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Team Rocket Z-Squad de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 15/03/2026 à 09:51
» Dernière mise à jour le 15/03/2026 à 12:09

» Mots-clés :   Aventure   Famille   Organisation criminelle   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 5 : Au coeur de la FAL
La Fédération des Alliances Libres n’avait pas vraiment de capitale, mais elle tenait toujours ses réunions du Haut Conseil à Doublonville. Cette mégalopole était l’ancienne capitale de Johto, puis était devenue le centre de commandement de ceux qui luttaient contre l’hégémonie de Lady Venamia, et qui ont donné naissance à la Confédération Libre, l’ancêtre de la FAL.

Le Hall de la Paix avait été construit après la guerre : un dôme de verre gigantesque composé de vitraux parfaitement ordonnés qui reflétait la lumière du soleil, de telle sorte qu’on aurait dit un œil de mouche géant produisant des arcs-en-ciel. Pour y entrer, on devait passer devant toute une rangée de statuts, qui rendaient hommages aux héros décédés de la Guerre Mondiale. Et à l’intérieur, il y avait au centre un énorme amphithéâtre pour recevoir le Congrès des Chefs d’États et de gouvernements de tous les pays-membres de la FAL, en plus de la salle de réunion pour le Haut Conseil, au dernier étage.

C’était dans cette salle, un peu en retrait de la table centrale des Hauts Conseillers, que se trouvait la jeune Alrianne Mandersbrand. C’était une adolescente de seize ans, aux longs cheveux rouges dont les mèches se terminaient par du noir. Elle était, comme l’indiquait son nom, la fille aînée du héros Bertsbrand et d’Anna Mandersbrand, anciennement Tender, deux anciens membres de la célèbre X-Squad et aujourd’hui le duo au plus près du conflit avec les Réprouvés. Bien sûr, cette célèbre ascendance ne lui aurait quand même pas permit, elle une simple lycéenne, de se tenir là, au centre du pouvoir de la FAL.

Mais Alrianne était un peu plus qu’une simple lycéenne. Elle était membre de l’équipe d’assistants de Dame Impératus, le seul Pokémon Haut Conseiller de la FAL. Bien sûr, l’équipe était grande, et Alrianne se trouvait tout en bas de l’échelle. Elle n’était ni plus ni moins qu’une stagiaire, dans le cadre de ses futures études politiques. Alrianne était en effet une très bonne élève, et du fait sans doute de l’identité de ses parents, Dame Impératus a eu l’extrême bonté de la prendre pendant ses deux mois de grandes vacances pour qu’elle y découvre la plupart des rouages du pouvoir.

Normalement, en tant que simple stagiaire, elle n’aurait jamais pu assister à une réunion du Haut Conseil, mais Dame Impératus lui avait demandé de venir aujourd’hui, et d’être son assistante accompagnante. Tous les Hauts Conseillers avaient le droit d’en amener un, qui se tenait derrière son siège, sous les rambardes, discrètement et loin des caméras. Ça allait très bien à la jeune fille, qui si elle était reconnaissante de cet honneur, n’avait aucune envie de se mettre en avant. Et ce surtout aujourd’hui, car son propre père était auditionné par le Haut Conseil. C’était peut-être pour ça que Dame Impératus lui avait demandé d’être là.

Alrianne espérait que son père se tiendrait comme il faut et que, s’il la voyait, il ne lui fasse aucun signe. Ce serait le comble de la gêne pour elle. Bertsbrand était bien sûr un père aimant, et Alrianne le lui rendait bien, mais elle savait qu’il pouvait être très lourd et peu regardant sur le protocole.

Sur les six Haut Conseillers, il n’y en avait que trois physiquement présents. Les trois autres se servaient d’hologrammes pour participer à la réunion. Parmi les trois présents, il y avait Dame Impératus bien sûr, située sur le siège devant Alrianne. Le Pokémon Plante et Fée était la représentante de tous les Pokémon sauvages comme domestiques de la FAL, et une figure de proue pour eux. Elle était aussi celle qui avait effectué le rapprochement historique entre la FAL et son ennemi de toujours : l’Empire de Johkania. Ancienne Pokémon et assistante d’Erend Igeus, elle a aidé l’Empereur Julian à se débarrasser de lui et à sauver le monde de sa prise de contrôle. Il fallait ajouter à cela qu’elle était douée de parole, et qu’en plus, elle avait en elle un artefact extraterrestre surpuissant, le Solerios des Plantes, qui lui accordait longévité et un grand pouvoir floral.

