Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre Forum
Inscription

Destins liés ~Crépuscule~ de fan-à-tics



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : fan-à-tics - Voir le profil
» Créé le 05/02/2012 à 22:31
» Dernière mise à jour le 05/02/2012 à 22:31

» Mots-clés :   Présence de personnages de l'animé   Présence de poké-humains   Présence de shippings

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Trailer 2- La martyre.
Lalie était une enfant très heureuse. Fille de Charline, la championne extrème de l'emblème Chance, et de Pierre, maître de la ville d'Argenta et dépositaire du 1er Badge de la ligue Kanto, elle avait tout ce dont une fillette pouvait rêver. Respectée à l'école de par son ascendance prestigieuse, vénérée par les adultes qui la trouvaient tous si précoce pour son âge, elle avait deux meilleurs amis, qui à défaut d'habiter tout près de chez elle, venait la voir à chaque vacance et parfois même certains Week-end. De même, dotée d'innombrables tantes et tontons, et aux bons soins de ses baby-sitters réguliers, deux jeunes dresseurs adoptés par un couple de la ville, elle ne s'ennuyait jamais. Il y avait toujours quelqu'un pour la solliciter. De plus, Lalie avait quelque chose que tous les gamins n'ont pas à cet âge.

La certitude quant à son avenir.

Son père était éleveur de Pokémon de type roche principalement, et elle partageait avec lui cette passion quasi innée pour les pierres, mais peu à peu elle avait dévié de la ligne tracée par son père pour se spécialiser dans les fossiles. La proximité du musée d'Argenta, spécialisé dans ce domaine y était pour beaucoup, il fallait le concéder. Rien n'intéressait davantage la petite Lalie que de creuser, dénicher un reste d'une époque antérieure, puis de le voir renaître peu à peu pour devenir un de ses compagnons. Elle savait ce qu'elle désirait devenir déjà, championne, comme sa mère, mais uniquement dans les Pokémon antiques. Et elle avait foi en ses capacités, son chemin était déjà bien éclairé devant elle, elle n'avait plus qu'à avancer pas à pas, sans crainte.

Ses parents avaient jugés bon, confiants autant l'un que l'autre en l'absolu bienveillance d'Arcéus, de la baptiser alors qu'elle était âgée de 5 ans. Certitude qu'ils lui avaient transmis d'ailleurs, elle se sentait bien plus grande, avec l'illusion d'être proche de ce dieu, si fort, protecteur. Contrairement à Blake, son ange-gardien en toute circonstance, Acéus lui se parait d'une grandeur toute autre, spirituelle, inébranlable, inaliénable, elle avait hérité de la chance de sa mère et se voulait être la chouchoute du Destin.

Aussi, Lalie se regarda ce matin-là, au jour de son 10ème anniversaire, sans aucune crainte. Doucement, elle lissa sa jolie robe de mousseline, couleur rouge pastel. Elle tritura les bouts de dentelles blanches aux motifs si harmonieux et complexes ; avant de faire un tour complet sur elle-même ; pour admirer son effet dans le miroir.

-Que tu es jolie ma chérie ! Cette robe te va comme un gant ! Ronronna son père.

Lalie observa Pierre, le célèbre éleveur et maître de la pension d'Argenta, dont la réputation n'était plus à faire. Elle avait un vague souvenir de son géniteur, plus jeune, sans sa barbichette et ses petites pattes grisonnante sur les pourtours de ses tempes. Mais bizarrement, si son souvenir de lui plus jeune, un peu moins enrobé, un peu plus vif et fort, suintait de mélancolie, elle ne parvenait pas à lui préférer celui qu'elle avait devant elle.

-T'as vu Papa ? Elle est super jolie ? Hein ? Hein ? C'est Christelle qui me l'a offerte. Elle est trop belle. S'enthousiasma Lalie, écarlate sous le compliment de son père et d'excitation.

Elle fit à nouveau un demi-tour sur elle-même, pour bien lui montrer comme les volants se soulevaient à chacun de ses mouvements.

-Je suis sûr qu'Arcéus sera époustouflé par tant de beauté, il te prédira sûrement une année merveilleuse ! Ricana son père. –Oh, mais attend, il manque quelque chose !

Le cœur de Lalie fit un bond dans sa poitrine, paniquée, elle se crispa et bafouilla :

-Quoi ? Quoi ?

Avant de se ruer vers le miroir, avisant chaque parcelle de tissu, à la recherche d'un accroc, d'une erreur, d'une déchirure, qu'elle aurait causé par hasard, comme elle avait le don de le faire sur chacun de ses vêtements. Ne voyant rien sur sa tenue elle examina son visage.

Sa maman ne voulait pas qu'elle mette de maquillage, et de toute façon, elle trouvait que ça grattait, si elle appréciait de mettre une jolie robe de temps en temps pour avoir l'air mignonne, d'une fille, elle détestait bien cette mixture qu'on appliquait sur soit pour mentir sur son apparence.

Même si parfois elle aurait aimé se débarrasser du teint mât dont elle avait hérité de son père, pour avoir cette peau blafarde qu'avaient les poupées de porcelaines, aux allures si nobles.

-Mais non, mais non, tu ne cherches pas au bon endroit. Ricana son père en s'approchant d'elle par derrière.

Lalie eut une moue anxieuse, essayant bien de lui montrer que ses devinettes ne l'amusaient pas du tout. Elle savait que ses prunelles écarlates semblables à celles de sa mère le faisaient toujours craquer, et désirait ardemment mettre fin à ce petit jeu qui ne distrayait que lui.

-Regarde ! Voilà ce qui te manque !

Doucement, Pierre accrocha un ruban autour de sa nuque et le passa dans ses cheveux. Puis du plat de la main, il aplatit les épis de sa fille comme il avait l'habitude de le faire avec les siens.

-Voilà, regarde, maintenant, comme tu es mignonne !

Lalie pencha la tête sur le côté, et constata l'effet que donnait ce simple serre-tête en satin blanc sur son crâne. Un effet petit fille sage qui contrastait beaucoup avec sa chevelure brune aux fourches rouges naturelles. Elle aurait peut-être dut nouer ses cheveux, pour que les mèches bicolores ne se voient pas. Elle allait répliquer qu'elle voulait changer de coiffure et demander de l'aide à sa mère quand une voix s'éleva dans le couloir.

-Bon, vous venez où on y passe la nuit ? Je vous signale que j'ai pas que ça à faire !

Le timbre de Blake les fit sursauter et Lalie accourut aussitôt au galop.

-J'arrive, j'arrive ! Pars pas sans moi ! Pars pas !

Oubliant totalement son pauvre père.

Elle se rua aussitôt sur le grand jeune homme d'une vingtaine d'années qui se tenait sur le seuil de leur maison. La mine bourrue.

Lalie savait que Blake était beaucoup trop vieux pour se marier avec elle, il devait au moins avoir 28 ans ! Mais elle aimait bien le traiter comme si c'était son fiancé, c'était un peu un jeu entre eux, et le fait que le concerné ne sorte jamais avec des filles de son âge plus d'une soirée l'encourageait d'autant plus à répéter qu'il lui appartenait. C'était son baby-sitter, à la vie, à la mort. Voilà.

-Blaaaaake ! Tu as failli partir sans moi ! Rugit-elle, en croisant les bras à la manière dont sa mère le faisait quand elle était fâchée contre son père parce qu'il avait mélangé ses emblèmes avec ses badges.

L'interpellé fit la moue, et afficha un sourire taquin, son expression n'avait rien de douce à cause du tatouage tribal qui lui cernait l'œil, une sorte de motifs semblable à une flèche, tout en rouge. Il avait aussi un piercing au dessus de l'arcade sourcilière qui reluisait toujours sinistrement à volonté. On lui avait dit que petite elle adorait tirer dessus, mais depuis cette manie lui était passée. Elle avait bien trop peur de lui faire mal.

Parce que Blake, c'était son chouchou. Elle, elle était le chouchou de son papa et d'Arcéus, et comme Blake il n'avait plus de vrais parents et que sa sœur Sunny partaient toujours en voyage, bah, il était son chouchou à elle, Lalie. Comme ça, il n'était pas tout seul.

-Oh, que tu es belle ! C'est pour moi que tu as mis cette magnifique robe ? Se moqua Blake en la prenant par les aisselles et en la soulevant de terre comme de rien.

C'était aussi pour ça que Blake était son chouchou, son père à elle, il n'arrivait plus à la porter comme ça, il disait que ça lui faisait crac dans le dos, et sa maman elle n'en avait pas la force. Mais Blake, lui, il y arrivait.

