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Pokémon : L'Étoile d'Arkephyr de Arkephyr



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Informations

» Auteur : Arkephyr - Voir le profil
» Créé le 29/07/2025 à 10:00
» Dernière mise à jour le 20/12/2025 à 22:15

» Mots-clés :   Aventure   Drame   Région inventée   Romance

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[L] En plein délire
Je cligne des paupières, éblouie par la lumière pâle du matin. Pendant quelques secondes, je ne sais pas où je suis. Ni pourquoi je suis couchée sur des pavés froids, la joue collée contre une pierre fendue.

– Qu’est-ce qui s’est passé ici ? je marmonne en me redressant.

Je regarde autour de moi et constate que je ne suis pas la seule dans cette situation étrange. D’autres personnes émergent doucement, avec la même expression hébétée sur le visage.

– Ça devait être une sacrée soirée…

Autour de moi, le village d’Iral s’étire sous un ciel clair. Les drapeaux colorés de la fête pendent en lambeaux, délavés, agités par une brise tiède. Plus loin, je distingue avec stupeur des maisons éventrées, des toits effondrés. La poussière flotte encore dans l’air, scintillant dans les rayons du soleil.

Est-ce qu’il y a eu… une guerre ?

Voilà que les habitants commencent à s’inquiéter. Certains d’entre eux se précipitent vers leur domicile pour constater l’étendue des dégâts matériels. Car c’est forcément de ça qu’il s’agit, puisqu’il n’y a aucune trace de corps ou de sang dans les environs.

J’essaie quant à moi de me remémorer les événements de la veille. Je suis parvenue à décrocher mon sixième badge, puis j’ai quitté Blastindor pour me rendre à la prochaine arène – celle de Cryslanthos. En chemin, je suis tombée sur ce village plutôt sympa qui annonçait la représentation d’une célèbre troupe de cirque financée par Michael Gray – et par extension la Ligue Pokémon.

Je ne suis pas particulièrement passionnée par les arts du cirque, mais j’avais la certitude de connaître au moins deux des artistes censés se produire sur scène. Ce qui est complètement stupide, puisque je n’ai jamais côtoyé ces gens-là.

Que s’est-il passé ensuite ? Je ne sais plus. Je me souviens vaguement d’une étoile brillant plus fort que les autres dans le ciel. Et puis… c’est tout. Je ne serais pas étonnée d’apprendre qu’il y a eu des substances plus que douteuses dans l’air.

– Lucille ?

Je me retourne et vois Michael s’approcher de moi au pas de course. Il se tient la côte en grimaçant à chaque foulée, et ses cheveux en bataille lui donnent un air un peu fou.

– Où est passé Mew ? demande-t-il en m’attrapant brusquement par les épaules.

Je me raidis en l’observant comme si je le voyais pour la première fois. De toute évidence, le Maître de la Ligue n’est pas dans son état normal.

– Tu… Tu es sûr que ça va ? je demande, inquiète. Tu devrais peut-être…

– Où est Mew ? répète-t-il en renforçant sa poigne, les yeux exorbités.

Ce crétin commence à me faire mal. Lui aussi a dû consommer un certain nombre de substances pendant la fête. Il nage en plein délire.

– Je ne sais absolument pas de quoi tu parles… je réponds calmement. Je te le jure, Michael. Je n’ai jamais vu Mew de ma vie.

Ce dernier ne semble pas me croire et tire sur le haut de mon chemisier, comme pour regarder ce qu’il y a en dessous. Mon poing part machinalement, et un léger craquement se fait entendre lorsqu’il entre en contact avec son nez.

Finalement, je me suis trompée. Il y a bien une trace de sang visible à proximité.

– Tu es vraiment irrécupérable… je soupire avant de réajuster mes vêtements. Tu devrais plutôt essayer de comprendre ce qui s’est passé ici. J’ai l’impression que tout le monde est devenu amnésique.

Je vérifie machinalement que mes Pokéballs sont toujours bien attachées à ma ceinture. Je suis terrifiée à l’idée que quelqu’un puisse profiter d’un moment d’inattention pour me les voler, surtout depuis que je voyage toute seule.

