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Pokemonis T.1 : La Pokeball perdue de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 01/04/2015 à 08:51
» Dernière mise à jour le 20/10/2016 à 19:40

» Mots-clés :   Absence de poké balls   Action   Aventure   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 19 : Vivre sa propre vie

Ludmila



La petite miss Pokemon semblait vraiment en pétard, plus que je ne l'ai jamais vu. Sa rage n'était pas feinte. Elle voulait clairement en découdre avec ce Frelali. Moi, je ne connaissais pas ce Pokemon, mais vu ce que le toutou aux cheveux rouges m'avait dit de lui et de son esclave, ce grand baraqué de Galbar, ils n'étaient sûrement pas des gars pour me plaire. Frelali avait raison : si c'était Galbar, et non Kerel, qui m'avait gagné lors du tournoi, j'aurai été dans la merde. C'est parce que j'avais rejoint la famille de Cielali que j'ai survécu et pu mener ma mission à bien. Et c'était pour cela que les parents de cette Pokemon étaient morts. Ça me dérangeait de devoir l'admettre, mais oui, j'étais responsable. En temps normal, je n'en aurai eu rien à fiche bien sûr, mais je respectais le désir de vengeance.

- Si tu veux, un jour, commençai-je en direction de Cielali, quand nous aurons quitté cet endroit et si nous recroisons cette vermine insectoïde, je t'aiderai à le faire payer.

Je fis mine d'ignorer le regard réprobateur de Dame Sol. La vieille pouvait bien être une personne très sage et puissante, elle ne pouvait pas comprendre ce que ressentait un enfant ayant vu un de ses parents - ou les deux - se faire tuer devant ses yeux. Cielali, qui s'était lovée dans un coin de la cabane, se retourna pour me regarder.

- Toi ? Pourquoi m'aiderais-tu ?

- Je n'ai jamais eu trop besoin de raisons pour m'en prendre aux Pokemon pourris, et celui-là m'a l'air d'en être un.

Piètre justification, mais cette miss Pokemon n'avait pas besoin de savoir que j'étais douée de compassion. Juste un petit peu... Cielali m'étudia un moment de ses grands yeux ambrés, puis dit :

- Tu as perdu ton père, toi aussi. C'est le Seigneur Xanthos qui l'a tué, c'est ça ?

Aïe. Perdu. Autant pour la discrétion. Je hochai quand même la tête.

- Ouais. Je n'avais que treize ans. Mais j'étais là. C'était lors d'une tentative pour secourir des humains promis à l'exécution. Il y avait beaucoup de Paxen parmi eux. Mon père en avait libéré pas mal après avoir provoqué du chaos dans la ville. Nous allions réussir, mais c'est alors que Xanthos s'est pointé. Nous n'avions pas prévu ça. Personne ne faisait le poids face à lui. Il avait... des dons spéciaux, sans doute ses pouvoirs surnaturels qui lui ont permis de vivre si longtemps. Mon père l'a affronté vaillamment pour permettre aux autres de fuir. Mais il est mort. J'ai tout vu. Et à ce moment, j'ai vraiment compris ce qu'était la haine au point de vouloir tuer. C'est pour ça que je peux te comprendre un peu.

- Et tu t'es vengée, acheva Cielali. C'est toi qui a tué le Seigneur Protecteur, par la suite. Est-ce que ça t'a soulagé ?

Je secouai la tête. Si seulement elle savait...

- Non, pas vraiment. Ça ne te soulagera peut-être pas, à toi non plus, de tuer ce Frelali. Mais tu ne seras jamais libre tant que tu ne l'auras pas fait. Tu penseras à ça tous les jours, toutes les nuits, et tu ne vivras plus que pour ça.

- C'est pour cela qu'il faut contrôler notre haine et notre désir de vengeance, intervint Dame Sol. On ne doit pas la laisser s'emparer de nous au point de nous dicter notre vie. De plus, ce Frelali n'est pas vraiment le premier responsable de la mort de tes parents, mon enfant. Ce serait plus le colonel Tranchodon.

Cielali hocha tristement la tête.

- Oui, c'est vrai. Je voulais le tuer lui aussi, mais Cresuptil m'en a empêché. En fait, il m'a vraiment sauvé la vie ce jour là. Je suis en colère contre Tranchodon. Je le déteste de tout mon cœur, mais... je sais que si je l'affrontais, je perdrais, et je mourrais. Je ne veux pas mourir. Ce ne serait pas acceptable.

