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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 03/11/2019 à 09:57
» Dernière mise à jour le 04/11/2019 à 22:54

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 17 : Dans l'obscurité
An 1682, 15 mars, 19h05, Bosquet de Sélène



Le crépuscule tombant assombrit le cimetière abandonné de Sélène, et ses nombreuses tombes datant de plus d'un demi-siècle. Plus personne ne venait ici, en ce lieu dévasté, connu de peu de monde, et qui n’abritait plus que des Pokemon Spectre. Pourtant, à l'heure actuelle, plusieurs personnes s'y trouvaient, et pas des moindres. Moi, Zephren, le souverain de Johkania, ainsi que mes deux enfants, le prince Kieran et la princesse Myrevia. Iskurdan, mon ami Aura Gardien, se tenait un peu plus loin derrière, pour nous laisser une certaine intimité en famille. Et encore plus loin, une petite escorte de soldats loyaux et discrets nous attendaient. Nous étions tous trois devant l'entrée d'un caveau, seul monument relativement récent et entretenu dans cet espace délabré.

Quatre ans. Cela faisait quatre ans, jour pour jour, que ma femme Elsora m'avait quitté. Non... le terme n'était pas exact. Elle m'avait été arrachée, plutôt. Arrachée par un homme en qui j'avais confiance, qui avait été mon plus proche conseiller, et même mon ami. Jamais une trahison n'avait été aussi douloureuse, et pourtant, durant toutes mes années de règnes, j'en ai connues pléthore. Quatre ans que je ne vivais plus qu'à moitié. Quatre ans que toute la puissance de ma couronne ne pouvait plus compenser l'absence de ma chère et tendre. Mais quatre ans de haine, et de promesse ; toujours la même, celle de venger Elsora. De trouver Breven, et de l'éliminer à tout jamais, si possible dans les plus âpres souffrances.

Je l'avais enterrée ici, dans cet ancien village où ses parents avaient vécu. Des parents que j'avais sauvés, au temps jadis, d'une folle bataille entre les Agents de la Fatalité et les suppôts de Destinal. Provideum avait prophétisé la naissance d'une future Oracle de deux habitants de ce village, dont l'un était un Fedoren loyal à Destinal. Évidemment, il n'en avait fallu pas plus pour que le Prédicateur de l'époque n'envoie ses propres hommes avec pour mission de détruire le village et de tuer tous ses habitants, et que les Gardiens n'envoient les leurs pour les défendre.

Je n'en avais rien à faire à l'époque de cette enfant prophétisée qui devait devenir la voix de Provideum, mais je n'acceptais pas que ces deux cultes de malheurs fassent ce qu'ils veulent dans mon royaume. Je m'étais donc déplacé en personne, et après quelques morts, les Gardiens et les Agents avaient vite détalé. Total, malgré la destruction de Sélène, certains villageois ont pu survivre grâce à moi. Et quelques années plus tard, la prophétie de Provideum se réalisa. Ce dont je ne m'étais pas douté, c'est que j'allais épouser, des décennies plus tard, la fille en question : Toprah Fedoren, qui prit le nom d'Elsora quand elle devint l'Oracle de Provideum.

- Venez présenter vos respects à votre mère, ordonnai-je à mes enfants.

Myrevia hocha la tête, l'air grave. À quatorze ans, elle était déjà le portrait crachée d'Elsora, et la regarder me faisait toujours aussi mal. Aussi ai-je pris soin de mettre une certaine distance entre nous deux, en me concentrant sur mon fils et héritier Kieran. Mais le garçon de onze ans était faible, comme le démontrait ses larmes tandis qu'on descendait dans la tombe. Mais j'étais sûr que c'était plus à cause de sa peur maladive du noir et des lieux clos que du souvenir de sa défunte mère.

Elle l'avait trop couvée, sans doute à cause du traumatisme lié à la perte de notre premier fils. Total, même en tâchant de l'endurcir de mon mieux, je doutai que ce gosse puisse un jour devenir un digne souverain Karkast. Du moins pas avant des années et des années. Ça tombait bien, car je comptais encore régner un bon bout de temps. Peut-être même que je survivrai à mes enfants, grâce à la Johkanroc qui m'octroyait force et vitalité, et qui tenait à distance la vieillesse et la maladie.

