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Apocalyptica de Drayker



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Informations

» Auteur : Drayker - Voir le profil
» Créé le 09/02/2014 à 16:55
» Dernière mise à jour le 03/11/2017 à 14:51

» Mots-clés :   Drame   Présence de poké-humains   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 04 : Lambeaux de monde
Lyrian écarta l'étoffe rouge, et le monde l'avala.

Une foule de sensations, de bruits, d'odeurs et d'impressions l'assaillirent. Le flot de lumière qui déferla sur lui l'aveugla, et il dut s'appuyer sur Lina, debout à ses côtés, pour ne pas chanceler.

« Hé, me claque pas entre les doigts, hein ? » lui fit la jeune fille, mi-moqueuse, mi-inquiète.

L'adolescent battait des paupières à répétition, comme s'il cherchait à évacuer le trop-plein de lumière qui brûlait sa rétine et lui faisait monter les larmes aux yeux, quand, enfin, ces derniers s'habituèrent à la torture que leur infligeait le jour.

Un canyon. Ils étaient dans un canyon. Deux murailles de roche ocre, décharnées et intimidantes, s'élançaient jusqu'au ciel d'un bleu éclatant, encadrant une vallée ensablée. Les parois rocheuses étaient percées de plusieurs alvéoles caverneuses, et des cabanes de bois et de tissu avaient été construites le long de ces murs naturels. Faites de bric et de broc, toutes ces habitations précaires avaient ceci de commun que des étoffes en dissimulaient l'entrée, comme pour l'infirmerie, probablement pour protéger les habitacles de la chaleur infernale qui régnait au dehors.

La grotte de l'infirmerie était à quelques mètres au-dessus du sol ; un promontoire rocheux permettait d'y accéder. La pente était rude et les volutes de sable déposées là par le vent sec rendaient l'escalade légèrement dangereuse.

C'est alors que Lyrian avisa les silhouettes qui déambulaient en contrebas. Des humains, hommes et femmes, qui avançaient en essayant de rester à l'ombre. L'adolescent remarqua également deux ou trois silhouettes encapuchonnées qui progressaient à l'écart des autres, tachant de se faire discrètes.

« Viens, suis-moi. Surtout, évite de dévisager tout le monde comme des attractions de foire, hein ?
- Des quoi.. ?
- T'occupe, viens. Gaffe à la descente. »

Lina dévala prudemment la pente, entraînant le garçon avec elle. Ce dernier manqua de tomber, le sable crissant sous les chaussures qu'Élise lui avait fourni la veille, en même temps que des habits plus « normaux » que sa combinaison de laboratoire.

Les deux jeunes gens se réfugièrent à l'ombre, assaillis par la chaleur du soleil. Loin au-dessus de leurs têtes, une ombre volait, rugissant de temps en temps.

« C'est un Guériaigle. On a quelques Dresseurs, ici. Ceux qui ont des Pokémon volants leur ordonnent de monter la garde, expliqua la jeune fille, répondant à la question muette de son compagnon.
- Pour quoi faire ? interrogea Lyrian.
- On a eu... quelques problèmes.
- Tu m'expliques ?
- Thrak va s'en charger. » répliqua simplement Lina.

Lyrian avait beau regarder aussi loin qu'il le pouvait devant lui, il n'arrivait pas à voir la fin du canyon. La vallée semblait se prolonger à l'infini, même si le campement de fortune des survivants ne s'étendait pas sur plus de trois cent mètres. Les cabanes se raréfiaient pour finir par disparaître petit à petit, laissant la place à un mur de roche, de planches et de caisses, qui marquait la fin du camp.

« C'est quoi, là-bas ?
- Le mur de garde. C'est là qu'on va. »

L'adolescent ne poussa pas plus loin et tourna la tête. Dans son dos, les deux murailles de roche se rejoignaient brutalement, et le canyon venait mourir en une impasse irrégulière, assurant les arrières du campement.

Le garçon inspectait également les autres passants autour d'eux, aussi discrètement que possible. Il avait oublié à quel point la race humaine était diversifiée. Malgré tout, tous ces marcheurs paraissaient fatigués, comme las de leur vie actuelle, ou bien même nostalgique d'une vie antérieure.
Quelques-uns lancèrent des regards suspicieux à Lyrian, qui cessa aussitôt de les dévisager, préférant reprendre sa contemplation du Guériaigle qui volait là-haut, simple ombre noire se découpant sur le soleil aveuglant.

Finalement, le duo parvint jusqu'au mur. Au fur et à mesure qu'ils s'en étaient rapprochés, Lyrian avait discernés deux silhouettes qui se tenaient en haut, deux ombres masculines, vêtues pour se protéger du vent et du sable, qui, postées là en guise de sentinelles, portaient en bandoulière d'étranges instruments noirs et effilés.

