innocents, c'est normal.
- Et comment tu comptes visiter chaque grotte sans te faire repérer, convaincre tous les hybrides en t'assurant qu'aucun ne nous trahisse et donne l'alarme, puis passer le mur sans te faire voir ?
- J'en sais rien. On avisera.
- Laisse-moi au moins une minute pour mettre au point un plan.
- On n'a PAS une minute, Thrak. T'as entendu Joshua. Ils risquent d'y passer d'un instant à l'autre. Toi, vas-y. Lyrian ne se laissera probablement pas faire, mais Élise si... Ils vont avoir besoin de ton aide. »

Il faisait presque nuit noire, désormais. Thrak soupira. Bon sang, c'était de la folie furieuse.

« Et comment je passe le mur ? Si Kendall les a emmenés de l'autre côté, il va forcément que je passe les sentinelles si je veux les aider, objecta le colosse.
- … Tu te souviens de ce que j'ai dit sur le fait de casser quelques gueules ? »

Le colosse grimaça. Il connaissait bien quelques-uns de ceux qui montaient la garde sur la muraille de véhicules et de débris qui barrait l'entrée, et certains d'entre eux n'étaient pas de mauvais bougres...

« Si tu les mets hors d'état de nuire, les hybrides pourront s'enfuir plus facilement.
- …
- Je sais pas si tu réalises bien la situation, Thrak. C'est fini. Tout ce pour quoi tu t'es battu est fini. Ils t'ont désavoué. Tous ces humains que tu protégeais. La colonie est foutue. Andrew est mort. Et si tu ne te bouges pas, bientôt, ce sera au tour d'Élise et de Lyrian.
- … Ok. Ok, je vais le faire.
- Bien. Merci, Thrak. Je sais que c'est pas facile, mais tu fais le bon choix. Je vais rassembler le maximum de monde. Évite de faire donner l'alarme avant qu'on soit prêts. Donne-nous un gros quart d'heure.
- Tu es complètement cinglée, Kate. » capitula Thrak.

Le visage du dénommé Tom s'éclaira du sourire ironique si cher à l'hybride Métamorph, ce qui donna au visage de l'homme un air dérangeant.

« Alors j'ai ma place dans ce monde, tu crois pas ? »

Le colosse acquiesça et s'éloigna dans la nuit. Sa silhouette de géant disparurent bientôt au loin, s'effaçant dans la pénombre, et Kate se tourna vers Joshua :

« Essaye de retrouver Lina. Choppez tout ce que vous pouvez embarquer. On se retrouve aux fourgons dans une quinzaine de minutes. Si jamais je ne suis pas au rendez-vous, ne m'attendez pas.
- Entendu.
- J'te fais confiance, Joshua. Si jamais t'essaye de jouer au petit con... »

~*~
Thrak avançait lentement, chacun de ses pas lourds faisant crisser le sable. Il longeait la paroi rocheuse, évitant absolument les lumières qui jaillissaient ça et là des grottes habitées. A une centaine de mètres, derrière les fourgons et les véhicules de la colonie, se dressait la muraille qui marquait l'entrée du canyon. Deux grandes portes de bois, constituées de plaques raccommodées entre elles, trônaient au milieu du passage, ouvertes que lorsque l'on laissait passer les véhicules. Des débris, des palettes et des caisses de bois pour combler les trous : voilà ce qui constituait leur unique défense.

Et désormais, l'unique obstacle entre eux et la survie.

Thrak s'accroupit derrière une fourgonnette grise, risquant un regard vers la barrière. Trois sentinelles montaient la garde, deux debout sur une caisse au sommet du mur, l'autre faisant les cent pas dans le sable. Un quart d'heure. Dans un quart d'heure, il pourrait passer à l'action.

« Dépêche-toi, Kate... »

Le colosse observa minutieusement les sentinelles. Il les reconnaissait, évidemment. Il connaissait ces hommes qu'il s'apprêtait à assommer. Ces hommes qui s'étaient battus à ses côtés pendant les multiples assauts des pillards. Aucun d'entre eux ne faisait partie des radicaux. Il s'agissait d'hommes bons, courageux, qui avaient été ses amis, dans d'autres circonstances.

« Tout ça, c'est à cause de Kendall, grommela le colosse.
- Tu m'as l'air de quelqu'un qui s'apprête à faire une bêtise, Thrak. » fit soudain une voix derrière lui.

