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Destins liés ~Crépuscule~ de fan-à-tics



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Informations

» Auteur : fan-à-tics - Voir le profil
» Créé le 27/02/2013 à 23:26
» Dernière mise à jour le 27/02/2013 à 23:26

» Mots-clés :   Présence de personnages de l'animé   Présence de poké-humains   Présence de shippings

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Bonus - Bleu et Rouge (Holly /Bibi/Salomée)
BON DIEU D'ARCEUS ! Cela a été long, cela a été dur, mais ça y est ! CA Y EST *flot d'insultes censurées* bon dieu ça y est j'ai écrit et fini ce chapitre bonus !

Bordel de merde ça fait du bien.

Oups ! Pardon pour les gros mots.

Ce bonus est un pue particulier, car c'est un bonus sur Holly. La mère de Silver et Sam. Il y en aura un autre sur elle, sur sa rencontre avec Giovanni. Mais celui-là se situe sur sa petite enfance et contient beaucoup d'explications sur sa famille. Vous vous souvenez ? La famille qui vivait recluse dans le mont Argenté, là où Silver désirait se rendre car c'était là que sa mère lui avait dit d'aller se cacher. La famille qui Giovanni a supposément exterminé et l'endroit où Peter a établit le QG de Twilight.

Ici vous trouverez plus d'infos sur cette civilisation, j'espère que cela vous permettra de réaliser des choses, pourquoi pas comprendre quelques trucs, et je l'espère, vous plongera dans le doute. Vous pourrez lancer plein d'hypothèses à la suite de ce bonus, il est vraiment un avantage pour vous lecteurs quand vous débuterez la saison 2.

Ensuite, ce bonus a peut-être un autre but, bien qu'incertain. Il est possible qu'il soit un prologue a une autre fic en lien avec celle-ci. "Destins Croisés" Celle-ci raconterait possiblement l'histoire de la princesse Eléanora et Sahara. Comment ? Pourquoi ?

Et pourquoi ce projet est incertain ? Parce que comme vous le constaterez avec déjà, ce bonus, le ton est beaucoup plus sérieux et aborde des thèmes durs (tel que l'inceste). Donc sa publication n'est pas certaine, au moins sur pokébip. Mais il y a aussi des doutes à cause de mon inactivité en matière d'écriture. bref, je vous tiens au courant.


Soyez assuré que vous aurez un trailer le mois prochain. Il est déjà écrit lui.

Sur ce je vous souhaite bonne lecture, j'attends vos impressions après ! Et merci d'avoir patienté si longtemps ! Bisous !




Bonus : Bleu et Rouge.

-Samuel, Samuel, est-ce que tu peux m'aider à faire mes devoirs ?

Samuel poussa un soupir et lança une œillade par-dessus son épaule en direction de sa jeune sœur. Ce n'était pas qu'il ne l'aimait pas, bien au contraire, au fil des années il se mettait même à l'aimer davantage que ses géniteurs, peut-être parce qu'il grandissait et obtenait un regard de plus en plus objectif sur eux. En tout cas, sa cadette trouvait toujours le pire moment possible pour lui demander ce genre de service, et cela l'agaçait au plus au point.

-Pas maintenant Holly, j'ai très mal à la tête. Lui répondit-il en se remettant à l'ouvrage.

Pas que ce qu'il faisait actuellement avait une importance capitale, il ne s'agissait que d'un livre venu de l'extérieur dont l'histoire n'était même pas particulièrement trépidante. Mais au moins, le texte avait le mérite de faire refluer ses douloureuses céphalées.

La petite fille dans son dos se tût un instant, mais le moment de bonheur intense où le silence régna dans sa chambre fut de courte durée.

-S'il te plaiiiit ! Je te promets je vais chercher des herbes médicinales pour ta tête après !

Samuel soupira de nouveau et cette fois, il se tourna complètement pour faire face à la gamine. Holly le regarda sans sourciller, elle était bien une des seules personnes de son entourage à ne pas le craindre quand il avait la migraine, et cela l'attendrissait autant que cela l'énervait.

-Ah oui ? Tu veux sincèrement sortir, toute seule dans le mont Argenté, traverser la barrière dimensionnelle et temporelle juste pour arrêter mon mal de crâne ?

Il était ironique. Si la petite osait faire ça elle risquait une punition exemplaire et une paire de claques. Personne ne sortait du domaine sans autorisation, et certainement pas une enfant de son âge à peine capable de se protéger seule. Il n'avait même pas besoin d'user de son don de clairvoyance pour savoir quel genre d'avenir attendait sa cadette si elle se risquait à braver cette loi fondamentale.

-Je ne serai pas toute seule, j'aurais Bibi. Répondit aussitôt Holly, comme si elle récitait là la plus simple des évidences en ce monde.

Samuel ouvrit grands les yeux et ne put retenir un pouffement. Celle-là vraiment ! Holly s'empourpra face à lui et s'indigna aussitôt :

-Non mais c'est vrai ! J'ai fait beaucoup, BEAUCOUP –elle ouvrit grand les bras pour accentuer ses mots- BEAUCOUP de progrès avec Bibi ! Maintenant j'arrive même à arrêter le temps quelques secondes !
-Ah oui ? Et comment sais-tu que tu arrêtes le temps quelques secondes, puisque les secondes cessent de s'écouler ?

Holly fut totalement prise de cours par cette réplique et sa peau diaphane pris une magnifique teinte carmine.

Cela ne fit qu'augmenter l'hilarité de son frère, pour son plus grand malheur.

-Ce n'est pas drôle je suis sérieuse quand je dis ça…Finit par grommeler la petite, vexée.
-Je sais, et c'est ça qui est si amusant…Lui expliqua gentiment Samuel, une fois le hoquet passé.

Il se leva de son siège puis s'agenouilla au niveau de sa cadette pour lui lancer, attendri :

-Je me demande parfois si tu réalises ce que tu dis des fois…Mais c'est gentil de vouloir risquer autant juste pour soigner mes foutus maux de tête. Tu es mignonne.

Le regarde de sa sœur s'illumina de joie.

-Si je suis si mignonne, est-ce que tu peux m'aider pour mes devoirs ? S'il te plait.

Elle sourit et lui tendit une pile de papiers couverts de flèches partant dans tous les sens. Elle n'en démordait pas, et Samuel abdiqua devant sa frimousse d'ange.

-Bien, bien, tu as gagné.

Il leva les bras en signe de reddition complète.

-Bon, quelle est ta leçon ?

Il ne se souvenait absolument pas de ce qu'il avait étudié lui quand il avait son âge. Holly devait avoir tout juste 7 ans, un moment de l'existence où il faut emmagasiner tellement de savoir en même temps et tant de connaissances si vitales à l'existence qu'on finit par oublier l'ordre d'apprentissage.

-La maturation des pouvoirs. Récita Holly docilement.

Cela sonnait de telle manière dans sa bouche, que Samuel doutât qu'elle comprenne même ce qu'elle disait en cet instant.

-Bien, et qu'as-tu compris de la leçon… ?

Le sourire d'Holly s'agrandit.

-Rien du tout !

Samuel déchanta aussitôt, mais il s'en était douté : Holly demandait rarement de l'aide pour l'école à moins d'y être absolument forcée. Elle avait son petit orgueil et aimait étaler sa science, ce qu'elle ne pouvait pas vraiment faire à son âge. Il se fit une raison et essaya de ravaler son mal de crâne, avant de lui faire une petite place sur son banc.

-Allez, installe-toi, tu vas me montrer ça.

La petite ne se le fit pas dire deux fois. Elle s'assit à côté de lui en rigolant et se blottit contre lui. Pour Samuel qui n'était absolument pas tactile, ce fut dur de ne pas la repousser immédiatement, mais cela lui faisait tellement plaisir qu'il ravala de nouveau son exaspération.

-La maîtresse nous a expliqué pour les couleurs des cheveux. Commença sa cadette finalement, en pointant du doigt son cahier.

Samuel ne vit que divers dessins se battant en duel avec un ou deux mots écrits de manière maladroite entre eux. Pas de doute qu'elle ne comprenne rien si c'était de cette manière qu'elle notait ses cours. Comment l'enseignante pouvait-elle passer à côté de ça ? Il n'y avait que 5 enfants de l'âge d'Holly dans tout le village, et donc dans sa classe !

Il inspira un grand coup, fermant les yeux, tâchant de regrouper ses connaissances sur le sujet, et il eut une idée.

Ils se tenaient dehors, assis sur un des bancs de granits longeant les sentiers millénaires de la ville. De-ci de là se promenaient le reste du clan, vaquant les uns les autres à leurs occupations respectives. Tantôt des chevelures rouges se faisaient voir, dans une marée de tignasses aux allures plus bleutées. Parfois, on pouvait voir quelques habitants arborant tristement une unique mèche verte. Cette rue serait l'endroit idéal pour lui faire comprendre sa leçon.

-Bien, alors écoute-moi Holly. Nous autres les Guardians nous descendons des premiers Gijinka, de la très grande famille royale Saharienne. Nous ne venons ni plus ni moins que des entrailles de Sahara.

La gamine hocha fermement du chef, et ajouta :

-Nous avons des yeux bleus-argentés comme elle quand elle a décidé de former un pacte avec Celebi.
-Oui, c'est la marque de notre famille, la preuve que notre sang nous unit à la fois aux Pokémons et aux humains. Nous naissons tous avec.

Il passa une rapide main sur ses paupières, comme pour confirmer par le toucher que ses prunelles emblématiques n'avaient pas changé de couleur. Sa sœur les possédaient si clairs qu'ils lui rappelaient la lune, et ils donnaient l'illusion qu'elle était aveugle par moment. Lui, en arborait des légèrement plus gris. Il y avait certes de légères différences de la sorte entre les individus, mais on y retrouvait toujours cette prédominance du bleu et de l'argenté dans leurs iris.

-Nous possédons du sang de gijinka, nous sommes liés à Celebi, même si notre Maître à tous est le gardien du temps et donc l'égal de Dialga. Tu n'as qu'à te souvenir que Dialga est le maitre du Temps de tous les univers, alors que Celebi est le maître du temps d'une unique dimension. Mais il faut que tu comprennes qu'il existe d'innombrables familles dans la même situation que nous. Pour ne citer que les plus évidentes, il y a la famille qui découle du Prince Ion, l'amant déchu d'Eléanora, lié au Pokémon des Dimensions, Palkia, et bien entendu, la famille du tyran Xenia, devenu un avec Giratina….Mais encore bien plus dont nous avons oublié le nom à travers les siècles, ou qui se sont tout simplement éteintes.

D'ailleurs, songea Samuel, il lui était étrange qu'on ait confié à l'infâme Xenia le rôle de médiateur, car les liés à Giratina devaient, selon la légende, être les responsables des portails entre les dimensions. Ils étaient les gardiens de la paix, eux-seuls décidaient quand une région était prête à s'ouvrir aux autres. Quelle idée saugrenue de confier cette malédiction à l'instigateur de la guerre.

-A l'époque Saharienne, il y avait une famille par légendaire. Approuva Holly en l'éloignant de ses réflexions. –C'est la princesse Eléanora qui a imploré Arcéus de lui donner le pouvoir d'arrêter cette guerre, il lui a donné ses plaques, et les pokémons légendaires qui se réunissaient chaque année pour son anniversaire dans son jardin ont voulu l'aider eux aussi. Ils se sont unis aux proches de la princesse Eléanora pour combattre dans l'armée. Mais l'infâme Xenia a réussi à voler les plaques données par Arcéus et a fait de même avec les pokémons légendaires de ses terres ! La guerre n'a pas pu s'arrêter et a duré jusqu'au sacrifice de la princesse. Récita-t-elle mécaniquement.

Samuel sourit vaguement. Aussi grands ses pouvoirs se révélaient-ils, ils l'empêchaient de lire ce passé là, aussi se sentait-il obligé de se fier à ce qu'on lui avait toujours dit de la légende. Cette histoire fragmentée, aux zones d'ombres si nombreuses. Comment Xenia avait-il pu voler les plaques d'Arcéus ? Comment avait-il su unir Pokémon et Humain pour en faire des guerriers ginjinka ? Qui en avait eu l'idée et pourquoi ? Pourquoi les pokémons légendaires de Sinnoh avaient-ils pris le parti de Xenia alors que d'après la légende, tous étaient charmés par la pureté de la princesse Eléanora ? Il regrettait de ne pas être capable de lever le voile de cette histoire, sa curiosité naturelle se frustrait de plus en plus, heurtant continuellement les limites de sa puissance.

Il y avait tant de choses qu'il désirait savoir ! Qu'il désirait voir ! Le monde extérieur, par exemple ; ce lieu où évoluait le reste du monde, cet univers qui se situait par delà la chaine de montagnes du mont Argenté…Leurs langues, leurs coutumes, leurs cultures, leurs croyances, toutes ces petits choses semblaient l'appeler depuis le lointain et lui se retrouvait piégé ici sans pouvoir leur répondre.

Plus tard, il serait marchand. Oui, les seuls autorisés à traverser la faille temporelle de leur village pour aller acheter ce dont ils avaient besoin chez les autres.

-Samuel, je comprends pour les yeux, mais pourquoi certains ont les cheveux bleus, et d'autres les cheveux rouges ? La maîtresse disait que c'était très important.

Sa question le ramena à la réalité, et il hocha du chef.

-Elle a parfaitement raison. Le physique est toujours important quand un individu a du sang de gijinka. Il montre sa descendance ou l'influence de ses pouvoirs. Par exemple nos cheveux…

Il attrapa une mèche de sa chevelure rouge, il les avait longs et rebelles, mais avait appris comment les dompter en les accrochant en un catogan.

