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White Knight : Aiguillage de FireHana



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Informations

» Auteur : FireHana - Voir le profil
» Créé le 18/01/2026 à 17:36
» Dernière mise à jour le 18/01/2026 à 17:36

» Mots-clés :   Présence de shippings   Romance   Slice of life   Unys

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3.Figé/Mouvement
Bien que sa carrière de dresseuse lui ait apporté des économies confortables, Ludvina sait très bien qu'elle ne peut pas se reposer dessus.

De toute manière, même si sa mère lui adresse à nouveau la parole comme si rien ne s'était passé, elle continue de se sentir de trop dans cette grande maison au jardin immense. Elle ne parvient pas à trouver d'intérêt à Willy, gentil mais trop taciturne à son goût. Son frère la fuit toujours, inconnue qu'elle est et qu'elle restera. Elle le sent. Ça ne sert à rien de lutter.

Elle a beaucoup réfléchi à ses possibilités. Hormis son expérience assez impressionnate de dresseuse, elle avait touché à plein de petits emplois précaires en échange du gîte ou d'autres paiements en nature lors de ses aventures : fille de ferme, bonne de chambre, livreuse, déménageuse, coach Pokémon, éleveuse à temps partiel, cuisinière… Elle en oublie sûrement dans le tas.

Hormis le type de travail, Ludvina s'est également interrogée sur le lieu où s'installer. Impossible de rester à Renouet : hormis assistante pour la professeure Keteleeria, il n'y a aucune opportunité intéressante (bien honnêtement, elle ne se voit pas là-dedans. Déjà plus jeune, elle accordait trop d'importance aux combats pour se pencher sur les avancées du Pokédex. Le temps avançant, elle s'en est détournée définitivement). Les fermes des environs sont également trop "modernes" pour se pencher sur une aide rémunérée supplémentaire : les machines, elles, n'ont pas besoin de salaire et travaillent même pendant les fêtes.

Au plus près et avec le plus d'offres, il y a Volucité, l'immense ville aux grattes-ciels qui désirent toucher le soleil. Peut-être que l'adolescente qu'elle a été aurait sauté sur l'occasion : lors de sa première visite, cet endroit aux multiples facettes où tous cohabitent sans discrimination de l'espèce ou de l'ethnie l'avait subjuguée. L'aspect moderne et l'accès à la mer de la ville l'avait également séduite, bien que l'on puisse regretter l'absence de véritable plage où se prélasser. Mais avec le temps, Ludvina s'est rendue compte que de tels lieux lui sont aussi agréable à visiter qu'une torture à y séjourner. Le monde, le bruit, le sentiment de disparaitre dans la foule - tout lui parait "trop". Pour se sentir bien, elle nécessite d'une ville moins claustrophobique.

C'est finalement à Méanville, et plus précisément dans le secteur de la vente qu'elle décroche quelque chose. Elle ne met pas toujours en avant cet aspect de sa personnalité, mais Ludvina a toujours été intéressée par la mode. Quoi de mieux que de s'installer dans la plus rayonnante des villes d'Unys ?

— Tu es sûre de ton choix ? lui a tout de même demandé sa mère au moment d'embarquer.

Ludvina acquiesce.

— Merci de m'avoir accueillie, ça m'a fait du bien de te voir. Mais je dois voler de mes propres ailes — ou plutôt, construire mon propre petit nid !

Sa mère a un sourire pincé.

— Je t'appellerai quand je serai arrivée, promet sa fille.

Sans un mot mais avec un geste tendre, sa mère l'enlace contre elle.

— Tu reviendras nous voir, hein ? Une fois par mois, ça serait bien.

— J'essaierai.

Elles restent ainsi un moment, lovées dans les bras de l'une et de l'autre, jusqu'à ce que le métro arrive. Alors que la plupart des voyageurs se sont déjà engouffrés dedans, Ludvina s'écarte un peu brusquement de sa mère, ne souhaitant pas ratée son train. Vivement, elle salue d'un geste de la main son beau-père et son petit frère, installé confortablement dans sa poussette.

— Au revoir Willis ! Bye Aren !

Son beau-père la salue mollement. Aren ne répond même pas.

