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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 22/09/2019 à 10:19
» Dernière mise à jour le 22/09/2019 à 10:19

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 14 : Vie au Monastère
An 1691, 22 février, 10h00, Mont Argenté, Château Royal de Johkania, salle du trône




Confortablement installé sur mon trône royal, j’observai attentivement le jeune homme fraîchement adoubé qui s’inclinait devant moi. Vingt-trois ans à peine, et déjà très à l’aise dans son costume de duc, qu’il venait juste d’acquérir. Comme il était de coutume pour les nouveaux nobles, il était venu jusqu’à moi pour me jurer fidélité.

- Relevez-vous, duc Despero, lui dis-je. J’accepte votre serment de fidélité. Votre famille a toujours été un grand soutient du trône. J’ai été navré d’apprendre la mort brutale de votre père. Il était un ami fidèle.

- C’est un honneur, Sire, sourit le nouveau Duc de Céladopole. Oui… ce fut une mal rapide et fatal qui a accablé le seigneur mon père. Même notre brillant médecin, assisté de nombreux Pokemon, n’a rien pu faire.

- Voilà qui est bien malheureux…

Je souris intérieurement en disant cela, car Despero me semblait tout à fait être le genre d’homme à se débarrasser de son père pour accélérer sa prise de pouvoir sur sa famille. Et je ne détestais pas ce genre de coquins, à l’inverse d’Iskurdan qui ne jurait que par l’honneur.

- Je me suis laissé dire que vous assistiez énormément votre père grâce à votre réseau de renseignement des plus efficaces ? Demandai-je.

- Effectivement, Majesté. J’ai beaucoup œuvré pour me créer ce réseau, petit à petit, et c’est avec une grande joie que je le mets tout à votre service.

- Cela m’aiderai, oui. Vous savez sans doute que beaucoup de traîtres à la couronne courent ces temps ci, dont le premier d’entre eux, mon ancien Haut Conseiller Breven.

- Oui Sire. J’ai lancé des recherches sur cet homme, mais il semble très efficace pour apparaître et disparaître à volonté. Même concernant son passé et sa famille, je n’ai pour l’instant rien pu trouver, ce qui n’est pas peu dire…

- Ne vous fatiguez pas. Je connais cet homme depuis un siècle, et même moi, je n’ai rien appris sur lui. Contentez-vous d’essayer de le pister à la trace. Je veux savoir où il va et qui il rencontre.

- Bien, Sire. Je peux dors et déjà vous dire que partout où il passe, c’est pour semer des germes de rébellion dans l’esprit des gens. Je sais qu’il a déjà eu des contact avec les Gardiens et les Agents.

- Naturellement, ricanai-je. C’est vers la religion qu’il va se tourner en premier pour tenter de m’avoir. Il n’y a rien de mieux pour manipuler les esprits des faibles. Y’a-t-il eu des choses nouvelles à relever dans les deux camps ?

- Rien de bien notable au niveau politique, Sire. Que ce soit le Prédicateur Grande ou l’Oracle Hélène, tous deux sont des dirigeants prudents qui n’entendent pas provoquer un conflit ouvert entre eux. Il y a eu un incident toutefois ; un Gardien a apparemment assassiné un couple de Fedoren qui étaient des partisans des Agents. J’ai appris que leurs deux enfants, un garçon et sa jeune sœur, sont partis se réfugier à Lavanville, sous la protection des Agents.

Ça, c’était presque la routine. Cela faisait des décennies que je régnais, et il ne s’était jamais passé une année sans que les membre du clan Fedoren soient assassinés ci et là du fait des Gardiens ou des Agents. J’ai moi-même essayé de mettre fin à toute cette tuerie par le passé, mais en vain, visiblement. Il ne devait pas en rester beaucoup, aujourd’hui…

- Et en parlant de Fedoren, justement… poursuivit Despero. Les Gardiens ont une nouvelle recrue. Une jeune femme, qui dit se nommer Lisielle Fedoren. Comme elle semblait gravir les échelons à une vitesse folle, j’ai enquêté sur elle.