-Quand ils sont rouges, cela signifie que nos pouvoirs ont atteint le maximum de leur potentiel. Cela signifie que tu es maître de ton destin et peut le changer. Si tu as du mal à le retenir, pense à la légende du fil rouge du destin.
-Celui qui nous guide vers notre âme sœur… ?
-Oui, quand nous avons des cheveux rouges, cela signifie que nous pouvons modifier le destin, choisir notre propre voie…Et que nous pouvons influencer le destin des autres également. Comme celui de notre âme sœur, mais pas seulement. Cela dépend de ton potentiel…Mais moi par exemple, si je le désirai, et si je trouvais le moyen de ne plus dormir, ni manger et de ne plus penser à autre chose qu'à ça, je pourrais influencer le destin de tous les individus de cette dimension.

Holly écarquilla des yeux, et il rigola :

-Mais c'est impossible de se couper du monde à ce point Holly ! Tu prends vraiment tout au sérieux.

Sa cadette parut vexée par la remarque et ajouta :

-Mais c'est pas logique, toi, tu es né directement avec les cheveux rouges !

Samuel sourit mystérieusement.

-Réfléchis un peu. Qu'est-ce que cela signifie ?

Elle obéit et chercha une réponse quelques secondes.

-Que tu es né déjà super fort ?

Il secoua la tête.

-Non ça veut dire que je suis né avec mes pouvoirs actuels et qu'ils n'ont pas évolués depuis. C'est vrai, je suis super fort. Mais j'aurais très bien pu naitre avec des pouvoirs très restreints et avoir tout de même les cheveux rouges.

Cela parut d'une extrême complexité à Holly car son nez se plissa, signe qu'elle essayait vraiment d'intégrer ce qu'il venait de dire. Pour l'aider il ajouta :

-Toi, tu es né avec des cheveux bleus. Avoir des cheveux bleus peuvent signifier deux choses. La première, c'est que tes pouvoirs sont en développement. Ils augmentent petit à petit et deviennent progressivement rouges.
-Comme les miens ! S'exclama la petite en empoignant une des mèches volantes échappant à a coiffure règlementaire de petite fille.

Il appréciait la couleur de sa sœur, auburn, à mi-chemin entre les deux teintes si importantes pour la hiérarchie du village. Cela faisait un bout de temps qu'ils stagnaient à ce stade, d'habitude, les petits filles de son âge avaient déjà une tignasse rougeoyante et avaient obtenu leur prénom d'adulte. D'un autre côté, aucun autre enfant n'arrivait à faire ce dont elle était capable, et cela, malgré le fait qu'ils soient au maximum de leur potentiel. Sa cadette serait certainement d'une puissance rare, plus grande que la sienne peut-être. Comme ceux des premiers gijinka de l'ancien temps, ceux dont on racontait encore les exploits aujourd'hui dans sa famille.

Quelle dommage, que la place la plus élevée à laquelle elle puisse aspirer, malgré son potentiel, soit d'être mariée à l'Ancien, maître gardien du temps. Rien que cette possibilité lui donnait la nausée. Il tâcha de repousser les visions des avenirs –trop nombreux- où cela se produisait. Le fait qu'il soit candidat pour succéder à l'Ancien n'arrangeait pas son malaise.

-Et, donc, les gens ont les cheveux bleus, quand ils sont enfants, et quand ils sont trop vieux. Conclut Holly, finalement. –Quand leurs pouvoirs grandissent…ou quand ils…ils…Diminuent ?
-Oui. Quand ils sont en train de s'éteindre. Approuva finalement Samuel, content d'être tiré loin du champ des futurs. –Mais il existe aussi une autre raison qui peut expliquer les cheveux bleus. C'est l'atemporalité.

Sa sœur plissa des yeux, perplexe : c'était un mot trop compliqué pour elle.

-C'est le sort qui attende ceux de notre famille qui sont exilés. Ou tous ceux ayant un contact avec l'extérieur, comme nos marchands.
-Pourquoi ?

Samuel se mordit la lèvre, essayant de trouver les mots.

-T'est-il déjà arrivé de voir les destins, Holly ?

Sa sœur eut une hésitation, puis secoua la tête négativement.

-Non, c'est un pouvoir de grand.

Samuel sourit, peu dupe.

-Tu sais, je ne dirai rien, tu peux me dire la vérité.

Sa cadette le jaugea du regard, comme pour méditer sur sa fiabilité. Après un moment interminable, empli de doutes, elle finit par murmurer :

-Quelques fois. Quand je dors, j'ai l'impression de faire un cauchemar ou un rêve, mais ce que je vois se réalise toujours.

Samuel hocha du chef. Oui, c'était le premier stade quand on développait son potentiel, quand elle serait adulte, les visions arriveraient même éveillée. Mais pour le moment son cerveau, son corps, n'était pas capable de lui imposer cela en pleine action, il lui fallait du temps pour user de clairvoyance et le seul moment dont le métabolisme disposait sans gêner l'utilisateur, c'était durant le sommeil. Lui-même, il se sentait plus à l'aise quand il voyait pendant son sommeil, car rien d'autre ne venait perturber la scène de sa vie, il se trouvait totalement plongé dans la dimension du Celebi auquel il était lié. Il lui était plus dur de subir une vision dans le quotidien, c'était comme prendre une douche froide. Un instant qui semble une éternité et fait bondir le cœur hors de la poitrine, puis après la vision qui s'obscurcit, avant de revenir en même temps que la sensation glaciale qui perdure. Et l'on doit faire avec pour le reste de la journée.

-Et bien…Pour t'expliquer ça simplement…Comment vois-tu le futur toi ? Décris-moi la dimension de ton Celebi.

D'après ses professeurs, chaque personne avait une manière différente de voir les futurs. Certains parlaient d'une dimension différentes, d'autres de fils, d'autres de bulles, voire même des cadrans de montres. Personnellement lui, il avait l'impression d'être dans une bibliothèque disloquée où les livres éparpillés se tenaient à ses pieds, et dès qu'il les touchait, il se sentait comme spectateur d'une gigantesque pièce de théâtre dont il ne pouvait rien faire qu'admirer le dénouement en espérant qu'il soit heureux.

-Moi je vois plein d'horloges, des sabliers et tout ça. Y-a plein de chiffres aussi qui défilent. Tous les gens que je connais ont une montre à eux, et elles sont reliées par de grandes chaînes les unes entre les autres. Si je touche les aiguilles, je vois ce qui se passe…Comme…Heu…Tu vois de grosses ombres ? Je vois juste des ombres.

Samuel eut du mal à imaginer la chose jusqu'à ce que lui revienne en tête quelques récits sur le monde extérieur et sur des spectacles entièrement constitué de silhouettes noirs d'encre.

-Est-ce qu'il t'arrive de voir des aiguilles rouges ? Ou des chiffres rouges ?
-Oui ! Les chiffres des fois ils sont rouges. Des fois j'ai l'impression que je peux les bouger, mais j'ai jamais assez de force !

Holly hocha vigoureusement du chef. Bien. Cela signifiait qu'elle pouvait voir la destinée dans laquelle évoluaient ses proches actuellement. La couleur rouge permettait de savoir quel possible empruntait les individus parmi tous ceux existants. Lui-même, voyait souvent des livres à la couverture rouge. Les noirs signifiaient quant à eux que ce possible était latent, voire oublié. Et les bleus…

-C'est normal, tu n'es pas encore grande, tes cheveux ne sont pas encore rouges. Tu n'en es pas capable.
-Et un jour, je le pourrais ?
-Oui. Je le pense.

Holly sourit fièrement à l'entente de cette nouvelle.

-Mais, donc, avoir les cheveux bleus et être atemporelle, ça veut dire quoi ? Insista-t-elle finalement, perdue.

Les livres bleus qu'il croisait dans sa dimension appartenaient au passé, à un possible révolu, irrévocable. Perdu.

-Avoir les cheveux bleus même en étant adulte, cela signifie que tu resteras toujours dans le même état que toi actuellement. En enfant. Tu pourras voir les futurs…Mais tu ne pourras jamais rien changer.

Holly ne tiqua pas, sûrement, ne réalisait-elle pas ce que ça impliquait complètement.

-Atemporel : cela signifie Holly, que l'histoire ne retiendra pas ton existence. Car elle n'existera pas et n'aura jamais la moindre influence sur quoique ce soit. Cela implique que les gens que tu connais mais que tu cesses de côtoyer quotidiennement, t'oublieront progressivement jusqu'à ce que tu n'aies plus aucune influence sur eux, pas même inconsciemment.
-Les gens vont m'oublier ?

Sa question n'avait rien du ton effrayé qu'il aurait du avoir, sûrement ne saisissait-elle pas encore tous les mots de son aîné. Peut-être même trouvait-elle que ce que lui chantait son frère n'avait aucun sens. Après tout, elle connaissait des gens aux cheveux bleus, et elle se souvenait d'eux !

-Tant que tu les côtoies quotidiennement, tant que tu as un lien d'affection avec eux…D'amour…Tes souvenirs restent intacts, mais si tu t'éloignes d'eux, si la distance est trop grande…Et bien les souvenirs s'estomperont. Cela peut varier en fonction des individus, le temps que ça prend pour effacer une existence, mais c'est ce qui arrive forcément...A terme. Peu importe combien tu tiens à eux, c'est ce qui arrive toujours au final.

Comme sa sœur semblait toujours patiner il tenta un exemple :

-Tu sais, nous avons des marchands qui vont à l'extérieur chaque mois pour aller acheter des provisions ou des livres.

Holly acquiesça, retrouvant ses marques.

-Oui, toi tu veux devenir marchand ! Annonça-t-elle aussitôt, comme pour lui prouver qu'elle était très attentive à ce qu'il disait. Toujours.

Samuel fut touché qu'elle sache quel était son rêve d'avenir.

-Tous les marchands ont les cheveux bleus, tu le sais ça…Nous les rendons Atemporels : parce que personne du monde extérieur ne doit savoir que nous vivons au mont argenté. Alors ils vont dehors, ils marchandent, et après avoir obtenus ce qu'ils veulent…Les gens de l'extérieurs oublient leur passage.
-C'est très pratique ! Sourit Holly.

Samuel grimaça, mais il n'osa pas proférer des remarques sur le système de sa famille. Après tout, il fonctionnait ainsi depuis l'assassinat de Sahara par son fils, et il en serait toujours de même jusqu'à sa fin. Quelque soit son opinion. Il pouvait le voir clairement.

-Voilà. Tu as compris la différence entre les cheveux bleus et rouges. Tu as des questions ? Conclut finalement le jeune homme, heureux d'être arrivé jusqu'au bout de ses explications.
-Oui !

Holly hésita, puis se lança :

-Mais quand les gens ont une mèche verte dans les cheveux comme l'ancien et maman ?
-La mèche verte apparait quand on perd notre Célébi.

Samuel se rendit compte de ce qu'il venait de dire à sa sœur : sans tact, spontanément, avec horreur. Il plaqua la main sur sa bouche et se tourna vers sa cadette, appréhendant une énorme crise de larmes. Mais sa sœur le regarda stoïquement, les yeux écarquillés, le teint blême, comme n'ayant pas intégré ces mots.

-…Celebi…Peut mourir ? Articula-t-elle faiblement, après un temps infini.

Samuel déglutit. Oh non. Quel crétin il avait été sur ce coup !

-Bibi peut mourir ? Mon bibi il peut mourir ? S'inquiéta soudain Holly, paniquée à cette simple idée.

Aussitôt, elle ouvrit ses bras et la petite créature verte qui l'accompagnait toujours, invisible, se matérialisa pour se jeter dans ses bras en gazouillant. Elle le compressa contre elle, comme une enfant sert sa peluche pour se rassurer, pour la garder auprès d'elle face au danger. Le Celebi de sa sœur, Salomée, surnommée Bibi pour une raison obscure par Holly, était trouillarde et câline. Elle n'avait pas encore obtenu son nom d'adulte et donc ne possédait pas de GS ball ni de plumes pour le faire partir. Aussi passaient-ils tout leur temps ensemble, comme la plupart des enfants avec leurs Celebi.

C'était vraiment stupide d'annoncer une telle chose de but en blanc à une gamine de son âge. Samuel se fustigea intérieurement une énième fois et, se souvenant d'à quel point il était lié à Salomon, son Celebi, avant d'avoir une GS ball. Il essaya de rattraper sa bourde.

-Ne t'en fait pas Holly, cela n'arrivera pas avant très, très, très longtemps ! Normalement les Celebi vivent beaucoup plus longtemps que les humains ! Si tu en prends soin il n'y a aucune raison pour que tu aies une mèche verte un jour ! Ne t'inquiète pas !
-Mais maman et l'ancien…
-L'Ancien est très vieux et en plus il est le gijinka de Celebi. Donc il doit y avoir une autre explication, son Celebi doit toujours être vivant. Pour maman, je crois qu'elle l'a perdu à cause d'une excursion dans le monde extérieur.
-Dans ce cas je veux JAMAIS JAMAIS aller dehors ! Vociféra Holly en serrant plus fort « bibi » contre elle.

Samuel sourit, simplement heureux d'avoir évité la crise. En plus, sa mère serait heureuse de la conclusion de cette discussion : rien ne l'irritait plus que l'idée que l'un de ses enfants traverse la limite du village.

-Bon, du coup, tu connais ta leçon maintenant ! Je peux donc retourner lire tranquillement sans craindre que tu ne m'interrompes à nouveau ?

Holly rigola ouvertement.

-Seulement si tu me dis que tu n'as plus mal au crâne !
-Et si je te dis que non, tu iras dans le monde extérieur me chercher des herbes médicinales ? Se moqua-t-il.