– Amnésique ? rétorque-t-il en essuyant le sang de son nez d’un revers de la main. Tu ne te souviens vraiment de rien ?

Je hausse un sourcil tout en grimaçant de dégoût.

– Pourquoi ? je demande avec un air soupçonneux. Tu te souviens de quelque chose, toi ?

Michael ne me répond pas tout de suite. Il observe d’un air confus les environs avant de reporter son attention sur moi.

– N… Non, je ne me souviens de rien… lâche-t-il enfin en prenant sa tête dans ses mains. Désolé, je crois que j’ai fait un mauvais rêve.

Je plisse les yeux en ayant l’étrange impression qu’il ne me dit pas toute la vérité, mais je m’abstiens de le cuisiner davantage. Si cet idiot me cache des choses, je finirai bien par les découvrir d’une manière ou d’une autre.

De puissants battements d’ailes attirent alors mon attention. La silhouette familière d’un grand Dracaufeu émerge alors dans la lumière du contre-jour. Mon cœur s’emballe lorsque j’aperçois Thomas, mais je déchante très vite lorsque je remarque qu’il est accompagné d’une autre fille.

Il ne lui aura pas fallu beaucoup de temps pour me remplacer.

– Tout va bien ? demande-t-il en posant un pied à terre avant de s’avancer vers son frère. On s’est réveillés sur le plateau. Il y a un cratère énorme au milieu. Tu as une idée de ce qui s’est passé ?

Michael empoigne le haut du tee-shirt de Thomas et le tire comme il l’a fait avec mon chemisier, puis il attire son frère contre lui pour le serrer dans ses bras.

– Non… répond-il d’une voix rauque. Mais je suis content que vous n’ayez rien.

Il se tourne vers la jeune femme mais n’ose pas poser les doigts sur elle. Je remarque que la moitié de son visage est marquée par des cicatrices de brûlure, mais cela ne gâche en rien sa beauté envoûtante.

En revanche, elle affiche une mine désorientée qui ne laisse aucune place au doute : elle est aussi paumée que nous face à la situation.

– Tu n’aurais pas vu des Pokémon qui sortent de l’ordinaire ? demande Michael à son frère.

Ce dernier hausse un sourcil interrogateur.

– Des Pokémon qui sortent de l’ordinaire ? répète-t-il avec un air vaguement intéressé. Tu aurais repéré de nouveaux chromatiques ?

– Non… marmonne le Maître d’un ton évasif. Laisse tomber.

Thomas esquisse un mince sourire en observant les alentours. Son regard ne se pose pas une seule fois sur moi, mais je suis pourtant sûre qu’il a remarqué ma présence. Je brûle d’envie de me manifester, ne serait-ce que pour le mettre mal à l’aise devant sa copine, mais j’aimerais d’abord comprendre ce qui se passe ici.

– Les journalistes voudront savoir ce qui s’est passé ici… déclare-t-il au bout d’un moment. Et les forces de l’ordre voudront interroger les habitants.

Michael crispe la mâchoire avec mauvaise humeur. En cet instant, je n’aimerais pas non plus me retrouver à la tête de la Ligue Pokémon.

– Je m’en occupe… assure-t-il avant d’appeler un Libegon aux antennes bleues et aux yeux orange.

Je crois bien que c’est la première fois que je le vois utiliser un autre Pokémon que son habituel Dracolosse. Le Libegon se couche au plus près du sol pour permettre à son dresseur de grimper sur son dos, mais l’ascension reste malgré tout douloureuse pour le Maître.

Je me demande bien comment il a fait pour se blesser aux côtes.

– Dépêchez-vous de partir… grommelle-t-il à notre attention. Au vu de votre capacité à vous attirer des problèmes, je n’ai franchement pas envie de vous avoir dans les pattes.

Sur ces mots aimables, il talonne sa monture et s’envole dans un tourbillon de sable qui nous force un instant à détourner les yeux.