Sol sourit tendrement.

- Tu es bien plus sensée que notre amie Ludmila ici présente. Entre la vengeance et la vie, il faut toujours privilégier la vie.

Je soupirai, agacée. Les sermons pacifistes de Sol commençaient à me lasser.

- Avez-vous tué quelqu'un en plus de six cent ans, Dame Sol ? Demandai-je avec une certaine touche d'insolence. Ou bien est-ce que votre philosophie du bien, de la paix et des gens heureux vous a permis de survivre à toutes les guerres auxquelles vous avez participé sans un seul meurtre ?

Sol parut plus amusée qu'offensée de la question.

- Je n'ai pas toujours été une défenseuse de la vie, mon enfant, me dit-elle. Durant mes cinquante premières années, j'étais une femme méprisable, haineuse, et j'ai sans doute provoqué plus de morts que Xanthos en a faits en deux siècles. En un mot comme en mille, j'étais un monstre, peut-être même pire que l'Empereur aujourd'hui.

Je haussai les sourcils. Ça semblait difficile à imaginer, en voyant cette vieille femme douce et si compatissante.

- Mais un jour, un garçon de bien m'a montré un autre chemin possible. Il avait toutes les raisons du monde se venger de moi, mais il m'a laissé la vie, par pitié. C'est alors que j'ai rencontré l'ancêtre d'Astrun, à l'époque. Il m'a enseigné la voie de la paix.

Sol tira quelque chose de sous son cou. C'était un médaillon, qui représentait une espèce de flèche avec des ailes.

- Ceci est le symbole d'une ancienne organisation oubliée, expliqua Sol. Les Gardiens de l'Innocence. Ils avaient pour but de combattre toute forme de corruption et de conflit dans le monde pour faire régner la paix et l'amour. J'ai rejoint cette organisation. Techniquement, j'en fais toujours partie, bien que je sois probablement la dernière encore en vie. Les Gardiens de l'Innocence ont disparu depuis des lustres, mais leurs idéaux ne sont pas morts avec eux. L'ancêtre d'Astrun était le dernier de ses chefs. J'ai enseigné à Astrun cette voie là quand il était enfant, et j'espère qu'il en tient compte aujourd'hui dans sa façon de diriger les Paxen.

J'émis un ricanement. Voilà qui expliquait bien des choses. Astrun, le leader des Paxen et mon cousin bien aimé, avait sans doute été un élève très consciencieux. Il ne prônait pas la non-violence comme Dame Sol, mais il s'en fallait de peu. Pourtant, sa prudence et son ouverture d'esprit avaient permis aux Paxen de survivre même après la traque terrible dont-ils avaient fait les frais suite à la mort de Xanthos. Moi, je savais que je n'en aurai pas été capable. Je les aurai sans doute tous conduit au suicide. Et mon père aussi. C'était là un des vices des Chen que Dame Sol critiquait tant : on agissait plus qu'on réfléchissait. Nous sommes des gens d'actions, au sang chaud. Ça faisait de nous des meneurs charismatiques, certes, mais qui ne vivaient pas très longtemps.

- Allons, dormons, conclut Dame Sol. Demain, je commencerai les séances psychiques avec Tannis. Si Arceus le veut, je trouverai dans son esprit la localisation de la Pokeball de l'Empereur, et nous aurons notre destination.

Même si c'était ce pourquoi Sol était là, j'étais assez inquiète qu'elle aille fouiller l'esprit de Tannis. Qui sait ce qu'elle pourrait trouver, ou carrément provoquer au cerveau encore fragile du jeune homme. Outre cette inquiétude là, il me fallu bien une heure, allongée sur ce drap dans cette cabane, pour me rendre compte que je ne pourrai pas dormir. Je me savais dans un village Pokemon, cernée par des Pokemon. Ils avaient beau ne pas être des impériaux et ne pas pratiquer l'esclavage, je ne m'y sentirai jamais en sécurité. Même à la base Paxen, je ne m'y sentais déjà pas totalement. Mais bon, il était vrai que tous ceux qui me connaissaient me jugeaient quelque peu paranoïaque.