Holly vacilla, et Samuel haussa des épaules :

-Je vois, entre moi et ma tête douloureuse et ton Bibi le choix est vite fait ! Tu préfères Bibi…Tu me fais de la peine Holly, tu viens de m'enfoncer un couteau en plein cœur ! Gémit-il, feignant une blessure fatale.

Sa cadette ne marcha pas, elle courut, et se précipita vers lui pour se jeter à son cou.

-Non ! Non ! C'est pas vrai Samuel je vous aime autant tous les deux !! Promis !

-AAAARRRGH tu m'aaaaimes autant que ton pokémon, comment oses-tu, moi ton propre frère, la chaire de ta chaiiiire, moi qui t'aies vu naaaaitre ! Bredouilla faussement le garçon, trop amusé par son jeu.

Holly paniqua à nouveau, embarrassée elle regarda alternativement son Celebi, puis son frère, indécise, face à son dilemme.

-Hum…

Elle trépignait d'un pied à l'autre, incapable de faire un choix, puis finalement s'écria :

-Mais c'est pas juste ! Toi tu n'as que mal à la tête alors que bibi si je sors je risque d'avoir une mèche verte dans les cheveux ! Sanglota-t-elle finalement, déboussolée.

Samuel éclata de rire devant son désarroi, et le mal de tête s'estompa pour devenir un mal de côtes. Il en riait tellement que le souffle lui manquait. Décidément, sa sœur était bien trop naïve : elle prenait tout trop au sérieux ! Il adorait la faire tourner en bourrique !

-Samuel !

La voix de sa génitrice l'interrompit, et il sentit sa bonne humeur retomber. Il jeta un coup d'œil dans son dos : elle se tenait là, droite au bout du sentier, dans sa tenue de cérémonie. Leur père se trouvait dans son ombre, silencieux. Tous deux arboraient une chevelure bleues, signe de la dégénérescence de leur puissance, mais à part ça, Samuel reconnaissait chacun de ses traits dans ceux de son géniteur, tandis que ceux d'Holly appartenaient à ceux de sa mère.

Sa cadette tressaillit en voyant la mèche verte dont elle venait de comprendre la signification, bien en place, derrière l'oreille de sa maman. Samuel se releva, épousseta ses genoux pour se débarrasser de la poussière, puis il posa une main sur l'épaule de sa sœur pour la rassurer. Enfin, seulement après tout ça, il répondit :

- Oui mère ? Que me voulez-vous ?
-Le gardien a rendu son verdict. Tu passeras l'épreuve pour avoir ton nom d'adulte avec les enfants de la semaine prochaine. Si tu réussis, tu te nommeras Salomon.

Samuel arqua un sourcil, c'était le même prénom que celui de son Célébi. De plus, comme on lui avait donné un nom débutant par S à sa naissance, il avait espéré ne jamais en changer, même après la cérémonie de passage à l'âge adulte.

-C'est un très beau nom, tu sais. Un véritable honneur. C'est un nom historique même, celui du fondateur de notre caste, tu devras t'en montrer digne. Continua sa mère, parvenant enfin à son niveau.

Elle lui envoya une expression crispée qu'il ne comprit pas. Pendant une seconde, il essaya d'user de sa clairvoyance pour savoir ce que lui réservait le destin et qui inquiétait tant sa génitrice…Mais il en fut incapable, la bibliothèque dans laquelle il entra ne possédait aucun livre le concernant sous sa nouvelle appellation. Même l'ouvrage qu'il avait consulté toute son enfance, celui au titre « Samuel », avait disparu.

Cela ne lui était jamais arrivé avant. Il grimaça, revenant à la réalité.

-Mère…

Il aurait aimé la questionner sur ce phénomène, mais elle tourna des talons, lui offrant juste son dos.

-N'oublie pas d'amener ta GS ball, tes plumes et ton Célébi. Le gardien assistera à la cérémonie, il attend beaucoup de toi.
-Nous attendons tous beaucoup de toi, ajouta leur père, gravement. –Si tout se passe bien, tu pourrais même devenir le prochain gijinka.

Le cœur de Samuel s'étreignit, en proie à un mauvais pressentiment auquel il ne pouvait attribuer aucun fondement. Pourtant, être gijinka était le plus grand titre qu'il connaissait, même s'il était auréolé de mystère. Personne ne savait comment on en devenait un dans sa génération.

C'est à ce moment précis que choisit de débouler Holly, celle-ci sauta en avant, et battit un ennemi invisible du poing en s'exclamant vigoureusement :

-Ouais ! Samuel il va tout défoncer ! Vous allez voir papa, maman ! Il va être le meilleur !

Il sourit à sa cadette, touché par la confiance qu'elle lui vouait, mais les rictus douloureux de ses géniteurs ne l'aidèrent pas à chasser son malaise.

C'est alors, que doucement, le mal de crâne qui l'oppressait depuis son réveil se précisa, plus net dans sa douleur, plus précis dans sa façon de le frapper, il le saisit tout entier comme une mélodie entêtante.

Non. Réalisa-t-il lentement, alors qu'il suivait ses parents silencieusement pour rentrer chez eux.

Ses céphalées avaient un rythme, comme imitant une mélodie : elles étaient un chant. Les paroles qui jusque là n'avaient été que sifflements perçants et bruits distordus se distinguèrent peu à peu, il parvint même à en reconnaître certains mots. Sans parvenir à s'en rappeler l'origine.

Il leva les yeux au ciel, fronçant les sourcils pour se concentrer et se remémorer d'où lui venait cette musique insupportable qui lui collait à la peau, et son regard tomba sur les ruines surplombant le mont argent.

Un nom, un seul, celui de la légende lui revint en mémoire.

« Eléanora »

Son sang se glaça.

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Holly se leva se matin là, fière comme un Poichigeon. Elle avait fait toutes ses leçons la veille et les avait même comprises grâce à son frère. Ce qui était assez rare. Elle détestait les cours : elle estimait que le savoir global aurait du l'emporter sur celui des détails, pour elle, il était plus important d'intégrer le fonctionnement des choses que de s'embarrasser des nuances de la vérité. Elle ne voyait pas ce que la différence faisait et son professeur ne cessait de la réprimander à cause de cela.

Mais aujourd'hui, ce serait différent.

Elle ricana en enfilant ses vêtements.

Elle avait vraiment le meilleur frère du monde entier ! En plus, il allait devenir quelqu'un de très important. Depuis toujours elle entendait parler des gijinka, tous les adultes vénéraient les gijinka, même, c'était les gijinka qui avait crée son village et fondé sa famille : il s'agissait donc forcément de personnes incroyables.

« Dépêche-toi de t'habiller Holly, je veux avoir le temps de jouer avant les cours ! »

La voix de Bibi la ramena sur terre, et elle attrapa ses chaussettes en gonflant la joue vexée :

-Dis donc, tu pourrais me dire bonjour au moins ! T'es pas gentille !
« Bonjour Holly, bien dormi ? On peut aller jouer maintenant ? Tu as promis qu'on jouerait à la balle avec Meryl ! »

Holly grommela. Non, elle n'avait pas bien dormi, elle avait fait un cauchemar : Cette nuit, la silhouette de Samuel avait été comme enchaîné et avait disparu dans la mer. Elle se demanda une seconde si c'était un rêve prémonitoire, du genre de ceux que font les adultes et que les enfants comme elle ne devraient pas faire. Mais elle trouva cela stupide : elle n'avait jamais vu la mer autre part que dans les livres d'images venant de l'extérieur. Pour que Samuel soit englouti par la mer, il devait d'abord sortir du village. Et s'il devenait gijinka cela n'arriverait jamais.

Elle descendit les escaliers, le pas lourd, Bibi ne cessant de la presser pour qu'elle se dépêche de petit déjeuner pour s'amuser. Mais elle s'arrêta sur le seuil de la cuisine du chalet. Ses parents discutaient dans la salle à manger : d'habitude, ils étaient toujours partis quand elle se levait.

D'ailleurs, maintenant qu'elle le remarquait : ce n'avait pas été Samuel qui l'avait tiré de son sommeil tout à l'heure, mais la voix de sa mère la sommant de se préparer pour l'école. Elle se demanda vaguement où était son aîné, quand les propos de sa mère résonnèrent dans le couloir :

-C'est un grand honneur qui est fait à notre famille.
-Je ne dis pas le contraire, protesta son père, mais es-tu sûre qu'il est prêt ? Es-tu sûre qu'il luttera correctement ? Tous les derniers enfants n'ont pas réussi l'épreuve…Le maître du temps commence à se faire vieux, il ne tiendra plus longtemps et le village manque d'enfants…Je ne dis pas qu'il ne faut pas le faire, je dis qu'il vaudrait être sûr de nous si nous le faisons. Samuel est peut-être fort, mais il n'a pas beaucoup d'affinité avec son célébi…
-Je le sais, et il n'est pas le seul ! De tous les enfants du village seul Holly montre un semblant de communion avec son pokémon…Mais comme tu le dis notre maître devient de plus en plus faible. Nous avons besoin d'un nouveau maître, maintenant ! Chaque année nous devenons de plus en plus faibles ! Tu le sais bien, de plus en plus de nos enfants ne réussissent pas l'épreuve du couteau, et pire encore, ils voient leurs cheveux changer de couleur trop tôt, alors qu'ils sont à peine capable de stopper le temps d'un objet ! Si ça continue, bientôt nous ne serons plus aptes à continuer la mission qui nous a été confiée. Samuel apportera un nouveau souffle à cette génération, il est notre seul espoir, il doit réussir l'épreuve. Il a le potentiel. Il a la force de raviver la force de toute notre famille.
-Je le sais ça…Mais en-a-t-il le courage et la volonté ?
-Il fera ce que je lui dis. C'est mon fils. C'est son destin.

Le destin, Holly s'était toujours demandée qui il était. On lui avait toujours dit qu'il régissait la vie de chaque individu sur la planète. Son professeur disait que le destin obéissait au maitre du Temps, et gijinka. Mais elle ne voyait toujours pas bien ce qu'il représentait. Personnellement cela ne la dérangeait pas outre mesure : au moins, quand elle lui désobéissait il ne la punissait pas lui, pas comme sa mère qui n'hésitait pas à mettre des fessées.

Son père se leva, et la chaise racla sur le plancher.

-Si c'est ce que tu crois, j'espère que tu as raison. As-tu usé de la clairvoyance ?
-Non, tu sais bien qu'il est impossible d'user de clairvoyance sur un individu en passe de devenir un gijinka, nous ne voyons que sa fin, pas sa transformation et ce qui en découlera.
-Dans ce cas as-tu réfléchis ?…Tu sais pourtant que si Holly continue à développer un tel potentiel, elle se mariera avec le maître du temps une fois arrivée à l'âge adulte. Elle pourrait épouser Samuel…
-Je ne vois pas ce qui te dérange. Elle épousera qui on lui assignera, comme nous toutes. Ai-je eu le choix de t'épouser ?

Holly ne s'offusqua pas, à vrai dire, cela ne la dérangeait pas d'épouser Samuel. Les autres garçons de son âge étaient tous bêtes et méchants. Ils l'embêtaient continuellement parce qu'elle était plus forte qu'eux. Au moins son frère était gentil, et elle était habituée à vivre sous le même toit que lui. Quand elle était petite, Samuel avait même joué plusieurs fois avec elle à la poupée : donc il serait un bon papa. En plus une fille dans sa classe avait atteint l'âge adulte le mois dernier et elle avait épousé son père le lendemain. C'était normal qu'on se marie entre membres de la même famille, au final elle était liée par le sang avec tous les habitants de la ville, à des degrés plus ou moins élevés.

-Justement, ne devrais-tu pas, à cause de ça, penser à ta fille ! Réfléchir aux destins de nos enfants ! S'enflamma son père.
-Réfléchis à quoi ? Au destin de notre lignée ? Oui évidemment. Au potentiel de Sam ? Tout le monde le voit. Au futur d'Holly ? Il sera le même que celui de toutes les femmes de cette famille. Il n'y a pas à réfléchir là-dessus, comme il n'y a pas à hésiter. Samuel est la seule chance de notre clan, il doit réussir le test et devenir le gardien du Temps, devenir le gijinka. C'est notre mission.
-Une mission que nous sommes peut-être les dernier à accomplir. Nous n'avons plus de nouvelles des autres clans depuis des années !
-Et alors ?
-Alors je ne veux pas risquer mon fils pour une mission qui n'a peut-être plus la moindre influence sur le monde !
-Ce n'est pas ton fils. C'est le fils de Salomon. Le fils de la destinée. Il est né dans ce seul et unique but ! Rien ne nous appartient en ce bas monde, tu n'as pas de droit à revendiquer sur sa vie.
-Justement c'est sa vie, il devrait pouvoir choisir.
- Le possessif n'est pas de rigueur, la vie de Samuel ne lui appartient pas plus qu'à nous. Choisir ? Nous avons abandonné ce droit.
-Nos ancêtres ont abandonné cette liberté ! Pas nous !

Sa mère se leva avec fureur, Holly entendit la chaise racler le sol.

-La mission de nos ancêtres est la notre ! Leur souffrance est la notre ! Il en a toujours été ainsi et il en sera toujours de même ! Il serait injuste de changer les cours des choses pour cette génération alors que nous n'avons rien fait pour la précédente. Il en est et sera toujours de même ! Holly supportera les mêmes peines que moi à son âge, et Samuel vivra la même existence que tous les précédents gardiens ! Parce que c'est ainsi que le monde fonctionne et dont il dépend ! Arcéus nous a façonné de cette façon pour que nous accomplissions ce devoir s'y déroger, c'est commettre le pire crime de l'univers : celui de lâcheté. Es-tu lâche ?

