Chapitre 4 : Le 36ème Régiment
On accusait souvent ceux qui avaient donné des noms à des lieux célèbres de ne pas avoir été bien inspirés à ce moment-là. C’était vrai pour certain, et particulièrement pour le pauvre gars qui, dans le passé, avait nommé le grand désert d’Unys le Désert Délassant. Parce que, comme tous les déserts, il était totalement lassant ! Du sable à perte de vue, le soleil, la soif, les sables-mouvants, les Pokémon Sol qui se cachaient dans le sable et qui sortaient d’un coup pour attaquer les voyageurs non-aguerris. Bref, c’était un désert comme tous les autres, et il n’avait rien de délassant.
Il avait toutefois une particularité. C’était un lieu archéologique reconnu pour ses ruines qui étaient le plus souvent enfoncées dans le sable. La principale était carrément un château entier, tristement nommé le Château Enfoui. Nombre de scientifiques et de dresseurs y tentaient parfois l’aventure, dans l’espoir d’y trouver quelques fossiles de Pokémon disparus, ou encore des trésors antiques. Beaucoup y étaient morts aussi, de multiples façons. Ils s’étaient perdus dedans et n’avait pas su remonter. Ils avaient été tués par les Pokémon sauvages qui habitaient les lieux. Ils avaient été ensevelis par des sables-mouvant, chose apparemment très courante dans le Château Enfoui… Bref, les raisons ne manquaient pas, et finalement, le gouvernement d’Unys avait interdit l’accès à ces ruines mortelles, sauf autorisation spéciale.
La caporale Iyali Canta faisait justement partie de ceux qui possédaient une telle autorisation, comme tous ceux de son unité de la Team Rocket. Elle avait souvent entendu parler du fameux Château Enfoui alors qu’elle faisait des recherches sur les lieux célèbres et mystérieux du monde entier, pour y trouver une possible inspiration pour son roman. Elle était très enthousiaste à l’idée de pouvoir enfin visiter ces ruines. Bien sûr, ce n’était pas vraiment une visite touristique. Des terroristes avaient fait de ces ruines leur base, et la mission du 36ème Régiment d’Intervention de la Team Rocket était de les débusquer.
- Alakazam confirme la position des cibles, fit la voix du major Grehans à la radio. Cinquante-trois individus très exactement. L’étage où ils se trouvent compte vingt-six Pokémon, mais impossible en l’état de différencier les sauvages de ceux des Réprouvés.
- Cinquante-trois ? répéta le lieutenant Vanber. Ce type de la police locale ne nous avait pas donné le chiffre de cinquante-deux avec une certitude absolue ?
- Il n’y a jamais de certitude à la guerre, fit le Première Classe Kifux avec philosophie.
- Heureusement qu’on n’est pas en guerre alors…
Le major ordonna le silence radio d’une voix sèche, puis s’adressa directement à Iyali.
- Caporale, des surprises quelconques qui nous attendent à l’entrée sud ?
Revenant au rôle qui était le sien dans l’unité : celui de démineuse et experte en explosif, la jeune femme manipula son radar de matière explosive et de radiation pour sonder les environs de l’entrée sud du Château Enfoui, préalablement sécurisée. Les cadavres de deux gardes gisaient sur le sable, devant l’entrée.
- Négatif major, répondit-elle. La voie est libre jusqu’au premier sous-sol. Je ne peux pas détecter plus loin d’ici.
- Bien reçu. Groupe deux, trois et quatre, vous prenez l’entrée sud. Groupe un et cinq, vous gardez l’entrée. Groupe six, sept et huit, avec moi dans l’entrée nord. On avance prudemment.
- Ne vous flinguez pas entre vous quand vous vous croiserez, fit la voix de Kifux sur le canal, le petit plaisantin du groupe cinq.
