O.S. n°2 : Un dernier jour de vacances
[Attention : Cette One-shot peut être considérée comme choquante pour les plus jeunes !]
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Aujourd’hui, en ce dernier jour d'Août, je m’étais rendue à Oliville, car j’avais fait une promesse à ma fille : celle de passer l'entièreté de ce dernier jour des vacances d’été avec elle.
Il restait à peine un mois d'été et pourtant les premiers signes de l'automne se dévoilaient déjà. Quelques arbres avaient commencé à adopter une teinte orange et des feuilles d’arbres jonchaient déjà le sol.
Depuis que nous étions parvenues à Oliville, ma petite fille était aux anges. Cela faisait un bon moment que je n'avais pas passé autant de temps avec elle. En effet, mon travail était si exigeant qu’il me prenait une grande partie de mon temps et de mon énergie. Après la naissance de ma fille, j’avais tenté de réduire mon emploi du temps, sans succès. Mon patron avait immédiatement refusé ma demande, ce qui ne m’avait pas tant étonnée, car il n’était pas connu pour être particulièrement compréhensif. Et malheureusement, je ne pouvais absolument pas démissionner.
Je regrettais que mes obligations m'empêchent de passer plus de temps avec ma petite Delia. À cause de cela, parfois, elle se fâchait très fort. Et je me savais chanceuse qu’elle finisse toujours par me pardonner mes trop nombreuses absences.
Plus tard dans la journée, en début d’après-midi, nous devions embarquer à bord de l’Océane. L’un des rêves de Délia était d’aller à Carmin-sur-mer, la célèbre station balnéaire. Elle m’avait toujours suppliée pour y aller.
La matinée s'était écoulée à une vitesse folle. Nous avions commencé par faire un détour par l'arène où nous avions eu la chance d'assister à un match officiel entre le champion et un challenger. Puis, nous étions allées nous balader sur la plage où nous avions pu voir de nombreux Pokémon aquatiques : Des Tentacools, des Tentacruels, des Magicarpes, des Krabbys, des Staris et des Corayons. Et enfin, nous avions fait un crochet par le phare.
Et lorsque l’heure du déjeuner était arrivée, nous nous étions installées à une table de pique-nique, non loin du port, pour profiter du beau temps et de la vue. Je m'étais mise aux fourneaux pour l'occasion. Une fois installées, nous avions commencé à manger.
« Oh chouette des Lavacookies ! C'est ce que je préfère ! S'écria Délia d’un air enjoué.
- Je le sais très bien et c'est pour ça que j'en ai préparé ! Répondis-je en lui faisant un clin d'œil »
Peu de temps après avoir commencé notre repas, ma fille me rappela à l'ordre.
« Maman ! N'oublie pas de nourrir tes Pokémon !
- Oh oui ! Tu as raison ! Alala...ce que je peux être étourdie parfois... »
Je saisis mes deux Poké Ball, puis les lançai. Un Nosferalto et un Rattatac en sortirent. Cette journée étant spéciale, je m’étais également mise aux fourneaux pour eux, en leur préparant des poffins et des profitéroles.
Quelques passants nous observèrent d’un air mauvais, mais Délia ne le remarqua pas. Pour qu’ils arrêtent de nous fixer ainsi, je les imitai et leur rendis leur regard noir. Aussitôt, chacun d'eux cessa de nous observer. Je savais très bien que l’on associait inconsciemment mes Pokémon à des personnes aux intentions malveillantes, mais cela me désolait que, de nos jours, on ne sache pas faire preuve de davantage de discernement.
Malgré ce léger incident, je ne laissai rien transparaître et continuai de dévorer mon repas. Une fois que nous eûmes tous terminé ce délicieux festin, nous nous hâtâmes vers le bateau qui allait partir dans une quarantaine de minutes.
En nous pressant un peu, nous parvînmes juste à temps pour la fin de l'embarquement. Nous montrâmes nos billets au marin qui surveillait l’entrée, puis nous traversâmes la passerelle pour monter à bord.
Ce bateau proposait deux trajets : la croisière intégrale ou le trajet simple vers Carmin-sur-Mer. Seuls
les passagers ayant opté pour la croisière avaient droit à une cabine, ce qui n’était pas notre cas. Il nous fallait donc trouver des places assises dans les espaces communs.
Il y avait bien des bancs sur le pont supérieur, mais une brève observation me fit comprendre que le temps s’apprêtait à se gâter. Le ciel s'était assombri et plusieurs nuages grisâtres venaient de faire leur apparition.
« Je crois qu’il va pleuvoir, on devrait se mettre à l’abri à l’intérieur, tu viens ? »
J’attrapai la main de ma fille et l’entraînai vers l’escalier qui menait au salon inférieur. De nombreuses personnes se trouvaient déjà sur les lieux. Elles devaient, elles aussi, posséder un billet pour le trajet simple.
Le sol et les murs du salon étaient d’un blanc immaculé et si brillant que je pouvais voir mon reflet sous mes pieds, mais je ne m’y attardai pas. Cette décoration, aux allures très coûteuses, était parfaitement adaptée à ce que l’on pouvait imaginer d’un paquebot de luxe.
