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Le Grand Essaimage T.1 : L'éveil de l'Essaim de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 16/03/2016 à 01:00
» Dernière mise à jour le 25/06/2018 à 23:12

» Mots-clés :   Action   Drame   Présence d'armes   Présence de Pokémon inventés   Région inventée

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Chapitre 1 : Terraformation
Mariam Coleinst, la plus grande chercheuse de tout le Conglomérat, était consciente qu’elle était en train de vivre les minutes les plus importantes de sa carrière. Enfin, sa carrière avait été déjà largement remplie, bien plus que ne l’auraient espéré les savants les plus ambitieux. Mariam n’avait que trente-sept ans, et pourtant elle avait fait bien plus de choses dans sa vie que ses vieux collègues chercheurs croulants de quatre-vingt ans. Sa vie n’avait été qu’une succession de trouvailles révolutionnaires, de réussites et de récompenses.

Diplômée de la Haute Académie Velgos - considérée à raison comme la plus grande université du monde - Mariam avait enchaîné des études de physicienne, de chimiste, d’ingénieur et d’anthropologue. Elle avait plus de diplômes qu’elle n’était capable de les compter. À dix-neuf ans seulement, elle concevait déjà sa première invention : la Potion, pour guérir les Pokemon blessés en combat. Bien nombreux étaient les dresseurs qui s’en servaient mais qui ignoraient qui l’avait inventée. Ils pensaient sans doute que ça devait exister depuis un bail, mais non ; avant Mariam, personne n’avait jamais pensé pouvoir guérir les Pokemon en plein combat ou après, sans passer par le Centre Pokemon. Sa Potion avait ensuite été reprise par différents groupes pharmaceutiques et améliorée : en Super Potion, Hyper Potion, et d’autres choses du genre. Mariam n’avait pas vraiment eu droit à la célébrité escomptée, mais elle avait eu droit en revanche à une belle somme d’argent.

Elle avait enchaîné les inventions ayant trait aux dressages, jusqu’à finalement concevoir l’objet ultime du dresseur : la Master Ball. C’était elle qui avait dressé les plans et la formule. Elle avait ensuite vendu ça plusieurs milliards à la société de Kanto, la Sylphe SARL, qui s’était chargée de sa construction. Après ça, Mariam était déjà devenue milliardaire, mais elle n’avait pas arrêté pour autant les inventions. C’était sa vie, ce qu’elle aimait faire. Fabriquer, innover, créer le futur. Pas pour l’argent ni pour la gloire, mais pour le progrès. C’était là le but et le sens de la vie de Mariam : faire progresser l’humanité.

Depuis quatre ans maintenant, son client était le Conglomérat, le puissant pays colonial qui s’était installé en bordure du Continent Perdu. C’était il y a deux cent ans. Un groupe de colons avait tenté ce que personne avant eux n’avait fait : s’établir en communauté sur le Continent Perdu, ce morceau de terre gigantesque regorgeant de merveilles et de dangers, que peu ont osé explorer. En deux siècles, la colonie avait fini par s’étendre, formant un pays, qui aujourd’hui disposait d’une économie solide et d’une belle avancée technologique.

Le Conglomérat, et son président Rudolf Fitvirol, n’avaient qu’un seul but : se développer encore davantage, étendre le pays, conquérir de nouvelles terres. Bien sûr, à part le peuple primitif d’Exodia, aucune population humaine n’habitait le Continent Perdu. Trop dangereux. Il y avait sur le continent diverses espèces de Pokemon sauvages, jamais répertoriées pour la plupart, qui se nourrissaient exclusivement d’humains. Et aucun pays n’a jamais tenté de dominer toutes ces créatures là ; personne n’y serait jamais arrivé.

Mais le Conglomérat visait autre chose. Il y avait un petit morceau de terre désertique se trouvant un peu plus au nord, juste avant de pénétrer dans le Continent Perdu en lui-même, et ses immenses forêts sauvages. Cet endroit avait été nommé les Dunes Vides, parce qu’il n’y avait rien, tout simplement. Même les Pokemon n’y vivaient pas. Pas d’eau, pas de plante, juste du sable à perte de vue. L’ambitieux président Fitvirol avait décidé de s’en emparer et ainsi d’étendre le Conglomérat. Mais le plus difficile n’était pas de conquérir le désert ; le plus difficile était de l’apprivoiser. Personne n’aurait pu y habiter tel quel. Et c’était là que Mariam intervenait.

