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Team Rocket Z-Squad de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 22/02/2026 à 08:35
» Dernière mise à jour le 15/03/2026 à 09:52

» Mots-clés :   Aventure   Famille   Organisation criminelle   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 3 : La vie de Champion
– Eh les mômes ! beugla le Champion d’Arène Ren Pavis à ses deux nouvelles recrues temporaires. Lequel d’entre vous a essayé de balancer le dernier challenger dans le bac de lave ?!

La cible de son mécontentement était deux jeunes adolescents très semblables, aux cheveux roux et aux yeux verts, si ce n’est que l’un était un garçon et l’autre une fille.

– On n’a pas essayé de le balancer dedans, rectifia tranquillement le garçon. On lui a juste fait un peu peur avec nos Pokémon après avoir massacré les siens. Il était nul à en pleurer, et on a juste voulu lui passer l’envie de défier une Arène sans être prêt.

– Oui, sa façon de se battre était une insulte à ses propres Pokémon, et aussi à votre Arène, m’sieur Pavis, ajouta tout aussi innocemment la fille. Il n’avait qu’un seul badge, donc il n’avait rien à faire là. On l’a juste un peu intimidé avec nos Pokémon, mais ce minable a trop reculé et a manqué tomber dans la lave.

– T’as vu comment il est parti en courant en chialant, la morve au nez ? ricana le garçon. C’était si pitoyable que je n’ai même pas pu en rire… Être un tel minable devrait être interdit !

– Il ne faut pas se moquer des minables, mais avoir pitié d’eux, commenta la fille avec profondeur. Leur venue au monde a été une erreur, mais ce n’est pas leur faute.

– C’est pas faux… La prochaine fois, je leur dirai combien ils sont minables, mais sans sourire, et avec un air compatissant…

Ren soupira. Ces gamins étaient forts en dressage Pokémon. Très forts. Mais ils étaient totalement timbrés et limite psychopathes. Ren le leur aurait bien dit de bout en blanc, si seulement ils n’étaient pas les enfants d’un des hommes les plus importants de la FAL…

– Je vous jure que si jamais il porte plainte, comme l’autre avant lui, je vous laisse vous démmerder avec les flics ! pesta Ren.

– Y a pas de souci, m’sieur Pavis, répondit la fille. En tant que mineurs, nous sommes juridiquement irresponsables. Et le policier qui osera s’en prendre à notre famille n’est pas encore né je pense…

Ren se retint de l’insulter.

– Sauf que moi, je suis un adulte, et que c’est moi qui suis responsable de cette Arène, des dresseurs qui sont dedans, et de la sécurité des challengers, qu’ils soient nuls ou non, leur rappela-t-il en serrant les poings.

– Quelle idée d’être Champion d’Arène tout en étant adulte aussi, sérieux ? se moqua le garçon. Ça va bien jusqu’à vos dix-huit ans, mais après, faut se trouver un vrai boulot. Ceux qui vivent du dressage Pokémon après leurs trente ans, c’est grave ringard de nos jours…

– Je n’ai pas encore trente ans, petit con, lui rappela Ren. Et sache que mon prédécesseur, le grand Auguste, a géré cette Arène jusqu’à ses quatre-vingt-dix ans !

– Waouh, l’anti-flow de ouf !

– Tu l’as dit, frangine ! Les vieux boomers de l’ancienne époque pensaient que c’était trop cool de jouer aux Pokémon jusqu’à pas d’âge ! C’étaient juste des minables qui n’ont rien fait de leur vie…

Ren se força à se calmer, en se disant que ce n’était pas digne de l’adulte qu’il était de perdre son sang-froid face à des ados. Mais il ne se rappelait pas avoir été si insolent à leur âge. C’était même tout le contraire : pour devenir l’un des dresseurs de l’Arène de Cramois’Île sous la direction d’Auguste, il fallait montrer patte blanche, et être au point niveau respect.

C’était peut-être un souci générationnel. Les jeunes d’aujourd’hui étaient plus turbulents que ceux d’avant, sans doute. Mais ces deux-là étaient des cas. En apparence deux jumeaux des plus charmants, beaux et doués, ils étaient des asociaux notoires et antipathiques qui aimaient humilier les autres. Manque de pot : Sulin et Salia, treize ans et dresseurs Pokémon, étaient les enfants de Régis Chen, membre du Haut Conseil de la Fédération des Alliances Libres et président honoraire de la Ligue Pokémon de Johkania. Et de fait, ils étaient intouchables. Régis Chen était un peu le patron de tous les Champions d’Arène de l’Empire, et Ren ne pouvait rien lui refuser. Même quand il lui a demandé s’il pouvait garder les jumeaux pendant deux mois comme dresseurs Pokémon de son Arène, il n’avait pas pu dire non, même s’il s’était douté que ça n’allait pas être de tout repos.