Oui, j'avais encore tant à faire... Elsora, en tant qu'Oracle, l'a prophétisé elle-même : j'étais destiné à sauver ce royaume d'un péril futur. C'est cette certitude qui nous a rapproché, et ce pourquoi elle a fini par renoncer à son titre pour être à mes côtés. Et ce n'était pas les périls qui manquaient : les Gardiens, les Agents, des rebelles infiltrés partout, et surtout, le traître Breven ; un homme aux pouvoirs aussi obscurs que ses projets. Et j'allais sauver mon royaume de toute cette bande. J'allais le faire, car j'étais Zephren Karkast, le Roi Éternel !



***



Un flash, puis de nombreuses secousses. Voilà tout ce qu’avait retenus Ametyos de cette téléportation improvisée. C’était la première fois qu’il se téléportait et la sensation avait été tout sauf agréable, sans doute du fait qu'il était en train de lutter au sol avec trois assaillants. Outre l'Adepte des Agents de la Fatalité, deux membres de la Sainte Garde, un adolescent aux cheveux roux et une fille cinglée qui lui avait sauté dessus en plein vol, s'en étaient pris à lui et à Spookiaou. Total, ça avait secoué dans tous les sens, et Ametyos avait senti comme si ses membres étaient arrachées, chacun dans une direction différente, alors qu'il flottait dans un océan de couleurs qui lui donna la nausée.

Quand finalement le voyage cessa et qu'Ametyos revint dans le monde physique, il se mit à chuter avant même de pouvoir distinguer où il se trouvait, pour mieux percuter ensuite une paroi rocheuse. Sonné et endolori, il prit un moment pour rassembler ses cinq sens et se familiariser avec son environnement. Il ne voyait pas grand-chose autour de lui, malgré ses yeux d'ordinaire perçants. Pas plus qu'il n'entendait les sons inhérents à la nuit, comme le bruit des insectes où le bruissement du vent. Il était dans un espace clos, et la texture du sol lui apprit que c'était une grotte ou une caverne.

Ametyos se demandait ce qu'il fichait là. Cette téléportation non désirée était sans nul doute l’œuvre de l'Adepte de la Fatalité, grâce à sa fichue pierre bleue sur le front qui volait les pouvoirs des Pokemon. Mais si c'était bien elle qui s'était servie de cette attaque, la logique aurait voulu qu'elle l'envoie entre les mains de ses maîtres Agents à Lavanville, hors de portée de la Sainte Garde. Sauf que cet endroit ne ressemblait pas à la Tour Sombre de Lavanville.

Le prince se retint de demander à voix haute où ils étaient, car il se rendit compte que Spookiaou n'était pas lui. Pourtant, Ametyos était sûr et certain que le Pokemon Spectre se trouvait sur lui au moment où ils ont été téléportés. Avait-il échappé à l'attaque ? Ou avait-il été envoyé autre part ? Même si ça ne lui plaisait pas de l'avouer, cette fichue peluche qui bavardait trop l'avait sauvé en provoquant le chaos dans les rangs ennemis. Se retrouver tout seul en un lieu inconnu, sachant que tout le monde ou presque était à ses trousses, avait de quoi le pousser à rechercher de l'aide, qu'importe d'où elle venait.

Mais à peine eut-il cette pensée qu'elle l’écœura. Il tâcha de se reprendre. Il était Ametyos Karkast, le dernier espoir de toute une dynastie. Durant sa fuite lors du face à face entre la Sainte Garde et Despero, il avait pu récupérer son sac avec dedans le morceau de son grand-père dérobé à Duancelot. Il avait également avec lui son héritage, la dague que sa mère lui avait léguée, sertie d'une pierre précieuse unique qui avait appartenu au Roi Éternel lui-même !

La dague... Ametyos se rendit compte qu'il ne l'avait plus à sa ceinture. Et alors il se rappela que cette fille, cette Adepte de la Fatalité, la lui avait prise. Être séparée de cet objet, même s'il avait plus une valeur symbolique qu'une réelle utilité, lui était insupportable. Il devait la retrouver, absolument ! Il le devait en souvenir de sa mère qui lui avait donnée avant de mourir des mains de Valrika. Il devait…

- Aïïïeee... Merde...

Ametyos s'immobilisa et tendit l'oreille. Il y avait quelqu'un près de lui, qui gémissait.