Elle avait conçu un appareil, le Novus, capable de terraformer n’importe quelle terre aride en une luxuriante plaine fertile. Difficile à croire, mais c’était vrai. Mariam Coleinst avait longtemps étudié et travaillé dans ce sens, en explorant les centaines de possibilités qu’offraient les Pokemon et leurs surprenantes capacités. Il existait par exemple un Pokemon fort rare, le Shaymin, qui pouvait revitaliser le sol et le couvrir de fleurs. Et ce n’était qu’un exemple parmi tant d’autre. Si l’on fusionnait l’ingéniosité humaine à la magie des Pokemon, on pouvait faire des miracles.

- Le Novus sera prêt à tirer dans dix minutes, annonça la voix électronique de l’ordinateur central de la base. Dix minutes avant le tir.

Mariam avait tout vérifié et revérifié. Tout devrait fonctionner comme sur des roulettes. Mais elle ne pouvait s’empêcher de frissonner. Il y avait beaucoup de gens importants qui s’étaient déplacés pour cette occasion unique dans l’histoire de la science. Politiques, journalistes, ambassadeurs, éminents scientifiques du monde entier… La plus importante de ces personnes, le président Rudolf Fitvirol, vint se mettre à coté de la scientifique. C’était un homme distingué se trouvant dans la cinquantaine. Il portait toujours une veste brune sur son costume noir, et sa moustache était toujours impeccablement taillée.

- C’est un grand jour pour le Conglomérat que vous nous offrez, docteur Coleinst, fit-il solennellement. Que dis-je… C’est un grand jour pour l’humanité toute entière !

- Vous me flattez, monsieur le président, dit Mariam.

- Avez-vous une idée de comment nous allons renommer les Dunes Vides une fois que vous les aurez transformé en havre de vie ?

- Cela est plutôt de votre ressort, ou de celui du roi, sourit Mariam. En parlant de Sa Majesté, va-t-il venir ?

Le regard du président s’assombrit légèrement.

- Oui, et il est en retard.

Le président tourna son regard vers le centre de la réception, et Mariam le suivit. Elle reconnaissait certains visages, tous des grands noms du pays. Il y avait le général Diron Lustian, commandant en chef des Forces de Défense du Conglomérat, les fameuses FDC. C’était un grand gaillard blond, avec une cicatrice qui lui barrait le visage, d’un œil à l’autre. Il portait un uniforme impeccable où brillaient toutes les médailles qu’il avait récoltées durant sa longue carrière militaire.

Non loin se tenait l’héritier d’Exodia, le jeune Tiaz Erron. Il était le fils aîné du Seigneur d’Exodia, ce peuple qui avait choisi de se détacher du Conglomérat il y a un siècle pour fonder sa propre culture dans la Forêt-Monde du Continent Perdu. Comme tous ceux de son peuple, Tiaz portait une espèce de kimono bizarre, et avait deux katanas à la ceinture. Les armes n’étaient pas autorisées ici, mais demander à l’héritier d’Exodia de remettre ses épées aurait sans nul doute provoqué un incident diplomatique majeur. Mariam savait que les relations entre le Conglomérat et Exodia étaient assez tendues.

Tiaz était en grande discussion avec un vieil homme en toge blanche portant un long bâton, qui se révélait être le Primarque Marcus, le Haut Prêtre d’Arceus du Conglomérat. En effet, ce pays était relativement croyant, ce qui faisait que le Primarque avait une large influence. Il lança en biais un regard noir à Mariam. La scientifique savait que le Primarque ne soutenait pas ses travaux. Pour lui, modifier la nature était probablement une hérésie. Seul Arceus le Tout Puissant avait le droit de faire des choses pareilles. Mais Mariam doutait que même Arceus ait pu rivaliser avec le Novus. N’ayant pu trouver le roi, le président Fitvirol revint à Mariam.

- Que ferez-vous après ce projet, docteur ? C’est le travail de plus de quatre ans que vous achevez aujourd’hui.

- Oh, il est loin d’être terminé, monsieur le président, dit Mariam. Après la terraformation, il va falloir que je surveille longuement les lieux pour voir que tout fonctionne bien. Et si c’est probant, eh bien, j’imagine que beaucoup de gouvernements voudront se payer mes services pour faire pareil chez eux…

- Sachez que quel que soit leur prix, je paierai toujours plus, affirma Fitvirol. Le Conglomérat aura toujours besoin de vous.

