[L] Le méchant de l'histoire
Les larmes me montent aux yeux sans que je puisse les réprimer. Je reste figée, incapable de détacher mes yeux de la silhouette qui se dresse au seuil de l'arène.
Thomas.
Il est bien réel. Son sweat à capuche noir, ses mains dans les poches, son air presque désinvolte... C'est comme si sa chute dans le gouffre n'avait été qu'un mauvais rêve.
Je voudrais courir jusqu'à lui, le serrer contre moi et partir le plus loin possible. Mais mes pieds refusent de bouger, cloués au sol par le tumulte d'émotions qui se bousculent dans ma poitrine.
– Salut, Lucille... me souffle-t-il avec une douceur étonnante. Désolé pour le retard.
Il me lance un regard complice avant de reporter toute son attention sur Michael.
Ce dernier s'est figé. Son regard, habituellement indéchiffrable, se trouble l'espace d'un instant. Ses poings se crispent le long de son corps, comme si la simple apparition de Thomas menaçait de faire éclater la façade qu'il s'efforçait de maintenir jusque-là.
– Tu as survécu... dit-il d'une voix blanche.
Un mince sourire se dessine sur les lèvres de Thomas.
– Ça n'a pas été facile... répond-il d'un ton léger. Tes hommes se sont quand même donné beaucoup de mal pour faire s'effondrer ce qu'il reste de la caverne.
Je fronce les sourcils sans comprendre. Mon ami accuserait-il son propre frère d'avoir essayé de le tuer ?
– Dégage de là... ordonne le Maître à l'adresse de son employé.
Ce dernier prend ses jambes à son cou sans demander son reste.
Michael n'avait pas hésité une seconde à mobiliser ses équipes pour porter secours à Thomas. Des éboulements s'étaient déjà produits au cours de notre fuite – il est donc logique que ses subalternes aient eu recours à des explosifs pour déblayer le passage et ainsi faciliter les recherches.
Je m'attends donc à ce qu'il se défende et fasse appel au bon sens de son frère, mais il se contente de l'observer avec un regard méprisant.
– Ce n'est pas possible... je murmure avec effroi.
Thomas traverse lentement la passerelle pour venir se placer à mes côtés. Mon ami me semblait décontracté quelques instants plus tôt, mais l'atmosphère est bien plus lourde à présent.
– Laisse-moi te raconter une histoire... lance-t-il avec un air sombre. L'histoire d'une famille pourrie jusqu'à la moelle. L'histoire de la très noble famille Gray.
– Je t'interdis de...
Michael porte une main à sa ceinture, mais son geste est brusquement interrompu, comme si une force invisible le maintenait immobile.
– Notre père était l'un des hommes les plus riches et les plus influents de la région de Kannon... poursuit mon ami comme si de rien n'était. Une région connue pour sa particularité : celle d'abriter des Pokémon d'une couleur inhabituelle.
– Les Pokémon chromatiques... j'acquiesce en plissant les yeux.
– Tout à fait. Ils ne courent pas les rues, évidemment, mais une bonne partie de la population peut se vanter d'en avoir aperçu au moins un au cours de sa vie.
Je reste silencieuse, ne sachant pas où Thomas veut en venir. Mes yeux sont toujours rivés sur Michael, dont les mouvements sont encore entravés. Écouter le récit de son frère semble être sa seule et unique option.
– Il y a quinze ans, certains chercheurs ont observé une augmentation anormale du nombre de Pokémon chromatiques dans la région de Kannon... continue mon ami sur le ton de la conversation. Ainsi qu'une augmentation significative des admissions dans les Centres Pokémon pour des raisons encore inédites : dépigmentation de la peau, troubles du comportement, malformations physiques... Et c'est dans ce contexte confus que notre cher père a délocalisé son entreprise, puis forcé sa famille à déménager en Arkephyr.
L'arrestation de Silas Gray me revient alors en tête. Se peut-il que Thomas ait livré son propre père aux forces de l'ordre ? Qu'a-t-il bien pu faire pour terminer derrière les barreaux ? Et pourquoi maintenant ?
– Au même moment, une jeune femme quittait malgré elle son mari et sa petite fille pour accomplir la volonté d'un petit Pokémon venu trouver refuge auprès d'elle... déclare mon ami en me lançant un bref regard. Mew.
Je sens mon cœur s'emballer dans ma poitrine. J'ai entendu bien des choses au sujet de ma mère, mais j'ai le sentiment que Thomas détient une vérité qui m'était jusqu'alors inaccessible.
