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Le Phénix d'Argent de Yûn



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Informations

» Auteur : Yûn - Voir le profil
» Créé le 06/04/2012 à 13:43
» Dernière mise à jour le 23/05/2014 à 23:05

» Mots-clés :   Absence de poké balls   Action   Suspense

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Chapitre 6. Révélations Tanzanite
Le choc de sa découverte quant au caractère divin de son protégé à plumes passé, tout lui parut plus clair. Dire que, pendant tout ce temps, elle s'était occupée d'un Dieu et qu'elle l'avait ignoré ! Désormais, elle comprenait mieux certains de ses agissements, qui lui semblaient obscurs auparavant, ainsi que certaines impressions qu'elle avait éprouvées, notamment lors du concours.

Orphée lui avait proposé de demeurer quelques jours chez lui. Il voulait lui raconter tout ce qu'il savait au sujet de celui qu'il nommait Apollon et des autres créatures qu'il hébergeait. Puisqu'elle était en vacances, n'avait aucune famille qui l'attendait et que sa curiosité était désormais à vif, elle n'avait pas hésité. C'est ainsi qu'elle apprit que les compagnons de son hôte étaient également des Dieux. Mais cela ne l'étonna même pas. Après tout, il y avait fait allusion plusieurs fois lorsqu'il les lui avait présentés.
Elle se délectait de toutes ces histoires fantastiques que le jeune homme lui narrait. Certes, et il le disait lui-même, la plupart d'entre elles devaient certainement avoir été modifiées et détériorées au fil du temps et des transmissions orales. Pour d'autres, il pouvait très bien s'agir de pure fiction, du fait de nombre détails incohérents. Mais elle s'en fichait : elle aimait toutes les interprétations et commentaires qu'Orphée ajoutait, du fait de ses études approfondies sur ces mythes.

A travers ces multiples histoires et le temps qu'elle passait avec lui, elle parvint à mieux cerner cet étrange personnage. S'il était vrai que, parfois, il lui arrivait de s'enthousiasmer comme un enfant devant un nouveau jouet, il se montrait la plupart du temps calme et posé. Sa conversation était très agréable et enrichissante, preuve d'un être cultivé, mais il savait aussi écouter ce que Sibylle lui disait avec une attention accrue.

Elle apprit également à mieux connaître les créatures sacrées qui vivaient à ses côtés. Peut-être parce qu'il l'avait rencontrée le premier et souhaitait s'excuser de lui avoir fait peur, Némée se montra très attentionné envers elle. Iris, la petite dragonne corail et neige, se montrait également très enthousiaste de son séjour, et s'amusait à inventer des jeux. En fait, seuls Artémis et Hermès gardaient leurs distances. Elle comprenait le sentiment du dragon d'azur –Orphée lui avait en effet appris qu'il était le frère jumeau d'Iris et, par conséquent, se montrait très protecteur. Ce dernier accepta cependant assez rapidement sa présence auprès de sa cadette en voyant à quel point celle-ci était enjouée. Le comportement de l'oiseau lunaire, en revanche, lui paraissait plus énigmatique. Plusieurs fois, lorsqu'elle avait croisé son regard ambré, il lui avait semblé y lire de la méfiance... Mais également de la colère. Elle en avait parlé une fois à son hôte, mais ce dernier lui avait juste répondu avec un triste sourire que ce qu'elle avait vu n'était que le reflet du pouvoir dévastateur qu'Artémis s'obligeait à garder au fond d'elle.

Dans l'ensemble, tous semblaient apprécier sa présence. Néanmoins, chacun veillait à ne pas s'attirer les foudres du phénix au bec et plumes d'argent. Takibi se révéla en effet très possessif, et ne tolérait pas vraiment que la jeune violoniste se trouvât sans lui en compagnie de l'une ou l'autre de ces divinités, ou même avec leur hôte. Il demeurait méfiant envers les autres, même ceux qui auraient normalement dû être ses messagers. Sibylle lui en fit quelques fois le reproche, mais l'oiseau divin se contentait à chaque fois de détourner la tête en claquant furieusement du bec. C'était comme si quelque chose lui déplaisait, sans qu'il sache exactement quoi.