Merde !
Le colosse se retourna brusquement, prêt à en découdre.

Une femme brune se tenait derrière lui, l'air déterminé. A bien des égards, elle lui rappelait Andrew, de par l'inquiétude et l'anxiété qui paraissait vieillir son visage.

Thrak grommela, priant pour que la femme soit de son côté. Il n'avait aucune envie de s'en prendre à elle.

« Si tu es venue m'arrêter, Amara, je crains que nous ayons un problème, menaça le colosse à voix basse.
- Je t'ai connu plus calme, rétorqua la jeune femme. Détends-toi. Je suis venue t'aider. Les hybrides ne peuvent plus vivre ici. Et à choisir, je préfère fuir Kendall, maintenant qu'Andrew est... »

Les sons moururent dans sa gorge. Thrak acquiesça lentement. Amara était celle qui avait fondé le campement avec Andrew ; elle avait autant fait pour la colonie que l'ancien maire, gérant leurs maigres ressources du mieux qu'elle le pouvait. Son Tortank était également leur principale source d'eau, garantissant leur survie dans ce monde à la chaleur infernale.

« Content de te savoir de notre côté.
- Dis-moi que tu n'as pas truqué les élections.
- Je n'y suis pour rien, répondit Thrak en secouant la tête. C'est Kate qui a tout organisé. Elle voulait absolument qu'Andrew l'emporte. Elle n'avait aucune idée que les conséquences seraient si... catastrophiques.
- Je ne la blâme pas. La situation aurait empiré tôt ou tard. Vous avez un plan ?
- Kendall a emmené Élise et Lyrian à l'extérieur du canyon pour les exécuter en silence. Il faut que j'y aille.
- Ce qui signifie mettre ces sentinelles hors d'état de nuire, et probablement donner l'alarme si on ne s'occupe pas des trois à la fois.
- Oui. C'est pour ça que j'attends que Kate soit prête avant d'y aller. »

Amara acquiesça en silence. Elle s'accroupit aux côtés de Thrak et observa les gardes attentivement. L'espace d'un instant, le colosse se rappela des missions de récupération où elle et lui fouillaient Salmyre, en se cachant des pillards, pour essayer de dégoter des conserves ou n'importe quoi qui puisse être utile parmi les ruines de la ville.

« Je vais t'aider. Tortank pourra prendre celui de droite. J'imagine que tu peux en assommer un autre, mais il en restera toujours un...
- On n'aura qu'à espérer que Kate et les autres seront prêts quand les hommes de Kendall débarqueront. »

~*~
« Il est l'heure.
- Kate n'est toujours pas là, fit remarquer Amara.
- Tant pis. Lyrian et Élise vont être exécutés d'un instant à l'autre. On ne peut pas se permettre d'attendre plus longtemps. »

La jeune femme soupira, mais acquiesça.

« Je te suis. »

Thrak sortit alors doucement de leur cachette, s'abritant de véhicule en véhicule tout en s'approchant doucement de la muraille. Les sentinelles avaient le dos tourné, fort heureusement ; elles ne s'attendaient probablement pas à ce que la menace vienne de l'intérieur. Peut-être guettaient-elles le retour de Kendall.

Amara sur ses talons, le colosse d'ébène progressa lentement vers le mur. Son cœur battait la chamade. Si l'un des gardes se retournaient, là, maintenant, c'était la vie de tous les hybrides de la colonie qui se retrouvait immédiatement en danger.

Et ce qui devait arriver arriva. L'un des gardes postés au sommet de la muraille se retourna par hasard - ou peut-être avaient-ils été plus bruyants que ce qu'ils ne pensait.

« Qu'est-ce que... Halte ! »

Un éclair bleu fusa alors qu'Amara lançait sa Pokéball. Thrak chargea.

« Tortank, Hydrocanon ! »

Le Pokémon apparut dans la pénombre en poussant un rugissement féroce. Un torrent d'eau percuta de plein fouet l'un des gardes, qui décolla de la muraille pour s'écraser dans le sable, une dizaine de mètres plus loin. Il n'avait probablement pas survécu.