« Qu'est-ce qu'ils portent ? murmura Lyrian en approchant.
- T'es sérieux ? Tu reconnais pas des flingues quand t'en vois ? fit Lina, ébahie.
- Des... flingues ?
- Des armes. Des fusils. Des pistolets. Ce genre de truc, quoi.
- A quoi est-ce que... ça sert ?
- Nous défendre. Ou tuer. Souvent les deux. »

L'adolescent en resta bouche bée. Les humains se tuaient entre eux ? Pourquoi ? Il voulut continuer à interroger Lina, mais la jeune fille le prit de cours en haranguant de loin l'un des deux gardes sur le mur.

« Hé, Joshua ! »

La sentinelle de droite, à peu près aussi grande que les deux adolescents, se retourna en grommelant. Après un bref signe de tête à son collègue, elle sauta du mur et se reçut doucement dans le sable, avant de marcher tranquillement vers Lina, le canon de son arme pointé vers le sol. Il s'agissait d'un garçon, visiblement à peu près aussi jeune qu'eux deux. Encapuchonné dans une étoffe délavée par le soleil, il transpirait à grosses gouttes, probablement exposé depuis longtemps au soleil de plomb qui régnait sur le monde.

« Qu'est-ce que tu veux, Lina ? Et c'est qui, le... Merde, c'est le cadavre du désert ! s'exclama le nouvel arrivant en raffermissant la prise sur son arme.
- Oh, tu te calmes, ok ?
- Sinon quoi ? Tu me files une baffe, comme la semaine dernière ? Thrak sera pas là pour te sauver les miches, cette fois.
- Ferme-la, Joshua.. T'es chiant à râler sur ces pauvres gens.
- Pauvres gens ? C'est des putain de monstres ! Regarde-le ! Y'a une semaine, il crevait dans le désert, les jambes pétées, et là il se balade tranquillement debout !
- J'ai un nom. » lâcha Lyrian d'une voix blanche.

Le dénommé Joshua s'interrompit et regarda l'adolescent. Visiblement, il ne s'était même pas attendu à que ce dernier parle.

« Ah ouais ? C'est cool. J'en ai rien à carrer, tu sais.
- Laisse tomber, Lyrian. Joshua, où est Thrak ? J'pensais qu'il serait près du mur. On doit aller le voir.
- Pourquoi je te le dirai ?
- Putain, ce que t'es con, quand tu t'y mets... soupira Lina, poings sur les hanches.
- Une clope, lâcha alors l'antipathique garçon.
- Quoi ?
- File une clope et je te le dis. »

La jeune fille sortit de sa poche un paquet rouge et blanc que Lyrian l'avait souvent vu ouvrir. Elle lui avait dit qu'il s'agissait de cigarettes. Ce que c'était exactement, l'adolescent l'ignorait, mais Lina avait l'air d'y tenir.

« Tiens.
- Eh bah voilà. Thrak est chez le maire. Mark dit avoir vu des pillards traîner pas loin. Ils sont un peu tendus.
- Merci. »

Lina attrapa fermement le bras de Lyrian et tourna les talons, marmonnant un vague « connard », tandis que Joshua les regardait partir d'un air narquois.

Une fois que leur informateur malgré lui eût tourné les talons pour reprendre sa garde sur le mur, Lyrian, laissé perplexe par l'atmosphère électrifiée de l'échange, se risqua à assaillir Lina de questions - à nouveau.

« D'où vient sa rage ? Je ne lui ai rien fait.
- Beaucoup d'humains ici ont des problèmes avec les... gens comme toi. Joshua est un con de base, mais il a de quoi être en colère. Et encore, là, il était doux comme un Chevroum, répondit simplement la jeune fille en l'entraînant en arrière, loin du mur.
- Comment ça ?
- Lui et sa petite sœur sont arrivés au campement alors qu'on n'était qu'une dizaine. Je te raconterai nos débuts, un jour.
- Et donc ?
- Un évadé de laboratoire a pété les plombs. On l'avait recueilli, c'était un rescapé, comme toi, mais il a perdu la tête. Il s'en est pris à tout le monde. La sœur de Joshua y est passée. Depuis, ce mec déteste les gens comme toi. Il a bien failli te laisser crever, quand on t'a trouvé dans le désert, et si Thrak n'avait pas été là pour le faire taire... »

Lyrian plissa les yeux. Il eut à nouveau envie de questionner Lina sur le laboratoire, sur ce qu'il était exactement, mais savait très bien qu'elle lui dirait d'attendre les réponses de Thrak. Alors, l'adolescent se tut, tandis qu'ils marchaient sous le soleil cuisant.