Iyali alluma la lumière de son M-16 et entra dans la salle sombre qui descendait plus bas que le niveau du sable, juste derrière le lieutenant Vanber, son supérieur direct. Les huit autres du groupe deux la suivirent derrière. Iyali n’était pas spécialement la plus compétente lors des fusillades, mais elle se devait d’avancer dans les premiers, justement pour repérer de possibles bombes ou autre pièges explosifs. C’était son boulot, sa spécialité au sein de la Team Rocket.
D’aucun aurait pu trouver étrange qu’une fille qui rêvait d’écrire un roman en fin de lycée se retrouve quatre ans plus tard avec un M-16 à la main en train de traquer des terroristes. Mais la vie réservait parfois des surprises ; c’était ça qui la rendait intéressante. Iyali était sortie dans les premières de sa classe au lycée, et avait intégré une école d’ingénieur haut de gamme. À la fin de sa quatrième année, elle avait eu la possibilité de postuler au sein de la Team Rocket, l’armée officielle de la Fédération des Alliances Libres.
Aujourd’hui, la Team était respectable, mais ça n’avait pas toujours été ainsi. À ses débuts, elle avait été une organisation criminelle et mafieuse, qui se servaient des Pokémon pour l’argent et le pouvoir, jusqu’à devenir un groupe paramilitaire en guerre avec l’ancien gouvernement de Johkan, celui des Dignitaires. La tristement célèbre Lady Venamia avait ensuite pris le contrôle de la Team pour en faire son fer de lance dans sa conquête de Johkan. Vers la fin de la Guerre Mondiale, la Team Rocket, sous la direction d’Estelle Chen, avait gagné ses lettres de noblesse en devenant la seule force armée autorisée au sein de la FAL.
Iyali avait saisi l’opportunité, sachant très bien que travailler un temps dans les rangs de la Team serait un formidable tremplin pour son avenir. Elle n’avait pas penser devenir militaire en premier lieu, juste une ingénieur sous contrat, mais la Team Rocket recherchait avant tout des gens qualifiés pour aller sur le terrain. Iyali n’aurait pas eu les mêmes possibilités d’avenir - ni le même salaire - si elle s’était contentée de bosser dans l’une des nombreuses bases Rockets sans en sortir. Et comme elle avait fini première de sa promotion en ingénierie pyrotechnique, les officiers avaient lourdement insisté pour l’avoir avec eux.
C’était ainsi qu’Iyali était devenue sous-officier avec le grade de caporale, et avait intégré le 36ème Régiment d’Intervention après une formation militaire de cinq mois. Un peu court, certes, mais Iyali n’avait pas vraiment vocation à prendre les armes. Elle en avait une par sécurité, mais son job était de repérer et de désamorcer les bombes, ou autre situation qui pouvait relever de son domaine d’activité. Mais comme le 36ème Régiment était spécialisé dans les assauts et la neutralisation de menace, Iyali avait été forcée quelque fois de tirer pour tuer. Ça lui plaisait que très moyennement, même si c’était des criminels, mais elle savait que c’était nécessaire.
Porter l’uniforme Rocket la remplissait de fierté, tout comme ses parents. Ses amis Ren, Rea et Isaac ne tarissaient pas non plus d’éloge. Ce n’était pour ainsi dire pas donné à tout le monde. La Team Rocket avait aujourd’hui une réputation élitiste avérée ; elle était en quelque sorte la police du monde, qui intervenait partout et sur toutes situations. Certes, le monde était en paix aujourd’hui, à part dans quelque territoires reculés comme la région Mandad ou le Continent Perdu, là où la Team ne mettait pas les pieds, mais ça ne voulait pas dire qu’il n’y avait aucune menace, loin de là.
La principale des menaces pour la Fédération des Alliances Libres était bien évidement l’organisation terroriste connue sous le nom de Réprouvés. Ces individus adeptes du chaos et de la destruction généralisée, portant tous des masques blancs tirant la langue, étaient nés lors de la Guerre Mondiale d’il y a dix-huit ans. Mais ils n’étaient pas morts avec elle, hélas. Ils se cachaient partout et provoquaient des attentats, sans pour autant émettre de réelle revendication, comme s’ils s’amusaient simplement des malheurs qu’ils provoquaient. Leur chef, le Maître des Cauchemars, alias Nightmare, était l’homme le plus recherché et le plus dangereux du monde.