- Sa Majesté le Roi ! Annonça le garde auprès de la porte.

- Enfin, marmonna le président.

Tous les invités s’inclinèrent quand arriva le roi Brandon, septième souverain du Conglomérat. Il était celui qui avait régnait le plus longtemps jusqu’à présent ; près de cinquante-six ans. Mariam avait vu des photos. Dans sa jeunesse, le roi Brandon avait fière allure. Aujourd’hui, ce n’était plus qu’un vieil homme décharné, vouté par le poids des ans, se tenant sur une canne. Pourtant, il avait encore un certain charisme, avec son uniforme, sa cape, et sa barbe en pointe. Il s’assit difficilement sur la chaise qui lui était réservée, face à tout le monde. Mariam travaillait dans le Conglomérat depuis quatre ans, mais elle n’avait vu le roi que deux fois seulement. Son principal interlocuteur avait toujours été le président Fitvirol. Mariam en avait conclu que le roi était juste là pour décorer. Le vrai dirigeant du Conglomérat était le président lui-même. Le souverain fantoche prononça son discours d’une voix chevrotante et hésitante.

- Citoyens du Conglomérat, mes sujets, et vous autres, amis venus d’autres nations, c’est avec joie que je vous reçois tous pour participer à cet évènement historique. Aujourd’hui, grâce à l’incommensurable pouvoir de la science, le Conglomérat verra sa surface s’agrandir de plusieurs milliers de kilomètres. Cette terre désolée et sans vie que nous nommons les Dunes Vides vont bientôt resplendir de verdure grâce à l’ingéniosité de notre amie, le docteur Mariam Coleinst.

Le roi Brandon désigna la scientifique de son bras tremblant, et toutes les caméras se tournèrent vers elle. Mariam se dit qu’elle était sans doute en train de rougir comme jamais. Elle était un rat de laboratoire. Elle n’appréciait ni ne comprenait toute ces mondanités. Mais le président Fitvirol lui posa une main sur l’épaule et fit mine de lui serrer la main, comme s’ils avaient toujours été les meilleurs amis du monde.

- Souriez, docteur, lui souffla-t-il sans se départir de son propre sourire resplendissant. Tout le Conglomérat a les yeux fixés sur vous.

- Docteur Coleinst, reprit le roi comme si une idée venait de lui traverser l’esprit. En attendant le tir, peut-être pourriez-vous éclairer les idiots que nous sommes sur le fonctionnement de votre formidable appareil ?

L’assistance eut un petit rire, appréciant le trait d’esprit du roi Brandon. Mariam sourit à son tour. Ça au moins, elle savait faire.

- Eh bien sire, c’est assez compliqué. En fait…


***


Tiaz Erron, l’un des rares invités qui ne faisait pas partie du Conglomérat, regarda d’un air distrait la scientifique se lancer dans une explication technique des plus incompréhensibles. Tiaz, qui faisait partie d’un peuple simple et vivant avec la nature, n’était pas très instruit scientifiquement, et ne comprenait que vingt pour cent de ce que baragouinait Mariam Coleinst. Des mots bizarres pour une femme bizarre. Outre sa large tenue de scientifique blanche avec des bandes jaunes et noires, elle portait d’épaisses lunettes en losange, et des boucles d’oreilles qui ressemblaient plus à des boulons. De plus, son bras gauche était encastré dans un appareillage mécanique grâce auquel elle contrôlait toutes ces machines à distance.

Le jeune homme se demandait ce qu’il fichait là. Malgré des relations commerciales indispensables, le peuple d’Exodia et celui du Conglomérat n’étaient pas vraiment des amis proches. Il y a cent ans, l’arrière-arrière-grand-père de Tiaz, Vaoh Erron, avait quitté le Conglomérat avec plusieurs familles. Ils avaient tiré un trait sur la civilisation pour fonder une colonie au commencement du Continent Perdu, aux limites de la Forêt-Monde. Ils vivaient depuis en toute indépendance du Conglomérat, mais ce dernier n’avait jamais vraiment accepté la « désertion » du peuple d’Exodia.