Aussitôt, les deux autres ouvrirent le feu. Thrak se précipita devant Amara pour la protéger, mais déjà, le Tortank se plaçait devant sa Dresseuse, tournant le dos au mur pour servir de bouclier vivant. Les balles ricochèrent contre sa carapace sans lui faire le moindre mal. Voyant Amara en sécurité, Thrak se rua sur le garde le plus proche, tordant le canon de son arme avant de lui asséner un formidable crochet à la mâchoire, le sonnant sur le coup. L'homme s'effondra parmi les débris comme une poupée de chiffons, mais au moins était-il vivant.

Le colosse entreprit alors de grimper pour éliminer la troisième sentinelle, qui, paniquée, pointa son arme sur lui et ouvrit le feu. Les caisses craquaient sous son poids, mais il montait inlassablement, insensible aux tirs de sa cible. Les balles ricochèrent contre la peau mate de Thrak, trouant ses vêtements sans lui faire le moindre mal. La peur se lisait dans les yeux du garde quand le géant leva les yeux vers lui.

« Désolé. » lâcha-t-il simplement avant de le pousser avec force du haut de la muraille.

L'homme s'écrasa cinq mètres plus bas. Le bas de son dos heurta un rocher qui sortait du sable, et le colosse entendit un sinistre craquement. La victime poussa un hurlement de douleur, et la culpabilité serra le cœur de Thrak. Malgré tout, le géant sauta à sa suite, se réceptionnant avec lourdeur dans le sable, de l'autre côté du mur. Derrière lui, il entendait les cris des hommes de Kendall, alertés par les tirs, ainsi que les clameurs des hybrides qui approchaient.

« Mes jambes ! Je sens plus mes jambes ! criait le garde qu'il avait poussé.
- C'est pas ce que je voulais... C'est pas ce que je voulais... Je suis désolé...
- Mes jambes, putain ! Salaud ! Salaud ! »

Thrak l'assomma, incapable de supporter ses cris de douleur plus longtemps. Bon sang, qu'avait-il fait ?

« Kate arrive ! Fonce, Thrak, je vais les retenir ! » entendit-il crier Amara de l'autre côté de la barrière.

Avec une grimace, le colosse s'élança dans l'obscurité du désert, priant pour qu'il n'arrive pas trop tard.

~*~
Lyrian marchait depuis déjà quelques temps dans la fraîcheur nocturne. Les nuits avaient beau être froides, dans le désert, il avait l'impression qu'il allait s'embraser spontanément d'un instant à l'autre. Une fièvre vicieuse lui brûlait le front, et il sentait quelque chose s'agiter dans ses entrailles, prêt à sortir à tout moment.

Après l'épisode de l'infirmerie, on les avait ligotés et emmenés au bureau de Kendall. Face au nouveau maire de la colonie, Lyrian avait du se rendre à l'évidence : c'était bien lui qui avait tué cet homme. C'était ses mains qui avaient frappé, ses lèvres qui s'étaient tordues en un sourire malsain au moment d'ôter la vie. Et pourtant, il aurait juré avoir rêvé, il aurait juré avoir été simplement spectateur de ce massacre... comme si, à ce moment-là, un autre que lui contrôlait son corps... le même monstre qui l'avait dominé lors de son affrontement avec le Rhinocorne. La chose qui se tordait en lui était-elle une sorte de parasite, une entité qui prenait possession de lui pour assouvir ses pulsions meurtrières ? Ou bien Lyrian était-il tout simplement fou à lier ?

Kendall avait décrété qu'ils devaient être exécutés. Lyrian avait protesté ; Élise était innocente, elle n'avait porté atteinte à personne. Le quarantenaire chauve ne voulut rien savoir. Il ordonna qu'on leur bande les yeux, et qu'on les emmène loin de la colonie. Méfiant et craintif, il avait réquisitionné plus d'une dizaine d'hommes pour l'escorter, de crainte que les hybrides ne s'attaquent à sa précieuse personne.

Lyrian avait crié de rage jusqu'à ce qu'on le bâillonne. Élise, elle, était restée silencieuse tout du long, comme si elle avait accepté son sort. Lyrian ne comprenait pas sa passivité, et la chose qui s'agitait en lui s'offusquait du manque de combativité de l'infirmière ; comment pouvait-on rester sans rien faire, alors qu'on allait se faire tuer pour un crime que l'on n'a pas commis ?

Depuis combien de temps marchaient-ils dans le sable ? Il n'en savait rien. Il entendait la respiration résignée d'Élise à ses côtés, et celle, plus saccadée, des hommes qui les entouraient. Onze. Il entendait presque leurs cœurs battre. A bien y penser, il les entendait vraiment.