À la droite de Dame Impératus, il y avait le Premier Conseiller en personne, l’homme le plus important de la FAL, celui qui avait un droit de véto au Haut Conseil : Sylvestre Wasdens. Un homme dans la cinquantaine, toujours élégant dans son costume doré, et qui tenait toujours une canne à pommeau. Monsieur Wasdens avait toute sa vie durant œuvré pour la paix et l’entente entre les peuples. Il incarnait la bienveillance à son plus haut niveau, et tant qu’il serait au commande de la FAL, tout le monde était assuré que jamais ce pays fédéral ne devienne une tyrannie.

Enfin, se tenait physiquement là le Haut Conseiller Régis Chen. Petit-fils d’un des membres fondateur de la FAL, le légendaire professeur Samuel Chen, il avait pris sa place récemment, suite à son décès. Régis était un héros de guerre, mais aussi un éternel artisan de la cohabitation entre humains et Pokémon. C’était aussi pouvait-on dire un ami de la famille. Lui et le père d’Alrianne se voyaient souvent, même si parfois, ils pouvaient se prendre la tête. Bertsbrand et Anna avaient surtout été proches de Galatea Crust, la mère des enfants de Régis.

Parmi les trois autres Hauts Conseillers qui n’étaient là que par hologramme, il y avait l’Empereur Julian oc Lunaris, le jeune dirigeant de l’Empire de Johkania, qu’on ne présentait plus. Même s’il était bien plus vieux qu’elle, Alrianne avait commencé à ressentir un coup de foudre pour lui depuis sa puberté. Il était très beau, il fallait le dire, et surtout très classe. Elle avait une photo de lui dans son journal intime, entourée de petits cœurs. Bien sûr, Alrianne était assez mature et sensée pour savoir qu’il ne s’agissait que d’un coup de cœur sans lendemain d’adolescente puérile. De plus, les paparazzis et magazines people avaient déjà acté que l’Empereur fréquentait avec assiduité une jeune G-Man. Et de toute façon, Alrianne et Julian étaient plus ou moins apparentés, leurs mères respectives étant cousines.

Autre beau gosse avéré, et lui aussi membre de la royauté : Alroy Haldar, le roi de Cinhol et dirigeant de ce qu’on appelait le Nouveau Monde. Il s’agissait d’un monde parallèle au notre, peuplé lui aussi d’humains, mais qui à l’origine n’avait aucun Pokémon. Depuis que des relations diplomatiques étaient nées entre la République de Bakan et le royaume de Cinhol, il y avait des échanges constants entre les deux mondes. Le Nouveau Monde était en effet quelque peu arriéré, ou pourrait-on dire jeune, comparé au monde actuel. On pouvait se rendre de l’un à l’autre grâce à de très rares anneaux que seuls quelques hauts diplomates et le roi Alroy lui-même se partageaient. Ce dernier devait être actuellement dans notre monde pour pouvoir interagir par hologramme ici, sans doute à Bakan. C’était un jeune homme qui avait pas loin des trente ans, à la chevelure blonde, portant une épée dorée dans laquelle était incrustée ses Pokéball. Et Alrianne savait que l’une d’entre elle renfermait le Troisième Dieu Guerrier, celui qui manquait à la collection de Julian : Hafodes.

Enfin, le dernier Haut Conseiller était une femme. Elle n’était pas la dirigeante d’un pays, mais celle d’un groupe de méta-humains qui s’appelaient les Gardiens de l’Harmonie. Bien qu’originaires de la région Naya, ces Gardiens de l’Harmonie ne répondaient qu’au Pokémon Légendaire Archangeos. Leur mission était à peu de choses près celle de l’Ordre G-Man, à savoir secourir les faibles, faire stopper les crimes, mais elles avaient un aspect un peu plus… spirituel. Adélie Dialine était donc la cheffe de ce groupe, une femme entre trente et quarante ans, aux cheveux roses et qui avait des yeux dorés pour le moins remarquables.