Il n'est pas évident de se trouver une place avec son énorme valise et son gros sac à dos : elle bouscule tout le monde et la seule place de libre ne lui permet pas de s'assoir avec tout son bric-à-brac. Bon gré malgré, elle s'accroche à l'un des anneaux au-dessus de sa tête après avoir posé son sac à dos sur sa valise. Heureusement qu'elle est partie en heure creuse…

"Prochain arrêt : Musée de Maillard," ânonne l'annonce sonore.

L'alarme aiguë et répétitive s'élève pour prévenir que les portes vont se fermer. Dans un glissement doux, elles se scellent sans résistance. Puis, la motion démarre dans un crissement de ferraille, et enfin le train s'élance. Bientôt, il atteint son rythme de croisième dans un ronron presque inaudible : Ludvina sent davantage les vibrations sous ses pieds qu'elle n'entend le frottement de la machinerie.

Le regard de Ludvina se perd sur les immenses écrans au dessus des sièges voyageurs. À sa grande surprise, aucun combat Pokémon n'y est retranscrit. Seules des publicités sans intérêt défilent en silence les unes à la suite des autres, sans aucune corrélation entre elle : produits de beauté, équipes de sport, services en tout genre s'enchaînent à qui mieux mieux pour captiver l'attention des voyageurs. À en juger ceux sur leur Vokit, les autres qui dorment et les rares qui lisent, Ludvina n'est pas certaine que cette stratégie commerciale soit très efficace…

Mais, on est pas mercredi ? De souvenir, la ligne Multi est ouverte toute la journée aux combats dans les compartiements dédiés. Serait-ce encore quelque chose qui a changé en son absence…?

Tu~du~du~dum !
Pour le confort de tous les voyageurs, merci de rappeler vos Pokémon dans leurs Poké Balls durant le trajet hors Pokéaide. Nous vous remercions et vous souhaitons un bon voyage à bord du : Multi Train.

Ludvina arque un sourcil. Elle ne voit aucun Pokémon autour d'elle… En cherchant des yeux le clandestin, elle croise le regard d'un autre passager assis qui semble s'interroger également sur le sujet. Tout en haussant les épaules, il sourit d'un air perplexe avant de redonner son attention à son Vokit. La jeune femme se laisse aller à s'appuyer contre la porte derrière elle, histoire de reposer un peu ses pieds de leur position statique.

Subitement, la porte de la voiture s'ouvre avec éclat et grand vacarme.

— Pfffouah ! C'est pas vrai ! Comme si on avait que ça à faire ! s'exclame avec humeur un jeune Contrôleur en croisant ses bras derrière sa tête. En plus il est tout au fond…

— Je t'jure… souffle son collègue entre ses dents.

Leur uniforme vert attire les regards mi-intrigués mi-inquiets des voyageurs, mais le plus jeune des deux lance aux yeux de tous un sourire charmeur tout en les saluant d'une voix claire.

Ludvina le reconnaît tout de suite. Et vu comment la surprise brise son masque d'aisance, elle comprend que lui aussi.

— Ludvina ? C'est toi ?

Ses lèvres se retroussent dans un rictus grimaçant.

— Ouaip. C'est moi. Je ne pensais pas te voir ici, Ludwig…

— Et moi donc ! s'écrie-t-il en retrouvant sa bonne humeur. Qu'est-ce qui t'es arrivée ? Tu reviens à Unys ?

— Erff… Ce serait un peu trop long à expliquer, et tu as l'air occupé si je ne m'abuse…

— Ouais, c'est vrai ! Cloud, tu veux bien aller devant ? Je te suis, j'en ai pas pour longtemps !

— Ouais, pas longtemps à flirter avec une passagère pendant que je m'occupe du sale boulot ? T'es vraiment gonflé ma parole, accuse aussitôt l'homme d'âge moyen en croisant les bras. Dépêche-toi avant que je te traîne par la peau du cou !

Ludwig déglutit, dénué à présent de toute sa superbe et de son flegme. Impossible pour Ludvina de ne pas se sentir quelque peu amusée de son malheur, rendant le retroussement de ses lèvres moins figées.

— Bon, comme tu peux l'entendre, je suis très demandé… J'te passe mon numéro de Vokit ? Comme ça, on pourra se donner des nouvelles !

— Ouais, s'tu veux.

