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La Paix Véritable de Aurazen



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Informations

» Auteur : Aurazen - Voir le profil
» Créé le 04/12/2019 à 22:15
» Dernière mise à jour le 04/12/2019 à 22:15

» Mots-clés :   Absence d'humains   Action   Aventure   Drame   Suspense

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Chapitre 2 : Chute
Le Bétochef continuait sa course effrénée en direction du Refuge, toujours en portant le jeune Riolu sous son bras. Ce dernier ne s’agitait pas, toujours paralysé par les récents événements. Alors que le Bétochef s’essoufflait de plus en plus, notamment à cause de son grand âge, il aperçut la sortie de la forêt ainsi qu’une lumière aveuglante qui émanait d’entre les derniers arbres. Une fois sortis de la masse forestière, ils purent distinguer plus clairement d’où provenait la lumière.

- "Pff… Pff… On y est, gamin ! On est arrivés au camp de base !" dit Bétochef, épuisé.

Ce qu’il appelait le camp de base, ou le Refuge, était un lieu se situant tout au Nord de la Campagne, plus précisément à proximité de la Capitale. C’était un lieu dans lequel on pouvait se rendre en cas de menace globale, afin de sécuriser la population. En l’occurrence, l’endroit idéal pour se réapprovisionner et reprendre des forces. Il existe un Refuge dans chaque coin de la Capitale, afin d’accueillir le plus de réfugiés possible. Ce camp de base, celui du Sud, était sous la forme de tentes de soins, pour prendre en charge les potentiels blessés, et de quelques bâtisses dans lesquelles on pouvait se réchauffer, prendre un petit remontant et se reposer à souhait. Bétochef se dirigea péniblement vers un des bâtiments et ouvrit lentement la porte. Son imposant gabarit ainsi que le grincement strident de la porte ne passèrent pas inaperçus, bien au contraire ; une Fragilady toute paniquée se précipita alors vers eux :

- "Oh mon Dieu ! Kurt, tu es sain et sauf ! Mais tu as l’air vraiment mal en point… dois-je appeler une infirmière ?" lui demanda t-elle d’un air très inquiet.

- "Je vais bien, ne… ne t’en fais pas, Lily." répondit-il d’une respiration haletante. "Occupe-toi plutôt de ce gamin…" Il montra Riolu d’un signe de tête. "Il a subi un traumatisme et j’ai peur de ce qu’il pourrait lui arriver… il n’a pas décroché un mot depuis que nous nous sommes enfuis."

- "Oh non, le pauvre… je vais faire de mon mieux pour m’occuper de lui. Mais vois-tu, nous sommes particulièrement débordés après l’assaut surprise de cette nuit… ils nous ont pris de court et nous avons eu très peu de temps pour installer le Refuge… j’imagine que tu me comprends."

Le Bétochef acquiesça en soupirant ; de lointains souvenirs enfouis refaisaient lentement surface alors qu’il entendait ces mots. Il posa le jeune Pokémon à terre, sur ses deux pattes. Il tenait à peine debout, la Fragilady vint alors l’aider à marcher et l’emmena s’asseoir à une table non loin de là. Bétochef s’assit en face de lui, le tabouret grinçant sous son poids. Riolu restait immobile et fixait la table, le regard plongé dans le vide.

- "Comment tu t’appelles, petit ? Tu as besoin de quelque chose ? Tu as soif ? Tu veux manger un bon repas chaud ? À moins que tu ne veuilles simplement te reposer…"

Alors que la prénommée Lily s’agenouillait à coté de Riolu et l’inondait de questions pour tenter de le faire réagir, celui-ci restait stoïque et semblait impassible à toute proposition. La Fragilady se tourna alors vers le Bétochef :

- "Kurt… où sont ses parents?"

Le Bétochef écarquilla les yeux et dit d’une petite voix paniquée :

- "Lily, non !!"