Cependant, d'un certain côté, quelque chose dérangeait aussi la jeune fille. Tout cela lui semblait trop bien orchestré, trop irréel. S'il s'agissait véritablement de divinités que l'on n'avait pas, ne serait-ce qu'aperçu, depuis des siècles, par quel miracle se trouvaient-elles toutes en ce lieu, aux côtés d'un humain qui plus est ? Etait-il... Une sorte de messie, d'élu ? Plusieurs fois elle avait évoqué le sujet avec Orphée. Et à chaque fois, elle n'obtenait comme réponse qu'un sourire énigmatique et la promesse qu'il lui dirait tout en temps voulu.
Il y avait également cette drôle de sensation qu'elle éprouvait parfois. La même que quand elle avait croisé le regard du lion enflammé pour la première fois. Lorsqu'elle était en compagnie de l'un ou l'autre de ces Dieux, elle avait l'impression qu'il leur manquait quelque chose... Comme une part de leur âme. Ces êtres prétendument suprêmes seraient-ils faux ?
Mais mis à part ces quelques points d'ombre, son séjour fut pour elle un véritable délice. Une échappatoire à l'enfer éprouvant de ces dernières années. Pour la première fois depuis longtemps, quelqu'un avait fait attention à elle et ne l'avait pas considérée pour moins qu'elle n'était.

Malheureusement, les vacances touchaient à leur fin. Dans deux jours, les cours reprendraient, et elle devrait alors dire adieu à cette paisible et agréable vie. Ils avaient convenu qu'Orphée la ramène à Mérouville le lendemain. Aussi, pour sa dernière soirée en tant qu'invitée, il lui avait promis une somptueuse surprise.



***
Sibylle se trouvait dans la chambre, de taille modeste mais très chaleureuse, qu'elle avait occupée durant son séjour. Son protégé à plumes était le seul présent, tandis qu'elle choisissait une tenue pour la soirée.

- S'il te plaît Takibi, fais un effort ! Tu n'as pas arrêté d'être en colère pendant deux semaines ![

Pour toute réponse, l'oiseau siffla gravement, ses yeux d'or fin plissés. Il ne tenait pas en place, nerveux, comme s'il pressentait une catastrophe prochaine.

- Si au moins tu voulais bien mettre les choses au clair et me dire ce qui ne va pas...

Elle disait cela sans grande conviction. Après tout, cela faisait une quinzaine de jours, maintenant, qu'elle lui répétait sans cesse le même discours. En vain, le Maître du Jour refusait d'obtempérer. Sibylle finit par lever les yeux au ciel et quitter la pièce, l'oiseau aux couleurs du couchant lui emboîtant le pas.

La table était dressée sur le spacieux balcon, face à la mer embrasée par le flamboyant astre couchant. Un chandelier délicatement ouvragé dispensait une lumière douce et chaude, illuminant de feu la nappe ivoire et les couverts d'argent.
Le maître des lieux l'accueillit de son habituel sourire bienveillant. Son habit, sobre mais élégant, lui conférait une allure distinguée qui convenait parfaitement avec ses manières. En la voyant entrer, dans sa robe nacrée, il s'inclina dignement, comme lors de leur première rencontre, ne tenant pas compte du regard noir que lui lançait son garde du corps tempétueux.
Le dîner se passa dans la bonne humeur, comme d'accoutumée. Orphée lui avait conté un autre de ses voyages de par le monde et n'avait pas omis les anecdotes amusantes. Il semblait avoir oublié cette 'surprise' qu'il lui avait promis...

Il n'en fut rien.

Lorsque les chandelles furent consumées au point de ne plus être que de petits bouts de cire, alors que le ciel d'encre autour d'eux était parsemé de mille perles et que la mer calme miroitait le reflet serein de la dame nocturne, le jeune homme se leva et l'invita à le suivre.
Sibylle et Takibi derrière elle, il parcourut le couloir pendant un petit moment avant de s'arrêter devant une porte dissimulée derrière une tenture. Cela ne manqua pas d'étonner la jeune fille. Qu'avait-il donc de si secret pour aller jusqu'à camoufler une pièce ?
La porte, assez petite, s'ouvrit sans un bruit, dévoilant ses trésors.