- Et donc ?

- Eh bien, Sire, je me suis heurté à un mur. Je n’ai rien trouvé sur son ascendance, et pourtant, Arceus sait que les Fedoren ne passent pas inaperçus de nos jours. Ça semble louche. Je vous suggérerez de garder cette femme à l’œil.

Comme j’ai toujours gagné à suivre les conseils de la famille ducale de Céladopole, j’enregistrai bien le nom de Lisielle Fedoren dans ma tête.


***




Si Garneth avait pensé que servir Destinal consistait à revêtir une armure, à combattre les mécréants et à impressionner les filles, il aurait été bien vite déchanté. Oh bien sûr, il allait faire toutes ces choses là… un jour. Mais tout d’abord, il devait remplir sa tête tristement vide de bouseux d’un village de paysans. Sainte Alysia lui avait fait le grand honneur de le prendre comme écuyer, mais il était inconcevable qu’elle se balade avec à ses côtés un serviteur ignorant de tout et illettré. Première étape donc : apprendre à lire et à écrire. Seconde étape : apprendre à vivre dans la haute société qu’était Safrania. Troisième étape : connaître sur le bout des doigts les préceptes et l’histoire de Destinal. Quatrième étape : s’entraîner au combat. Et enfin, dernière étape : acquérir de l’expérience en suivant Sainte Alysia et en exauçant ses souhaits. S’il arrivait à faire tout cela, il pourrait alors réellement espérer faire un jour partie de la Sainte Garde.

Mais avant même de se lancer dans ses études, le jeune homme avait dû vite apprendre le mode de vie au Saint Monastère, et toutes les obligations y attenant. Tout le monde devait être debout à sept heure du matin, et obligatoirement couché à vingt-deux heures. Pour Spinellie qui avait toujours vécu selon ses propres horaires, en toute liberté, ce fut assez dur pour elle de s’y conformer. Comme elle n’avait aucun rôle en particulier au Saint Monastère ni aucune obligation, ce n’était pas grave si elle faisait la grasse matinée, mais le problème, c’était le soir. Garneth, à vingt-deux heures, était fatigué de ses journées bien remplies qu’il se serait endormi à l’instant, mais Spinellie n’avait hélas pas du tout sommeil ( ce qui n’était guère étonnant étant donné l’heure à laquelle elle se levait ) et du coup insistait pour parler ou pour jouer à ses jeux sans queue ni tête. Si Garneth n’obtempérait pas, la jeune fille avait toutes les chances de piquer une crise bruyante, qui aurait dérangé tout le monde aux alentours et mis Garneth dans l’embarras.

Toutes les journées débutait par une prière de une demi-heure à la gloire de Provideum, sur la place centrale du Saint Monastère. Toutes les personnes présentes dans l’édifice devaient y participer. Ces prières étaient la plupart du temps animées par le Père Cilis en personne, l’un des Gardiens de la Destinée. Cet homme d’allure sévère et immensément rigide sur la pratique religieuse était le régisseur en chef du culte de Destinal. Il s’occupait des prières, des messes, des baptêmes, et même des confessions. Ayant suivi le conseil de Sainte Alysia, Garneth était allé se confesser de ses péchés passés dans le Sanctuaire. Il avait alors bien noté l’intransigeance de Père Cilis, quelque soit le péché, même le plus insignifiant. Mais au final, comme Sainte Alysia l’avait dit, Père Cilis avait lavé son âme de ses péchés passés, pour qu’il revienne à neuf au service de Destinal.