En plus des six Hauts Conseillers, il y avait deux autres personnes qui, sans être des Conseillers, avaient le droit de siéger au Haut Conseil, sur des sièges un peu en retrait. Le premier était le Grand Maître de l’Ordre G-Man, Peter Lance, toujours fort et immuable malgré ses presque cent ans. L’Ordre ne répondait pas devant la FAL, mais ils étaient tous deux alliés dans leur lutte contre le crime mondial, et se partageaient donc des informations. Quant au second, c’était la dirigeante de la Team Rocket, l’armée officielle de la FAL, qui se trouvait être aussi l’épouse du Premier Conseiller : Estelle Wasdens, anciennement Chen, la demi-sœur de Régis.

Alrianne était fébrile de se trouver dans la même pièce que tous ces gens importants et puissants, qui de par leurs décisions assuraient la bonne marche du monde entier. Et pourtant, du fait de ses parents et de sa famille, elle n’était pas spécialement madame tout-le-monde. Elle était une cousine au second degré de l’Empereur de Johkania, et son propre grand-père, Kasaï Tender, était le conseiller de la Défense de ce même empire. Il fallait ajouter que son petit-frère Joryan était, à douze ans seulement, un dresseur d’élite connu dans le monde entier.

Nombreux sont ceux, parmi ses camarades de lycée, qui disaient qu’elle était née avec une cuillère d’argent dans la bouche. Ce n’était pas totalement faux bien sûr, mais Alrianne détestait que l’on dise ça d’elle. Car quoi qu’elle fasse, tous les efforts et les sacrifices qu’elle pouvait entreprendre pour réussir, on allait juger ça normal. Elle était la fille de, la cousine de, la grande sœur de… et du coup, tout lui était ouvert sans qu’elle ne fasse quoi que ce soit. C’était ce qu’on pensait d’elle, parfois à voix haute. Ça la rendait folle et ça lui mettait une pression de dingue pour se montrer digne des attentes des autres. Elle s’en était confiée à sa mère un jour, et Anna lui avait répondu :

– L’argent, la célébrité et les relations ont toujours attiré la jalousie, et l’attireront toujours. Tu n’as que deux façons d’y répondre. Soit tu fais comme ton père et tu assumes totalement, en te contrefichant de l’opinion des autres. Soit tu leur prouves, par tes efforts et par tes actes, que tu as obtenu ce que tu détiens uniquement grâce à toi, et pas grâce à ta naissance. La seconde façon est bien plus dure et exigeante que la première, bien sûr. Mais tout le monde ne peut pas être Bertsbrand. Ton père nous le rappelle assez souvent…

Alrianne savait qu’elle ne pouvait pas être comme son père. Elle ne lui ressemblait pas. Bertsbrand était capable de se rire de tout et de tout le monde, en continuant de cultiver son image de super héros cool, sexy et surdoué en tout. Mais Alrianne avait un gros défaut, qui faisait qu’elle était incapable d’en faire autant : la modestie, une chose qui n’existait pas dans le dictionnaire de Bertsbrand. Et elle se savait incapable d’ignorer ce que les autres disaient ou pensaient d’elle. Ça la touchait, plus que ça n’aurait dû.

Du coup elle s’était plutôt réfugiée dans le travail. Et quand les Hauts Conseillers commencèrent à parler, elle prit des notes sur la feuille qu’elle tenait, façon scribe de séance. Dame Impératus ne lui avait rien demandé de tel, juste d’écouter. Mais ça pourrait peut-être lui être utile d’avoir une retranscription écrite de la réunion.

– Chers confrères, bonjour, commença le Premier Conseiller. Nous avons plusieurs choses à l’ordre du jour aujourd’hui, mais commençons, pour ne pas le retenir plus longtemps, à l’audition de Monsieur Bertsbrand concernant la création de sa nouvelle équipe d’intervention, qu’il a appelée de ses vœux. Votre Majesté Julian, je crois savoir que vous avez déjà donné votre accord ?

La voix de Wasdens était douce, mais tout le monde put sentir la légère remontrance dans sa question. De toute évidence, l’Empereur de Johkania avait pris une initiative qui aurait dû être du fait du Haut Conseil dans son ensemble. Ce dernier haussa les épaules avec un sourire d’excuse aux autres conseillers.

– C’est que je n’ai pas eu trop le choix… Bertsbrand avait déjà annoncé cette nouvelle aux otages du vol 615 de Kalos, qu’il venait de libérer des terroristes Réprouvés. J’aurais eu l’air de quoi si après ça je lui avais opposé un refus ?

Alrianne rougit de honte et s’efforça de se faire encore plus invisible dans la salle. Bien sûr. Son père avait encore fait des siennes, et c’était pour ça que le Haut Conseil l’avait convoqué… Alrianne aimait son père, mais elle devait bien avouer qu’il était pour elle un embarassement constant.