– Cette jeune maman n'était guidée que par une seule instruction donnée par le Pokémon fabuleux : « Sauve-moi ». Une requête simple, pure et infiniment puissante qui a conditionné absolument toutes les actions de cette femme jusqu'à la fin de sa vie.
Une sensation de froid glacial envahit mon corps. Les révélations de mon ami me semblent surréalistes, mais je suis pourtant certaine qu'il ne ment pas. Thomas a trop souffert à cause de ma mère. Il ne prendrait pas sa défense sans avoir une excellente raison de le faire.
– Ça n'a pas le moindre sens, n'est-ce pas ? murmure mon ami en écho à mes propres pensées. Marianne a été conditionnée pour n'obéir qu'à un seul ordre : sauver Mew. Et qu'a-t-elle fait en retour ? Elle a fondé la plus grande organisation criminelle de la région, a mené des expériences horribles sur des centaines de Pokémon, et n'a pas hésité à sacrifier des dizaines de vies humaines.
Thomas secoue doucement la tête sans quitter son frère des yeux.
– Plus étonnant encore : comment une jeune femme issue d'un milieu modeste aurait-elle pu financer des projets aussi coûteux ? Il lui aurait fallu réunir une somme d'argent astronomique. Et comment aurait-elle pu avoir l'idée de mener des expériences aussi extrêmes pour espérer venir en aide au petit Pokémon fabuleux ?
Je crois que je commence à comprendre.
– Un mécène... je souffle avec incrédulité. Elle a trouvé un généreux mécène qui l'a manipulée.
Je ne vois pas d'autre explication possible. Quelqu'un s'est approché de ma mère et lui a promis de l'aider à sauver Mew.
Et je pense savoir de qui il s'agit.
– C'est exactement ce qui s'est passé... confirme mon ami d'un ton grave. Silas Gray a vu en Marianne un diamant brut qu'il pouvait polir à sa convenance. La Team Fusion serait la couverture parfaite qui allait lui permettre de conduire ses expériences sans prendre le risque de s'exposer. Il connaissait l'existence de Mew et du conditionnement mental qui affligeait ta mère, et il s'en est servi pour accomplir ses propres desseins.
Je sens ma gorge se serrer. Une chose est claire au milieu de ce chaos : Maman n'était pas un monstre. Elle a été enchaînée malgré elle par l'injonction de Mew, conditionnée à agir dans le seul but de le sauver. Silas Gray a exploité cette faille. C'est lui qui a déformé cette volonté pure pour la plier à ses propres ambitions.
Une rage sourde monte en moi. Ce n'est donc pas Maman la vraie coupable. C'est lui. Cet homme dont je n'avais entendu parler qu'une fois ou deux, et qui s'est fait arrêter juste sous mes yeux. L'homme qui a brisé ma famille... et la sienne par ricochet.
Je déglutis avec peine et tourne les yeux vers Michael. Le Maître de la Ligue Pokémon se tient toujours droit, prisonnier de la force invisible qui le retient, mais son visage ne trahit aucune forme d'indignation.
Aucune forme de regret.
– Dis-moi que tu n'as rien à voir là-dedans... je le supplie d'une voix tremblante.
L'idée me glace. Michael ne serait pas seulement le fils de Silas Gray, mais son héritier.
– Oui... renchérit Thomas en plantant son regard dans celui de son frère. Dis-nous tout, cher Maître.
Michael bouge brusquement son bras droit. Il semble d'abord surpris par son geste, puis réalise bien assez vite qu'il a retrouvé sa liberté de mouvement. Il porte alors sa main à sa ceinture et dégaine un pistolet qu'il pointe sur la poitrine de son frère.
– ARRÊTE ! je crie avec effroi.
Ses doigts tremblent sur la gâchette. Mais le coup ne part pas. Retenue une fois encore par cette mystérieuse force invisible, sa main s'immobilise net, la veine de son poignet gonflée sous l'effort.
– Espèce de...
Un frisson parcourt mon échine. Cette énergie... je la sens partout autour de nous, comme une aura légère, vibrante, qui fait danser l'air.
Puis, sous nos yeux, la lumière se condense. Un éclat rosé jaillit dans le vide, s'arrondit, prend forme.
Mew.
