Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre
Inscription

J'aurais voulu être... de Soundlowan



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Soundlowan - Voir le profil
» Créé le 08/09/2015 à 23:25
» Dernière mise à jour le 22/03/2024 à 11:59

» Mots-clés :   Amitié   Aventure   Région inventée   Slice of life

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Chapitre 4 : Pour commencer à s'attacher
La dresseuse s'arrête une nouvelle fois, le dos trempé de sueur. Elles n'en sont qu'au tout début de leur ascension, et Maud a déjà fait une petite dizaine de pauses. La pente est extraordinairement raide, surtout pour une enfant de la ville plus habituée à s'empiffrer de gâteaux quand ses parents ne regardent pas qu'à partir en randonnée.
- Je comprends pourquoi tous les médecins conseillent de venir à Bourgmine pour les cures thermales ! C'est pas pour l'eau, c'est pour la pente ! J'ai déjà perdu au moins deux kilos...
- Rhiiii ?

Shrinia, parfaitement à l'aise sur le flanc abrupt de la montagne menant à la ville, revient pour la troisième fois auprès de sa dresseuse qu'elle a semée. Au premier arrêt, la pokémon a attendu l'humaine. Au deuxième arrêt, elle a attendu. Au troisième, la rhinocorne a parcouru plusieurs mètres avant de se rendre compte qu'elle avait encore semé Maud. La fois suivante, elle est montée moins haut avant de revenir chercher la jeune fille, avant de la laisser se débrouiller à la sixième pause. Depuis, Shrinia fait des allers-retours entre l'humaine et d'autres points plus hauts sur la paroi. La pokémon semble s'ennuyer profondément, Maud est rouge colhomard.
- Ben dis donc, tu es rapide en pleine montagne... Maintenant c'est toi qui m'attends...

La jeune dresseuse commente cet état de fait dans un sifflement, la main toujours plaquée sur son point de côté. Son sac est lourd, le soleil tape sur sa nuque, et le sommet parait inatteignable. En consultant sa carte au réveil, Maud avait évalué à une petite journée de marche la distance qui les séparait de Bourgmine. Malheureusement, comme le rappelle un fameux proverbe de l'Ancien Temps, « la carte n'est pas le terrain ». À ce rythme, il lui faudrait bientôt se résoudre à une nouvelle nuit à la belle étoile sur le flanc de la montagne.
- Rhinoo !

Shrinia encourage sa dresseuse d'un cri guttural, mais se rend bientôt compte que cette dernière peine à reprendre son souffle. La pokémon a également compris que la montée ne risquait pas de finir de sitôt pour l'humaine à la lenteur de sancoki, mais contrairement à Maud la rhinocorne ne compte pas moisir à attendre sa dresseuse toute la journée. Shrinia plie alors le genou, au grand étonnement de Maud qui voit sa pokémon s'étirer soudain comme un chaglam devant elle. La dresseuse ressent l'envie de consulter les livres d'élevage soigneusement rangés dans son sac, avant que Shrinia désigne successivement son humaine puis son dos d'un signe de tête.
- Tu veux que... que je te monte dessus ?
- Rhin, acquiesce la rhinocorne en agitant la tête de haut en bas.

Maud en oublie momentanément son point de côté et sa sueur, trop surprise de la proposition. Elle comprend au moins le mouvement de la pokémon roche, qui en s'étirant ainsi découvre un espace entre les plaques tranchantes de son dos assez grand pour permettre à une femme aussi petite que Maud de s'asseoir avec un confort relatif. Après un instant de flottement où la dresseuse songe avec angoisse qu'elle n'a jamais monté d'autres pokémons que le tritosor familial, chose qu'elle ne fait plus depuis ses huit ans, elle ose s'approcher de Shrinia pour tenter de trouver un moyen commode de grimper.
La chose s'avère plus aisée que prévue, la patte massive de la rhinocorne faisant office d'étrier qui permet à Maud de s'asseoir sans peine, les jambes pendantes de chaque côté du dos rocailleux. L'assise est même moins inconfortable que ce qu'elle avait craint, les plaques derrière l'humaine étant assez serrées pour former une selle grossière. La dresseuse n'a plus qu'à s'agripper à sa rhinocorne qui se relève soudain. Maud a juste le temps de s'inquiéter d'avoir les jambes trop serrées entre les plaques de nouveau rapprochées, avant de se rendre compte que l'espace reste suffisant pour qu'elle ne soit pas oppressée. La partie renforcée du dos jaillit vers l'extérieur à la façon d'un exosquelette, mais des endroits plus tendres demeurent sous les plaques grises.
- C'est pour ça que ton dos est recouvert de rochers pointus ! comprend soudain Maud. Pour protéger tes points faibles !
- Rhiiiiii, acquiesce Shrinia d'un signe de tête.

