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» Auteur : Silver_lugia - Voir le profil
» Créé le 20/02/2011 à 21:26
» Dernière mise à jour le 27/02/2011 à 15:33

» Mots-clés :   Absence de poké balls   Présence de poké-humains   Présence de transformations ou de change

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7 - Le camp
Résumé du chapitre précédent : Nalya a suivi Zack et Zana, les jumeaux nidoran, jusqu'au camp des rebelles. Avec les deux autres hybrides qui se trouvaient dans le camion avec elle, la fouinette est amenée devant une hybride gardevoir qui semble être la chef du camp.

« Est-ce que c'est... un pokémon ? »

L'hybride sourit. Un de ces sourires énigmatiques, qu'on est toujours incapable de reproduire après des années d'entraînement. Un sourire à faire perdre le sien à la Joconde. Un sourire teinté à la fois d'amusement et de cruauté, d'innocence et de culpabilité, un sourire chaleureux et froid, rassurant et effrayant. Un sourire qui devrait être imperceptible, un sourire du bout des lèvres, qu'on ne peut que remarquer, qui ne peut laisser indifférent.
Nalya se sentit mal à l'aise. Zana ne put retenir un petit éclat de rire.

« Émeraude est la seule hybride du camp à avoir un pokémon ! » lança-t-elle.

« Voici Kiiho, dit la dénommée Émeraude de sa voix presque fantomatique. Mon Alter-Aego. »

Kiiho arborait exactement le même sourire que la femme. Il toisait Nalya de ses yeux perçants.

« Je me présente, reprit la femme. Je suis Émeraude. J'ai été désignée chef de ce camp. Mon Alter-Aego, Kiiho, possède le pouvoir de sonder vos âmes. Si vos âmes sont fidèles, vous serez autorisés à rester. Sinon... »

Son regard se voila légèrement. Il n'était guère difficile d'imaginer ce que "sinon" impliquait.
La queue et les oreilles de Nalya se dressèrent de peur. La jeune fille tremblait de tous ses membres. Elle avait pensé tant de choses horribles à propos des rebelles ! Elle ne serait pas autorisée à rester au camp. On ne la considérerait pas comme étant digne de confiance. Son âme irait voiler davantage le regard d'Émeraude. Sa fin était proche.
Une douce sensation l'envahit. Elle n'était plus dans la hutte. Elle n'était plus nulle part. Partout, il n'y avait qu'une intense lumière blanche, qui ne l'éblouissait pourtant pas. Nalya n'avait pas mal. Nalya ne sentait rien.
Nalya était de retour dans la hutte. Ses yeux s'écarquillèrent. Son coeur battait à tout rompre.

« Sois sans crainte, jeune Nalya, l'apaisa la douce voix d'Émeraude - comment connaissait-elle son nom ? - Ton âme est fidèle. Peu importe ton passé et les pensées qui ont pu te traverser l'esprit. Ton âme désire rester et n'a aucune envie de trahir. C'est ce qui compte. »

Un sentiment d'euphorie gagna Nalya. Elle se tourna vers Zana. Celle-ci sourit et lui leva le pouce. Sylvain, qui tentait de garder son air impassible habituel, ne put réprimer un sourire. Puis ses yeux se fermèrent. Il se laissa entourer d'une aura blanche. Émeraude et Kiiho étaient entourés de la même aura. Les trois êtres semblaient en parfaite communion. Nalya s'attendait presque à les voir s'élever à quelques centimètres du sol. Mais leurs auras disparurent juste, et ils ouvrirent les yeux.

« Jeune Sylvain, ton âme est pure et courageuse. Bienvenue dans nos rangs. »

Sylvain se tourna vers Nalya et Zana, et les trois hybrides échangèrent un sourire ; ils avaient passé le test. Ils étaient sains et saufs. Plus que 24576, et ils seraient tous admis dans ce camp, libérés des humains. Un hurlement de douleur attira leur attention. 24576 s'était agenouillé, les mains sur le ventre, son visage déformé par une atroce grimace. Il poussait des gémissements et des hurlements de douleur. L'hybride était entouré d'une aura noirâtre aux reflets violets. Émeraude et Kiiho également, leurs visages inexpressifs mais pas aussi sereins que lorsqu'ils avaient sondé Sylvain. 24576 se mit les mains sur la tête, s'arracha les cheveux et hurla de plus belle.