- Chiabrena de chiabrena... Je savais que ça n'allait pas le faire, cette téléportation…

Reconnaissant cette voix et ces jurons de paysan, Ametyos prépara son corps au combat et sauta d'instinct, malgré le peu de visibilité. Un bruit étouffé suivi d'un autre juron quand son genoux entra en contact avec quelqu'un lui apprit qu'il avait bien visé. Palyne se débattit comme une furie, tentant de poignarder Ametyos avec sa propre dague. Ce dernier bloqua son bras et se dépêcha de lui retirer son Ascacomb qu'elle portait en guise de diadème sur le front, pour l’empêcher d'utiliser d'autres pouvoirs psychiques. Il jeta la pierre au loin à l'aveuglette, et lutta contre l'Adepte dans un duel de force.

- Enfoiré !

La jeune femme était forte, plus qu'il ne l'escomptait. Elle tenta de le mordre et d'écraser ses parties intimes avec son genou. Elle avait une meilleure prise que lui sur la dague, mais Ametyos avait usé de sa main libre pour écraser sa gorge, l'étranglant lentement. Palyne résista un moment, mais ses forces disparurent au fur et à mesure que son visage passa du rouge au bleu. Elle finit par lâcher la dague, et Ametyos libéra son cou seulement pour remplacer sa main par sa lame.

Il n'avait pas prévu d'hésiter. Il savait comment faire. Valrika lui avait appris à trancher une gorge, et il l'avait déjà fait. Sur des hommes uniquement, mais ça ne changeait rien pour lui. Homme ou femme, ses ennemis devaient disparaître. En devenant un ennemi du Conseil et des deux religions majeures du royaume, Ametyos était depuis longtemps prêt à faire ce qui devait être fait, sans la moindre pitié.

Et pourtant... Pourtant, quand il vit le regard de la jeune femme, il stoppa son geste. Ses yeux gris très froids jusqu'à présent brillaient d'une lueur de peur, de résignation, celle d'une personne voyant sa propre mort, mais aussi d'une certaine détermination, celle de ne pas supplier pour sa vie. Voyant son visage de près, Ametyos se dit que cette femme devait être encore plus jeune que lui, à peine sortie de l'enfance. Et sans qu'il ne comprenne pourquoi, sachant qu'il allait sans doute le regretter plus tard, il éloigna sa lame du cou de Palyne. Cette dernière fut surprise, et au soulagement se disputa la colère... de ressentir du soulagement, sans doute.

- Eh bien quoi ? Le provoqua l'Adepte. C'est pas le genre de la famille pourtant, d'épargner ses ennemis. T'es vraiment un Karkast, couille molle ?

- C'est pas une paysanne ignare et crédule comme toi, mon ennemi, répliqua Ametyos. C'est ta religion et ses maîtres penseurs qui manipulent les crétins assez débiles pour les croire. Ce serait m'abaisser et faire insulte à mon nom que d'éprouver de la colère pour une fille aussi insignifiante que toi. Tu me fais seulement pitié.

Ametyos se releva, en lui prenant son fouet et en vérifiant bien qu'elle n'avait pas d'autres armes cachées. De toute façon, elle n'aurait pas pu lui faire grand-chose. Ametyos ne l'avait pas remarqué quand ils avaient lutté à terre, mais il réalisa que l'Adepte avait la jambe droite perforée par une pierre, et qui laissait s'échapper une quantité inquiétante de sang.

- Tu vas mourir si tu restes comme ça, lui signala-t-il.

En effet, il avait déjà vu des hommes plus grands et costauds mourir d'hémorragie plus faible que cela. Palyne se contenta de le fusiller du regard, avant d'essayer elle aussi de se lever. Mais avec un gémissement, elle tomba en avant, sa jambe blessée ne la portant plus. Ametyos envisagea un moment de la laisser là à son sort et de chercher une issue, mais ça aurait été au final un sort plus cruel que de lui avoir trancher la gorge. Il soupira avant de se pencher vers la jambe de Palyne et en juger la blessure. Il avait certaines notions médicales. Mais évidemment, Palyne se méprit sur ses intentions.

- Ah, je vois, le masque tombe ! S'exclama-t-elle en prenant un air méprisant et dégoûté. Tu m'as laissé en vie uniquement pour me violer ensuite hein ? J'imagine que ta royale bite n'a goûté qu'à des filles non-consentantes, histoire de te sentir puissant ? Eh bien, je te préviens : même si je suis amochée, avise-toi de la fourrer ou que ce soit en moi, et je te promets que tu ne la reverras pas de si tôt !