S’ensuit alors un moment de silence particulièrement gênant.

– Bon, eh bien… je commence en essayant de trouver une échappatoire. Je crois que je…

– Je vais rentrer à Lunapolis… tranche la jeune femme aux cicatrices en se tournant vers Thomas. Je sais que tu voulais me changer les idées en m’emmenant ici, mais je ne suis pas encore prête. C’est… trop frais.

Ce dernier semble hésiter un instant avant de hocher la tête d’un air compréhensif. Il y a quelque chose dans son comportement qui n’est pas naturel.

– D’accord… répond-il simplement. Prends bien soin de toi, d’accord ?

La jolie brune acquiesce en silence. Elle affiche une vulnérabilité sincère qui apaise un peu le ressentiment que je pouvais avoir à son égard.

– Merci d’être venu à l’enterrement… murmure-t-elle en déposant un baiser sur sa joue. C’est important pour moi.

Cette fois, Thomas ne parvient pas à dissimuler sa surprise. La jeune femme est trop accablée par le chagrin pour le remarquer, mais il y a définitivement un truc qui cloche avec son attitude.

Je la regarde s’éloigner avec une mine songeuse. J’ai l’impression que mes souvenirs forment un puzzle géant auquel il manque de nombreuses pièces. Et j’ai la certitude que le garçon qui se tient devant moi détient les réponses à mes questions.

– Thomas ?

Et voilà qu’une nouvelle fille se pointe sur le dos… d’un Altaria. Et elle est carrément canon.

La nouvelle venue descend de son Pokémon avec une grâce presque irréelle. Elle est plutôt grande et élancée. Ses cheveux blonds sont habilement relevés en une coiffure sophistiquée où s’entrelacent de fines mèches torsadées.

Mais c’est surtout sa tenue qui me coupe le souffle. Elle porte une longue veste blanche irisée, dont le tissu paraît capter la lumière ambiante. Un bustier d’un blanc pur se dessine en dessous, épousant ses jolies formes et orné de motifs rappelant des ailes de dragon. Son pantalon ajusté, lui aussi d’un blanc éclatant, est parcouru de fines lignes dorées qui courent le long de ses jambes.

C’est comme si un ange venait de descendre du ciel.

– C’est donc ici que se terre la fine équipe… lance-t-elle d’une voix amusée.

La jeune femme s’avance dans notre direction, ses bottes immaculées effleurant le sol sans un bruit. Je lance un regard noir à Thomas en me demandant ce qu’il a bien pu faire au cours de ces derniers jours, pour être aussi bien entouré.

– Elyndia… souffle-t-il avec une admiration certaine dans le regard. Ça fait longtemps.

C’en est trop pour moi. Je l’attrape aussitôt par le bras et l’entraîne d’un pas vif vers la sortie du village en passant sous le nez de la dresseuse de dragons.

– Tu nous excuseras, mais on est pressés… je siffle sans même la regarder.

J’ai parfaitement conscience d’avoir un comportement totalement déplacé. Je viens sûrement d’être cataloguée comme une fille possessive et sans manières. Et après ?

Thomas m’ignore délibérément depuis tout à l’heure. J’espère qu’il a une excellente raison de le faire, sans quoi je risque de casser un deuxième nez dans la même matinée.

– C’est ma cousine… soupire-t-il sans pour autant m’opposer de résistance.

– Ça m’est égal.

Ce n’est pas vrai. Je me sens un peu soulagée. Un peu conne aussi, mais je n’ai certainement pas l’intention de montrer la moindre faille en sa présence.

– On ne va pas dans la bonne direction, m’informe-t-il sur le même ton.

– Je m’en fous.

Je finis néanmoins par m’arrêter et me plante devant lui en plongeant mes yeux émeraude dans les siens.

Il est temps pour moi d’obtenir des réponses.

– Alors ?

Il me regarde d’un air presque ennuyé.

– Alors quoi ?

Je pince les lèvres en me retenant de le frapper. À quel moment suis-je devenue aussi violente ?