Soudain, Lina tourna à gauche et se dirigea vers une grotte dont l'entrée était obstruée par deux rideaux noirs. D'un geste, elle écarta l'étoffe et fit signe à Lyrian d'entrer.

Le garçon pénétra dans la caverne, talonné par sa camarade. L'intérieur était relativement spacieux. Un bureau poussiéreux se dressait devant le garçon, encadré d'un fauteuil luxueux destiné à son propriétaire, et de deux chaises sobres pour les visiteurs.
Les murs de la grotte étaient couverts d'étagères remplies de livres, certains très abîmés. Qui que soit l'occupant des lieux, il avait visiblement une soif inextinguible de savoir.
A l'extrémité gauche de la grotte s'ouvrait une alcôve menant à une autre pièce, elle aussi cachée par un voile noir, où l'adolescent entendait plusieurs voix.

« Thrak ! C'est Lina ! » s'exclama Lina.

Les voix se turent. Puis, le rideau s'écarta, laissant entrer deux hommes.

Le premier était un véritable colosse. Le teint mat, les cheveux noirs coupés courts, il émanait une aura de force qui surprit Lyrian. Son tee-shirt, sans manches, révélait des bras suffisamment musclés pour tordre la nuque de n'importe qui. Haut de près de deux mètres, il fixait sur l'adolescent un regard puissant et inquisiteur.

En comparaison, l'homme à côté, pourtant de taille respectable, paraissait ridiculement petit. Mince, les cheveux poivre et sel et le visage marqué par l'inquiétude, il avait l'air de quelqu'un que le poids des responsabilités écrasait lentement mais sûrement. Il paraissait avoir trop vécu, comme s'il avait récemment vieilli en accéléré. Son uniforme, constitué d'un veston noir et d'un pantalon assorti, était sali par la poussière ocre qui tombait parfois du plafond.

« Alors le voilà. » fit le colosse d'une voix profonde.

Lyrian le reconnut immédiatement. Thrak. L'homme à la voix rauque, celui qui avait pris la décision de le sauver dans le désert.

« Thrak, m'sieur le maire. Je vous amène le dernier arrivant, le présenta Lina.
- On m'avait prévenu. Lyrian, c'est bien ça ? demanda l'homme aux cheveux poivre et sel.
- Oui.
- Enchanté. Je suis Andrew Shepherd, le maire de cette petite communauté, et voici Thrak. Prenez une chaise, tous les deux. »

Les deux jeunes gens s'assirent en même temps que le maire, tandis que le géant à la peau sombre croisait les bras, s'adossant à la paroi rocailleuse de la pièce, silencieux. Lyrian avait la désagréable sensation que le colosse l'examinait sous toutes les coutures, comme s'il cherchait à déterminer s'il avait eu raison de le sauver.

« Alors, Lyrian, j'imagine que tu dois avoir beaucoup de questions, commença le maire en joignant ses mains sur le bureau. Par où veux-tu commencer ? »
- ... Qu'est-ce qui est arrivé au monde ? »

Andrew eut un sourire qui n'avait rien d'amusé. L'espace d'un instant, ses épaules s'affaissèrent, comme si le poids de la calamité qui avait ravagé l'univers s'appesantissait sur lui, et il parut encore plus vieux.

« Tu n'as aucun souvenir, à ce qu'on m'a dit ?
- Non.
- Te voilà bien chanceux... J'envie ceux qui ont perdu la mémoire, comme toi. Ce qu'on n'a jamais connu ne peut pas nous manquer. » regretta l'homme aux cheveux grisonnants.

Voyant que Lyrian demeurait muet, l'homme se leva de sa chaise et se mit à faire les cents pas. Il se frottait les mains distraitement, comme s'il cherchait à se polir les paumes, l'air de vouloir mettre de l'ordre dans ses pensées, se préparant à conter la fin d'un monde tout entier.

« La vérité, c'est que personne ne sait ce qui s'est vraiment passé. On a appelé ça le Changement. Le passage de l'ancien monde au nouveau. Je vais te raconter l'histoire, Lyrian. Ce qui s'est passé, de l'apocalypse jusqu'à maintenant. Ce sera long, alors écoutes bien. Ensuite seulement, tu pourras poser d'autres questions. »

L'adolescent acquiesça, toute ouïe. Lina et Thrak s'étaient assombris, et les épaules de la jeune fille s'étaient raidies, comme si elle s'apprêtait à faire face à des souvenirs douloureux.

« Bien. Alors laisse-moi te conter la fin d'un monde... »