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Analyse d'auteur : Lord_Waka



Lord_Waka, ou Katyusha, est une auteure inscrite sur le site en 2013, pour de premières fics publiées en 2014. Par la suite, elle n’aura cessé de poster une nouvelle fic tous les quelques mois, voire presque tous les ans, ce qui permet de remarquer une progressive évolution de son travail.

De manière générale, Waka préconise le format court, qu’il s’agisse de One-Shots ou de fics courtes (une demi-douzaine de chapitres) : cela s’observe dans toute sa production sur le site, de 2014 à 2017. On explique cela par un manque de temps ou de motivation pour tenir un scénario sur la longueur ; quatre tentatives de faire du long se sont soldées soit par une suppression, soit par un abandon, mais il nous reste des productions moins ambitieuses à ce niveau à nous mettre sous la dent. Le plus souvent, ces écrits partent d’une idée originale, d’un concept, que Waka développera dans son histoire.

Si ces idées diffèrent, et si les fics produites se suffisent à elles-même, on y retrouve néanmoins facilement les traces d’un univers commun. Ce qui caractérise particulièrement le travail de l’auteure est le mélange de Pokémon avec l’univers réel, qui se retrouve dans une bonne partie de ses histoires. Pas seulement un cadre inspiré du monde que nous connaissons, mais carrément l’intervention de lieux précis tels que la Russie, l’Allemagne, voire l’Égypte. Parfois (comme dans l’O-S Une poussière), ces lieux sont à leur tour peuplé de Pokémon, mais le plus souvent (Katyusha, Le Passage), le monde réel est relié à celui de Pokémon par un passage entre les… dimensions ? Cette notion n’est pas vraiment explicitée, et de la même façon, les histoires n’offrent pas vraiment de justification à cette décision de mélange particulier. Quoi qu’il en soit, celui-ci est une intéressante exploitation des possibilités qu’offre une fanfiction, et contribue indéniablement à donner une originalité et une saveur particulières à ces textes.

En plus de cela, il arrive à d’autres éléments de lier les différentes fics de l’auteure : on arrive donc à un mélange de réel, de Pokémon et d’éléments d’autres franchises, sans que le mot “cross-over” ne puisse désigner correctement le tout. Dans Les Chacripan de la mort, le personnage d’AZ, présent dans Pokémon X et Y, voit son destin étroitement lié à celui de Rin, déesse de la Mort de Touhou — qui elle-même se retrouvera dans d’autres de ses écrits, par exemple dans Une poussière. Ces quelques éléments valent surtout pour ses textes les plus vieux.

Enfin, comme chaque auteur, celle-ci a ses thèmes de prédilection. Mais chez elle, c’est une véritable passion qui occupe une place importante dans bon nombre de ses écrits : la guerre. Plus précisément l’action elle-même et l’armement des troupes ; la plupart du temps, il s’agit d’un arrière-plan à une histoire, celles-ci n’ayant pas nécessairement la guerre comme sujet principal. D’ailleurs, en premier lieu, l’auteure n’utilise pas ce contexte pour dénoncer quelque chose ou offrir une vision spécifique, seulement pour y construire ses scénarios.

Il faut attendre 2016 pour que ce sujet, à force d’exploitations, commence à bien mieux se tenir : avec La flotte des damnés, Waka fait de la guerre un portrait plus réaliste, tant au niveau de la population d’une île subissant un blocus ennemi que des officiers de la Marine au centre de ce récit. L’auteure y développe d’ailleurs un bien meilleur rapport à Pokémon que dans Katyusha, par exemple : là, des militaires conservateurs des systèmes d’armement classique font face à des militants du progrès de l’armée grâce à l’aide des Pokémon.

On l’aura compris, Waka écrivant depuis un moment sur le site, on pourra évidemment noter une progression entre ses premiers écrits et fanfics plus récentes, à différents niveaux.

Elle a de tous temps imaginé des histoires surprenantes, et plus ou moins un déroulé précis ; mais dans ses premières fics publiées, la plus grande partie du texte était justement consacrée à l’intrigue, ce qui se traduisait par une action très enchaînée, jusqu’à donner à l’ensemble un effet assez brouillon. Cela pouvait se justifier alors par un manque d’idées de l’auteure pour rendre ses histoires plus consistantes : la plupart du temps, elle se lançait dans une fic en écrivant au fil des chapitres, sans vraiment prévoir ce qui allait suivre. Son objectif était alors de se libérer l’esprit en écrivant sans prise de tête.

Quelques descriptions venaient alors parfois alléger le déroulement du scénario, mais elles restaient assez courtes et finalement peu détaillées, vagues. Dans ce domaine, c’est ailleurs que Waka battait des records de précision : passionnée, comme on l’a dit, par la guerre, c’est l’armement qu’elle décrivait alors avec force détails (jusqu’à la taille des canons de chars en millimètres, c‘est dire). On est alors dans un excès ou l’autre, à la recherche du juste milieu...