Le temps d'un échange de contact Bluetooth, Ludwig lui glisse un "À très bientôt !" entousiaste avant de rejoindre son collègue.

D'un seul coup, une partie des passagers se mette à la scruter, dont l'homme avec qui elle avait échangé un instant de complicité. Si elle s'efforce de prétendre qu'elle ne s'en rend pas compte de l'attention subite qu'on lui porte, quand elle aperçoit du coin de l'œil un écran se lever en sa direction, elle craque. 

— Non mais dis donc, vous gênez pas ! Ça va pas de prendre des inconnus en photo comme ça ?! hurle-t-elle à la jeune femme qui s'apprêtait à la prendre en photo.

— Euh, je, j'allais prendre un selfie, prétexte-t-elle en rangeant précipitamment son Porygonphone dans sa veste, pas besoin de s'énerver comme ça…

— C'est ça, ouais, réplique Ludvina avec humeur tout en roulant de yeux.

Une ambiance de plomb écrase les voyageurs de leur voiture. Vivement que ce trajet se termine.

"Prochain arrêt : Musée de Maillard...? Musée de Maillard !"

La prochaine fois qu'on essaie de la prendre en photo sans son accord, Ludvina se promet qu'elle fera un doigt d'honneur à la caméra.



Quand elle arrive enfin à Méanville, Ludvina doit encore traîner ses affaires jusqu'à son studio — studio qui est localisé relativement loin de la station de métro.

(Évidemment.)

Heureusement, elle peut compter sur l'aide de Toasted pour l'aider à se soulager le dos. Son plus vieil ami porte sans mal son immense sac-à-dos comme un gros nourrisson entre ses bras, tout en évitant soigneusement le moindre contact avec sa crinière de flammes.

— Allez, courage ! On devrait arriver là-bas avant le début de soirée !

Ils en ont pour vingt minutes à pied et avec ce soleil magnifique, une bonne marche ne leur fera pas de mal. De toute manière, Ludvina est devenue plutôt rodée en randonnée depuis le temps qu'elle sillonne les routes…

Méanville est restée aussi vivante que dans son souvenir. L'effigie de l'immense grande roue qu'elle devine à l'horizon lui emplie la bouche d'un goût plus amer que doux, pourtant elle se sent appeler à y retourner une énième fois.

(Elle avait attendu des mois à ses pieds, priant qu'un jour N refasse surface dans ce lieu si important pour eux deux. Tout au moins, elle l'avait cru...)

Elle détourne son regard de la roue de fer, se focalisant sur la route qu'elle va devoir traverser. Son nouveau chez elle est juste en face, dans un immeuble gris sans personnalité mais de dernier cri.

Toasted pousse un petit grognement interrogateur qui capte aussitôt l'attention de Ludvina. Le Roitiflam a les yeux perdus dans les hauteurs de la ville.

— Tu reconnais ?

En guise de réponse, il émet un nouveau grognement grave d'approbation.

— Tu te souviens du Music Hall ? Tu étais tellement mignon, tu étais encore un Grotichon à l'époque…

Cette fois, il la dévisage avec agacement, visiblement embarassé par les souvenirs de ses prestations amatrices. Ludvina esquisse un sourire amusé en se rappellant que, paniqué lors d'un ses spectacles par le bruit d'un pétard prévu lors d'une scène, il avait sauté sur le public, créant un mouvement de panique. Sur le moment, ils avaient été tous deux horrifiés de cet échec cuisant, mais en y repensant, la réaction de tous - prestataire comme public - avait été si disproportionnée qu'elle en garde un souvenir attendri.

— Rhoo, allez. C'était drôle quand même !

— Grrmmbl…

Elle lui donne un coup de coude taquin dans ses côtes.

— Tu préférais les Stades ? J'espère que c'est toujours ouvert au public, ça pourrait être sympa d'introduire ça aux autres. Y a toujours aussi le Club des Épreuves…

Mais elle grimace en prononçant cette dernière phrase. Pour le coup, elle n'en garde qu'un souvenir désagréable, le trouvant trop élitiste à l'époque. Elle doute que ça se soit arrangé depuis…

Alors que Ludvina est focalisée sur le Club des Épreuves, Toasted, lui, s'enthousiaste déjà à l'idée de distribuer les Poing Boost sur le terrain de sport au vu de l'embrasement de sa crinière flamboyante.