Le petit Pokémon légendaire flotte nonchalamment devant Michael, sa queue ondulant comme un ruban. Il penche la tête de côté, ses grands yeux brillants reflétant une malice presque enfantine. Puis il pousse un petit rire clair, cristallin, qui résonne dans toute l'arène.
Ce n'est pas un rire cruel. Ce n'est pas non plus un rire triomphant. Il s'agit d'un rire moqueur, presque taquin, comme pour se jouer de la colère et des menaces de celui qui lui fait face.
Michael serre les dents d'un air livide.
– Toi... crache-t-il avec mépris.
Mew tourne doucement sur lui-même dans les airs, puis s'approche au point de frôler le canon du pistolet. Ses yeux se plissent comme s'il se moquait ouvertement de l'arme, avant qu'il ne lâche un nouveau rire sonore, léger comme une clochette.
Je retiens mon souffle, incapable de détacher mes yeux de cette soudaine apparition.
C'est lui. Le Pokémon que ma mère a protégé au prix de sa propre vie. Le Pokémon qui a détruit ma famille et qui, pourtant, n'a pas l'air de mesurer la gravité de ce qui est en train de se jouer.
Thomas s'avance d'un pas mesuré vers son frère, puis arrache d'un coup sec le pendentif qui orne son cou.
– J'aimerais que tu nous dises en détail quel rôle tu as joué dans le plan de notre père... demande-t-il d'une voix étonnamment calme.
Michael observe son frère avec un regard vide. Toute trace de mépris a disparu de ses yeux, et je devine qu'il est – comme ma mère autrefois – sous l'emprise totale de Mew.
– Je travaille avec Papa depuis le début... déclare-t-il d'une voix monotone. C'est la raison pour laquelle je suis parti en voyage initiatique, il y a dix ans.
Thomas hoche brièvement la tête. Son visage reste de marbre, mais je me doute bien qu'il s'efforce de contenir ses émotions.
– Continue.
– Papa avait découvert le moyen de transformer les Pokémon normaux dans leur version chromatique... explique Michael en toute docilité. Mais le processus était encore instable, et il avait besoin de recueillir des données sur le terrain. C'est la raison pour laquelle il m'a demandé de lui rapporter des spécimens rares.
Je réprime une grimace de dégoût. Quelle personne saine d'esprit accepterait de livrer de pauvres créatures innocentes à de telles expériences ?
– Les Pokémon de type Dragon... devine Thomas.
Le Maître acquiesce.
– Papa n'avait pas prévu que tu m'accompagnerais. Il m'a interdit de te mettre dans la confidence – il disait que tu ne pourrais pas comprendre. Je m'absentais donc plusieurs jours en prétextant rechercher la perle rare. Dès que je trouvais un Pokémon intéressant, je le transférais au laboratoire secret de Papa. Parfois, le sujet ne revenait jamais. Mais quand l'expérience se révélait concluante, les chercheurs me renvoyaient le Pokémon dans sa version chromatique.
Je serre les poings si fort que je sens mes ongles s'enfoncer sous ma peau.
Ce garçon me dégoûte profondément. À la place de Thomas, je lui en aurais sans doute déjà collé une. Mais j'ai le sentiment que nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Loin de là.
– Ma mission devenait de plus en plus difficile... continue Michael d'une voix blanche. Tu avais insisté pour que Juliette nous accompagne, et elle ne me faisait pas entièrement confiance. Quand j'ai dit à Papa que tu avais découvert un laboratoire secret dans le sous-sol de Lunapolis, il s'est mis à paniquer. Il m'a fait parvenir des colliers munis de labradorites pour nous protéger des capacités psychiques, et m'a demandé de tout faire pour que tu oublies cette histoire et te concentres sur autre chose.
– La Ligue Pokémon... murmure mon ami d'une voix légèrement tremblante. Juliette.
Michael hoche mécaniquement la tête.
– Tu avais un don avec les Pokémon... dit-il d'une voix plate. Et cette fille était follement amoureuse de toi. J'ai pensé que ce serait suffisant. Que tu finirais par te concentrer sur ta carrière de dresseur et ta relation de couple sans te soucier du reste. Mais lorsque tu as quitté le Mont Aurora avec Juliette, la veille de la finale de la Ligue Pokémon, j'ai tout de suite compris ce que tu avais l'intention de faire.
Je connais la suite. Thomas et Juliette ont infiltré le centre commercial de Lunapolis pour tenter de sauver les Pokémon prisonniers et faire sauter le laboratoire. Le lieu était supposé être désert à ce moment-là.