N'y tenant plus, je me levais en silence pour sortir. Dame Sol ne partageait visiblement pas mes doutes, car elle dormait apparemment à poings fermés. Ce n'était pas le cas de Cielali. Elle était lovée contre le mur comme ce genre de Pokemon à quatre pattes savait le faire, la tête en partie cachée derrière ses pattes avant, mais je notai un de ses yeux ambres qui me suivait du regard. Sans rien dire, j'ouvris la porte et je quittai la cabane.

Le village de la Vallée des Brumes était calme la nuit. Pas un bruit, et toute cette brume qui se mouvait autour de moi... J'aurai préféré un bon vacarme. Le silence me rendait nerveuse. Il y avait bien quelque rares Pokemon qui veillaient, la plupart des nocturnes, mais la majorité d'entre eux dormait. Certains dans ces petites maisons en bois comme ils nous avaient fournies, d'autres dehors, surtout les Pokemon aquatiques qui sommeillaient dans le lac. Évidement, même l'avancée technologique de l'Empire de Pokemonis suite à la Guerre de Renaissance n'avait pas permis aux Pokemon Eau d'habiter les même endroits que les Pokemon terrestres. Même ceux qui pouvaient survivre sur la terre ferme avait besoin de s'hydrater souvent. Ainsi, la plupart des Pokemon Eau étaient restés vivre dans leur lac, mer ou rivière, délaissant les cités impériales.

Aucun Pokemon ne sembla s'inquiéter de voir une humaine se balader seule la nuit dans leur village. Certains même me souhaitèrent une bonne nuit. Il suffisait donc d'un seul mot de Cresselia comme quoi elle nous accueillait ici pour faire comme si vous avez toujours habité dans le coin ? Je m'étonnais que ce village n'ait pas été détruit ou conquit depuis longtemps. La présence de Cresselia devait y être pour quelque chose. Peu de Pokemon auraient osé s'en prendre à un Pokemon Légendaire. La preuve : même l'Empire ne l'avait pas fait. Mais ce n'était qu'une question de temps selon moi. L'Empereur avait les pouvoirs d'un Pokemon Légendaire, et même plus. Il était pour l'instant occupé à solidifier son empire et à nous combattre nous les Paxen, mais un jour ou l'autre, s'il était victorieux, aucun territoire ne pourra échapper à sa domination.

Au bout de ma balade nocturne, j'attendais des voix devant moi, un peu à l'écart des habitations. Des voix humaines. L'une d'elle était Kerel. Et l'autre, plus gutturale, devait être celle de ce Galbar, l'esclave de Frelali. Je m'approchai doucement. Je ne voulais pas qu'ils me remarquent, mais j'étais curieuse d'entendre leur conversation.


***


Kerel




La présence de Galbar et de son maître dans ce village m'avait trop perturbé pour que je réussisse à fermer l'œil. Je connaissais bien Galbar, depuis plusieurs années. La moitié de son temps, il préparait un mauvais coup de son invention. Et l'autre moitié, il préparait un mauvais coup sur ordre de son maître, Frelali, sans nul doute le Pokemon le plus fourbe de tout Ferduval. Prétextant un manque de sommeil, j'étais sorti de la cabane. De toute façon, essayer de dormir avec à coté Cresuptil qui se plaignait toujours et Tannis qui racontait ses fantasmes avec Ludmila, ça me paraissait difficile.

Je voulais garder Galbar et Frelali à l'œil. Leur histoire pouvait être plausible, oui, mais leur venue ici pouvait aussi ne pas être une coïncidence. Ils pouvaient tout aussi bien être des espions de Tranchodon. En fait, en mon for intérieur, je désirai presque qu'ils préparent un mauvais coup. Je n'avais pas oublié ce que Galbar avait fait à mon ami Crusio lors du tournoi, et c'était aussi lui qui nous avait dénoncé au colonel Tranchodon. Quant à ma maîtresse, elle pourrait probablement mieux faire le deuil de ses parents si elle savait Frelali, l'un des responsables, mort. Sol n'aurait probablement aucun mal à se débarrasser d'eux si nécessaire. Mais pour qu'elle viole le serment qu'elle avait fait à Cresselia de ne pas amener la violence ici, il faudrait que Frelali et Galbar complotent vraiment du vilain.