Scrutant rapidement les environs, je remarquai une banquette libre face à la mer et non loin d’un distributeur de boissons. Aussitôt, j’y entraînai Délia.
« Viens, on va s’asseoir là-bas, comme ça, on va pouvoir regarder le départ du bateau !
- J’aurais préféré un endroit où l’on peut voir le port s’éloigner…Murmura-t-elle, à voix basse. »
Je grimaçai l’espace de quelques secondes, avant de répliquer :
« Je comprends, mais ce n’est pas possible dans ce salon, il n’y a qu’une grande vitre face à la mer…
- Et l’autre salon, on ne peut pas y aller ? Me demanda-t-elle. »
Je grimaçai une nouvelle fois. Puis, après avoir réfléchi quelques secondes, je rétorquai :
« Il doit y avoir beaucoup trop de monde dans l’autre salon. Il n’y aura sûrement pas de place où s’asseoir, et tout le monde sera devant les vitres, donc c’est mieux si on reste ici… Tu comprends ?
- Oui… Mais c’est dommage…»
Délia baissa les yeux en direction du sol, l’air attristé. Je me sentais toujours désemparée quand elle affichait cette expression. Et lorsque cela arrivait, la seule chose que je savais faire était de détourner son attention :
« Et si on prenait une boisson au distributeur ? Il y a des bouteilles d'Eau Fraîche, des Soda Cool, Des limonades, Du Lait Meumeu, Du jus de baie… Quelque chose te tente ?! »
À ma question, Délia releva aussitôt la tête. Sa moue triste avait disparu de son visage pour laisser place à un grand sourire, comme si rien ne s’était passé :
« Je veux un Soda Cool ! S’écria-t-elle. »
Me saisissant de mon porte-monnaie, je me dirigeai immédiatement vers le distributeur de boissons. J’insérai une pièce dans la fente, puis sélectionnai la boisson voulue. Une fois la canette récupérée, je retournai aux côtés de ma fille et la lui tendis, après l’avoir ouverte.
« Et voilà ! »
Tandis que Delia buvait sa boisson, un silence s’installa.
Cet instant de flottement me fit presque oublier mes intentions initiales. J’eus une seconde d’hésitation. Je pouvais encore revenir en arrière.
Non, c'était impossible... Ils allaient me suivre peu importe où j’irais, et cela la mettrait en danger.
« Maman ? »
Je sursautais.
« Euh…Oui ? Qu'y a-t-il, ma chérie ? Tu veux une autre boisson ? Lui répondis-je, un peu décontenancé. »
Elle me regarda droit dans les yeux, le sourire jusqu'aux oreilles.
« On refera une journée comme celle-là ? Me demanda-t-elle. »
Mes certitudes vacillèrent l’espace de quelques secondes, mais je secouai frénétiquement la tête pour me ressaisir, avant de répondre :
« Bien sûr qu'on le refera !
- Super ! »
Je marquai un temps. J’étais au bord du point de non-retour. C’était maintenant ou jamais.
« Je dois aller aux toilettes. Je reviens très vite ! Tu veux bien garder un oeil sur les affaires ? »
Délia acquiesça. Quant à moi, je me dirigeai vers l’escalier qui menait au pont supérieur. Une fois parvenu en haut, je tournai mon regard vers la passerelle par laquelle nous étions passées pour monter.
Une poignée de marins s’affairant autour, j'en déduisis que le bateau était probablement sur le point de quitter le port.
En m’approchant des abords de la passerelle, je pus les apercevoir. Une foule de personnes toutes vêtues de noir se trouvait sur le quai. Ils ne bougeaient pas d’un pouce et se contentaient d’observer le navire. Je les reconnus tout de suite.
Je n’étais pas surprise. Je savais qu’ils me suivraient.
Détournant les yeux de cette foule, je fis un pas vers le petit groupe de marin, et me contentai de leur dire :
« Laissez-moi passer. Je veux descendre. »
Ils me dévisagèrent, les yeux écarquillés, comme si je venais de dire quelque chose de complètement absurde.
« Mais Madame… Le bateau est sur le point de partir… Commença l’un des marins.
- Peu importe, je veux passer. Insistai-je sans ciller. »
Les hommes échangèrent des regards déconcertés, puis l’un deux ajouta, d'une voix calme :
« Madame, il est trop tard pour descendre. Comme mon collègue vous l’a dit, le paquebot est sur le point de démarrer. La passerelle n’est donc plus accessible.
- Je vois… Me contentai-je de répondre en m’éloignant d’un pas lent. »
Pensant que j'avais renoncé, ils me tournèrent tous le dos. Je m’y attendais un peu, mais cela n’allait clairement pas m'arrêter.
Une main dans l'une des poches de ma robe jaune, je me saisis de l’une de mes Pokéball, puis appuyai sur son bouton d’ouverture.