La dresseuse ignore si sa rhinocorne comprend le principe de point faible, mais sa réponse si rapide lui laisse croire que Shrinia sait de quoi il s'agit. Maud se promet d'appeler l'assistante du professeur Frêne au plus vite, pressée désormais de savoir tout ce que les scientifiques ont enseigné à leur sujet d'étude.
L'humaine n'y pense que peu de temps, avant d'oublier même de respirer lorsque Shrinia reprend soudain son ascension à une allure dont Maud ne l'aurait jamais cru capable. Habituée à la marche lente et pesante de sa pokémon depuis quelques jours de voyage en pleine forêt puis dans la plaine, la dresseuse ouvre des yeux ronds d'étonnement alors que la rhinocorne grimpe une paroi si abrupte à une telle vitesse. Le corps de pierre semble même devenir souple sous celui de la jeune femme, dont le vent fouette le visage et lui apporte une fraîcheur bienvenue.
Maud se livre à de nouveaux calculs, estimant avec ravissement qu'il ne leur faudra finalement que quelques heures pour parvenir à la ville si Shrinia ne faiblit pas. La dresseuse se met à caresser la rhinocorne entre les plaques coupantes pour passer le temps, provoquant l'étrange ronronnement de la pokémon rappelant le frottement de deux pierres.


L'après-midi est à peine entamée que la ville est déjà en vue. Maud n'a pas tardé à récupérer son souffle, portée par Shrinia dont l'allure n'a pratiquement pas faibli depuis le début de leur ascension. La rhinocorne s'est arrêtée plus à cause de sa faim que par fatigue, d'après ce que suppose sa dresseuse. Le sol est redevenu plat, la route ayant été mieux taillée dans le roc près du sommet et de la chute d'eau. Maud ayant réussi à faire comprendre ses intentions à sa pokémon tout en restant sur son dos, dans une imitation assez grossière d'équitation, a pris soin de s'éloigner de la cascade pour emprunter la direction de Bourgmine. Les deux voyageuses se sont donc retrouvées sur l'autre versant de la montagne, leur destination les attendant en contrebas. L'humaine se demande encore pourquoi des gens se sont mis en tête de construire un village au beau milieu d'une paroi rocheuse si abrupte.
Elle nourrit puis hydrate sa rhinocorne, qui s'est arrêtée quelques centaines de mètres avant l'entrée de Bourgmine. Maud ayant de l'avance sur le programme établi par le professeur Frêne, laisse Shrinia s'allonger puis fermer paresseusement les yeux pour profiter du soleil qui lui réchauffe le dos. La dresseuse s'apprête à rejoindre son amie dans sa sieste, lorsqu'elle entend une voix fluette l'interpeller.
- Hé, toi ! Tu es dresseuse, non ? Je te défie !

La jeune fille se retourne, pour croiser le regard de l'enfant de dix ou onze ans qui vient de l'apostropher. L'inconnu tend vers elle une poké ball d'un air décidé, un sourire de défi sur le visage, s'appuyant sur... la patte arrière de Shrinia.
Cette dernière ne bronche d'ailleurs pas, le poids d'un humain si petit ne devant pas représenter un poids assez important pour la sortir de sa torpeur. Maud reconnait volontiers que lovée ainsi pour se reposer, la pokémon a l'air d'un gros rocher, mais de là à marcher dessus pour la défier... Voilà une situation qu'elle n'aurait pas crue possible si elle ne l'avait pas vécu.
- Euh, au sujet du défi...
- Je vois ta poké ball à ta ceinture ! Allez, sors ton pokémon !

La jeune fille renonce à comprendre l'acharnement des nouveaux dresseurs à défier tout ce qui bouge, alors que Shrinia apparemment dérangée par la voix stridente de l'enfant ouvre enfin un œil à la pupille rouge. Maud désigne du doigt sa rhinocorne, lassée par avance.
- Tu lui marches dessus.

Le gamin fait un bond en arrière, sa belle assurance envolée. Shrinia se relève sur ses courtes pattes, bâille ostensiblement, puis vient enfin se placer devant sa dresseuse en position de combat.
- Whao, un rhinocorne ! C'est super classe !

Maud hausse un sourcil, étonnée de l'exclamation enthousiaste de l'enfant. Il semble admirer une nouvelle paire de baskets à la mode ou un gilet particulièrement à son goût, pas un être vivant. En tout cas, il ne lui a pas fallu longtemps pour reprendre ses esprits. Le gamin appuie enfin sur le bouton de sa ball, d'où jaillit un fouinette. La dresseuse s'imagine entendre Shrinia soupirer d'ennui, son adversaire étant parfaitement semblable à tous les pokémons précédemment croisés dans la plaine. La rhinocorne n'a d'ailleurs eu aucun mal à envoyer valser les petites boules de poils d'un coup de patte bien appliqué.
- Fouinette, attaque Griffe !

Shrinia ne bronche pas d'un centimètre, n'ayant pas même l'air de sentir les petites pointes sur sa peau de pierre. Elle profite de cette proximité avec son adversaire pour lui envoyer sa corne dans le flanc et envoyer voler Fouinette à quelques pas. L'entraînement que lui a fait subir Maud ces derniers jours semble au moins avoir payé, cet unique coup a suffi pour vider la boule de poils brune de la majeure partie de ses forces. Elle se relève en soufflant, puis bondit sur sa queue, manifestement énervée de cette déconvenue. Son tout jeune dresseur l'invite à réitérer son attaque Griffe, ce qui à nouveau ne provoque aucune réaction de la part de Shrinia. À peine la rhincorne consent-elle à lui lancer un nouveau coup de corne dans le ventre, ce qui clôt le combat aussi vite qu'il a commencé.
L'enfant rappelle son Fouinette assommé dans sa ball, avec une mine déconfite.
- Ce qu'il est fort, ton pokémon !
- Elle. Shrinia est une femelle.
- Ah, elle s'appelle Shrinia ? Dis, tu crois que je peux la caresser ?

