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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 08/09/2019 à 09:12
» Dernière mise à jour le 08/09/2019 à 09:12

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 13 : Dans les rues de Safrania
An 1695, 14 juin, 17h45, Mont Argenté, Château Royal de Johkania, bureau du roi




- Légers troubles à l’ordre public, qu’ils disent ! M’exclamai-je en secouant la lettre qui venait de me parvenir. Et de « légers troubles » trouvant leur source dans l’augmentation des taxes et la répression violente des troupes royales, excusez du peu ! Ce ne sont pas de « légers troubles à l’ordre public ». C’est un défi lancé à ma royale personne ! C’est une offense au Royaume !

Tandis que je m’indignais à voix haute, mon ami Iskurdan, assis sur la confortable chaise de mon bureau, paraissait bien peu concerné, ce qui m’agaça.

- Ce sont les Gardiens qui, par leurs prêches, influencent l’esprit de tous les gueux crédules de Doublonville pour les pousser à la rébellion ! Ces « légers troubles » à l’ordre public dont-ils me font part ne sont qu’une conséquence évidente de leurs sous-entendus à propos des bienfaits de l’égalité et du partage des richesses ! Et les Agents font de même à l’Est, en prônant eux une liberté absurde virant à l’anarchie pure ! Des traîtres, tous autant qu’ils sont ! Ils veulent la chute du Royaume, pour le morceler et en récupérer les morceaux au nom de leurs dieux Pokemon !

N’y tenant plus, Iskurdan soupira et se leva. Le Maître Aura Gardien était toujours impressionnant quand il était debout, avec sa toison rouge or et ses yeux qui vous transperçaient.

- Par Arceus Zephren, il ne s’agit pas de religion ou non ! Il s’agit de ce que tu fais à tes sujets. Ils ne seraient pas si nombreux à se tourner vers Destinal ou la Fatalité si le Royaume s’occupait d’eux comme il devrait. Tu t’es trop longtemps détourné de ton peuple, Sire. Tu t’es coupé d’eux, de plus en plus, jours après jours.

Offensé et surpris par le fait que mon plus vieil ami prenne le parti des manifestants, j’élevai moi aussi un peu plus la voix.

- N’inverse pas les rôles. C’est le peuple qui s’est peu à peu détourné de moi, à la fois manipulé par les Gardiens, les Agents, et ce mille fois maudit Breven qui souhaite ma chute. Mes soi-disant sujets, à qui j’ai tant donné toutes ces décennies, ont oublié la loyauté qu’ils me devaient. JE SUIS LE ROI !

En criant cela, la Johkanroc à mon annuaire brilla d’une lueur sombre et violette. Elle semblait de plus en plus réagir à mes émotions fortes, principalement la colère. Iskurdan la toisa un moment, puis dit :

- Tu n’aurais jamais eu, autrefois, besoin de préciser que tu étais le roi pour argumenter. Cette fichue pierre a assombri ton cœur, et plonge peu à peu ton âme dans la démence. Tu ne cesses de la porter depuis la mort d’Elsora, comme si elle pouvait remplacer le vide qu’elle a laissé dans ta vie.

- Je t’interdis d’évoquer le nom d’Elsora ! Et de penser que la Johkanroc puisse m’influencer d’une quelconque manière. Je la maîtrise comme je l’ai toujours fait ! Et si besoin est, elle sera l’instrument qui me permettra de rappeler au bas peuple que je suis leur seigneur et maître, et que je n’accepterai aucune contestation ! Et si toi aussi, tu t’avisais de me renier, tu connaîtras le même sort !

Mes mots avaient devancé ma pensée, comme souvent ces temps ci. Je n’avais jamais voulu dire ça à mon vieil ami, ou du moins, je ne le pensais pas. Mais j’étais le roi. Il était hors de question de m’excuser, d’autant que j’avais raison. Iskurdan haussa les sourcils, puis, blessé, hocha la tête.

- Très bien, Sire. Puis-je me retirer ? Je crois que nous n’avons plus rien à nous dire.

