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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 05/01/2020 à 08:39
» Dernière mise à jour le 05/01/2020 à 15:48

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 19 : Les tensions de la nuit
An 1680, 2 février, 9h05, Lavanville, Tour Sombre, Perchoir du Prédicateur



Je n'aimais pas quémander des faveurs, et ce pour deux raisons. Une : j'étais roi, et un roi ne demandait pas, il ordonnait. Deux, ma fierté naturelle m'accordait guère de disposition dans ce domaine. Mais tout roi et tout puissant que je fus, il y avait des choses qui continuaient à m'échapper. Comme par exemple, la localisation de ce traître de Breven, que Giratina l'emporte !

- C'est une mauvaise idée, me répéta une nouvelle fois Iskurdan.

Nous patientons tout deux dans les quartiers du Prédicateur Ivunio Grande, au plus haut de la Tour Sombre de Lavanville, siège des Agents de la Fatalité. C'était moi qui avait demandé cette entrevue, mais il n'en restait pas moins que faire attendre son roi, surtout quand celui-ci était si énervé, était peu recommandé. Mais Grande était au dessus, dans le Sanctuaire de Falkarion, un lieu qui lui était réservé et où il ne devait en aucun cas être dérangé. Était-il en train de prier ? Ou bien le Maître de la Fatalité était-il ici, juste en haut ?

- Ça ne fera que la dixième fois que tu me le dis depuis que nous avons quitté le château, maugréai-je.

- Traiter avec les Agents est dangereux, insista le Maître Aura Gardien. Ils ne font jamais rien sans rien. C'est dans leur nature même, et celle de leur dieu. Et la plupart du temps, les marchés passés avec eux ne sont pas à l'avantage du demandeur…

- Il n'y aura pas de marché. J'ai accordé pas mal de choses à Grande depuis qu'il occupe ce poste.

- Des choses que tu leur avais prises il y a près de vingt ans, suite à cette tentative d'assassinat contre ta femme…

- C'était bien plus que ça, Iskurdan. C'était une trahison, une alliance subversive entre plusieurs Agents et des nobles félons pour faire tomber la monarchie. Il ne s'agissait pas de quelques Agents renégats qui avaient voulu tuer Elsora juste pour causer du tort à Destinal.

- Tu as épousé l'Oracle, souligna l'Aura Gardien. Il était normal que nombre d'Agents éprouvent de la crainte à voir la cheffe de leurs ennemis mortels devenir soudainement reine du royaume.

Je me rappelais bien sûr que mon ami et conseiller Aura Gardien s'était largement prononcé contre ce mariage, pour des raisons politiques et diplomatique. Je l'avais copieusement envoyé se faire voir. Non pas qu'il avait eu tort, mais si l'amour avait quelque chose à voir avec la raison, ça se saurait. Je ne regrettait aucunement mon geste, et aucune de ces années passées aux côtés d'Elsora, même après qu'elle m'ait été arraché si tôt, il y a un an et demi. Et si j'étais là aujourd'hui, à vouloir demander un service aux personnes que j'ai longtemps méprisé, c'était pour la venger.

Le Prédicateur finit par se montrer, descendant les escaliers menant au Sanctuaire de Falkarion. Ivunio Grande était un homme d'une prestance indéniable, grand et solide, avec une courte barbe noire et des yeux pénétrants. Il avait plus ou moins la cinquantaine, et un esprit acéré. Mais contrairement à son prédécesseur, il était intelligent, diplomate et surtout raisonnable. C'était un homme avec qui je pouvais discuter et m'entendre, malgré la foi qui nous séparait, et à défaut d'être mon ami, je le respectais.

- Votre Majesté, Seigneur Iskurdan. C'est un grand honneur que de vous accueillir dans mes modestes appartements. Je vous prie de m'excuser l'attente. Les voies de la Fatalité étaient bien fluctuantes, ce matin…

- Bien sûr... fis-je en ayant aucune envie de parler des voies de la Fatalité. Je suis ici pour une demande bien précise, Grande. Je sais que les Agents ont un raison efficace d'espionnage et de renseignement. Et surtout, vous êtes discrets, contrairement aux Gardiens qui ne peuvent s’empêcher de parader en grande pompe partout où ils passent. On dit même que vous pouvez commander aux spectres et aux Cornèbre pour qu'ils soient vos yeux et vos oreilles un peu partout.