Après, Ren comprenait sans mal que Monsieur Chen cherche à se débarrasser de ces deux monstres, surtout avec toutes les responsabilités qui étaient les siennes. Ren n’était pas le seul Champion de Johkania qui avait reçu les jumeaux. Sulin et Salia étaient déjà passés par quatre Arène avant celle de Cramois’Île. C’était comme ça que Ren avait su qu’ils étaient infernaux avant même qu’ils n’arrivent. Ses collègues d’autres Arènes, notamment Forrest d’Argenta et Hector d’Écorcia l’avaient prévenu bien avant.

Officiellement, c’était pour former les jumeaux au dressage professionnel et aux combats Pokémon de responsabilité. Mais en réalité, c’était parce que Monsieur Chen ne savait plus quoi en faire. Le pauvre homme, devoir élever deux ados comme ça tout en étant membre haut placé du gouvernement fédéral ET célibataire… Ren compatissait de tout son cœur.

– Ils tiennent des deux pires côtés de leurs parents, lui avait confié Régis en soupirant. Ils sont arrogants et insupportables, comme je l’étais dans ma jeunesse, et ils sont intenables et attirent les ennuis, comme leur mère…

Ren ne connaissait pas assez leur mère pour en juger, mais il l’avait rencontrée une fois, il y a quatorze ans, avant même la naissance des jumeaux. Il se souvenait d’une belle femme aux cheveux magenta et aux yeux émeraude, dont ses enfants avaient hérités. Il l’avait croisé par hasard à Johto, alors qu’il débutait à peine son voyage initiatique de dresseur Pokémon. Elle venait d’assister à un combat Pokémon qu’il avait gagné, et l’avait félicité en lui tendant une Pokéball.

– Tu deviendras un grand dresseur, mon garçon, lui avait-elle dit. Je peux le voir. Et je sens que tu es quelqu’un d’aimant envers tous les Pokémon en général. Tu peux prendre soin de celui-là pour moi ? Il est mon tout premier Pokémon, mais je n’aurais plus le temps de m’occuper de lui maintenant. Autant qu’il continue de progresser avec un dresseur qualifié.

Et c’est comme ça que Ren, à tout juste onze ans et sans aucun badge en poche, s’était retrouvé avec un Pyroli de haut niveau qui avait dû connaître son lot de combats. Il n’avait pas cherché à en savoir plus à l’époque ; quand on donnait un Pokémon fort à un jeune dresseur sans rien demander en retour, il ne disait jamais non. Ce n’est que des années plus tard, quand il avait rencontré Régis Chen, et que ce dernier avait reconnu le Pyroli, que Ren avait appris que son ancienne dresseuse était la dénommée Galatea Crust, une héroïne de la Guerre Mondiale, et la mère des enfants de Régis. Ren, malgré ce que ça lui aurait coûté, avait proposé à Monsieur Chen de lui rendre Pyroli, ou de le donner à un de ses enfants, mais il avait refusé.

– Galatea est une Mélénis. Elle voit et sait des choses que les gars normaux comme nous ne peuvent percevoir. Si elle te l’a donné, c’est qu’elle avait une bonne raison. Et à en juger par la façon dont tu t’es rapidement élevé comme dresseur, elle ne s’est de toute évidence pas trompée.

Ren avait toujours eu l’impression de devoir quelque chose à la famille Chen pour ce Pyroli qui était devenu son meilleur Pokémon et qui avait fait de lui un puissant dresseur. Voilà pourquoi il avait accepté de bon cœur de garder les jumeaux, et qu’il s’efforçait de ne pas en prendre un pour le cogner contre l’autre. Tout au mieux pouvait-il leur ficher une raclée en combat Pokémon… mais pour combien de temps encore ? Ces morveux étaient assez balèzes, bien plus que lui ne l’était à leur âge. Et inévitablement, un jour prochain, même assez proche, ils allaient lui mettre une méchante tannée.