Trop tard. À peine eut-elle terminé sa phrase que Riolu se mit à trembler. Il se replia sur lui-même en se bouchant les oreilles, claquant fortement des dents et fermant les yeux, au bord desquels apparaissaient des larmes d’une profonde tristesse. Il se balançait d'avant en arrière, comme pour se rassurer. La Fragilady semblait désemparée ; elle se sentait coupable de l'avoir mis dans un tel état. Kurt posa alors sa grande main sur son épaule et lui chuchota à l'oreille:

- "Ses parents sont morts juste sous ses yeux... 'faudrait éviter de lui rappeler pour l'instant..."

En entendant ces mots, Lily affichait un visage terrifié : il était évident qu'elle s'imaginait l'horrible scène que cela avait dû être pour un enfant aussi jeune.

- "J-Je... Je suis vraiment... désolée..." parvint-elle à articuler, encore sous la choc de la terrible nouvelle. Elle se pencha alors vers Riolu, toujours renfermé sur lui-même. "Excuse-moi, je... je ne savais pas... vraiment... désolée…"

Il cessa de se balancer et de claquer des dents. Il resta un petit moment ainsi avant de poser ses bras sur la table et de s'y enfouir en pleurant toutes les larmes de son corps. Parmi ses sanglots, on pouvait identifier quelques mots, comme "Maman" ou "Papa", mais tout le reste relevait d'un charabia intraduisible. Kurt vint doucement caresser la tête du Riolu pour tenter de le calmer, sans grand succès.

- "Laissons-le pleurer un peu, le temps qu'il se remette de ses émotions."

- "Je suis d'accord…" acquiesça Lily. De toutes façons, je ne peux pas rester ici indéfiniment, d'autres blessés ont besoin de mon aide. Tu veux boire quelque chose en attendant ? ." lui demanda t-elle.

- "Un Cocktail Capumain ne serait pas de refus, héhé." répondit-il en ricanant.

- "Un Cocktail Capumain ?!" répéta t-elle d'un air surpris. "Ce n'est pas prudent, dans ton état ! Dois-je te rappeler que c'est une boisson très alcoolisée ?"

- "J'ai plus de 60 ans à mon actif, jeune fille ! Tu crois encore pouvoir me donner des leçons de vie à mon âge ? J'en ai vu des vertes et des pas mûres, donc c'est pas un pauvre remontant de rien du tout qui va me faire peur, hahaha !"

- "C'est ce foutu "remontant" qui te tuera un jour, Kurt ! Et si ça arrive, ne compte pas sur moi pour venir à ton enterrement !"

Kurt éclata de rire.

- "HAHAHAHA ! Sacrée Lily ! T'as pas changé, depuis le temps !"

Alors que Lily s'éloignait en direction du bar, on l'entendit marmonner:

- "Espèce d'inconscient..."

Aura avait arrêté de pleurer. On aurait dit qu'il s'était endormi brusquement. De son côté, Kurt se marrait tout seul en repensant aux moments passés avec Lily dans sa jeunesse. Lorsque celle-ci revint avec le Cocktail Capumain, elle le posa sur la table, face à Kurt. Il était rouge comme une Baie Ceriz et contenait quelques bulles pour pimenter le tout. À la paille du Cocktail était accrochée une petite statuette en forme de Capumain. Cependant, Kurt s'indigna devant un léger détail de sa boisson:

- "...Et les glaçons ? Y'a pas de glaçons ! Où sont les glaçons, ma jolie ?"

Lily, furieuse, alla ramasser un sac de glace sur la table d'à côté et le lança droit sur Kurt : touché en pleine figure. Elle lui cria :

- "Tiens, les voilà tes glaçons !"

Puis elle sortit précipitamment du bâtiment en direction des tentes de soins. Kurt retira le sac de glace de son visage et l'appliqua plutôt contre sa plaie à la tempe.