« Il faut l'aider ! »

Nalya voulut se précipiter à son secours. Zana tendit le bras pour l'en empêcher. Son visage était dépourvu de son habituel sourire malicieux. Nalya ne l'avait jamais vu aussi grave. 24576 s'effondra. Nalya mordit le bras de Zana et se précipita vers l'hybride rondoudou. Mort. Elle leva rageusement la tête vers les deux gardevoirs. La brume qui voilait le regard d'Émeraude lui parut plus intense.

« Cette nuit... Il comptait s'enfuir... Rapporter notre position... Le numéro qu'il vous a donné n'était qu'un nom de code. Ce n'était qu'un traître, préférant la compagnie de ces esclavagistes d'humains à la nôtre ! »

Émeraude cracha rageusement cette dernière phrase. Nalya ne l'aurait pas crue capable de s'emporter ainsi. Quelques secondes plus tard, l'hybride avait retrouvé son habituel visage inexpressif. Nalya, déroutée, chercha des explications dans les yeux de Zana.

« Tu t'y feras. Tu apprendras à ne t'attacher à personne tant qu'il n'aura pas passé le test. Tu t'y feras. Ce n'est pas parce nous vivons sans humains que notre monde est forcément plus rose. Tu t'y feras. »


Le soleil de midi régnait en maître sur le ciel. L'air était empli du bruit de discussions animées entre hybrides. Quatre branches solides formaient un large espace rectangulaire et soutenaient une gigantesque toile faite du patchwork d'un nombre incalculable de morceaux de tissus. En dessous, des tables, toutes sortes de tables, des tables en bois, des tables en plastique, des tables en métal, des petites tables, des grandes tables, des tables rondes, des tables carrées, des tables de salon, des tables de jardin. Autour de ces tables étaient rassemblés des hybrides qui mangeaient, discutaient, feignaient la colère, plaisantaient.
Nalya était assise sur une chaise de jardin en plastique. L'un des pieds de l'objet était plus court que les autres et la faisait pencher. L'hybride était assise autour d'une table en bois rectangulaire, assez grande pour environ huit personnes. À sa droite, Zana. À sa gauche, Zack. Sylvain était en face d'elle, entouré par deux autres rebelles que les nouveaux venus ne connaissaient que par les rapides présentations des jumeaux. Alex était un hybride gobou. De sa chevelure bleue dépassait une nageoire de la même couleur. Une autre nageoire, plus grosse et transparente, lui servait de queue. Ses joues orangées se terminaient par d'étranges excroissances, dont la forme rappelait celle de branchies. L'autre, une hybride absol, s'appelait Blanche. Ses cheveux couleur de neige lui tombaient jusqu'au cou et laissaient sa corne bleue et tranchante s'élever vers le ciel. Sa queue était aussi bleue et aussi tranchante. Ses doigts se terminaient par des griffes de cette même couleur. Alex et Blanche étaient des amis de Zack et Zana. Les deux nouveaux venus ne connaissant personne, les jumeaux les avaient pris sous leur aile et présentés à leurs camarades. Sylvain semblait bien s'entendre avec Blanche. Zack plaisantait avec Alex et Zana invitait Nalya à en faire autant.
Mais il lui était difficile de prendre la parole. Pendant des années, Margareth Hill lui avait appris à ne parler que pour balbutier des formules de politesse ou répondre à des questions. Si elle était désormais libre, il lui faudrait du temps pour perdre ses habitudes d'esclave. De plus, aucun sujet de conversation ne lui venait à l'esprit. Elle se concentrait sur le plat au milieu de la table où trônaient des brochettes de baies.

« Ici, avait expliqué Zana, chacun utilise ses propres pouvoirs et ses propres compétences : les plats sont préparés par ceux qui ont un don pour la cuisine, et la toile là-haut a été cousue par des hybrides insectes. »

Nalya n'avait ni pouvoir ni compétence. Les fouinettes étaient du type normal. Elle savait faire le ménage, le repassage, la vaisselle et toutes les taches ménagères, avait quelques notions basiques de cuisine, faisait les courses, mais elle se doutait bien que le camp des rebelles n'y trouverait aucune utilité.
Elle tendit la main pour attraper la dernière brochette aux baies Oran et Mepo. Alex la saisit avant elle. Déçue, elle reposa sa main sur son genou.