– Pour la défense de l’Empereur, j’étais au courant de ce… projet avant que Bertsbrand ne l’annonce, annonça Régis Chen. Il m’en avait déjà parlé, mais de façon officieuse. Je ne pensais pas qu’il prendrait les devants sans nous en informer dans les règles.

– Bertsbrand et les règles, ça fait pourtant deux, on le sait depuis un moment, fit remarquer Adélie Dialine. Mais passons là-dessus. On ne le changera pas maintenant.

– On ne peut rien lui dire du fait de sa popularité et de son utilité, dit le roi Alroy, mais est-ce vraiment une bonne idée de lui confier une équipe ? Il pourrait la modeler à son image, et nous aurions non plus un mais plusieurs super-héros à canaliser.

– Bertsbrand agit avec toute la liberté que nous lui avons donnée, rappela Impératus. Nous ne pouvons compter que sur Anna pour le maintenir dans les clous. Mais ce ne sera pas pareil avec une unité entière. Elle devra être bien ancrée dans la hiérarchie.

– C’est ce que je voulais évoquer avec vous, reprit Julian. Je pense qu’elle devrait officiellement faire partie de la Team Rocket. Ça lui donnerait une légitimité à agir partout sur le territoire de la FAL, et contre les menaces extérieures si elles se présentent. Au final, ça pourrait nous être bénéfique, si ça donne un cadre légal à Bertsbrand. Vous en pensez quoi, Madame Boss ?

Estelle Wasdens, dirigeante de la Team Rocket, haussa les épaules.

– Ça ne me dérange pas d’avoir une unité en plus, mais ne comptez pas sur moi pour la gérer directement. La décentralisation des forces de la Team dans tous les États-membres de la FAL est devenue telle que je n’arrive même plus à suivre. Nous avons trop de bases, et trop de personnel dispersés dans le monde. Je sais que c’est une demande de nos États-membres pour répondre à la menace de plus en plus sérieuse des Réprouvés, mais je n’ai plus le budget pour y répondre, ni le temps pour tout gérer. La Team Rocket est restée dans une économie de paix et de reconstruction de l’après-guerre, alors qu’on lui demande maintenant de jouer le gendarme partout…

De toute évidence, à en juger par les soupirs et les mines agacées de plusieurs Hauts Conseillers, ce n’était pas la première fois que le sujet était mis sur la table. Sylvestre Wasdens fit d’une voix apaisante à son épouse :

– La question du budget et des moyens alloués à la Team Rocket sera traitée prochainement, et oui, une augmentation conséquente sera sans doute d’actualité. Mais restons dans le sujet d’aujourd’hui. Que l’unité de Bertsbrand dépende officiellement de la Team, c’est une chose, mais à qui répondra-t-elle directement ? C’est là toute la question. Nous ne pourrons pas réunir un Haut Conseil à chaque fois qu’elle aura un rapport à faire.

Un long silence pesant en suivi, comme si chacun attendait que l’autre se porte volontaire. Au bout d’un moment, Julian dit :

– Je ne sers que de représentant et protecteur de la Constitution pour l’Empire de Johkania. Je ne suis qu’un symbole sans trop de réel pouvoir, si ce n’est celui de siéger parmi vous. Je pourrais donc sans doute trouver un créneau entre deux serrages de mains et inaugurations de musées pour gérer cette équipe, j’imagine. Je gérais déjà plus ou moins Monsieur Bertsbrand.

– C’est parfait alors, approuva Wasdens. Nous vous en remercions, Votre Majesté.

Julian avait semble-t-il hérité de la patate chaude. Certes, la popularité de cette future unité pourrait rejaillir sur lui, mais ce serait aussi à lui de répondre de ses actes devant le Haut Conseil. Alrianne songea que s’il s’avisait d’embarrasser l’Empereur, elle ne manquerait pas de dire ses quatre vérités à son père.

– D’ailleurs, poursuivit Julian, il m’a déjà fait part de ses souhaits sur les possibles membres qu’il veut pour son unité, et deux d’entre eux vont je pense nécessiter… notre accord pour cela.

– Laissons-lui le plaisir de nous demander ça lui-même, sourit le Premier Conseiller. Qu’on le fasse entrer.