Un frisson remonta l'échine d'Holly, et la sensation glacée la heurta de plein fouet comme si l'insulte avait été pour elle et non pour son père. Elle ne voulait pas être fille de lâche. Son père déglutit derrière la paroi. Elle tressaillit d'inquiétude et serra les poings.

Pourquoi ne disait-il rien ? Normalement, il aurait du frapper sa mère pour de tels mots à son encontre. C'était comme ça qu'un homme devait réagir. On n'avait pas le droit de remettre en doute le courage des hommes du clan, car ils avaient tout abandonné pour obéir à Arcéus. Cracher sur l'un d'eux, c'était remettre en cause leur vie de sacrifice perpétuel depuis des générations.

-Je dis simplement, que, si Samuel échoue à l'épreuve, et que j'apprends que nous sommes les derniers à la mettre en place…Si j'apprends que le clan de Xenia, celui d'Ion, et d'Eléanora ont cessé de…
-Nous savons avec certitude que celui de Xenia continue ses actions, le sort des dimensions n'a pas encore été levé après-tout, la malédiction est toujours sur nous. Les peuples du monde extérieurs interagissent entre eux et continuent de s'oublier. Ils en sont mêmes au point que le pays à notre Est ignore encore l'existence de son voisin de l'ouest. Kanto et Jotho ne se connaissent toujours pas. Xenia a tenu parole, les Harmonia continuent les rites : plus jamais il n'y aura de guerre entre nos continents grâces à eux. Aussi, nous devons d'en faire de même : honorons notre promesse envers Arcéus et permettons au temps de s'écouler normalement pour nous les humains.
-Jusqu'à quand ?

La voix de son père lui parvint, étranglée, douloureuse. Holly n'avait jamais entendu pareille intonation chez lui : et son cœur se serra. Sa mère avait-elle raison ? Son père était-il si lâche que ça ? Elle n'osait pas y croire. Ne voulait pas y croire. Elle n'arrivait pas à croire qu'il veuille abandonner leur devoir ancestral…

-Jusqu'à ce que le dernier d'entre nous succombe à la tâche. Répondit sa mère gravement.

La petite fille perçut un sanglot derrière le mur, une sorte de son étouffé qui se mêla à un autre aux accords similaires.

-Qu'est-ce que tu fais Holly ? Si tu ne te dépêches pas, tu ne pourras pas manger.

Le timbre rieur de son frère la fit sursauter, et elle se cogna le pied contre le cadre de la porte. Samuel resta un moment étonné, puis il sembla saisir la situation en entendant ses parents continuer leur discussion derrière la paroi. Il eut un sourire taquin dont seuls les grands-frères ont le secret.

-Ohoh, on écoute aux portes maintenant ? Mais tu es une vilaine fille !

Holly s'empourpra.

-C'est pas vrai !

Puis se rendant compte qu'elle n'avait pas vraiment d'excuse pour expliquer son comportement, elle balbutia :

-J'allais partir de toute façon !

Elle tourna des talons, renonçant à son petit déjeuner. Quand elle dépassa la salle à manger, elle n'osa pas lever les yeux vers ses géniteurs, mais même sans les regarder, elle entrevit les yeux rouges de son père, et les cernes sur le visage de sa mère.

Ce ne fut qu'une fois dehors, loin de sa maison, qu'elle se rendit compte qu'elle n'avait pas fait son bisou quotidien à son aîné, ni ne lui avait souhaité une bonne journée. Elle s'en voulut terriblement.

Oh et puis non, c'était lui qui l'avait taquiné ! Elle avait changé d'avis, elle ne voulait plus l'épouser ! Et il n'était plus le meilleur frère du monde !

Elle tapa dans le premier caillou qui croisa son chemin. Celui-ci ricocha un bon moment, puis arrêta soudainement sa course en pleine suspension dans les airs.

Pourquoi ses parents s'étaient-ils disputés comme ça dans la cuisine ? Pourquoi sa mère avait-elle si gravement insulté son père ? Pourquoi celui-ci n'avait-il pas réagi ?

Bibi s'approcha du caillou à la course arrêté et sa silhouette verte tourbillonna autour du minéral. Elle plissa les yeux.

Pourquoi l'épreuve de son frère les tourmentaient-ils autant ? Samuel était le meilleur d'entre tous, il était le plus fort du clan, il ne pouvait pas échouer à une simple épreuve ! Et puis pourquoi parler à ce point de la destiné ? De la mission de leur clan ?

Son célébi émit un cri, accentuant la pression sur le petit bout du monde qu'elle avait arraché à sa course naturelle.

Quelle était cette foutue mission qui mettait sa famille sens dessus-dessous ?

Holly se concentra davantage, passa outre les forces de son pokémon et le fit rebondir en arrière pour qu'il reprenne sa place initiale, au bout de sa semelle, une fois sa besogne faite, elle soupira un bon coup. L'effort terminé. Sa colère retombée, même si les questions elle, contrairement au caillou, étaient restées en suspend.

« Tu ne devrais pas jouer avec tes pouvoirs comme ça ! » Lui reprocha Bibi sévèrement. « Si les adultes te voient tu auras des ennuis ! »

Son célébi se montrait toujours rabat-joie quand elle enfreignait les règles. Mais elle ne voyait pas le problème de son entraînement : après tout, pourquoi les grands se fâcheraient-ils alors qu'elle travaillait pour améliorer ses pouvoirs ? Samuel lui se faisait toujours féliciter quand il montrait l'étendu de ses talents : et pourtant il n'était pas encore adulte, il n'avait pas passé l'initiation.

« Oui mais c'est pas pareil pour Samuel ! » S'offusqua Bibi à côté d'elle.

Alors ça c'était vraiment pas juste. Normalement son Célébi aurait toujours du être de son côté, celui de tous ses amis et même celui de son frère les soutenait toujours, pourquoi elle, elle était tombée sur celle qui la contredisait toujours !

« C'est méchant ce que tu dis Holly ! » Bafouilla la petite créature.

La peine qu'elle perçut chez son amie la mit aussitôt mal à l'aise et honteuse. Elle regarda ses pieds, la culpabilité lui gonflant la poitrine. L'ennui avec le fait de partager ses pensées, c'était bien qu'elle puisse la faire souffrir, même sans dire un mot.

Holly marcha enfermée dans un silence lourd, trainant son sac derrière elle et tapant les cailloux qui osaient se dresser sur sa route : mais comme le lui avait demandé Bibi, elle ne les figea pas grâce à ses pouvoirs et se conduit bien sagement jusqu'à son arrivée à l'école.

A vrai dire, l'endroit ressemblait plutôt à une énorme bibliothèque : il n'y avait jamais eu assez d'enfants dans le village pour remplir une classe complète. Ils étaient une vingtaine tout au plus. Aussi, le bâtiment cumulait les deux rôles. Samuel avait adoré étudier ici, il aimait l'odeur des vieux livres et le professeur lui avait dit qu'il l'avait plus d'une fois oublié entre les étagères. Même qu'une fois, lui avait-il dit, Samuel avait bien failli mourir écrasé sous la pile de bouquins qu'il comptait lire.

Elle, elle n'aimait pas autant la lecture, elle préférait qu'on lui lise le récit à voix haute.

« Meryl est déjà là ! » S'enthousiasma Bibi à côté d'elle.

Holly eut à peine le temps d'entendre ces mots que déjà son petit lutin vert se précipitait vers sa compagne de jeu : l'autre célébi de son amie. Mais apparemment, la petite ne se sentait pas d'humeur à jouer comme elle le leur avait promis ce matin là. Assise sur un banc qui bordait la cours de récrée, près du lac, elle pleurait silencieusement, serrant son sac contre son cœur.

Le cœur d'Holly se serra, et elle s'arrêta : embarrassée.

Elle n'était pas très douée pour consoler les gens, pas douée du tout, elle ne savait jamais quoi dire à ceux qui pleuraient, et parfois finissaient même pas lancer des blagues douteuses, ou des mots déplacés. Elle n'y pouvait rien, plus elle se répétait qu'il ne fallait pas aborder tel ou tel sujet, plus sa langue la trahissait. C'était comme avec son amie Claire Ballot, alors qu'elle n'utilisait jamais d'elle-même les expressions « C'est clair ! » ou « C'est ballot ! » dès qu'elle se trouvait en sa présence elle se mettait à ponctuer chacune de ses phrases par ces tournures.

Holly hésita, peut-être pouvait-elle aller chercher un adulte ? Plus à même pour réconforter son amie ! Il n'était pas trop tard, elle ne l'avait peut-être pas encore vu…

« Holly ! Holly, qu'est-ce que tu fais ? Dépêches-toi de venir je crois que Meryl ne va pas bien ! » Se lamenta Bibi, sa voix stridente résonnant comme une sonnerie sous son crâne.

La fillette soupira : son Celebi revint danser, tourbillonner autour d'elle dans une myriade d'étincelles aux nuances vertes. Maintenant, même un aveugle l'aurait aperçu. Elle se résigna à aller voir Meryl, et s'assit à côté d'elle prudemment.

Meryl ne prononça pas un mot, elle se contenta de la regarder s'installer, les yeux pleins de larmes et le nez rouge. Aussi, Holly mit un temps qui lui parut considérable à trouver une façon d'aborder le sujet. Puis, finalement, elle renonça au tact, incapable de dénicher un dérivatif pour ouvrir la conversation :

-Pourquoi tu pleures ? Lui lança-t-elle de but en blanc.

Meryl hoqueta et remit en place ses mèches rouges qui lui tombaient dans les yeux et dont certaines collaient sur ses joues humides.

-Mon petit frère a échoué à l'épreuve du couteau…Bafouilla-t-elle confusément.

Holly attendit la suite. Toute ouïe, mais devant le silence seulement entrecoupé par les glapissements de sa camarade, elle finit par comprendre que c'était là son unique maux.

-C'est tout ? S'étonna la petite, déstabilisée, à voix haute.

Bibi s'insurgea dans un coin de son crâne et Meryl sursauta promptement.

-Comment ça, c'est tout !?

Elle se leva d'un bond et se plaça face à Holly, cette fois le rouge qui colorait ses pommettes n'était pas dû à la tristesse.

-Mon frère a raté son épreuve des couteaux ! Répéta-t-elle plus fortement, comme si ça allait ajouter plus de sens et de gravité.

Holly cligna des yeux : elle ne voyait toujours pas le problème. Ils devaient tous passer par l'épreuve des couteaux : tous les enfants d'un an voyaient leurs géniteurs pointer une lame sur eux et s'ils avaient du pouvoir, celui-ci devait se manifester instinctivement pour les sauver. Cependant aucun enfant n'en était mort, leurs géniteurs avaient toujours su retenir leurs gestes à la dernière minute. Qu'il ait échoué signifiait juste que son frère n'était pas un enfant de Sahara. Elle aurait du s'en douter dès le début, son frère était né Blond. Personne n'était blond ici.

-Ils vont le rendre atemporel et l'abandonner dans le monde extérieur ! S'époumona Meryl ; désœuvrée.

Holly pencha la tête sur le côté : et bien évidemment, que voulait-elle en faire d'autre ? Le garder ? S'il ne possédait aucun pouvoir, son frère ne servait à rien pour le clan. Il serait plus heureux avec les gens du monde extérieur, les sans-pouvoirs. Néanmoins son absence de compassion, et surtout de réaction du profondément agacer Meryl, car celle-ci finit par lui hurler :

-T'es trop bête !

Avant de tourner des talons et de partir. Holly resta un moment indécise, jusqu'à ce que Bibi ne vienne se percher sur son épaule et ne demande :

« Ca veut dire qu'on ne va pas jouer au ballon… ? »

Elle soupira : cela valait bien la peine de s'être pressée et d'avoir assisté à la dispute de ses parents pour ça !

« Je ne comprends pas ce qu'elle a… » Se lamenta son petit pokémon. « C'est normal ce qui arrive, ce sont les règles. Tout le monde doit s'y conformer. »

Holly battit vaguement des pieds dans les airs, pensive : cela lui coutait de l'avouer, mais Bibi avait raison. D'habitude, sa petite compagne avait du mal à saisir la nuance entre le bien et le mal, car après tout, il s'agissait de notions relatives aux humains. Mais elle avait très bien compris le joug du règlement.

Quoi de plus normal, les pokémons obéissaient à leurs instincts et à leurs émotions, des lois naturelles, celle de leur dresseur n'était qu'une autre voix à laquelle il se fiait aveuglément, et comme ils ne pouvaient se déroger à leurs instincts, ils ne se posaient pas de question pour le reste des ordres, peu importe leur provenance.

Elle croisa des bras et fronça les sourcils. Elle supposait que le règlement posait toujours problème quand d'un seul coup il s'imposait à nous. Elle aussi, elle détestait quand on ne lui laissait pas le choix, mais elle finissait toujours pas s'y résigner. Meryl devrait forcément se faire une raison elle aussi. Et puis de toute façon, grâce à la leçon de Samuel la veille, elle avait appris que les gens atemporels et du monde extérieurs étaient oubliés !

Alors bientôt Meryl allait oublier sa peine et son frère. Cela ne valait pas le coup de faire tout un sketch !

Holly se leva, et épousseta ses vêtements, décidée de ne pas se laisser abattre. Heureusement un autre groupe d'enfants arrivaient eux aussi, et elle se joignit à eux. En attendant que les classes commencent elle s'amusa à poser la main sur le ventre rond d'une de ses camarades de classe.

-Tu arrives à voir si ce sera un garçon ou une fille ? Sourit la petite à côté d'elle, tremblant d'impatiente tandis qu'elle se concentrait sur l'avenir.
-Idiote, si elle arrivait à le voir elle pourrait devenir voyante ! L'interrompit un des garçons de leur âge.
-Je veux devenir voyante ! S'exclama Holly.