Bon après, ils trichaient un peu eux aussi, comme lui l’avait fait en son temps avec le Pyroli de leur mère. Cette dernière leur avait en effet donné un Pokémon à chacun ; pour Sulin, son Tentacrime, et à Salia, son Galladiateur. Deux Pokémon très rares et puissants, que Ren lui-même ne connaissait pas avant de les avoir vu. Il ignorait en effet que Tentacruel pouvait évoluer. Quant à Galladiateur, il s’agissait d’une troisième forme d’évolution à Kirlia, en plus de Gardevoir et de Gallame, mais uniquement possible avec un ancien artefact qui ne devait plus exister qu’en quelques exemplaires dans le monde…

Et en plus de ces deux-là, déjà entrainés depuis des années, les jumeaux Chen en avaient aussi un autre chacun. Et pas des moindres. Il s’agissait de deux Pokémon synthétiques, crées en labo par leur père et quelques autres scientifiques, conçus spécialement pour eux. Des Pokémon jumeau eux aussi, Alterbuzz et Contibuzz, de type électrique et psy, qui avaient la particularité de pouvoir fusionner en combat, pour devenir un autre Pokémon du nom de Synchrobuzz. Les jumeaux Chen étaient donc spécialisés dans les combats en duo, durant lesquels ils pouvaient utiliser Synchrobuzz.

Et niveau synchronisation justement, Sulin et Salia étaient des champions. C’était comme s’ils pouvaient lire dans les pensées de l’autre. Ils étaient inséparables, et finissaient même parfois la phrase de l’autre. Ils semblaient avoir un seul cerveau pour deux corps. Du coup, ces Pokémon artificiels conçus par leur père pour leurs dix ans et leurs débuts de dresseur leur allaient parfaitement.

Ils étaient bizarres, ces gamins, et pas seulement parce qu’ils étaient des ados insupportables. Ils pouvaient avoir des réflexions très mâtures pour leur âge, d’étranges intuitions qui se révélaient souvent vraies, et des espèces de prémonitions. Mais ça, c’était uniquement quand ils étaient ensembles, voir même qu’ils se tenaient la main. Dès que leurs peaux rentraient en contact, il se passait toujours des trucs étranges à leur sujet, comme s’ils devenaient une autre personne.

Sachant que leur mère était une espèce de sorcière, Ren avait bien sûr posé la question à Monsieur Chen, de savoir s’ils avaient hérité des dispositions de leur génitrice. Mais Régis avait secoué la tête.

– Nan, c’est impossible. Les Mélénis ne peuvent transmettre leur Flux uniquement s’ils se reproduisent avec un autre Mélénis, ou alors avec des humains assez rares qu’ils nomment des Favorables. Et je n’en suis pas un. Les jumeaux sont donc des humains normaux comme toi et moi. C’est d’ailleurs pour ça que Galatea me les a gentiment confiés peu après leur naissance, car les Mélénis ne veulent pas de pauvres humains dans leur Refuge…

Monsieur Chen racontait souvent cette histoire à qui voulait bien l’entendre. Il sortait de chez lui tranquillement un beau matin il y a treize ans, quand il tomba devant un landau sur le pas de sa porte, avec à l’intérieur deux bébés déjà assez grands qui dormaient paisiblement, deux Pokéball, et une lettre. Il envisagea d’abord d’appeler la police, quand il eut la bonne idée de lire d’abord la lettre.

 
« Yo, Régis. Comment va ?
Je te présente Sulin et Salia. Tes enfants. Ouais, désolée, je me suis un peu foutue de toi la dernière fois que l’on s’est vu. Je t’ai dit que tu n’avais pas besoin de mettre de capote, car les femmes Mélénis contrôlent totalement leur corps, et choisissent donc de tomber enceinte ou pas. Ça c’était vrai. Mais le truc, c’est que j’ai choisi de tomber enceinte, sans te demander ton avis.
J’ai décidé ça sur un coup de tête, car je m’emmerdais au Refuge, à suivre toute la journée ces cours sur le Flux… La maternité serait un changement bienvenu pour moi. Je savais pourtant que tu ne désirais pas d’enfant, du moins pas tout de suite. Désolée, c’était pas cool de ma part. Tu me pardonnes hein ?
Le truc, c’est que voilà : comme tu n’es pas un Favorable, ces deux petits bouts de choux sont humains à 100%, garantis sans Flux. Et les humains sont proscrits au Refuge, sauf s’ils sont des Favorables. Les Maîtres ont été assez sympas pour me les laisser un peu, le temps qu’ils soient sevrés, si je peux dire. Ils vont faire bientôt un an, et je ne peux plus les garder. Ils doivent vivre parmi les humains, comme des humains. Du coup les voici.
J’ai mis aussi les Pokéball de Tentacrime et Galladiateur. Tu leur donneras de ma part quand ils seront en âge d’être dresseurs, s’ils le deviennent. Moi je n’ai plus le temps d’être dresseuse là où je suis. J’ai déjà confié mon Pyroli à un gamin prometteur que j’ai croisé.
Prends en soin. Fais en de parfaits petits Chen comme toi, doués, respectables et mignons. J’essaierai de vous rendre visite de temps en temps. Essaie de te retenir de leur dire du mal de moi.
 