« Oh, tu peux la prendre si tu veux ! » sourit l'hybride gobou.

Nalya accepta.

« Merci... »

Elle se sentait un peu prise en pitié et n'aimait pas ça. Il faudrait qu'elle perde ses habitudes d'esclave et se fasse à la vie du camp. La sérénité et le jus imprégnèrent son visage alors qu'elle croquait dans une oran bien juteuse. Zana eut un sourire amusé.

« Nalya n'avait jamais mangé de baies avant-hier ! »

Quelques rires fusèrent.

« N'en mange pas trop alors, il ne faudrait pas que tu en sois dégoûtée ! »

Nalya sourit. Depuis combien de temps n'avait-elle pas ri avec des amis ? Probablement était-ce la première fois. Nalya n'avait jamais réalisé à quel point il était horrible d'être esclave, de ne pas vivre pour soi-même. La jeune hybride se délectait de la liberté, tout comme de la chaleur du soleil de midi sur sa peau ou du jus sucré de la baie sur ses papilles. Le monde lui sembla soudain bien plus beau, grand et riche qu'elle ne l'avait jamais perçu. Elle songea qu'il lui serait difficile, si elle le devait, de retourner à sa vie d'esclave.

Le repas se termina. Alors que Zana reconduisait Nalya à la hutte qu'elles partageraient désormais, la nidoran lui désignait du doigt des hybrides, les nommait, expliquait leur rôle au sein du camp, et agrémentait ces explications de commentaires comme "Il est très gentil, n'hésite pas à lui demander quoi que ce soit" ou "Si j'étais toi, je ne la chercherais pas. Tu ne veux pas savoir ce qui arrive quand elle se met en colère." Nalya hochait la tête, tentant de mémoriser quelques noms même si elle savait qu'elle aurait tout oublié d'ici quelques instants.
Le camp des rebelles était très peuplé. Maintenant que le repas était terminé, chacun retournait à ses occupations. Certains, comme les deux jeunes filles, retournaient au "village". On appelait ainsi cette partie du camp où se trouvaient toutes les huttes. D'autres se dirigeaient vers des endroits que Nalya ne connaissait pas. Quelques hybrides insectes, assis dans un coin, effectuaient des travaux de couture. Nalya repensa à l'immense toile qui avait abrité les rebelles lors du repas. D'autres s'entraînaient au combat. Nalya en aperçut même qui sortaient du camp par le tunnel prévu à cet effet. Difficile d'imaginer que le camp et toute son agitation étaient invisibles aux yeux des étrangers. Les pouvoirs d'Émeraude devaient être réellement puissants pour cacher continuellement cette immense clairière. Peut-être était-elle secondée par son pokémon.

« Zana ? demanda-t-elle dans un moment de silence. Comment se fait-il qu'Émeraude ait un pokémon ? Je croyais qu'ils avaient tous fui les hommes quand les hybrides sont apparus ?
- Tu t'es déjà demandé où ils avaient fui ? sourit l'hybride Nidoran. Ils se sont réfugiés dans des endroits inaccessibles pour l'Homme. Tu vois les montagnes là-bas ? ajouta-t-elle en désignant une imposante chaîne de montagnes au loin. C'est un de ces endroits. Les montagnes abritent une vallée où vivent beaucoup de pokémons. En fait, c'est plutôt une seule montagne en forme de couronne. Pour accéder au centre de la couronne, il faudrait franchir la montagne, et c'est impossible pour un humain. Mais les hybrides sont plus résistants. Il y a quelques années, quand Émeraude était encore une kirlia, elle a franchi les montagnes et a rencontré Kiiho. Il s'est passé une réaction étrange, une sorte de lien très puissant s'est formé. C'est comme si Kiiho était une partie d'Émeraude et qu'Émeraude était une partie de Kiiho. Ils sont connectés. Il m'arriverait sûrement la même chose si je rencontrais un nidoran. »

Nalya resta bouche bée. Elle leva instinctivement les yeux vers les montagnes, rendues brumeuses par la distance.