Je laissai Iskurdan quitter mon bureau sans rien dire, déchiré en deux. Mon âme me criait de le retenir et de faire la paix avec lui, comme nous l’avons toujours fait en près de quatre vingt-ans d’amitié et de confiance. Mais la Johkanroc à ma main me disait de le laisser partir, qu’il m’était inutile, que je n’avais besoin que d’elle. Et encore une fois, j’écoutai la Johkanroc.


***



Presque totalement immergée dans la baignoire de Lord Despero, Palyne était totalement concentrée. Laissant ses yeux dépasser de la surface, genoux recroquevillés contre son torse, elle observait le spectacle qui se jouait sous ses yeux. Une figurine de soldat en cuivre était en train de menacer un vil Psykokwak en bois, coupable d’un quelconque crime.

- Où as-tu caché mon frère, chien de Gardien ? Intima Palyne d’une grosse voix menaçante, agitant sa figure de soldat avec sa main droite.

- Dans ton cul, se répondit-elle aussi sec d’une voix plus fluette.

- Tu paieras pour cet affront, au nom du Seigneur Falkarion ! Paf ! Asséna la jeune femme tout en donnant un grand coup du soldat sur le Psykokwak, mettant de l’eau partout sans aucune gène.

Elle éclata d’un franc rire tout en se disant qu’elle était vraiment débile, mais qu’elle n’en avait rien à faire. Personne ne pouvait la voir ni l’entendre, tandis qu’elle se prélassait comme une vieille noble dans cette baignoire de la taille d’une piscine. L’eau était à la température parfaite, préalablement réchauffé par un Salamèche domestique spécialement engagé pour ça. Et ce n’était pas de l’eau qui venait du fond du puits, où on avait toutes les chances d’attraper une quelconque maladie si on en buvait, mais de l’eau tout juste lancée par un Carapuce, aussi pure que possible.

Palyne ne doutait pas de la loyauté de Lord Despero à la cause des Agents, mais elle se demandait vaguement quelle fatalité a bien pu le toucher à lui, alors qu’il vivait dans cette demeure de luxe, qu’il était riche, qu’il était célèbre et qu’il était puissant. Mais bon, la doctrine de Falkarion n’avait jamais spécialement interdit la richesse personnelle. De toute façon, quelque soit notre fortune ou le luxe dans lequel nous vivons, nous sommes tous égaux face à la mort, la fatalité ultime.

Ça faisait presque une semaine que Palyne se la coulait douce ici. Quand elle n’était pas en train de monopoliser la salle de bain ou l’énorme lit bien douillet mis à sa disposition, elle visitait la capitale, ses larges ruelles bondées, ses différents commerces, ses restaurants ; bref, tout ce que Safrania avait à offrir qu’elle ne pouvait pas trouver à Lavanville. Bien évidement, elle n’achetait rien. Elle était certaine que les domestiques de Lord Despero lui auraient donné quelque pièces si elle l’avait demandé, mais comme le Héros la logeait généreusement, elle n’allait pas abuser de sa bonté.

Il était impensable qu’elle demande de l’argent à son frère également, même si lui devait en avoir. Il était, après tout, un artisan de renom. Pour le garder près de lui, Lord Despero ne faisait pas que le loger gratuitement ; il le payait pour les Ascalines qu’il lui taillait. Rufio avait un atelier non loin de la demeure de Despero, dans lequel il passait ses journées. Palyne aurait bien aimé profiter de ces heures de temps libres avec lui, mais son frère était un travailleur dans l’âme, depuis toujours. D’ailleurs, elle entendit d’en haut la porte d’entrée qui s’ouvrait et la domestique de Despero accueillir quelqu’un.

- Palyne ? Résonna la voix de Rufio à l’étage. Je suis rentré.

- Salle de bain, indiqua Palyne en élevant la voix.

À peine l’eut-elle dit qu’à sa propre surprise, la porte s’ouvrit, laissant entrer Rufio Fedoren, encore en tenue de travail. Palyne rougit en le voyant arriver et cacha ses deux jouets improvisés au fond de la baignoire, comme prise au piège d’un enfantillage par son modèle qu’elle ne voulait pas décevoir. Mais elle se dit, à voir le rouge monter aux joues de son frère, qu’elle aurait peut-être dû cacher autre chose.