Garneth avait un peu peur de Père Cilis, mais ne pouvait qu’admirer l’inébranlabilité de sa foi. Sa voix, lors des offices religieux, ne laissait transparaître aucun doute sur la vérité de ses paroles quand il se faisait le messager de Provideum. Père Cilis avait d’ailleurs l’étrange habitude de se cogner la tête contre le sol quand il s’inclinait à la gloire du Pokemon de la Destiné. C’était sa fameuse « Prostration devant Provideum », connue dans tout le Saint Monastère, démontrant la toute puissance de sa dévotion. Garneth trouvait cela admirable, mais il avait mal au nez et au front à chaque fois qu’il le voyait faire ça.

Autre Gardien que Garneth avait eu l’honneur de voir, et même d’assister à ses cours : la maîtresse d’arme Ekidna. Car en plus des prières journalières, tous les serviteurs de Destinal promis au combat se devait d’entretenir leur corps. Aussi donc, à juste avant le repas, à dix-huit heure, ils devaient tous participer à une séance d’entraînement d’une heure avec Ekidna. Comme Garneth était nouveau, et qu’il était l’écuyer d’Alysia, la vénérable guerrière s’était pas mal concentrée sur lui. Elle avait jugé son style à l’épée des plus brouillons, et lui avait demandé de s’entraîner avec un bâton. Et au corps à corps, elle n’avait cessé de l’étaler.

Ekidna était elle aussi sévère oui, mais bien plus accessible que le Père Cilis. De ce que Garneth avait compris, elle avait été la cheffe de la Sainte Garde avant Alysia… et cette dernière avait été son écuyère quand elle était rentrée au Saint Monastère. Garneth espérait que l’histoire allait se répéter ; qu’après être devenu l’écuyer de la Sainte, il prenne un jour sa place comme dirigeant de la Sainte Garde. Aussi mettait-il tout son corps et son esprit dans ces entraînements, quitte à finir éreinter à tel point qu’il n’avait plus la force de manger ensuite. Il fallait préciser qu’Ekidna n’était pas la seule à donner des coups ; son partenaire Pokemon, un Machopeur borgne du nom de Mathurin, excellait à étaler ses partenaires d’entraînement. Et pourtant, il avait quatre-vingt huit ans ! De son côté, Garneth avait tenté de faire participer son Bourrinos aux entraînements, mais cette vieille bourrique avait refusé de combattre, visiblement très bien installé dans les confortables écuries du Monastère.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture ne se passait pas aussi mal qu’il l’aurait cru au premier abord. Certes, il venait de Ville Griotte et était fils de paysans, mais il était pas plus bête qu’un autre. Le plus dur était d’apprendre les différentes lettres de l’alphabet. Une fois cela fait, les combinaisons de lettre et les sons qui en résultait relevait plus de la logique qu’autre chose, bien qu’il existait parfois certaines exceptions assez bizarres. Puis dans son apprentissage, Garneth bénéficiait de l’aide de l’archiviste des Gardiens de la Destinée, l’ancien Duc Cowen de Safrania, Venceslas. Lui-même un Gardien, ce puits de culture sans fond avait fait don de son immense bibliothèque au Saint Monastère et appréciait d’étaler toutes ses connaissances devant ceux qui en avaient besoin. Certains membres de la Sainte Garde avec qui Garneth avait sympathisé - ses futurs camarades - l’assistaient aussi au besoin.

Car naturellement, comme il escomptait intégrer leur compagnie, et comme Sainte Alysia l’avait choisi comme écuyer, il se devait de passer beaucoup de temps dans leur caserne, à apprendre d’eux. Il n’était certes pas encore autorisé à les rejoindre en mission en l’absence d’Alysia, mais il écoutait attentivement tous les conseils qu’on pouvait lui donner, et les récits de leurs journées de travail. Garneth n’avait pas revu la Sainte depuis qu’elle l’avait amené au Monastère, mais il avait souvent croisé Karion, le Dixième Héros et vice-commandant de la Garde. Le jeune chevalier avait été surpris de retrouver ici le péquenaud aux cheveux roux qui s’était fait passer pour un Saint Garde au Château Royal, et plus encore surpris d’apprendre qu’Alysia l’avait pris comme écuyer. Mais il en avait conclu que c’était là l’œuvre du destin, et qu’il en avait donc rien à redire.