« Alors pourquoi est-ce qu'on ne part pas à la rencontre des pokémons ?
- Si tout le camp se déplaçait, Émeraude devrait maintenir son champ psychique autour de nous tout en marchant. Ce serait épuisant. Et si seule une partie du camp se déplace, Émeraude devra soit maintenir le champ autour du camp et mettre en danger ceux qui sont partis, soit protéger ceux-là et laisser le camp sans défense. Ce qu'il faudrait, c'est un autre hybride capable de former et maintenir le même type de champ. Mais on n'a pas ça ici... »

Le silence se fit entre les deux hybrides, qui mirent peu de temps à parvenir à leur hutte. Une ombre rafraîchissante et apaisante y régnait. Quelques feuilles tombées des "murs" jonchaient le sol. Zana avait parlé à Nalya d'un projet de remplacer ces feuilles par du tissu, mais seules un très petit nombre de huttes en était pourvu. Deux hamacs pendaient de branches solidement coincées dans l'armature de la hutte.

« Tu dois être fatiguée, supposa Zana. Il s'est passé plein de choses. Tu devrais te reposer un peu. Je vais partir à la cueillette avec Zack et Luna. Fais ce que tu veux pendant ce temps, mais je pense vraiment que tu devrais t'allonger un peu.
- D'accord. À tout à l'heure. »

Nalya, après quelques difficultés à monter dans le hamac, s'allongea. La lumière du soleil était adoucie par les feuilles qui recouvraient la hutte. Le frémissement du vent dans les arbres environnants ne tarda pas à la plonger dans un profond sommeil...

La hutte était toujours baignée d'une lumière chlorophyllienne et le vent soufflait toujours dans les arbres. Nalya ouvrit les paupières, cligna des yeux pour s'accoutumer à la lumière, puis s'étira longuement et se tournant sur le côté. Grave erreur. Elle gisait désormais par terre, son hamac ballottant au-dessus d'elle.

« C'est ce qu'on appelle un réveil en douceur... » maugréa-t-elle.

Elle se redressa, épousseta sa robe et sortit de la hutte. La lumière à l'extérieur était crue. Nalya déploya son avant-bras devant ses yeux pour leur laisser le temps de s'acclimater. Puis elle regarda autour d'elle. Le village était désert. Probablement ne traînait-on pas dans sa hutte en plein après-midi, lorsque le camp regorgeait de choses à faire. Nalya se sentit un peu honteuse. Mais il lui fallait reconnaître que sa sieste lui avait fait le plus grand bien. La démarche encore chancelante, elle suivit son ouïe et se dirigea vers la rumeur qu'elle pouvait entendre un peu plus loin.
La place centrale grouillait d'activité. Assis à l'ombre de la grande toile, un groupe d'insectes s'adonnait à des travaux de couture. Quelques hybrides plantes étaient assis devant une hybride roselia qui leur expliquait manifestement les propriétés de certains végétaux. Une hybride hariyama travaillait de pair avec un hybride galekid pour construire quelque chose à partir de planches de bois. Ils furent vite rejoints par Sylvain, dont la force sembla grandement les aider. Mais ce qui attira le plus l'attention de Nalya fut un attroupement d'hybrides, si dense qu'on ne pouvait en deviner la cause. Certains criaient des encouragements, d'autres jouaient des coudes pour se frayer une place dans la foule. Intriguée, Nalya s'en approcha. Ne voyant rien, elle prit appui sur sa queue pour être aux premières loges d'un combat opposant un hybride chenipotte à une hybride germignon. La germignon balançait sa tête pour faire bouger la feuille qui s'y trouvait et envoyer d'autres feuilles à l'assaut de l'ennemi. Nalya devina qu'il s'agissait d'une attaque Tranch'Herbe. Il était possible pour les hybrides d'avoir recours aux pouvoirs du pokémon avec lequel ils avaient été croisés. Nalya n'avait malheureusement jamais appris à utiliser ses pouvoirs de Fouinette. Un pokémon normal ne pouvait de toute façon pas faire grand-chose. Le chenipotte tenta d'esquiver l'attaque, mais il était trop lent. Une feuille lui entailla la joue. La foule retint son souffle. Il essuya le sang du revers de son poing tout en secrétant une substance blanche en direction de son opposante. La substance lui emprisonna les mains et devint gluante et élastique. La germignon n'eut aucun mal à trancher la sécrétion avec sa feuille pour se libérer les mains, mais cela l'empêcha de remarquer son assaillant qui lui fonçait dessus. Il lui donna un coup de tête qui la fit chanceler puis la plaqua au sol.