Sauf que ce n'était pas le cas.
– Papa ne m'a pas dit ce qu'il comptait faire, lorsque je l'ai prévenu... précise le dresseur de dragons. Je ne savais pas qu'il ferait ouvrir le centre commercial pour vous tendre un piège, à Juliette et toi. Je ne savais pas qu'il chercherait à te faire passer pour un criminel.
Silas Gray ne s'est pas loupé. La destruction du centre commercial est encore, à ce jour, considérée comme l'acte terroriste le plus grave de l'histoire d'Arkephyr. L'explosion, qui aurait dû ravager le laboratoire sans faire de victimes, a finalement causé la mort de trente-cinq personnes innocentes.
– Je rêvais de t'affronter en finale... poursuit Michael comme si de rien n'était. Je voulais prouver à Papa que je n'étais pas juste un bon petit soldat. Je voulais lui prouver que j'étais meilleur que toi. Mais il a tout gâché. J'ai reçu le titre de Maître Pokémon, puis j'ai sombré dans une longue phase de dépression.
Je laisse malgré moi échapper un petit rire nerveux. Le pauvre chouchou a déprimé parce qu'il n'a pas pu disputer le match de ses rêves contre son frère. Mais qu'en est-il de toutes ces familles qui ont été détruites par sa faute ? Ces vies perdues pèsent-elles seulement sur sa conscience ?
Michael est tout autant responsable que sa pourriture de père.
– Ne t'arrête donc pas en si bon chemin... l'encourage Thomas sur le ton de la conversation. Que s'est-il passé ensuite ?
Le dresseur de dragons cligne plusieurs fois des yeux avant de reprendre son récit.
– Papa m'a demandé de disparaître de la circulation... répond-il sans trahir la moindre émotion. Il a financé la création d'un complexe souterrain où je pourrais rester caché pendant plusieurs années.
– Le Repaire... devine mon ami en plissant les yeux.
Michael acquiesce.
– Cet idiot m'a laissé carte blanche. C'était sans aucun doute sa plus grosse erreur.
Thomas fronce légèrement les sourcils.
– Que veux-tu dire par là ?
– Les résultats de ses expériences sur les Pokémon chromatiques étaient prometteurs... explique-t-il d'une voix neutre. Papa était pressé de passer à la dernière phase du projet : convertir des Pokémon légendaires. Mais il ne savait pas où les trouver.
– Et toi si ?
Le Maître hoche lentement la tête en conservant un visage impassible.
– J'ai utilisé l'argent de notre père pour employer les meilleurs hackers de la région et pirater les serveurs de GrayTech Industries... déclare-t-il sans sourciller. C'est ainsi que j'ai découvert l'existence de Marianne et de Mew. Leur localisation n'était pas connue. Mais si cette femme avait réussi à capturer un Pokémon légendaire, alors elle savait peut-être comment en trouver d'autres.
– Tu as donc voulu partir à sa recherche... je devine en crispant la mâchoire.
– J'ai dépensé des centaines de milliers de Pokédollars pour la retrouver. Et il m'a fallu près de quatre ans pour y parvenir. Cette femme avait une maison dans la Forêt d'Obscurance, mais il était presque impossible de s'y rendre sans y être invité. Elle avait un Pokémon capable de modifier la topographie des environs. Lorsque je me suis approché de son domicile...
Michael marque une pause avant de poursuivre.
– Je me suis retrouvé face à une dizaine de Pokémon légendaires. J'ai lancé une Pokéball sur l'un d'entre eux, mais la capsule ne s'est jamais ouverte. Ils appartenaient déjà tous à une dresseuse. Et ils étaient beaucoup trop forts pour moi.
– Mais j'imagine que ça ne t'a pas découragé pour autant... intervient Thomas.
Le dresseur de dragons secoue la tête.
– J'ai tout de suite compris que Marianne possédait un pouvoir : celui d'attirer à elle les Pokémon légendaires. J'ai donc cherché un moyen de m'emparer de ce pouvoir pour devancer Papa. J'ai détourné les fonds alloués à la Ligue Pokémon pour développer le Repaire, tout en conservant mon titre de Maître pour ne pas perdre mes privilèges. J'ai également découvert que Juliette avait survécu à l'explosion du centre commercial – je me suis donc entiché de sa petite sœur pour m'attirer les faveurs de Giovanni.
– Tu n'es qu'un sombre salaud... je lâche, incapable de contenir mon dégoût plus longtemps.