Car tout tournait autour du destin ici, au Saint Monastère. Même après seulement une semaine de cour de théologie, Garneth commençait à en être gavé, de ce mot. Il avait toujours été un fidèle de Destinal bien sûr, et honorait chaque soir avant de se coucher Sa Sainteté l’Oracle et le Seigneur Provideum. Mais il n’avait pas imaginé à quel point le culte de Destinal pouvait aller loin. Le concept de base de Destinal, c’était de croire à un destin qui était attribué à chacun dès sa naissance, et qu’en le réalisant, on faisait avancer le monde vers un futur encore meilleur. Cela poussait les gens à toujours se dépasser, plein d’espoir et d’enthousiasme pour ce destin qui nous est caché mais qui est bien présent. Tous les fidèles de Destinal avaient confiance en le Seigneur Provideum, qui aidait l’humanité et tous ceux qui la composaient à atteindre ce futur désiré.

Cela étant, Garneth ne croyait pas vraiment que le Seigneur Provideum fut responsable de tous les événements de sa vie de tout les jours, jusqu’au plus anodin. C’était pourtant ce qu’enseignaient pas mal de prêcheurs du Sanctuaire. Ainsi, Garneth pouvait bien trébucher dans la grande cour du Monastère ; ça voudra forcément dire que c’était là son destin, prévu depuis toujours. De ce fait là, les conversations avec les membres les plus dévots de Destinal tournaient souvent court. En effet, quelque soit le sujet ou l’événement, le membre en question conclura forcément avec « c’était le destin, il nous faut l’accepter », ou quelque chose du genre.

Le Père Cilis poussait même le bouchon encore plus loin. On racontait qu’il excusait souvent les petits méfaits d’apprentis venant des hautes sphères de la société de la sorte. Si quelqu’un venait le voir en affirmant avoir été victime de vol ou de brimades, Cilis le renverrait en affirmant simplement que c’était là son destin, que Provideum lui imposait cette épreuve pour le faire devenir plus grand. Garneth se demandait vaguement s’il pourrait commettre un meurtre et se justifier ensuite en affirmant que c’était son destin de tuer cette personne.

Car oui, même en une seule semaine de présence, il avait déjà rencontré des personnes qu’il ne pouvait absolument pas saquer. Et il en apporta une nouvelle fois de plus la preuve à Spinellie quand il rentra la retrouver dans leur petit appartement, en fin de journée. C’était neuf heure du soir, et la jeune femme l’attendait avec le repas de prêt, telle la bonne femme au foyer qu’elle se prêtait à être. Même si Spinellie n’était pas facile à vivre et était souvent épuisante, Garneth était content de la retrouver le soir, après les longues journées bien remplies qu’il vivait et les nombreux… tracas du quotidien. Des tracas qui s’illustrèrent bien sur le visage tuméfié du jeune homme.

- Youpi ! S’exclama Spinellie dès que Garneth eu franchi la porte. Le super héros justinageur Garneth est rentré ! Regarde un peu ce que j’ai trouvé à préparer auj… Mais… tu es blessé !

- Ce n’est rien, lui assura Garneth. Quelques bleus.

- Tu t’es encore battu ?

- Ouais, et j’en ai donnés plus que j’en ai reçus, cette fois.

Spinellie soupira, comme face à un gamin turbulent, et alla mouiller une serviette avec de l’eau bien fraîche pour la passer sur le visage de Garneth.

- Ce n’est pas bien de se battre, surtout pour un héros du bien gentil du côté de la lumière étincelante, lui reprocha-t-elle.

- Vas dire ça à Fougerias et sa bande… maugréa Garneth.