- "Aaah... y'a pas à dire, ça fait quand même du bien. J'espère juste que j'l'ai pas vexée avec mes caprices de vieux con…"

Il resta silencieux pendant quelques minutes, regardant Aura dormir et pensant à son pilier probablement perdu à jamais, ou bien réduit en poussière ; dans tous les cas, irrécupérable. Il but une gorgée de son Cocktail.

- "Qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire, moi, maintenant? C'est sûr qu'un seul pilier, c'est plus facile à manier, mais en même temps... je l'aimais bien, moi, ce pilier…"

Il but une autre gorgée. "Ces... *hic*'tains de sudistes... ils ont rompu le Pacte Royal... mais pourquoi...? Ça me gave, on peut même pas *hic* être tranquilles 50 ans sans qu'il se passe *hic* quelque chose..." Il but une autre gorgée. "Et... ce gamin... qu'est ce que je vais bien pouvoir en faire ?" Il regarda longuement le Riolu endormi. "J'ai pas l'âge ni *hic* l'envie de me le coltiner partout... et il est encore trop jeune pour se débrouiller seul... comment faire...?"

Il retira la paille du verre, le prit en main, but tout son contenu d'un seul coup et le reposa sur la table. Soudain, ses yeux s'illuminèrent ; il avait eu une idée.

- "Mais... bien sûr ! C'est... c'est exactement la personne qu'il lui faut ! C'est décidé, je... *hic* J'en parlerai à Lily quand elle aura fini son travail ! Je parie *hic* 20 Pokés qu'elle saura quoi faire, et Arceus sait combien je tiens à mon argent !"

Il continua ainsi son monologue pendant de longues, très longues heures, racontant des histoires du passé, des anecdotes de jeunesse, ou bien encore comment lui est venue cette passion pour l'alcool et l'argent. Mais tout ceci en vain, car il ne restait plus personne aux alentours pour l'écouter ; ils étaient tous partis se coucher au vu de l'heure. Lorsque Lily revint des tentes de soins, elle semblait épuisée : elle avait des cernes sous les yeux et traînait les pieds sur le sol. Elle alla s'asseoir à la table de Kurt et Aura en baragouinant:

- "Mmh... mmh... fatiguée…"

Elle s’effondra sur la table et s'endormit presque aussitôt. Bétochef était désormais le seul encore debout ; visiblement, il était déçu que son amie ne puisse pas davantage converser avec lui. Il grimaça puis se leva, toujours en faisant grincer le tabouret qui menaçait de céder sous son poids à tout moment. Il posa son pilier contre un mur, se disant qu'il pourrait le récupérer sans problème le lendemain. De toute manière, peu de Pokémon seraient capables de soulever ce pilier, il n'eut donc pas vraiment de crainte à ce sujet. Il prit Lily et Aura sous ses bras, les soulevant comme des poids plume, tout en prenant soin de ne pas les réveiller. Il alla tout d'abord dans le dortoir du personnel : il y faisait sombre, seuls les rayons de la lune traversant les carreaux éclairaient la pièce. Il déposa la Fragilady endormie dans le seul lit vide qu'il restait, ce devait probablement être le sien. Il la recouvrit avec la couverture pour ne pas qu'elle ait froid, puis fit demi-tour en fermant silencieusement la porte derrière lui. Il se dirigea par la suite vers le dortoir des réfugiés et fit de même pour le jeune Riolu endormi. Il alla à son tour s’installer dans un lit adjacent après s'être assuré de sa solidité. Il se glissa sous la couette et posa sa tête sur son oreiller avant de murmurer:

"Bonne nuit, gamin..." et sur ces mots, il s'endormit à son tour.


