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Une lumière dans les ténèbres de oska-nais



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» Auteur : oska-nais - Voir le profil
» Créé le 19/12/2025 à 15:45
» Dernière mise à jour le 19/12/2025 à 15:45

» Mots-clés :   Absence de combats   Amitié   Famille   Johto   Organisation criminelle

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Interlude : Le silence entre les étoiles
Elle a six ans, et elle n’arrive pas à écrire. Elle a utilisé les gaines utilisées pour pouvoir placer les doigts, mais ça n’a pas aidé. Elle a essayé de copier la position des doigts des autres élèves, mais ça n’a pas aidé. Elle a suivi les conseils du profs, mais ça n’a pas aidé. Toutes les boucles qu’elle essaie de faire sont tordues. Ses « e » ressemblent à des « l ». Ses « p » à des « q ». Ses « a » à des « o ». Elle ne fait que de ramener des rouges à la maison, et sa mère n’aime pas ça. L’année avance, et l’écart se creuse, et elle n’y arrive pas. Elle se demande s’il y a quelque chose qui ne va pas chez elle.
Le maître a dit à sa mère qu’il se pouvait qu’elle ait un handicap et qu’il fallait voir avec quelqu’un. Sa mère a hoché la tête et a souri, mais, quand elles étaient rentrées à la maison, elle l’a grondée très fort.

Elle a sept ans, et sa maman l’a amenée à un parc d’attraction. Elle a beaucoup aimé, mais maman n’a pas arrêté de se jeter des fleurs. Ça la met mal à l’aise, mais elle n’ose pas le dire. Elle s’en veux de penser ça. Il fait beau, les attractions sont bien, et elle s’amuse beaucoup. Elle n’a pas envie d’être une fille indigne.

Elle a huit ans, et ses yeux sont rivés sur le mur. Pendant un moment, elle se demande comment elle est arrivée là et pourquoi elle est tout d’un coup en train de regarder un mur, puis, quelques instants plus tard, sa joue commence à lui faire. Elle a huit ans, et, pour la première fois, sa mère la frappe.

Elle a huit ans et demi, et sa maman la laisse pour la première fois toute seule à la maison pendant plusieurs mois. Il y a une pile de billets sur la table. Elle ne sait pas quoi faire avec. Les adultes à l’école lui demandent si tout va bien, mais elle a bien appris. Elle leur sourit et leur dit que tout va bien, comme maman lui a dit de le dire.

Elle a neuf ans, et tout le monde autour d’elle sait faire ses lacets, et pas elle. Sa maman lui a montré une fois, mais elle a oublié, et quand elle lui a redemandé, maman s’était énervée. Elle avait arrêté de lui demander après.
Le lendemain, elle prend l’argent que maman lui a laissé pour qu’elle aille faire les courses, et en profite pour prendre des chaussures à scratch.

Elle a dix ans, et elle demande à maman si elle peut faire un voyage initiatique. Tous les autres enfants à l’école comptent en faire un. Elle n’a vraiment envie de partir faire un tour de la région, ou d’aller dehors. Mais elle n’a pas envie de rester à la maison. Elle n’a pas envie de rester près de maman. Elle a peur. Elle se sent coupable d’avoir peur.
Sa maman lui crie dessus, très fort, pendant des heures. Sa maman lui dit que, si elle passait le seuil de cette porte, elle n’avait pas intérêt à revenir. Sa maman lui dit qu’elle ne devrait pas compter à ce qu’elle lui donne de l’argent, et qu’elle devra se débrouiller pour trouver un Pokémon toute seule.
Elle ferme sa bouche et baisse les yeux. Elle a bien appris sa leçon.

Elle a onze ans, et maman lui offre un ordinateur pour son anniversaire. Il est solide, très loin de ceux holographiques qu’ils utilisent dans les autres régions, mais elle l’adore quand même. Puisqu’il est solide, elle peut mettre des autocollant dessus. C’est, selon elle, un grand avantage.
Elle passe tous ses week-ends dessus. Elle découvre vidéos sur PokéTube parlant de langages de programmation et d’autres vidéos qui parlent de mécanique.
Au départ, c’est un peu difficile, mais elle comprend rapidement, et elle aime ça.