Maud hausse un sourcil, de nouveau interdite face au changement si soudain d'attitude du garçon. Passer de la déception d'une défaite à l'enthousiasme de voir un pokémon impressionnant en moins d'une seconde dénote au mieux d'une habitude de perdre ses combats, au pire d'une certaine bipolarité.
- Si elle veut bien, oui. Mais je te préviens, les pokémons roches n'ont pas souvent un caractère facile avec quiconque d'autre que leur dresseur.

Le gamin qui n'a toujours pas daigné se présenter, s'approche donc prudemment de la rhinocorne qui accepte avec une remarquable placidité qu'il lui caresse le museau. L'inconnu s'extasie encore sur la pokémon quelques minutes, puis demande à Maud si elle vient à Bourgmine pour ses sources thermales. La dresseuse sourit cette fois, tandis que Shrinia tremble de plus belle à cette seule idée.
- Ma rhinocorne n'apprécierait pas ça, je crois. Je suis là pour le travail.
- Je vois ! En tout cas vous êtes vraiment impressionnantes, toutes les deux ! On ne s'attend pas à voir un pokémon de cette espèce avec une femme aussi frêle que toi.
- Tu penses donc qu'une femme ne peut pas dresser un pokémon grand ou fort ? questionne Maud qui se souvient avoir entendu une réflexion semblable dans la bouche du professeur Frêne.
- Tous les pokémons sont forts chacun à leur manière, réplique le garçon qui semble choqué que la dresseuse ait pu avoir cette idée. Simplement, j'ai remarqué que les filles ont tendance à choisir des pokémons plus mignons ou de caractère réputé docile. Sans que leur équipe soit moins puissante pour autant hein !
- Ce doit être vrai dans la majorité des cas, concède Maud qui se rassure sur les opinions de son adversaire. On m'a d'ailleurs conseillé de choisir Shrinia pour créer un effet de surprise.
- Ben ça fonctionne super bien ! renchérit aussitôt l'enfant. J'habite Bourgmine, vous voulez que je vous fasse visiter ?
- C'est gentil, mais ma rhinocorne a besoin de se reposer avant qu'on s'y rende, décline la jeune femme qui ne se sent pas le courage de supporter le babillage du garçon pour le reste de la journée.

Le gamin les quitte après ce refus, agitant la main en s'éloignant comme s'ils étaient des amis depuis des années. Maud est de plus en plus perplexe quant aux manières des gens de cette ville, mais elle a un sourire étonné lorsqu'elle baisse le regard vers Shrinia.
- Tu as entendu, ma belle ? Il paraît que nous sommes impressionnantes...
- Rhiiiiin.


La jeune femme promène un regard circonspect autour d'elle, grimaçant à cause du soleil éblouissant de ce milieu de journée. Bourgmine se révèle être un petit village, sans beaucoup d'attractions touristiques ni d'attrait particulier pour les dresseurs en voyage. L'architecture y est brute, la plupart des bâtiments étant faits d'une pierre grise très commune. Certaines maisons sont taillées directement dans la montagne à la manière d'immenses trous, ce qui les rend intéressantes mais pas plus avenantes aux yeux de Maud. Elle a toujours préféré les demeures bien éclairées, les petites maisons colorées du bord de mer qu'elle voyait parfois dans ses livres d'images enfant ayant sa préférence. Ici tout est minéral, sans ornement.
La dresseuse a bien entendu eu l'idée de consulter le guide de la région rangé dans son sac, mais il n'a pas réussi à raviver son intérêt décroissant pour la ville. Tout ce qu'elle y a appris est la présence des sources thermales pour lesquelles la ville est réputée, détail qui l'a surprise au milieu de tous ces rochers. Sans compter qu'elle se trouve sur le flanc d'une montagne, une position que Maud n'aurait pas crue adéquate pour y développer des thermes. Mettant de côté sa méconnaissance dans ce domaine, elle tente de trouver une activité qui pourrait également convenir à Shrinia en attendant l'appel du professeur Frêne. Les thermes sont bien évidemment exclus, ainsi que la visite de la cascade proche et les divers sports nautiques proposés sur le lac en contrebas de la montagne.

Son employeur ne se décidant pas à l'appeler, Maud se tourne finalement vers sa rhinocorne en quête d'une idée lumineuse.
- Alors Shrinia, tu aimerais faire quelque chose maintenant que nous sommes arrivées ? On pourrait se promener dans la montagne, ou visiter la ville. Je suppose que si on ne s'éloigne pas trop de Bourgmine, cela ne dérangera pas le professeur Frêne. Si seulement je savais ce qu'il a l'intention de me faire faire, je saurais où partir...

La jeune humaine est encore plongée dans ses réflexions, lorsque Shrinia lève son museau jusqu'à toucher de sa corne sa ball accrochée à la ceinture de Maud.
- Tu veux rentrer dans ta poké ball ?
- Rhin rhino.

La rhinocorne secoue négativement la tête, puis répète son geste. Elle touche sa ball, puis l'emplacement vide à côté de la sphère sur la ceinture prévue pour accueillir jusqu'à six capsules différentes. La jeune dresseuse met plusieurs secondes à comprendre l'allusion pourtant claire, puis se traite d'idiote. Le soleil doit lui taper trop fort sur le crâne.
- Ce sont des coéquipiers que tu veux ?
- Rhin.