En entendant Kendall ordonner leur exécution, Lyrian, déjà incroyablement perturbé par la scène de l'infirmerie, avait cru que le monde basculait. La panique, la culpabilité, l'envie de supplier, l'envie de tout détruire - il avait été submergé.

Petit à petit, il s'était tu. La peur de la mort, le choc du jugement de Kendall, tout ça avait disparu lentement, refluant dans les profondeurs de son être. Lui qui était d'ordinaire si prompt à l'angoisse et la dépression, il ne ressentait désormais plus la moindre inquiétude. Seule l'exaltation demeurait. Il ne servait à rien de se lamenter ; l'anxiété lui était inutile. Elle l'empêchait de déployer toute sa puissance. Seule comptait la rage de vaincre, l'envie de dominer ces humains insignifiants.

Il avait l'impression d'être dans un état second, comme s'il s'était plongé dans une transe furieuse, et que ce n'était pas lui qui marchait vers sa mort, mais un autre. L'Autre.

Il allait encore devoir se débrouiller seul. Ce serait encore lui qui allait devoir régler la situation et les sauver ; une fois de plus. Humains, hybrides, ils étaient incapables de se protéger eux-mêmes, de survivre. Pourquoi est-ce qu'il devrait prendre la peine de les aider ? Élise n'avait qu'à mourir, si elle était aussi résignée.

Lyrian interrompit ses réflexions, et l'espace d'un instant, il réussit à sortir de sa torpeur languissante pour reprendre le contrôle de ses pensées. C'était vraiment lui qui venait de penser ça ? Qu'est-ce que... Non... Il n'était pas une bête enragée...

Mais rapidement, ses protestations silencieuses s'effacèrent, pour finir par disparaître complètement, et une autre personnalité prit le dessus.

L'Autre se concentra et repoussa Lyrian, l'enfermant au plus profond de son être. Il sentait la rage pulser en lui. L'espace d'un instant, il eut envie de hurler, d'exploser, de tous les tuer. Il pouvait le faire. Il était suffisamment puissant. Plus puissant qu'eux tous. Il le savait.

« On est assez loin, ça ira. » déclara soudain Kendall, haletant.

Leur escorte s'arrêta. L'Autre entendait leur souffle s'accélérer. Il avait beau avoir les yeux bandés, il savait qu'ils le regardaient, comme s'ils s'attendaient à ce qu'il les tue tous d'un instant à l'autre.

Et il allait le faire.

Quelque part, dans un lointain recoin de son esprit, Lyrian protesta. Il essaya de s'opposer à l'Autre, mais ce dernier ricana devant sa faiblesse. Il ne servait à rien de lutter. Seul l'Autre pouvait le sauver. Il était puissant ; il était brutal, rapide, violent - invincible. Il les tuerait tous. Tous.
S'opposer à lui ne mènerait qu'à la mort. La soumission ; voilà la seule chose qu'il restait à faire.

A l'instant où il parvint à cette réalisation, un formidable flot de puissance coula dans ses veines. Il irradiait la force, et un sourire malsain se dessina sur son visage.

« Tuez-les. » ordonna Kendall, mal à l'aise.

Onze coups partirent.

~*~
Thrak courait depuis déjà quelques minutes dans le désert. Les cris qui résonnaient dans le canyon s'étaient estompés lorsqu'il s'en était éloigné. Les hybrides avaient-ils réussi à atteindre les véhicules ?

Pourvu qu'il arrive à temps...

S'élançant de toute la puissance de ses jambes de colosse, l'homme avançait rapidement dans le sable. Autour de lui, le désert était englouti par la pénombre, et les repères semblaient avalés par la noirceur de la nuit, tant et si bien qu'il ne savait même pas s'il allait dans la bonne direction.

Soudain, de multiples coups de feu retentirent, déchirant le silence nocturne. Frappé de stupeur, Thrak s'arrêta. Non... Non...

Il pivota vers ce qui semblait être la direction d'où provenaient les tirs. Non... Il était arrivé trop tard. Kendall les avait exécutés.

Un rire retentit alors, un rire mauvais, profondément inhumain, qui s'éleva dans la nuit comme pour savourer une victoire.

Un frisson d'effroi parcourut l'échine de Thrak.

Ce rire, ce rire suffisant et teinté de folie, c'était celui de Lyrian.