Elle a douze ans, et elle s’inquiète pour son futur. Maman n’aime pas quand elle ramène de mauvaises notes. Maman n’aime pas quand elle n’arrive pas à terminer les évaluations. Elle aimerait lui dire que ce n’est pas de sa faute si elle n’arrive pas à écrire. Que ce n’est pas de sa faute si elle est trop lente pour terminer les évaluations. Elle aimerait lui rappeler que ce serait possible d’essayer d’aller voir quelqu’un pour qu’il place un diagnostique et lui dise ce qu’elle a.
Pour la première fois depuis longtemps, elle ouvre la bouche. Elle n’aurait pas dû.
Les cris continuent longtemps durant la soirée, et, quand elle retourne à l’école le lendemain, elle a mal à la joue, et elle n’a pas réussi à dormir la nuit précédente. Elle décide de se prendre en charge toute seule.
Elle a douze ans, et elle commence à suivre des tutoriels pour apprendre à taper au clavier. C’est difficile, mais elle suit les conseils. Elle place des mains sur la barre du milieu, avec les index sur les touches avec les petites bandes. Elle apprend la localisation des lettres par cœur. Elle répète les mouvements pour placer ses doigts sur les bonnes touches sur les deux autres bandes. Elle cherche des tests en ligne. Ça prend du temps, mais elle est beaucoup plus douée avec un clavier qu’avec un stylo. Elle commence à amener son ordinateur à l’école, et demande si elle peut l’utiliser pour prendre ses cours et passer les examens. Ses professeurs acceptent.

Elle a treize ans, et elle commence à sérieusement penser qu’elle devrait partir de la maison pour ne plus jamais revenir. Maintenant, elle est presque tout le temps toute seule à la maison.

Elle a quatorze ans, et elle a une idée stupide. Elle prend son ordinateur, et décide de hacker la page web de la mairie, et d’envoyer un message à tous les employés pour leur dire que leur système de sécurité est pourri. Elle y arrive facilement. Elle ne pense pas à couvrir les traces qu’elle a laissées derrière. Rapidement, la police s’en mêle. Ils contactent sa mère.
Le soir, après les cours, elle retrouve son ordinateur en morceaux sur le sol de sa chambre. Sa mère prétend qu’elle n’a rien fait de mal. Elle s’énerve. Sa mère hausse le ton. Elle ne baisse pas les yeux. Sa mère la frappe.
En plein milieu de la nuit, elle prend ses affaires, vole de l’argent dans la cuisine, et sort par la fenêtre de sa chambre. Elle ne compte pas revenir.

Elle a quinze ans, et, après s’être endettée au Casino de Céladopole, elle a fini dans la Team Rocket. Parfois, elle se demande si Arceus se moque d’elle, de là où il surveille le monde.

Elle a seize ans, et réparer les caméras et ordinateurs de la base est devenu une routine. Elle a du mal à ressentir quoi que ce soit, ou alors elle ressent tout d’un coup. Elle rase les murs des couloirs et essaie de ne pas se faire remarquer. Elle a constamment l’impression d’être en train de se noyer.
Un sbire lui propose une cigarette, et elle hausse les épaules, avant d’accepter. Elle se dit que de toute façon, elle n’a plus rien à perdre.

Elle a dix-sept ans, et, pour la première fois, elle a dû se tenir à côté de Giovanni en lui passant les objets qu’il demandait, pendant qu’il était en face de quelqu’un qui avait refusé de lui payer l’argent qu’il lui devait. L’homme avait les chevilles et les poignets retenus dans des menottes, les chaînes tirées contre le mur. Il y avait eu tellement de sang. Tellement de cris. Laura n’avait pas réussi à verser une seule larme, elle avait juste éteint toutes ses émotions et s’était éloignée mentalement de la situation jusqu’à ce qu’elle se retrouve en pilote automatique, comme elle le faisait quand elle devait faire semblant de faire partie d’une famille heureuse et parfaite en public.
Le soir, elle reste allongée sur son lit, sans pouvoir dormir. Elle sait qu’elle n’arrivera jamais à oublier le regard désespéré de l’homme enchaîné.

Elle a dix-huit ans, et elle évite son reflet dans le miroir. Elle commence à ressembler beaucoup à sa mère, et elle déteste ça. Ses yeux. Ses cheveux. Pas à elle, pas elle.
(Elle l’aime encore. Elle la déteste pour toujours.)

Elle a dix-neuf ans, et elle rencontre un sbire au regard aussi éteint que le sien. Elle ne l’a jamais vu avant, mais il aurait très bien pu être là depuis des années. Il hante ces couloirs tout comme elle, et un fantôme ne prête pas attention au monde qui l’entoure.
Il s’assoit un jour à la même table qu’elle, et ils mangent en silence.