C’était l’Ordre G-Man qui était chargé de trouver et de neutraliser Nightmare. Lui, et le héros attitré de la FAL, Bertsbrand. Cette cellule cachée dans le Château Enfoui n’était qu’un petit réseau, qui avait provoqué deux trois crimes sans trop d’importante à Unys. Mais ils étaient assez indésirables pour que la FAL demande à la Team Rocket d’intervenir.
Iyali, une Johkanienne de toujours, se voulait être une patriote. Elle croyait en la Fédération des Alliances Libres, qui était la garante de la paix dans le monde. Ça ne la dérangeait donc pas de travailler pour elle par le biais de la Team Rocket. Si la Team ne l’avait pas recruté, il aurait été d’ailleurs tout à fait possible qu’elle s’engage dans les Forces de Police Internationale, ou Interpol en abrégé, qui eux aussi étaient amenés à intervenir contre diverses menaces criminelles. Mais les FPI avaient un mandat quasi mondial, alors que la Team Rocket œuvrait uniquement pour la seule FAL.
Comme aucun pays n’était assez sot pour défier la FAL qui contrôlait bien 60% du globe, la Team Rocket n’avait aucune menace extérieur à affronter, et pouvait donc se focaliser sur les Réprouvés. Iyali se disait toujours avec une certaine ironie que si ces tarés masqués n’existaient pas, elle serait au chômage. Ils étaient en effet les seuls à utiliser encore des bombes pour leurs projets destructeurs. En dehors d’eux, le terrorisme avait quasiment disparu. Mais il restait parfois quelque bombes ci et là, datant de la Guerre Mondiale, qu’il fallait désamorcer. Mais de toute façon, Réprouvés ou pas, Iyali ne comptait pas désamorcer des bombes toute sa vie. Ce poste dans la Team était temporaire ; un contrat de cinq ans qu’elle ne comptait pas renouveler.
Elle n’avait pas abandonné son idée d’origine de devenir auteur, d’autant que son roman sur internet marchait très bien. Plus que bien même. Isaac Merloy, un ami d’Iyali, qui avait nombre de relations, était en train de chercher à la mettre en contact avec un éditeur de renom. Si tout marchait bien, elle pourrait peut-être vivre de son seul talent d’écriture dans peu de temps ; son rêve de toujours. Bien sûr, elle continuerait à servir dans la Team Rocket jusqu’à la fin de son contrat, en espérant qu’elle ne se fasse pas tuer d’ici là. C’était avec cette idée qu’elle s’enfonça dans les galeries sombres du Château Enfoui, avec l’espoir que les Réprouvés qui s’y trouvaient auraient l’amabilité de se rendre ou de se faire tuer avant dix-sept heure, qu’elle puisse rentrer à temps chez elle pour terminer son chapitre soixante-deux.
***
Si on demandait à Darkwish pourquoi il voulait détruire le monde, il vous répondrait sans doute que parce que c’était rigolo. C’était dans ce but qu’il avait rejoint les Réprouvés, il y a six ans : pour provoquer ruine et désolation, le tout en s’amusant. Avant cela, il était un homme important, bien ancrée dans la société ; un banquier d’affaire nommé Steve Brelnock. Il avait une place importante, un salaire élevé, une femme magnifique et deux enfants. Il pensait avoir réussi sa vie, être du côté des vainqueurs. Mais il avait oublié un détail important : la vie était injuste. Ce monde était injuste.