Ton estimée et dévouée Galatea Crust

P.S : Ça ne me dérange pas si tu te trouves une autre fille ou que tu te marries. Je ne pourrais pas trop être là, et ce serait un crime de condamner un beau gosse comme toi au célibat. 
»

 
Bien sûr, Monsieur Chen avait mis un moment à s’en remettre et a longtemps pesté contre Galatea. Mais comme les bébés n’y étaient pour rien, il les a bien évidement pris, reconnus et élevés, avec toute l’attention et l’amour d’un père respectable. Son propre grand-père, le célèbre professeur Samuel Chen, ancien Haut Conseiller de la FAL, s’est lui-même beaucoup occupé de ses arrière-petits-enfants avant son décès il y a quatre ans.

Mais Monsieur Chen n’avait pas suivi le conseil du post-scriptum de Galatea, et était resté célibataire tout ce temps. Pas par fidélité envers elle ; ils n’étaient même pas mariés après tout. Mais il avait tout juste le temps de jongler entre ses enfants et ses hautes fonctions à la FAL pour ne serait-ce qu’envisager d’entamer une relation. Même plus jeune, Régis Chen avait toujours été occupé, passant de dresseur d’élite à chercheur en Pokémonologie, avant d’être pendant quelques années Champion d’Arène, puis président de l’association des dresseurs de Johkan, avant d’entrer en politique pour lutter contre le régime tyrannique de Lady Venamia, pour enfin hériter du siège de Haut Conseiller de son grand-père. Outre cela, c’était aussi un héros de guerre, qui avait fait plus que sa part lors de la Guerre Mondiale.

Bref, Régis Chen était assurément un grand homme, que Ren ne pouvait que respecter. Ça aurait dû être un honneur que d’avoir sa descendance comme apprentis dresseurs dans sa propre Arène, mais ça relevait plus d’une corvée à s’arracher les cheveux. Il ne savait pas comment les occuper. À part contre lui, ils gagnaient à chaque fois contre tous les dresseurs du coin, ceux de l’Arène comme les challengers, et ils s’ennuyaient.

Et quand les jumeaux Chen s’ennuyaient, ils faisaient des conneries. C’était presque mathématique. La semaine dernière, Ren était allé les chercher en catastrophe au plus près du cratère du volcan de l’île, qu’ils avaient décidé de visiter sans même lui en parler. Ça aurait été quelque peu problématique pour sa carrière de dresseur d’élite que les enfants du Haut Conseiller Chen ne tombent par mégarde dans un cratère en fusion... Ou la fois d’avant, ils étaient entrés totalement illégalement dans le Manoir Pokémon, condamné depuis belle lurette, pour aller y tabasser des Pokémon sauvages et voler des trucs.

Mais à part les combats Pokémon, Ren n’avait pas grand-chose à leur proposer. Cramois’Île était assez touristique pour ses plages, ses hôtels et son mode de vie rustique et traditionnel, mais pour deux ados qui avaient la bougeotte, c’était, comme ils disaient dans leur langage, la « ville du seum ».

– Écoutez… tenta-t-il. J’ai de la paperasse à finir dans mon bureau. Mais après, je vous amène aux Îles Écumes. Elles sont sombres, labyrinthiques, dangereuses, et avec des Pokémon sympas. On dit même que le légendaire Artikodin vient s’y reposer parfois.

Cela fit naître une lueur d’intérêt dans les yeux verts des jumeaux.