– Ça fait plusieurs semaines qu’on ne s’est pas vus… je siffle entre mes dents. Plusieurs semaines, Thomas. Et tu fais comme si je n’existais pas.

Je sais que nous ne nous sommes pas quittés en très bons termes, mais je n’arrive plus à me rappeler avec précision ce qui s’est passé. Je me souviens seulement d’une dispute, mais ça reste encore très vague dans mon esprit brumeux.

Était-ce à propos d’une autre fille ?

– Désolé… répond-il machinalement. C’est à cause de tout ça. Je ne me souviens de rien, et ça m…

– Ne te fous pas de moi… je réponds sèchement. Tu n’as rien oublié du tout. Tu as peut-être réussi à leurrer ton frère, tout à l’heure, mais je ne suis pas dupe.

Thomas soutient mon regard sans ciller. Je nourris l’espoir de le faire céder, mais sa résolution semble inébranlable.

– Michael cherche Mew… je lâche de but en blanc.

Aucune réaction.

– Michael a toujours poursuivi des chimères… dit-il d’un ton détaché.

– Moi, je le crois… j’ajoute avec insistance. Il y avait bien un Mew ici hier soir. Et c’est sûrement lié à notre perte de mémoire.

Thomas laisse échapper un long soupir.

– Tu as beaucoup d’imagination.

– Tu n’imagines pas à quel point… je susurre en le fixant toujours intensément. Michael avait un pendentif autour de son cou. Il a presque mis la main dans mon soutien-gorge pour voir si j’en avais un aussi. Et il a aussi cherché à savoir si toi, tu en avais un. Mais j’imagine que tu as dû l’enlever avant de venir.

Un battement de cils.

– Ah ! je m’exclame d’un ton victorieux. Tu viens de cligner des yeux ! J’ai vu juste !

Mon ami hausse un sourcil.

– J’ai juste évité une sécheresse oculaire… grogne-t-il.

– Et là tu t’énerves !

Je finirai par l’avoir à l’usure. Je peux être vraiment chiante, quand je m’y mets. Et il est absolument hors de question que je cède maintenant.

L’enjeu est bien trop important.

– Je veux bien que tu gardes tes secrets tant qu’ils ne me concernent pas… je murmure avec une voix plus douce. Je peux même m’en aller et ne plus te gêner si tu me le demandes.

C’est ma dernière carte – celle de la sincérité. Je n’ai pas envie de m’éloigner de Thomas, mais je ne veux pas non plus être de trop.

Les secondes qui suivent me semblent interminables, mais c’est avec un grand soulagement que j’accueille son silence.

– Alors j’ai vu juste… je devine en prenant ses mains dans les miennes. Ça me concerne. Mon nom est mêlé à cette histoire. Ce n’est pas qu’une simple intuition.

Une lueur vacille dans les yeux de mon ami. Il n’essaie pas de démentir, cette fois-ci.

– Tu ne pourras pas le supporter… annonce-t-il alors d’une voix rauque.

Je ferme un instant les yeux pour ne pas céder à la colère. Thomas a toujours eu ce côté surprotecteur avec moi. Je voudrais lui dire que je ne suis plus une petite fille, et que son attitude à mon égard ressemble à celle d’un vieux macho…

Mais l’heure n’est pas à la confrontation.

– Laisse-moi en juger… je murmure en accrochant à nouveau son regard. S’il te plaît.

Il m’observe un moment sans rien dire. Pendant quelques secondes, j’ai l’impression qu’il va parler. Sa bouche s’entrouvre, mais il se ravise aussitôt, comme si les mots étaient trop lourds à prononcer.

– Tu me feras oublier à nouveau si je n’y arrive pas… je l’encourage dans un murmure.

Thomas détourne les yeux. Ses épaules s’affaissent légèrement. Mon ami semble alors épuisé, comme si tout le poids du monde venait de retomber sur lui.

Puis il inspire profondément.

– Très bien… finit-il par souffler en accrochant une nouvelle fois mon regard. Je vais tout te dire.