Des centaines d'instruments de musique, de toute sorte, toute origine, à cordes, à vent, à percussions, anciens, disparus, conventionnels, ... Certains étaient connus, d'autres beaucoup moins communs. Quelques-uns adoptaient une forme assez singulière, imitant tel ou tel animal ou arbre. Les uns présentaient les plus grandes richesses, sertis de pierres précieuses, d'autres gardaient un aspect brut et ancestral. Harpes, violons, guimbardes, timbales, cors de chasse, cornes de brume, clavecins, clarinettes, cithares, ... Un orgue imposant trônait même au fond, ses nombreux tuyaux touchant presque le plafond. Une véritable caverne d'Ali Baba pour musiciens.
Effectivement, le maître des lieux avait plusieurs fois évoqué son salon privé, où il avait rassemblé méticuleusement presque tous les types d'instruments du monde, comme le grand passionné de musique qu'il était. Il ne le lui avait jamais montré, comme jaloux de garder pour lui ses trésors. Sibylle comprenait aisément cet agissement : elle n'aurait pas supporté que quelqu'un touche à son précieux violon sans sa permission, encore moins que l'on en pince les cordes fines pour en tirer un son déplaisant. Au vu du fauteuil confortable qui siégeait au milieu, la jeune violoniste devinait qu'il aimait passer du temps dans cette salle à l'atmosphère chaude. Peut-être lui arrivait-il de s'essayer à l'un ou l'autre de ces instruments de temps à autre, lorsque l'envie l'en prenait ? Ou bien écoutait-il l'un des nombreux disques sur le vieux phonographe encore clinquant, posé sur la table robuste à quelques mètres du siège ?

Pourtant, une fois entré dans la salle, Orphée ne posa même pas les yeux sur les œuvres d'art assemblées par ses soins durant ses années de voyage. Il se dirigea vers le fond, à côté de l'orgue, et ouvrit le rideau pourpre qui s'y trouvait. La jeune violoniste s'était attendue à ce que le lourd voile opaque masque une fenêtre. Au contraire, il divulgua un espace supplémentaire de la pièce. Sur une petite estrade, enfermée dans une vitrine de verre, était exposée une lyre.
Mais quelle lyre ! Certes, elle ne présentait pas la même richesse que d'autres instruments présents dans le petit salon. Mais la forme délicate de la caisse, taillée en un oiseau ouvrant légèrement ses ailes, son cou gracile élégamment courbé, l'aspect doré mais non chargé de son corps, sa taille respectable –la partie la plus haute devait lui arriver à l'épaule-, les neuf cordes claires pas plus épaisses qu'une tige de fleur, ... Tout, dans cet instrument, se rapprochait de la perfection. Rien qu'en le regardant, on imaginait déjà le son harmonieux, presque pur, que la lyre devait certainement produire.
Comme elle s'approchait timidement de la vitrine, mille détails lui sautèrent aux yeux. L'instrument ne faisait pas qu'évoquer un oiseau. L'artisan avait finement ouvragé chacune des plumes d'or composant le plumage de l'animal fictif parvenant, par un miracle incompréhensible, à rendre la légèreté caractéristique de ces attributs aériens. Les grandes plumes de sa queue étaient presque semblables à la traîne d'azur de Skaldi, l'oiseau des neiges éternelles. On ne pouvait déterminer si l'animal venait de se poser ou se préparait à prendre son envol, la délicate ouverture de ses ailes n'étant pas un indice suffisant. La lumière douce qui éclairait ses plumes d'or se reflétait sur les murs en d'infinis éclats de soleil. Seuls ses yeux brisaient doucement cette image harmonieuse : une pierre unique, qui ressemblait plus ou moins à une topaze ambrée, incrustée dans sa tête, seulement visible dans ses orbites. Etrangement, à l'intérieur, on distinguait très nettement un mouvement. Une sorte de brume de nacre, qui évoluait paisiblement dans le corps minéral et donnait un éclat unique au regard fictif de l'instrument.


- Cette lyre est considérée comme étant la plus mélodieuse de tous les temps, un véritable don des Dieux. Par ailleurs, on la désigne fréquemment sous la dénomination de premier instrument de ce type : Erato, la Lyre Originelle.

