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Pokémon : L'Étoile d'Arkephyr de Arkephyr



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Informations

» Auteur : Arkephyr - Voir le profil
» Créé le 20/12/2025 à 22:21
» Dernière mise à jour le 20/12/2025 à 22:21

» Mots-clés :   Aventure   Drame   Région inventée   Romance

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[L] Derrière les barreaux
Dracolosse fend l’air d’un vol régulier au-dessus des champs. Je garde les mains serrées autour de la taille de Michael, laissant mes pensées dériver loin derrière nous.

Des cultures jaunies par le soleil. Des bosquets clairsemés. Des routes de campagne qui serpentent entre de vieux murets de pierre. Ces paysages, je les ai parcourus à pied lorsque j’ai entamé mon voyage initiatique.

Si on m’avait dit un jour ce qui m’attendait, j’aurais probablement fait demi-tour en abandonnant mon rêve de devenir une grande dresseuse.

– Tu n’as pas dit un mot depuis qu’on a décollé… me fait remarquer le Maître.

– Je n’aime pas voler… je réplique pour couper court à la conversation.

Depuis notre départ de Solbourg, une chaleur sèche m’accompagne, imprégnée de l’odeur des herbes hautes et de la terre chaude. Les images du jardin de mon père, de ses Pokémon et de son sourire rayonnant se rejouent encore dans mon esprit.

La seule chose qui me retient de le rejoindre, c’est cette foutue mission que m’a confiée Thomas lors de nos retrouvailles.

Aller jusqu’au bout.

Seule.

Michael n’essaie même plus de combler le silence et se contente de guider son Pokémon vers le nord. Jasélia finit enfin par apparaître à l’horizon, blottie entre deux grandes collines verdoyantes. Dracolosse amorce alors sa descente en suivant la route qui mène à la ville. Nous passons au-dessus de petites fermes, de granges à toit rouge, et de jardins potagers soigneusement entretenus.

Nous nous posons sur un terrain dégagé, soulevant un nuage de poussière et d’herbes sèches. Michael saute à terre le premier et se tourne vers moi.

– On passe voir mes parents ? propose-t-il, comme si la question lui venait d’un coup.

Je le regarde en fronçant légèrement les sourcils.

– Tes parents ?

– Ouais. Mon père est en congé. Je me suis dit que tu aimerais voir les autres prototypes sur lesquels il travaille. C’est toujours utile, d’élargir son réseau !

Difficile de lui donner tort. C’est presque mot pour mot le conseil que m’avait donné Papa, avant mon départ de la maison. Mais après mûre réflexion, je m’en serais bien passée.

Je hausse néanmoins les épaules pour donner mon accord. Ce n’était pas vraiment dans mes plans, mais ça aura au moins le mérite de m’occuper l’esprit.

Nous empruntons une rue pavée bordée de maisons aux façades claires et aux volets colorés. Certaines jardinières débordent de fleurs, et quelques passants discutent tranquillement sur le pas de leur porte.

Michael avance d’un pas rapide, comme s’il était pressé de retrouver ses parents. Thomas m’avait dit qu’ils avaient commencé leur voyage initiatique sur une fugue, et que ni son père, ni sa mère n’avaient cherché à le contacter depuis.

Son frère a dû finir par arrondir les angles, mais j’imagine que les dernières années passées à se cacher au Repaire n’ont pas dû faciliter la vie de famille.

C’est seulement lorsque nous nous engageons dans une ruelle plus étroite que je remarque les gyrophares. Deux voitures de police sont garées devant une maison basse aux murs crème. La porte d’entrée est grande ouverte. Des agents en uniforme vont et viennent dans le jardin, parlant à voix basse.

Michael s’arrête net.

– Qu’est-ce que…

Je n’ai pas le temps de poser la moindre question. Deux policiers armés sortent de la maison, encadrant un homme menotté. Ses longs cheveux poivre et sel sont en bataille, et ses vêtements de luxe sont froissés.

Même de loin, la ressemblance avec ses fils est assez frappante.

Cet homme est Silas Gray.

– Hé ! Qu’est-ce que vous faites ?!