Cette fois Shrinia hoche positivement du crâne, avec un air enthousiaste pour autant que Maud puisse en juger. L'humaine n'est pas encore très sûre d'elle lorsqu'il s'agit d'interpréter les expressions d'une créature dont le corps est presque entièrement composé de pierre.
La jeune femme sent également un sourire s'épanouir sur son visage, la perspective d'un nouveau pokémon ne lui avait pas encore effleuré l'esprit. Elle sent pointer le doute de ne pas être à la hauteur, mais aussi l'envie de découvrir le second membre de son équipe.
- Tu sais que c'est une merveilleuse idée ?

Shrinia semble d'autant plus ravie de la réaction de sa dresseuse, qui s'assoit sur un rocher tout près de sa rhinocorne. La pokémon vient immédiatement se faire caresser, ce que Maud fait en poursuivant leur conversation désormais ponctuée du ronronnement de Shrinia.
- Disons que nous allons chercher un de tes coéquipiers aux alentours de la ville. Nous garderons les autres places de l'équipe pour les prochains lieux que nous visiterons, d'accord ?
- Rhino.
- Bien. On pourrait grimper plus haut dans la montagne, beaucoup de pokémons doivent s'y trouver. Le problème, c'est qu'on risque de croiser surtout des pokémons roches comme toi... Il vaut mieux une équipe diversifiée.
- Rhin rhin.
- Autant ne pas redescendre vers la cascade, je n'ai pas croisé d'espèce très intéressante. D'autant plus que nous n'y verrons certainement que des pokémons de type eau, ou presque.
- Rhiiiiino.

La rhinocorne semble de nouveau angoissée à l'idée de croiser un pokémon eau. Maud avait pourtant l'impression d'avoir réussi à dépasser cette peur avec son amie, mais l'affrontement avec Vipelierre ne l'a apparemment guéri que de sa hantise des pokémons plante. La jeune femme n'a pas d'inspiration aussi brillante que celle de Lucien pour résoudre le problème, et commence à se sentir impuissante. À ce moment elle se rend compte de son manque d'expérience pour le dressage, ce qui ne la rassure pas pour la suite des événements.
Shrinia ne doit pas voir l'hésitation de sa dresseuse, Maud en est bien consciente. Elle choisit d'essayer de rassurer sa pokémon, qui a déjà les yeux baissés vers le sol. Le mastodonte au corps de pierre joue avec un caillou du bout d'une griffe, manifestement désemparée face à sa peur.
- Shrinia, écoute, commence Maud en prenant la tête de sa rhinocorne entre ses mains. Nous avons déjà parlé de tout ça, et je comprends que ce ne soit pas facile pour toi d'envisager une confrontation avec un pokémon eau. Mais nous devons être réalistes, cela va t'arriver un jour. Peut-être pas demain, ni cette semaine, ni même cette année avec beaucoup de chance, mais il faudra bien que cela se produise tôt ou tard. Je t'accorde que tu n'as pas de chance, le type eau est celui qui contient le plus grand nombre d'espèces différentes, ce qui veut dire que tu seras souvent confrontée à ta peur pendant notre voyage. Je te promets de tout faire pour t'aider, mais tu dois surmonter cette crainte, ou elle te rongera et te paralysera dans les moments critiques. Est-ce que tu comprends ?
- Rhin, grogne la rhinocorne en regardant l'humaine dans les yeux.
- Je pense d'ailleurs qu'avoir un coéquipier de type eau pourrait être d'une grande aide pour toi, continue la jeune femme en flattant la tête de sa pokémon. Ce serait un compagnon avec qui tu passerais du temps, et qui ne te voudrais aucun mal pour autant. Il ou elle pourra atténuer ta peur des pokémons eau, et même la faire complètement disparaître après avoir vécu quelques expériences marquantes ensemble. Regarde un peu le bien que t'a fait la compagnie de Vipelierre alors que nous ne sommes restés que quelques jours avec lui. Tu hésitais beaucoup moins à affronter des pokémons plante après votre combat, n'est-ce pas ?
- Rhin rhin, acquiesce Shrinia qui commence à se détendre.

Si la rhinocorne comprend l'intérêt d'un coéquipier qui soit de type eau, Maud a l'impression que sa crainte plus viscérale ne s'est pas envolée comme par magie avec son explication.
- Je comprends, cela t'angoisse encore. Nous ne sommes pas obligées d'accueillir un pokémon eau tout de suite, sans compter que cela nous ferait revenir sur nos pas. Ne laissons pas cette idée gâcher notre journée, d'accord ? Après tout, un nouveau coéquipier est supposé être un événement heureux, pas une source d'angoisse supplémentaire.
- Rhiiin, soupire Shrinia toujours effacée.
- Allez ma belle, un peu d'enthousiasme ! C'était ton idée après tout ! On va trouver le second pokémon de notre équipe, et il va être parfait !
- Rhin ! approuve la rhinocorne avec un enthousiasme qui paraît encore forcé.
- Lucien m'a conseillé de choisir des pokémons ayant l'avantage sur ceux que je possède déjà, ce qui nous laisse également le type plante. Les pokémons plante ne t'effraient plus à présent, n'est-ce pas ?
- Rhino.
- Excellent ! Il y en a plein les environs. Essayons donc de trouver un pokémon de type plante, c'est décidé !