Son assistant personnel s’éclipsa hors de la salle du conseil pour aller chercher Bertsbrand, qui devait attendre à l’entrée. Il entra avec la démarche assurée et nonchalante de l’homme qui était partout chez lui, même dans le centre du pouvoir du plus important pays du monde. Avec son look de dandy vieillissant, son costume impeccable et son bouc parfaitement taillé, il en imposait toujours un peu, mais comme d’habitude, il en rajoutait des caisses. Quand il remarqua sa fille derrière Impératus, il lui fit son petit signe de reconnaissance ; un claquement de doigt dans sa direction, suivi d’un clignement de l’œil. Alrianne, morte de honte, n’y répondit pas, et le regarda comme s’il s’agissait d’un inconnu. Quand il fut devant la table du Haut Conseil, il lança :

– Amis du jour, bonjour. Bertsbrand est dans la place !

 
***

 
– Ma choupinette d’amour ! Pourquoi tu me fuis ?

Le Haut Conseil était terminé. C’était un moment officieux où les Hauts Conseillers pouvaient rester dans la salle pour parler entre eux de divers sujets seuls à seuls, sans assistant ni micro. Quand Impératus s’était mise à discuter avec le Premier Conseiller Wasdens de la sorte, Alrianne s’était éclipsée, comprenant que son rôle était fini. Mais son père s’était mise à la suivre dans tout le Hall de la Paix, en l’appelant à haute voix avec des adjectifs et surnoms tous aussi plus gênants les uns que les autres.

– Belle, jolie, délicieuse Alrianne de mon cœur ! Pourquoi tu me fais la gueule comme ça ? Je t’en prie, arrête-toi pour ton vieux père ! Montre-moi tes magnifiques yeux ! Ma chérie ! Ma biquette ! Mon ange ! Ma douce colombe !

Alrianne s’était efforcée de marcher au plus vite en gardant les yeux rivés sur ses notes du conseil, faisant mine d’être prise par le travail. Mais comme les gens qu’elle croisait et qui entendaient les versets de Bertsbrand commencèrent à murmurer entre eux ou à ricaner, elle s’arrêta net et se tourna vers son père, furieuse. Bertsbrand, le grand héros mondial lui-même eut un mouvement de recul, tellement les yeux d’Alrianne en ce moment ressemblaient à ceux de sa mère Anna quand elle s’apprêtait à lui décocher le tranchant de sa main sur le crâne.

– Je ne suis pas ta douce colombe et tout le reste quand je suis en stage ou au lycée, papa ! Tu me files la méga-honte !

– La honte ? Mais enfin, je suis Bertsbrand ! Le seul et unique. Qui pourrait avoir honte de l’avoir comme père ?

– Tout le monde qui ne souhaite pas que son vieux le harcèle en public, surtout après le spectacle auquel tu t’es donné devant le Haut Conseil !

Alrianne parlait à voix haute, à la limite du cri, mais elle ne se souciait plus d’être discrète désormais. Elle avait besoin de mettre les points sur les i avec son père.

– Le spectacle ? Mais enfin, que…

– Tu t’es entendu leur parler ? Aux Hauts Conseillers de la FAL, comme s’ils étaient des fans venus te demander un autographe ? Si tu veux mon avis, tu as de la chance qu’ils aient bien voulu accepter tes demandes. Si ça avait été moi, je t’aurais envoyé balader !

L’air ahuri de Bertsbrand montrait qu’il ne comprenait pas ce que sa fille lui reprochait. C’était toujours comme ça. Cet homme vivait dans son monde, et n’avait aucune notion des conventions basiques pour les gens normaux. Quand elle était petite, Alrianne avait toujours vu en lui un héros invincible et le meilleur des pères, toujours si cool et si beau. Aujourd’hui, il était pour elle un pauvre type ringard et largué sur à peu près tout, qui ne devait sa puissance et sa célébrité qu’à ses Pokémon et aux sacrés coups de chance qu’il a pu avoir à de nombreuses reprises dans toute sa triste vie !

– Je ne vois pas ce que tu veux dire, se défendit Bertsbrand. Je leur ai parlé comme je l’ai toujours fait.

– C’est bien ça le problème… Ils tolèrent tes frasques parce que tu leur es utile et que les gens t’aiment bien. Uniquement pour ça. Cette Z-Squad que tu veux créer n’est qu’un autre exemple des trucs débiles qu’ils se forcent à mettre en place pour te faire plaisir, malgré toutes les galères que ça impliquent pour eux !