Michael bondit en avant. L’un des agents lève alors la main pour le repousser fermement.

– Circulez, monsieur.

– Cet homme est mon père ! rétorque le Maître avec colère. Vous savez qui je suis ? Je ne vous laisserai pas l’embarquer comme ça sans…

– Nous avons un mandat d’arrêt contre lui… le coupe sèchement l’autre policier. Je vous conseille de ne pas faire obstruction.

Je m’approche à mon tour, le cœur battant à tout rompre. Silas Gray garde la tête haute, mais la lueur dans ses yeux bleus est glaciale.

– Qu’est-ce que vous lui reprochez ? insiste Michael, la voix plus tendue. Je suis son fils, j’ai le droit de savoir.

– Vous avez le droit de nous laisser faire notre travail… rétorque l’agent en lâchant un soupir. Vous pourrez toujours lui rendre visite lorsqu’il sera en détention.

Ils font avancer son père vers la voiture. Michael tente encore de les contourner, mais un troisième policier se place aussitôt devant lui, sa main droite sur la ceinture.

Silas se tourne alors vers son fils. Ses traits se durcissent et laissent apparaître une certaine forme de mépris.

– C’est de ta faute si j’en suis là… lâche-t-il d’un air sombre. Tu n’as toujours été qu’un incapable.

Les mots tombent comme un couperet. Michael reste figé, les lèvres entrouvertes, comme si l’air s’était évaporé de ses poumons.

Les policiers referment la portière, et la vitre teintée engloutit le visage de Silas. Quelques secondes plus tard, les moteurs grondent et les voitures s’éloignent, plongeant la ruelle dans le silence le plus total.

Le Maître reste immobile. Ses poings sont serrés. Son regard perdu.

– Michael…

Il m’interrompt d’un geste brusque. Je le vois prendre une profonde inspiration, puis il finit par se radoucir et se tourne vers moi.

– Je dois retourner au Repaire… dit-il simplement. Comprendre ce qui se passe.

Je n’essaie pas de l’en dissuader. Ses histoires de famille ne me regardent en rien, et je n’ai aucune envie de m’y retrouver mêlée de quelque manière que ce soit.

– Reste ici… ajoute-t-il inutilement. Et affronte le dernier champion. On se retrouve à la Ligue.

Sans même attendre ma réponse, il rappelle Dracolosse et décolle presque aussitôt, me laissant seule dans la rue, avec l’écho de cette scène improbable qui vient de se dérouler sous mes yeux.

– Une journée normale pour une fille normale… je soupire en secouant la tête.

Tout cela ne change rien. La chute sans fin de Thomas. La reconversion inattendue de mon père. L’arrestation de Silas Gray. Ce ne sont que des détails dans un plan beaucoup plus vaste.

Un plan que j’ai promis de suivre à la lettre.

Je sors mon smartphone et active le GPS pour retrouver le chemin de l’arène. Je passe devant la vieille boutique délabrée dans laquelle j’ai effectué mon tout premier achat en tant que dresseuse, et mon cœur se serre douloureusement lorsque j’aperçois une pancarte indiquant que l’espace est à vendre.

– Ce n’est pas juste… je souffle, les larmes aux yeux.

J’avais oublié à quel point les infrastructures de la Ligue Pokémon étaient menacées. Michael n’a peut-être jamais cessé de se battre dans l’ombre, mais tous les acteurs de la surface ont vu leur monde s’effondrer progressivement. À de nombreux égards, le Maître est responsable de ce fiasco.

Je me détourne de la vitrine poussiéreuse et traverse enfin la route pour rejoindre le bâtiment de l’arène. Je ne sais pas qui est le champion, ni quels sont les Pokémon qu’il utilise, et ça m’est complètement égal.

Ma mission implique simplement une victoire.

– Je m’appelle Lucille Laurens… je lâche d’une voix traînante en poussant les portes de l’arène. Et je viens vous défier pour…

Je m’interromps brusquement en reconnaissant l’homme qui se tient devant moi. Des cheveux blonds. Une allure de surfeur. Des muscles là où il faut.

– C’est donc toi… dis-je en m’avançant avec prudence. Érik, c’est ça ?