Shrinia hoche la tête de haut en bas, enthousiaste comme au début de leur conversation. Maud suppose qu'elle a apprécié la compagnie de Vipelierre, ou que le fait de faire équipe avec un pokémon d'un type qu'elle a déjà vaincu la rassure. Quelle qu'en soit la raison, le choix convient parfaitement à la jeune stratège, qui se souvient clairement de ses cours où l'importance d'une équipe diversifiée était sans cesse rappelée.
La dresseuse se relève, décidée à se remettre en route, lorsque son travail d'assistante lui revient brutalement en mémoire. N'ayant pas encore l'habitude de travailler pour le laboratoire, cela lui était complètement sorti de la tête. Elle se rassoit sur son rocher dépitée, sous le regard interrogateur de Shrinia qui a elle aussi hâte de repartir sur les routes.
- Nous ne pouvons pas partir sans ordre de mission de la part du professeur Frêne, soupire Maud en grattant la plaque de Shrinia derrière sa corne.

La pokémon semble apprécier le contact, mais se rallonge sur le sol apparemment aussi déçue que sa dresseuse. L'inaction ne doit pas lui convenir, et la ville ne leur offre toujours pas un grand choix d'activité.
La dresseuse aperçoit une grande poké ball dominant les bâtiments au coin de la rue. Elle désigne le logo à Shrinia, qui tend le cou pour le voir.
- Allons au centre pokémon en attendant l'appel du professeur, une petite remise en forme ne te fera pas de mal. Surtout si nous voulons attraper un coéquipier aujourd'hui.


L'humaine comme la rhinocorne observent le grand hall blanc d'un œil morne, leur ennui s'accentuant un peu plus à chaque instant. Dans l'attente d'un coup de fil du laboratoire qui n'arrive pas, Maud a eu le temps d'aller se chercher un soda au distributeur du centre, de le finir, de trouver un pokémon de chaque type parmi les visiteurs qui ne cessent de passer la porte et de jouer à la balle avec un petit embrylex timide qui se cachait derrière un siège. Shrinia a été soignée, caressée par plusieurs enfants émerveillés de pouvoir approcher un tel mastodonte, approchée par d'autres dresseurs qui ont longuement questionné Maud à son sujet et nettoyée des impuretés de la route par sa dresseuse. Elles commencent à être à court d'idées pour passer le temps, la jeune femme songeant que son travail d'assistante ne va pas être une partie de plaisir si tous les appels doivent se faire attendre comme aujourd'hui.
Le soleil ne va pas tarder à se coucher, et impossible pour Maud de se remettre en route sans son ordre de mission. Elle a décliné l'offre de l'infirmière qui lui avait proposé une chambre lorsqu'elle lui a confié Shrinia plus de deux heures auparavant, mais elle songe désormais qu'il lui faudra peut-être passer la nuit ici. La rhinocorne allongée dans un coin de la pièce pour ne pas déranger émet un nouveau soupir, en ayant assez de se reposer après sa troisième sieste de la journée. Maud la rappellerait bien dans sa ball, voyant que Shrinia est gênée de toujours déranger les humains à cause de sa taille imposante, mais les consignes du professeur Frêne sont très claires en ce qui concerne l'étude des pokémons hors de leur ball.

La dresseuse s'apprête à consulter sa carte une énième fois, voulant au moins optimiser son trajet lorsque la direction sera enfin décidée, lorsque son téléphone sonne. Elle en est si surprise qu'elle regarde l'appareil dans sa main une bonne seconde. Shrinia finit par lui pousser la main du bout de sa corne pour la faire réagir.
- Allô ? finit par répondre l'adolescente en portant l'appareil à son oreille.
- Bonjour Maud, c'est le professeur Frêne à l'appareil. Où en es-tu de ton voyage ?
- Je suis à Bourgmine depuis ce midi professeur, en attente de mon ordre de mission.
- Tu es déjà arrivée ? relève le scientifique dont la voix trahit sa surprise. C'était du rapide ! Tu es donc la première à avoir atteint son but, alors voyons...

Maud croit distinguer le bruit de papiers déplacés précipitamment, qui dure plusieurs secondes. Lassée d'avoir attendu presque tout l'après-midi au centre pokémon, la dresseuse songe que son employeur aurait tout de même pu prévoir la mission de ses assistants un peu en avance. Comment a-t-il réussi à les envoyer aux quatre coins de la région sans savoir quelle espèce les faire chercher d'ailleurs ?
- Ah ça y est ! Voyons... Dans la ville et ses environs, toutes les espèces ou presque ont déjà été recensées.
- Que... qu'est-ce que je fais ici alors ? réplique Maud qui sent monter une furieuse envie de se mettre à hurler.
- Et bien, il reste un pokémon sur lequel je n'ai plus aucune donnée, tu pourrais essayer de l'attraper si le cœur t'en dit. En plus tu as de la chance, c'est la bonne saison.
- La bonne saison ? relève la jeune femme qui se retient de dire à son supérieur qu'elle capture les pokémons qu'il réclame et pas ceux qu'elle veut, d'après son contrat. J'ignorais qu'il existait des saisons spécifiques à la capture d'un pokémon.
- Pour celui-là si. J'aurais besoin que tu captures et me fasse parvenir un vivaldaim, au pelage printanier. Nous sommes exactement dans la bonne période, mais je te préviens : ce pokémon est rare dans la région. On le voit parfois dans la forêt entre Bourgmine et Vauvrer, il faudra que tu descendes la montagne.
- Compris. Je dois donc trouver un pokémon extrêmement rare, mais qui par miracle est de la bonne couleur ce mois-ci ?
- C'est ça. Tu as plusieurs jours devant toi pour y arriver, le temps que je rassemble les données qui me reste sur les espèces proches de Vauvrer. Je t'appellerai lorsque je saurais quel pokémon me sera le plus utile. Pour le vivaldaim, le sexe, l'âge et les attaques du spécimen m'importent peu. Tu as des questions ?
- Une seule, mais qui n'a pas de lien avec cette mission en particulier. Nous sommes d'accord que je peux capturer les pokémons de mon choix pour ma propre équipe, tant que je remplis les missions que vous me confiez ?
- C'est exact, approuve le professeur Frêne. Tu es libre de constituer ton équipe comme bon te semble, à moins qu'un de tes propres pokémons ne m'intéresse pour mes recherches. Dans ce cas ton contrat stipule que tu devras me le faire parvenir pour qu'il devienne un sujet de recherche.
- Oui, je me souviens de cette clause. Bien, je vous remercie professeur. Nous partons immédiatement avec Shrinia.