À mes côtés, apparut mon Nosferalto. Aussitôt, j'attrapai l’une de ses pattes, puis lui ordonnai :
« Nosferalto, emmène-moi près du groupe là-bas. »
Sans hésitation, le Pokémon Chovsouris s'éleva dans le ciel, et m’entraîna par-delà le bateau de croisière. Je pus entendre l’un des marins m'interpeller :
« Madame ! Qu’est-ce que vous faites !? Le bateau est sur le point de quitter le port ! Il faut que vous reveniez tout de suite ! »
Je ne tournai même pas le regard dans leur direction, et les ignorai royalement. Je ne devais absolument pas regarder en arrière.
Mon partenaire aérien me transporta sans difficulté à destination. Une fois les pieds à terre, je le rappelai dans sa PokéBall.
Toute la journée, je savais que cette confrontation aurait lieu. Et pourtant, maintenant que j’étais face à lui, la tension que j’avais ressenti toute la journée, n’avait jamais été aussi forte.
Cela faisait une éternité que je ne m’étais pas retrouvée face à cet homme. On avait été très proches autrefois, vraiment très proches. Mais un certain événement imprévu avait brisé notre lien de façon définitive.
Il n'était pas seul. Il se déplaçait toujours accompagné d’une partie de ses sbires, qui arboraient cet uniforme que j'avais vu des milliers de fois : Cette lettre “R” rouge sur fond noir, symbole de la Team Rocket.
Il avança d’un pas et me toisa d’un air sombre :
« Valéria… Décidément, ta logique m'échappera toujours. Je pensais que j'allais devoir déployer l'intégralité de mes sbires pour te trouver. Mais finalement, tu te rends… »
Il marqua un temps avant de reprendre :
« C’est décevant… Je ne vais pas te blâmer de me faire gagner du temps. Mais... juste par curiosité, pourquoi ? Me questionna-t-il.
- J'ai mes raisons et ça ne te regarde pas.
- Toujours aussi aimable. »
Je ne répondis même pas à cette dernière remarque. Alors, il continua à déblatérer :
« C'est vraiment du gâchis. Pendant longtemps, tu as été un excellent élément, l’une de mes meilleures admins. Mais ces dernières années, tu as eu de plus en plus de scrupules lors de tes missions et tu ne voulais plus te salir les mains. Alors, j'avais fini par te rétrograder au rang de simple sbire, mais même les tâches que n'importe quel abruti saurait remplir, tu ne parvenais pas à les accomplir.
- Je me fiche de ce que tu penses, Fernando. »
La raison de ce revirement qu'il me reprochait, je la connaissais. Et lui, également, devait la connaître. Peu importe ce dont il m'accablait, je ne regrettais pas la personne que j'étais devenue. Il était inutile de me justifier auprès de lui, car il était incapable de me comprendre.
Quand j'avais souhaité intégrer la Team Rocket, il y a une dizaine d’années, on m'avait prévenue que si j'entrais dans l'organisation, je ne pourrais pas en ressortir. À cette époque-là, j'avais ignoré cette menace, car je n'avais aucune ambition pour mon avenir. Et par-dessus tout, je détestais la Terre entière et je voulais me venger en faisant du mal à un maximum de personnes.
Sans un mot, Fernando mit la main dans sa poche droite et en sortit un revolver qu'il pointa dans ma direction.
« Tu ne comptes pas te défendre ? Me toisa-t-il. »
Je lâchai un rire nerveux. Me défendre ? À quoi bon ? Si j'esquivais la première balle, il me toucherait avec la seconde. Et si j'esquivais la deuxième, il m’abattrait avec la troisième, etc...
Sa question n'en était pas vraiment une. Il ne la posait que pour se jouer de moi.
« Non… Dis-je, le regard dans le vague.
- Même pas un dernier mot ? »
Je restai silencieuse, refusant de lui accorder la satisfaction de ce dernier mot. C'était ma manière, à moi, de me moquer de lui en retour.
« Comme tu veux. Dans ce cas… Crève ! »
Un coup de feu retentit, mêlé au bruit du moteur de L'Océane qui venait tout juste de quitter le port.
Et je m’écroulai, le regard tourné vers la mer.
J’étais seule avec mes regrets, obligée de supporter la vision du navire qui s’éloignait inexorablement, emportant ma fille à son bord. Diverses pensées m’assaillirent. J’imaginais Délia s’affoler, puis fondre en larmes en ne me voyant pas revenir. Quel genre de mère étais-je pour oser lui faire subir cela ? Mais je n’avais pas eu le choix.
En amont, j'avais tout prévu. J'avais demandé au Professeur Chen, à qui j'avais rendu un immense service par le passé, de récupérer Délia au port de Carmin-sur-Mer. Je lui avais fait promettre de la prendre sous son aile et de s'occuper d'elle jusqu'à ce qu'elle puisse se débrouiller par ses propres moyens.
Pourtant, malgré toutes ces précautions, la peur et le doute refusaient de me quitter. Et des questions tournaient en boucle dans ma tête. Le Professeur Chen tiendrait-il sa promesse ? Ma fille parviendrait-elle à surmonter ma disparition ? Aurait-elle une vie sereine et un bel avenir ?
Telles furent mes dernières pensées avant de sombrer.