Le style global aussi est encore un peu bancal à cette époque-là. Si certaines tournures de phrases sont sympathiques ou marquées d’une appréciable volonté de l’être, les répétitions sont très nombreuses et alourdissent la lecture. Le tout n’est pas encore très assuré, mais reste relativement fluide : la qualité est plutôt bonne pour une auteure débutante, détail non négligeable.

Enfin bref, passons pour les défauts ! Sans progrès réellement extraordinaires en l’espace de quelques quatre ans de publications (ses évaluations au fil du temps vont d’ailleurs à peu près dans ce sens), il est clair que Waka s’affirme en tant qu’auteure et solidifie ses bases : la qualité est bien plus au rendez-vous dans ses derniers écrits, et les différences de niveau entre différentes périodes sont significatives.

On remarque d’abord qu’elle a de moins en moins de mal à boucler un scénario complet, même court. La chose n’était pas acquise dès le départ, au contraire : quelques fins bâclées se succèdent à ses débuts sur le site, faute d’idées. Par la suite, si elle reste sur le format court (One-Shots ou fics d’une demi-douzaine de chapitres), les histoires racontées sont bien plus posées et épousent pleinement son format de prédilection en se suffisant à elles-mêmes (c’est notamment le cas pour Le voyageur du grand large). Même le rythme de l’histoire en profite, moins saccadé, plus lent et facile à suivre, avec des scènes plus développées en longueur.

Y contribue aussi un nombre plus important de descriptions et de passages de réflexion des protagonistes. De ce côté, des discussions peu naturelles entre plusieurs personnages afin d’apporter des informations se muent, pour un seul perso, à des paragraphes plus intuitifs de pensées sur la situation. Tout cela est servi par un style plus marqué, où les tournures de phrases de l’auteure s’améliorent et où les répétitions se font plus rares.

En contraste avec le peu d’engagement de ses textes de guerre, Waka développe de plus en plus dans son travail des pistes de réflexion, voire des dénonciations pures et simples. Son O-S Perle de pluie, écrit pour le concours d’O-S de Kloana en 2017, illustre parfaitement cette nouvelle tendance : la cruelle ironie de l’histoire et le ton employé pour la faire ressortir agrémentent un exemple précis de maltraitance de Pokémon, qui s’applique aisément à notre monde et nos animaux, en l’occurrence nos poissons d’aquarium. Dans la même veine, avec le Voyageur du grand large, elle aborde longuement les conséquences du fait de manger du Pokémon d’un point de vue moral — sujet prisé du fan de réalisme ! — ou plus simplement celui de manger de la viande crue chassée pour pouvoir survivre.

D’ailleurs, ces derniers thèmes nous font remarquer, dans leurs fics respectives, une amélioration des descriptions de Waka : celles-ci ne se contentent plus de décrire un paysage banal, mais vont davantage dans le sens de susciter une émotion, ou prendre un parti. Dans l’O-S du concours mentionné, ces descriptions rendent la fin particulièrement cruelle et provoquent le dégoût chez le lecteur. Dans le Voyageur du grand large, le dégoût n’est pas le même, mais bien présent : le style fait ressentir au lecteur le même malaise grandissant que le personnage principal, de façon très réussie : cela facilite grandement l’immersion.

À propos d’immersion, l’autre progrès notable au niveau des descriptions, c’est qu’elles ont tendance à ne plus stimuler que le sens de la vue : l’ouïe et l’odorat notamment s’y ajoutent, offrant un tableau plus précis et représentatif des scènes décrites. D’autant plus que celles-ci le sont plus longuement, décrites.

Et pour conclure cette évolution globale du niveau d’écriture, on peut poser un mot sur les personnages. Plus travaillés au fil des fics, l’effort visible de leur donner une personnalité et un développement devient peu à peu réalité. Dans le Voyageur du grand large, où l’on se retrouve à suivre un personnage seul face à la mer, l’accent est davantage mis sur la psychologie de celui-ci que sur des suites d’action comme cela pouvait être le cas dans de premières fics, ce qui permet de bien mieux l’appréhender.

En bref, on peut dire que ce travail progresse vers quelque chose de très intéressant, vu la qualité déjà acquise des fics de 2016/2017 de Waka, bien rythmées et hors du commun. Et surtout, on ne devrait pas tarder à s’en apercevoir : elle a annoncé sur son blog une nouvelle histoire, sur laquelle elle travaille actuellement. Notamment pour les amateurs de récits de guerre ou interprétations originales du canon : à suivre, assurément !



Citations :

Une poussière [One-Shot]
Katyusha
Le Passage.
Les Chacripan de la mort [One-Shot]
La flotte des damnés
Le voyageur du grand large
Perle de pluie, venue de pays où il ne pleut pas. [One-Shot]


Par le Comité de Lecture

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