Je fis d'abord un peu de reconnaissance. Savoir dans quelle cabane se trouvaient Frelali et Galbar aurait pu être utile. Je n'osais cependant pas vérifier en pistant par les fenêtres. Ces Pokemon avaient beau avoir refusé l'esclavage pratiqué par l'Empire, moi, un humain esclave, je ne pouvais pas m'abaisser à espionner des Pokemon. Ceci dit, je n'eus pas à le faire. Je tombai sur Galbar à l'écart du village. Il me regarda arriver avec un sourire mauvais.

- Une petite balade sous les brumes Kerel ?

En le regardant de plus près, je remarquai qu'il portait encore au visage pas mal de bleus de notre précédente rencontre, dans l'arène de Ferduval.

- Qu'est-ce que vous fichez ici, toi et ton maître ? Sincèrement ?

- Ben voyons, je vais sûrement te le dire, vu que ça te regarde. De toute façon, je ne fais que suivre mon maître. Je ne pose pas de questions. Et toi Kerel, tu suis toujours ta petite jolie Cielali ? Ou c'est cette catin Paxen maintenant. Dis-moi, tu l'as déjà engrossé ?

- C'est sérieux ce qui se passe en ce moment, Galbar. Ça ne nous concerne plus qu'à nous, ou même Ferduval. C'est l'Empire entier qui est concerné.

- Et donc ? Tu essaies de faire de moi un Paxen ?

- Je ne suis pas un Paxen, répliquai-je avec agacement. Je les suis uniquement parce qu'on n'a pas d'autre choix, et que ma maîtresse l'a décidé ainsi. Mais toi Galbar ? On ne s'aime pas beaucoup tous les deux, c'est vrai. En fait, je te déteste. Mais je sais que tu n'as pas eu de chance en étant l'esclave de Frelali. Je sais comment il les traite. Comme tu as quitté Ferduval, tu peux être libre si tu le désires maintenant.

Galbar éclata de rire.

- Toi, tu parles de liberté ? Toi qui étais toujours à faire des courbettes à ta maîtresse aux grandes oreilles ?

- Je reste avec maîtresse Cielali car elle est une bonne Pokemon. Si j'avais eu Frelali comme maître, j'aurai sans nul doute saisi la première occasion pour le quitter.

- Tu ne sais rien de rien, Kerel. Si je reste avec mon maître, c'est que j'ai des raisons. Ptet bien qu'on veut la même chose, lui et moi. Et si le colonel Tranchodon nous retrouve, j'aurai plus de chance de survivre à ses cotés. Toi en revanche... J'ai vu ce qu'il a fait aux parents de ta maîtresse. J'aimerai bien le voir faire pareil pour elle. Qu'en penses-tu ?

Je serrai les poings, brûlant de les lui coller dans son visage. Mais c'était sans doute ce qu'il voulait. Me provoquer, et déclencher une bagarre, dans ce village où elles étaient interdites. Je me forçai à conserver mon calme, et je m'en retournai. Mais Galbar poursuivit ses provocations.

- Tu sais, quand j'étais tué ton pote Crusio, je n'ai rarement connu de pareil plaisir. Tu as entendu le bruit, quand son cou a craqué ? C'était si jouissif...

Je me mordis la langue si fort que je sentais le goût du sang dans ma bouche. Ça me fit mal, mais au moins ça me distrayait assez pour que je me retienne de sauter sur ce salaud.

- Mais ce ne sera pas aussi jouissif que quand je prendrai ta pute Paxen, poursuivit Galbar. J'espère que tu en as bien profité avec elle, car quand j'en aurai fini, je crains qu'il ne te reste plus grand-chose.

Je stoppai ma marche, et me retournai. Galbar cru sans doute qu'il avait gagné, que j'allais débuter un combat, mais il fut visiblement désarçonné quand je lui adressai un sourire aimable.

- Il y a bien des façons de me faire perdre mon sang-froid, mais cette fille n'en est pas une. Si tu la veux tant, je te la laisse bien volontiers. Vous irez bien ensemble, je crois.

Galbar me regarda d'un air soupçonneux, et je soupirai.

- Ne crois pas que j'ignore ce que tu essais de faire. Tu as encore en mémoire notre dernier combat, et tu veux te venger. Tu essaies de me provoquer pour que je débute une baston, ainsi tu pourras te défouler sur moi et plaider ensuite aux Pokemon du coin que c'est moi qui ai commencé. Tu es tristement prévisible, Galbar.

À ma grande surprise, alors que j'aurai pensé qu'il perdrait son calme, il me sourit. Il avait fait des progrès lui aussi.