Un supérieur incompétent avait fait une erreur grave qui avait coûté à la banque des millions, et avait reporté la faute sur Steve. La banque voulait un bouc-émissaire, et malgré toutes les tentatives de Steve pour prouver sa bonne foi et son innocence, il avait été viré et condamné à payer de lourdes indemnités. Sa réputation détruite, il n’avait pu retrouver un autre emploie. Sa femme l’avait quitté en amenant avec elle leurs deux enfants, et Steve était resté seul, criblé de dettes à n’en plus finir.
Il avait alors hésité entre deux options : le suicide, ou la folie. Il avait choisi la folie. La première chose qu’il avait faite avait été d’assassiner son ancien supérieur qui lui avait fait porter le chapeau, puis tous les autres cadres de sa banque. Après quoi, il avait tué sa femme, et également ses deux enfants, pour faire bonne mesure. Il avait été arrêté après tous ses meurtres, et placé en prison à perpétuité. Mais la prison en question avait été attaquée par les Réprouvés, et nombre des criminels avaient choisi de les rejoindre. Steve en faisait partie, et en même temps qu’il avait porté le masque blanc rieur des Réprouvés, il s’était choisi un nouveau nom : Darkwish.
En six ans, il avait gravi les échelons de l’organisation terroriste, en raison de sa froide intelligence, mais surtout d’un fanatisme incontestable envers l’idéal des Réprouvés : détruire ce monde abject qui les avait impitoyablement rejetés. Darkwish était désormais un officier, le commandant de la cellule d’Unys. Il avait la confiance du Maître des Cauchemars, et comptait bien transformer cette région paisible en un havre de crimes, de destructions et de folie. Confortablement installé sur sa chaise, dans leur repaire du Château Enfoui, il leva un verre de vin en direction de son invité.
- Comme vous le voyez cher ami, nous sommes une cellule organisée et professionnelle, à Unys, pas comme la plupart des autres qui ont un talent fou pour causer le chaos où qu’ils passent, mais qui se font démanteler en très peu de temps. Nous, nous sommes là depuis plus de deux ans maintenant, sans que le gouvernement d’Unys ait pu nous attraper. Alors certes, nous ne faisons pas sauter des villes tous les jours, mais au moins, nous œuvrons dans la durée, pour déstabiliser peu à peu le gouvernement.
Son interlocuteur était un individu portant un manteau à capuchon brun, et dont le visage était caché par un masque. Pas un masque blanc de Réprouvé non, comme tous les hommes de Darkwish en portaient autour de lui ; un masque jaune, et qui au lieu de tirer la langue, arborait un large sourire niai.
- Je vois je vois, fit celui-ci d’un ton aimable. Vous êtes manifestement un meneur prudent et efficace, monsieur Darkwish.
- Et comment ! C’est là tout la force mais aussi la faiblesse des Réprouvés : nous recrutons tout le monde, même les plus tarés et les plus instables, du moment qu’ils veulent détruire. Notre organisation a aussi besoin d’hommes réfléchis et posés comme moi. C’est pour cela que Lord Nightmare me fait confiance.
- Vous êtes trop modeste. J’ai entendu parler de vos exploits avant que vous ne rejoigniez les Réprouvés, monsieur Darkwish. Quatorze meurtres à la suite, dont ceux de votre ex-femme et de vos enfants ; et il parait même qu’on a retrouvé que quelque morceaux de votre première victime. J’ai connu plus « réfléchi et posé ».
- Ah, mais c’est là toute la subtilité, Mister Smiley. Ces meurtres, je les ai prémédités et préparés avec soin. J’ai agi en réfléchissant posément, ce qui explique que j’ai pu en commettre quatorze avant de me faire arrêter. Je ne suis pas un de ses idiots qui agissent sur un coup de tête, pris d’un soudain accès de démence. Le meurtre et la destruction sont pour moi des convictions.
- Que voilà une phrase joliment dite, approuva le dénommé Mister Smiley.