« Jim a gagné ! » s'écria quelqu'un.

Le chenipotte se releva, essoufflé, la joue ensanglantée, mais tout sourire. Un hybride ludicolo sembla soudain remarquer Nalya.

« Eh ! La nouvelle ! Tu sais te battre ? »

Prise au dépourvu, Nalya ne parvint pas à articuler un mot mais secoua la tête négativement.

« Alors je vais t'apprendre ! » lança quelqu'un derrière elle.

La fouinette se retourna. Alex, le gobou avec qui elle avait mangé avec Sylvain et les jumeaux, s'avançait vers elle.

« On dirait que tu n'as rien à faire. Alors, ça te dit, un petit entraînement ?
- Mais et toi, ça ne va pas te déranger ?
- Mais non, je ne proposerais pas sinon. »

Nalya se laissa convaincre.

« Je te préviens, je ne sais vraiment pas me battre.
- Tu l'as déjà dit. On va commencer par les bases. Tu sais ce dont est capable un fouinette ? »

Les spectateurs du match précédent s'étaient dispersés sans sembler prêter attention à Nalya. La place était vide et paraissait propice à l'entraînement.

« Voyons... les fouinettes se hissent sur leurs queues pour voir les prédateurs approcher, répondit Nalya, répétant mécaniquement ce qu'on lui avait appris sur les fouinettes à sa naissance.
- Ce n'est pas ce que je voulais dire. Quelles sont les attaques d'un fouinette ?
- Aucune idée...
- Ne bouge pas, je vais chercher la PokéPédie. »

Sur ces mots, Alex se dirigea vers le village. Nalya s'assit sur sa queue et attendit. Alex revint quelques minutes plus tard, un gros livre abîmé sous le bras.

« D'où est-ce que tu sors ça ? s'étonna Nalya.
- On a une bibliothèque avec quelques livres. Volés aux humains. » expliqua l'hybride gobou.

Il posa le volume sur le sol. La plupart des humains utilisait désormais des lecteurs électroniques, qui prenaient beaucoup moins de place que les livres en papier. Le livre d'Alex devait donc être assez ancien. Sa couverture était blanche et ornée d'un symbole de pokéball rouge. S'inscrivait en lettres noires le titre du livre, "PokéPédie, volume I". L'ouvrage était lourd et volumineux. Alex s'agenouilla à côté de Nalya, ouvrit le livre et, après avoir consulté l'index, trouva la double page consacrée aux fouinettes et aux fouinards.

« Voilà la liste des attaques de fouinette. Tu devrais avoir hérité de quelques-unes. Tiens, l'attaque Griffe par exemple. Essaie de me griffer. »

Les deux hybrides se relevèrent. Nalya regarda tour à tour ses griffes puis Alex, dubitative.

« Vas-y, ne t'en fais pas pour moi !
- Bon... »

Nalya prit un peu de recul, puis fonça sur le gobou la main en arrière, avant de donner un coup de griffe dans la joue-branchie de l'hybride qui se mit à saigner.

« Oh, pardon ! Ça va ? s'excusa-t-elle aussitôt.
- Je t'ai dit de ne pas t'occuper de moi ! On ne peut pas s'entraîner sans être blessé. Il y a quelques hybrides soigneurs dans le camp, ils s'occuperont de moi plus tard. Je t'ai demandé de me griffer, pas de me transpercer le ventre, alors ça ira. Parlons plutôt de ta technique. Tu m'as donné un coup de griffe normal. Ce que je veux, c'est une attaque Griffe. Concentre toute ton énergie dans tes griffes au point de les faire briller. Tu en es capable, c'est dans tes gènes. »

Nalya fixa ses griffes. Y concentrer toute son énergie ? Comment ?