- Mais toi, tu es plus prévisible que moi, répliqua-t-il. Tu ne feras rien d'autre que protéger ta maîtresse et veiller à ses intérêts. Tu ne veux rien d'autre qu'être son chienchien à vie. Moi, j'ai plus d'ambition que ça.

Sur ce, il s'éloigna. Je m'étonnais de ses paroles. Sous-entendait-il qu'il visait quelque chose de plus que sa condition d'esclave ? Méditant, je laissais mon regard se perdre dans la brume devant moi. Galbar avait toujours été une énigme. La plupart du temps, il faisait office d'une brute sans cervelle, bête et méchante. C'est ainsi que les autres esclaves de Ferduval le voyaient. Mais moi, je savais que Galbar n'était pas idiot, au contraire. Il était méchant, sournois et prompt à la colère, mais pas idiot. Au contraire, il était très intelligent, bien qu'il se donnait beaucoup de mal pour le cacher.

Des bruits de pas me tirèrent de ma contemplation absente. Serait-ce Galbar qui revenait ? Mais non, c'était Ludmila qui venait vers moi. Je me mis aussitôt en garde. Je n'avais pas peur de Galbar, qui pourtant aurait pu m'attaquer quand l'envie lui prenait, mais je me méfiais bien plus de Ludmila, quand bien même elle était sensée être dans mon camp.

- Qu'est-ce que tu fais là ? Demandai-je.

- La même chose que toi, j'imagine.

Elle se posa à coté de moi pour regarder les brumes à son tour, et en silence. J'étais un peu perplexe. Depuis quand cette sauvage dégénérée recherchait-elle ma compagnie ?

- J'ai entendu ta conversation avec ton ami, dit-elle enfin. Un homme charmant.

- Ce n'est pas mon ami. Et si tu le trouves charmant, c'est sans doute parce que tu dois l'être autant que lui. Tu as entendu ce qu'il veut te faire ?

- Qu'il essaie ! Ricana Ludmila. Si même toi tu as été capable de battre ce lourdaud, je pourrai l'étaler les yeux fermés. Il m'a l'air d'un parfait enfoiré, mais d'un autre coté, il ressemble plus à ce que devrait être un homme que toi.

Je fronçai les sourcils.

- Lui, poursuivit Ludmila, il désire autre chose que passer sa vie à être un esclave. Je l'ai senti. Il veut prendre, il veut posséder.

- Posséder ce qu'il ne lui appartient pas, oui. Il a toujours été comme ça, comme son maître. C'est donc l'avidité qui fait un homme, selon toi ?

- Ce qui fait un homme, c'est la conscience de soi. C'est penser à soi avant de penser aux autres. Ta vie t'appartient. Personne n'a le droit de te la voler. C'est ce pourquoi nous nous battons, chez les Paxen. Pour que tous les humains aient le droit de propriété sur leur propre vie. L'Empereur a décrété que toutes les vies humaines lui appartenaient. Il les loue ensuite à tous ses sujets Pokemon selon son bon vouloir. Depuis cinq siècles, les humains n'ont appris qu'à être esclaves. La soumission s'est tellement enracinée en eux que tout sentiment de révolte a à jamais disparu, et qu'ils se résignent à leur sort en pensant qu'ils ont une belle vie, comme toi. Ce Galbar ne pense pas comme ça. Il me parait être le genre de gars à vouloir mener lui-même sa barque. C'est peut-être un salaud pervers, mais il n'a pas renoncé à vivre sa propre vie. Il y en a de moins en moins, de gars comme lui. Et à chaque fois que j'en vois un, je suis heureuse. Je me dis que tout espoir n'a pas encore totalement disparu pour nous.

Je regardai Ludmila avec curiosité.

- Tu es bien loquace, ce soir. Tu as dit tout un tas de mots compliqués et sans le moindre grognement. Tu t'améliores.

- Tu sais, la violence a beau être interdite ici, ce n'est pas ça qui m'empêchera de t'assommer et de te jeter dans ce foutu lac boueux si tu me cherches trop, mmgrrr !

Je souris. Ça, c'était la vraie Ludmila.

- Je suis désolée.

Je clignai des yeux, pendant avoir mal entendu. Ludmila s'était excusée !