– Vraiment ? demanda Sulin. Ça vaut peut-être la peine d’aller voir alors, hein frangine ? Tu crois qu’on pourrait en tirer combien, de cet oiseau de glace ?

– Ça dépend de l’acheteur, mais assez pour vivre toute notre vie pépère sans travailler une seule fois, lui assura Salia.

– Sérieux ? leur fit Ren. Vous vendriez un Pokémon Légendaire ? Quel genre de dresseurs vous êtes au juste ?

Ils haussèrent les épaules à l’unisson.

– Dresseur, c’est juste un passe-temps, admit Salia.

– Et ça nous fait un peu d’argent quand on rackette ceux qu’on a battus en combat ? ajouta Sulin.

– Aussi. C’est quoi le mal de vendre un Pokémon Légendaire ? Il aura lui aussi une vie bien tranquille comme bijou d’une collection que tout le monde admirera, et on prendra bien soin de lui.

Ren secoua la tête, désespéré.

– Je prie pour qu’aucun Pokémon Légendaire ne rentre un jour dans l’une de vos Pokéball alors. Ce qui compte le plus pour ce genre de créature, ce n’est pas le confort ou l’admiration des humains, mais la liberté !

– On croirait entendre Joryan, se moqua Sulin. Il se prend grave au sérieux avec ses délires sur les sentiments des Pokémon, juste parce qu’il est plutôt bon dresseur…

– C’est clair, approuva Salia. Mais lui au moins il a la chance de voyager dans une région au bout du monde, tout seul alors qu’il n’a que douze ans…

– Peut-être parce qu’il est plus mature et responsable que vous ne le serez jamais ? tenta Ren.

Il connaissait bien Joryan, le garçon dont les jumeaux parlaient. C’était aussi un dresseur, et un ami des Chen, mais son niveau était tout autre. Il avait fait montre dès sa petite enfance de liens très forts avec les Pokémon, et avait débuté son voyage initiatique à dix ans à peine. Il ne lui avait fallu qu’un an pour réunir les huit badges de la région. Onze ans à peine, et il remportait le tournoi de la Ligue Pokémon de Johkan. Deux mois plus tard, il triomphait du Conseil des 4 et même du Maître, mais renonça à lui prendre sa place, car il voulait continuer à voyager, pour rencontrer et capturer encore plus de Pokémon. Aujourd’hui, aux dernières nouvelles, il devait se trouver dans la région de Pertinia.

En tant que Champion d’Arène de Kanto, Ren avait dû l’affronter pour défendre son badge Volcan. Il s’était fait copieusement démolir, la plus terrible des raclées qu’il s’était prise de toute sa carrière, contre un gamin de treize ans son cadet. Mais il s’était consolé en songeant que tous ses autres collègues de Kanto s’étaient pris la même déculotté. Ce Joryan Mandersbrand était un génie du dressage et du combat, un dresseur d’élite dès le moment où il a eu sa première Pokéball en main. Ren était bon, oui, mais grâce à des années d’expérience et d’entraînement. Il y avait un fossé entre eux. Il ne doutait pas que Joryan batte tous les records, en termes de Pokémons capturés comme de Maîtres de région vaincus.

– Joryan se la joue mec sérieux et adulte, mais c’est un crétin, lui assura Sulin. Il cache sa sensiblerie derrière son look trop dark edgy… Il n’y a qu’à voir comment il bafouille à chaque fois qu’il parle à Salia.

– Il n’y peut rien. Il est amoureux de moi depuis qu’il a appris à marcher. Je le comprends. Tous les garçons hétéros ne peuvent que tomber amoureux de moi.

– Tu l’as dit, frangine. Moi aussi je suis amoureux de toi. Incest for the win ! Et je ne vais pas perdre contre ce bouffon avec ses mèches rouges !

Autre point d’inquiétude pour Ren concernant les jumeaux : leur relation. Vu qu’ils étaient toujours ensembles et qu’ils n’avaient que très peu d’amis, ils partageaient tout, jusqu’à leurs interrogations concernant l’amour et les relations sexuelles. Bien sûr, à treize ans, c’était normal de s’interroger sur ces sujets-là, et même de faire des expériences. Mais entre frère et sœur, c’était difficilement accepté. Sauf que les jumeaux Chen, ils n’en avaient rien à faire des conventions sociales, et de ce qui était considéré comme moral ou non.