Ma mémoire n’a certes rien d’exceptionnel, mais il est difficile d’oublier l’objet de ses fantasmes – même s’il ne l’est pas resté très longtemps.

– C’est bien ça… confirme-t-il en croisant les bras. J’en déduis que tu as trouvé le courage de traverser la Forêt des Soupirs toute seule.

Je note une pointe de sarcasme dans sa voix. Il fait sans doute référence à l’échange que nous avions eu lors de notre première rencontre, et au cours duquel j’avais essayé de le convaincre de m’accompagner.

C’était à la fois puéril et superficiel.

– Effectivement… je confirme en plongeant mon regard dans le sien. Et j’en déduis que tu t’es bien fichu de moi.

Ce crétin m’avait expliqué pourquoi l’arène était fermée lors de mon premier passage. Il avait laissé entendre que le huitième badge était le plus difficile à obtenir, et que le champion de la ville était le plus fort de tous. Quant à moi, je buvais ses paroles comme une idiote, sans me douter un seul instant qu’il puisse s’agir de lui.

Érik s’avance finalement vers le terrain de combat sans m’accorder le moindre sourire. Son attitude est moins chaleureuse que dans mes souvenirs, mais je suppose que cela fait partie du personnage qu’il incarne.

– Permets-moi de te présenter les termes de notre affrontement… lance-t-il sans détour. Il s’agira d’un combat duo. J’utiliserai deux de mes Pokémon, et tu devras trouver un autre dresseur avec qui combattre. Chacun de vous n’aura droit qu’à un seul Pokémon. Vous n’aurez qu’une seule tentative pour espérer me vaincre et vous qualifier pour la Ligue Pokémon. Une défaite signera l’élimination pure et simple de la compétition.

Je lance un regard incrédule au champion.

– Tu n’es pas sérieux ?

Ses conditions sont surréalistes. Combattre avec un autre dresseur ? Ça ne m’aurait pas posé de problème en temps normal, mais il se trouve que tous mes amis m’ont abandonnée. Mais ce n’est pas ce qui me choque le plus.

– Je croyais que les trois premiers champions étaient les seuls à imposer un nombre d’essais limité à leur challenger… je lâche avec amertume. Que tous les autres se battaient pour redonner à la Ligue Pokémon ses lettres de noblesse. Ce n’est pas ton cas ?

Obtenir ce dernier badge ne devait être qu’une simple formalité. Personne ne s’est donné la peine de me mettre en garde contre cet homme. Alors pourquoi suis-je en train de douter ?

– Ne pourrais-je pas combattre avec deux de mes Pokémon ? je propose en dévoilant ma ceinture de Pokéballs. Ce serait toujours un combat double.

Érik secoue doucement la tête.

– Un Maître doit être capable de travailler en équipe… répond-il d’un ton sans réplique. Il ne fonce pas tête baissée sans se soucier de ce que pensent les autres. Ce défi évalue ta capacité à t’adapter à toutes les situations.

Je pince les lèvres. Sa réponse est recevable, mais elle ne justifie en aucun cas d’imposer une seule et unique tentative.

– Pourquoi disqualifier les challengers à la première défaite ? je demande avec un air indigné. C’est souvent dans l’erreur que l’on apprend le mieux.

Le regard du champion s’assombrit brusquement. De toute évidence, il ne partage pas mon point de vue.

– Vraiment ? dit-il avec un rictus méprisant. Alors dis-moi, Lucille Laurens, qu’est-ce que tu as appris auprès de Thomas Gray ?

Je hausse un sourcil sans comprendre. Je n’avais pas encore fait la rencontre de Thomas lorsque j’ai croisé Érik la première fois, et nous ne nous sommes jamais revus depuis. J’ignore comment il a eu connaissance de mon lien avec mon ami, mais je suis au moins sûre d’une chose : ça ne le regarde absolument pas.

– Tu es jaloux ? je rétorque avec incrédulité. Parce que je suis venue ici pour décrocher un badge, et non pas pour m’attarder sur ma vie sentimentale avec un inconnu égocentrique.

Le champion sort brusquement de ses gonds.