- Mais boucle-la, soupira Ametyos. Tu crois que j'irai me souiller avec une manante grossière et fanatique alors qu'on ne sait même pas où on est ?!

- Manant toi-même, blondinet ! T'as vu comment t'es fringué ? Et je sais très bien que t'es un bâtard, un Karkast au rabais donc ! C'était qui ton père ? Un des soldats du roi qui rentrait ivre de la taverne qui est tombé sur ta mère ?

Ametyos aurait bien aimé lui répliquer que non, mais le souci, c'était qu'il ne savait rien de son père. Le roi Zephren avait ordonné à tout le monde dans le palais de ne jamais prononcer son nom, ni même d'évoquer son existence, sous peine de mort. Même sa fille Myrevia et sa pupille Valrika avaient été forcées d’obéir. Au final, tout le monde avait toujours fait comme si Ametyos était né d'une conception immaculée. Les seuls moments où Myrevia avait évoqué son amour de jeunesse avaient été durant ses instants de faiblesses, et seulement pour dire qu'Ametyos lui ressemblant tant…

- Une paysanne sortit de nulle part qui croit que tous les foutus malheurs passés, présents et futurs qui vont la toucher sont l'inéluctable signe de la fatalité est mal placée pour me parler de pureté du sang, répliqua Ametyos.

- Mon sang est pourtant plus pur que le tient, pervers royal. Mes deux parents étaient des Fedoren. Je suis l'une des dernières représentantes de cette très longue lignée. Et pure à 100%... ce qui n'est pas ton cas, bâtard.

Ametyos regarda la jeune femme avec un regain d'intérêt. Une Fedoren, vraiment ? Il n'en restait plus beaucoup, de nos jours. Ametyos en était un également... du moins, un quart d'entre eux. Sa grand-mère, la reine Elsora qui fut Oracle de Provideum avant d'épouser Zephren, en était une. Ce qui faisait que cette Palyne était probablement une cousine éloignée. C'était une raison de plus de la garder en vie. Pas pour leur vague lien de famille, mais parce qu'il était important que cette lignée ne disparaisse pas, même si elle avait plus ou moins toujours servi soit Destinal soit les Agents de la Fatalité.

Ametyos avait toujours accordé grande importance à l'Histoire et à tout ce qui faisait le passé. Malgré son jeune âge, il était farouchement conservateur, et c'était toujours pour lui un crève-cœur que de voir disparaître de célèbres éléments de l'Histoire, que ce soit des objets, des monuments... ou des familles. Il savait qu'il était le dernier espoir de la lignée Karkast de perdurer, mais ce n'était pas avec son quart de sang de Fedoren qu'il pourrait sauver celle des tailleurs d'Ascaline. Il examina donc en détail la blessure de Palyne malgré sa méfiance, puis alla attraper un tissu dans son sac, qu'il roula en boule et qu'il tendit à la jeune femme.

- Va falloir cautériser ta plaie avant de la bander, lui expliqua-t-il. Et ça va faire mal. Mords donc dedans.

- C'est dans ta main que j'vais mordre ouais ! T'essaies de faire quoi là ?

- Faire quoi ? Te sauver les miches, femme ! Tu saurais te retirer cette pierre, allumer un feu et cautériser ta blessure toute seule ?

- J'en ai pas besoin. Suffit que je reprenne mon Ascacomb et que je réutilise Téléport jusqu'à Lavanville. Je fais plus confiance à nos Agents versés dans la médecine qu'à toi !

- Justement : tu as déjà utilisé Téléport, et Lavanville, nous n'y sommes pas.

- C'est parce que... c'était le bordel tout à l'heure, tu te débattais, et j'avais jamais utilisé cette attaque, se défendit Palyne.

- Et tu crois que si tu la réutilises dans ton état, ça produirait un meilleur résultat ? Enfin, c'est toi qui voit hein.