- Oh, euh, navré… balbutia-t-il en tournant la tête. Je ne savais pas… que tu étais encore dans le bain.

Palyne ricana mentalement de la gène de son frère. Elle se fichait qu’il la voit nue. Il l’avait vue plus d’une fois, quand elle était petite, et que c’était lui qui s’était occupé d’elle à la mort de leurs parents. Rufio n’était pas le plus vif, ni le plus dégourdi. Et il avait une sérieuse tendance à commettre des gaffes. Mais Palyne l’adorait. Car son frère était avant toute chose la gentillesse et la bonté sous forme humaine. Bien sûr, il était loin d’être le plus fort. Sur certains domaines, notamment physique, Palyne était même clairement meilleure que lui. Mais elle l’aimait comme il était : prêt à tout pour elle, la mettant toujours en valeur et lui faisant se sentir être autre chose qu’un outil.

- Évidemment, pov nigaud ! Qu’est-ce que je ferai d’autre ici, d’après toi ?

- C’est que tu y pataugeais déjà quand je suis parti à midi, se défendit Rufio.

- T’as qu’à un peu plus rentrer à la Tour de Lavanville. Tu te souviens de comment sont les « bains » là-bas ?

Rufio n’avait pas pu oublier, bien sûr. Les ablutions dans la tour des Agents consistaient à un sceau d’eau souvent glacée qu’on se versait sur soi, dans une pièce lugubre et sale où on avait toutes les chances de ne jamais être seul, même quand on était une fille. Fut un temps où Palyne craignait d’y aller. Mais elle avait appris, depuis un moment, à éviter les viols collectifs qui y avaient lieu de temps à autre. Voyant que le regard de Rufio bifurquait sur le Carapuce et le Salamèche domestiques de Lord Despero, tous les deux inconscients, Palyne anticipa la question de son frère.

- Ils étaient absolument ra-vis de bosser pour moi. Et regarde ce que je peux faire maintenant !

Elle empoigna son diadème posé sur le rebord de la baignoire, dans lequel était incrusté son Ascacomb, et tira un jet d’eau sur son frère en rigolant. Ce dernier secoua la tête en se voyant trempé.

- Palyne, les Ascacombs ne sont pas des jouets. Tu vas casser la tienne à l’utiliser comme ça pour rien. Et puis tu as agressé les Pokémon de Lord Despero…

- Agressé, tout de suite les grands mots… T’es toujours aussi coincé, frangin.

- Et toi toujours aussi ingérable.

- C’est que je suis une pieuse servante du Seigneur Falkarion, répliqua Palyne. Les Agents de la Fatalité ne sont pas censés être gérables. La liberté est la règle jusqu’à que la fatalité ultime nous emporte tous.

C’était bien sûr une piètre justification. Palyne n’était pas plus pieuse qu’un autre. En fait, elle servait la Fatalité… parce qu’elle ne connaissait que ça, et qu’elle n’avait nulle part où aller. Ce qui, en soi, était un bel exemple de fatalité.

- Nous ne sommes pas à Lavanville ici, dit Rufio. Nous sommes au centre du royaume. Il y a des lois, et tout un tas de conventions sociales que tu es loin de maîtriser. Habille-toi. On va faire un tour en ville, et je tâcherai de t’enseigner un peu tout ça.

Une promenade en ville ? Avec son frère ? Elle se leva immédiatement de son bain, et Rufio se dépêcha de prendre la fuite, sous les rire de sa sœur. Alors qu’elle se séchait puis se rhabillait, elle songea qu’il y avait longtemps qu’elle n’avait pas ri avec franchise. Elle passait son temps à être bougonne, ronchonne et franchement invivable. Mais maintenant qu’elle avait retrouvé Rufio, elle se sentait plus légère.

Ornant son diadème après avoir remis sa tenue et son fidèle fouet à sa ceinture, elle se dirigea vers le salon de l’appartement de Despero. Elle y retrouva Rufio qui l’y attendait, en la regardant de la façon la plus contrariée qu’il pouvait. C’est-à-dire très peu. Elle se jeta dans ses bras pour lui faire un câlin et aussitôt la faible crédibilité de Rufio en redresseur de torts s’envola. Palyne avait toujours su manipuler son frère.