Ren avait souvent l’impression qu’ils flirtaient ensemble. Il ne les avait jamais pris sur le fait, mais ils se lançaient parfois des regards ou des sourires complices qui n’auguraient rien de bon, ou bien ce genre de propos qui passait comme de l’humour, mais qui pour Ren semblait bel et bien sérieux. Est-ce que leur père était au courant ? Ren hésitait à lui en faire part, par gêne, et surtout qu’il n’en était pas certain. Mais si un jour il les découvrait dans une situation compromettante, il se promit d’en informer Monsieur Chen…

– Bon, laissez-moi une petite heure pour finir ce que je dois faire, et je suis à vous, leur promit Ren. Essayez juste de ne pas provoquer de catastrophe d’ici là, ou de tuer quelqu’un par accident…

– Faut vraiment arrêter de vous inquiéter comme ça, m’sieur Pavis, le rabroua Salia. Ou vous allez avoir des cheveux blancs avant l’heure.

Elle n’avait pas tort. La présence des jumeaux Chen lui donnait toujours l’impression d’avoir vieillit de vingt ans. Si ces deux-là étaient les dignes représentants des ados d’aujourd’hui, alors Ren allait y réfléchir à deux fois avant d’envisager d’avoir lui-même des enfants…

De retour dans son bureau de travail, il soupira en voyant la masse de paperasse qu’il avait encore à traiter. C’était un rêve de gamin, pour de nombreux dresseurs, que de posséder un jour sa propre Arène Pokémon, d’être un puissant champion qui affronterait des challengers dans des combats endiablés pour protéger son badge. Ren Pavis avait fait ce rêve, lui aussi. Mais maintenant qu’il était devenu réalité, il devait avouer que ce n’était pas identique à ce qu’il avait tant souhaité. On pensait que le rôle d’un champion consistait à apparaître en grande pompe au milieu d’effets spéciaux avec un rire tonitruant chaque fois qu’un dresseur passait les portes de son arène. C’était le cas oui, même si Ren se passait du rire. Mais c’était le cas… une ou deux fois par semaine.

Le reste du temps, le rôle d’un champion consistait à la bonne gestion de l’arène, et ça signifiait… des paperasses. Des paperasses, et encore des paperasses. Il y avait un budget serré à gérer, des fournitures à acheter, des réparations constantes à faire sur le terrain. Il fallait rémunérer les dresseurs qu’on avait engagés pour garder l’arène, et donc il fallait faire des fiches de paies, à moins que l’on souhaite engager un comptable. Il fallait nouer des relations avec les fournisseurs, avec le maire, avec l’Autorité des Dresseurs de Pokémon. Il fallait que son arène soit toujours aux normes pour continuer d’être légale et déclarée. Il fallait être en accord avec la Ligue Pokémon, et certifiée par elle, ce qui impliquait encore plus de paperasses.

Au final, Ren ne passait que cinq heures ou six en combats Pokémon par semaine, que ce soit en challenge de dresseurs ou en entraînement. Le reste de son temps de travail était consacré à de la pure gestion administrative. Et encore, il n’était pas le Champion d’Arène le plus mal loti de Kanto à ce niveau. Cramois’Île était une petite île touristique, où peu de dresseurs se trouvaient, et où donc les autorités locales étaient assez peu regardante sur la gestion de l’arène, qui était plus un bonus pour l’île qu’un réel élément vital.

Ren n’aurait pas aimé être, par exemple, le champion de Safrania, qui devait littéralement crouler sous les dossiers. Mais sans doute que Morgane avait plus de moyens et de personnels. Ici à Cramois’Île, et sans compter les jumeaux Chen, Ren ne tournait qu’à trois dresseurs assistants, dont un mineur qui n’entendait bien sûr rien du tout à l’administration.

Cela faisait six ans que monsieur Auguste, le précédent Champion, était décédé. À plus de quatre-vingt-dix ans, il avait pourtant trouvé le temps de prendre un apprenti et de le former. Mais si Auguste avait bien formé Ren en combat Pokémon, il avait quelque peu omis de le faire sur la bonne gestion d’une arène. Ren ne pouvait plus que compter que sur Viktor, un de ses dresseurs assistants qui avait longtemps servi l’arène sous monsieur Auguste, même avant l’éruption qui l’avait détruite en ville, il y a trente-trois ans.