Il leva son propre verre comme pour porter un toast à cela, et en glissa le bout son sous masque jaune. Darkwish ricana en le voyant faire. Ce Mister Smiley, en dépit de son statut de criminel de classe internationale, était un grand timide, incapable de retirer son masque même pour boire ou pour manger. Darkwish lui ne portait son masque de Réprouvé uniquement lors des opérations. Il n’éprouvait guère le besoin de se cacher en permanence le visage, comme tant d’autres Réprouvés qui espéraient renier la personne qu’ils étaient avant. Darkwish ne reniait rien, lui. Se renier aurait été renier son intelligence, son histoire et son but.
- Ah, mon clone d’ombre invisible à l’extérieur m’apprend que les forces de ma Team Rocket viennent d’entrer dans les ruines, dit Mister Smiley après sa gorgée de vin.
- Pas trop tôt, grommela Darkwish. On allait commencer à manquer de vin.
Comme Darkwish était plus intelligent que les autres – et même que la Team Rocket – il avait bien sûr prévu à l’avance qu’elles étaient en train d’enquêter sur sa cellule à Unys. Il avait fait en sorte qu’elles découvrent sa planque rapidement, justement pour les attirer à l’intérieur. Car Darkwish avait un atout de poids : le célèbre Silas Brenwark en personne, alias Mister Smiley, l’un des protagonistes de la Guerre Mondiale d’il y a dix-huit ans, allié de Lady Venamia et dernier membre de la secte aujourd’hui disparu des Agents de la Corruption. Un homme recherché par toutes les polices du monde et par l’Ordre G-Man, tout aussi sûrement que le Maître des Cauchemars en personne.
Mister Smiley n’était pas membre des Réprouvés et ne comptait pas les rejoindre, mais il avait plus ou moins le même objectif que le Maître des Cauchemars. La seule différence, c’est que Mister Smiley voulait détruire la FAL, et le Maître des Cauchemars voulait carrément détruire le monde entier. Dans l’immédiat, leurs deux objectifs s’accordaient, car la Fédération des Alliances Libres était le ciment de la paix et de la stabilité dans le monde.
Mister Smiley voulait se venger de ce pays, dont les figures phares avaient anéanti Horrorscor et son Armée des Ombres il y a dix-sept ans. Se considérant comme le dernier des Agents de la Corruption, Mister Smiley entendait poursuivre leur but, au nom, disait-il, de la fille qu’il avait aimé, devenue aujourd’hui l’équivalent d’une déesse dans un autre plan d’existence.
Darkwish avait attentivement écouté Mister Smiley raconter son histoire et son but, et en avait conclu que l’homme était totalement dérangé, même plus que la moyenne des Réprouvés. Mais Darkwish n’avait rien contre ça. Il avait rencontré l’homme masqué il y a un mois, sur le lieu d’un de ses récents attentats. Smiley lui avait proposé son aide, dans le seul but de causer du tort à la FAL. Darkwish, avant d’accepter, avait bien sûr demandé des renseignements à son chef, le Maître des Cauchemars en personne. Mister Smiley et lui étaient des connaissances de longue date, visiblement. Lord Nightmare avait donné son feu vert pour accepter l’offre de Smiley, mais tout en lui recommandant de le garder à l’œil.
Le Réprouvé était on ne peut plus d’accord. Silas Brenwark n’était pas un homme à qui on pouvait faire confiance. Toutefois, il aurait été bête de se priver de ses pouvoirs. Ce type était effectivement doté de capacités dépassant l’entendement, même pour le Maître des Cauchemars lui-même, qui pourtant n’était pas le dernier en termes de phénomènes surnaturels. Mister Smiley semblait capable d’à peu près tout. Il pouvait se rendre invisible, se démultiplier, voyager à travers de grande distance en un clin d’œil grâce à un portail dimensionnel, et accessoirement, il pouvait aussi créer quasiment tout ce qu’il voulait à partir de rien.