- En route, Miss Fedoren. Essaies de ne pas trop me faire honte, ou je ne te connais plus.

Aujourd’hui avait lieu en ville une parade en l’honneur de Durvan le Berserker et de ses hommes qui revenaient, victorieux, du front d’Irisia. Rufio avait donc trouvé que l’occasion était idéale pour aller se promener dans les quartiers extérieurs de la ville, tous vides de leurs habitants. Ce qui permettait à Palyne de voir Safrania sans trop croiser de membres de la Sainte Garde ou de Destinal. Une vraie aubaine car en temps ordinaire, la ville en pullulait de partout. Ils flânèrent pendant une bonne heure à travers les rues, Palyne pendue au bras de son frère, s’autorisant même à imaginer la vie s’ils vivaient vraiment ici à Safrania, sans engagement ni devoir quelconque. Juste elle et lui.

Ils vivraient de leur métier de tailleurs, ouvriraient sans doute une joaillerie et deviendraient vite les meilleurs bijoutiers de toute la région, voir même du monde. Ils auraient une maison deux fois plus grande que celle de Despero, avec plein de serviteurs auxquels Palyne donneraient un tas d’ordre, qu’ils exécuteraient sans discuter. Enfin… certains discuteraient un peu, pour que la jeune tailleuse puisse se défouler un peu sur eux. Rufio lui en voudrait un petit peu, mais les disputes amenaient ensuite les réconciliations, et donc de bons moments à passer avec lui.

Telle était la vie idyllique que se plaisait à imaginer Palyne pendant leur petite promenade. Mais ce n’était pas vraiment une vision emprunt de fatalité. Palyne savait que rien qu’en imaginant ça, elle commettait un sacrilège envers le Seigneur Falkarion. Mais bon, elle ne l’avait jamais vu, ce Pokemon. Et jusqu’à preuve du contraire, il ne pouvait pas lire dans les pensées, tout dieu qu’il fut. Alors qu’ils revenaient au centre-ville qu’une drôle d’odeur titilla les narines du frère et de la sœur. Quelque chose qui les irritait. En levant les yeux, ils aperçurent une grande colonne de fumée noir qui s’élevait depuis quelques rues en amont.

- Un incendie ? S’étonna Palyne.

- Il semblerai. Viens. On va voir si on peu aider.

- Pourquoi aiderions-nous ? Les sbires des Gardiens vont s’en charger. C’est « leur » ville, après tout.

- Nous y vivons actuellement, donc c’est aussi la nôtre, riposta Rufio.

Il l’entraîna avec elle, tandis que Palyne leva les yeux au ciel. Rufio était trop gentil. C’était là autant une qualité qu’un défaut. Ils arrivèrent en vue du Dojo des Sceaux, le lieu de résidence de Duancelot, le Troisième Héros. Ou plutôt ce qu’il en restait. Il était en train de brûler de toutes parts, et des Soldats de la Paix étaient occupée à contenir la population au loin. Il y avait deux membres de la Sainte Garde également, qui, en voyant approcher les deux jeunes gens, les repoussèrent.

- Veuillez reculer, citoyens. Nous nous occupons de ça.

- Ma sœur pourrait aider. Son Ascacomb détient actuellement les pouvoirs d’un Pokemon Eau, et…

Les Saints Gardes plissèrent les yeux en entendant le terme d’Ascacomb, propre aux Agents de la Fatalité. Palyne se retint de secouer la tête. Comment son frère pouvait tranquillement dévoiler leur identité à deux ennemis reconnus ?!

- Une Ascacomb, hein ? Fit l’un d’entre eux. Vous êtes des suppôts du Prédicateur ?

- On préfère le terme d’Agents de la Fatalité, mais ce n’est pas le sujet.

- Ouais. Le sujet, c’est que quelqu’un a foutu le feu au Dojo du noble Duancelot, et qu’on tombe justement sur deux Agents. Coïncidence ?