Je n'arrive pas à croire que Michael soit le méchant de l'histoire. J'ai passé des journées entières à ses côtés. Il aurait très bien pu s'en prendre à moi. Pourquoi n'a-t-il rien fait ?
Thomas désarme prudemment son frère et fait glisser le pistolet en direction de la passerelle.
– Alors c'est toi qui as tué Alice ? demande-t-il d'une voix tendue.
Michael répond sans ciller.
– Oui. Quand sa sœur est rentrée de Kanto, avec des informations inédites sur Mew, elle a mené l'enquête de son côté et a fini par découvrir une chose que j'ignorais moi-même : notre père a supervisé les expériences qui ont mené à la dégénérescence du Pokémon fabuleux.
– Tu l'as donc réduite au silence... conclut Thomas. Tu as fait exploser son arène.
Je ne sais pas comment fait mon ami pour conserver son sang-froid. Son regard est assassin, mais il se tient droit et ne montre aucun signe d'agressivité.
Michael serait bien incapable de ressentir son hostilité dans son état actuel.
– Et puis tu as annoncé le retour triomphant de l'Étoile d'Arkephyr à la télévision... rappelle mon ami avec une moue songeuse. Tu voulais attirer Marianne ?
Le Maître acquiesce une nouvelle fois.
– Je savais qu'elle cherchait désespérément un moyen de sauver Mew... répond-il avec un air morne. Jirachi était sa meilleure chance d'y parvenir. J'ai donc réuni toutes les conditions pour assurer la venue du petit Pokémon : le pouvoir unique de Marianne, les héritiers du cirque, et assez de monde pour faire diversion au moment où Jirachi apparaîtrait.
– Malheureusement pour toi, les choses ne se sont pas passées comme prévu... commente Thomas. Marianne est venue accompagnée de ses Pokémon légendaires.
– J'avais prévu cette éventualité. Je savais que tu serais là pour les affronter, et j'avais envoyé une invitation à Elyndia en sachant qu'elle se joindrait au combat pour protéger les habitants d'Iral. Mais je n'avais pas imaginé que Juliette irait confronter Marianne.
Je retiens un instant mon souffle et fixe Michael avec intensité. C'est ce soir-là que ma mère a perdu la vie, mais Thomas ne m'a donné aucun détail.
Mon ami m'a d'ailleurs assuré qu'il n'était pas là au moment des faits.
– Qu'as-tu fait ? lui demande-t-il d'une voix dure.
Le dresseur de dragons conserve un visage impassible et reprend tranquillement son récit.
– J'ai profité d'un moment d'inattention pour attaquer Marianne. Mon Dracolosse l'a complètement pulvérisée avec sa capacité Chaos Draconique. J'ai ensuite essayé de capturer Mew en utilisant une Master Ball, mais j'ai été repoussé par ton Ectoplasma qui...
Je n'entends pas la suite.
Un voile rouge s'abat devant mes yeux. Mes jambes bougent toutes seules, et mon corps s'élance en avant. Mon poing vient alors percuter avec violence le visage de Michael.
Un craquement sinistre retentit sous l'impact de mon coup. Le Maître bascule d'un pas en arrière, un filet de sang s'écoulant de son nez.
– Salaud ! je hurle, la gorge déchirée par la rage.
Je halète, tremblante, incapable de retenir les larmes qui m'aveuglent.
– C'était ma mère ! Ma mère... Et toi tu...
Les mots refusent de franchir mes lèvres. Mes pensées se brouillent dans mon esprit. La douleur prend vite le relais. La douleur, et le vide.
Michael cligne des yeux à plusieurs reprises et laisse apparaître, pour la première fois depuis le début de ses aveux, un air de totale incompréhension.
Il n'est plus soumis au contrôle mental de Mew.
– Je te propose un petit pari en souvenir de notre dernière rencontre... déclare alors Thomas d'une voix doucereuse. Si je remporte la victoire, tu devras te livrer aux autorités et payer pour les crimes que tu as commis.
Le Maître lance alors un regard mauvais à son frère en essuyant du revers de la main le sang qui s'écoule de son visage.
– Et si c'est moi qui gagne ?
Mon ami esquisse un sourire mauvais.
– Il y a bien une chose que je ne peux pas t'enlever, mon cher frère... répond-il en décrochant une première Pokéball de sa ceinture. Tu as toujours eu beaucoup plus d'humour que moi.