Mais elle ne parvint pas à savoir le sexe de son amie, le problème avec ses visions restait qu'elle assistait au futur uniquement sous la forme de silhouettes noires, il lui était impossible de voir les traits détaillés des intervenants.

-Je sais que ton enfant sera bon en calcul. Se sentit-elle tout de même obligée de dire, pour ne pas admettre la défaite.

Elle avait entrevu la silhouette d'un bébé et celui d'un boulier.

-Oh non, moi je suis nulle en calcul ! Se lamenta la future maman.
-Ce serait trop marrant si ton bébé finissait par être plus fort que toi ! Se moqua le même garçon que tout à l'heure.
-Dit pas ça, ce serait trop trop horrible !

Holly observa la dispute du coin de l'œil, un peu jalouse. Elle s'appelait Sirielle, elle avait son âge et pourtant ses cheveux étaient déjà rouges, elle avait déjà son nom d'adulte et elle s'était mariée l'année dernière avec son oncle. Bientôt elle aurait un bébé rien qu'à elle.

Bien entendu, Holly, si on lui demandait son avis, préférait ne pas se marier du tout : tous les garçons de son âge étaient bêtes, et les autres candidats possibles étaient vieux et moches. Il n'y avait que Samuel qu'elle appréciait vraiment, mais elle n'avait pas envie de l'embrasser pour autant. Même s'il serait un super papa.

« Toi aussi tu auras un jour les cheveux rouges ! Et tu seras plus forte que Sirielle ! » La rassura gentiment Bibi.

Holly tritura vaguement les quelques mèches auburn dépassant de ses cheveux de petite fille, le cœur lourd. Ce n'était pas tant les cheveux et le pouvoir qui la dérangeait : c'était plutôt les bébés. Holly aurait rêvé avoir un bébé à elle, à la maison elle n'avait même pas le droit à une poupée, sa mère refusait de la voir jouer avec ça. Elle disait toujours que ça arriverait déjà bien trop tôt alors elle ferait mieux de profiter de son enfance. Mais toutes ses amies ne s'amusaient qu'à ça.

Leur enseignant les appela, coupant court à ses réflexions, et ils se mirent en rang pour entrer en classe.

Holly attendit avec impatience qu'on l'interroge sur la leçon qu'elle avait révisée avec Samuel ; elle avait vu dans ses rêves que cela se produirait et ne fut pas déçue quand cela arriva. On la félicita de ses efforts et Meryl décida même d'arrêter de lui faire la tête pour lui demander de lui expliquer ce que signifiait être atemporel. Elle voulait savoir ce qui allait arriver à son petit frère probablement.

Le reste de la matinée passa très lentement en revanche. Bibi s'endormit sur ses genoux et elle ne parvint même pas à rester concentrée. Elle essaya pourtant, mais l'histoire des clans cousins étaient d'un ennui mortel.

-Ainsi comme Eléanora avait promis à Arcéus, il y eut un Humain pour chaque légendaire. La société Humaine pris exemple sur celle de ses voisins Pokémons afin de permettre une meilleure compréhension. De cette façon, le monde des hommes et son équilibre reviendraient aux gijinka né de la fusion des légendaires.
-Monsieur, pourquoi les humains ont du faire comme les pokémons ? Demanda le garçon taquin de ce matin, il était encore enfant et se prénommait Gerrik Kesler.
-Et bien, parce qu'Eléanora avait compris que la société humaine était vouée à l'échec : la preuve en était qu'à l'époque ils s'entretuaient dans un conflit stupide alors que celle des pokémons était paisible. Mais les pokémons ne peuvent pas comprendre les humains, ils ne comprennent pas notre moral, alors il était impossible de laisser les pokémons nous gouverner. D'où cette solution d'humain à moitié pokémon.
-Mais monsieur, osa Sirielle timidement, Pourquoi un gijinka pour chaque légendaire ?
-C'est vrai ça, ajouta une jeune fille, un peu plus âgée qu'eux. –Pourquoi on a besoin de tous les légendaires ? En plus certains ne servent à rien ! J'veux dire, Celebi et Dialga ont exactement le même rôle temporel !

Leur professeur soupira, et Holly elle-même eut du mal à camoufler son irritation : c'était comme ça, et puis voilà ! On leur demandait juste d'apprendre ça et de retenir ce que ça influençait dans leur vie.

-Tout d'abord, un gijinka pour chaque légendaire, c'est pour garder un équilibre entre nos deux sociétés. Pour que celle Humaine ne puisse pas dépasser celle pokémon et vice-versa.

Il se tourna vers le tableau accroché à une étagère croulant sous les ouvrages et se mit à griffonner quelques dessins abstraits dessus.

Holly en profita pour jeter un œil à ce qu'il avait déjà inscrit, pour être sûre de ne pas avoir loupé quelques trucs important durant son errance pensive.

Il y avait marqué tous les noms des clans voisins, avec leurs Pokémons emblèmes. Elle n'en connaissait pas la plupart, mais savait que celui du prince Ion et d'Eléanora se trouvait sur les terres d'Hoenn et qu'ils se remarquaient par leurs yeux dorés et leurs cheveux blonds malgré les siècles écoulés. Normalement ils étaient liés à Palkia, le seigneur des dimensions mais vu qu'Eléanora dormait déjà en remplissant le rôle de gardienne des dimensions, ils avaient put partir et disparaître sans heurts. Pour celui de Xenia, ils avaient également les cheveux blonds, mais possédaient normalement les yeux argentés des sahariens, normal, puisque Xenia et Sahara étaient cousins germains. Ils étaient liés à Giratina et avaient promis de ne plus jamais laisser la guerre se propager entre leurs territoires.

L'instituteur avait aussi listé le nom des clans disparus ou dont on avait oublié le rôle ou le pokémon légendaire comme le clan des Harmonia, à Unys, Holly savait juste qu'ils naissaient avec les cheveux verts et étaient dotés d'une grande empathie. Il lui semblait que le prof avait dit que vu le temps écoulé depuis la dissolution de la famille royale d'Unys, ceux-ci devaient avoir leurs sangs souillés et avoir oubliés leurs missions. Peut-être, ô sacrilèges, ignoraient-ils même leur propre héritage et vivaient, dispersés de par le monde.

-Tu vois Silas ? Chaque légendaire a un rôle précis dans l'équilibre du monde ! Aucun n'a exactement le même rôle ! Celebi est le gardien temporel d'une dimension, tandis que Dialga lui est le gardien temporel de TOUTES les dimensions et de l'écoulement entre chacune d'elle. Acheva l'enseignant d'un ton courroucé. D'autres questions stupides ?

Le garçon se ratatina sur sa chaise, grognon. Holly s'ne voulut d'avoir manqué l'explication.

-Monsieur… ? Moi j'en ai une…Demanda timidement un tout petit garçon qui avait intégré la classe pas plus tard que la semaine dernière. Il ne devait pas comprendre grand-chose à la leçon.
-Oui ?
-Pourquoi la princesse Eléanora est pas restée Arcéus ? Pourquoi elle est pas devenue Déesse du monde et nous laisse faire son travail ?

C'était une bonne question. Holly se l'était également posé fût un temps. Tout aurait été plus simple de laisser le monde être gouverné par le gijinka d'Arcéus, plutôt que d'instaurer un monde aussi compliqué !

Leur professeur soupira cependant.

-C'est très simple. C'est comme avec vos parents. Ils pourraient toujours rester vos parents et ce, jusqu'à la fin de vos jours, mais à la place, ils préfèrent vous laisser grandir et un jour partir. Pour que vous soyiez autonomes et capables de vous débrouiller un jour tout seul si jamais il leur arrivait malheur. Arcéus est le père de tous les êtres vivants.

Puis il haussa des épaules :

-De plus, le gijinka d'Arcéus n'est qu'une solution temporaire : Arcéus est le dieu de tout, il ne peut pas vivre indéfiniment dans le corps d'un simple humain. N'oubliez pas qu'il a annihilé l'âme d'Eléanora en prenant sa place. Le laisser trop longtemps sous cette forme est dangereux.
-Dangereux ? Répéta Holly, en fronçant les sourcils.

En quoi ? Elle n'avait jamais entendu parler de ça dans la légende ou dans toutes les pièces de théâtres Sahariennes qui avaient découlées !

-Et bien, le principe d'un gijinka est la fusion de deux être pour en former un troisième, hybride. Hors Arcéus écrase l'esprit humain qui le reçoit. Mais en même temps, un humain ne peut pas accueillir sa pleine conscience sans que son enveloppe se disloque : alors il n'en scelle qu'une partie tandis qu'il plonge l'autre en repos entre les dimensions. Aussi l'être qui nait de la fusion n'est qu'une poupée obéissant aux ordres de ceux dont il a donné sa confiance : les gardiens.

Eux. Leurs ancêtres.

-Mais il est impossible de vivre dans de telles conditions, au bout d'un moment, même une poupée finit par développer une conscience : les Sahariens avaient déjà remarqué cela avec leurs esclaves-pokémons à l'époque. L'enveloppe humaine aurait fini par pervertir la pureté du dieu arcéus avec des pensées, un mode de fonctionnement humain ! Cela aurait été le drame. Heureusement, le prince Ion et Sahara ont permis à Arcéus de partir un peu après la fin de la guerre et tous les traités qui en ont découlés. 4 ans après le sacrifice d'Eléanora. Mais cela aurait pu mener à une véritable catastrophe ! De plus, Arcéus ne doit pas seulement s'occuper de notre dimension vous savez ! Pendant qu'il était occupé avec la notre il a du délaisser les autres ! Nous ne pouvions décemment pas demander au Dieu de ne s'intéresser qu'à nous ! Il était temps de devenir adulte et de se prendre en main !

Holly médita longuement sur cette annonce.

Adulte, hum ? Elle regarda Sirielle qui attendait son bébé, et même l'autre garçon, qui avaient déjà leurs prénoms d'adultes, tandis qu'elle et l'adolescente du fond, plus âgée, se voyaient encore restreint au statut d'enfant. Ce terme lui semblait si flou ! Qu'est-ce qui faisait la différence au juste ? Est-ce que vraiment, tout ne se résumait qu'à une couleur de cheveux ? Bleu ou Rouge ?

A nouveau, elle caressa nerveusement une de ses mèches rebelles.

-Ce n'est pas si simple tu sais…Regarde-moi, j'ai beau avoir les cheveux rouges, je ne me sens pas du tout adulte pour autant !

Son frère lui sourit sur la route de la maison, il était venu la chercher comme tous les soirs, et comme tous les soirs ils avaient discutés de leur journée sur le chemin. Pourtant, Holly avait la désagréable impression que plus rien n'était comme tous les soirs.

-C'est normal que tu ne te sentes pas encore adulte ! Tu n'as pas eu ta cérémonie, mais après tu le seras ! Commenta-t-elle.

Samuel ricana.

-Tu crois sincèrement qu'une stupide cérémonie va changer quoique ce soit à ce que je ressens ?
-Bah oui, regarde, Meryl elle est triste à cause de la cérémonie du couteau de son frère.
-Non, ton amie est triste, pas à cause de cette cérémonie mais parce qu'elle considère que son frère est son frère, quoiqu'en dise le reste du monde. Elle est triste parce qu'elle va devoir lui dire au revoir et l'oublier et qu'elle ne le veut pas.

Holly fronça les sourcils : elle ne comprenait toujours pas, après tout, s'il n'y avait pas eu de cérémonie pour commencer, rien ne se serait jamais produit, donc pour elle, le problème venait bien d'elle. Les cérémonies changeaient les gens. Elle observa craintivement son frère du coin de l'œil, le cœur serré.

Lui aussi commençait à changer, il parlait avec le sourire, mais le son de sa voix lui semblait triste, il avait des cernes sous les yeux depuis qu'on lui avait annoncé que bientôt il deviendrait grand. Il avait l'air malheureux.

-C'est bien que tu réfléchisses par toi-même à tout ça je trouve. Lança soudainement Samuel.

Sa cadette sursauta et le dévisagea, perplexe.

-Ca ?
-Devenir adulte, les cérémonies…Tout ce qu'on t'apprend.

Il regarda le sol.

-Parfois j'ai l'impression que tout le monde ici se contente de se laisser porter par le vent comme des feuilles mortes. Personne ne remet en question quoique ce soit, la tradition, l'ordre pré-établi, le destin, la fatalité. Personne n'essaye de savoir la vérité derrière les mots, l'histoire. Personne ne remet en doute ce qu'on nous dit, même des textes qui ont des siècles nous les croyons sur parole sans nous demander si peut-être il ne s'agit pas simplement d'une fiction.

Holly le vit serrer les poings.

-Parfois, j'ai l'impression d'être le seul ici…

Elle lui prit la main et la serra très fort.

-Tu n'es pas tout seul.

Papa aussi, il était comme lui, songea-t-elle. Mais bizarrement, cette fois, dans cette conversation, elle ne comprenait plus pourquoi cela faisait d'eux des lâches comme l'avait dit sa maman. Est-ce que se poser des questions, c'était si mal que ça ? Pourtant à l'école, on lui disait de ne pas hésiter à le faire quand elle ne saisissait pas la leçon. Qu'est-ce qui était mal dans ce fait là ?

-Merci, tu es gentille. Murmura son frère, touché. –Mais je sais que tu es encore petite.
-Je ne suis pas petite ! S'offusqua-t-elle.
« Moi non plus ! Bientôt on sera grandes toutes les deux ! » Reprit de concert Bibi.

Samuel ricana.