- Pourquoi ferions-nous brûler ce machin ? S’agaça Palyne. Duancelot nous a jamais rien fait, que je sache. C’est un des Héros neutres.

- Que sais-je des intentions des racailles de votre espèce ?

Palyne s’avança pour frapper le Saint Garde, mais fut retenue par son frère, qui lui intima d’un regard de se calmer. Oui. Safrania. La loi. Pas de bataille rangée entre Gardiens et Agents ici. Palyne baissa le regard, et alors que Rufio s’apprêtait à reprendre la parole de son ton raisonnable, une silhouette bondit hors de l’immeuble en flammes dans un saut prodigieux, retombant au sol avec prestance.

Il s’agissait d’une jeune femme à la peau tannée, et portant une très largue queue de cheval hirsute lui tombant jusqu’à la taille. Elle arborait une tenue très simple, composée d’un pantalon de toile trop large pour elle et d’une veste ouverte, portée de façon négligée. Malgré cette apparence simple, Palyne vit rapidement une épée distinctive qu’elle portait à la ceinture : une Lamétrice, la rapière rituelle des Aura Gardien. La nouvelle arrivant ouvrit les bras et déposa un homme qu’elle transportait, un peu roussi mais indemne. Ce dernier la remercia et partit en courant.

- C’est bon, tout le monde est évacué, capitaine, fit la jeune femme à l’adresse du Saint Garde. Et j’ai dressé des murs pour contenir les flammes, le temps que quelqu’un puissent les éteindre.

- Nous sommes navrés, ma Dame, nous n’avons pu trouver aucun Pokemon aquatique dans les environs, fit piteusement le Saint Garde.

- On vous a dit qu’on pouvait s’en occuper, intervint Palyne avec agacement. Vous préférez quoi ? Voir la ville partir en cendres, ou accepter l’aide de la pauvre hérétique malfaisante que je suis ?

Étonnée par la présence de Palyne, et par son ton, la femme à l’épée la dévisagea, avant de poser ses yeux sur Rufio, puis de sourire.

- Ces Agents de la Fatalité viennent juste d’arriver, Dame Zali, précisa le Saint Garde. Je m’apprêtais à les arrêter pour les interroger…

- N’en faite rien, le coupa l’Aura Gardienne. Je me porte garante d’eux.

Surpris, et visiblement mécontent, le soldat s’exécuta tout de même et les laissa passer. Palyne se demanda pourquoi cette femme prenait leur parti. D’ailleurs, elle n’avait jamais entendu parler d’un autre Aura Gardien à Safrania, en dehors d’Iskurdan au Cœur d’Or. Mais Palyne s’interrogerait plus tard. Elle fit briller la gemme sur son diadème, tandis que Rufio enfila un gant sur sa main droite, révélant une pierre sertie dans la paume de sa main. Le frère et la sœur s’avancèrent vers l’incendie. Palyne lança des gerbes d’eau, se félicitant d’avoir piqué les pouvoirs du Carapuce, et arrosa abondamment le bâtiment miteux sous les cris d’admiration des badauds… cris qui cessèrent bien vite sous le regard furieux des deux Saints Gardes.

De son côté, Rufio s’avança dans l’incendie et absorba purement et simplement les flammes restantes dans sa pierre, à la propre surprise de sa sœur. En quelques minutes l’affaire fut pliée et toute la foule applaudit, ignorant visiblement qu’ils acclamaient deux serviteurs de la Fatalité, devant deux Saints Gardes qui avaient été totalement impuissants. Douce ironie qui amusa beaucoup Palyne.

- Oups, dit Rufio en regardant son gant. Je crois que j’ai été un peu trop ambitieux là.

Palyne observa l’Ascacomb toute fissurée de son frère. Il avait facilement absorbé les trois quarts de l’incendie à lui tout seul, ce n’était pas surprenant ; c’était une sacrée charge pour sa seule pierre.