Depuis que la nouvelle comme quoi Sainte Alysia avait pris un péquenaud sorti de nulle part comme nouvel écuyer, Garneth n’avait évidement pas cessé d’affronter la jalousie et le mépris d’autres apprentis au Saint Monastère. La plupart du temps, ce n’était que quelque regards noirs ou des murmures médisants sur son passage, et Garneth tâchait de les ignorer. Mais le dénommé Antonin de Fougerias, lui, n’hésitait pas à aller plus loin, en insultant carrément Garneth et sa famille, ou en le passant à tabac avec ses potes ou avec son Pokemon quand il pouvait le faire discrètement.

Fougerias était un jeune homme d’une vingtaine d’année des plus détestables, mais son père était chevalier, et sa famille venait d’une longue lignée de petits nobles. Bien sûr, depuis la Révolution, la noblesse n’existait plus vraiment en soi, mais l’argent et le prestige, eux, demeuraient. Ce damoiseau arrogant avait sans doute escompté remplacer l’ancien écuyer d’Alysia grâce à ses relations, et n’acceptait pas s’être fait griller la politesse par un inconnu sans nom ni blason. Il ne perdait donc aucune occasion de pourrir la vie de Garneth, d’envoyer sa petite bande de cinq fidèles ou son Monorpale, un Pokemon Spectre qui lui servait aussi d’épée.

Garneth préférait éviter les embrouilles quand elles se présentaient à lui, mais il n’était pas non plus du genre à se laisser faire. Cela faisait donc la quatrième fois en une semaine qu’il échangeait des coups avec la bande à Fougerias. Il prenait cher, mais il se satisfaisait de savoir que ses adversaires aussi. Au bout d’un moment, et voyant que Garneth ne plierait pas, les laquais de Fougerias allaient se fatiguer de recevoir des coups à la place de leur « ami ». Puis ils craignaient surtout plus de se faire prendre que d’avoir le nez cassé. Garneth n’est jamais aller se plaindre à qui que ce soit dans la hiérarchie du Saint Monastère bien sûr. Il ne voulait pas passer pour faible, et tenait à résoudre lui-même ses problèmes. Et puis de toute façon, si c’était pour s’entendre dire que c’était « son destin » que de se faire cogner un soir sur deux par des abrutis, autant s’en abstenir…

- C’est sans importance, reprit Garneth. Je me ferai une joie de me souvenir de ces salopards quand je dirigerai la Sainte Garde et que eux en seront simples membres… si jamais ils le deviennent un jour.

- Ah, les garçons sont si mesquins et gamins, prout de Frison…

Son ami Rattata, Krok, monta à sa place habituelle sur son épaule. Alors que le petit Pokemon auquel Spinellie s’était attaché avait fuit quand la Sainte Garde les avait capturés au Mont Argenté, la jeune femme avait fini par le retrouver, avant-hier, errant dans la capitale. Garneth avait été stupéfait que le Rattata ait pu parcourir une telle distance jusqu’à retrouver son ami. À croire que la fidélité d’un Pokemon, c’était quelque chose…

- Cette phrase aurait pu être vraiment mature de ta part, sans la fin… Alors, qu’est-ce que tu nous as préparé de bon ?

Sans doute parce qu’elle avait passé sa vie toute seule dans la nature, Spinellie était très habile quand il s’agissait de cuisiner. Le seul souci était de se procurer les ingrédients, et pour cela, la jeune femme s’adonnait très souvent à sa méthode de prédilection : le vol. Pas à l’intérieur du Monastère, évidement - Garneth ne l’aurait pas accepté - mais dehors, dans la ville, à divers stands et marchés.

Si Garneth ne disait rien cette fois ci, malgré son animosité naturelle envers tous crimes et délits, c’était parce que les deux jeunes gens n’avaient pas le choix. Ils avaient beau avoir été accueillis gratuitement par Destinal, ils n’avaient pas d’argent. Le repas du midi était toujours offert, mais celui du soir était payant. Il fallait bien, après tout, que l’édifice fonctionne et que Destinal verse des salaires. Tant que Garneth n’était pas membre officiel de la Sainte Garde, il ne gagnerait rien. Il devrait se débrouiller d’ici là. Et par chance, Spinellie n’avait pas son pareil pour se débrouiller.