Le professeur et l'assistante échangent encore quelques formules de politesse avant de raccrocher. La rhinocorne se relève en même temps que sa dresseuse et lui emboîte docilement le pas. Elles sortent ensemble du centre pokémon, puis de la ville. Maud accepte avec plaisir de grimper sur le dos de Shrinia pour descendre la montagne. La jeune femme se sent un instant désemparée par l'immensité de la forêt qui s'étend en contrebas, à perte de vue. Elle sait qu'une ville entière est dissimulée par les arbres qui sont présents vers l'est jusqu'à la frontière avec la région voisine, mais entre le savoir et le voir la différence est grande. La dresseuse se laisse entraîner par Shrinia qui descend le flanc de la montagne avec une agilité déconcertante.


La rhinocorne se contente d'assommer le chenipotte qui s'est mis sur le chemin de sa dresseuse, sans que cette dernière ne prenne la peine de sortir une ball pour tenter de le capturer. C'est au moins le dixième insecte de cette espèce qu'elles croisent, au point qu'elles n'y font plus attention ni l'une ni l'autre. Maud a décidé dès le premier spécimen rencontré qu'un chenipotte ne conviendrait pas pour leur équipe, approuvée par Shrinia. L'humaine suppose que sa pokémon ne parvient pas à considérer comme un coéquipier potentiel quelque chose qu'elle peut écraser d'une seule patte.
Le soleil se couche sur la forêt, qui se pare d'une teinte rouge sang aux endroits où la lumière perce à travers le feuillage. Des rayons dorés lui donnent un aspect féerique qui apaise Maud, mais éblouit sa rhinocorne habituée à la froide lumière des néons d'un laboratoire. Shrinia se contente de garder la tête baissée pour protéger ses yeux du coucher de soleil, écartant sans ménagement les insectes qui voudraient leur barrer la route.

Les deux voyageuses sont déterminées à trouver un pokémon plante comme elles l'avaient décidé, entreprise bien plus ardue que ne l'avait supposé Maud. La dresseuse croyait que la forêt serait le lieu idéal pour cela, mais les insectes sont les plus présents pour le moment. Les chenipottes succèdent aux coxys depuis les sous-bois, quand ce n'est pas un armulys qui tombe d'un arbre. Parfois un rozbouton vient rompre la monotonie de la balade, mais l'adolescente ne se sent pas inspirée par ce pokémon. Il est certes très mignon, et peut évoluer en un roserade de toute beauté, mais elle ignore pourquoi Maud ne le voit pas en coéquipier de Shrinia. Il s'agit pourtant du seul pokémon plante qu'elles ont croisé, la dresseuse se résout peu à peu à l'idée d'en capturer un.
Elle espérait que la nuit lui donnerait de nouvelles possibilités de capture, mais les quelques dresseurs qu'elle a croisé lui ont affirmé que les seuls pokémons nocturnes des environs sont des grainipiots. Maud se demande lequel de ces deux pokémons serait préférable pour son équipe, lorsqu'elle entend un grand bruit sur sa gauche.
La forêt était plutôt calme jusqu'à présent. Shrinia l'a entendu également, elle tend le museau vers l'origine de ce tumulte. L'humaine croit reconnaître les cris de nombreux pokémons, qui paraissent au comble de la joie. Les voyageuses s'approchent doucement, pour découvrir au pied d'un arbre une colonie de balignons qui s'agitent autour d'un amas de feuilles mortes déjà quasiment décomposées. Les petits pokémons plante semblent se régaler de ce compost, jouant ensemble lorsqu'ils n'ont plus faim.

Maud compte une quinzaine de balignons près du grand arbre. Elle jette un regard à Shrinia, qui hoche la tête positivement. Si elles se précipitent ensemble dans la clairière, beaucoup de balignons se sauveront, mais la rhinocorne aura sans doute le temps d'en coincer un pour le forcer au combat.
L'attention de la pokémon se fixe rapidement sur un point en mouvement. Sa dresseuse suit le regard de Shrinia, pour découvrir un individu parmi les autres qui convient apparemment à sa rhinocorne. Le balignon en question mange peu, court beaucoup au sein de son groupe, rapproche les plus petits du tas de feuilles qui constitue le festin de l'assemblée. Lorsque le pokémon se retourne dans leur direction, Maud découvre un regard déterminé et confiant. Shrinia a fait le bon choix.
Le balignon sur lequel elles se sont arrêtées s'approche finalement des feuilles décomposées, jusqu'à avoir les pieds en partie embourbés dans l'amas terreux. La rhinocorne choisit ce moment pour bondir dans la clairière, surprenant sa dresseuse qui ne s'y attendait pas. Shrinia se déplace habituellement d'un pas lent, mais prouve une fois de plus qu'elle est capable d'accélérations étonnantes pour un être de son poids. Maud n'a plus qu'à suivre sa pokémon alors que les balignons se dispersent précipitamment.