-Non, c'est pas pour toi ! C'est pour Arcéus ! Rigola la gamine avec un sourire.
-Bouhou, je suis déçu ! Fit le grand homme, avec une expression rieuse.

Lalie l'observa du coin de l'œil, puis n'y résistant pas souleva le chapeau rapiécé qu'il avait toujours sur la tête, celui sombre avec un drôle de motif brodé sur le côté, pour lui tapoter gentiment le crâne, comme on l'aurait fait à un gamin.

-Faut pas, faut pas. Je t'aime tout pareil qu'Arcéus ! Le consola-t-elle, à moitié moqueuse.
-Heureusement que tu es là, parce qu'Arcéus lui, il m'aime pas.

Lalie arrêta de frotter la tignasse bleu nuit de son éternel baby-sitter pour plonger une œillade sévère dans son regard outremer.

-C'est pas vrai Arcéus il aime tout le monde.

Blake fit la moue, une vrai cette fois, celle blasée dont il avait le secret, qui semblait dire « cause toujours tu m'intéresses ». Lalie savait que Blake ne croyait pas en la même religion, mais à chaque fois c'était comme un coup en plein cœur. Elle aurait tellement voulu qu'il comprenne ce en quoi elle espérait chaque jour et la rendait si heureuse et sereine.

Il y eut un silence tendu entre eux, comme à chaque fois qu'ils abordaient le sujet.

-Dites-donc, je croyais que vous deviez vous dépêcher pour ne pas être en retard ?

La voix de Charline retentit dans son dos, et Lalie retrouva le sourire, car elle avait encore l'âge où la seule présence de sa génitrice suffit à alléger toutes les peines.

-Maman ! Maman t'as vu ma belle robe ? Lança-t-elle.

Lalie se fichait bien des photos et des vidéos témoignant de la jeunesse de sa mère, pour elle, elle 'était toujours aussi belle et attentionnée que dans ses souvenirs. Peu objective, elle ne voyait qu'à peine la graisse qu'avait apporté l'âge et la grossesse sur la taille fine et les cuisses de sa génitrice, et les quelques rides qui couvraient peu à peu ses expressions n'étaient rien de plus à ses yeux que le témoignage encore plus marqué de son amour à son égard. Sa mère était immortelle, et invincible contre le temps dans sa tête de petite fille.

Mais la réalité était tout autre, évidemment.

Charline timide comme au premier jour, hocha simplement la tête et dans une voix à peine plus audible qu'un murmure, ajouta :

-Et je vois aussi que tu as un beau prince charmant.

Lalie se sentit rougir et ricaner bêtement, comme toujours quand on parlait de Blake et elle dans ces termes.

-Vous êtes sûrs de ne pas pouvoir l'accompagner ? Demanda alors soudain Blake.

Charline afficha une expression peinée.

-Oui, malheureusement j'ai un challenger cet après-midi, et Pierre doit rendre un Pokémon à un client très important. Nous n'aurions pas le temps de faire le chemin jusqu'à Jadielle et de revenir.

Lalie se tripatouilla les mains, à la fois terrorisée à l'idée de rencontrer Arcéus seule pour la première fois pour lui lire son avenir, et également fière comme un paon. Elle était enfin grande, maintenant, on pouvait le dire, non ?

-Bon, très bien. Je vais me dépêcher alors, on fera ça vite, et quand je rentre avec Lalie, on fête son anniversaire et on lui offre son premier Pokémon, c'est clair ?

Comme d'habitude, les propos de Blake sonnaient comme un ordre dès qu'ils concernaient sa protégée, à savoir, elle. Charline ne s'en offusqua pas, et se contenta d'approuver du chef, tandis que son mari, Pierre, arrivait et passait un bras autour de ses épaules.

-Ne fait pas ton arrogant, parce que cette année, mon cadeau sera certainement meilleur que le tien, ma princesse va te snober !

Lalie ricana de l'attention et la rivalité quasi permanente planant entre son père et Blake, c'était toujours lequel des deux se feraient le plus aimé d'elle, qui la protégeait plus que l'autre. Ce serait mentir de dire qu'elle n'en tirait pas des avantages certains. Comme de gigantesques cadeaux à ses anniversaires, même si, elle le savait, Blake partait toujours avec un handicape lors de ces évènements, ayant comme seule source de revenu l'argent qu'il gagnait aux petits tournois sans envergure à travers la région.

-Bon, c'est pas tout ça, princesse, mais il va falloir monter sur notre cheval Blanc ! Lança Blake finalement. Il sortit de sa poche une pokéball reliée à une ficelle et joua avec quelques secondes, comme avec un yoyo avant de lancer celle-ci à terre. La sphère se détacha du lien dans un clac et s'écrasa au sol pour s'ouvrir en laissant apparaître la majestueuse Galopa.

-Allez, Hop, princesse.

Il la posa précautionneusement sur la monture qui hennit, et renâcla légèrement quand il monta à son tour sur son dos. Elle n'aimait pas porter plus d'une personne, mais son maître savait se faire obéir, et d'un claquement langue contre le palet il la fit partir au galop.

La vitesse des Galopa avait toujours été célèbre, mais Lalie s'en étonna d'autant plus que c'était bien la première fois que Blake la laissait monter sur le sien. Elle se sentit d'autant plus grande et sur le point de passer un cap.

-Alors, princesse, pas trop effrayée ? Lança Blake dans un sourire.
-Même pas peur ! Rétorqua-t-elle dans un rire, la poitrine gonflée par l'adrénaline.

Les martèlements de son cœur résonnaient contre ses temps, presque aussi rapides que les pas saccadés de la jument. La traversée de la forêt de Jade ne l'attrista même pas, contrairement à l'habitude.

Petite, on lui répétait sans cesse que le bosquet plus au sud de la ville avait été une des plus belles forêts du monde, un lieu recueillement, de passage, qui ne laissait aucun dresseur indemne après son passage. Il était dit qu'il s'agissait d'un lieu remplis d'esprits et de magie. Mais alors qu'elle était enfant, les arbres avaient commencés à se flétrir doucement, les feuilles s'étaient rabougries, les troncs centenaires s'étaient striés de tâches maladives, rongés par les insectes, les douces flaques avaient tournées en simples mares de boues et les magnifiques ilôts de mousses et de fleurs qui s'éparpillaient entre les racines géantes et les mini-lacs, tels des édens, avaient jaunis, jusqu'à ce qu'il n'en reste que de l'herbe sèche et poussiéreuse dans laquelle il était désagréable de s'étendre.

On lui avait susurré que la déchéance avait commencé bien avant le jugement d'Arcéus, et que dans toute sa magie, le dieu n'avait tout de même pas pu rattraper les dégâts, une fois le mal fait. Il avait d'autres priorités et préoccupations, plus importantes, comme leurs avenirs à tous.

Mais Lalie savait qu'Arcéus n'avait pas oublié la forêt et qu'un jour, il allait lui rendre sa splendeur d'antan, qu'un jour elle pourrait voir celle que ses parents avaient vue et aimée. Elle en était certaine, pour la simple et bonne raison, qu'un jour elle s'était aventurée et perdue dans le sous-bois. Et là, au milieu des ruines de bâtiments lugubres dont il ne restait que les murs, elle avait vu un champ de fleurs écarlates brillants sous l'astre nocturne. Elle s'y était sentie tellement en sécurité qu'elle avait finie par s'endormir là, et le lendemain, Sunny et Blake l'avaient retrouvée et ramenée chez elle.

Blake lui avait dit qu'elle s'était endormie dans un Qg de ces brigands qui avaient ravagés le monde quand elle était petite : les Teams. Ces mêmes méchants qu'Arcéus avait exterminés lors du jour de son jugement. Mais ni lui, ni sa sœur n'avaient vu le champ de fleur dont elle leur avait parlé. Lalie était donc persuadée que cette vision était un message tout particulier que lui avait adressé Arcéus quand elle avait peur, d'abord, qu'il serait toujours là pour la protéger, ensuite, qu'il rendrait un jour à la forêt de Jade sa beauté.

-Regarde princesse, voilà Sunny qui nous attend !

Lalie sortit de sa rêverie, réveillée par la voix de Blake, et elle se demanda s'il ne s'était pas endormie pendant le trajet. Il faut dire qu'elle s'était levée aux aurores pour retrouver sa robe et l'essayer, ce qui avait pris un temps considérable, vu que le beau tissu était enseveli sous une tonne de jeans usés et sales dans son armoire. Du coup, elle était fatiguée. Elle songea une seconde que peut-être Arcéus n'apprécierait pas de voir une de ses fidèles au visage tout bouffi par le sommeil.