- Je suis allée chasser aujourd’hui, indiqua Spinellie. Les égouts de Safrania regorgent de plein de Pokemon.

Garneth se tint immédiatement sur ses gardes. Ça allait quand Spinellie faisait la cuisine à partir d’ingrédients volés, mais quand elle s’avisait de chasser elle-même sa nourriture, c’était moins reluisant, en premier lieu à cause de sa mauvaise habitude de croire que tout est comestible du moment que c’est bien cuisiné. Alors quand la jeune femme alla chercher le plat dans leur cuisine réduite, Garneth s’attendit au pire… et il eut raison.

- TADA ! De la viande de Machoc ! J’en ai tué deux dans les égouts et j’ai fait un ragoût. Tu m’en diras des nouvelles, Ecrapince édenté !

Le jeune homme regarda le plat en essayant au minimum de ne pas paraître trop dégoûté. Ça ne le dérangeait pas de manger des Pokemon, tant que ceux-ci ne ressemblaient pas à des humains. Des Roucool, des Tauros oui, mais des Machoc ? Garneth pensa aussitôt à Mathurin, le Machopeur borgne d’Ekidna, eut du mal à ne pas grimacer quand Spinellie lui servit une louche généreuse de son ragoût.

- Voilà, une bonne part pour le héros justificateur ! Mange, mange. Tu deviendras plus fort après, foi de Lucario constipé !

La notion de « dégoûtant » était inexistante pour Spinellie. Elle lui aurait cuisiné du rôti d’Arceus si elle avait pu mettre la main sur le Créateur de toute chose. D’ailleurs, un détail lui vint en tête.

- Tu as tué à toi toute seule deux Machoc ? Répéta-t-il. Sans arme ?

- Si, j’avais mes poings et mes pieds. Et Krok bien sûr, même s’il s’est plutôt caché.

Spinellie n’avait pas conscience de sa force monstrueuse, qu’elle considérait comme parfaitement normale. Mais Garneth savait que ce n’était pas le cas. Spinellie ressemblait à n’importe qu’elle jeune fille de son âge question taille et muscle, mais ses performances physiques amenaient à se poser des questions. Avait-elle subi un entraînement particulier pour arriver à faire ce qu’elle faisait ?

Garneth renonça à poser plus de questions. De toute façon, Spinellie était toujours très vague sur son passé, comme si elle ne se souvenait de rien. Même son fameux « ami », qu’elle citait souvent, elle n’avait pas de nom à lui donner. Et puis bon, après tout, qu’elle importance ? Spinellie était Spinellie. Une jeune fille très bizarre et remuante, mais qui semblait être la pureté incarnée. Elle vivait comme elle le voulait, selon des préceptes simples. Elle n’avait pas une once de malveillance en elle, et toute chose était pour elle source d’émerveillement. Garneth la connaissait que depuis deux semaines, mais elle lui était déjà devenue aussi familière que s’il avait toujours vécu avec elle. Il mangea donc sa part de ragoût de Machoc sans faire d’histoire. Et finalement, ce fut très bon.

- Cette ville est incroyable, dit Spinellie tandis qu’ils mangeaient. Il y a tant de gens partout, et des maisons si grandes ! J’ai à peine eu le temps de la voir la dernière fois que j’étais déjà repartie…

- La dernière fois ? S’étonna Garneth. Tu es déjà venue à la capitale ?

- Une fois il me semble. Mon ami m’y avait amené, tandis qu’il avait quelque chose à faire pour son travail.

- Bah, c’est plus sympa à visiter que les alentours de Bourg de Geon, c’est sûr…

Spinellie sourit et regarda par la fenêtre, et la nuit étoilée qui commençait à recouvrir le ciel.