— Hm, il semblerait qu'on ait un programme… lui sourit-elle.

Le feu les laisse enfin traverser le passage piéton.

La remise des clés a été rapide, juste le temps de l'accompagner au studio situé au troisième étage, vérifier qu'il n'y avait pas de petites bêtes indésirables (Ludvina garde des séquelles d'un matelas infesté de punaises de lit dans un Centre Pokémon pas vraiment aux normes), la plupart de ses compagnons ont pu découvrir leur nouveau logis.

Sweety prend toute la place sur le canapé-lit, élançant ses grandes jambes pour indiquer qu'il s'agit de son nouveau territoire (quelle sang-gêne elle peut être parfois... Au moins, sa couette aura des notes de fruits rouges ce soir). Accoudé au balcon, Toasted admire le soleil qui se couche sur la Route 15 tout en surveillant Dune, allée se percher sur l'immeuble voisin. Ludvina ne se sent pas très rassurée de la voir aussi loin, sans parler qu'elle s'inquiète que ses nouveaux voisins viennent déjà se plaindre de maux de tête causé par le battement de ses ailes : elle la siffle pour lui intimer de revenir. Dune rugit en réponse.

— Je rigole pas ! Reviens tout de suite, on ira à la Route 15 une prochaine fois !

Dans un cri de déception étonnamment mélodieux, la Libégon arrive à tire d'aile pour s'accrocher aux barres du balcon. Ses grands yeux rouges dévisagent sa dresseuse d'un air mécontent.

— Sois déjà reconnaissante d'avoir pu sortir un peu : Rainblow et Aria ne peuvent pas avoir cette chance.

La moue de la dragonne s'accentue avant qu'elle ne disparaisse dans sa Rapide Ball. Alors que Ludvina s'accoude contre la rambarde, Toasted retourne à l'intérieur pour réprimander la Sucreine ayant pris un peu trop ses aises. Celle-ci ne lui répond même pas, détournant la tête avec dédain avant de prétendre dormir. Mais ça ne dure qu'un temps avant que les draps se gonflent brusquement, éjectant la plante de ce qu'elle avait déclaré comme son dû. Sweety hurle avant de retomber sur le fauteuil d'en face sans aucune cérémonie, manquant de peu de le renverser. Sortant des ombres, Yato dévisage de son œil unique celle qui ose réclamer le lieu de repos de leur Maîtresse.

— Hey ! s'écrie Ludvina en rentrant immédiatement suite aux cris de Sweety. Qu'est-ce qui se passe ? Vous allez pas déjà retourner l'appart !

Saissisant l'occasion de se plaindre, Sweety vitupère tout en désignant l'Exagide qui, pour sa part, reste parfaitement impassible. Habituée aux scènes de sa Pokémon, Ludvina secoue la tête avec désapprobation.

— Arrête un peu ton cinéma. De toute façon, tu sais très bien que tu n'as pas le droit d'aller dans mon lit !

Vaincue par un tel argument, Sweety détourne la tête en boudant. Moqueur, Toasted émet un ronflement grave en guise de rire, ce qui enrage d'autant plus la Sucreine. Trop vexée, elle part se cacher derrière la kitchenette, et n'en bouge plus.

— Bon, comment vous trouvez ça ? Pas mal, non ?

Petit, lui souffle une voix éthérée dans sa tête. Bien que le ton soit dénué de jugement, Ludvina peine à ne pas grimacer.

— Ouais, forcément, c'est un studio... C'est ce qui avait de mieux dans le coin en terme de qualité prix. Mais promis, je ferai tout pour que vous ne vous sentez pas à l'étroit ou trop enfermés dans vos Poké Ball ! Toasted pourra surement vous en parler, mais il y a des tonnes de trucs à faire ici ! Pas mal de challenges intéressants ou d'activités à faire nous attendent. 

Elle se demande si Rainblow apprécierait le Music Hall. La question ne se pose même pas pour Sweety : si elle savait ce dont il s'agissait, elle essaierait déjà de sortir pour devenir la coqueluche des projecteurs ! Mais les combats l'intéressent aussi tout autant, alors ce sera à voir en fonction des envies de chacun et des disponibilités...