D'un autre côté elle ne pourrait jamais être pire que Sunny.

La sœur de Blake avait toujours une expression triste sur le visage, elle pouvait sourire, mais son aura de mélancolie et de profond chagrin ne la quittait jamais, assombrissant chacun de ses gestes, et chacune de ses expressions. Un peu comme si elle ne passait jamais une nuit complète, elle conservait toujours un air las, fatigué, comme usée de tout.

Pourtant Lalie savait bien, depuis le temps, qu'elle était une femme adorable, à peine plus jeune que son frère, d'environ 25 ans, elle paraissait néanmoins bien plus vieille que lui. Elle adorait tout simplement ses cheveux noirs méchés de roses fushia, parce qu'ils lui rappelaient les siens. Malheureusement Sunny avait pris l'habitude de les attacher en une queue de cheval lâche qui lui retombait sur l'épaule négligemment et lui descendait jusqu'aux reins. C'était dommage. D'un autre côté, Lalie était mal placée pour parler féminité, elle qui adorait trainer dans la boue la plupart du temps, à la recherches de fossiles de Pokémons.

-Alors, bon voyage ? Lança Sunny en les voyant arriver, à l'orée du sous-bois.
-Rapide, mais tu connais Seika ! lança Blake en flattant l'encolure de leur monture. –Arcéus est toujours là ?
-D'après ce que disent les passants, je ne suis pas allée vérifier néanmoins. Marmonna Sunny.

Elle grimaça, comme le faisait son frère à chaque fois qu'ils parlaient de la religion de Lalie, et cela la vexa. Elle n'aimait pas leurs mines désolées et meurtries dans ces moments là.

-Dit-donc Lalie, quelle belle robe, ce n'est pas souvent que tu t'habilles comme ça ! Changea de sujet la sœur de Blake.

Un ricanement fier échappa à Lalie, incapable de bouder bien longtemps ces deux là.

-Oui, elle est belle hein ? C'est Christelle qui me l'a offerte quand elle est passée faire un reportage à Argenta, sur le concours, tu sais.

Sunny se contenta de sourire, sans réponse. Lalie se doutait qu'elle n'avait rien à ajouter, contrairement à son frère qui arrivait toujours à surmonter son asociabilité en jouant avec elle, Sunny elle, avait plus de mal à comprendre le concept de « parler pour ne rien dire ».Dresseuse sévère mais juste, elle agissait avec les hommes comme avec ses Pokémon (bien qu'on ressentait beaucoup plus d'affection entre la jeune femme et les créatures, qu'entre elle et les autres représentants de son espèce).

Son regard vert si clair qu'il tournait presque au bleu azur se posa sur Lalie, qui se sentit aussitôt rougir.

-Tu devrais mettre un châle, tu vas attraper la mort. Nous sommes en novembre déjà, tu sais, il fait frais.

Comme si elle avait un châle qui allait avec la robe ! C'était déjà un miracle qu'elle ait retrouvé un bout de tissu joli qui lui aille encore…Non, non, elle n'allait pas gâcher sa tenue, pour une fois qu'elle était jolie. Et si elle tombait malade, et bien tant pis.

De toute façon, Sunny était mal placée pour parler de ça, elle marchait tous les jours avec une écharpe blanche tricotée main autour du cou (même les jours de canicules) et avec au pied un feurisson. Malgré tout, elle arborait toujours ce teint cadavérique, blafard, bien plus pâle que celui de son frère. Lalie avait beau envier cette couleur porcelaine, si c'était pour sembler toujours malade et sur le point de défaillir elle préférait encore garder son hâle naturel. Surtout, que chaque année vers mai, Sunny était toujours malade comme un chien. Elle s'enfermait dans sa chambre, dans le noir, au fond de son lit, et n'en sortait qu'après plusieurs jours de convalescence, pour partir en « pèlerinage »direction Lavanville avec Blake. Alors, franchement, si Sunny toute aussi prudente qu'elle se révélait l'être attrapait toujours la crève, et bien Lalie pouvait conclure bon qu'être prudent contre les microbes ne servait à rien.

Elle n'avait pas besoin de châle.

Devant son air bourru, Sunny dût céder, car elle haussa les épaules et la prit dans ses bras pour la déposer au sol tandis que Blake rappelait son Pokémon.

-Tu l'emmènes ? J'ai cru entendre que cela se déroulait dans la chapelle, c'est juste à côté du…

Elle déglutit difficilement et ne finit pas sa phrase. Mais Blake devina seul le reste. Il hocha de la tête.

Encore une fois, Lalie n'apprécia pas l'expression de ses deux protecteurs, et elle gonfla la joue irritée de les voir se murer dans une souffrance qu'ils refusaient de partager avec elle. Mais que pouvait-elle y faire ? Cela faisait bien 8 ans qu'ils étaient auprès d'elle et s'ils continuaient de s'entêter et à être pudique après tout ce temps, c'est qu'ils ne révèleraient bien jamais le secret.

-Bon je vous laisse, mon petit ami m'attend.

Sunny leur fit un signe de la main furtif, et s'éloigna, comme une condamnée allant vers l'échafaud. Depuis peu, elle sortait avec un mec, plus âgé qu'elle, qui s'intéressait comme elle à la chasse aux shiney, sa grande passion. Ils faisaient régulièrement des excursions en amoureux pour en dénicher, mais revenaient souvent bredouille, ce qui avait le don d'irriter la sœur de Blake. Lalie savait qu'elle n'allait pas tarder à larguer le type en question, celui-là avait au moins le mérite d'avoir explosé le record de longévité : il avait tenu 3 semaines.

Blake finit par la tirer par la main, pour l'entraîner vers la ville, tandis que sa sœur disparaissait derrière les buissons morts de la forêt de Jade.

-Alors, raconte-moi Lalie…Commença son gardien.

Mais Lalie ne l'écouta pas. Elle venait rarement à Jadielle, à vrai dire, elle quittait peu Argenta, cela était du à une loi de Twilight, qui avait demandé aux gouvernements d'obliger les enfants à toujours voyager en groupes, et même au début de son installation au pouvoir, avec un adulte, et ce, même lors du voyage initiatique. La raison était que beaucoup de membres de Twilight se révélaient être des enfants, et qu'après le jour du jugement certains rescapés d'Arcéus, des méchants, cherchaient par tous les moyens à se venger.

Maintenant que les plaques d'Arcéus rencontraient un certain succès, chaque enfant baptisé pouvait partir en an en voyage initiatique après avoir reçu sa prédiction annuelle. Mais ils devaient toujours être accompagnés au minimum de deux autres enfants baptisés eux aussi. L'église organisait souvent des groupes de rencontre pour que tous les enfants de fidèles puissent partir. A la fin des un an réglementaire les enfants pouvaient choisir de continuer, (ensemble ou avec d'autres) mais pour cela ils devaient à nouveau recevoir leur prédiction annuelle.

C'était une des raisons, lui avait expliqué sa mère, pour laquelle ses parents l'avaient baptisée. Ils trouvaient ça bien plus sûr que les autres enfants, non baptisés, qui suivaient encore les règles d'avant. (C'est-à-dire qu'à 10 ans, ils pouvaient partir seuls, sans chaperon et ami, et ne jamais revenir s'ils l'entendaient de cette oreille).

Apparemment son père avait fait les quatre cents coups avec son ami d'enfance, durant leur voyage initiatique, et il voulait être certain de savoir ce qui attendait sa princesse pendant un an.

L'avantage, non révélé au public, de ce procédé, c'était qu'aucun enfant non baptisé qui périssait accidentellement lors de son voyage n'était jamais retrouvé, permettant aux parents de faire leur deuil.

-Tu t'attends à quoi comme cadeaux ?

Lalie sursauta, et secoua la tête, comme pour rattraper les mots perdus et éparpillés qu'elle avait loupée.

Blake soupira.

- Soit un peu attentif !

Ils dépassaient l'ancien stade de Jadielle, où se déroulait autrefois les tournois des écoles prestigieuses de la ville, se faisant s'affronter les derniers promus revenus tout droit de leurs V.I.E (voyage initiatique encadré). Mais depuis un drame, celui-ci était fermé, et ce système totalement tombé en désuétude, les écoles se contentaient à présent de simplement remettre les diplômes à ceux qui avaient les meilleures notes, sans les tester sur le terrain.

La petite chapelle où se tenait les réunions se dessinait lentement, entourée par la foule, et Lalie se fit la réflexion qu'ils avaient bien fiat de réserver, pour être sûre d'avoir sa prédiction.