- On dit bien des choses sur nous, Sire, répondit modestement le Prédicateur. Je serai ravi de chercher pour vous toute information que vous désirez, bien sûr.

- Breven, crachai-je entre mes dents. Je veux sa tête, et pour cela, j'ai besoin de tout ce que vous pourrez dénicher sur lui : lieu, habitudes, identité... tout !

Grande s'assit à son bureau en haussant les sourcils.

- Le Seigneur Breven a été votre Haut Conseiller pendant près d'un siècle, Sire. Je pense que vous devez mieux le connaître que nous.

- J'aurai pu passer un millénaire avec lui que je n'aurai rien appris de plus. Cet homme – si s'en est vraiment un – a toujours tout dissimulé de lui. Je suis même quasiment sûr que Breven n'est pas son vrai nom.

- Et, si je puis me permettre, quelle serait la cause malheureuse de cette séparation entre vous, alors que vous avez accompli tous deux de grandes choses pour le royaume durant tout ce temps ? Demanda Grande d'une voix douceureuse.

Je serrai les poings et sentit la colère me gagner.

- Vous ne devez rien ignorer de ce qu'il s'est passé il y dans mon château en novembre d'il y a deux ans ?

- Une effroyable explosion de toute l'aile droite, qui, dit-on, aurait entraîné la mort de la reine, répondit Grande. Et l'on dit aussi que cette explosion serait de votre fait, sire. Bien sûr, je ne pourrai jamais croire à cela…

- Vous jouez un jeu dangereux, Prédicateur…

- La vie n'est qu'un vaste jeu, Votre Majesté. Il se terminera de la même façon pour tout le monde, alors autant jouer, et y prendre du plaisir.

Je tâchai de recouvrer mon calme. Menacer cet homme serait inutile.

- J'ai bien provoqué l'explosion, avouai-je. Un moment de colère, et une partie de mes pouvoirs se sont échappés. Mais ma femme était morte avant cela. Des mains de Breven.

- Non pas que je doute de votre parole, Sire, mais pourquoi diable le Haut Conseiller irait tuer Sa Majesté la Reine ?

- Breven a toujours fait ce qui était bon pour Breven. Il a toujours eu ses propres plans, qui vont bien au delà de sa seule ambition ou du bien être des habitants de Johkania. Et c'est aussi pour les connaître que je vous demande ça aujourd'hui. Je répète : toutes les informations que vous pourrez dénicher, de quelques manières que ce soit. Ne tentez rien si vous le trouvez bien sûr ; je le soupçonnes de pouvoir décimer cette tour et tous ses occupants en moins de deux, même si votre Dieu se trouve un étage plus haut.

Grande dut prendre cela pour une insulte ironique envers Falkarion, mais ce n'était rien de tel de ma part. Breven était bien plus qu'un simple humain. Largement plus.

- Je verrais ce que je peux faire, Sire, dit finalement le Prédicateur. Pour vous, pour le Royaume, mais aussi pour mon maître. Le Seigneur Falkarion s'est toujours méfié de cet individu qui se trouvait à vos côtés depuis tout ce temps. Apparemment, il avait raison... comme toujours.


***





Iskurdan n'aimait pas être tiré de son sommeil en pleine nuit, surtout quand ses heures de repos devenaient de plus en plus réduite. Mais quand un Soldat de la Paix vint l'avertir qu'il y avait une une rixe entre Despero et la Sainte Garde aux portes même de Safrania, il ne put faire autrement que se lever au plus vite, en se servant de l'Aura pour s'éclairer les sens. Il chercha ses habits d'Aura Gardien, avant de se rendre compte qu'il ne les avait même pas enlevés pour dormir. Avec l'intrusion du prince Ametyos, l'incendie et le blocus, il avait jugé plus prudent de les garder, au cas où il devrait se lever à tout moment. Il avait eu raison.

- Que s'est-il passé exactement ? Demanda-il au garde alors qu'il sortait de ses quartiers en traversant le grand couloir ouvragé de la chambre du Haut Conseil.