-Pardon, pardon. Tu as juste la taille et l'âge qu'il faut tu as raison. Rectifia-t-il.
-Toi aussi ! Compléta-t-elle.
-Moi aussi ! On est ce qu'on est, avec nos défauts et nos qualités, et rien ne changera ça. Adulte ou pas. Cérémonie ou pas.

Holly sourit. Puis son regard fut soudainement attiré par un attroupement le long du sentier. Des touffes bleues sombres se démarquaient derrière une cascade aux nuances chaudes.

-Oh, les marchands sont revenus. Commenta son frère.

Il alla les rejoindre en l'entraînant par la main. Ils traversèrent la foule non sans mal, mais Samuel avait une amie parmi les commerçants, Sally, celle-ci le remarqua et lui fit de la place sur son étalage.

-Coucou Samuel ! Comment ça va ? Lui envoya-t-elle.
-Coucou, ça va ça vient, comme d'habitude. Je ne savais pas que tu revenais aujourd'hui.

Elle haussa des sourcils.

-Moi non plus, mais on nous a demandé de tout abandonner pour revenir fissa. Je suppose que les voyants ont vu quelque chose qui nous dépasse ! Oh j'ai appris pour ta cérémonie d'Adulte à venir aussi ! Félicitations ! En plus devenir Gardien ! Woah, quelle promotion ! C'est pour quand ?
-Cette semaine.
-Encore une fois félicitations.

Mais elle ne sembla pas très sincère. Elle se pencha ensuite vers Holly, comme pour changer de sujet.

-Oh mais dit donc, comme tu as grandi toi ! Tu te souviens de moi ?

Holly se cacha derrière les jambes de son frère, intimidée. Elle se souvenait vaguement de son prénom, et surtout du fait qu'elle aurait pu se marier avec Samuel, si elle n'avait pas eu sa cérémonie d'adulte avant lui. Qu'un homme marie une femme plus vieille que lui était inconcevable ici. Mais Holly savait également que Samuel rêvait de devenir marchand, autant pour voir l'extérieur que pour le parcourir avec elle.

Ce n'était pas qu'elle ne l'aimait pas, juste, elle trouvait cela dommage. Le simple fait de la voir la rendait mélancolique. Elle ne pouvait s'empêcher d'avoir des images floues de ce qu'aurait pu donner la vie des deux amoureux s'ils s'étaient unis, et elle ne voyait que des sourires et de la joie. L'idée que cela puisse être des prémisses de ses visions éveillées, que ces scènes puissent être vraies, et donc perdues à jamais…Tout cela l'attristait énormément.

-Elle était petite quand tu es partie, tu ne peux pas lui en vouloir de t'avoir oublié. Souffla Samuel tristement.

Elle le vit passer ses doigts dans les cheveux bleus de son amie, et son cœur se gonfla d'amertume. Sally soupira.

-Je suppose, il ne peut pas y avoir que des bons côtés à ce travail ! Heureusement, les bons sont vraiment bons ! D'ailleurs…

Elle se tourna et claqua des doigts, son Celebi apparut dans une auréole verte et un énorme sac s'écrasa sur le sol. Elle défit promptement son paquetage et le fouilla.

-Quand j'ai appris qu'on revenait en urgence, je me suis dépêché de vous trouver des souvenirs de dehors à tous les deux. TADA !

Elle déposa un set de cartes postales devant Samuel ainsi qu'un livre qui semblait rempli d'images de l'extérieur. Holly s'avança craintivement près des présents tandis que son frère les découvrait, visiblement ravi, les yeux brillants.

-Ouah ! C'est merveilleux Sally ! Tout ça c'est pour moi ? Je te dois combien ?
-Un beau sourire mon vieux, c'est tout ce que je te demande ! Ricana Sally, puis devant l'air interloqué du frère d'Holly, elle rajouta : Tu ne vas pas me refuser ça, non ?

Son frère éclata de rire, ce qui parut ravir la marchande, puis celle-ci s'accroupit pour se mettre au niveau d'Holly et lui tapota le bout du nez.

-Ne croit pas que je t'ai oublié ! J'ai aussi un petit truc pour toi.

Elle fouilla dans sa poche.

-Je ne me souvenais pas bien de ton âge, donc peut-être que ça fait un peu trop femme, mais je les ai trouvées magnifiques. Et puis, tu seras bientôt une femme toi aussi. Dès que tes cheveux seront rouges, mais vu leur couleur actuelle, je pense que ça ne va pas tarder !

Holly rougit. Plus encore quand la jeune femme lui montra deux magnifiques boucles d'oreilles en verre poli. Elle s'approcha de Sally timidement et celle-ci lui envoya sur la confidence :

-Dehors c'est la grande mode, regarde, elles s'ouvrent. –Elle les décapsula aisément- à l'intérieur tu es censé placer un cheveu des gens que tu aimes. Celle de droite c'est pour ta famille et tes amis, et pour celle de gauche c'est pour ceux de son amoureux ! Tu as l'âge d'avoir ton premier coup de foudre, non ? Alors, alors, déjà un amoureux ou pas ?

Cette fois Holly devint rouge écrapince et elle fit non de la tête de toutes ses forces.

-Bah alors Holly, tu dis merci ? Lui envoya Samuel.
-Merci…Bafouilla la petite.

Elle prit les boucles d'oreilles qu'on lui tendait et les admira une seconde, puis les montra à son frère.

-Hoho ! Qu'est-ce qu'elles sont jolies ! Attend. Passe-moi l'une d'elle.

Il la prit et arracha un cheveu de son crâne, ensuite il ouvrit le bijou et plaça le bien dans le verre, précautionneusement, comme on fait traverser un fil dans le chas d'une aiguille. Il referma le bien et le lui rendit.

-Voilà, tu as ton premier lien ! Comme tu en as de la chance !

Holly resta pensive, admirant le fil rouge qui s'entortillait dans un gracieux méli-mélo dans sa cage. Comme le fil rouge du destin. Puis il lui vint une idée. Elle prit la jumelle du bijou, l'ouvrit, et y plaça un de ses cheveux à elle aussi.

-Tu joues les narcissiques Holly ? Plaisanta son frère.

Elle secoua la tête avec véhémence. Elle claqua des doigts, et bibi apparut, sans lui demander son avis elle lui arracha un poil, le petit pokémon gémit, se tortilla, outré, et disparut dans un tourbillon vert : vexée. Puis elle se tourna vers Sally et lui tendit l'objet vert :

-A toi !

Sally parut extrêmement touchée par l'intention et elle obéit. Ses cheveux bleus étaient plus épais, et de manière générale, quand elle referma le verre, la boucle semblait plus bleue qu'autre chose. Holly s'approcha alors de Samuel et lui ouvrit la paume pour lui remettre le trésor qu'elle avait obtenue.

-Pour toi. Comme ça on a les mêmes. Mais pas tout à fait les mêmes !

Elle sourit.

-En plus la mienne est rouge, comme les adultes, et la tienne est bleue comme les enfants !

Elle était très fière de son raisonnement, et Samuel plutôt estomaquée. Puis, d'un seul coup, il se mit à pouffer. Il la serra fort dans ses bras.

-Tu es trop mignonne décidément ! T'as vu Sally comme elle est mignonne ?

Mais Sally était devenue écarlate : son cheveu allait se retrouver dans la boucle d'oreille que porterait Samuel !

Holly sourit, très contente de son petit effet. Ils discutèrent encore un moment sur les affaires offertes et de l'extérieur, puis comme le ciel se couvrait Samuel entraîna de nouveau Holly sur le chemin de la maison. La petite avait déjà enfilé son cadeau, en revanche Samuel ne portait pas son jumeau, elle le sentait au creux de leurs deux mains entrelacées. Elle se demanda pourquoi, déçue, puis se souvint que son frère n'avait pas les oreilles percées puisque c'était un garçon, et son humeur remonta : ce n'était pas parce qu'il n'aimait pas son présent !

-Ce soir tu es encore à la maison ? Demanda-t-elle soudainement.
-Oui ce soir je suis toujours là. Répondit mollement Samuel.
-Et demain ?
- Demain aussi. Mais le surlendemain je m'en vais pour ma cérémonie.
-Et tu reviens quand ?
-Je ne sais pas, c'est une cérémonie spéciale qui est liée avec notre Gardien. Je vais devoir aller dans la chambre de Cristal, là où repose Eléanora. Là-bas on perd la notion du temps à ce qui parait.
-Et tu vas y faire quoi ?
-Je ne sais pas.
-Tu seras changé quand tu reviendras ?
-Je ne sais pas.
-On sait jamais comment on revient de notre cérémonie d'adulte ou c'est juste toi ?
-Je crois que c'est juste moi.

Holly arrêta ses questions, frustrée par l'absence de réponse. Puis d'un seul coup tout bascula, la paume de Samuel se glaça sous sa prise et le ciel se colora d'un rouge intense. Holly posa le pied par terre et celui-ci s'enfonça dans le sol dans un bruit de succion, comme si la terre gorgée d'eau était devenue spongieuse en une seconde.

Elle baissa les yeux, et observa sa chaussure, un liquide noir recouvrait le sentier et son soulier traçant une mare aux courbes voluptueuses à ses pieds. Elle se pencha, en équilibre pour voir l'étendu des dégâts et quelques gouttes glissèrent de sa semelle pour s'écraser sur l'herbe. Elles se dispersèrent en un dessin complexe qu'elle trouva à la fois magnifique et terrifiant : aucun liquide qu'elle connaissait ne réagissait de la sorte.

-Samuel, tu as vu ? C'est quoi ?

Elle se redressa pour interroger son frère, et son souffle se coupa. Là où la seconde d'avant se tenait son aîné, il ne restait plus qu'une silhouette noire qu'elle reconnaissait à peine et dont la seule trace de couleur restant demeurait en un collier doré étreignant son cou. L'ombre avait les doigts glacés : ceux qui avaient pourtant appartenus à Samuel la seconde précédente.

Elle lâcha sa prise aussitôt et recula, apeurée. La boucle d'oreille qu'elle lui avait offerte s'écrasa dans la mare.

L'illusion tomba aussitôt à genoux et se prit la tête entre les mains en gémissant.

Elle était dans une vision, comprit vaguement Holly, le cœur battant. Elle écarquilla des yeux. C'était bien la première fois que cela se produisait en plein jour alors qu'elle était parfaitement réveillée. Elle observa les lieux qui l'entouraient, mais reconnut exactement le paysage qu'elle avait toujours côtoyé. Les chalets du clan dans la vallée du mont argenté. Le paysage où elle avait grandi et où elle passerait sa vie normalement. Elle reconnaissait chaque bâtiment, chaque arbre, chaque cime dans le lointain, elle reconnaissait tout, sauf le ciel d'une couleur rouge sang, et ce liquide sombre gorgeant le sol.

L'homme au collier poussa un râle étranglé et des larmes rouges lui coulèrent sur les joues.

-Comment ça a pu arriver ? Comment…c'est ma faute ? Tout ça c'est ma faute ?

Holly fronça les sourcils. C'était lui qui avait sali sa maison ? Elle ne voyait pas bien ce qu'il y avait de grave là-dedans, il fallait juste tout rincer. Elle se pencha en avant et toucha du bout des doigts la chose qui inondait le chemin. La mixture noire était poisseuse et sentait le fer, elle était encore chaude, et douce. Elle brillait doucement. Posément.

Holly la gouta et recracha aussitôt. C'était dégueulasse, ça avait le gout du sang !

Du sang. Holly s'écarta d'un bond et glissa dans une flaque, s'étalant de tout son long dedans. Trempée, grelottante, les vêtements souillés, elle mit un temps infini à réaliser qu'elle tremblait.

Qu'est-ce que c'était que cette vision ?!

La personne au collier se redressa d'un coup, sur lui, le sang reprenait sa vraie couleur. Rouge.

-Papa ! Maman ! Hurla l'inconnu.

Il se redressa, glissa, mais se reprit avant de se mettre à courir :

-HOLLY !

Elle reconnut le timbre familier de Samuel malgré sa voix déraillée par la peur et la peine. Aussitôt les tremblements de son corps devinrent incontrôlables et se propagea en elle, elle se mit à hoqueter et tendit les bras au-delà de toute logique et raison :

-Samuel je suis là !

De grosses larmes roulèrent sur ses joues :

-Je veux sortir d'ici ! Aide-moi ! Samuel !

L'ombre tourna la tête dans sa direction, comme l'ayant entendu, puis se précipita vers elle. Elle se redressa pour se jeter dans ses bras, et passa au travers comme s'il n'avait été qu'un courant d'air. La silhouette de Samuel s'éloigna, continuant d'hurler, d'appeler à l'aide. Des noms, des noms qu'elle connaissait, ceux de ses amis, ceux de ses oncles et ses tantes, puis il finit par perdre leur précision, et il se mit à demander de l'aide à n'importe qui. N'importe qui. Quelqu'un. C'était tout ce qu'il demandait.

Holly le voyait marcher, puis courir, pourtant il faisait du surplace, seul le sol circulait sous lui, la flaque de sang filait sous ses pieds, et peu à peu, le noir qui remplissait la silhouette de Samuel se teintait de carmin. Puis soudain, le cheminement noir arriva à sa fin, sur un monticule sombre et innommable. Celui au collier ralentit, puis il s'arrêta, tout simplement avant de s'écrouler dans un hurlement qui arracha un frisson d'effroi à Holly.

Elle plaqua ses mains sur ses oreilles, paniquées. Jamais elle n'avait entendu de tels sons sortir de la gorge de son frère, ni même de qui que ce soit en vérité. Elle n'aurait jamais cru qu'une gorge puis émettre un tel bruit.