-Comment ça se fait qu'il y a tant de monde ? Demanda Blake, étonné.
-C'est pas souvent que c'est la vraie interprète d'Arcéus qui vient faire les prédictions aux gens, c'est que pour les grandes occasions ou les grandes nouvelles ! Expliqua Lalie, toute fière de son savoir et à la fois blasée par l'ignorance de son tuteur, elle le savait totalement désintéressé par tout ce qui se rapportait à Twilight, mais à ce point tout de même !
-Boarf, mais comment ils font tous les autres sinon ?
-Bah, en fait, tout le monde peut lire sa plaque à lui, il suffit de la toucher, et tu sais ce qui va t'arriver dans l'année. Alors d'habitude Twilight se contente d'envoyer la plaque pour l'évènement, et un des membre ou un prêtre la nous donne et la reprend après la vision. Mais là, j'ai 10 ans ! 10 ans ! Donc Twilight envoie Arcéus, juste pour moi.

Bon et les autres enfants de Kanto qui se réjouissaient de la même célébration ce mois-ci.

-Ooooh, je voiiis.

Blake eut une moue, comme mécontent de la voir déjà si grande, mais Lalie était tellement contente d'avoir atteint un âge à deux chiffres qu'elle s'en ficha éperdument. Ce soir elle allait recevoir son premier Pokémon, fêter son anniversaire avec sa famille, et dans deux mois quand ses amis atteindraient eux aussi ce magnifique numéro, ils partiraient tous les trois en voyage initiatique pour un an.

Ce sera merveilleux, décida Lalie.

La petite chapelle avait une architecture totalement tordue, elle semblait minuscule vu de l'extérieure, mais une fois dedans, Lalie fut frappée par sa grandeur. Mais Blake ne voulut pas entrer pour voir ça. Il fit le strict minimum pour que sa protégée puisse passer à travers la foule et arriver jusqu'au seuil, puis s'adossa à une colonne.

-Je t'attends là.

Tant pis pour lui, se vexa Lalie. Des étoiles plein les yeux, elle admira les immenses arches qui s'élevaient, et d'où elle voyait couler parfois un canal d'eau, d'où pendaient des dizaines de fleurs, rideau de verdure tombant comme une cascade et filtrant les raies de lumières colorées que les vitraux gigantesques émettaient, lustré par de la peinture réfléchissante et constamment éclairées de petites lampes.

Lalie s'avança à pas de loup, intimidée. Un prêtre vint la rejoindre et lui demanda son identité avant de lui prendre la main et de la guider un peu plus en avant, vers la nef. Là, le prêtre lui demanda de s'asseoir, face à la fontaine. Une simple bassine de granite sculptée, et pourtant, il était magique de voir toutes les colonnes et arches se réunir pour ne faire qu'un, au dessus de celle-ci et de laisser tomber en une cascade de gouttelettes toute l'eau qui sillonnait et nettoyait tout l'édifice continuellement.

-Monsieur, qui a construit la chapelle ici ? Questionna Lalie, timidement.
-Ho, tous les édifices aux services de l'Ordre d'Arcéus et de Twilight sont dessinés par Moros, et construit par des fidèles ou des membres de l'organisation. Lui répondit gentiment l'homme.

Il la laissa de nouveau se perdre dans les détours de la magnifique architecture, certes un peu loufoque, mais ô combien envoutante.

-Tu sais ce que je préfère dans cette chapelle ? Finit-il par lui envoyer, en s'accroupissant au niveau de Lalie.

Celle-ci hocha négativement de la tête, et retint son souffle, appréhendant la prochaine merveille, le cœur battant. Le prêtre sourit avec amusement.

-Et bien, lève la tête !

La petite l'écouta, et regarda plus attentivement le plafond, déjà strié par les arches s'entrecroisant ça et là, couverte de verdure, ou agissant comme de petits aqueducs, apportant l'eau là où l'on le souhaitait. Elle avait déjà vu une fois une messe, bien que la pratique soit peu courante, et elle savait que sur les murs étaient dessiné de magnifiques fresques qui ne révélaient tous leurs secrets qu'une fois celles-ci trempées, ainsi le prêtre qui officiait activait un mécanisme qui faisait ruisseler l'eau sur la paroi et tout se révélait, comme par magie. Mais apparemment, ce n'était pas ça, que préférait le prêtre.

-Ne bouge pas. Lui lança-t-il, alors qu'il se dépêchait d'ouvrir une sorte de panneau de contrôle camouflé dans une colonne.

Lalie s'empêcha de le suivre du regard et se concentra sur le plafond, si décidée à ne pas louper le miracle qu'elle plissa les yeux jusqu'à s'en faire mal dans l'espoir de mieux y voir.

L'homme activa un levier. Soudain, le plafond sembla se désagréger, ou plutôt de rétracter, comme fait de fines lamelles de métal couleur pierre. Selon le principe d'un éventail, les lamelles revinrent les unes sur les autres jusqu'à ce qu'ils n'en restent plus que deux, qui allèrent se loger dans une aspérité taillée à cet effet.

Lalie sentit son souffle s'arrêter dans ses poumons. Là, au dessus d'elle, se révéla un magnifique dôme, entièrement en vitrail. Il diffusa une douce lueur colorée, enchanteresse dans toute la chapelle.

-Tu vois, ce qui est ingénieux, expliqua doucement le prêtre, c'est que le bâtiment est orienté en fonction du soleil, du coup, nous avons un vitrail sur la façade illuminée à l'aurore…

Il pointa celui de derrière, en forme d'arche qui représentait tous les légendaires formant un cercle autour d'arcéus.

-Puis celui du haut, qu'on ouvre au zénith.

Même s'il représentait exactement la même scène, c'était son préféré, de par sa position, on aurait cru qu'Arcéus veillait déjà sur eux et laissait tomber son jugement, bénéfique, de là-haut.

-Et celui-là…Qui s'illumine au crépuscule.

Le prêtre pointa alors du doigt un espace qu'elle n'avait pas vu, pourtant elle avait du le saisir en entrant, car il était visible sur la façade principale de l'entrée, mais ce vitrail-là était bien plus haut et caché derrière les mystères de l'architecture. Lalie se pencha en avant, comme pour mieux grappiller les quelques centimètres de plus de sa vision. Tout d'un coup une silhouette se découpa dans la lumière colorée, passant sur une passerelle d'un pas lent, se répercutant indéfiniment dans un écho chanté par la pierre.

La fille de Charline et Pierre comprit qu'il s'agissait d'une personnalité quand elle vit le prêtre si gentil exécuter immédiatement une révérence cordiale.

-Vous êtes vous remise de votre coup de fatigue ?
-Elle se sent mieux à présent, veuillez nous excuser, j'espère que gérer la foule ne vous a pas causé trop de problèmes…

Une première femme descendit, vêtue d'une drôle de robe, style empirique hybrides ; bleue azure, aux manches semblables à des kimonos, nombres de petits volants voltigeaient à chacun de ses mouvement, amplifiant la grâce de sa démarche. Elle avait la mine malade, et des cheveux auburns magnifiques, soyeux. On aurait dit une poupée, cet effet superbe faisait presque oublier ses formes sous développées. Lalie fut désolée de ne pas pouvoir admirer son regard, sûrement aussi envoûtant que le reste de sa personne, mais il était caché derrière une paire de lunette opaque, semblable à des visières de ski…

-Non, aucun problème, la journée a été plutôt calme, et presque tous les enfants du mois sont déjà venus. Il ne me restait qu'à célébrer quelques offices, mais elles peuvent très bien attendre.
-Dans ce cas, peut-être pourrions-nous nous absenter encore un peu, nous venons de recevoir un message du Qg, un corps non identifiable a été trouvé à Lavandia, à Hoenn, et nous espérions qu'Arcéus puisse nous aider à l'identifier afin de soulager le plus vite possible les familles.
-Oh, c'est-à-dire que…Commença le prêtre tristement.

Lalie sentit son cœur pulser à tout rompre dans sa poitrine, ainsi qu'un pic de déception. Oh, non, elle devait voir Arcéus aujourd'hui !

-Clotho, n'exagère pas, Thémis est encore fatiguée, elle n'a pas arrêtée depuis ce matin.

C'était une autre femme qui venait de descendre à sa suite dans l'escalier de fer forgé menant à une petite cellule plus haut, certainement réservée. Elle ressemblait beaucoup à la première, tout en grâce et en volupté, en ayant pourtant un corps sans âge digne d'une préadolescente tout juste commençant à acheter ses premiers soutiens gorge. Ses pas ne faisaient aucun bruit à son passage, alors même qu'elle marchait sur du métal, puis de la pierre creuse.