Ametyos commença à se lever et à faire mine de partir jusqu'à que Palyne accepte, très à contrecœur, qu'il ne l'aide. Le prince utilisa deux silex pour embraser des morceaux déchirés de sa tunique. Quand on vivait dans la nature à droite à gauche, on savait faire du feu à partir de rien. Puis, d’un geste brusque et sans prévenir, il arracha la pierre de la plaie de Palyne. Cette dernière mordit aussi fort qu’elle le put dans le morceau de tissu, manquant de s’éclater malgré tout la mâchoire tant elle se crispait et retenait son cri de douleur. Elle ne retint pas en revanche une salve étouffée de jurons de son propre cru.

- Attends, c’était le plus simple, ça, prévint Ametyos.

Sans plus attendre, il se saisit du tissu embrasé et le passa le long de la plaie pour la cautériser. Le cri de la jeune femme fut des plus satisfaisant pour Ametyos, même s'il tâchait de la sauver. Une fois son office faite, il utilisa le reste de sa tunique pour lui faire un bandage de fortune.

- Voilà, conclut Ametyos. Tu m'excuseras si je t'aide pas à marcher. Je te fais confiance pour sortir de ce trou, quel qu'il soit…

- C'est... la Grotte Sombre au nord de Lavanville, répondit Palyne qui serrait toujours les dents sous l'effet de la douleur. Enfin, j'en suis sûre à 99%. Je m'y suis déjà rendue, pour une épreuve afin de devenir Adepte. Les Agents y envoient les postulants, armés d'un seul couteau et d'une petite gourde d'eau, au plus profond de la grotte. Seuls ceux qui arrivent à sortir deviennent Adepte. Les autres... deviennent de la nourriture pour les Pokemon sauvages du coin.

Palyne ne tenait pas spécialement à apprendre des trucs à ce prince déchu sur le fonctionnement des Agents de la Fatalité, mais ces mots étaient partis tout seul, alors qu'elle était prisonnière de ses souvenirs. Elle avait erré pendant une semaine dans cette grotte obscure, à se cacher, terrifiée, des Pokemon. À être obligée de boire sa propre urine pour éviter de mourir de soif. Encore aujourd'hui, elle en faisait des cauchemars. Être ici à nouveau, en plus en étant blessée, ne lui plaisait pas du tout. Ametyos sentit sa crainte mais hocha les épaules.

- T'as toujours ta fichue pierre bleue pour te défendre cette fois, fit-il en allant la ramasser pour la lui remettre. Tu devrais pas croiser de Pokemon qui résistent au type Psy ici. Mais je ferai pas le chemin avec toi. Aucune envie de croiser tes potes de la Tour Sombre. Si on est vraiment où tu penses que l'on est, je me tirerai en sortant du côté d'Azuria.

- Parce que tu penses que tu sauras te repérer dans cette grotte ? S'exclama Palyne. C'est un labyrinthe à plusieurs niveaux, et en plus, on y voit rien !

- Je suis habitué à survivre seul dans les endroits les plus dangereux, commenta distraitement Ametyos en regardant autour de lui pour choisir le passage à emprunter. Et je sais comment me faire discret quand je suis entouré de Pokemon. Inquiète-toi plus pour toi. Après ton hurlement de Groret qu'on égorge, ils ne vont pas tarder. À la revoyure, Lady Fedoren. Enfin, tout compte fait, non. Si jamais on se recroise, c'est pas dit que je te laisse t'en tirer cette fois si…

Ametyos s'arrêta quand il sentit son corps devenir lourd, et ses membres ne plus pouvoir bouger. Une force invisible l'avait paralysé. Il ne put que tourner la tête de quelques millimètres pour voir Palyne qui tendait la main vers lui, utilisant selon toute vraisemblance les pouvoirs psychiques de son Ascacomb.

- Salope... Tu comptes toujours me capturer ? Les Agents de la Fatalité n'ont-ils donc aucune notion d'honneur ?

Mais l'expression le visage de la jeune femme n'était pas celle de la roublardise. Ametyos put y lire une détresse non feinte.

- Ne me laisse pas... S'il-te-plaît...

Ametyos fut troublé par cette supplication, et ne remarqua pas que Palyne l'avait libéré de son entrave psychique. Cette fille n'avait pas demandé pitié quand Ametyos s'apprêtait à lui trancher la gorge. Elle avait conservé sa fierté en l'insultant alors qu'il comptait la soigner. Mais là, elle ne renvoyait plus aucune fierté ni morgue, seulement une peur profonde. Elle avait certainement dû vivre un traumatisme ici, quelque chose que même son arrogance habituelle ne pouvait gérer.