- Bah, tu en as plein en réserves de toute façon…

Tandis que les Soldats de la Paix dispersaient la foule, les deux serviteurs de Falkarion s’éloignèrent, fiers de leur coup. Inutile d’attendre des remerciements de la part des autorités, toutes soumises à l’ingérence de Destinal dans toutes les affaires de la cité, dont la sécurité. Les Gardiens n’admettraient jamais que ce furent deux Agents de la Fatalité qui ont stoppé l’incendie, mais ça ne faisait rien, des gens les avaient vus. Rufio marchait assez rapidement, regardant derrière son épaule, comme s’il craignait qu’on ne les poursuivre. Palyne fronça les sourcils, inquiètes. Les Saints Gardes n’allaient tout de même pas tenter de les faire disparaître pour cacher leur incompétence, si ? Mais ce n’était pas la Sainte Garde que Rufio fuyait. Il percutait ce « quelqu’un » devant lui alors qu’il regardait derrière.

- Tu pensais m’échapper aussi facilement, Rufio Fedoren ? Questionna une voix féminine.

Palyne loupa un battement de cœur en voyant son frère, le cou coincé dans l’étreinte de la dénommée Zali, l’Aura Gardienne de tout à l’heure. Palyne crut qu’elle était en train de les attaquer et s’apprêtait à se défendre, quand elle vit la jeune femme écraser ses lèvres contre celles de Rufio, qui ne semblait pas spécialement en train d’essayer de se dégager. Palyne fut encore plus stupéfaite que si Zali avait tenté de les tuer.

- Que… que… que… balbutia-t-elle.

- Ah, c’est donc elle, ta petite sœur ? Fit Zali en l’observant d’un air enjouée après avoir enfin lâché le visage de Rufio.

Gêné, ce dernier se gratta l’arrière du crâne avant de se retourner vers Palyne, dont les yeux criaient une demande d’informations.

- Euh… oui. Je ne lui ai pas encore parlé de… Enfin, bref… Palyne, voici Aezalise Asuneos. Ma… euh… une amie très chè…

L’Aura Gardienne l’interrompit en lui tirant l’oreille droite, comme à un gamin.

- Aezalise ? Amie ? Répéta-t-elle d’un air courroucé.

- Aïe aïe… euh… Zali, de préférence. Et ma fiancée, Rectifia le jeune homme.

Toujours abasourdie par ce spectacle et ces révélations, Palyne dut prendre sur elle pour produire un sourire forcé sur son visage, mais qui ne cacha rien de sa froideur et de sa suspicion.

- Enchantée… fit-elle de mauvaise grâce. Vous vous appelez Asuneos ? Comme le chef du conseil, Iskurdan ?

- C’est son père, acquiesça Rufio.

Palyne n’avait jamais su que le célèbre Second Héros avait une fille Aura Gardienne comme lui. Mais à l’heure actuelle, cette découverte était totalement éclipsée par l’autre.

- Tu es… fiancé avec la fille de Maître Iskurdan ? Demanda Palyne comme si elle doutait de sa propre question.

Rufio avait-il perdu la tête ? Iskurdan avait beau se plaire dans ses discours neutre et pacifique, il n’en restait pas moins que le toutou des Gardiens de la Destinée ! Il leur accordait quasiment tout ce qu’ils voulaient. C’était un ennemi. Un ennemi pas déclaré, mais un ennemi tout de même. Et Rufio avait une amourette avec la fille de cet ennemi, l’homme le plus puissant du Royaume ?! Comment Lord Despero avait pu accepter cela ? Comment le Prédicateur lui-même avait pu ?!

- Euh… en fait… ce n’est pas très… officiel pour le moment, se justifia son frère. Nous nous fréquentons… assez discrètement, pour éviter tous soucis politiques.

- Au diable la politique, souffla Zali, méprisante. Rien dans les lois du royaume n’interdit à deux personnes qui s’aiment d’être ensemble. Puis les Aura Gardiens ont toujours été neutres dans votre petit conflit avec Destinal.

- Cela étant, tempéra Rufio, pour l’image de ton père, il serait malvenu de…

- Oui, oui, je sais, s’agaça Zali. Si le bon peuple apprend que je sors avec un Agent de la Fatalité, il pensera que mon père ne pourra plus être objectif et neutre, et les Gardiens vont en faire une jaunisse. Mais je vais pas attendre cinq cent ans, Rufio Fedoren. Si cette situation perdure, on se tirera loin à l’étranger pour s’aimer tranquillement, loin de tout ce tas de merde.