C'est alors qu'elle discerna quelque chose dans le monticule qui avait à ce point choqué la silhouette. Une main. Une main à la paume ouverte, une main couverte de sang où trônait la boucle d'oreille qu'elle venait de recevoir en cadeau.

Son cœur rata un battement.

La seconde suivante, elle posait le pied par terre, dans un sol bien sablonneux, sec, jalonnés de touffe d'herbe verte.

Elle leva la tête, le ciel était de nouveau bleu, et son regard coula jusqu'à Samuel, qui tenait sa main dans la sienne. Le contact chaud juste coupé par le trésor qu'elle lui avait remit. Elle passa une main à son oreille où oscillait le jumeau du bijou.

Holly fondit aussitôt en larmes. Samuel vacilla, puis paniqua une seconde avant de s'accroupir à son niveau.

-Enfin Holly qu'est-ce qui t'arrive ?

Il lui fallut un temps incroyable pour arriver à articuler des mots et bien plus encore pour leur attribuer un sens ou une logique. Mais Samuel l'écouta jusqu'au bout sans broncher, et quand elle eut terminé il lui prit les épaules tendrement :

-Allons Holly. Calme-toi. Calme-toi.

Elle inspira profondément et retint son souffle dans l'espoir de ne plus émettre le moindre sanglot, mais elle eut l'impression que son cœur venait de tripler de volume et que ses poumons s'étaient remplis d'eau. Samuel l'observa gravement.

-Est-ce que tu entends le chant d'Eléanora ?

Holly sursauta, surprise, puis après une seconde d'attention, elle hocha négativement du chef. Samuel soupira de soulagement et ses muscles de détendirent, sa tête retomba le long de son flanc.

-Merci Arcéus.

Il se repencha vers elle.

-Bon, alors ça veut dire que tu ne vas pas mourir. Donc tu n'as rien à craindre. Ta vision est bizarre, mais elle est probablement erronée. Ecoute, ça arrive quand on grandit, on commence à avoir des visions même éveillées. Mais des fois elles ne sont pas toujours justes. Des fois elles utilisent des symboles. Tu as parlé à ton Celebi ?

Holly secoua négativement de la tête une fois encore, et elle appela mentalement son pokémon. Bibi apparut aussitôt et vint se nicher dans son cou pour la consoler.

« Je suis désolée Holly, je suis désolée ! Je ne sais pas d'où vient cette vision. Ce n'est pas moi qui te l'ai envoyé ! »

La petite serra son amie dans ses bras.

-En plus, ajouta Samuel, les visions ne viennent pas seules, elles découlent des choix, ou sont envoyées par Celebi et de sa dimension. Tu vois ? Il est absolument impossible d'avoir eu une vision normale en marchant simplement dans la rue Holly.

Il la prit dans ses bras et la souleva.

-Ca va aller. Je te ramène. Ne t'en fais pas, ça va aller.

Il ricana en lui caressant les cheveux.

-En plus, un massacre ici ? Sérieusement Holly, c'est impossible, personne ne peut franchir la barrière temporelle qui nous sépare du reste du monde tant que notre Gardien est vivant, et même si quelqu'un trouvait le moyen, nos voyants seraient capables de voir l'évènement venir des jours à l'avance. Nos meilleurs voyants sont capables de voir très loin, parfois ils voient jusqu'à un mois à l'avance, tu te rends compte ? Rien ne peut nous arriver, et rien ne peut nous surprendre.

Il la berça gentiment et elle s'accrocha à son cou.

-C'était juste un cauchemar. Un horrible un cauchemar, mais juste ça.

Ses parents lui répétèrent exactement la même chose que Samuel ce soir là, et on l'envoya se coucher très tôt. Après que son père ait fini de la border, son frère vint la voir et lui répéter de ne pas s'en faire. Malgré tout, Holly ne voulut pas dormir cette nuit là, elle lutta pendant des heures contre le sommeil. Bibi fit de son mieux pour l'y aider, mais finit bien par perdre la bataille.

Elle refit le même rêve. Ou plutôt elle fit un rêve qui fusionnait les deux précédents. Elle avait revu la silhouette de son frère être enchaîné puis envoyée dans la mer, sauf que cette fois il en était ressortit et il avait fini à nouveau sur la scène du massacre. Elle se réveilla en sursaut et se précipita dans la chambre de ses parents. Elle termina la nuit dans leurs bras et on ne l'obligea même pas à aller à l'école le lendemain.

Mais elle ne fut pas seule longtemps, dans la journée Samuel fit un malaise important. Apparemment il était très stressé par sa cérémonie et avait essayé d'en parler au gardien.

En tout cas, quand on le ramena à la maison il allait mieux et avait même rapporté un nouveau livre pour s'occuper. Holly vit sa couverture en essayant de rentrer dans la chambre de son frère, elle était grise, presque noire, et n'avait pas de titre.

-C'est quoi ? Lui demanda-t-elle en essayant de venir passer sa journée de convalescence dans sa chambre.
Samuel alité tourna la tête vers elle et soupira.

-Je ne sais pas vraiment. N'y touche pas.
-Ca a l'air d'être un livre. Commenta-t-elle simplement, étonnée par la réponse de son frère.
-Si tu sais que c'est un livre, alors pourquoi tu poses la question ?

Le ton sarcastique et dur de son ainé lui arracha un frisson, puis la vexa profondément. Elle essayait d'être gentille avec lui parce qu'il était malade, pourquoi il se montrait méchant ?

Elle repartit en claquant la porte derrière elle, mais malmener la plaque de bois ne suffit pas à évacuer toute sa colère alors elle hurla :

-T'AS Qu'A RESTE TOUT SEUL ET MALADE !
-TANT MIEUX CHUIS PLUS TRANQUILLE SANS TOI ! Répliqua aussitôt son frère derrière le mur.

La pique la toucha en plein cœur et elle bafouilla, plus triste que furieuse à présent :

-T'es vilain puisque c'est ça t'es plus le meilleur frère du monde et je veux plus t'épouser !
-MOI NON PLUS !

Mais les mots la blessèrent profondément. Elle passa le reste de sa journée à jouer avec Bibi sans vouloir parler ni à Samuel, ni de lui.

« Il ne pensait pas ce qu'il disait, il est malade, tu te souviens, il est toujours comme ça quand il est malade. » La temporalisa son Celebi en lui renvoyant une balle.

Elle l'arrêta en plein vol, suspendu dans les airs, l'échappant au joug de la liberté et du temps. Holly fronça les sourcils et commenta :

-Bah dans ce cas j'espère qu'il sera plus jamais malade.

Le ballon cessa d'être figé et retomba sur le sol pour aller rouler sous son lit, mais Holly n'eut aucune envie d'aller le récupérer. Bibi s'en chargea à sa place, tâchant de lui remonter le moral, et quand le petit pokémon passa devant elle en lui tendant le jouet Holly la serra dans ses bras.

Elle enfouit son visage dans son pelage et pleura doucement, la couvrant de bisous. Le petit pokémon se débattit une seconde, puis se détendit avant de se mettre à gazouiller de plaisir.

Holly n'avait pas de poupée et pas de bébé, mais elle imaginait facilement ce que cela pouvait être. Parce que Bibi éveillait en elle des sentiments dont elle ignorait la provenance mais en savourait les bienfaits. Bien sûr, souvent, le petit pokémon l'agaçait, et parfois, elles ne se comprenaient pas. Mais le reste du temps, tout le reste du temps, elle l'aimait. Quand Holly voyait sa Bibi une envie de la regarder pendant des heures, de la serrer contre son cœur la prenait. Juste de lui titiller les antennes l'amusait. Elle n'était pas obligée de jouer avec elle, sa présence suffisait. Bibi n'avait pas à parler, juste à être là, près d'elle, et tout allait mieux.

Son cœur se serrait à sa simple vue et la seule idée de la perdre la déboussolait déjà. Imaginer la douleur de la perdre un jour la plongeait dans une paralysie terrifiante. Bibi prenait une telle place dans sa vie, que sans elle, Holly le savait, elle ne saurait plus se repérer dans sa propre existence.

Bibi était mieux que Samuel. Elle n'avait pas besoin de Samuel puisqu'elle avait bibi. Bibi ne lui dirait jamais des méchancetés comme ça.

« Bien sûr Holly, je t'aime moi. Je suis toujours là ! » Consola Bibi en lui essuyant une larme sur sa joue.

Le Celebi frotta son nez contre le sien et se blottit ensuite dans le creux de ses bras. Elles restèrent ainsi allongée l'une contre l'autre des heures durant, juste rassurées par la chaleur l'une de l'autre.

Mais Holly resta malgré tout d'humeur sombre jusqu'au lendemain soir. Jour du départ de son frère.

Cependant, si Holly était orgueilleuse et bornée, elle était également sensible. Trop sensible, l'idée de se séparer de son frère, même pour l'espace de quelques jours, après une dispute fit peu à peu disparaître toute son irritation.

Elle descendit dans le salon un peu en avance, et trouva un drôle de collier sur la table. Le même collier doré que celui de son rêve. Un étau étreignit son cœur.

-Qu'est-ce qu'il y a ma puce ? Lui demanda son père, en entrant dans la même pièce que lui.

La petite tendit le doigt vers le bijou.

-C'est quoi, papa ?

Le regard de son géniteur s'obscurcit.

-C'est l'étoile de Salomon. Nous en avons beaucoup, c'est un bijou qui date de l'époque saharienne mais que nos pouvoirs ont permis de conserver en l'état.
-Pourquoi il y en a un ici ? C'est un cadeau pour maman ? Balbutia Holly, espérant secrètement qu'il dirait oui.

Mais son père opina négativement du chef.

-Non ma chérie. C'est pour Samuel. Tous les prétendants au titre de Gijinka doivent en porter un pendant l'épreuve.

Holly sentit sa gorge se serrer et se noyer dans un début de sanglot : elle ne voulait pas voir ce truc autour du cou de Samuel, comme dans sa vision. Même si on lui avait dit qu'elle était erronée, elle restait effrayante.

-Pourquoi ils doivent ?

Son père la prit sur les genoux et lui caressa les cheveux avec tendresse.

-Parce que c'est important pour l'épreuve. Ce collier bride les pouvoirs.

Elle ne comprit pas le verbe de la phrase. Mais des bruits dans les escaliers l'empêchèrent de continuer ses questions. Samuel descendait, leur mère sur ses talons. Il arborait une tenue de cérémonie blanche, avec des détails de fils d'argent et d'autres en fils d'or. A l'instar de la GS ball qui trônait à sa ceinture. Les plumes d'Oh-oh et de Lugia avaient été installés sur son flanc et cousues, comme des médailles. Les filles devaient les porter en boucles d'oreilles elles.

Cela lui donnait un air guindé dont il paraissait plus qu'ennuyé.

-Tu es magnifique comme ça mon chéri. Envoya la mère à son fils.

Elle lui lissa rapidement les cheveux mais cela ne changea rien. Le garçon avait passé les deux derniers jours alités, et cela se voyait, il avait les épis qu'on a au réveil et les boucles anarchiques des gros dormeurs. Même si sur son front ceignait une pierre verte en forme de larme monté en un diadème sobre.

-Tu ne vas pas avoir besoin de tout ça Salomon. Lui indiqua sa mère en pointant ce qu'il tenait sous son bras, les sourcils froncés.

Il portait un sac sur le dos, apparemment son absence prendrait du temps. Holly vit le livre à la couverture grise et sans titre dans une des poches extérieures. Mais en vérité la petite fille était plutôt troublée par l'utilisation du nouveau prénom de son frère. Il ne lui plaisait pas beaucoup. Elle préférait l'ancien. Heureusement, quand il reviendrait elle n'aurait pas à l'utiliser, c'était son privilège de petite sœur, seule la famille aurait le droit de l'appeler par son prénom d'enfant : en respect pour toutes ces années où ils l'avaient vu grandir. Même la future épouse de Samuel n'aurait pas le droit de prononcer ce mot, c'était même une insulte grave si elle le faisait : cela signifiait qu'elle ne respectait pas son mari en tant qu'adulte.

-Holly, tu vas dire au revoir à ton frère ? L'encouragea son père.
-On ne fait pas une fête avant qu'il parte ? S'étonna la petite.

Tous ses amis avaient eu une grande fête avant leur passage à l'âge adulte.

-Seulement quand il reviendra. Lui expliqua-t-il tristement.

Holly fronça les sourcils. Elle ne comprenait pas. Elle observa Samuel de loin, et un dernier relent de colère monta en elle, cependant elle parvint à le refouler et se précipita vers lui presque naturellement. Elle sauta dans ses bras.

-Holly, tu n'auras plus le droit de faire ça quand il reviendra. La prévint sa mère.

Un frisson remonta la colonne vertébrale de la petite fille et elle se blottit contre son frère. Comment ça, plus le droit ? Comme plus jamais ?

-Mère voyons…Marmonna Samuel avec exaspération.

Il se pencha vers elle et la prit dans ses bras, posant son front contre le sien.

-Il faudra me tuer pour m'interdire de faire ça ! Plaisanta-t-il faussement.

Holly et lui ricanèrent, mais ses parents affichèrent une moue sombre. Percevant le sérieux de la scène, son grand-frère toussa et baissa d'un ton pour lui faire quelques confidences secrètes. Le sourire d'Holly s'agrandit tout autant : son frère n'était plus de mauvaise humeur, elle le préférait vraiment comme ça.

-Holly, je suis désolé de t'avoir grondé. J'étais de mauvaise humeur. Le stress et tout ça.
-Je sais, tu étais malade. Moi aussi quand je suis malade je suis méchante, même avec Bibi, alors je te pardonne. Lui sourit Holly.