Tandis que le groupe de pokémons sauvages disparaît à toute vitesse dans les buissons proches, Shrinia se concentre sur le balignon cible de son attaque. Comme l'humaine le pensait, le compost naturel dans lequel le pokémon plante s'est engagé l'empêche de s'enfuir aussi vite que ses congénères. La rhinocorne l'accule rapidement, le forçant au combat. Plutôt que de tenter de s'enfuir par un autre chemin, le balignon se place en position défensive face au mastodonte de pierre qui le domine de toute sa taille. Si les quelques charges que place le pokémon sauvage atteignent souvent leur cible, les koud'korne de Shrinia sont encore plus précis. Maud s'inquiète de voir sa rhinocorne encaisser une vol-vie avec difficulté, mais le balignon est rapidement affaibli malgré cela.
La dresseuse s'empresse de lancer une poké ball dont le rayon rouge aspire et emprisonne le petit être sauvage, avant que la sphère ne tombe sur le sol. Maud comme Shrinia observent l'objet se balancer, une fois, deux fois, trois fois. Lorsque la ball s'immobilise sur le sol, le cri enthousiaste de la rhinocorne fait écho à celui de l'humaine.
- On a réussi, Shrinia ! Tu l'as fait, bravo !

L'adolescente ramasse la sphère rouge et blanche avec un sourire lui mangeant la moitié du visage. Sa première pokémon s'approche également, reniflant la ball contenant son nouveau coéquipier.
- Il va falloir lui trouver un surnom... Au fait, c'est bien un mâle ?

Shrinia la regarde un instant, avec ce qui pourrait passer pour une expression amusée sur le visage. Elle finit par hocher négativement la tête. Maud qui est d'une excellente humeur grâce à sa première capture, rit de bon cœur de son erreur.
- Et bien, voilà qui est bon à savoir !

La dresseuse choisit de laisser sa nouvelle amie tranquille quelques instants, et reprend la route avec sa rhinocorne. Elle réfléchit en chemin au nom qu'elle donnera au balignon, tout en se disant que sans abri pour la nuit elles devront dormir à la belle étoile une nouvelle fois. La jeune femme n'a pas encore vu le bout de la queue d'un vivaldaim, mais ce soir cela ne lui provoque même pas le début d'une petite inquiétude.


Maud essaie de se masser les épaules, le dos en feu contre le dossier de sa chaise. Ses hôtes s'affairent dans la pièce, redoublant d'attention pour leur invitée qui ne sait comment les remercier. Chaque fois qu'elle veut leur témoigner sa reconnaissance, ils la font rasseoir en lui assurant que c'est à eux de montrer leur gratitude.
La dresseuse se félicite de s'être arrêtée pour la nuit, et remercie sa bonne étoile de lui avoir permis de trouver cette maison sur son chemin. La poké ball aux couleurs bien visibles sur la façade l'a aidé à trouver l'habitation nichée au cœur de la forêt. Le couple qui y vit l'a accueilli à bras ouverts avec son équipe.

L'adolescente a ainsi pu faire la connaissance de Benjamin, un homme élancé à qui elle a donné environ soixante-dix ans au premier regard. Chauve et ridé, il se plaint régulièrement de son dos ou de sa hanche avec une bonne humeur presque comique. Il a présenté Maud à son épouse Mathilde, une femme aux cheveux blancs noués en chignon qui parait plus jeune de quelques années que son mari. Elle a en tout cas plus d'énergie, préparant aussitôt un lit pour la nouvelle venue et une place confortable dans le jardin pour ses pokémons. Shrinia est bien trop grande pour monter à l'étage où se trouvent les chambres, et Balignon n'a fait aucune difficulté pour dormir avec sa coéquipière à la belle étoile. La nuit promet d'ailleurs d'être splendide.
Les hôtes de Maud sont des cultivateurs de baies, qui s'affairaient encore à terminer la récolte de la journée lorsque la jeune femme est venue frapper à leur porte. Mathilde, qui ne semble pas avoir de plus grand plaisir que de discuter des heures durant, lui a aussitôt expliqué qu'ils ne sont plus aussi efficaces qu'autrefois et qu'il leur faut régulièrement reporter une partie des tâches de la journée au lendemain tant ils sont épuisés. Maud comprend cela, le verger qu'ils exploitent est de belle taille et ils n'ont pour aide qu'un vieil elecsprint aussi fatigué qu'eux.