Il adressa un sourire radieux à son invitée, ses yeux d'améthyste brillants de fierté. Il sortit alors une petite clé argentée de sa poche et s'approcha du verrou de la vitrine.

- Je peux maintenant vous dire la vérité. J'avais entendu parler d'une lyre dont le chant attirait même les Dieux. Bien sûr, au début, je pensais qu'il ne s'agissait que d'une légende sans fondement. Cependant, en tant qu'amateur de musique, cette histoire attira mon attention. Aussi me mis-je en quête de cet objet, ne serait-ce que pour compléter ma petite collection. Je crois avoir bien mis deux ans avant d'obtenir ne serait-ce qu'un petit indice quant à sa localisation. Un autre me fut nécessaire pour la débusquer. Mais tout ce temps ne fut pas perdu en vain.

La porte de verre était désormais ouverte. Aussitôt, l'atmosphère changea. Un frisson glacé parcourut l'échine de Sibylle, tandis que sa curiosité s'accrut. Derrière elle, le phénix d'argent poussa un sifflement rauque. En tournant légèrement la tête, elle vit son plumage gonflé et de la colère mêlée de crainte dans son regard. Mais le jeune homme aux cheveux blonds ne sembla pas s'en rendre compte. Il saisit délicatement l'instrument doré et le sortit de son cercueil de verre avec une infinie précaution.

- Vous vous demandiez comment et pourquoi les Dieux s'étaient réunis autour de moi, n'est-ce pas ? En réalité, ils ont simplement répondu au chant divin d'Erato.

Il leva son regard enthousiaste vers Sibylle. Ses yeux brillaient. Takibi s'agitait de plus en plus.

- Je n'ai pu résister à cette envie d'effleurer les cordes d'Erato. Sa sonorité est véritablement divine ! Il n'y a pas à s'étonner que même les Dieux soient attirés par elle. Son chant apaise les âmes, fait oublier tous nos malheurs. Iris et Hermès m'ont rejoint les premiers. Bien entendu, je ne pouvais y croire au début. Je n'avais jamais vu de créatures pareilles : si gracieuses et pourtant renfermant un tel pouvoir ! Grâce à eux, je suis parvenu à retrouver d'autres divinités et à les rassembler autour de moi.

Orphée avait l'air de plus en plus excité et affairé. Il avait du mal à trouver ses mots, comme si l'instrument doré lui ravissait une partie de ses facultés. Son regard perdait de son éclat et de sa vie. En revanche, on aurait dit que la topaze servant d'yeux à l'oiseau était agitée inexplicablement en son sein, brillant d'une lueur nouvelle.

- Vous rendez-vous compte ? Grâce à cet instrument, je suis parvenu à fédérer les Dieux, à les faire se tourner vers les Humains ! Imaginez toutes les merveilles que je pourrai faire ! Réparer les inégalités climatiques, dues aux Hommes ou à la négligence des divinités ! Pour le moment, je n'ai réussi à rassembler qu'une petite partie d'entre eux. Mais, si Apollon accepte de me rejoindre... Alors avec Artémis, nous pourrons déjà corriger bien des choses...

Sibylle écarquilla les yeux. Non... Est-ce qu'elle comprenait bien ce qu'Orphée sous-entendait... ?
Ce dernier ne la regardait plus. La lyre dorée dans ses bras, il s'approcha doucement du phénix flamboyant, un sourire éclatant mais vide sur les lèvres. Le Maître du Jour à la traîne d'argent recula, le regard méfiant et presque apeuré. Quelque chose n'allait pas. Elle le sentait. Orphée n'était pas dans son état normal. Et même si l'oiseau aux couleurs du couchant ne l'avait jamais porté dans son cœur, rien ne justifiait une telle réaction de sa part.

Elle le sentait.
Il y avait danger.

- Que... Que comptez-vous lui faire ?
- Moi ? Absolument rien. Je souhaite juste lui faire entendre le chant d'Erato. Lui ouvrir les yeux sur ce que nous pourrions accomplir, tous ensemble, pour combler les erreurs passées.

Il marqua une pause et se retourna légèrement vers elle. Dans ses bras, c'était à présent le corps entier de la Lyre Originelle qui dispensait une lumière d'or. Les améthystes de ses yeux étaient désormais complètement éclipsées par le même éclat que celui émanant de l'instrument ancien.