Il avait certes une demeure en ville, mais les affaires et les problèmes se multipliaient tellement ces temps ci qu'il avait l'impression de passer sa vie au Haut Conseil.

- Sainte Alysia et Lord Despero n'ont pas voulu nous en dire plus, mon seigneur, soupira le garde. Ils sont tous deux très énervés, et vous ont demandé expressément. Mais apparemment, Despero et sa disciple avaient capturé le Karkast, mais la Sainte Garde est arrivée et a exigé qu'ils leur remettent le prisonnier. Il s'en est suivi un quasi-affrontement entre eux, et Ametyos en a profité pour filer…

Iskurdan ferma les yeux en prévision de la série d'emmerdes qui allaient découler de tout ceci. Il allait encore devoir jongler avec précaution entre Destinal et les Agents, et cette fois en plus en se coltinant Valrika qui allait probablement se plaindre du résultat et proférer à qui elle voulait qu'il aurait mieux fallu laisser ses Vengeurs sur le coup comme elle l'avait demandé. Iskurdan entra donc dans la salle du conseil, où Despero et Alysia se trouvaient, chacun à un coin opposé de la pièce en se jetant des regards noirs. L'Aura Gardien pouvait presque sentir des éclairs crépiter, tant la tension était extrême.

- Pitié, dites-moi que vos conneries n'ont entraîné aucun mort et qu'on aura pas une guerre civile sous les bras ? Commença Iskurdan.

- Non, mais vous devriez vous réjouir que moi, je sois bel et bien vivant, répliqua Despero. J'ai tenu à vous voir au plus vite à ce sujet : pour émettre une plainte officielle contre la Sainte Garde et leurs dirigeants, Karion et Alysia, qui ont manqué de m'assassiner alors que je n'agissais que pour la sûreté du royaume.

- Cessez votre cirque, Despero, ricana Alysia. Vous avez voulu attraper Ametyos pour votre seul crédit, et celui des Agents de la Fatalité. C'était la Sainte Garde que le Seigneur Iskurdan avait mandatée pour…

Le manque de sommeil et les éternelles prises de bec entre ces deux là firent perdre momentanément à Iskurdan son sang-froid pourtant légendaire. Il laissa s'échapper de son corps un filet d'Aura qui, mélangé à ses pouvoirs de feu hérité du Pokemon Arcanin, produisirent une vague de chaleur qui engloba la totalité de la salle. Alysia cessa immédiatement de se plaindre et Despero jeta un regard soupçonneux et inquiet à l'Aura Gardien, dont on disait qu'il pouvait éliminer toute vie à plusieurs mètres en quelques secondes grâce à son attaque Surchauffe.

- ASSEZ ! Tonna-t-il. Êtes-vous des dirigeants de cette région, ou deux enfants qu'il faut punir pour qu'ils cessent enfin leurs chamailleries ?! Je n'ai qu'une vague idée de ce qui a pu se passer, mais j'en ai assez compris pour savoir que vos inepties ont permis à Ametyos de s'enfuir alors que nous l'avions entre nos mains !

En réalité, une partie de la colère d'Iskurdan à ce sujet était feinte. Ça ne le dérangeait pas outre mesure que le gamin s'en soit tiré, mais s'il fallait en contrepartie gérer un conflit ouvert entre les Agents et les Gardiens, ce serait un peu trop cher payé. Il ordonna alors aux deux autres Héros de lui faire un résumé de ce qui s'était passé, mais il dut bien sûr jongler entre leurs deux témoignages, souvent contraires, pour se faire une idée objective de la chose.

- Alysia disait vrai, Despero, fit enfin Iskurdan quand ils eurent fini. J'avais effectivement demandé à la Sainte Garde d'appréhender Ametyos, ceci pour éviter d'avoir les Vengeurs qui fassent n'importe quoi en ville. Elle avait donc toute légitimité pour vous demandé de lui remettre votre prisonnier. Cela étant…

Il se tourna ensuite vers Alysia avec un regard sévère.

- ...menacer de la sorte un Héros, alors qu'il n'avait avec lui qu'une Adepte, et qu'il ne représentait donc aucune menace pour toute votre garnison, n'est pas acceptable.

- Ils ont fait plus que me menacer, ajouta Despero. Des flèches ont volé vers moi.