Les Exodiens vivaient en harmonie avec la nature et tous les Pokemon qui s’y trouvaient. Ils avaient installé leurs habitations dans les vastes arbres du Continent Perdu, et ne possédaient que très peu d’objets électriques. Non pas qu’ils reniaient la civilisation. Tiaz lui-même, le fils du Seigneur d’Exodia, possédait une Pokeball, fruit de la science et de la technologie. Tiaz n’avait rien contre l’avancée technologique, tant qu’elle respectait la loi naturelle des choses. Mais ce projet de terraformation… ce Novus… ça, ce n’était pas bien. Le désert que le Conglomérat s’apprêtait à transformer était là bien avant lui. De quel droit le Conglomérat s’autorisait-il à changer à sa guise des terres qui ne lui appartenaient pas dans le but de se les approprier ensuite ?

Tiaz n’avait jamais aimé le Conglomérat, et encore moins son président, Rudolf Fitvirol, un homme plein d’ambition bien décidé à étendre l’influence du Conglomérat partout où il pouvait, et ce par tous les moyens. Fitvirol avait déjà tenté d’envoyer des braconniers chasser divers Pokemon rares de la forêt d’Exodia, après que le peuple de Tiaz eut refusé de les lui vendre. Les Pokemon étaient des êtres vivants et pensants, tout comme les humains. Qu’on puisse les marchander choquait profondément Tiaz.

Mais bon, le Conglomérat était devenu indispensable à Exodia. Il était son principal client. En fait, il était son seul client. Le peuple d’Exodia survivait de ses ventes de fruits et autres produits exotiques, que l’on pouvait uniquement trouver dans la Forêt-Monde du Continent Perdu, là où personne du Conglomérat n’osait s’aventurer. Il y avait une aussi une plante spéciale, la Verdusia, qui ne poussait que dans la Forêt-Monde, et dont le Conglomérat se servait pour ses produits pharmaceutiques. Elle était très rare et très chère.

Le Conglomérat en dépendait, mais Exodia dépendait aussi du Conglomérat, de son matériel, de ses médicaments, de sa nourriture, et des moyens de défense contre les prédateurs de la forêt, et Arceus sait qu’il y’en avait un grand nombre. En cent ans, la colonie ne s’était pas trop agrandie, car les morts dues à des attaques de Pokemon compensaient les naissances. Si Exodia n’avait pas commercé avec le Conglomérat, la colonie se serait tout simplement éteinte.

Et Tiaz était le fils aîné et héritier du Seigneur d’Exodia, Gildros. Exodia se devait d’envoyer un ambassadeur au Conglomérat pour cet évènement, et c’était sur lui que c’était tombé. Il s’en serait bien passé. Il ne supportait pas tous ces bouffons mondains. Tous étaient aussi superficiels les uns que les autres. Le seul avec qui il acceptait de parler ici était le Primarque Marcus. Car s’il y avait bien un sujet sur lequel le Conglomérat et Exodia s’entendaient, c’était la religion. Et Tiaz avait été ravi d’apprendre que le Saint Père partageait son mécontentement sur le projet foldingue de Mariam Coleinst.

Cette dernière continuait de discourir à n’en plus finir sur les capacités de son fameux Novus, devant un public qui semblait en comprendre autant que Tiaz. Le jeune homme vit avec amusement le roi Brandon hocher la tête à chacune des paroles de la scientifique, mais ses yeux vides suggéraient que son esprit s’était déconnecté depuis longtemps. Tiaz posa son verre de champagne - qu’il n’avait pas touché - et sortit de la salle, décidé à respirer un peu de cet air désertique avant que le Novus transforme tout ceci en vaste plaine verte. Non pas que Tiaz ait quelque chose contre la verdure ; après tout, il vivait dans une forêt. Mais un désert était tout aussi respectable qu’une forêt. D’autant que le Conglomérat n’avait certainement pas l’intention de laisser le terrain tel quel par la suite. Il s’empresserait de tout urbaniser pour faire pousser une autre de ses immenses villes d’acier, balayant toute végétation à la ronde.

Sur la passerelle de la base, Tiaz s’appuya à la rambarde et regarda la vaste étendue dorée en face de lui. Oui, malgré son inhospitalité irréfutable, le désert recelait une certaine beauté. Il était sauvage, cruel, mais vrai ! Et il fallait de tout pour faire un monde. Ce n’était pas parce qu’il existait des Pokemon sauvages et dangereux qu’on allait les exterminer pour autant. Mais le Conglomérat aurait été prêt à éradiquer toute parcelle de nature en ce monde pour le recouvrir entièrement de cités.