- ... En vérité... J'avais déjà tenté de rallier Apollon à ma cause. Je m'étais rendu au sommet du temple qui lui est dédié à Rosalia, la Tour Ferraille. Cependant... J'ignore pourquoi, je n'ai même pas eu le temps de jouer une note. Il s'enfuit dès qu'il m'aperçut. J'avais déjà eu du mal à convaincre Artémis de me rejoindre, aussi je comprenais que faire adhérer le Soleil à mes convictions ne serait pas non plus une mince affaire. J'avais néanmoins prévu cette éventualité. Aussi avais-je demandé à Hermès et Iris de le suivre, afin de pouvoir le retrouver aisément par la suite. Mais, lorsqu'il se rendit compte qu'il était suivi, Apollon tenta de se défaire d'eux. Je n'ai plus eu le choix. J'ai alors demandé à Artémis d'intervenir, dans le but de le calmer et de le convaincre de me rejoindre. Malheureusement... C'est à ce moment-là que les choses ont dégénéré...

Il laissa une nouvelle fois sa phrase en suspens et effectua un lent mouvement vers le phénix flamboyant. Il s'immobilisa cependant lorsqu'un grondement sourd et menaçant se fit entendre, provenant de la gorge profonde de l'oiseau.

[b- J'avais demandé à Artémis de calmer les choses, mais cela ne fit qu'empirer. J'ignore pourquoi, mais sa simple vue suffit à la déchaîner. Hermès et Iris sont revenus me prévenir, mais il était trop tard lorsque je suis parvenu sur place. Elle était méconnaissable. Je ne l'avais jamais vue dans un tel état. Elle avait déclenché un ouragan tel que même les Dieux jumeaux, pourtant habitués à accomplir des exploits acrobatiques et de vitesse, ne sont pas parvenus à en atteindre le cœur, où le combat faisait rage entre eux. Je ne pouvais qu'entrapercevoir des lueurs infernales qui parcouraient les nuages, me laissant simplement deviner l'intensité de leur affrontement. Cela a bien duré plusieurs heures...
Quand enfin Artémis revint à la raison, quand elle dissipa l'ouragan qu'elle avait déchaîné, Apollon avait disparu. Mais comment, où, pourquoi ? Toutes ces questions m'assaillaient... Et malgré les recherches poussées que j'ai moi-même entreprises, aidé de mes fidèles compagnons, je ne n'ai pas réussi à le retrouver, ni même à comprendre ce qu'il s'était passé.

Une... Tempête... ? Comme celle qu'il y avait eu lieu le jour où elle avait découvert Takibi sur la plage ? Maintenant qu'elle y repensait, cela signifiait que la flèche enflammée, qu'elle avait prise pour un avion en péril, était en réalité... ?

- Mais... Quand je l'ai trouvé, il était à peine plus gros que ma main ! C'était un oisillon, un nouveau-né, pas un... un oiseau gigantesque, comme maintenant.
- Cela ne m'étonne pas. Artémis a dû réussir à le blesser suffisamment pour que cela lui soit malheureusement fatal. Mais, pour Apollon, cela n'est pas vraiment un drame. Après tout, il n'est pas phénix pour rien. Sa mort n'a entraîné que la disparition de son enveloppe charnelle, son esprit est bien trop inébranlable pour sombrer. Mourir pour mieux revivre, tel pourrait être l'adage du Soleil... Mais je ne comprends pas pourquoi il a revêtu ce plumage inhabituel. Peut-être... Mais oui, tout s'explique, maintenant ! En me voyant avec Erato, il a dû comprendre la tâche que je souhaitais accomplir ! Mais, peut-être que cela faisait trop longtemps qu'il vivait dans ce corps... Ce qui expliquerait pourquoi il se serait laissé tuer par Artémis ! Ses pouvoirs se sont ainsi renouvelés... Et même décuplés ! J'ai déjà entendu parler de rares créatures aux couleurs inhabituelles, présentant des capacités bien supérieures à celles de leurs semblables communs ! Oui, c'est ça ! Il s'est sacrifié afin de m'offrir sa force nouvelle ! Oh, Apollon ! Merci, merci ! Mais, ton sacrifice n'aura pas été vain... Tu peux compter sur moi, j'en ferai bon usage ! Mais repose-toi donc, laisse-toi bercer par le chant superbe d'Erato...