- La situation était tendue et complexe, tenta de se justifier Alysia. Nos Galopa étaient victimes d'attaques inconnues. Il apparaîtrait que c'était l’œuvre d'un Pokemon Spectre complice d'Ametyos, mais sur le coup, les seules personnes visibles capables de ça étaient Despero et l'Adepte.

- Et j'ai bien dit que ce n'était pas moi, mais j'aurai eu plus de succès à converser avec un Ronflex endormi, rétorqua Despero. Quel intérêt aurai-je à attaquer la Sainte Garde au complet, surtout avec Karion et vous à sa tête ? J'ai sans doute beaucoup de défauts, mais je ne suis pas fou.

Iskurdan se massa les yeux. Bon, la situation aurait pu dégénérer, mais n'était pas trop grave. Despero serait bien sûr dans son bon droit de se plaindre officiellement, mais Iskurdan comptait sur son bon sens et sur de possibles et désirées excuses d'Alysia pour éviter ça.

- Et du coup, le fugitif et son complice Pokemon ? Demanda-t-il.

- Évaporés, répondit Alysia. On spécule que c'est le fait de la jeune adepte Fedoren. Despero lui a donné l'ordre d'attraper le prince et de se téléporter à Lavanville. Mon tout nouvel écuyer et son amie sont aussi manquants. On présume qu'ils ont été téléportés dans la mélée.

- Donc, Ametyos serait entre les mains des Agents alors ? Résuma Iskurdan. On ne l'a pas perdu.

Il essaya de faire mine de s'en réjouir, mais il aurait bien aimé que le fils de Myrevia ait réussi à s'échapper, surtout connaissant le sort que Valrika réservait à son oncle.

- Parce que vous croyez que le Prédicateur vous le remettra bien gentiment ? Demanda Alysia.

- Il y a un mandat d'arrêt régional sur Ametyos Karkast. Nukt est tenu de nous le livrer.

- Vous êtes bien naïf, mon seigneur, rétorqua Alysia d'un ton à la limite de l'insulte. Il va se le garder pour accroître le prestige des Agents... ou pour Provideum sait quoi. Les Agents ont souvent comploté avec les Karkast par le passé après tout…

- Si vous voulez faire un concours de liens avec Zephren, je si dans l'obligation d'avouer que les Gardiens nous battent à plate couture de ce côté là, ironisa Despero. Il me semble vaguement que sa femme était une de vos anciennes Oracles.

- Suffit, ordonna Iskurdan avant qu'Alysia n'ait pu rétorquer. Nukt nous remettra Ametyos s'il le détient, et ce sans discuter. J'en fais mon affaire. Quant à vous, Alysia, vous devrez présenter vos excuses à Lord Despero pour les menaces et l'attaque dont il a fait les frais. Pas des excuses publiques, précisa-t-il en voyant la tête qu'elle faisait. Ici, maintenant, entre nous.

- Croyez-vous que je vais me contenter de ça ? Demanda l'ancien noble.

- Je vous le demande, oui, soupira Iskurdan. Ne laissons pas cette affaire aller plus loin que nécessaire.

- Si l'Adepte les a bien téléporté à Lavanville, alors mon écuyer Garneth et son amie Spinellie sont entre les mains des Agents en ce moment, signala Alysia. Vous exigez des excuses, mais vous pouvez me certifier qu'aucun mal ne leur sera fait et qu'ils me seront rendus ?

Iskurdan soupira une nouvelle fois. Il avait oublié ce détail. Pour un écuyer de la Sainte Alysia, Lavanville n'était certes pas une destination très sûre.

- Si ce garçon se tente rien de stupide et reste tranquille, il ne court aucun danger, répondit Despero. Nous autres Agents, nous n'inventons pas des crimes imaginaires à l'encontre de ceux qui ne partagent pas notre foi.

- C'est quoi ce genre de sous-entendu ? S'indigna Alysia.

- Allez demander à votre Inquisiteur Bicéphargue.

Iskurdan se retint à la fois d'exploser et de pleurer. Il était tard, il avait sommeil, et une énorme envie de prendre ces deux là pour leur cogner le crâne l'un contre l'autre.

- De grâce, chers collègues, arrêtons ça maintenant ! Alysia, s'il-vous-plait, faite vos excuses à Lord Despero...