« Concentre-toi. Ferme les yeux, représente-toi l'énergie qui circule dans tout ton corps, et imagines-en la majeure partie se concentrer dans tes griffes. »

Nalya s'exécuta. Fermer les yeux. Se représenter son corps fourmillant d'énergie. Imaginer l'énergie migrer vers ses griffes. L'hybride ouvrit les yeux. Ses griffes ne brillaient pas plus que tout à l'heure.

« Ne te contente pas de l'imaginer. Maintenant, sens l'énergie. »

Et Nalya recommença. Encore et encore. Elle se concentrait à s'en donner des maux de tête, à tel point qu'elle finit par réussir à voir ses griffes briller l'espace d'un instant quand elle rouvrit les yeux.

« Ça peut te paraître bizarre, expliqua Alex, mais toutes les attaques que nous ont transmises les pokémons reposent d'une manière ou d'une autre sur ce système d'énergie. C'est ce qui nous rend supérieurs aux humains. Nous valons mieux qu'eux ! Nous sommes des humains améliorés ! S'il y a bien quelqu'un qui doit se soumettre à l'autre, ce n'est pas nous, mais les... »

Alex, qui commençait à s'emporter, fut coupé dans son élan. Un choc lui fit pivoter la tête et ressentir une vive douleur à la joue. Lorsque ses yeux, qui s'étaient fermés instinctivement, se rouvrirent, il put voir une Nalya souriante, la main levée, les griffes encore luisantes et rougies du sang du gobou.

« Et nous sommes plus vigilants que les humains, c'est ça ? » se moqua-t-elle sans se départir de son sourire fier.

Alex resta figé pendant quelques secondes, les yeux et la bouche grands ouverts, déconcerté. Puis un sourire se forma sur son visage.

« Tu m'as eu ! » rit-il enfin.

Les deux hybrides passèrent le reste de l'après-midi à s'entraîner. Les jumeaux et Luna ne tardèrent pas à rentrer de leur cueillette. Zana lança en riant à Nalya de ne pas trop abîmer Alex puis s'éloigna avec lui vers l'infirmerie du camp. Luna et Zack, suivis par une Nalya désoeuvrée, allèrent porter le fruit de leur cueillette aux pokémons cuisiniers avant de se mettre à table. Zana et Alex les rejoignirent vite. Le visage du gobou ne portait plus la moindre trace des griffures que Nalya lui avait infligées. Après le repas, Nalya suivit Zana jusqu'à leur hutte, et les deux hybrides se couchèrent.

Nalya avait les yeux grands ouverts. Depuis quand était-elle là, éveillée dans l'obscurité ? Venait-elle d'ouvrir les yeux ou était-elle éveillée depuis plus longtemps ? L'hybride se sentait parfaitement éveillée et eut le sentiment qu'elle ne parviendrait pas à se rendormir. C'était sans doute dû à sa sieste de début d'après-midi. Les fouinettes avaient une très mauvaise vision nocturne, mais Nalya pouvait distinguer le hamac de Zana grâce au clair de lune. Sans un bruit, la fouinette descendit de son hamac. Le sol de terre battue était frais sous ses pieds nus. Elle sortit de la hutte et inspira l'air de la nuit. Sans trop savoir où elle allait, elle chemina entre les huttes, s'efforçant d'être aussi silencieuse qu'une feuille. Elle pouvait entendre quelques hybrides ronfler, d'autres remuer dans leur sommeil - Nalya se demanda comment ils arrivaient à ne pas tomber de leurs hamacs. L'hybride sortit du village. La grande clairière, si pleine d'activité quelques heures auparavant, était désormais vide et silencieuse. Elle semblait immense. Nalya y avança. L'herbe pleine de rosée lui mouillait les pieds. Arrivée au centre de la clairière, Nalya se laissa tomber à genoux et pleura. Elle pleurait en silence. Le clair de lune illuminait ses larmes. Pourquoi ? Elle devrait être heureuse d'être ici. Elle était libre ! Elle ne se sentait pas même triste. Elle pleurait juste. Comme ça, sans raison. Ses larmes se mêlaient à la rosée matinale.