– Comment ça, un truc débile ? C’est tout à fait sérieux et réfléchi au contraire !

– Sérieux ? Avec un nom pareil ?

– C’est quoi le problème du nom ? J’ai repris celui de la X-Squad en changeant le X par un Z. C’est bien aussi, le Z. Ça me fait penser à la Team MZ, ce groupe de jeunes qui ont sauvé Illumis il y a vingt ans.

– On est plus il y a vingt ans justement, où vous autres boomers pensiez que c’était stylé de faire des noms d’équipe ou des titres de film ou de série avec des X ou des Z et un mot ou deux en galarien ! C’est juste ringard aujourd’hui. 

Bertsbrand eut l’air de recevoir une brique sur la tête à ce mot, comme si c’était la pire insulte qu’il puisse recevoir…

– R-ringard ?

– Oui, insista Alrianne sans pitié. Ringard. Démodé. Dépassé. Has been. Vieux jeu.

– Je ne pensais pas un jour entendre de tels gros mots de ta bouche, ma fille ! Et moi qui pensais t’inviter justement dans ma Z-Squad…

Alrianne secoua la tête, désespérée.

– Moi ? Dans ton équipe de super héros ? Et je peux savoir qu’est-ce que j’y ferais ? Ta secrétaire ? Je ne suis qu’une lycéenne, et mon seul « pouvoir » est d’être assez douée avec les mots et les lettres…

– Les jumeaux Crust étaient encore plus jeunes que toi quand ils ont intégré l’ancienne X-Squad.

– Les jumeaux Crust étaient des dresseurs et des enfants soldats entraînés par la Team Rocket, ainsi que des Mélénis en devenir. Moi, je n’ai aucun Pokémon ni aucune méta-capacité. Je ne suis pas toi, papa, et je ne compte pas le devenir. Je ne veux pas être célèbre, sauver le monde et combattre je ne sais quelles horreurs. Je veux juste être une fille normale, devenir une femme normale avec un boulot normal ! Il serait temps que tu te le rentres dans ton crâne, et que t’arrêtes de te projeter sur moi. Si tu veux absolument un enfant célèbre et populaire, tu as déjà Joryan, qui est bien parti pour devenir le plus grand dresseur au monde. Mais moi, je veux que tu me fiches la paix !

Elle cria ce dernier mot, et tourna les talons, le laissant là en plan. Il fut tellement choqué par son discours agrémenté de colère qu’il ne tenta pas de la rattraper. Alrianne expira longuement, et se força à se calmer. Elle avait fini par lui dire ce qu’elle avait sur le cœur, mais elle s’était clairement laissée emporter. Pleins de gens la regardaient, et s’il y avait bien une chose que la jeune fille détestait, contrairement à son père, c’était être le centre de l’attention.

– Eh bien ! En voilà un speech qui venait du cœur ! Je dirai à mon père de t’engager pour écrire ses discours…

Alrianne se retourna pour voir un jeune homme en haute tenue se diriger vers elle. Le reconnaissant, elle se mit à rougir.

– Terrence… Tu m’as entendu ?

– Je ne pense pas qu’il y ait une personne dans tout le hall qui ne t’aie pas entendue. Mais c’est tant mieux : ils auront tous compris que la fille du célèbre héros Bertsbrand est une ado rebelle mal éduquée qui ne respecte pas son père.

Terrence Wasdens était un ado d’un an de plus qu’elle, fils unique du Premier Conseiller Wasdens et d’Estelle de la Team Rocket. Ils avaient été dans le même collège, donc Alrianne le connaissait bien. Même si Terrence était une classe au-dessus, la jeune fille avait fait partie du même club théâtre que lui. Déjà à l’époque, il était mignon, et un meneur né, doté d’une passion et d’un talent oratoire qui en faisait un leader naturel dans à peu près tout. Il avait été le premier coup de foudre d’Alrianne, même si elle n’avait jamais osé se déclarer, par timidité, mais aussi parce qu’il était quand même le fils de l’homme le plus important du monde.

Aujourd’hui, alors qu’il travaillait déjà au service de son père au centre même de la FAL, Terrence était devenu un magnifique jeune homme, avec ses cheveux châtains ondulés et son sourire de star. Il avait un goût prononcé pour les tenues grandiloquentes, qui auraient été à la pointe de la mode dans une soirée entre nobles des anciennes Kalos et Galar sous la royauté. Contrairement à Alrianne, Terrence Wasdens était quelqu’un qui n’avait aucune crainte d’attirer l’attention, et qui savait rester classe et souriant même sous le feu des projecteurs. Nul doute qu’il suivra les traces de son père dans la politique, et qu’il s’élèvera un jour aussi haut que lui.