À en juger à son regard, la Sainte préférait sans doute se trancher la gorge avec son épée que présenter la moindre excuse à son rival. Elle ne l'aurait pas fait s'il y avait eu quelqu'un d'autre en plus d'Iskurdan, mais en l’occurrence, refuser alors qu'ils n'étaient que tous les trois serait assez mal passé et baisserait largement son crédit auprès d'Iskurdan. Alors, après plusieurs secondes d'hésitation douloureuse, elle baissa les yeux et marmonna d'un air mécanique :

- Je vous présente mes excuses, au nom de la Sainte Garde, pour la façon dont vous avez été traité, Despero…

Iskurdan souffla de soulagement. Il devait penser que ça suffirait. Voir la si fière et noble Alysia s'humilier de la sorte aurait largement du satisfaire Despero. En temps normal, ç'aurait été vrai. Bien que loyal aux Agents, le Cinquième Héros était un homme de paix, qui respectait Iskurdan et ses efforts sincères pour maintenir le calme et la stabilité. Mais le Prédictateur Nukt avait été très clair lors de leur dernière rencontre. Il lui avait ordonné de saper l'autorité de l'Aura Gardien, par tous les moyens possibles. Ce fut donc à regret qu'il déclara :

- Je regrette, Seigneur Iskurdan, mais ce n'est pas suffisant. J'ai toujours été traité avec mépris par le Haut Conseil, moi, et les demandes que je formulais. Cette fois a été la fois de trop. Je vais rapporter cet incident au Prédicateur. S'il détient Ametyos et l'écuyer d'Alysia, je lui conseillerai de les garder jusqu'à que l'on obtienne des excuses officielles et publiques de la part de Destinal.

Iskurdan parut plus surpris qu'en colère. Il avait toujours compté sur Despero pour calmer le jeu et ne pas laisser des polémiques inutiles enfler.

- Enfin voyons... ce que vous demandez n'est pas raisonnable, fit-il. Destinal ne fera jamais rien de tel, surtout si vous tenez un de leur écuyer en otage !

- Nous en avons plus qu'assez de nous faire marcher dessus par Destinal, sur plus ou moins tous les sujets. J'ai accepté de me coucher et de calmer le jeu quand Karion a tué l'Adepte Jyren, alors qu'il s'agissait là d'un acte de guerre. Trop c'est trop. Si vous voulez éviter un bain de sang à venir entre nos deux cultes, je vous suggère d'un peu plus serrer la laisse des Gardiens.

Puis il fit demi-tour d'un mouvement théâtral pour quitter la pièce, mais s'arrêta à mi-chemin. Il y avait autre chose. Quelque chose qu'il devrait apprendre à Iskurdan. Non, en fait, il ne devrait pas. Il devrait le dire en priorité au Prédicateur. Mais si Ametyos était déjà à Lavanville entre ses mains... Despero frissonna en songeant à ce que quelqu'un comme Nukt pourrait faire s'il avait cette « chose » entre ses doigts. Une fois de plus, l'ancien noble fut écartelé entre sa loyauté envers les Agents et le Prédicateur, et son désir de paix. Mais cette fois, ce fut le second qui triompha.

- En tant qu'Agent de la Fatalité, je ne devrai pas vous dire cela, commença-t-il. Mais en tant que Cinquième Héros et protecteur de la paix du royaume, il me serait malavisé de me taire... Quand la jeune Palyne et moi-même avons intercepté Ametyos, juste avant que la Sainte Garde n'arrive, j'ai vu le poignard du prince. Une dague finement ouvragée, clairement d'origine royale, et sertie d'une pierre mauve et parfaitement lissé sur le pommeau. Je ne l'ai vue que quelques instants, mais je l'avais assez vu auparavant entre les mains de Zephren pour ne pas me tromper : il s'agissait de la Johkanroc. Ametyos Karkast l'a en sa possession.

Le regard d'Alysia se fit plus sombre encore, et Iskurdan hocha lentement la tête.

- C'est ce que nous redoutions. Mais ce n'est guère une surprise. Myrevia l'avait volée à son père quand nous assiégions son château, ce qui nous a permis de vaincre Zephren. Quand Valrika l'a tuée, elle n'avait pas la Johkanroc sur elle. Elle l'a certainement remise à son fils.