Et elle lui donna l'absolution avec un bisou sur le front, juste en dessous de son bijou frontal. Samuel rigola, puis lui souffla à l'oreille :

-Oui mais comme j'avais vraiment honte de moi, je t'ai préparé une surprise, dans notre cachette secrète.
-C'est quoi ? S'impatienta-t-elle aussitôt.

Holly avait beaucoup de qualités, peut-être autant de défaut, et elle se montrait toujours très enthousiaste au début d'un secret ou d'une aventure, au détriment de la prudence ou de la logique. Heureusement, elle se calmait aussi très vite et finissait même par être rattrapé par l'ennui, alors elle pouvait retrouver ses facultés mentales.

-Oh, si tu me le dis, ce n'est plus une surprise. Comprit-elle en posant ses mains sur sa bouche.
-Et voilà.
-Dans ce cas je l'ouvrirai que quand tu reviendras. Comme ça tu verras comment ta surprise me plait.

Samuel resta étonné une seconde, puis il sourit, ému.

-Oui, on fera comme ça. Je reviendrai vite dans ce cas. Parce que je sais que ma surprise va te plaire énormément. Fais attention à ce que maman ne tombe jamais dessus par contre !

Ils échangèrent un sourire complice et Samuel la reposa par terre. Holly avait les yeux qui brillaient, elle avait une idée de ce que son frère avait pu lui offrir, mais elle se promit de se retenir et de ne surtout pas aller fouiller leur cachette. Non. Pas avant son retour.

Elle trépigna sur place.

-Bon ! Dépêche-toi de partir alors ! Comme ça tu reviens vite ! vite ! vite ! Babilla-t-elle en sautillant sur place.

A moitié poussé par sa sœur, Samuel finit par s'en aller, encadré par sa mère et son père, il disparut sur le chemin menant à la cascade. Holly regarda les silhouettes de sa famille s'éloigner jusqu'à n'être plus que des ombres dans la nuit. Silencieuse. Puis elle ferma la porte.

« Non ! Holly tu as promis de ne pas ouvrir ton cadeau avant le retour de Samuel ! » Gronda aussitôt Bibi, lisant dans ses pensées.

Pas juste.

Elle se dépêcha de manger, et alla se coucher avant le retour de ses parents. Elle se força à dormir pour la première fois depuis son cauchemar et n'eut même pas le temps de compter jusqu'à dix avant de sombrer dans un profond sommeil.

Il lui semblait pourtant n'avoir fait que fermer les yeux pendant à peine plus d'une seconde quand quelqu'un se mit à la secouer. Elle ouvrit les yeux, la vision encore embrumée, le cœur battant et la nuque douloureuse. Pourtant, quand elle reprit pleinement conscience, il n'y avait personne dans sa chambre. La lune était encore haute dans le ciel.

Elle cligna des yeux, posa la main sur son cœur, incertaine. Un sentiment d'angoisse profonde refusait de la quitter.

« Tu sens ça aussi Bibi ? »

Le petit Celebi apparut devant elle dans une pirouette, et hocha gravement du chef avant de se faufiler sous son pyjama, grelottant de tout son corps.

« J'ai peur Holly » Murmura la petite créature.
« Qu'est-ce qui se passe ? » Lui demanda-t-elle.
« Quelque chose de très grave. Je le sais. L'ancien. L'ancien qui est censé gardé le temps. Le gijinka. Je crois qu'il est mort… »

Holly mit plusieurs secondes à comprendre la phrase, puis à en saisir l'ampleur, et même après cet instant de réflexion elle resta dubitative.

« Et qu'est-ce que ça change ? »
« Je ne sais pas, mais j'ai peur. »
« Tu crois que ça veut dire que Samuel va le remplacer ? »
« Peu…Peut-être ? »

Il n'en fallut pas plus à Holly qui sauta sur le plancher, et sans se soucier de ses pieds nus et de l'heure tardive elle se précipita vers le salon du chalet. Un attroupement de personnes patientaient déjà en bas.

« Regarde Bibi ! Plein de gens sont venus faire la fête pour le retour de Samuel ! » Sourit Holly.

Mais Bibi continua de trembler sous sa chemise de nuit.

La petite fille reconnut cependant ses parents, entourés par la masse, elle voulut faire quelques pas dans leurs directions mais fut interrompue dans son élan par un bruit de coup de poings sur la table du séjour. Elle se figea sur place tandis qu'une voix furieuse grondait :

-A se précipiter voilà ce qu'on récolte ! Maintenant qu'allons-nous faire ?! Hein ?! L'ancien est mort : tué par ton fils !

Holly recula précipitamment, le souffle coupé, et se fondit dans l'ombre d'un meuble.

-Mon fils ne peut pas être responsable de ça. Rétorqua la mère d'Holly, froide.
-Il est le seul assez puissant ici pour avoir réussi à transgresser les règles d'atemporalité de la grotte de Cristal ! Il est forcément responsable ! Il aura brisé l'enchantement…
-Avec l'étoile de Salomon autour du cou ?
-Il aura trouvé un moyen !
-Chercher un coupable ne changera rien Sullivan. Lança soudainement un autre homme, en s'interposant entre l'homme effrayant et sa mère. –Notre gijinka est mort et la famille se retrouve sans protection maintenant. Il faut trouver un moyen pour cacher notre village jusqu'à ce qu'un nouveau gijinka soit formé.
-Et à propos de Samuel ? Grogna le même type que tout à l'heure.
-Il a réussi à s'enfuir, mais mon mari est parti à sa recherche. Déclara calmement la mère d'Holly.
-Et tu crois qu'on va lui faire confiance ?! Tu sais ce qui va se passer si ton…Ce traitre se promène dans le monde extérieur ?! Il nous mettra tous en danger !
-Mon mari connait son devoir et son destin. Il sait ce qu'il doit faire. Il rendra Samuel atemporel, et le ramènera ici pour qu'il subisse son châtiment. Il mènera sa mission à son terme, même s'il doit en mourir.

Holly sentit ses jambes céder sous son poids et elle glissa contre le mur.

-Que disent nos voyants là-dessus ? Lança le médiateur à un autre groupe de personnes.

Les quelques individus présents hochèrent du chef puis s'illuminèrent d'une aura verdoyante tandis que des silhouettes de Celebi se mirent à danser autour d'eux.

-Nos voyants disent qu'il réussira. Déclarèrent-ils d'une même voix une fois le moment passé. –Il nous est impossible de lire le futur de celui qui porte le collier de Salomon, mais votre mari réussira une partie de sa mission.

Il y eut un silence.

-En revanche vous ne le reverrez plus, il ne survivra pas à la confrontation.

Holly retint un sanglot et se recroquevilla contre la paroi de bois de sa cachette. Sa mère resta totalement impassible dans la foule. Quelqu'un siffla.

-Perdre un enfant aussi puissant…Vraiment quel dommage qu'il n'ait pas accepté l'épreuve. Il aurait fait un gardien exemplaire.
-Ce qui est ennuyeux, c'est qu'aucun des enfants que nous connaissons n'a son potentiel. Marmonna un autre.
-La petite Holly est très forte.
-Mais c'est une fille. Elle ne peut prétendre à ce titre. Et puis, sérieusement ? Les gamins de cette famille nous ont déjà assez déçus, vous ne croyez pas ?

Il y eut un nouveau silence.

-Et maintenant, que faisons-nous ? Demanda finalement un garçon plus jeune, aux cheveux rouges.
-Nous attendons. Que faire d'autre ? Nous redoublons de vigilance pour que personne ne découvre notre existence et prions pour que tout se passe bien. Maintenant venez, nous allons aider les recherches. Ce gamin doit répondre de ses actes. Il vient de bouleverser l'ordre préétabli du monde ! Qui sait quel genre de tragédie ça va causer ?

La pièce de désemplit lentement mais sûrement.


Holly n'osa pas sortir de sa cachette tant que le dernier individu ne soit pas hors de vu.

Un homme s'attarda alors près de sa mère et posa une main sur son épaule :

-Vous devriez vous occuper de votre fille maintenant. Qui sait quand le sort d'atemporalité prendra effet. Effacer tout de suite sa mémoire, et commencez à vous débarrasser des affaires de Samuel. N'oubliez rien, vous savez que le moindre objet, risque de révéler à quelqu'un l'illogisme de sa disparition et de rompre le sort.

Puis il la laissa et disparut, mais même après cela, elle avait trop peur pour sortir de ce cocon. Elle ne voulait pas croire tout ce qu'elle venait d'entendre.

Samuel ? Parti ? Samuel tuer quelqu'un ? Son papa allait mourir ? Elle n'y croyait pas. Elle ne voulait pas y croire. Atemporel ? Qui ? Son frère ? Elle ne voulait pas oublier son frère. Elle ne voulait pas qu'on enlève ses affaires.

Ses lèvres se pincèrent et sa mâchoire se crispa, puis se mit à trembler, retenant des pleurs. Bibi se nicha contre elle, sans un mot. En vérité, Holly crut pouvoir se retenir et nier ce qu'elle venait de voir, jusqu'à ce que les sanglots de sa mère lui parviennent.

D'abord un simple murmure, comme un songe, traversa la cuisine, puis une plainte s'éleva lentement pour fendre le silence pesant. Et tout doucement, comme un roulement de tambour funeste, comme le flux et le reflux de la mer, les sanglots s'accrurent. Le masque impassible de sa génitrice tomba à terre et elle se prit la tête entre les mains en gémissant, ses traits si parfaits, si magnifiques se tordant dans une grimace de douleurs insondables.

C'est en voyant sa mère pleurer, recroquevillée sur la table du séjour qu'Holly comprit que sa vie ne serait plus jamais la même. Qu'elle comprit qu'elle ne reverrait plus jamais, ni son frère, ni son père.

Puis il y eu un raclement, et sa mère se releva. Elle épousseta ses vêtements et passa un coup de main sur ses joues humides, remit ses cheveux en places et inspira profondément. Elle prononça quelques phrases à voix basse, des mots inaudibles, puis approuva finalement.

-Holly ! Holly ! Hurla-t-elle.

Elle fit quelques pas en direction de l'escalier menant à l'étage et s'arrêta nette quand elle la trouva prostrée contre la commode. Son regard se voila une seconde et Holly comprit.

Elle secoua la tête, sa voix se brisa.

-Je veux pas Maman. Bafouilla-t-elle faiblement.

Sa mère s'agenouilla devant elle, et lui caressa les cheveux, mais Holly recula à son contact et se protégea de ses mains. Elle savait, elle savait que le moindre contact pouvait camoufler un sort.

« Bibi aide-moi. » Supplia-t-elle intérieurement. « Je veux pas. Je veux pas oublier Samuel et Papa. »

Mais Bibi tremblait autant qu'elle. Bibi avait autant peur qu'elle de sa génitrice. Elle ne fit rien.

-Chut, Chut Holly. Ne t'inquiète pas, ça ne fait pas mal du tout.

La dernière chose que vit Holly fut la main tendue de sa mère lui effleurer le front. Puis elle se réveilla en sursaut dans son lit, le lendemain matin.

Dehors le soleil brillait bien haut, si haut qu'elle avait du louper l'école.

« Pourquoi personne ne m'a réveillée ? »

Pourtant, la petite Holly n'eut aucune envie de se lever, malgré son retard. Elle se rallongea sous la couette, bien au chaud et s'y emmitoufla dedans. Un lourd sentiment de vide lui écrasant la poitrine. Elle tâcha de se réconforter dans la chaleur des draps, mais le sentiment persista.

Elle n'avait aucune envie de bouger.

« Tu dois te lever et aller à l'école maintenant Holly ! » La corrigea Bibi en apparaissant au dessus de son nez.

Holly bougonna une seconde, puis obéit. Mais en enfilant ses vêtements, elle s'interrompit, la main suspendu dans son mouvement, le bouton de sa chemise à moitié passé.

« Dit Bibi…Qui me réveille le matin d'habitude ? »
« Bah moi ou ta Maman. » Répondit le petit pokémon en venant prendre la relève de la fillette.

Elle la coiffa, et Holly resta pensive, insatisfaite par cette réponse.

« Personne d'autre ? »
« Bien sûr, il n'y a jamais eu que nous 3, qui veux-tu que ce soit d'autre ? »
« Je ne sais pas. »

Elle se dirigea vers le couloir, et s'arrêta de nouveau après quelques pas, les yeux rivés sur une porte close.

« Qu'est-ce qu'il y a derrière ? »
« Je sais pas. Holly on va être en retard. »
« Mais… »

La voix de sa mère retentit en bas.

-Holly, tu vas être en retard ! Dépêche-toi !

La petite sursauta et descendit l'escalier quatre à quatre, le cœur serré. Aie aie, elle allait se faire disputer ! Sa mère l'attendait déjà dans la cuisine, les poings sur les hanches, l'air courroucé.

-C'est à cette heure que tu te lèves ?

Holly baissa les yeux, honteuse, et quand sa mère s'approcha d'elle, elle recula instinctivement, levant les bras pour se protéger, le cœur battant. Les deux femmes se figèrent, abasourdie par la réaction de l'autre, puis se ravisèrent, se détournèrent l'une de l'autre avec culpabilité.

-Dépêche-toi de prendre ton petit-déjeuner. Marmonna sa mère. –Et essaye de te presser pour arriver à l'heure. N'oublie pas notre honneur Holly.

Elle plongea son regard dans le sien.

-Tu es ma fille unique, la dernière Gardian. Ne me déçoit pas. Je ne le supporterai pas.

Puis elle partit, et Holly le nez dans son assiette baissa les yeux avec rancœur. Oui, même si son esprit se trouvait embrouillé ce matin, confus…

Elle savait ça.