Ses cheveux d'un rouge bien plus affirmé que celui de sa partenaire étaient attaché en une haute queue de cheval, et elle, elle préférait porter le masque règlementaire des membres de Twilight, une simple coque blanche avec le cigle de Crépuscule. Son ensemble de vêtement était totalement noir, et beaucoup plus masculin, bien qu'un poncho personnalisé couvrait le tout jusqu'à sa taille.

Cette dernière croisa les bras, dans une moue physique montrant bien sa désapprobation.

-Thanatos ne devrait pas tarder, et je suis sûre que Thémis retrouvera le sourire dès qu'elle le verra, ainsi que son énergie. Contesta la dénommée Clotho.
-Atropos, la petite Lalie attend avec impatience la lecture de sa plaque, peut-être serait-il plus sage de remettre cette dispute à plus tard ?

Les deux femmes se retournèrent d'un bond.

Derrière-elle, se tenait la figure qui avait tout bouleversé 5 ans auparavant. Elle n'avait pas l'air de se rendre compte que toute la surface de la planète, croyants ou non, connaissaient son visage, et avait appris soit à la vénérer ou à la craindre. L'envoyée d'Arcéus comme on se plaisait à la nommer, ne possédait pas de traits fins et nets, comme les deux autres, à vrai dire, loin d'une vénus ou d'une muse, elle n'était pas particulièrement belle au point d'inspirer les artistes. Sa mâchoire avait quelque chose de rond, et l'absence d'émotion de l'être élu n'arrangeait en rien cette impression étrange. A vrai dire, si la beauté des deux autres femmes, même sans forme, coupait le souffle, ce qui retenait l'air dans les poumons de Lalie c'était plus l'horrible sensation qu'elle se tenait devant un être inhumain.

Arcéus ne respirait pas. Arcéus ne clignait pas des yeux. Arcéus avait la peau blafarde, tel un cadavre, à tel point que la peau de son cou semblait se confondre avec les pourtours blancs du col de sa robe simple et immaculée. Ses lèvres, ses joues, tout avait perdu de la couleur, ses cheveux eux-même se paraient de la pureté glaciale et morte de la neige. La seule teinte qui pouvait dénoncer un semblant de vie en elle se situait dans son regard. Deux prunelles, l'une aussi argenté et claire que la lune, l'autre aussi incandescente que le soleil au zénith. Mais ses yeux eux, ne luisaient d'aucune expression, en toute circonstance. Lalie l'avait déjà vu tenir un discours à la télévision, et jamais, jamais elle n'avait vu une seule émotion parcourir ce cadavre.

C'était impressionnant et effrayant à la fois.

-De toute manière, je devrais bien aller identifier ce cadavre un jour ou l'autre. Ajouta l'élue d'Arcéus.

Les mots sortirent de ses lèvres, continus, mais aucun geste, aucun pli sur son visage ne laissait entendre qu'elle comprenait ce qu'elle disait, qu'elle en avait conscience, qu'elle le pensait, ou que pour elle tout cela s'agissait de plus que de sons auxquels elle était indifférente.

Les deux autres en revanches ne parurent pas aussi froides et imperméables aux paroles puisqu'elles se détournèrent avec quelques grognements l'une de l'autre.

Lalie déglutit et baissa immédiatement la tête pour contempler avec intérêt ses deux pieds fourrés dans des jolies sandales assorties à sa robe. Intimidée. Elle tripota ses doigts et les tordit nerveusement, une boule se formant dans son estomac.

Elle dérangeait Arcéus. Peut-être devait-elle remettre l'entrevue à plus tard ? Oui, elle pouvait très bien attendre pour être grande. C'était mieux que de déranger Arcéus.

Une main se posa sur son crâne et le frotta gentiment.

-Ne t'en fais pas, tu ne me déranges pas du tout Lalie.

La petite sursauta et son regard croisa celui inexpressif d'Arcéus alors même que ces gestes signifiaient un élan de compassion et d'attention à son égard. Ce drôle de mélange lui arracha un frisson qu'elle ne parvint pas à analyser. En tout cas le rouge lui monta aux joues et la boule remonta jusque dans son cœur alors qu'elle réalisait timidement « Arcéus connait mon prénom ».

-Alors, tu es une grande fille maintenant, je suppose. Ajouta Arcéus. –Et tu as mis une jolie robe pour l'occasion. Je suis très touchée, elle est magnifique. Je sais que tu détestes porter des robes, j'en suis d'autant plus flattée.

Cette fois Lalie ne put s'empêcher de sourire de toutes ses dents, encore plus rouge qu'une tomate, malgré l'absolue neutralité autant dans la voix et les traits de l'incarnation de Dieu.

-Une amie de mes baby-sitters adore coudre, c'est elle qui me l'a offerte, balbutia Lalie qui se surprit à tripatouiller une de ses mèches de cheveux nerveusement pendant sa réponse.
-Oh. Je suppose que Twilight pourrait faire appel à elle.

Arcéus se leva et plissa sa simple tenue de côton. Une simple robe sans fioriture, juste pourvue d'un peu de dentelle sur ses pans qui lui tombaient sur les genoux. Une simple touche grises aux motifs rayé remontait jusqu'au col pour imiter le flanc gris de la forme originelle du Pokémon divin. Elle portait de simple mitaine blanche se terminant en dentelle et des sandales dans les mêmes teintes. La ceinture d'or que l'on pouvait voir sur les peintures représentant le Pokémon lui faisait office de serre-tête de manière démodée, un peu comme dans les vieux films sur Roméo et Juliettes, les espèces de chapeaux de dentelles et de perles qui devaient montrer la pureté de l'héroïne.

-Moi je vous trouve bien comme ça. Contesta Lalie.

Arcéus l'observa en retour. Mais elle disait vrai, aussi étrange que pouvait être la première impression quand on se tenait face à ce cadavre doté de vie par la simple volonté du Dieu, elle était attachante. Ce n'était pas de la beauté, ni du charme, il était difficile de conférer du charisme à une personne qui n'affichait aucune émotion…Mais c'était dans sa gestuelle, dans sa façon de regarder les gens, de voir au travers d'eux. Il y avait comme un reste d'humanité indéniable en elle qui la rendait mystérieuse.

Qui avait-elle été avant qu'Arcéus jette son dévolu sur elle ? Quelle avait été sa vie ? Quelles qualités avaient donc attiré le Dieu pour qu'il la choisisse ainsi ? Quelle être incandescent avait-elle du être pour qu'il subsiste encore ce fantôme de son existence, filtrant, survivant à la colonisation du Dieu dans son propre corps…

Lalie resta là, avec ses questions, jusqu'à ce qu'Arcéus lui prenne ses mains dans les siennes et lui murmure :

-Nous allons appeler ta plaque jusqu'à nous si tu le veux bien à présent. Ensuite, je te montrerai comment la lire. Ferme les yeux, et concentre-toi.

Lalie fut un peu perdue d'abord, mais elle se dépêcha d'obéir, même si elle ne savait absolument pas sur quoi elle devait se concentrer. Etonnement, les mains d'Arcéus étaient chaudes et agréables au toucher, elles lui rappelaient les caresses protectrices de sa mère.

-C'est bien, détend-toi, et pense maintenant à ta plaque. Susurra le timbre du dieu.

Il ne lui fallut pas longtemps, elle n'avait jamais put voir à quoi ressemblait sa plaque, en règle général c'était Twilight qui conservait les futurs des fidèles, dans leur Qg, et les dernières fois cela avait toujours été les prêtres qui lui avaient lu son avenir, sans la lui montrer. Elle se demanda une seconde à quoi celle-ci pouvait bien ressembler, mais elle se dit, qu'elle devait la représenter d'une manière ou d'une autre.

Le contact chaud d'Arcéus laissa place à celui froid de la pierre entre ses paumes et elle sentit une matière passer sous la pulpe de ses doigts, comme de la pierre polie, toute lisse, douce, comme un doudou sans poil ou les ongles tout nouvellement verni, avec l'odeur désagréable en moins.

Elle ouvrit les yeux sans en demander la permission, mais elle sut qu'elle n'en avait pas besoin.

Elle tenait dès maintenant un rectangle simple, taillé dans une matière semblable à du marbre, mais dont l'apparence laissait plutôt penser à de l'onyx. Quelques ornements simples, imitaient la célèbre spirale qu'on attribuait immédiatement aux fossiles, il y en avait aux quatre coins, mais également en son centre, où se tenait une sorte de perle, nacrée. Un long fil rouge convergeait jusqu'à elle dans une nouvelle spirale. En dessous elle pouvait lire son prénom, son nom de famille et ceux de ses parents, ainsi que sa date d'anniversaire. Elle savait que quand elle rendrait son dernier souffle, la date de son décès s'ajouterait à la liste et l'on s'en servirait comme épitaphe.