Un soir, alors qu’elle est en train de fumer devant la porte du bâtiment, elle le voit sortir, une Noctali sur ses talons. Promenade nocturne ? Pour être honnête, elle ne l’imaginait pas être en état de sortir de sa chambre. Il avait l’air d’être le genre gars qui passe ses journées allongé dans son lit quand il est dépressif, pas le genre qui fait tout et n’importe quoi comme se distraire. Elle suppose qu’elle avait tort. À moins qu’il ne soit sorti que pour la Noctali ?
Elle se demande si, comme elle, il n’arrive pas à dormir.
Ce n’est pas le moment de penser à ça.

Elle prend une grande bouffée de cigarette, et expire. Les volutes de fumée montent dans le ciel nocturne.
Ça ne marche pas.
Elle avait toujours été plus fragile en face de ses propres pensées le soir, quand le monde s’arrêtait et qu’elle n’avait pas la possibilité de se distraire.

Il avance, et leurs regards se croisent. Elle n’arrive pas à déchiffrer ce qu’elle y voit.
Elle prend de nouveau une bouffée de sa cigarette. Ses yeux se fixent immédiatement sur les braises rougeoyantes. Il a le regard d’un Pokémon traqué. Il a le regard qu’elle fixait sur sa mère.
(Elle...)
Elle regarde le bout de la cigarette, et les yeux de l’homme. Ses yeux font des va-et-viens, plusieurs fois. Puis, avec un long soupir et un regret, elle la lâche par terre.
(Elle reconnaît ce regard.)
Elle l’écrase sous le talon de sa botte et fait pivoter sa cheville jusqu’à ce qu’il n’en reste plus que des cendres. Immédiatemment, la tension dans les épaules de l’homme se dissipe, et il a l’air de pouvoir enfin respirer normalement. Il s’adosse contre le mur, et lève les yeux vers le ciel.
Elle se demande ce qu’il cherche. Les étoiles ? Il ne trouvera pas d’étoiles. La pollution lumineuse est trop importante en ville.

La Noctali la regarde avec suspicion, ses anneaux éblouissants dans la pénombre. Qu’est-ce qu’elle avait fait encore ? Elle avait éteint sa cigarette, non ?
La Noctali regarde la cigarette. La regarde. Regarde de nouveau la cigarette.
Avec un long soupir, Laura se baisse, et ramasse le mégot. Elle trouvera bien un cendrier quelque part. Pas de sa faute si Giovanni est tellement avare qu’il refuse d’en mettre, alors qu’un grand nombre de sbires fument !

L’homme reste silencieux. Elle ne sait pas comment commencer une conversation, alors elle lève les yeux vers le ciel. Qu’est-ce qu’elle cherche, exactement ? Elle sait qu’il n’y aura aucune étoile.

- Merci. Pour tout à l’heure.

C’était la voix de l’homme. Elle était plus aigüe que ce à quoi elle s’attendait. Sans vérifier s’il pouvait la voir, elle hocha la tête. Il y eut une période de silence, puis…

- Tu fais des cauchemars ? S’élève de nouveau la voix de l’homme, dans le silence nocturne.

Sa réponse est brève.
- Non. Insomnies.

- Oh…

Il y a un silence. (Qu’est-ce que tu es en train de fuir ? De quoi as-tu peur ?)
Mais ces questions sont trop personnelles, et elle ne peut pas les poser à un parfait inconnu.
À la place, elle pourrait demander…

- Ton nom ?

- Krys. Et… Et toi ?

Simple. Facile à retenir. Elle espère qu’elle arrivera à le retenir. Elle n’est pas douée pour retenir les prénoms.

- Laura.

- Enchanté de te rencontrer.

Et il lui fait un sourire. Il n’atteint pas ses yeux. Elle n’a pas l’énergie de lui répondre par son propre sourire. Il reste adossé au mur quelques minutes de plus, puis se relève, et l’invite à le suivre pour la promenade de sa Noctali. Elle accepte.

L’air nocturne est doux. Le dos courbé, les mains dans les poches, elle avance. Devant elle, Krys marche de la même manière. Leurs pas résonnent sur le béton. Les voitures passent en grondant sur la route à côté d’eux, leurs phares les éblouissant, et pour la première fois depuis des années, Laura ne se demande pas ce que ça ferait si elle se jetait sous leurs roues au moment où elles passaient.

C’est dans le silence entre eux qui ne pèse pas sur leurs épaules, dans les étoiles qu’ils ne voient pas mais qui sont toujours présentes malgré tout, dans le calme autour d’elle qui, pour une fois, fait taire ses pensées au lieu de la faire sombrer.
Pour la première fois de sa vie, elle ne se sent plus seule.