Palyne frissonna. Son frère, partir à l’étranger pour une femme ? Son frère, loin d’elle ? Impensable ! Si cette Aura Gardienne voulait lui voler Rufio, elle allait devoir lui passer sur le corps ! C’était une étrangère, une ennemie qui s’était installé sans que Palyne ne le sache entre elle et son frère. Une ennemie, une ennemie, une ennemie ! Rufio dut sentir que sa sœur se hérissait, et dit d’un ton conciliant :

- On y est pas encore. Il y a toujours une chance que cette rivalité s’atténue et que la paix viennent à triompher.

- T’es un doux rêveur, comme mon père, soupira Zali. Aucune chance qu’une paix puisse arriver avec les deux timbrés qui commandent vos religions respectives. Si les Agents et les Gardiens ont pu s’allier lors de la Révolution, c’est parce qu’ils avaient un ennemi commun : le Roi Éternel, Zephren. Hélas, on commence à être en manque de Karkast, ces temps ci…


***


- Cette fois, c’en est trop ! Nous avons été ridiculisés alors que ce jour devait au contrairement montrer notre victoire face aux Karkast. Nous devons déployer tout nos moyens pour capturer ce maudit Ametyos ! Clama Valrika à la salle du Haut Conseil.

Iskurdan Asuneos était fatigué. Aujourd’hui aurait dû être une journée simple, où tout le monde serait heureux et content suite à la capture du prince Kieran. Comme prévu, Valrika avait été un peu virulente durant son discours, mais ça n’aurait été qu’un excès supplémentaire à gérer pour le Maître G-Man. Il avait ravalé ses vieux souvenirs, ces journées passées à entraîner le jeune Kieran, le fils de son meilleur ami, pour laisser Valrika lui promettre une exécution déplaisante en grande pompe. Après tout, n’avait-il pas aussi abandonné la sœur aînée de Kieran, feu la princesse Myrevia, une fille qui n’était pourtant que gentillesse et douceur, et qui les avait bien aidé contre Zephren en dérobant sa Johkanroc ?

Il avait accepté sa faiblesse depuis des années maintenant. C’était le prix à payer pour maintenir la paix pour laquelle ils s’étaient tous tant battus. Il voulait simplement gérer au mieux ce royaume qu’il aimé jusqu’à qu’il puisse évoluer vers sa forme suivante de République. Il voulait vieillir dans la paix, voir sa fille fonder une famille, et former deux ou trois autres Aura Gardiens avant sa mort. Mais à croire que le fameux destin tant vénéré par Alysia et ses amis Gardiens a prévu autre chose pour lui, de certainement moins plaisant.

- Nous n’avons encore aucune preuve qu’Ametyos soit le responsable de cet incendie, argua-t-il pout tenter de calmer le jeu.

- La boîte dans laquelle se trouvait le pied de Zephren a disparu, oui oui oui ! Affirma Duancelot en sautillant presque sur sa chaise. C’est un vol ! L’incendie de mon pauvre dojo, c’était juste un acte gratuit, pour nous provoquer. Et ce n’est pas une exécution de plus qui le réparera, non non non… Ce serait une insulte à la mémoire de ce noble bâtiment même, qui prônait la tolérance quelque soient nos origines.

L’étonnant discours moralisateur du petit Pokemon surprit Iskurdan. Duancelot avait pourtant toutes les raisons d’être en rage contre le jeune Karkast, si c’était bien lui le responsable. Mais Iskurdan se souvint que le Pokemon du Roi avait toujours été en bons termes avec le petit prince au château royal. Cela ne suffit évidemment pas à calmer la rage de Valrika. Elle aussi, elle avait beau avoir connu - et même entraîné - Ametyos, elle n’avait aucune espèce de pitié ou de tolérance envers lui. Seulement de la haine, et du mépris. Une haine éternelle pour tous ceux qui se nommaient « Karkast ».