En parlant de combat, elle devrait se souscrire à un nouvel abonnement pour le Métro de Combat. De la sorte, quand elle ira rendre visite à sa mère, elle pourra plus facilement tuer le temps. Ça serait aussi l'occasion de voir Ludwig, bien que la pensée ne lui apporte qu'une joie timorée.

Cependant, pour l'heure, il est temps de prévenir qu'ils sont bien arrivés :

— Allô maman ?



Cela fait maintenant un bon mois que Ludvina s'est installée à Méanville. 

L'effervescence autour de la nouveauté de son travail s'est effacée, ne laissant que la résignation que ce boulot, elle l'a d'abord choisi pour des raisons alimentaires. L'adage "Le client est roi, mais le vendeur est empereur" est, comme souvent dans ce genre de métier, oublié de moitié pour ne retenir que la première partie. Plusieurs fois, Ludvina a dû ravaler sa rage pour ne pas engager un combat sans merci avec un client aussi hautain que désagréable. À chaque fois qu'elle enlève l'uniforme du magasin, elle court jusqu'au Stade pour déchainer sa frustration sur les joueurs de sports et leur supporteurs. Ce soulagement apporté par l'adrénaline et la satisfaction de la victoire ne subsiste cependant qu'un temps, car le lendemain il faut remettre le couvert.

En plus du quotidien hélas ! quasi-universel dans la vente, certaines personnes tiquent sur l'étiquette comportant son prénom. À commencer par sa patronne :

— Ludvina White ? Vous... Vous êtes l'ancienne Maître ?

— Je préférerai que ce ne soit pas crier sur tous les toits, mais oui... admet-elle à contrecœur en se triturant les mains.

— Oh ! Oui, bien sûr, lui a-t-elle promis avec un sourire entendu.

Pour autant, elle a toujours refusé qu'elle enlève son badge en connaissance de cause.

Ceux qui la reconnaisse peuvent être tantôt timides, tantôt curieux (beaucoup trop curieux). Souvent, contre toute attente, les échanges sont plutôt positifs et se cantonnent à demander une photo ou un autographe. D'autres veulent la combattre (ce qui aurait été avec plaisir mais incompatible avec son travail de vendeuse...) et une minorité, loin d'être les plus faciles à l'ignorer, se permettent de lui cracher gratuitement au visage.

— Qu'est-ce que ça fait alors, d'avoir un petit boulot alors qu'on était au sommet ?

— C'est ce qui arrive quand on assume pas son poste.

— Bien fait pour toi, connasse.

Et pour le coup, il se pourrait que Ludvina en ait eu quelque peu assez de se faire malmener et qu'elle ait raccompagné ces aimables personnages vers la sortie avec plus ou moins de civilité de sa part. Ces incidents lui ont valu quelques sermons de la part de sa patronne ainsi que, pas plus tard qu'hier, la promesse que si elle recommence, ce sera la porte.

Autant dire qu'elle s'est mise dans de beaux draps ! Les combats aux Stades sont bien gentils, mais complètement insuffisants pour payer son loyer et l'entretien que demande tout ce beau monde...

Et en parlant de combat...

— Salut Ludvina !

Ludwig s'installe sans plus d'introduction sur la banquette rouge en face d'elle. Son uniforme vert a été laissé au vestiaire : aujourd'hui, ses vêtements se révèlent beaucoup plus classiques tout en demeurant dans l'ère du temps.

— 'Lut.

Pour être honnête, bien qu'ils aient souvent combattu ensemble, Ludvina a du mal à affirmer qu'elle l'apprécie sincèrement. En fait... ce n'est pas un mauvais garçon, il est juste...

Agaçant.

Mais c'est la seule personne qu'elle connait vraiment à Méanville, et l'eau a coulé sous les ponts. On a tous le droit à une deuxième chance.

Pas vrai ?

— Quoi de neuf depuis ? Tu t'y fais à Méanville ?

Elle hausse les épaules.

— On se fait à tout, assure-t-elle avec un faux calme en repensant à sa dernière altercation.

— Pas faux ! Alors, raconte, qu'est-ce tu deviens ?

Honnêtement, elle n'en peut plus d'entendre cette question aussi légitime soit-elle. Ses yeux se perdent sur la carte des dessert (la salive lui monte à la bouche quand elle se perd à contempler la carte des desserts. Le chocolat liégeois a l'air à tomber !) dans l'espoir de se soustraire de ses interrogations.