Darkwish était tombé des nues quand Smiley lui avait fait une démonstration de ses pouvoirs en matérialisant devant lui une centaine des plus gros billets de banques de la FAL. Et ce n’était pas de la téléportation d’objets d’un lieu à un autre, mais bien de la création. Et il ne s’arrêtait pas à ce qui existait, mais pouvait aussi concevoir des choses nées de sa propre imagination, ses préférées étant des peluches géantes meurtrières qu’il affublait de noms tels que Sire Duck le Psychopathe ou Mimi la Souris. Enfin, il était également capable de fouiller dans l’esprit des gens pour matérialiser leurs peurs ou des personnes de leurs connaissances.
Bref, ce gars était illimité. Darkwish ignorait comment il pouvait faire tout cela, et visiblement, le Maître des Cauchemars n’en savait pas plus. Silas Brenwark était-il seulement un humain, ou Arceus qui avait pris forme humaine ? Darkwish n’aurait pas été contre des réponses, mais Mister Smiley restait très évasif concernant la nature de ses pouvoirs. Et puis bon, au final, tant qu’il l’aidait à se débarrasser de l’unité Rocket qui le traquait, ça n’importait pas plus que ça à Darkwish de le savoir. Mister Smiley posa son verre et se leva en se dégourdissant les mains.
- Ainsi donc, vous les voulez tous morts, à part un pour faire un otage ?
- C’est ça, confirma Darkwish. Non pas qu’on le libérera ; de toute façon, la FAL ne paie jamais. Mais on pourra faire avec des vidéos bien flippantes de revendication. Ah, et évitez de détruire ces gars totalement hein ? J’aimerai avoir quelques têtes intactes, pour les renvoyer en colis recommandé au Haut Conseil de la FAL.
Darkwish éclata d’un rire gras à son propre projet. Tout autour de lui, ses hommes masqués s’activèrent, prirent leurs armes et les chargèrent. Mister Smiley leur coula un coup d’œil.
- Vous n’aurez pas besoin de tout ça si je suis là.
- C’est juste par sécurité, si jamais un d’entre eux devait arriver jusqu’ici.
- Aucun d’entre eux ne m’échappera. Je les ferai prisonnier de mon univers, celui où je peux donner libre cours à mes créations. Ça faisait longtemps que je n’ai pas eu de victime avec qui m’amuser. J’ai bien l’intention d’en profiter.
Darkwish se demandait ce que Mister Smiley avait fichu ses dix-sept dernières années. Un type comme lui aurait facilement pu provoquer un merdier de classe internationale incroyable avec ses pouvoirs, mais étrangement, il était resté discret. Darkwish ne croyait pas qu’il soit resté caché pour fuir ceux qui le recherchaient. Il n’en avait pas besoin, avec ses pouvoirs d’invisibilité, de clone d’ombre ou de téléportation dimensionnelle. Si même les héros de la Guerre Mondiale, genre la X-Squad, Mewtwo ou encore l’ancienne souveraine Eryl Sybel n’avaient pu l’éliminer ni le capturer à l’époque, Darkwish ne voyait pas bien qui pouvait en être capable.
- Nous nous fions à vous, Mister Smiley, déclara Darkwish. Faite que la Team Rocket se souvienne de vous et des Réprouvés pendant longtemps !
***
Iyali n’était pas spécialement claustrophobe, mais elle devait avouer qu’elle ne se sentait pas trop à l’aise en avançant dans ces tunnels noirs, étroits et remplis de sable, surtout quand elle s’entendait à voir apparaître d’un instant à l’autre un des terroristes des Réprouvés. Le lieutenant Vanber marchait en tête, et Iyali juste derrière lui, essayant de garder les yeux sur son radar de matières dangereuses malgré son instinct qui lui dictait de ne pas quitter le tunnel devant elle des yeux.
Juste derrière, il y avait le Second Classe Heibur, qui lui était chargé du radar de position, lié par ondes radios et psychiques à l’Alakazam du 36ème Régiment, resté en haut, qui grâce à ses pouvoirs psys leur fournissait une carte des lieux en temps réel, ainsi que la position des ennemis, trois étages plus bas. Heibur les prévenait également des coins où il ne fallait pas marcher, sauf si on tenait à finir noyé sous des tonnes de sable. Ils passaient quelque fois devant des Pokémon sauvages, mais qui restaient à distance grâce aux Max Repousse vaporisés partout autour des soldats.