- Ce monde est une chose merveilleuse. C’est comme s’il était infini… Souvent, je rêve que je le vois d’en haut, très vite, comme si je volais. C’est très beau. Mais parfois, ce rêve devient un cauchemar. Ce que je survole est englouti par les flammes. Tout est en train d’être détruit autour de moi. Les gens fuient partout, ils crient, ils meurent…

Garneth se demanda vaguement si ce rêve était une sorte de présage, comme si Spinellie avait le don de prescience comme les Oracles du Seigneur Provideum, puis il s’enleva cette idée bizarre de la tête. C’était de l’hérésie que de le penser. Seule Sa Sainteté l’Oracle Joanne, qui tirait ses visions du Seigneur Provideum, pouvait avoir un aperçu de l’avenir.

- Ne t’inquiète pas, lui assura Garneth. Ça ne va jamais arriver. Et tu sais pourquoi ? Car je suis Garneth, futur héros en devenir, et que je protégerai toujours ce monde !

Spinellie lui fit un grand sourire et lui donna une tape dans le dos qui manqua de lui envoyer la tête dans son assiette de ragoût.

- J’en suis sûre, caviar de Lumineon ! Et je vais t’y aider. Les méchants n’ont qu’à bien se tenir !

Comme demain avait été décrété jour férié, Garneth put veiller un peu plus tard pour parler avec Spinellie. La raison de ce jour férié était simple : l’un des Dix Héros, Durvan le Berserker, rentrait à la capitale avec le prince Kieran comme prisonnier, marquant ainsi véritablement la fin de la lignée Karkast. C’était jour de fête et de victoire, et donc, à part pour les Saints Gardes chargés de sécuriser la ville, tout le monde avait cessé de travailler pour la journée, et était invité à assister au défilé victorieux de Durvan et de sa bande de vriffiens. Garneth aurait bien aimé s’y rendre et voir le prince vaincu et enchaîné, mais avec tout ce qu’il avait à apprendre, ça n’aurait pas été très sérieux. Il se permit de se réveiller plus tard que d’habitude, mais profita de ce temps libre pour travailler d’autant plus sa lecture dans la bibliothèque du Monastère.

En fin de mâtinée, quelque chose se passa en ville. De la fumée fut visible par tout le monde resté au Monastère, et on apprit qu’un incendie avait débuté en ville. Un incendie volontaire, selon les rumeurs. Il fut apparemment assez vite maîtrisé sans trop de dégâts permanent, mais Garneth trouvait cela inquiétant et indigne que quelqu’un puisse provoquer ça en un jour pareil. Mais il n’en quitta pas moins la bibliothèque. Ce n’est qu’en fin d’après-midi, vers dix-huit heures, qu’un Saint Garde se présenta devant lui et lui dit :

- Garneth Tenzio, la commandante te demande à la caserne.

Le jeune homme mit un temps à comprendre ce que cela voulait dire.

- La c-commandante ? Vous voulez dire… Sainte Alysia ?

- Tu connais une autre commandante ? Dépêche-toi. Elle vient juste de rentrer du Conseil des Héros.

Garneth laissa carrément ses livres en plan pour se précipiter hors de la bibliothèque, sous le regard réprobateur de Sorinya. C’était la première fois que la Sainte le faisait mander. Partait-elle quelque part ? Allait-il enfin pouvoir lui servir véritablement d’écuyer sur le terrain ? Il courut comme un forcené jusqu’à la caserne de la Sainte Garde, en manquant de bousculer tous ceux qu’il croisa. Il ne s’arrêta que dix secondes devant la porte du bureau de la commandante pour reprendre son souffle, et frappa.

- Entrez, fit une voix féminine tout à fait reconnaissable.

Garneth tenta de faire un peu taire son trac et son enthousiasme et ouvrit la porte. Quand il l’eut refermé derrière lui, il s’inclina profondément devant la Gardienne de la Destinée. Il avait souvent pensé à elle cette dernière semaine, et l’avait parfois vu dans ses rêves. Elle lui apparut toujours aussi étincelante, belle et digne, malgré son air fatigué.