-C'est amusant, ta plaque est plutôt à dominance d'élément roche. Mais elle possède également quelques attributs contradictoires. Constata Arcéus.

Lalie savait que beaucoup s'amusaient à faire des horoscopes et des analyses de personnalités en fonction de l'élément de la stèle. Elle y croyait assez mais ne s''était jamais assez intéressée à cette science pour en tirer les conclusions qu'il fallait à la suite de la phrase du Dieu.

-C'est bien ? Hasarda-t-elle, inquiète.

Arcéus ferma les yeux et posa une main sur sa poitrine.

-Ce qui compte se trouve ici. Pas dans cette stèle.

Lalie ne comprit pas vraiment ce qu'elle désirait lui dire, mais les paroles la rassurèrent tout de même sans qu'elle n'en sache la raison. Peut-être, avait-elle juste besoin d'entendre qu'elle n'avait pas à s'inquiéter des détails.

-Voyons à présent ce que te dit ton avenir. Ferme à nouveau les yeux, et touche la perle en son milieu.

Lalie obéit, mais ne put empêcher ses doigts de caresser les douces courbes gravées qui encadraient le bijou, ceux dont un fin fil rouge soulignait la grâce.

Bientôt, une voix monta dans ses oreilles, comme un chant doux et entraînant. Envoûtant. Puis, doucement, ce fut au tour des images de venir se glisser sous ses paupières toujours closes. Elles étaient flous, juste des amas de couleurs incertaines pour le moment, mais elle sentait qu'un sens profond s'y camouflait.

Bientôt elle eut l'impression de ne plus être dans la belle chapelle, elle sentit la brise lui caresser le visage et soulever ses cheveux avec lenteur. Elle ne se savait plus assise ou debout, immobile ou active, son corps ne lui appartenait plus, il paraissait suivre une course indépendante de sa volonté. Elle ouvrit les yeux.

Il lui paraissait être au beau milieu de la campagne. En plein jour, un long chemin serpentait à travers les plaines. Elle le suivit, et observa les alentours, et peu à peu, elle discerna des mots se creuser dans la poussière, voisins des cailloux et de la terre meuble qu'elle foulait auparavant sans s'en soucier. Elle plissa des yeux et pencha la tête sur le côté pour mieux les lire.

« Novembre, Celle qui se nomme Lalie se trouvera face à un choix, et elle prendra celui du voyage, rejointe par ses amis, ils prendront la route pour l'initiation. Sa passion pour les Pokémon se pourra récompenser si elle se montre patiente et si elle sait trouver assez de bon sens pour savoir où chercher. »

Lalie savait que la plupart du temps, une fois le futur révélé, il était dur de s'y déroger, les martyrs qui désiraient échapper à leurs destins devaient souvent s'enfermer quelque part sans moyen pour eux de s'en délivrer pendant toute la durée du danger, car le corps agissait automatiquement pour aller vers son destin. Aussi, ne craint-elle pas de ne pas trouver la patience et le bon sens que lui demandait son avenir.

Elle releva la tête, et constata qu'elle n'était plus seule, à ses côtés se tenaient les deux jumeaux de l'amie de son père, l'infirmière Joëlle de Nénucrique. Ses deux meilleurs amis aux prénoms bizarres dont elle ne cessait de se moquer avec joie.

Elle n'avait pas revu sa « Lilotte » de son vrai prénom « Liselotte » depuis pas mal de temps, au moins un mois. De même pour son Pavel. Mais dans la vision qu'elle avait, ils n'avaient guère changé depuis la dernière fois, toujours les mêmes cheveux roses et les traits doux hérité de leur mère infirmière, ainsi que de grands yeux bleus. Tous deux avaient une même mine un peu rebelle qui plaisait à Lalie, Sa lilotte faisait toujours le contraire de ce qu'on lui disait, aussi spontanément qu'elle respirait, son Pavel se plaignait de tout, de rire, et refusait tout ce qu'on lui imposait. Leur obstination commune se lisait dans chacun de leurs traits et dans toute leur démarche. Etonnant d'ailleurs qu'ils soient si proches et si distincts à la fois, ils ne s'habillaient jamais de la même façon, Lilotte préférant les petits vêtements pratiques mais mignons et toujours élégants, tandis que Pavel préférait les salopettes usées et sales, les blouses, tout ce qui pouvait faire un peu plouc quoi. L'une avait les cheveux très longs et la coiffure de sa mère, l'autre les cheveux limite à la militaire. Pourtant ils étaient aussi impétueux, turbulents, grande gueule l'un que l'autre. Juste ils le montraient de manière différente et détestaient qu'on souligne ces défauts qu'ils partageaient.

Elle remarqua un Goelise et un meditika à leurs côtés, et elle fit la moue.

Ah non, elle ne voulait pas de ces Pokémons là comme starter ! Elle désirait un fossile. Vivace, elle continua à chercher du regard son futur premier Pokémon. Elle discerna vaguement un morceau de rocher mouvant à ses pieds et son cœur fit un bond dans sa poitrine.

C'était un Kabuto ça ? Son sourire impatient lui monta jusqu'aux oreilles alors qu'elle réalisait peu à peu. Cela demanderait beaucoup d'entraînement et de patience, mais c'était un excellent Pokémon !

Puis son corps, sous le coup d'une impulsion subite, baissa la tête pour relire de nouveau les mots se gravant dans le sentier.

« Décembre, Pour éviter un combat patricide celle qui se nomme Lalie verra ses pas guidés vers une contrée voisine. La fortune sera avec elle, même si cela demandera des efforts, durant plusieurs mois elle se posera des questions existentielles et remettra doute ses certitudes. Si elle sait tendre l'oreille, toutes ses demandes trouveront réponse. »

Soudain elle pila, et leva la tête pour se retrouver à un carrefour étrange. D'abord à droite, elle pouvait voir le chemin continuer à serpenter jusqu'à l'horizon, clair et ensoleillé. A gauche en revanche, un voile de brume recouvrait le décor, elle crut discerner des bulles flottants de si de là, pour remonter, comme porter par un souffle d'air chaud, le long du mur de nuage. L'orage grondait derrière cette paroi grisonnante.

Une pancarte affirmait :

« Janvier, Celle qui se nomme Lalie se trouvera face à un choix éprouvant sa foi. Celui qui pourrait unir son destin au sien la conduira hors des espérances d'Arcéus et vers un avenir incertain. Elle n'écoutera pas son cœur et repoussera son aide qui l'aurait emmenée là où même Arcéus ne pourrait la voir. »

Lalie tressaillit, et une ombre se dessina dans le brouillard grumeleux à côté. Elle savait ce qui signifiait ce terme sur l'écriteau, une de ses camarades de classe avait entendu ces mots lors de sa sixième année, mais sa phrase à elle n'était pas au conditionnel. Cela signifiait qu'elle allait rencontrer son futur époux durant l'année à suivre. Cela avait été le cas, et même si pour l'instant son amie et son « futur » ne s'entendaient pas bien du tout, cela ne changeait rien à l'évolution de leurs sentiments prédits par Arcéus. Même si quand elle avait dit ça à Blake, celui-ci avait eu une moue incertaine et répondu :

-Arcéus a dit qu'ils allaient unir leurs destins, pas s'aimer. La religion a tendance à nous faire être ce que l'on n'est pas.

Elle n'avait pas compris et s'était vexée. On ne pouvait pas se marier avec un homme sans l'aimer. De toute façon, ce type, elle le repousserait. Aussi détourna-t-elle le regard de la forme indistinct à travers les nuages. Mais une sorte de pressentiment lui tirailla le cœur.

Après tout, si le garçon qu'elle allait rencontrer était citée dans son avenir, il avait peut-être son importance. Peut-être qu'un jour elle allait devoir faire un choix au moment de son mariage, comment refuserait-elle le bon, si elle ignorait à quoi il ressemblait alors ?

Elle se retourna vivement, regrettant de s'être détachée immédiatement mais elle n'eut le temps de voir que deux grands yeux émeraudes à la tristesse infinie, avant que l'inconnu ne se fasse dévorer par le brouillard.

Le chemin disparut à nouveau sous l'orage, laissant à Lalie juste un cœur battant la chamade dans sa poitrine sous la force de ces deux grands yeux. On aurait dit deux émeraudes songea-t-elle une seconde, étourdie.