— Pas grand chose. Mon taff est naze, mais au moins j'ai la possibilité d'aller me défouler aux Stades.

— Tu fais quoi déjà ?

— Je travaille dans un magasin d'une chaîne de vêtement.

— Ah ! Je compatis. En tant que Contrôleur, j'en vois aussi des trucs passer, crois-moi ! Certaines personnes se pensent vraiment tout permis.

— Comment tu en es venu d'ailleurs à passer de l'autre côté de la barrière, si je peux dire...? 

Ludwig n'a pas le temps de s'expliquer car on vient prendre leur commande. Il se contente d'un americano ; le chocolat liégeois a pour sa part eu raison de Ludvina.

— J'ai été embauché y a trois ans, j'dirai ? Ouais, c'est ça. Pendant ton absence, je me suis lancé dans la formation pour passer Contrôleur, histoire d'arrondir les fins de mois et comme en plus je connaissais bien l'endroit, ça m'a paru être idéal. Et depuis, je le regrette pas ! C'est pas facile tous les jours, surtout depuis l'"incident"... Mais on se serre les coudes, et c'est le principal !

Les sourcils de Ludvina se froncent en entendant le terme "incident".

— Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Attends, t'es pas au courant ? Les yeux de Ludwig grossissent telles des Poké Ball sous la surprise. Je croyais que ça avait fait le tour du monde ! C'est passé pendant des mois aux infos... 'fin bref. 

Malgré toute son agitation, il se tait brusquement, presque ennuyé de devoir lui relater ce qui s'est produit. Avec une expression d'un seul coup bien sérieuse, il lui révèle sur un ton de confidence :

— Y a environs deux ans... Chammal a disparu du jour au lendemain. Plus personne n'en parle maintenant... Mais on ne sait toujours pas vraiment ce qui s'est passé. Il a laissé toutes ses affaires derrière lui, c'est comme s'il s'était volatilisé ! Pouf ! Disparu !

Ludvina croise les bras à cette nouvelle. Loin d'elle de dire qu'elle se sentait proche des Chefs du Métro de Combat, elle sympathise à la douleur que doit éprouver Chamsin... Perdre quelqu'un aussi subitement et dont il était aussi proche... De plus, la disparition de Chammal a dû affecter tout le système du Métro de Combat - et sa popularité avec. Les combats doubles, ça reste quand même quelque chose d'assez niche... Est-ce que le cadet occupe par ailleurs toujours le poste ?

— On a vraiment aucune idée de ce qui a pu se produire ?

— Absolument rien... Les journaux les plus farfelus ont imaginé toutes sortes de théories : le retour de la Team Plasma, un coup d'une mafia ou de fans hystériques... Voire même que c'était Chamsin qui avait fait le coup ! Mais la palme d'or, c'est quand même ceux qui ont dit que c'était un kidnapping organisé par des Pokémon extraterrestres. Franchement, malgré la situation, l'article m'avait fait mourir de rire tellement c'était n'importe quoi ! Attends, peut-être que je pourrai le retrouver...

— Il est toujours en fonction ?

Ludwig a une micro expression d'embarras, pourtant il confirme :

— Ouais. Ouais, il y est toujours... Tu peux aller l'affronter le mercredi toute la journée, le samedi et le dimanche sur la ligne Solo en matinée. Pour la Super Solo, il est là les lundi et jeudi soirs jusqu'à trois heures du matin. Je déteste ces horaires — heureusement que je n'en suis pas cette semaine !

C'est donc bien ça, pense-t-elle, la ligne Multi est fermée et la Super Multi avec…

— Ils n'ont pas trouvé de remplaçant en deux ans…?

— Hmpf ! grince Ludwig. C'est surtout que Chamsin fait blocage, si tu veux mon avis ! À chaque fois qu'on lui demande si l'un des Contrôleurs va devenir Chef, ne serait-ce qu'en CDD, il rétorque qu'il regardera nos CV "trèèès bientôt"… Tu parles, demain on rase gratis surtout !

— Et comment vous faites pour la Ligne Solo ?

Pendant qu'elle lui pose cette question, Ludwig sirote quelques gouttes de son americano avec un plaisir évident.