- Ça fout les jetons, ce coin, marmonna l’un des hommes derrière. Ces putains de Réprouvés n’auraient pas pu faire leur base, je ne sais pas moi, dans l’Arbre Creux Blanc ? C’est plus sympa à visiter.
Il y eut un ricanement en réponse. Celui, très reconnaissable, de l’adjudante Shirene Tohkun, la seule autre fille du groupe, avec qui hélas Iyali ne s’entendait guère.
- Peur du noir, Brimers ? Fais gaffe, un Tutafeh pourrait entrer dans ta grande gueule et te posséder.
Le soldat Brimers devint blanc de peur. Quand Shirene disait quelque chose concernant les Pokémon, généralement, on la croyait, car elle était leur experte officielle en Pokémonologie, et celle qui s’occupait le plus d’Alakazam. Elle était la seule, avec Iyali, à être pourvue d’un diplôme universitaire, ce qui expliquait leur grade de sous-officier alors qu’elles n’avaient que vingt-cinq ans. Mais le grade de caporale d’Iyali était un chouïa supérieur à celui d’adjudant, ce qui ne manquait pas d’exaspérer Shirene, qui considérait Iyali comme une espèce de rivale détestable. Iyali ne voyait pas bien en quoi elle pouvait faire de l’ombre à Shirene Tohkun, qui était d’une beauté à couper le souffle, avec sa longue chevelure blonde éthérée et ses grands yeux bleu ciel.
- Ne t’inquiète pas, Arnold, fit Iyali au soldat en l’appelant par son prénom de façon rassurante. Un Tutafeh ne peut pas rentrer dans des corps solides.
- Qu’est-ce que t’en sais ? répliqua aigrement Shirene. T’as un diplôme de quoi, rappelle-moi ? Ingénieur en pyrotechnie non ?
- Il n’y a pas besoin d’être diplômé de Pokémonologie pour savoir qu’un Tutafeh, qui est un esprit possédant un masque, ne peut donc pas traverser les solides, ni posséder quelqu’un comme le ferait un pur fantôme immatériel, renchérit Iyali.
Le soldat Brimers fut quelque peu rassuré et soupira de reconnaissance. Iyali savait que ce jeune homme de dix-sept ans seulement, le plus jeune du régiment, était encore facilement impressionnable, bien qu’il se donne souvent de grands airs. Il était donc la cible de choix de Shirene, qui adorait persécuter plus faible qu’elle.
- La caporale t’a pris pour un con j’ai l’impression, Brimers, ricana Shirene. Elle adore énoncer les évidences qu’elle seule connaît, comme pour prouver sa supériorité.
- Ce… ce n’est pas du tout ça ! protesta Iyali. Ce n’est pas une honte de ne pas savoir qu’un Tutafeh est…
- Fermez-la maintenant, ordonna le lieutenant Vanber. On descend au premier sous-sol.
Il désigna un escalier en plein milieu du sol de sable, et commença à avancer, son arme ne bougeant pas d’un millimètre devant lui. Iyali nota le dernier regard assassin qui lui lança Shirene. Elle suivit le lieutenant en soupirant mentalement. Sa nature profonde qui faisait qu’elle voulait rester discrète en toute occasion lui donnait donc une sainte horreur des conflits et des disputes. Elle ne comprenait pas ce que Shirene avait contre elle, alors qu’elle n’avait jamais rien fait pour la contrarier. Peut-être la détestait-elle parce qu’elle aurait voulu être la seule femme du groupe 2 du Régiment ? Ce n’était pourtant pas comme si Iyali avait l’intention de lui piquer des garçons, si tant est qu’elle aurait pu…
Mais il était vrai qu’elle n’aimait pas trop Shirene. La jeune femme était prétentieuse, toujours à chercher un exécutoire à ses blagues douteuses, et abusait souvent de son grade pour que les simples soldats du groupe fassent ses sales besognes. Le seul point où elle était sincère et s’investissait vraiment, c’était concernant les Pokémon. Elle les aimait et prenait soin d’eux. Iyali tâchait généralement d’ignorer les piques que Shirene lançait à son encontre ; peut-être se conduisait-elle comme ça avec toutes les femmes, après tout ?