Mais bientôt ses jambes se remirent en marche et elle s'éloigna du carrefour, continuant à lire les prédictions de bonne fortune sous ses pas, en même temps que son groupe grossissait. Peu à peu, elle se retrouva avec un Anorith dont les ventouses s'accrochaient à ses mollets dans un bruit de succion « adorable » d'après elle. D'après elle, parce que la vision de Lilotte avait rétorqué en le voyant un « Erk » suivi du rire de son jumeau, plutôt moqueur. Ils n'avaient juste aucun gout ces idiots.

Finalement, le paysage changea peu à peu, les feuilles des arbres tombèrent, et elle récupéra un Lillia de plus dans son groupe, puis un Arkéapti vint lui montrer ses plumes colorées avec fierté, avant qu'enfin un mysdibul et volcaropod ne vienne compléter le tableau.

Autant dire que Lalie était littéralement aux anges.

Soudain, alors qu'elle arrivait vers le début de l'hiver et avait presque fait un tour complet de son année, le chemin s'arrêta. Comme ça, d'un coup, coupé par une falaise. Etonnée, elle se pencha en avant, la faille ne semblait pas profonde, elle voyait une tâche sombre au fond, même si elle ne parvenait pas à discerner bien ce qui s'y trouvait.

Elle ne remarqua pas que depuis quelques minutes Liselotte et Pavel avaient empruntés une bifurquassions. Ils se tenaient de l'autre côté du gouffre et lui faisaient de grands gestes, l'appelaient, comme pour l'inciter à les rejoindre. Lalie se trouva bien embêtée, et elle voulut leur envoyer un « J'arrive ! » en réponse, mais d'un seul coup ils sursautèrent puis s'enfuirent en hurlant.

Lalie se retourna juste à temps pour admirer un homme qui ressemblait un peu à Blake, un type avec des yeux bleus saphir et des cheveux gris, vieux. Elle sentit une pression et bascula en arrière. La chute ne dura qu'une seconde elle s'écrasa au sol et eut l'impression que son corps entier implosait, se disloquait. Le souffle court, secoué par une toux, elle roula sur le côté, encore ébranlée et ivre de douleur.

Mais alors qu'elle se redressait sur ses coudes, chaque geste lui arrachant une grimace, elle vit des mots se former dans la poussière sous elle.

« Celle qui se nomme Lalie mourra, tuée à 11 ans par un pédophile, à Halloween. Sa mort permettra la capture du criminel. »

Elle n'eut pas tout de suite conscience du sens de la phrase, mais celle-ci se fit rapidement effacée par une flaque de sang, et elle tourna la tête lentement, son articulation émit un son comme rouillé.

Elle eut tout juste le temps de voir une autre elle, disloquée, les yeux grands ouverts, inerte, de sentir l'odeur du fer lui vriller les narines, et d'entendre les pleurs de sa mère, mêlés aux cris de rages de Blake et Pierre.

Son cœur put à peine déraper, que la vision se disloqua, et comme si tout cela n'avait été qu'une vague farce, un cauchemar, elle se retrouva de nouveau assise sur les bancs de la chapelle. Mais son souffle erratique, encore secoué par la révélation, ses poings tremblants serrant convulsivement sa plaque, lui crièrent le contraire.

Ce fut une étrange sensation qui s'empara de Lalie, d'abord une peur panique. Elle ne saisissait pas les tenants et les aboutissants politiques de tout cela, mais comprenait vaguement qu'elle allait disparaître dans le néant.

Le cerveau humain n'est pas fait pour s'imaginer ne plus être, c'est pour cela qu'on se réveille en sursaut en cauchemar, avant de mourir, pour ça que quand on imagine sa fin on voit l'enterrement, les proches, pour ça que la notion de fantôme rongeait la conscience commune jusqu'à devenir un symbole universel dans toutes les ethnies.

Alors qu'elle cédait à proprement parler à la terreur, une main se posa sur son épaule, et comme par magie son rythme cardiaque, sa respiration saccadée qui l'empêchait de recouvrer son calme, tout, s'apaisa dans un léger frisson.

Arcéus posa ses yeux vairons sur la petite et l'observa.

Pourquoi, pourquoi elle lui faisait subir ça au juste ? Songea alors Lalie, n'était-elle pas sa chouchoute, sa protégée ? Ne l'avait-elle pas complimentée sur sa robe ? Des raisons toutes plus abracadabrantes les unes que les autres s'empilèrent, comme raison de la colère d'Arcéus à son encontre, ou au contraire, au nom de sa défense, dans un projet imaginaire qu'organisait son esprit désarçonné par l'injuste destin qu'on lui attribuait.

Puis tout bascula en quelques mots.

-Ne t'en fais pas, tout ira bien. Je serai avec toi.

Arcéus sourit. Lalie ne l'avait jamais vu sourire, sur aucune image. Jamais. Jamais. Doucement, l'être lui reprit sa plaque et celle-ci disparut en un flash lumineux. Un long silence s'imposa dans la chapelle, un long silence durant lequel Arcéus se contenta de regarder Lalie droit dans les yeux, sans peur, sans appréhension, mais aussi sans compassion.

Puis, avec une tendresse précautionneuse, comme si la petite avait été si fragile qu'au moindre contact elle aurait volé en éclat, Arcéus la prit dans ses bras et la berça en fredonnant. Lalie aurait du se raidir sous cette étreinte, se figer de peur, mais rien de tel ne se produisit. Son corps entier s'endolorit, s'apaisa.

-Je te remercie de tout mon cœur Lalie. Lui murmura Arcéus avec une voix d'ange.

Encore une fois, c'était comme si tout son être n'attendait que ces mots, il ne s'alarma pas le moins du monde, comme sous l'effet d'un calmant, tout eut du sens, tout pris sa place. Un drôle de sentiment, aigre-doux lui remonta la trachée.

Arcéus la remerciait. Arcéus la remerciait parce qu'elle allait mourir pour le destin qu'il avait façonné dans l'espoir d'atteindre le bonheur commun ? Mais est-ce que sa mère et son père pourrait atteindre le bonheur, malgré sa mort ? Ne risquaient-ils pas d'être tristes ?

-Ne t'en fais pas pour eux, le bonheur que j'ai promis est pour tous. Ils retrouveront un jour le sourire. Murmura Arcéus.

Cette idée au lieu de lui meurtrir le cœur, de l'alourdir de peine, l'enroula de sa chaleur rassurante.

–La mort n'est pas une fin, c'est, plutôt, le début.

Elle se détacha d'elle, et lui envoya un sourire. Encore. L'indifférence qui avait semblé s'incarner en cet être se transforma peu à peu en confiance. Une confiance inébranlable en ces mots.

Le prêtre vint alors prendre la main de Lalie, et l'emmena hors de la chapelle. Cette dernière eut du mal, encore secouée et incapable de réunir ses pensées, à détourner son regard de celui d'Arcéus. Mais alors qu'on l'emmenait à l'entrée, l'élue lui fit au revoir de la main, et Lalie entendit à nouveau ces paroles, sonnant en un écho infini au fond d'elle :

« Tout ira bien, je reste avec toi. »

La phrase résonnait encore sous son crâne quand elle se retrouva devant le parvis de la chapelle, Blake jouant au yo-yo sur les marches. Il remarqua l'arrivée de sa protégée et lui sourit.

-Ah ! Revoilà la petite princesse. Alors cette prédiction ?

Le regard saphir qu'elle avait toujours trouvé magnifique chez lui manqua de lui arracher un frisson d'horreur, au souvenir de la vision, et elle tressaillit à son contact. Son éternel baby-sitter s'accroupit, inquiété par sa réaction et envoya, penaud :

-Hey, princesse, ça va ? Tu es toute pâle.

Lalie se redressa, plissa sa robe nerveusement, et après un temps qui lui parut infini, elle parvint enfin à articuler quelques mots :

-Ca va super. Je vais rencontrer un garçon et capturer plein de Pokémons.

Un sourire bancal, craquelant étira ses lèvres. Elle ne comprit pas pourquoi elle mentait ainsi. Mais quand elle voulut corriger elle n'en trouva pas l'envie. De toute façon pour dire quoi ? Elle avait la vague image d'elle annonçant au bord de l'hystérie : « Hey, je vais me faire tuer par un homme qui te ressemble beaucoup ! ». Non, ça n'allait pas. Pas du tout.

Blake lui lança un regard suspicieux, puis fit la moue, avant de grogner.

-Rah, je préfèrerais que tu évites la partie concernant ce garçon !

Lalie resta muette, à fixer ses pieds, incertaine, les genoux tremblotants sous son propre poids.