- Mais cette pierre maudite n’obéissait qu'à Zephren, non ? Questionna Alysia. Ce bâtard ne saurait s'en servir... n'est-ce pas ?

- J'ignore comment fonctionne cette pierre, ni ce qu'elle est réellement, répondit Iskurdan. Zephren n'a jamais été très bavard là dessus, si ce n'est qu'il s'agit d'un trésor antique de sa lignée remontant au Roi-Dynaste. Une chose est sûre : cette Johkanroc est dangereuse, et plus encore si celui qui l'a détient est en quête des morceaux dispersés du plus grand tyran de ces siècles derniers.

- Et si Ametyos est bien prisonnier de la Tour Sombre à l'heure qu'il est... alors c'est le Prédicateur qui détient la Johkanroc, acheva Alysia avec un regard accusateur en direction de Despero.

Ce dernier leva les mains en signe d'innocence.

- J'ai été honnête avec vous, alors que j'aurai dû ne rien vous dire, encore plus si mon maître possède cette pierre. Si c'est le cas, sachez alors que le Prédicateur détient de quoi négocier encore plus ardemment. Il serait sage donc de revoir les différents rôles et poids des Agents et des Gardiens au sein du royaume. Sur ce…

Il quitta la salle du conseil, laissant là une Alysia furieuse et un Iskurdan plus inquiet et fatigué que jamais. Ce dernier ne revint pas à la Sainte. Il n'avait plus la force de tenter de convaincre qui que ce soit. Du moins pour cette nuit. Il lui souhaita à peine bonne nuit quand il sortit, et signe qu'elle avait compris qu'il n'accepterait plus aucune parole de plus, elle ne chercha pas à le retenir. Iskurdan revint dans ses quartiers en espérant finir sa nuit, mais il ne lui suffit que de une demi-heure pour se rendre compte qu'il ne pourrait pas se rendormir maintenant, et de dépit, il se leva. Quitte à ne pas pouvoir dormir, autant préparer l'inévitable conseil de demain, avec Valrika en plus dans l'équation, qui ne manquerait pas de lui pourrir copieusement la journée.

Avant de rédiger ses papiers, il sortit du Haut Conseil pour prendre l'air un moment. La nuit était fraîche mais pas glaciale, et surtout, elle était calme. Le calme était ce qui avait toujours manqué au vénérable Aura Gardien. Mais bon, c'était lui qui l'avait choisi. Il aurait très bien pu rester sa vie entière à Alamirgo, la forteresse des Aura Gardien, à méditer et à enseigner parmi ses pairs. Mais il avait choisi en lieu et place de s'investir pour sa région natale, d'abord aux côtés de Zephren, puis des autres Héros. Il avait fait ce qui était largement déconseillé pour les Aura Gardiens : de la politique.

- Et je pense que je ne vais cesser de le regretter jusqu'à ma mort, soupira Iskurdan pour lui-même.

- Ce qui te laisseras encore pas mal d'années de regret, lui répondit une voix ironique.

Iskurdan, qui avait reconnu cette voix, se tourna lentement vers la jeune femme à la longue chevelure rousse et à la tenue vaguement militaire débraillée.

- J'ai déjà 118 ans, ma fille, précisa Iskurdan.

- Bah, pour un Aura Gardien, c'est juste la fleur de l'âge. Si tu fais gaffe à ton alimentation, tu peux compter vivre encore au moins soixante années de plus.

Aezalise Leryanne Asuneos était la fille unique d’Iskurdan. Contrairement à son père qui comptait depuis longtemps sur l'Aura pour ralentir le vieillissement de son corps, Zali avait plus ou moins l'âge qu'elle laissait transparaître, à savoir une trentaine d'années. Même si Iskurdan l'aimait de tout son cœur, elle avait été une erreur, un moment de faiblesse. Jamais Iskurdan n'avait envisagé avoir d'enfant. La mère de Zali, Serisa, était l'une des nombreuses courtisanes de Zephren. Un soir, le roi et son ami Aura Gardien avaient un peu trop bu, et Iskurdan s'était retrouvé le matin entre les bras de cette femme, sans guère de souvenir de la veille. Et ça impliquait forcément qu'Iskurdan avait du beaucoup boire, car normalement, l'Aura était une protection à l'ivresse.