Viktor, ami scientifique de longue date d’Auguste, aurait dû normalement hériter du poste de champion, mais il s’était rangé de l’avis de son ami en soutenant Ren, qui avait bien plus de compétence de dresseur que lui. Ren s’en voulait toujours un peu de lui être passé sous le nez comme ça, alors que le vieil homme était là depuis presque quarante ans. Il comptait sur Viktor pour nombre de choses, et même s’il était le champion, il n’avait ni cessé de le vouvoyer, ni cessé de lui donner du « Monsieur Viktor ».

Les deux autres dresseurs de l’arène, Aranda et Tomas, avaient respectivement dix-neuf et dix-sept ans. Ils étaient des dresseurs de Pokémon Feu reconnus de l’île, et Monsieur Auguste les avaient pris sous son aile peu avant de mourir. Ren n’avait rien trouvé à redire qu’ils restent même si Auguste n’était plus là. Le souci, avec les dresseurs assistants, c’était qu’ils réduisaient encore plus le nombre de challengers que Ren avait à affronter. En effet, si un dresseur n’arrivait même pas à battre les assistants du Champion, il était impensable qu’il affronte le Champion lui-même. Et pour ne rien arranger, l’Arène était aussi équipée en porte blindée qui ne s’ouvrait que lorsqu’on donnait la bonne réponse à une énigme.

C’était une invention d’Auguste. Ancien scientifique de génie, il accordait une grande importance aux capacités de réflexion de ses adversaires. Ren n’avait pas eu le cœur à retirer tout ça. Ça aurait été manqué de respect à la mémoire du vieux Champion. Mais du coup, peu de monde parvenait jusqu’à lui pour le défier. Ça avait été pareil du temps d’Auguste. Quand Ren lui avait posé la question de savoir si ça ne l’ennuyait pas d’attendre des combats qui mettaient longtemps à arriver, le vieil homme avait répondu :

– Notre Arène est la seconde plus dure de Kanto, Ren, et elle doit le rester. Le niveau ne doit pas baisser, ou Morgane nous passera devant. C’est aux challengers de montrer qu’ils sont dignes de nous affronter, s’ils ont l’ambition de défier le Conseil des 4.

Alors qu’il entreprit de rédiger une demande au Conseil Général de l’île pour l’autorisation d’un nouveau bac de lave, Ren regarda par la fenêtre le soleil se coucher sur Cramois’Île. Dehors, les touristes vagabondaient ci et là, comme toujours à cette époque de l’année. Jadis, Auguste en avait eu marre des touristes, et avait carrément fermé l’arène en ville pour créer un stade caché dans le volcan lui-même, par souci de tranquillité. Mais ça avait posé quelque problème de légalité et de sécurité.

Puis, en 2003, il y avait eu la fameuse éruption qui avait dévasté la ville. Auguste avait alors déplacé son Arène dans les Îles Écumes, avant de revenir s’installer à Cramois’Île une fois qu’elle fut reconstruite. Cramois’Île était un coin sympa où il faisait bon vivre, mais un peu loin de tout. Ren avait parfois la nostalgie d’Acajou, sa ville natale avec son grand lac…

Penser à Acajou lui fit inévitablement penser à son amie d’enfance, Iyali Canta. Ce n’était pas une dresseuse comme lui ; plutôt une intello. Elle avait toujours eu les meilleures notes à l’école, tandis que lui galérait un peu. Ses parents tenaient la pâtisserie d’Acajou, et Ren y avait passé de longs moments avec elle à s’empiffrer de gâteaux en tout genre. Aujourd’hui, Iyali servait dans l’armée de la Team Rocket en tant qu’ingénieure de terrain, pour désamorcer les bombes, entre autre choses. Un boulot plus risqué que le sien, pour sûr.

Il ne la voyait plus aussi souvent qu’il le voudrait, mais ils restaient en contact. De ce qu’il en savait, elle était en mission à Unys actuellement. Machinalement, il laissa de côté son rapport pour pianoter sur son ordinateur et aller sur un de ses sites favoris : celui d’Iyali, ou Iyalovix, comme elle se nommait sur le web. Iyali était assez connue sur la toile, comme écrivaine. Depuis des années, elle écrivait une fan fiction futuriste avec un Pokémon inventé. Sector 57, c’était son titre. Une histoire sombre d’anticipation, avec de l’action, du drame, qui était fichtrement prenante. Et longue aussi. Elle en était au chapitre 58, et était loin d’avoir fini. De ce qu’elle avait dit, elle était même en train de prospecter pour se trouver un éditeur et sortir ce récit en un véritable roman.