— Ça fonctionne selon qui a été le meilleur employé du mois : celui élu fait office de le remplacement du Chef de Métro. On peut pas se permettre de la fermer pour des raisons évidentes… explique-t-il distraitement. Enfin bref. Revenons plutôt à toi !

Ludvina ne parvient pas à se retenir de grimacer.

— Heu... C'est si tabou que ça ?

— Il n'y a juste pas grand chose à dire, et tu es loin d'être le seul à m'avoir posé la question.

Aussi bonne qu'elle soit, le froid de la glace lui monte à la tête. Heureusement, elle a bientôt fini...

— Ah... Bah, je sais pas, qu'est-ce que tu as appris de ton voyage ?

Pour le coup, elle trouve la question suffisamment intéressant pour prendre la peine d'y réfléchir sérieusement. Qu'est-ce qu'elle a appris...?

— Je dirai... que le temps n'efface pas tout.

— OK...? Ludwig a beau sourire, le froncement de ses sourcils trahit qu'il n'est pas certain d'avoir compris ses paroles sibyllines. Et sinon... Tu es toujours célibataire ?

— Je suis surtout toujours pas intéressé par toi. Ça, je t'assure, ça ne changera jamais ! lui lance-t-elle avec un rictus agacé avant de se lever.

— Arf, ça valait la peine d'essayer... Mais, tu t'en vas déjà ?

— J'ai des trucs à faire.

Les "trucs" étant sortir ses Pokémon sur dans le Bois des Illusions pour que tous s'aère l'esprit et le corps. De préférence, sans compagnie...

— J'espérai qu'on puisse se faire un petit match... avoue Ludwig en la talonnant au comptoir. Un trois contre trois en solo ?

L'esprit combattif en elle s'admet intrigué. Mais finalement, la lassitude l'emporte :

— On verra ça quand j'irai au Métro de Combat. À plus !

Elle paie sa part puis tourne les talons, laissant Ludwig et sa moue dépitée derrière elle.



Le Métro de Combat nécessite une application avec un appareil type smartphone pour bien fonctionner.

Avec un abonnement classique pour les déplacements sur les lignes peuvent s'ajouter des tarifs supplémentaires pour régler ses comptes en allant au travail ou en rentrant après un weekend exécrable de chez ses beaux-parents. Mêler l'utile à l'agréable : tel est le crédo du système de transport ferroviaire d'Unys.

Chaque ligne "simple" se retrouve ainsi en supplément au ticket de voyage - la Super n'étant débloquée que suite à une série de vingt-et-une victoires consécutives. Cependant, la seconde ligne a le mérite de s'ajouter automatiquement et gratuitement à l'abonnement de base. Pour les touristes et les dresseurs du dimanche, le tarif "Vacancier" peut également se révéler intéressant car il offre la possibilité de se battre sur toutes les lignes simples sur une courte période, allant jusqu'à une semaine maximum. Cependant, ce type d'abonnement s'avère assez inutile sur le long terme car légèrement plus cher quand ramené en prorata à un abonnement annuel...

Une fois son choix effectué, il ne reste plus qu'à sélectionner quels Pokémon iront au combat via l'application. Pour éviter que l'affrontement dure trop longtemps (car le côté course contre la montre joue fortement sur la dynamique des combats), le nombre de Pokémon ainsi que les espèces à inscrire s'avèrent limités. On ne peut également pas changer de Pokémon hors inscription sous risque de disqualification, entraînant la perte de tous les PCo accumulés jusqu'alors.

À quoi servent les PCo ? Pour ceux s'intéressant à la stratégie, ils servent de monnaie d'échange contre des objets à utiliser en combat. Pour tous les autres, l'achat se tourne vers des coupons de réductions sur l'abonnement de transport ou bien encore des bons dans les hôtels partenaires. 

Bref, les règles n'ont pas tellement changé depuis la dernière fois que Ludvina s'est "amusée" à lire toute la page de présentation officielle.

Elle regrette que la Ligne Multi ne fonctionne plus — cela aurait été la motivation rêvée pour rendre visite à sa mère. Tant pis, Ludvina se rabattra sur la Super Duo : ça la forcera à aller rendre visite plus souvent à ses amis au terminus. Mais même avec cette perspective en tête, c'est avec un sentiment mitigé qu'elle grimpe dans la voiture de combat.