Riolu ouvrit les yeux. Il regarda autour de lui : malgré l’obscurité, il arrivait à peu près à distinguer ce qui l’entourait. Il était au centre d’une petite pièce humide et poussiéreuse : des toiles de Statitik pendaient ici-et-là au plafond. Le lit dans lequel il se trouvait n’était pas le sien, il était différent de celui dont il avait l’habitude. Celui-ci était froid et dur, impossible de trouver le sommeil en restant là-dessus. Il se redressa et essaya alors de se lever. Cependant, il bougeait un peu inconsciemment ; il avait l’impression de ne pas contrôler la totalité de ses mouvements. Il sortit finalement de son lit et se dirigea lentement vers la porte, qui servait d’unique échappatoire à ce bloc de béton à l’air irrespirable. Il posa sa patte sur la poignée et tira. En ouvrant la porte, il fut tout d’abord aveuglé par une intense lumière. Lorsque celle-ci se fit moins vive, il put apercevoir ce qu’elle cachait : sous ses pieds, il n’y avait que du vide ; la terre ferme devait se trouver au moins à quelques centaines de mètres en-dessous de lui. En relevant la tête, il vit un gigantesque nuage de fumée au loin. En regardant plus attentivement, il rendit compte que l’endroit d’où venait la fumée n’était autre que… son village, flambant sous l’assaut des Pokémon ennemis. À peine eut-il le temps de contempler ce paysage de cauchemar qu’il sentit une force mystérieuse le pousser en avant. Il perdit l’équilibre et chuta dans le vide. Il bougeait dans tous les sens, n’attendant plus qu’un miracle pour le sauver. Il essayait de crier, mais sa cage thoracique semblait paralysée et aucun son ne voulait sortir malgré ses nombreuses tentatives désespérées. Il se laissa tomber ainsi longtemps, se disant que c’en était fini de lui, qu’un retour en arrière était impossible. C’était la fin.

Mais bizarrement, plus il se rapprochait du sol, plus il semblait flotter, ou du moins, sa chute ralentissait progressivement. Lorsqu’il tomba sur le sol à plat ventre, il n’eut pas du tout mal. Au contraire, il était quelque peu soulagé d’avoir regagné la terre ferme. En relevant la tête, il se rendit compte qu’il était dans un endroit situé entre la forêt et le village. Il avait pourtant le souvenir d’avoir chuté relativement loin… En regardant plus attentivement les alentours, il remarqua à sa droite un Rhinoféros allongé sur le sol, non loin de là. Il vit également un Camérupt à moitié enfoncé dans un mur de maison, quelques mètres plus loin. La vie semblait les avoir quittés tous les deux. Lorsqu’il le remarqua, des frissons parcoururent l’intégralité de son corps, et il aperçut alors un grand bâton fluorescent se trouvant dans sa main gauche, alors que celle-ci était vide quelques secondes auparavant. Il empoigna fermement ce bâton en forme d’os allongé, qui semblait lui redonner confiance en lui. Il se releva et vit pour la seconde fois cette scène… cette scène dans laquelle les maisons flambaient et explosaient. Au loin, il aperçut l’ombre d’un Pokémon qui accourait vers lui à toute vitesse dans la fumée. Cette ombre, il la connaissait… c’était celle de Kurt. Lorsque celui-ci sortit précipitamment du nuage de fumée, sa bouche bougeait énormément, comme si il lui criait des choses. Mais il ne l’entendait point, le bruit autour était trop fort pour qu’il entende quoi que ce soit. Voyant qu’il ne réagissait pas, le Bétochef lui fit alors signe de se retourner, d’un air paniqué. Il s’exécuta, mais ne vit derrière lui qu’une grande lumière orangée qui se rapprochait de lui à une vitesse foudroyante. Il sentait également une intense chaleur qui se faisait de plus en plus forte au fur et à mesure que la lumière se rapprochait. Il plissa les yeux et se mit une main sur l’avant de la tête, désormais incapable de faire front à cette luminosité. Il ne put que distinguer quelques semblants de flammes avant de sentir un puissant souffle ardent se heurter violemment contre son corps. Il hurla.