La dresseuse s'est donc mise au travail avec Benjamin pendant que Mathilde préparait le diner, cueillant les baies que lui désignait le vieillard. Balignon s'est révélée enthousiaste pour cette tâche, grimpant aux arbres pour en faire tomber les baies dans les paniers tenus par les humains. Il a suffi à Shrinia de secouer quelques arbres à l'aide de sa corne pour en faire tomber tous les fruits, ce qui a permis d'achever la récolte du jour avant que la nuit ne soit complètement tombée.
Le couple ne cesse de remercier Maud pour son aide depuis qu'ils sont rentrés du verger, et la jeune assistante pour leur hospitalité sans défaut. Attablée avec Benjamin dans la cuisine, Shrinia avec l'elecsprint familial dans un coin qui leur est réservé et Balignon près de son assiette sur la table, Maud hume avec délice l'odeur des fourneaux de Mathilde qui emplit toute la maison.
- Tout de même, c'est bien aimable à vous de nous avoir aidé comme ça jeune fille, commente la vieille femme en s'activant près de ses casseroles.
- Ce n'était rien madame, vraiment, assure Maud qui sent tout de même venir les courbatures après sa journée et un travail assez éreintant. C'était bien le moins que nous puissions faire après votre accueil si généreux.
- Bah, les dresseurs en voyage devraient toujours trouver un toit pour dormir, décrète Benjamin. Ici c'est comme ça, le moindre visiteur qui entre a une assiette sous le nez et un bon lit pour la nuit.
- Je vous en remercie, balbutie l'adolescente encore peu habituée à une telle amabilité venant de parfaits inconnus.

Mathilde apporte le diner, qui est rapidement avalé par les trois humains. Balignon semble apprécier les baies fraiches autant que les feuilles mortes, la petite créature en engloutit une pile respectable. Shrinia partage le menu d'Elecsprint composé de nourriture spécialement conçue pour les pokémons, qui semble lui convenir. Maud parle peu avec ses hôtes durant le repas, se contentant de complimenter la cuisinière et de répondre aux questions qu'on lui pose.
Une fois les assiettes vidées et les pokémons rassasiés, Mathilde se tourne vers son mari.
- Tu devrais lui en confier une, je pense. Des petits jeunes qui aident comme ça, on n'en croise pas tous les jours !

Benjamin acquiesce en grommelant contre son dos, mais se lève pendant que sa femme débarrasse et va fouiller dans une armoire. Maud n'a pas compris un mot de cet échange, et s'apprêtait à aider Mathilde dans son rangement, lorsque le vieillard revient près d'elle et lui fourre un objet assez volumineux dans les bras. Balignon s'approche de la chose inconnue, apparemment très intéressée par la cloche transparente qui la surmonte.
- C'est pour toi, Maud, explique Benjamin en se rasseyant. Cette serre portable sert à faire pousser des baies n'importe où, nous les fabriquons nous-mêmes. Tu plantes une baie dans la terre, tu arroses, et un arbre sort au bout de quelques jours. Plus qu'à récolter les baies sur ses branches !
- C'est trop gentil, je... je ne peux pas accepter, bégaie Maud éblouie par cette invention qui lui était totalement inconnue.
- Mais si, mais si, rétorque Mathilde qui n'a pas perdu un mot de la conversation. On ne voit pas passer grand-monde, encore moins souvent des gens aimables comme toi. On a plein de serres portables comme celle-là, autant que ça serve.

La jeune dresseuse se confond en remerciements, les joues rouges d'embarras comme de plaisir. Le couple lui adresse des regards touchés et bienveillants, un peu nostalgiques de leur propre jeunesse peut-être.
- Tu as vu ça, Shrinia ? C'est formidable !
- Rhin rhiiiin, approuve la rhinocorne depuis le bout de la pièce.
- Un bien beau spécimen que tu as là, commente Benjamin en observant la pokémon roche et sol. Shrinia, c'est ça ? Et cette jolie Balignon, elle a un nom ?

La créature rose observe sa nouvelle dresseuse, qui lui renvoie son regard. Elles ne se connaissent pas encore, mais la pokémon fraîchement capturée ne semblait pas malheureuse de sa condition en sortant de sa ball. Cela n'implique pas qu'elle désire se faire renommer, ni même qu'elle comprenne le principe d'un surnom.
- Je ne lui en ai pas encore trouvé un, à vrai dire, avoue Maud. Sa capture est très récente, je dois y réfléchir.

Un dialogue s'établit entre Shrinia et sa nouvelle coéquipière, dont bien sûr les humains ne comprennent pas un traître mot. Leur dresseuse profite de cet échange pour creuser la question, comme elle l'a fait pour sa rhinocorne.
Balignon est décidée, confiante, enthousiaste même à l'idée de se battre. Mais elle semble aussi aimer prendre soin des autres, qu'il s'agisse de protéger ou de servir. Maud se souvient alors de sa capture, au pied de cet arbre baigné d'une couleur rouge presque irréelle. Les feuilles dorées tout autour avaient rendu cette scène féerique, il faut que le surnom de Balignon rappelle cet instant de grâce. Avec sa couleur rosée, ses petits pieds adorables et sa peau évoquant une fleur, Balignon apparait désormais à sa dresseuse comme un être délicat, venu d'un autre monde plus fantastique.
- Alwine, finit par prononcer Maud.

Sa nouvelle pokémon se retourne en entendant ce nom, montrant un regard curieux. Elle fixe sa dresseuse un moment, attendant sans doute une explication en plus de ces deux syllabes.
- Tu t'appelles Alwine, si cela te convient.

Le petit être prend alors un air pensif, réfléchissant de longues secondes. Finalement, Balignon lance un cri qui n'est pas joyeux ou triste, et que l'adolescente ne sait pas interpréter.
Elle se tourne vers Shrinia, qui hoche la tête positivement.