Orphée acheva enfin son délirant monologue, ses yeux sans éclat de vie fixés sur l'oiseau aux couleurs du couchant. Le phénix flamboyant, affolé, les plumes ébouriffées, avait reculé au fur et à mesure que leur hôte, la Lyre dans les bras, s'était avancé vers lui. Mais désormais, il se trouvait acculé contre la porte. Il était piégé ! Et l'autre qui continuait à avancer !
Un sifflement sourd et strident l'intima de cesser tout mouvement. Il avait doublé de volume, le plumage gonflé par la peur et la méfiance. Ses yeux d'or fin apeurés roulèrent dans leurs orbites quand la main d'Orphée se leva vers les cordes. Sa panique monta d'un cran alors que ses doigts se rapprochaient d'un des fils, prêt à le pincer pour en produire ce son apparemment fabuleux...

Le Maître du Jour ne lui en laissa pas le temps. Déployant ses ailes dans un hurlement déchirant, strident de peur et de fureur, ses plumes d'ocre et de sang revêtirent leur gant de métal acéré. Avant même que la main du jeune homme ait effleuré la corde, le phénix flamboyant exécuta un pas circulaire nettement agressif. Orphée ne fit même pas un mouvement de recul. Les milles couteaux de son corps fusèrent dans un éclat d'argent, s'attaquant non pas à la chair de l'homme... Mais à Erato. Les lames robustes entamèrent sans peine le corps de l'instrument de musique séculaire, arrachant les ailes de l'oiseau, le décapitant, déchirant les cordes... La délicate tête d'oiseau, privée de support, vola sous la force du coup, mais fut bientôt rattrapée par les armes vivantes du Dieu solaire. La topaze céda sous les assauts furtifs de Takibi. La pierre se fendilla d'abord, puis se morcela. La lumière qu'elle dispensait auparavant disparut, comme souillée par l'air ambiant. En revanche... Une fumerolle dorée s'échappa du cœur du minéral, enfin libérée de sa prison de pierre, s'élevant doucement dans les airs en serpentant...

Orphée poussa un cri de douleur. Il porta précipitamment ses mains à sa tête, souffrant d'un mal inconnu. Les améthystes de ses yeux regardaient avec angoisse la pierre qui venait de se briser, et un nouveau cri déchirant s'échappa de sa gorge.


- Apollon, qu'as-tu fait !

Le serpent doré impalpable se scinda en d'autres petites fumerolles. A leur vue, Orphée se recroquevilla, le corps tordu, une douleur insurmontable dansant dans ses yeux fous écarquillés alors que ses mains pressaient ses tempes. Son visage était livide, plus pâle encore que de coutume, sa bouche cherchait un air qui semblait lui échapper. Il tremblait de tout son être, de souffrance et de terreur. Ses lèvres tentaient en vain de former des mots que sa gorge refusait de prononcer.
Tout cela dura jusqu'à ce que chacune des fumerolles quittât la salle de musique, désormais en désordre. Le maître des lieux s'effondra, sans connaissance, le visage figé par la douleur. Sibylle se précipita vers lui. Elle n'avait rien comprit à ce qu'il venait de se passer. Le phénix flamboyant s'était lui aussi approché. Il avait l'air bien plus serein, et regardait même l'homme avec une lueur de pitié et de tristesse dans l'or fin de ses yeux. Il posa doucement sa tête contre le dos de la jeune fille, faisant claquer doucement son bec. Elle le repoussa brusquement en se retournant, furieuse.


- Mais t'es complètement malade ! Tu as failli le tuer... !

Elle interrompit brusquement sa phrase et tourna vivement la tête vers la porte. Un silence pesant de mort régnait dans la pièce. Il fut brisé en un instant. Un hurlement déchirant, inhumain, vibrant de fureur, retentit jusqu'aux tréfonds de son âme. L'éclat de rage fut si violent, si extraordinaire qu'il la fit tomber en arrière. A nouveau, un sinistre silence s'installa... Mais il ne dura pas longtemps.