Techniquement, Shirene en avait assez dit contre elle, et sous témoin, pour qu’Iyali use de son grade supérieur pour lui infliger une punition, mais ça n’aurait fait qu’empirer la situation entre elles, et ce n’était pas du genre d’Iyali de faire ça. Elle laissait couler, bien que cette inimitié la rendait malheureuse, elle qui ne demandait qu’à bien s’entendre avec tout le monde pour éviter tous problèmes.
Le premier sous-sol était encore plus étroit que le rez-de-chaussée, et les sables mouvants encore plus menaçants. Mais c’était à partir de cet étage qu’on pouvait observer sur les murs les trésors d’archéologie que recelait le Château Enfoui. Cet édifice était vieux de près de mille ans après tout, et connu pour avoir été la place-forte d’un des anciens souverains d’Unys. Mais Iyali fut peiner de constater que nombre de gravures et de statuts avaient été profanées par des gribouillis repensant pour la plupart le masque des Réprouvés. Non content de s’adonner aux meurtres aveugles, ces terroristes s’en prenaient aussi à l’art. Pour la femme de lettres qu’était Iyali, c’était inexcusable.
La jeune caporale rejeta un nouveau coup d’œil à son radar pour voir si des bombes potentielles ne se trouvaient pas dans le coin. Mais ça aurait été quand même assez fou de la part des Réprouvés de piéger le Château Enfoui avec des explosifs. Ça aurait été le moyen le plus sûr de le faire s’effondrer sur lui-même, en ensevelissant tout le monde à l’intérieur. Mais bon, avec les Réprouvés, on été jamais sûr de rien. Pour bon nombre d’entre eux, la mort ne signifiait pas grand-chose.
- Halte ! s’exclama le lieutenant Vanber en levant le poing. Contact droit devant !
Tout le monde s’arrêta, l’arme au poing, visant droit devant. Mais Iyali ne vit rien du tout.
- Il… il n’y a rien à cet étage, lieutenant, à part quelque Pokémon sauvages, dit le Seconde Classe Heibur chargé du radar de position.
- Négatif. Il y a quelqu’un devant.
Vanber s’avança avec prudence, sans cesser de viser. Finalement, la lumière de son arme éclaira une silhouette sombre se trouvant environ vingt mètres plus loin. Iyali tint son arme si fort qu’elle commença à avoir des fourmis dans les mains.
- Mains en l’air, tout de suite ! ordonna le lieutenant.
L’individu releva la tête, et sous sa capuche, un masque fut visible. Pas blanc, comme celui des Réprouvés, mais jaune, avec des yeux et une bouche souriante dessinées à l’encre noir. Un masque qui était représenté sur nombres d’affiches de recherches des Forces de Police Internationale. Quand le lieutenant Vanber eut identifié la personne devant lui, il ne chercha même plus à lui demander de se rendre.
- FEU À VOLONTÉ !
Des dizaines de rafales retentirent dans le couloir, le son se répercutant partout. Même si Iyali grimaça à cause du bruit, elle n’en tira pas moins elle aussi sur cet ennemi de la paix, le pire criminel de classe S juste après le chef des Réprouvés. Silas Brenwark, dernier membre des Agents de la Corruption, accusé de divers crimes contre l’humanité et réputé extrêmement dangereux. Iyali songea vaguement que c’était râpé aujourd’hui pour son chapitre soixante-deux.