– Mon père ne comprend rien, se justifia Alrianne. Il pense que le monde tourne autour de lui, et que tout le monde devrait être comme lui. L’idée même que je ne veuille pas saluer des foules en délire en faisant des saluts ringards lui est étrangère.

– Tous les parents importants souhaitent voir leurs enfants marcher sur leurs traces, j’imagine, fit Terrence en haussant les épaules. Mais personne ne peut être Bertsbrand. Il est le seul et unique, et ce à jamais, comme il le dit souvent, non ?

– Il n’en ai pas à sa première incohérence…

– Tu sors du Haut Conseil ?

– Oui. J’ai pris des notes pour Dame Impératus.

– C’est que tu es plus importante que moi maintenant, sourit le jeune homme. Moi, je n’ai jamais assisté à une seule séance.

Gênée, Alrianne entortilla une de ses longues mèches rouges autour de son doigt. Elle jouait tout le temps avec ses cheveux quand elle était stressée ou mal à l’aise. D’assez drôles cheveux, pour ainsi dire. Ils étaient d’un rouge vif et éclatant, comme du sang… sauf le bout de ses mèches de devant, qui étaient noir. On avait jamais compris pourquoi, mais ça devait être génétique, car son petit-frère Joryan, c’était l’exact inverse : il avait les cheveux noir de jais, mais le bout des mèches rouge. Même s’ils coupaient les bouts, leurs couleurs étranges revenaient au bout d’un certain temps. Si Joryan trouvait ça cool et marrant, ce n’était pas le cas de sa sœur, qui n’aimait pas attirer les regards. Elle teignait donc couramment le bout de ses mèches, pour avoir une chevelure uniformément rouge. Mais ça ne tenait guère longtemps, surtout après la douche.

– Je… je vais y aller, annonça Alrianne. Je veux réécrire mes notes au propre avant que Dame Impératus ne revienne.

– Tant de sérieux ! rigola Terrence. Impératus a bien de la chance de t’avoir. Peut-être qu’un jour, on aura sa place et celle de mon vieux au Haut Conseil, à décider des affaires du monde ?

Alrianne produisit un son qui n’engageait à rien avant de le dépasser. Lui aussi, comme Bertsbrand, n’arrivait pas à la cerner. Elle ne voulait en aucun cas de la célébrité ou d’importantes responsabilités. À croire que l’ambition était un truc de beaux gosses surdoués. Elle n’avait de toute façon aucunement les compétences et le charisme pour aspirer à de hauts postes politiques. Elle ne voulait qu’observer.

C’était ce qu’elle aimait faire, ce à quoi elle était bonne. Observer, reporter, consigner. Elle voulait vivre les évènements, mais sans y prendre directement part. Elle avait toujours aimé l’Histoire, et admiré ceux qui l’ont façonnée. Elle se plaisait de rester dans l’ombre, à regarder agir ceux qui étaient dans la lumière. Même si son futur restait encore flou, elle envisageait d’être historienne, ou bien journaliste.

Elle n’en avait pas parlé à son père bien sûr. Bertsbrand aurait été horrifié que sa propre fille tende à de tels seconds rôles. Elle n’en avait pas parlé à sa mère non plus, mais pas pour les mêmes raisons. Anna avait toujours encouragé ses enfants à suivre la voie qu’ils voulaient, quelle qu’elle soit. Qu’elle lui dise qu’elle souhaite rédiger un manuel d’Histoire contemporaine ou bien devenir danseuse de cabaret, sa réponse aurait été la même : « bah vas-y, fonce ».

Alrianne n’avait jamais manqué de rien dans sa vie, car ses parents étaient pour ainsi dire pleins aux as, du fait de leur statut d’anciens et d’actuels héros. Mais alors qu’elle approchait de l’âge adulte, la jeune femme voyait bien qu’ils n’avaient jamais été près à devenir parents. Bertsbrand était un grand gamin, et le restera jusqu’à sa mort. Quant à Anna, elle ne s’était jamais trop comportée comme une mère, mais plutôt comme une grande sœur ; elle donnait de bons conseils, mais tu devais te démmerder tout seul. Et inutile d’espérer d’elle une quelconque trace de tendresse maternelle : la seule dont elle était capable, elle la réservait à son mari.