-Lalie ? Lui envoya Blake.

Elle sursauta, et lui envoya une œillade déboussolée, comme le revoyant pour la première fois, ses prunelles s'agrandirent d'un sentiment qu'il n'identifia pas, mais le mit mal à l'aise.

-Blake…Ca veut dire quoi, pédophile ? Balbutia-t-elle finalement.

Lalie sentit le poing de son tuteur se serrer convulsivement, écrasant presque la sienne.

-Ca veut dire un adulte qui fait du mal à des enfants. Où tu as entendu ce mot ?
-Le…le prêtre parlait de ça avec un autre monsieur. Il parlait d'un pédophile et d'un enfant. Mentit-elle à nouveau, les mots allant plus vite que sa pensée.

Blake devint aussi blême qu'Arcéus et elle le vit se mordre la lèvre et cesser de respirer, comme soumis à une grande fureur et à la fois à une grande peur. Elle sentait sous sa prise chacun des muscles de sa mains se tendre sous l'émotion, et elle se mordit la langue.

-Je suppose que peu importe la religion les prêtres sont tous des pourris, finit par cracher Blake en lui tournant le dos. –Vient, Lalie, je te ramène à la maison. Vite.

Lalie aurait du s'offusquer de l'insulte qu'il proférait à l'encontre de sa religion, comme d'habitude, mais elle jeta un regard en arrière, vers la superbe chapelle.

Ici, elle avait appris qu'elle était ce qu'on nommait une martyr d'Arcéus. Ici, elle avait rencontré l'envoyée d'Arcéus, un prêtre gentil, et deux membres de Twilight. Ici, elle avait menti deux fois et sourit alors qu'elle n'en avait pas envie. Ici Blake lui avait caché le vrai sens du mot « pédophile ».

Une constatation sonna alors en elle.

C'était donc vrai, que la religion forçait les gens à être ce qu'ils n'étaient pas…

Après avoir été appelé une nouvelle fois par Blake, elle se résigna à le suivre, les jambes flageolantes, toujours incapable d'avouer sa faute et son mensonge, terrifiée à l'idée que dès qu'ils franchiraient la barrière de ses lèvres, pour devenir des sons, elles ne pourraient plus les retenir et s'empêcher de se réaliser.

Elle n'était même pas sûre d'avoir la force ou l'envie de fuir ce destin.

Alors que Lalie s'éloignait de Jadielle, à l'intérieur de la chapelle, d'autres spectateurs chamboulés, l'âme en peine, graves, restaient silencieux. La petite ne s'était même pas rendue compte que chaque mot lu durant sa vision, elle les avait prononcés à haute voix dans la nef. Le prêtre, désarçonné et triste, s'excusa à son retour et disparut dans sa cellule. C'était sûrement ce qu'il détestait le plus dans son travail.

L'annonce d'un martyr. Surtout si jeune.

-Je ne comprends pas, un martyr jeune est-il plus grave qu'un martyr vieux ? Toute vie ne se vaut-elle pas ? Interrogea soudainement Arcéus, qu'entre membre de Twilight, on nommait également Thémis.

Atropos, la femme aux cheveux rouges écarlates grimaça, et secoua la tête.

-Non, les vies ne sont pas d'égale importance.

Thémis sembla méditer sur ce sujet, car elle leva les yeux vers le ciel et poussa une sorte de « mhh » empli de réflexion. Mais les spectateurs se doutaient que tout cela faisait parti du jeu, d'un masque servant à faire croire que cette chose vivait et était dotée d'une âme.

-Thémis…

La concernée se retourna vers l'autre femme, Clotho, celle à la chevelure auburn.

-Dit-moi, pensais-tu réellement ce que tu as dit à la petite, ou, as-tu seulement utilisé ton pouvoir pour dire ce qu'elle avait besoin d'entendre, comme tu as l'habitude de le faire ?

Son ton dénonçait un certain dégoût et un rejet. Thémis pencha la tête sur le côté, et renvoya :

-J'ai dis ce que je pensais.

Clotho sourit.

-Là encore, dis-tu ce que j'ai envie d'entendre ou ce que tu penses ?

Elle siffla, et tourna la tête, mais le rictus qui étirait ses lèvres tressaillit l'espace d'une seconde, comme unique marque d'un doute.

-Je crois savoir la vérité. Décidément, tu n'es bonne qu'à dire ce que nous voulons de ta part. Je t'interdis de lire dans mes pensées. Finit-elle par déclarer, froide.
-Je ne peux pas t'obéir tu n'es pas mon gardien. Renvoya aussitôt Thémis, même si un semblant d'émotion, penaude, traversa ses traits.
-Ca suffit Clotho, laisse Thémis tranquille, gronda Atropos.
-Tu te laisses berner Atropos, un jour tu le regretteras, ne te fie pas à son visage innocent. C'est Arcéus, c'est un Pokémon. Un Pokémon n'a conscience, ni du mal, di du bien, ni de la moralité. Il ne fait que ce qu'on lui ordonne de faire.

Thémis ne parut pas offusquée par ce qu'on disait d'elle, en fait, elle resta plutôt impassible, contrairement à Atropos qui s'interposa, comme pour faire barrage de son corps entre sa collègue avec ses mots durs et l'envoyée d'Arcéus.

-Ne parle pas de Thémis comme ça.

Une tension palpable gronda sous les arches.

Puis soudain, une ombre s'étira, s'étiola sous l'autel, et bientôt sortit de sa réalité en deux dimensions pour entrer dans la 3ème, une forme vaguement humaine se développa, comme on perçoit vaguement se détacher une statue de son bloc de granit sous les coups de burin de l'artiste.

Thémis se tourna naturellement dans cette direction, et avant même que l'invité impromptu ne se distingue réellement, elle sourit.

-Thanatos.

En deux pas, elle fut devant lui, et alors qu'il se remettait de son apparition, elle prit ses mains sans les siennes pour les serrer avec chaleur. Ce n'était vraiment qu'en la présence de Thanatos que l'envoyée d'Arcéus semblait recouvrer son humanité perdue. Ses joues se coloraient très légèrement, et son regard s'illuminait.

-Si tout cela n'est pas un jeu… Murmura Clotho sceptique, avant de détourner la tête sous l'expression furieuse d'Atropos.
-J'ai entendu dire, que vous deviez l'emmener pour identifier un mort ? j'ai fait le plus vite possible…Marmonna le garçon qui avait toujours l'air d'un adolescent malgré les 5 années écoulées depuis son intégration dans l'organisation. Tout comme lui, Clotho et Atropos n'avaient guère changés, et paraissaient toujours jeunes.

-Tu vas bien ? Envoya soudain Thémis à l'adresse du nouveau venu. Sa mine avait le spectre de l'inquiétude.

Thanatos se permit un vague rictus, ce qui équivalait chez lui à un fou rire, attendri.

-Je…

Mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre, et l'entoura de ses bras, comme elle l'avait fait pour Lalie, avant de le bercer gentiment en fredonnant. Thanatos devint tout rouge sous son masque et elle s'arrêta, mais il lui murmura tout de même un merci, un peu bourru avant de s'éloigner.

Quel spectacle amusant de voir le grand, le craint, le terrible Thanatos fondre devant cette gamine. Elle était vraiment la seule à lui faire perdre tous ses moyens, tout comme il la sortait de cette torpeur quasi constante.

-B…bon, qu'est-ce qu'on attend pour y aller au juste ? Bafouilla ce dernier, mis mal à l'aise par les regards moqueurs de ses collègues.

Thémis s'accrocha à son bras le plus naturellement du monde, prête à partir. Cependant, Atropos ne put réprimer un sourire :

-Ma foi, le mort ne risque pas de s'enfuir lui. Alors nous avons tout notre temps.

Ce qui fit rire Clotho dans son dos, comme si la dispute n'avait jamais eu lieu entre elles. Ma foi, Thémis avait aussi ce don, de retourner l'humeur, pour le meilleur et pour le pire, selon son bon vouloir.

Clotho en un sens, avait parfaitement raison. Un jour, cette affection que certains lui vouaient les mèneraient tous à leurs pertes, à l'instar de la petite Lalie, qui ce soir là, entourée de tous ses proches pour son diner d'anniversaire, prononça plus de mensonges qu'elle ne l'avait fait en toute une vie. Où elle sourit faussement plus qu'elle ne l'avait jamais fait en 10 ans d'existence, et contempla la joie ignorante de ses parents, leurs sourires impatients de contempler sa réaction face au Pokémon qu'ils lui offraient.

Un magnifique Kabuto.

Et ce soir là, tous crurent que la petite Lalie versait de larmes de joie.