- Ça fait quatre fragments qu’il a réussi à réunir sous notre propre nez ! À chaque morceaux de Zephren qu’il vole, c’est notre réputation qui s’effrite de plus en plus. J’ignore ce qu’il veut vraiment accomplir en les réunissant tous, mais s’il y parvient, je ne donne pas cher de notre conseil et de la stabilité précaire que nous avons réussi à créer. Si ce gamin se soulève en proclamant son nom et son héritage, beaucoup le suivront !

- La Sainte Garde a fait boucler la ville, indiqua Alysia. Nous le trouverons. Cet acte de terrorisme sera son dernier.

- Je mènerai moi-même les recherches, ajouta Karion.

- Non, je m’en chargerai, moi et mes Vengeurs, répliqua Valrika. Maître Iskurdan, je demande la totale collaboration de toutes les forces de la cité.

Iskurdan se massa les tempes. Évidement que Valrika la voulait. Elle souhaitait commander à tout le monde dans cette ville pour retrouver Ametyos et enfin assouvir sa vengeance insensée contre les Karkast. Mais Iskurdan connaissait bien la générale aux cheveux de feu. Rien que pour capturer Ametyos, elle n’aurait aucun scrupule à mettre la ville sans dessus dessous, avec les toutes les privations de liberté que ça impliquait. Iskurdan ne pouvait pas le tolérer.

- Je ne veux pas que nos concitoyens soient gendarmés dans une suspicion générale. Ametyos est coincé dans la ville, il se montrera tôt ou tard. En attendant, je ne tolérerai aucun excès.

Il appuya bien ces derniers mots. Il était hors de question qu’il cède le contrôle de Safrania aux Vengeurs pour un simple individu.

- Que de temps perdu en discussions inutiles, tonna Durvan, sa voix rauque altérée par son masque. Pourquoi s’embêter à poursuivre ce gamin sans cesse ? Nous savons ce qu’il veut, non ? Les morceaux de son grand-père. Il nous suffit de tous les réunir ici, avec nous à l’intérieur. S’il les veut vraiment, il devra nous affronter. C’est un Karkast. Son sang ne refusera jamais un combat loyal.

Durvan avait toujours eu une grande admiration pour la famille royale de Johkania. Il était venu dans cette région uniquement pour profiter d’une belle guerre contre Zephren. Il se fichait de la politique, et avait la paix en horreur. Tout ce qu’il voulait, c’étaient des combats honorables.

- J’espère juste que ce jeune homme sera un poil plus résistant que son oncle, ajouta le vriffien. Vous m’aviez promis un grand combat en m’envoyant à Irisia, Valrika. Et au final, je me suis quelque peu embêté. Vous n’y connaissez rien, au final. Tu parles d’une guerrière…

Iskurdan se hâta d’intervenir avant que Valrika ne réplique. Le courant était toujours assez mal passé, entre ces deux là. Peut-être parce que lors de la Révolution, Durvan avait infligé à Valrika, alors encore générale en chef des armées de Zephren, une très lourde défaite lors de la bataille de Carmin…

- Valrika, vous aurez probablement à faire avec l’exécution du prince Kieran. Laissons la sécurité de la ville et les recherches à Karion et Alysia. La Sainte Garde connaît parfaitement la ville, alors que vos Vengeurs sont rarement présents.

Mécontente, Valrika trouva quand même le moyen de grappiller des miettes.

- Soit, mais alors j’aurai carte blanche pour l’organisation des festivités.

Iskurdan soupira, mais ne put qu’acquiescer. Les « festivités » de Valrika, quand un Karkast était présent, s’annonçaient généralement très peu agréables pour lui. Iskurdan ne pouvait rien faire pour Kieran, il le savait. Son procès serait une farce, et son exécution grandiose, pour marquer les esprits. Mais au moins, il pouvait laisser au jeune Ametyos une chance de s’enfuir en occupant les Vengeurs à autre chose. Il espérait que le garçon serait assez intelligent pour arrêter ses folies et aller vivre en exil quelque part, loin du royaume.

Vois ce que j’essaie de faire pour préserver ton sang, mon vieil ami, songea Iskurdan en pensant à Zephren.