– Thomas Gray est un MEURTRIER ! hurle-t-il avec toute la rage qui l’anime. Un foutu criminel qui a tué des dizaines d’innocents pour servir ses propres desseins ! Et qu’est-ce que j’apprends ? Qu’il a été innocenté parce qu’il luttait contre une organisation criminelle ?

Je me raidis à l’évocation du drame qui a eu lieu une décennie plus tôt. L’explosion du centre commercial de Lunapolis a provoqué la mort de trente-cinq personnes au total. Thomas a lui-même admis en être responsable, mais je sais que c’était plus compliqué que ça.

En revanche, le fait que le champion prenne autant cette histoire à cœur ne peut signifier qu’une chose.

– Tu as perdu un proche ce soir-là… je devine avec horreur.

Le visage d’Érik se tord en une grimace torturée.

– Mon petit frère… lâche-t-il dans un murmure. Mon adorable petit frère a été brûlé vif ce jour-là, à cause de cette pourriture.

La haine qu’il ressent à l’égard de mon ami est si vive qu’elle en est presque palpable. Et s’il m’a aperçue en sa compagnie, je comprends bien qu’il la reporte sur moi. Mais je ne peux pas me permettre d’échouer aussi près du but.

– Qu’est-ce que tu veux ? je demande froidement.

Inutile de prendre des pincettes. Sa douleur comme sa rancœur sont bien trop intenses pour perdre du temps et de l’énergie à le raisonner. Si cet homme a décidé de me mettre des bâtons dans les roues, alors il y a de fortes chances qu’il ait quelque chose derrière la tête.

– Je veux que tu le ramènes ici… gronde-t-il d’un air menaçant. Je veux pouvoir affronter ce salaud ici, dans mon arène, à la régulière. Je veux lui prouver qu’il n’est rien, et que sa place en finale n’était que le fruit de sa chance insolente.

Les pièces du puzzle s’imbriquent enfin dans mon esprit. L’incident de Lunapolis s’est produit la veille de la finale de la Ligue Pokémon. Thomas était supposé affronter son frère Michael, qui a finalement obtenu le titre de Maître Pokémon suite à sa disqualification.

Mais pour en arriver là, mon ami a certainement dû sortir victorieux de sa demi-finale. Érik aurait très bien pu être son adversaire, et sa défaite aurait alors marqué la fin de la compétition pour lui.

S’il avait remporté ce combat, son frère serait sans doute resté dans les alentours pour assister au duel final.

Il ne serait pas rentré à Lunapolis. Il n’aurait jamais mis les pieds dans le centre commercial.

– Tu te sens coupable… je lance d’une voix rauque. De ne pas avoir été assez fort.

Une lueur assassine traverse le regard du champion.

– Je suis devenu bien plus fort que Thomas Gray… crache-t-il avec mépris. Va donc me le chercher et ramène-le ici. Je lui ferai comprendre qu’il n’est rien d’autre qu’un gamin arrogant qui s’est cru meilleur que les autres. Que sa place est derrière les barreaux.

Je plante mes yeux dans les siens et ne bouge pas d’un pouce. Il n’est pas question que je devienne l’instrument de sa vengeance.

– Vaincre Thomas ne ramènera pas ton petit frère.

Le visage d’Érik s’empourpre.

– Comment oses-tu…

– Et tu n’as pas la moindre chance de t’en sortir contre Thomas Gray… enchérit une voix tranchante.

Je me retourne brusquement et me fige de stupeur en reconnaissant la jeune femme qui s’avance dans ma direction. Ses yeux argentés et ses longs cheveux noirs ondulés sont parfaitement identifiables.

Mais pas autant que la cicatrice de brûlure qui zèbre la moitié de son beau visage.

– Je m’appelle Juliette Ombreval… dit-elle avec un sourire suffisant. C’est moi qui ai mené l’attaque sur le centre commercial de Lunapolis aux côtés de Thomas Gray. Moi qui n’ai pas réussi à sauver ton petit frère ce soir-là, lorsque nous avons été pris au piège.

Elle vient enfin se planter à mes côtés et décroche une Pokéball de son collier.

– Moi que tu vas affronter, ici et maintenant, en duo avec Lucille.