fenêtres
J'ai encore du mal à dormir pour ne pas trop changer, et ne sachant pas trop quoi faire, je vais déblatérer de manière irraisonnable à propos de mon obsession du moment, à savoir les fenêtres, je vous jure ça va faire sens (ou pas).
J'ai eu pas mal de gros chamboulements dans ma vie ces derniers temps, et sans trop savoir trop pourquoi au départ, j'ai une métaphore qui est restée coincée dans un coin de ma tête : "L'impression de vivre sa vie au travers d'une fenêtre". Je me suis dit que si j'y tenais tant c'était sans doute pas pour rien, et dans un élan motivé par je ne sais quoi, mis à part peut-être l'envie que j'ai parfois de raconter des histoires, et me disant que c'était peut-être l'occasion de trouver un axe intéressant.
Cette métaphore ça sonne comme quelque chose de triste, parce que techniquement ça l'est. L'idée de vivre sa vie à travers la fenêtre ça rejoint le concept d'être "spectateur de sa propre vie", dans lequel j'ai pu me retrouver en rétrospective, mais ça va plus loin que ça, sinon ça me serait pas aussi vite passé qu'une autre métaphore ou idée quelconque que je note dans mon gros fichier texte quand je me réveille d'un drôle de rêve, mais alors quoi ?
Moi ce que je trouve que ça dit aussi, c'est qu'à travers la fenêtre, au-delà de la distance, ce qui rend ce qu'il y a derrière inaccessible, c'est les reflets sur la vitre, la buée, la pluie ou la neige, c'est qu'on a des angles morts. C'est pas seulement qu'on a une distance avec soi-même parce que l'on est derrière la fenêtre, c'est aussi qu'on a une distance avec ce que l'on vit parce qu'on n'est pas sûr de ce que l'on a vu. Et là je me suis dit, ne nous arrêtons pas en si bon chemin, continuons.
Cette distance, ce côté triste, est-ce que c'est tout ? Moi je crois pas. Les vues par la fenêtre, moi je trouve ça apaisant, parfois. Mais quand, et pourquoi donc ?
En fait je pense que c'est cette même distance, avec soi et avec les autres qui l'est, d'une certaine façon. La fenêtre, pour le meilleur comme pour le pire, elle nous isole et de facto nous protège de ce qu'il y a derrière. Parfois il n'y a rien de mal derrière, mais ça marche quand même, et pour quelqu'un comme moi qui fonctionne et se rassure dans la routine, ça a de la valeur. Autant de valeur d'ailleurs que la solitude qui vient avec, à la fenêtre même si derrière il y a des gens, je suis seule avec mes pensées, c'est, même sans y penser, un moment de recueil un peu simple où on peut se permettre de ralentir.
Je touche du doigt la raison pour laquelle j'adore autant l'automne-hiver, le froid, la pluie, la neige et les journées courtes. C'est l'excuse parfaite pour ralentir, pour prendre un peu le temps. On justifie plus facilement de boire un café en silence, et pourquoi pas en regardant à la fenêtre tient ! Je dois l'avouer, j'aime regarder à la fenêtre, mais j'aime encore plus le faire quand il fait moche dehors. L'été, la chaleur et les jours longs ont le chic pour me déprimer un peu, et j'en viens à imaginer un moment idéalisé où je mets un tas de vêtements chauds, chez moi, même pas de musique rien, et souvent, et je m'en suis rendu compte en l'écrivant, mais je m'imagine près de la fenêtre.
C'est pourquoi cette solitude est précieuse. Parfois elle fait du mal, on se sent un peu vide, mais elle est tellement importante comme moment d'ancrage. Pas d'excuse seule face à la fenêtre, c'est moi avec moi-même. Parfois j'ai envie d'ouvrir la fenêtre et de voir ce qu'il y a de l'autre côté pour de vrai, parfois j'ai juste besoin de prendre le temps de contempler un peu avec prudence, et d'autres fois ça fait trop peur et je n'ai pas envie de regarder du tout.
Et les vues depuis la fenêtre alors ? Parce que c'est quand même important aussi. Peut-être que je suis juste très sujette au sentiment de nostalgie, mais je me rends compte que j'ai tendance, aussi parce que le souvenir idéalise, à me languir un peu de la vue des fenêtres depuis lesquelles je ne peux plus regarder. Je pense à la vue depuis mon premier appartement d'étudiant. J'étais en vrac à l'époque, mal en point, totalement perdue, et sans aucune idée de quoi faire. Mais pourtant quand je repense à la vue, avec les rues pavées, les quelques arbres, les immeubles en briques rouges et la statue sur le trottoir d'en face, j'en ai quand même un souvenir chaleureux.
Idem, mes parents ont déménagé l'été dernier de la maison dans laquelle j'ai grandi, et je me retrouve aussi à repenser à la vue qu'on pouvait avoir, soit sur le petit jardin, soit sur la rue de lotissement. Quand bien même je sais que j'y ai passé des années à parfois me dire qu'un truc cloche chez moi, pour qu'au final ça revienne me dire bonjour des années plus tard, même chose, je me dis que la vue de la fenêtre était quand même jolie.
Là où je vis actuellement, j'ai bien une fenêtre mais elle donne vers un endroit trop peu intime pour que j'aie envie d'y mettre le nez, du coup, la seule autre qui m'attire, paradoxalement, c'est une très grande baie vitrée dans mon séjour, qui ne donne sur absolument rien, des arbres bouchant la vue, et pas grand chose derrière de toute façon. C'est assez singulier parce que n'ayant pas vraiment quelque chose pour y reposer mon regard, il reste uniquement le côté méditatif, encore moins d'excuse avec celle-là, c'est une fenêtre qui fait réfléchir. Du coup elle me met un peu la pression et j'ai pas encore beaucoup osé y passer du temps, même si quand il pleut et que la petite terrasse et les feuilles des bambous ruissellent de partout, je me sens bien. Je me dis aussi que dans quelques années, quand je serai autre part, peut-être que je regretterai aussi ces fenêtres, ou pas, celle de la résidence étudiante où je suis restée deux ans que je n'osais jamais ouvrir parce que c'était sur l'entrée du bâtiment en rez-de-chaussée, bah pour le coup j'en n'ai aucun souvenir intéressant, comme quoi.
Toutes ces histoires de vues, de reflets et d'angles morts pour conclure que l'image de la fenêtre ça résonne avec moi de plein de façons, et je suis contente de m'en être rendue compte, c'est je pense un moteur créatif de trouver ce qui nous parle. Félicitations si vous êtes encore là c'est que vous avez survécu à la folle du tram qui déblatère pendant 30min de manière sans doute peu compréhensive et faussement intellectuelle sur un sujet très peu hypant, merci d'être venus à mon ted talk !
Article ajouté le Mardi 07 Avril 2026 à 05h04 |
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