Les combats doubles... que ce soit avec un partenaire ou non, chacun amène son lot de difficultés. Certes, seul, avec ses propres Pokémon, un bon dresseur connait les réactions et les capacités de chacun. Cependant, gérer plusieurs Pokémon en même temps (pas moins de quatre) peut vite tourner au surmenage et ainsi à la panique générale.

(Un dresseur qui perd son sang-froid est la pire chose qui puisse arriver en combat. Les Pokémon le sentent et eux-mêmes perdent la tête, allant jusqu'à blesser leurs adversaires ou eux-mêmes gravement s'ils le jugent nécessaire pour gagner.)

En combats dit "Multi", la charge mentale de coordonner deux Pokémon est échangée contre l'imprévisibilité de ses partenaires. Le piège devient alors la mauvaise communication et les interprétations erronées qui dans le pire des cas peuvent amener à la discorde, voire à l'agressivité au sein même de l'équipe.

Pour sa part, Ludvina trouve que les Combats Duo sont plus difficiles. D'ailleurs, elle n'a jamais été au bout de la ligne Super Duo. Elle avait remporté sans trop de difficulté la Super Solo, s'était entraînée comme une folle avec Ludwig pour arriver au bout de la Super Multi... Mais la Super Duo lui est restée hors de portée. Est-ce finalement l'occasion de prendre sa revanche ?

Prochain adversaire : Carole Smith. Une jeune adolescente rousse apparaît sur son Vokit, et bientôt la voici qui saute dans la voiture.

— Salut ! Je vais rendre visite à mes grands-parents. J'espère que je leur raconterai ma victoire contre toi !

— On verra ça, sourit Ludvina en attrapant d'un geste assuré les Poké Ball à sa ceinture.

Elle gagne.

1 victoire, affiche son profil Vokit.
14 victoires consécutives.

Il lui faudra encore quelques semaines pour parvenir au Chef du Métro. Ludvina soupire : ça promet d'être long...

21 victoires consécutives.

Maman l'a rappelée cette semaine pour savoir quand elle reviendra les voir.
Elle ne sait pas encore.

28 victoires consécutives.

Bianca lui annonce qu'elle devra bientôt partir en voyage pour la Tour Dragospire. Keteleeria et elle ont à mener des recherches sur le micro-climat et son impact sur la biodiversité des environs. Difficile de ne pas masquer sa déception. Tcheren n'est pas toujours disponible, même le weekend, faute à son double emploi de Champion et d'enseignant...

32 victoires consécutives.

Maman lui a envoyé des photos d'Aren. Sur l'une d'entre elles, elle commente qu'elle faisait la même chose à son âge : le bambin dort paisiblement dans un coffre à jouets rempli de gros blocs en plastique. Ni la dureté des jeux ni le gros filet de bave coulant sur son menton n'ont l'air d'entraver son sommeil. Comment ? Ludvina aimerait bien le savoir. Ses sourcils s'arquent alors qu'elle se demande si elle aussi avait été vraiment capable d'une telle "prouesse". 

La jeune femme se surprend à chercher des traits qu'ils pourraient partager, mais ne parvient à se concentrer que sur leurs différences. Sa peau bronzé, ses yeux en amandes aux iris noisettes, ses cheveux bouclés...

Prochain adversaire : Ludwig Black (Contrôleur)

— Enfin on se retrouve ! Prête pour notre duel ?

Elle se contente de lui sourire narquoisement.

— Musha et Guéri, à vous de jouer !

La Mushana et le Guériaigle apparaissent devant elle. Ils semblent en forme depuis la dernière fois qu'ils ont combattu ensemble. Avec force, Ludvina lance la Sombre Ball de Yato et la Poké Ball de Rainblow qui éclatent à leur tour avant de revenir dans ses mains.

Si l'espace est assez haut pour que le rapace s'élève, il est bien qu'il évident qu'il manque d'espace pour se mouvoir comme il le souhaite. Rainblow le suit des yeux tout en grattant le sol synthétique de son sabot. Pour le moment, il semblerait qu'ils aient l'avantage...

Ludvina enfonce la visière blanche de sa casquette, déterminée.

Elle gagne.

Prochain adversaire : Chamsin Draisine (Chef du Métro)