Zali était arrivée ensuite, à la grande consternation d'Iskurdan. Il n'avait aucunement le temps ni les capacités d'élever un enfant, mais il n'avait pas pu laisser Serisa dans sa condition. Il avait donc demandé à Zephren de la libérer de son service, et avait payé la somme nécessaire pour qu'il lui trouve une maison correcte. Le roi, qui avait trouvé la situation du premier comique, avait accepté sa requête. Iskurdan n'avait eu aucune intention de garder le contact avec cette femme d'un soir et sa fille bâtarde, du moment qu'elles pouvaient se débrouiller sans lui. Mais voilà, il est apparut quelques années plus tard que l'enfant avait des prédispositions aux pouvoirs d'Aura Gardien.

Un coup du sort, ou plutôt de malchance. La transmission des pouvoirs d'Aura Gardien n'était pas assurée quand les deux parents en étaient, donc quand il n'y en avait qu'un, c'était encore plus rare. Mais dès lors, Iskurdan ne pouvait plus ignorer sa fille. En tant que Maître Aura Gardien, il avait le devoir de localiser les potentielles personnes comme lui et de les mener à Alamirgo pour qu'ils y soient formés. Il avait donc officiellement reconnu Zali en lui donnant son nom, et avait pris une part importante dans sa formation.

Quand elle est devenue une Aura Gardien à part entière, la jeune femme avait demandé à être affectée à Johkania. Pas pour être avec son Maître de père, mais pour rester près de sa mère. Elle vivait chez elle et prenait soin d'elle. Du coup elle n'était pas spécialement proche de son père, qui n'avait jamais été présent pour elles, à part pour leur acheter une maison au tout début. Iskurdan en avait honte, mais il ne pouvait rien faire de plus. Il était totalement ignorant de comment gérer une ancienne amante d'un soir et une fille non désirée. Et il n'avait pas pu demander des conseils à son vieil ami Zephren de ce côté là, car le roi, s'il avait laissé des bâtards un peu partout, ne se souciait nullement d'eux.

- Que fais-tu si tard ? Demanda Iskurdan.

- Mon boulot. Je commande la plus grosse unité de Soldats de la Paix de la ville, et comme elle est sous blocus, on est tous réquisitionné pour patrouiller.

- Plus pour longtemps, j'imagine. Ametyos est en dehors de nos murs à présent.

- Ouais, j'ai cru comprendre qu'il y avait eu du grabuge dehors entre Lord Despero et la Sainte Garde au sujet de cette graine de Karkast. Et c'est pour ça que ton Aura est si flippante au point que tu risques de foutre le feu au Haut Conseil ?

Iskurdan grimaça. Il avait toujours pris garde de dissimuler son Aura quand sa fille était pas loin, car Zali avait toujours eu une étonnante disposition à pouvoir les discerner précisément, et de fait à lire les émotions de leurs possesseurs. Ce qui était assez étrange, car Zali n'était pas l'Aura Gardienne d'un quelconque Pokemon usant de pouvoirs mentaux, mais de Galeking, un Pokemon Acier connu pour sa résistance physique.

- Eh, y'a pas de problème avec ça, lui assura-t-elle quand elle se rendit compte que son père était gêné qu'elle l'ait percée à jour. Lâches-toi, un de ces jours. Je crois que ça ne leur ferait pas de mal de se rappeler qui est le patron !

- Justement, je ne suis pas le « patron », Aezalise.

- T'es le leader des Héros.

- C'est juste un titre honorifique. Je ne suis même pas le premier. C'est Breven, même s'il est rarement là. Le Conseil des Héros a un fonctionnement démocratique, et chaque membres sont égaux. Je ne peux pas tout régler à coup d'Aura ou de flammes. Je ne vaudrait pas mieux que Zephren alors.