- Sainte Alysia…

- Bonsoir, Garneth. Désolée de ne pas être venue te voir plus tôt. Tu t’habitues à la vie au Monastère ?

- Je… euh… oui, ma dame. J’apprends beaucoup de choses.

- À la bonne heure. Le Conseil des Héros a chargé la Sainte Garde d’une mission, que je vais mener moi-même. Je sais que tu es encore en apprentissage, mais comme je t’ai proposé d’être mon écuyer, il aurait été malhonnête de ne pas te tenir au courant. C’est une mission importante et sans doute dangereuse. Si tu préfères rester ici pour poursuivre tes études, je comprendrai naturellement, et…

- NON !

Conscient qu’il venait de crier, il se reprit.

- Je veux dire… Ce serait un honneur que de vous accompagner et de vous servir, ô Sainte. Quelque soit l’endroit, quelques soient les dangers.

- Avec de la chance, nous n’irons pas bien loin. Quant aux dangers, il s’agit probablement d’un homme seul. Tu es au courant de l’incendie qui a éclaté aujourd’hui ?

- J’en ai entendu parler.

- Il a été provoqué, et sa source était le Dojo de Duancelot, l’un des Dix Héros. Tout porte à croire que le responsable est Ametyos Karkast, le dernier prince encore en liberté. Il s’est mis en tête, depuis quelque temps, de voler les Dix Héros, et s’est montré très habile à nous échapper. La Sainte Garde a été chargé de le trouver et de l’arrêter.

Garneth contint difficilement son sourire. Voilà justement le genre de mission qu’il attendait. Traquer un vil criminel qui se trouvait être un membre de l’ancienne famille royale, ces Karkast cinglés et malfaisants !

- J’en suis, ma dame, lui assura Garneth. Mon père était un soldat durant la Révolution, et il est mort en se battant contre les armées du roi. Si je peux faire quoi que ce soit pour aider à en terminer avec cette maudite lignée, ce sera une grande joie et un grand honneur.

- J’apprécie ta détermination et ton engagement. Sois donc devant les portes du Saint Monastère dans une heure. Nous serons une trentaine de Saints Gardes, dont Karion. La ville a été bouclée juste après l’incendie. J’ignore si Ametyos est encore dedans, mais même si ce n’est pas le cas, il n’a pas pu aller bien loin.

- C’est bien compris, ô Sainte.

Il s’apprêtait à se retirer, quand lui vint une idée.

- Et, euh… si je peux me permettre, ma dame, mon amie Spinellie peut-elle venir avec nous ? Elle n’est pas de la Garde, je le sais, mais elle est très douée pour la traque, ayant toujours vécu au dehors. Et elle est très forte. Elle pourrait nous être utile, sauf votre respect.

- Pourquoi pas ? Tous ceux qui veulent aider à maintenir la paix du Royaume sont les bienvenues. Il est plus que temps d’en finir avec le sang Karkast, pour que Johkania puisse avancer sereinement vers son futur radieux.

Et une heure plus tard donc, Garneth se tenait aux côtés de Sainte Alysia sur son Galopa enflammé. Spinellie, toute joyeuse à l’idée de sortir, sautillait allègrement. Karion du Tonnerre, le vice-commandant, était là également, avec une unité de trente gardes en armure et à cheval. Tout ça pour un seul fugitif, un jeune homme qui n’avait cessé de se cacher. Mais c’était un Karkast. Ces gars là ne devaient pas être sous-estimés.

- Compagnie, allons-y ! Fit Alysia en levant son épée. Aujourd’hui, nous avons arrêté le fils aîné de Zephren. Je veux que ce soir ou demain, nous arrêtons également son petit-fils, pour qu’on en ait enfin terminé avec cette gangrène des Karkast. Leur destin est de s’éteindre à jamais, ici et maintenant ! Gloire à Sa Sainteté l’Oracle ! Gloire à Destinal ! Gloire au Seigneur Provideum !