- Pas à toi, expliqua-t-elle. Je suis désolée de m'être mal comportée envers ta Cielali. C'est pas une mauvaise Pokemon. Elle ferait même une bonne Paxen. Tu veux continuer à veiller sur elle, fais-le. Elle a bien plus de valeur que toi.

Ludmila tourna la tête, regardant derrière elle avec une certaine lueur d'inquiétude dans les yeux.

- Mais surveille la bien tant qu'on est là, poursuivit-elle. J'ai peur qu'elle ne tente quelque chose contre ce Frelali.

- Ma maîtresse n'est pas comme toi, fis-je avec assurance. Elle sait contrôler ses émotions.

- Qu'est-ce que tu sais de la douleur d'avoir vu tes parents être assassinés sous tes yeux, pauvre con ? Me demanda Ludmila. On est tous pareil face à ça. Ta maîtresse a beau être une gentille petite Pokemon parfaite et bien éduquée, ça ne l'empêchera pas de rêver toute la nuit qu'elle tue ce Frelali.

Elle se mit à regarder le ciel.

- Moi, j'ai tué Xanthos. Pourtant, je me revois encore le tuer, toutes les nuits. C'est quelque chose qui ne s'effacera jamais.

Elle soupira. Je ne trouvai rien à répliquer. En effet, j'ignorai ce qu'on pouvait ressentir. Après avoir regardé la nuit noire durant une minute, Ludmila me demanda :

- Et toi, tes parents. Tu ne les as pas connus ?

Je haussai les épaules.

- J'ai connu ma mère, mais je ne m'en rappelle plus trop. Elle est morte quand j'avais quatre ans. C'est Sol qui a pris soin de moi jusqu'à que je sois vendu aux parents de ma maîtresse.

- De quoi est-elle morte ?

- On meurt souvent dans les ghettos. De faim, de froid, de maladie... Ma mère avait sans doute les trois. Elle ne venait pas de Ferduval, ça je le sais. Moi non plus, je ne suis pas né là-bas. Mais je ne sais pas d'où elle venait, pourquoi elle est partie, ni qui était mon père. Probablement un autre esclave qui a eu l'autorisation de se reproduire avec ma mère. C'est comme ça pour quasiment tous les esclaves.

- La famille, c'est important, décréta Ludmila. Les humains l'ont oublié à force d'être devenus les jouets des Pokemon. Nos parents, ce sont nos origines, notre identité.

- Tout le monde n'a pas la chance d'avoir un nom célèbre et d'illustres ancêtres comme toi, répliquai-je, agacé. Et puis, c'est le passé, tout ça. Qu'elle importance de savoir qui étaient notre père, notre grand-père, et son père avant lui ? Nous sommes ce que nous sommes, c'est tout.

- Ce que nous sommes, c'est aussi d'où nous venons, répliqua Ludmila. Dans ma famille, ils ont tous eu les cheveux marron et les yeux foncés. Et donc, j'ai les cheveux marron et les yeux foncés.

- Ils étaient tous des cons arrogants et brutaux aussi ?

Comme pour me donner raison, Ludmila me décocha un coup de poing que je ne vis pas venir avec l'obscurité et la brume. Je restai allongé par terre, le crâne douloureux, bien après que Ludmila fut partie. Je me surpris à réfléchir à ses propos. Est-ce que ça avait vraiment de l'importance, qui étaient mes parents ? Je me souvenais à peine de ma mère. Je savais qu'elle s'appelait Alrianne, et que je lui devais mes cheveux rouges. Son visage ne m'apparaissait plus si clairement, mais je me souvenais qu'elle était belle. Belle et triste. Était-elle triste à l'idée que son fils allait devenir un esclave comme elle ?

Mais c'était là le lot de tous les esclaves, et la raison qui faisait que les humains ne s'attachaient plus trop à leurs enfants, car de toute façon, ce n'étaient pas les nôtres, mais ceux des maîtres Pokemon, qui en disposaient comme ils le souhaitaient. Ludmila n'avait pas connu ça, elle. Elle était née libre. Elle avait connu ses parents, et n'avait rien connu de l'esclavage. C'était facile pour elle de juger les esclaves qui se résignaient. Comme elle n'avait connu que la liberté, elle la jugeait normale. Mais non, ce n'était pas normal. Un humain n'était pas sensé agir par lui-même. Il ne savait pas le faire. Sans ma maîtresse, je savais que je serai perdu.