Avant qu'il n'ait pu répondre, Ametyos capta un bruit de pas très proche. Quelqu'un qui ne se souciait visiblement pas d'être discret. Privé de son arc et de la présence ennuyante mais pratique de Spookiaou, le jeune prince n'avait plus que sa fidèle dague pour se défendre. Et si c'était un ou plusieurs Pokemon Roche, il était mal barré. Mais ce n'était pas un Pokemon. C'était une étrange jeune fille vêtue d’une toge blanche, d’une écharpe bleue dans laquelle était lové un Rattata, et portant des mitaines. Ametyos s'en souvenait vaguement. C’était la folle qui se trouvait avec la Sainte Garde, qui l’avait immobilisé pendant sa tentative de fuite, et cette dernière traînait derrière elle un Nosferapti inerte, probablement décédé.

- Ooooh, des gens ! Je suis plus toute seule ! S’enthousiasma la jeune fille.

Elle accourut vers eux sans se soucier ou se rendre compte qu'ils étaient tous deux des ennemis : le prince en fuite à attraper et l'Adepte de la Fatalité qu'elle et Garneth avaient affronté au Mont Argenté.

- Vous n’avez pas vu Garneth le justificateur, par hasard ?

- C'est qui cette gueuse ? Demanda Ametyos, presque outré par son accent prononcé de paysanne.

Palyne semblait l'avoir reconnue, et étrangement, elle ne semblait pas mécontente de la voir ; sans doute parce que dans sa situation, elle préférait avoir du monde autour d'elle plutôt que d'être seule.

- Elle s'appelle Spinellie je crois, répondit Palyne. Elle était avec cet imbécile heureux aux cheveux roux qui s'est fait passer pour un Saint Garde…

Et il avait fini par y entrer finalement, car Palyne se souvenait très bien de l'avoir vu lors du précédent face à face. Spinellie dévisagea Palyne du regard avec une expression concentrée, comme si elle cherchait dans ses souvenirs.

- Ah ! Tu es la méchante fille de la Fatalité... Paniche !

- Palyne, rectifia l'Adepte entre ses dents.

- Je comprends plus trop ce qui se passe depuis un moment. Je suis partie avec Garneth le Héros de la Destinée Justificatrice pour retrouver un méchant prince ou quelque chose comme ça, puis il y avait ce petit Pokemon à fourrure qui a rendu nos monsieurs et madames Galopa totalement fous tu vois, et alors, beignets de Krabby, j'ai pourchassé ce Pokemon comme Garneth me l'a demandé, puis j'ai sauté sur le méchant prince avec lui et tout d'un coup, POUF, je suis tombée ici, mais heureusement j'ai le gentil Krok avec moi.

Son récit un peu décousu laissa perplexe Ametyos, qui n'avait encore jamais rencontré Spinellie et qui ne connaissait pas ses tics de langage.

- Qu'est-ce qu'elle raconte, celle-la ?

- T'occupe, je crois qu'elle est un peu simplette, répondit Palyne, qui avait eu tout loisir d'écouter ses absurdités quand elle avait été emprisonnée avec elle chez les Gardiens.

- AH ! S'exclama Palyne en regardant Ametyos. Mais c'est toi, le prince méchant, moumoute de Frison ! Faut que je t'attrape !

Elle s'apprêtait visiblement à bondir sur Ametyos, quand elle se souvint qu'elle tenait un Nosferapti mort, ce qui l'aurait gêné. Elle le lança alors à Palyne.
- Tiens Paniche, fit-elle comme si elle lui faisait une énorme faveur. Tu m'en laisses la moitié quand même hein ?

- Eeeeeeww, mais c'est dégueulasse ! Fit l'Adepte en reculant et en laissant tomber le Pokemon mort.

Comprenant que cette fille un peu dérangée comptait l'attaquer, Ametyos se mit sur ses gardes, mais il fut totalement pris de cour quand Spinellie bondit comme une bête sauvage à une vitesse dingue, et le percuta avant de le plaquer contre une paroi. Ametyos tenta de se défendre avec sa dague, mais cette fille avait une force hallucinante, et il ne put bouger davantage ses bras.

- Ne te débats pas, prince méchant, ou tu vas te faire mal, lui conseilla Spinellie. Tiens, il est joli ton couteau. Plus que le mien. À moi, à moi !