Tiaz avait hâte de rentrer chez lui, dans sa forêt adorée. Il n’était resté que trop longtemps au Conglomérat. Un exodien trop loin de la Forêt-Monde souffrait, c’était bien connu. Tiaz voulait revoir les arbres, leur parler comme avant. Il voulait revoir sa famille. Son père, le Seigneur Gildros. Sa mère Rlinda. Sa petite sœur Vesta. Au moins n’était-il pas venu seul, pour ne pas totalement être dépaysé. Son fidèle partenaire l’accompagnait partout où il allait. Tiaz empoigna sa Pokeball et libéra le Pokemon à l’intérieur.

Beaucoup d’exodien étaient dresseurs. Normal, quand on vivait en permanence à coté des Pokemon. Mais les exodiens étaient bien connus pour posséder en grande majorité des Pokemon de type Plante. Tiaz était une exception à la règle. Son Pokemon avait quatre pattes, deux grandes oreilles, et le corps totalement recouvert de roche. Sa peau elle-même, visible sur son visage, avait une texture minérale. Une fois sorti, le Pokemon Roche adressa un regard de reproche à son dresseur, qui comprit pourquoi.

- Désolé, Granali. Je ne pouvais pas te sortir au milieu de tous ces gens.

Granali était l’une des nombreuses évolutions d’Evoli. Mais alors que tout le monde à Exodia s’attendaient à ce que le fils héritier du Seigneur se voit attribuer un Phyllali, de type Plante, Tiaz avait préféré le faire évoluer en Granali. Pas pour se démarquer de ses compatriotes, mais parce que la nature de son Evoli reflétait plus la dureté de la roche que la douceur des plantes. Une fois n’était pas coutume, Tiaz s’est donc rendu dans le Conglomérat pour faire des recherches sur ordinateur, sur la façon de faire évoluer Evoli en type Roche.

Granali était un Pokemon récemment découvert, et sa méthode d’évolution pas encore vraiment connue. Pourtant, elle était relativement simple. Il suffisait juste d’entraîner suffisamment un Evoli en terrain rocheux, et qu’il y demeure jusqu’à avoir atteint le niveau suffisant à son évolution. Comme il n’y avait pas vraiment de terrain rocheux à Exodia, Tiaz avait dû partir en voyage pendant près de cinq mois. Mais il avait obtenu ce qu’il désirait, ce qui était le mieux pour son Evoli. On avait tous nos préférences, dépendantes de notre propre nature. Tiaz n’allait pas imposer un type Plante à son Pokemon s’il ne correspondait pas bien à ce type-là. Et puis, Granali n’avait eu aucun mal à s’adapter à la vie en forêt ensuite. Son seul problème était qu’en tant que type Roche, il était assez faible face aux Pokemon de type Plante, et il y en avait pas mal de dangereux dans la forêt. Mais Granali était fort. Tiaz l’avait suffisamment entraîné pour ça.

Si Granali pouvait prétendre au titre du plus puissant Pokemon domestique d’Exodia, Tiaz était lui le plus puissant guerrier humain de la colonie. Comme les exodiens risquaient à tout moment de se faire dévorer par un quelconque Pokemon sauvage, ils avaient appris à se battre et à renforcer leurs corps. Tiaz était maître dans le maniement des lames, et il portait toujours sur lui ses deux katanas. Cela avait passablement choqué les membres du Conglomérat, mais il s’en fichait. Jamais il ne se séparait de ses katanas, comme jamais il ne se séparait de Granali, quitte à devoir l’enfermer dans sa Pokeball. Granali vint se poser aux pieds de son dresseur, pour observer lui aussi le désert environnant.

- Oui, tu aimes ce paysage toi aussi, hein ? Fit son dresseur. Le Conglomérat se croit tout permis, mais un jour, ça va lui retomber sur le visage.