Ce qui fit rouler des yeux sa fille. Zali avait toujours été un esprit libre, voir rebelle. Elle méprisait la politique, et avait toujours eu une certaine difficulté à respecter les règles des Aura Gardien. Iskurdan avait fait ce qu'il avait pu pour la responsabiliser, mais étant donné leur situation familiale compliquée, il doutait d'en avoir beaucoup le droit. Ils passaient peu de temps ensemble. Zali se tenait toujours à l'écart de la politique, pour passer son temps auprès de ses hommes, à s'entraîner au combat avec Duancelot ou à sortir avec des garçons. Si Iskurdan n'était pas en droit de critiquer son mode de vie, il espérait juste qu'elle se montre plus prudente que lui, pour ne pas qu'elle se retrouve avec un ou plusieurs enfants Aura Gardien sous les bras.

- J'voulais te voir, poursuivit Zali. C'est pour ça que je passais par ici. Je quitte Safrania demain matin.

- Tu as demandé une mutation ?

- Je vais le faire, ouais. À Lavanville.

Iskurdan haussa les sourcils. De toutes les villes de la région, Lavanville était bien la dernière ville dans laquelle un Soldat de la Paix aimerait être envoyé.

- Lavanville ? C'est dangereux, Aezalise. Les Agents préfèrent gérer eux-même l'ordre chez eux, et n'apprécient pas que…

- Je suis une grande fille, l'arrêta Zali. Je sais me défendre moi-même. Et l'abruti qui tentera quoi que ce soit contre moi avec son Ascacomb n'est pas encore né.

Ce n'était pas faux. Les Agents de la Fatalité étaient peut-être dangereux quand ils étaient munis de ces pierres qui aspiraient les pouvoirs des Pokemon, mais face à un Aura Gardien entraîné, ils ne faisaient pas le poids. De plus, attaquer la fille du Second Héros, quel qu’en soit la raison, aurait de graves répercussions pour les Agents.

- Puis-je savoir au moins pourquoi tu veux aller là-bas ? Demanda Iskurdan.

- Oh, pour... voir du pays. C’est bien toi qui me répète à longueur de journée qu’il faut s’enquérir de comment va notre bon peuple, n’est-ce pas ? Et Safrania commence à me saouler. Lavanville est plus calme.

- Bien sûr…

Zali ne lui parlait jamais des garçons avec qui elle sortait, et s'était efforcée d'être discrète avec celui avec qui elle était actuellement, mais Iskurdan n'était pas aveugle. Il savait que sa fille fréquentait l'assistant de Lord Despero depuis un petit moment déjà. Il n'avait rien dit car ce jeune homme, Rufio, semblait être un Agent correct, responsable et gentil, mais ça l'inquiétait tout de même. Pour des raisons politiques évidentes, mais aussi car le jeune homme en question était un Fedoren, qui avaient la fâcheuse habitude de ne pas vivre bien vieux ou d'être au centre de manigances en tout genre, à cause de leur aptitude unique à forger les Ascalines.

Probablement que si Zali voulait aller à Lavanville, c'était que Rufio Fedoren avait été rappelé là-bas. C'était sans doute sérieux, entre eux. C'était plus qu'une petite amourette passagère. Mais Iskurdan ne dirait rien. Il n’empêcherai pas sa fille d'aller là-bas, ne la mettrait pas en garde, et ne dirait même pas qu'il était au courant pour eux. D'une, parce qu'il n'avait aucun droit de se mêler de sa vie, et deux, parce que le libre arbitre était le propre de la philosophie des Aura Gardiens. Il ne pouvait que lui dire ceci :

- Très bien. Sois prudente quand même, et passe voir ta mère de temps en temps.

- C'est ça. Si j'apprends quoi que ce soit d'intéressant sur les Agents et leurs projets, je te tiens au courant.

Même si Zali se tenait le plus loin possible de la politique, elle n'était pas idiote. Elle n'ignorait rien du fait que le Prédicateur Nukt se montrait de plus en plus inquiétant dans son attitude belliqueuse. Même si son fiancé était un Agent, Aezalise Leryanne Asuneos pensait avant tout au royaume tout entier. C'est pour cela en outre qu'Iskurdan la laissait faire. Il savait que sa fille ne trahirai jamais l'Ordre, qu'elle resterait fidèle à ses devoirs d'Aura Gardien, quelque soit ses attaches. Et en cela elle se montrerait bien plus honorable que son père, qui avait tant attendu et hésité, alors que Zephren décimait ses propres sujets.