Alrianne avait parfois l’impression qu’elle et son frère étaient comme des animaux de compagnie, ou des Pokémon pour leurs parents. Qu’ils les avaient faits sur un coup de tête, sans trop réfléchir au comment du pourquoi. Elle comme Joryan avaient donc pris leur indépendance très tôt, comparé par exemple aux jumeaux Chen qui étaient baladés de baby-sitter en baby-sitter, par crainte de ce qu’ils pourraient faire s’ils étaient laissés livrés à eux-mêmes.

Bien sûr, Joryan la dépassait largement. Il avait toujours eu un don avec les Pokémon, et à l’âge de quatre seulement, il savait déjà ce qu’il voulait faire de sa vie : devenir un Maître Pokémon, et parcourir le monde pour voir et capturer le plus de ces créatures possibles. Il avait quitté la maison à dix ans pour son voyage initiatique, se débrouillant seul dans la nature avec ses Pokémon. Et comme il avait triomphé de la Ligue Pokémon de Johkan en moins d’une année, il ne s’en était pas trop mal sorti. Aujourd’hui, il se trouvait au bout du monde dans un pays qui n’était pas membre de la FAL, et qui n’avait pas la couverture réseau et internet pour qu’on puisse le joindre par téléphone. Si Alrianne aurait bien aimé avoir de ses nouvelles de temps en temps, elle ne s’inquiétait pas trop pour lui. Car Joryan Mandersbrand était déjà dans les faits un Maître Pokémon, l’un des plus jeunes qui soient.

Oui. Alrianne avait tiré la mauvaise pioche de la vie à la naissance. Pour elle qui aimait la discrétion et la tranquillité, elle avait un père qui était sans nul doute l’homme le plus connu et populaire du monde, une mère qui était une ancienne héroïne de guerre et membre d’une des plus hautes familles de la Team Rocket, et un petit-frère qui allait mettre à plat tous les records sur le dressage Pokémon. Heureusement qu’elle n’avait aucun complexe d’infériorité vis-à-vis de tout ça, ou bien elle se serait depuis longtemps enfermée dans sa chambre sans vouloir voir personne, à envisager de se tirer une balle…

Bah, c’était la vie. Et celle d’Alrianne n’était pas à plaindre non plus. Beaucoup auraient bien aimé échanger la leurs contre la sienne. Tout ce qu’elle pouvait faire pour eux, c’était aider ceux qui voulaient les rendre meilleures, comme Dame Impératus. Elle retourna donc à son bureau, rejoindre tous ses collègues qui assistaient la membre du Haut Conseil, pour recopier ses notes au propre et trouver n’importe quoi d’autre pour se rendre utile.

 
***
 

L’espion marchait tranquillement dans les couloirs du Hall de la Paix, affichant le sourire tranquille de celui qui était à sa place ici et qui œuvrait pour le plus grand bien de la FAL. Et parce qu’il était un bon espion, personne ne l’avait démasqué, encore moins soupçonnait. Mais cela faisait une année entière que l’espion compilait toutes les informations sensibles qu’il pouvait sur la FAL, pour les transmettre à ses amis de l’étranger.

L’espion ne faisait pas ça pour l’argent, encore moins par patriotisme. Il le faisait pour le futur du monde. Et en cela, l’espion n’avait donc aucun doute sur le bienfondé de ses agissements. Aucun remord. Des agents de la FAL perdraient peut-être la vie du fait de ses transmissions d’information à une puissance étrangère hostile ? Un bien maigre sacrifice pour le futur radieux de la Terre.

Mais aujourd’hui, l’espion n’avait rien tiré de bien sensationnel, si ce n’est cette histoire d’unité Z-Squad que le héros Bertsbrand voulait former autour de lui. L’espion n’y voyait qu’une énième preuve de son égo hypertrophié, mais ce n’était pas à lui de juger l’importance des informations qu’il avait. Il devait juste les transmettre, et c’était ce qu’il allait faire.

Ces crétins de la FAL étaient dans l’erreur constante, à vouloir tenter d’unifier le monde dans la paix sous la protection de symbole du passé comme ce Bertsbrand. C’était vers le futur qu’il fallait se tourner. Et le futur, il se trouvait dans la région de Pertinia, et non à Johkan…