Sector 57 était devenu rapidement célèbre grâce au Pokémon inventé qui en était la vedette : Akrovax. Il était dark, il était classe, il était puissant. Et c’était Ren lui-même, plutôt doué en dessin, qui avait finalisé le look de ce « Fakemon », huit ans plus tôt. Il était donc comme un collaborateur pour Iyali, un béta-lecteur et conseiller, qui recevait les chapitres à l’avance pour lui dire son ressenti. Il était fier et content pour elle que cette histoire ait si bien marchée, et surtout il était impressionné par son amie, qui arrivait à l’écrire de façon régulière tout en se battant pour la sécurité de la FAL. Il se surprit à lire les derniers commentaires des lecteurs sur le dernier chapitre posté, quand Viktor, son fidèle second de l’Arène, passa la tête derrière la porte de son bureau.

– Patron, y’a un gamin aux portes qui demande à entrer…

Bien que Viktor ait plus de quarante de plus que Ren, il ne cessait de l’appeler « patron », comme il avait appelé Auguste jadis. Le jeune homme trouvait ça très gênant, mais il n’allait pas changer les habitudes de vieux dresseur.

– Un challenger ? demanda Ren.

– Ouais enfin… si on veut. Y’a un type derrière qui pourrait être son père, et il est fringué comme un vacancier.

Ren leva les yeux au ciel. Probablement un pseudo dresseur en vacance avec ses parents qui était tombé sur l’Arène et qui voulait défier le Champion sans avoir la moindre idée de sa puissance. C’était hélas souvent le cas ici. Pour trouver de vrais dresseurs qui se rendaient jusqu’à Cramois’Île en quête du badge Volcan, fallait se lever tôt…

– On lui fait affronter l’un des jumeaux, ou les deux à la fois ?

– Surtout pas ! s’affola Ren. Je ne veux pas d’une autre plainte aujourd’hui. Préparez-lui deux ou trois portes à énigme, et s’il réussit, faites-lui affronter Tomas ou Aranda.

Ren visionna le parcours du jeune « dresseur » via son écran. Ce n’était pas terrible de juger sur l’apparence, mais il ne prit même pas la peine de préparer ses Pokémon après avoir vu le gamin en question. Il n’arriva même pas jusqu’au dresseur assistant. Bloqué dès la première porte parce qu’il ne trouvait pas la réponse à une devinette de pure logique, il rageait en essayant de la défoncer avec les attaques de son Rattatac. Quand finalement Viktor le mit dehors, il protesta en affirmant haut et fort que le champion était un lâche qui se cachait derrière des énigmes pour ne pas avoir à affronter ses challengers.

Ren soupira en secouant la tête. Stupide gosse. Il aurait été ravi de pouvoir l’affronter, au contraire. Mais ce n’était pas sa faute si les dresseurs qui se présentaient étaient nuls au point de ne pas parvenir jusqu’à lui, quand même… Les jumeaux avaient hélas raison en les traitant tous de minables. Ren craignait même que cette absence prolongée de combat sérieux ne lui fasse perdre la main. Ils s’entraîner certes avec ses trois dresseurs assistants, mais à force, il connaissait leur Pokémon et leur stratégie par cœur. En cela, la présence de Sulin et Salia était bénéfique : eux au moins, ils étaient toujours un petit défi pour Ren.

La vérité, c’était que Ren s’ennuyait un peu, en fait. Heureusement que son salaire n’était pas au forfait du nombre de challengers vaincus, sinon il coucherait sous les ponts. Il n’était pas insatisfait de sa vie, ceci dit. Il avait fait ce qu’il voulait faire : dresseur d’élite de type Feu. Ils étaient nombreux à rêver être comme lui. Et il faisait contre mauvaise fortune bon cœur : ce temps qu’il avait à revendre lui servait aussi à s’investir sur le roman internet d’Iyali.

Il aurait bien aimé pouvoir affronter Akrovax, le Pokémon inventé de Sector 57. Lui, il aurait été un sacré challenge. Iyali n’avait pas lésiné sur sa puissance, qui était abusée et qui ne cessait d’augmenter au fil des chapitres.

Ce que Ren ignorait à ce moment, c’est que son souhait aller se réaliser dans un futur proche, et qu’il allait amèrement regretter de l’avoir eu un jour…