Quand la voix mécanique du programme annonça la mise à feu dans une minute, Tiaz rappela Granali et se força à rentrer à l’intérieur, où tout le monde attendait impatiemment le spectacle. Mariam Coleinst finissait de régler ses appareillages via son bras mécanique, et tous les journalistes avaient braqué leur caméra vers la vitre blindée. Dehors, le Novus survolait les Dunes Vides. C’était un appareil couleur cuivre, en forme de cône, en pilotage automatique. Il avait quatre canons sur sa tête, et un plus gros, semblable à une parabole, en bas. Selon ce que Coleinst avait expliqué, le canon principal en bas était fait pour surcharger le sol en puissance végétale, et les quatre canons du haut pour bombarder l’air d’humidité. Enfin, c’est ce que Tiaz avait compris, en faisant abstraction des chiffres et des mots savants. Il avait aussi saisi que le pouvoir de cet appareil tirait sa source de ceux des Pokemon.

- C’est parti, clama Mariam Coleinst. Le Novus entre en phase critique. Feu dans trois, deux, un…

Tout le monde retint son souffle, et Tiaz ne perdit pas une miette. Après tout, il était là pour observer, pour ensuite rapporter cette expérience grotesque du Conglomérat au seigneur son père. Le Novus tira un rayon vert sur l’immensité du désert, tandis que ses petits canons tiraient un peu partout dans les airs des espèces de bulles bleues qui filaient à toute vitesse, se percutant les unes les autres. Le sol de la base se mit à trembler, tandis qu’on ne distinguait rien plus de dehors si ce n’était une lumière verte aveuglante.

Elle mit bien deux minutes à se dissiper, et quand Tiaz vit le paysage devant lui, il dut se frotter les yeux pour être sûr qu’il ne rêvait pas. Il savait ce qu’il devait se passer, mais il ne s’attendait pas à ça. Le désert avait totalement disparu. Il ne restait plus qu’une énorme plaine recouverte d’herbe, avec un peu partout des petits ruisseaux d’eau. Tout ça c’était passé si vite… Tiaz ne pouvait s’empêcher de songer qu’on l’avait téléporté dans un autre endroit, à mille lieux des Dunes Vides.

Après un moment de flottement silencieux, où tout le monde contempla le paysage sans l’air d’y croire vraiment, l’assemblée explosa en applaudissements et en cris de joie et de victoire. Mariam Coleinst était encore en train de vérifier ses instruments qu’elle fut entraînée dans une marée humaine, où tout le monde tenait à lui serrer la main en lui adressant ses félicitations. À en croire les journalistes qui commentaient l’évènement en direct, l’humanité venait de franchir un cap dans son évolution. Le roi Brandon vantait l’ingéniosité humaine et la puissance du Conglomérat, tandis que le président Fitvirol lissait sa moustache d’un air satisfait et hautain.

Tiaz ne participait pas à l’allégresse générale, mais ne pouvait s’empêcher d’être impressionné, quand bien même il condamnait tout ça. Il était vrai que même si l’intention était discutable, le geste lui était digne de louanges. Mais les conséquences, elles, étaient imprévisibles. Si les humains pouvaient désormais transformer les déserts en prairie, qu’est-ce qu’ils les empêchaient de remodeler toute la planète selon leur bon vouloir, détruisant dans le même temps tout l’équilibre naturel de ce monde dont les Pokemon dépendaient ?

Songeant à cela tout en regardant le paysage nouvellement née, Tiaz surprit quelque chose dans son champ de vision. Des formes - plusieurs formes - étaient en train de s’élever de ce paysage verdoyant pour disparaître dans les cieux. Après avoir regardé attentivement, Tiaz compris que ces choses étaient en train de sortir du sol. Elles étaient trop loin pour que Tiaz puisse les discerner clairement, mais tandis que certaines courraient au loin, d’autre s’envoler. Cela ne dura que quelque secondes, mais Tiaz était certain de ne pas avoir rêvé.

Qu’est-ce que ça voulait dire ? Le Conglomérat avait certifié que les Dunes Vides ne recelaient aucune trace de vie. Les choses qu’il venait de voir, étaient-elles des Pokemon ? Il se tourna pour voir si quelqu’un d’autre les avait remarquées, mais tout le monde était encore trop occupé à se féliciter les uns les autres. Tiaz secoua la tête, écœuré. Il se dit que ces silhouettes au loin n’avaient pas d’importance, pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’avoir un mauvais pressentiment sorti de nulle part. Le Conglomérat, dans son désir cupide d’expansion, avait peut-être provoqué quelque chose de grave, un malheur à venir.






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Image de Granali :