Alors que Spinellie essaya d'arracher la dague des mains d'un Ametyos réduit à l'impuissance, Palyne s'avança. Voir cet arrogant de prince galérer autant contre une fille était un spectacle appréciable, mais elle avait d'autres priorités.

- T'essaieras de l'attraper quand on sera dehors, pauvre demeurée ! On est en danger ici. Des Pokemon peuvent nous tomber dessus à tout moment, et…

Alors qu'elle s'apprêtait à attraper cette paysanne et l'éloigner d'Ametyos, le Rattata sur son épaule rugit en montrant les dents, et Palyne recula prestement en jurant.

- Lâche-moi, espèce de folle ! S'exclama Ametyos en tentant de lui griffer le visage.

- Non non non, le méchant prince doit être attrapé, c'est ce qu'ont dit Garneth et dame Alysia, énonça Spinellie sans s'émouvoir des piètres tentatives de défense d'Ametyos. Et si c'est moi qui te livre à eux, j'aurai sans doute de quoi remplir une seconde tirelire Ecremeuh, mollard de Fermite épicé !

Palyne en fut réduite à se servir de son Ascacomb pour tenter de maîtriser cette fille avec ses pouvoirs psychiques. Spinellie fronça les sourcils, sentant une résistance invisible. Mais d'un coup, elle bougea son bras d'un coup sec, comme si elle se dégageait d'une prise, et Palyne sentit son emprise psychique sur elle se briser. Elle en resta un moment abasourdie, et laissa Ametyos se faire maîtriser sans rien tenter. Cette cinglée venait de se libérer de pouvoirs psychiques à mains nues ? Soit Palyne était fatiguée et n'arrivait plus à se servir de son Ascacomb correctement, soit cette Spinellie n'était définitivement pas normale. Finalement, et inévitablement, Ametyos fut plaqué au sol, ses deux poignets tenus par une seule main de Spinellie.

- Plus bouger, Altesse, lui ordonna Spinellie. Ah, et si tu permets, je prends ça. Même si tu permets pas, en fait…

Elle ramassa la dague sertit d'une pierre violette, et son visage s'éclaira de joie et de convoitise à la vue de cet objet richement décoré. Mais d'un coup, ses traits se crispèrent et s'assombrirent, comme si elle regardait quelque chose de peu ragoutant. Sa main se mit à trembler, et Spinellie sembla même souffrir. Elle lâcha la dague instinctivement et recula d'un bond en arrière, comme une proie chassée prête à se défendre. Ametyos en profita pour ramasser son arme et se relever.

- C-C'est quoi ç-ça ? Balbutia Spinellie en désignant la dague. C'est... Ce n'est pas bien. Ça fait mal... C'est...

La jeune femme se mit à genoux et se prit la tête entre les mains, sous le regard stupéfait des deux autres. Elle se balança alors d'avant en arrière, comme une petite fille qui gémissait.

- Il m'avait dit... de ne jamais y toucher... C'était pas moi ! Je le jure, je le jure... Je ne voulais pas... C'est Isaris qui m'a dit de le faire ! Il a dit que ce serait rigolo ! Pardon, pardon, pardon... Ne me déteste pas…

- Qu'est-ce qui lui prend ? Demanda Ametyos à Palyne. Tu lui as lancé un truc, style Hypnose ou Onde Folie ?

- Pas du tout. Elle est vraiment atteinte du cerveau !

Ils regardèrent un moment l'adolescente pleurer par terre, en s'adressant à une personne imaginaire avec des paroles sans queue ni tête.

- Laissons-la ici, fit enfin Palyne. Elle est trop flippante, et on va vraiment se faire repérer par tous les Pokemon du coin avec tout ce bordel.

Ametyos, qui avait regardé tout autour de lui, sourit sombrement.

- Je crains que ce ne soit déjà fait.

Tout autour d'eux, une vingtaine de Pokemon les entourait. Ils s'étaient avancés discrètement pendant qu'ils luttaient entre eux, comme des chasseurs encerclant une proie. Il y avait quelques Nosferapti et Nosferalto dans les airs, des Machoc, Racaillou et Gravalanch au sol, ainsi qu'un énorme Kangourex qui semblait commander à tout ce beau monde, qui dont les yeux brillant d’intérêts se demandaient à quel point ces trois humains seraient goûteux.