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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 28/07/2019 à 08:47
» Dernière mise à jour le 28/07/2019 à 19:39

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 12 : Longue vie au roi
An 1696, 8 août, 12h00, Temple de Destinal, Rosalia




Je ne goûtais guère aux longues cérémonies pompeuses, sauf si elles étaient consacrées à ma gloire. Et surtout, je détestais les offices religieux. Alors, forcément, il y avait peu de chance que j’apprécie l’intronisation de la nouvelle Oracle de Destinal. Cela faisait déjà trois heures que ça durait. J’étais assis inconfortablement sur cet espèce de banc en bois indigne de ma royale personne ( faut dire que tout était pourri dans ce vieux temple qui sentait le moisi ), et je commençais à avoir faim.

Il était pourtant de mon devoir, en tant que souverain du royaume, d’être là aujourd’hui. Je me défiais grandement de la religion, que ce soit Destinal avec leur Provideum, ou les Agents de la Fatalité avec leur Falkarion. Ils étaient nocifs à mon royaume, tous autant qu’ils soient ! Mais leur influence était grande. J’essayais toujours de la réduire le plus possible, mais il m’était impossible d’interdire ces cultes, déjà que pas mal de gueux ci et là dans le royaume laissaient exploser leur mécontentement.

Il fut un temps pourtant où j’avais encore une certaine bienveillance à l’égard des Gardiens de la Destiné. Comment aurait-il pu en être autrement, alors que ma femme s’était trouvée un jour à la même place que cette nouvelle Oracle aujourd’hui ? Malgré ma méfiance naturelle pour les cultes, elle n’avait jamais cessé de me vanter la noblesse de la destinée, et m’avait souvent fait partager ses visions de l’avenir, héritage de son ancien statut d’Oracle. Des visions qui m’avaient été souvent utiles. Mais qui n’ont pas su empêcher sa mort. Depuis sa disparition, je n’accordais plus aucun intérêt à Destinal et à ses sbires, et ils me le rendaient bien en distillant le doute et la méfiance dans l’esprit de mes sujets les plus crédules.

Mais aujourd’hui était un jour particulier. L’Oracle Hélène, qui servait loyalement Provideum depuis plus de trente ans, était morte il y a quelque jours. Même si je n’avais jamais trop apprécié la remplaçante de ma femme, je me devais d’être là pour ses funérailles, et rester pour la nomination de la nouvelle Oracle. Tous les grands noms de Johkania étaient réunis au Temple de Rosalia aujourd’hui. Et parmi ces grands noms, il y avait bien sûr Iskurdan, Seigneur Aura Gardien… mon ancien ami, qui m’avait tourné le dos il y a un an. Nous n’avions pas échangé un seul regard depuis le début de la cérémonie.

Devant le grand autel de Provideum se tenaient tous les Gardiens de la Destiné, dont cette fameuse gamine, Alysia, à qui on avait pompeusement attribué le titre de « Sainte » il y a trois mois. Ridicule. Ce n’était qu’une bouseuse qui venait de Ville Griotte, née d’illustres inconnus. De la propagande des plus ridicules !

Celle qui avait été choisie par Provideum pour devenir Oracle s’avança vers l’autel. La dénommée Lisielle était une jeune femme frêle, aux cheveux blancs malgré son âge. Personne ne savait grand-chose sur cette femme en dehors des Gardiens eux-mêmes. Elle aurait été vite repérée par ses pairs et par Provideum lui-même, et a gravi les échelons au sein du culte en très peu de temps. On racontait aussi qu’elle était une membre du clan Fedoren, aujourd’hui quasiment disparu.

C’était au plus âgé des Gardiens que revenait la tâche d’introniser la nouvelle Oracle. Et c’était justement un autre Fedoren, Almadin, qui allait le faire. Tandis que le vieux Gardien récitait sa litanie et faisait connaître le nom de fonction - Joanne - de la nouvelle Oracle, celle-ci croisa pendant une demi-seconde mon regard. Ce fut très court, mais j’eus le temps de voir ses yeux noirs, de véritables puits de néants - des yeux qui m’étaient étrangement familiers - me dévisager avec ce qui semblait être un amusement moqueur.

Mais aussi vite que ce sentiment apparut, il s’estompa, et la nouvelle Oracle s’était retournée vers le Gardien Almadin qu’elle écoutait avec grand sérieux. Mais je n’avais pas rêvé. Cette fille m’avait regardé avec défi et mépris. Je ne pouvais évidement pas appeler mes gardes et ordonner qu’on l’arrête sous peine de provoquer un véritable scandale et probablement un soulèvement, mais je me souviendrai de ça. La nouvelle Oracle Joanne était clairement mon ennemie. Plus que cela, elle était dangereuse.


***



Après plusieurs jours de marche depuis le Bosquet de Sélène, Ametyos avait fini par atteindre les abords de Safrania, la nouvelle capitale de Johkania. Une ville dans laquelle Ametyos avait jadis passé beaucoup de temps. A l’époque de la royauté, elle était sous le contrôle du puissant Duc Cowen, l’homme le plus riche et influent de tout Johkania juste après le Roi. Le Duc avait transformé cette ville en carrefour commercial, achetant les produits venant de la mer au sud et des montagnes au nord, puis les revendant à prix d’or dans tout le royaume.

Le Duc avait utilisé ses finances pour agrandir la ville et surtout créé de puissantes manufactures, créatrices de beaucoup d’emplois et attirant donc nombre d’habitants. Les manufactures Sylphe étaient vite devenues des modèles d’avancée technologique, encouragées par le Roi Éternel en personne pour moderniser le royaume, ce qui avait assis l’influence du Duc. Il était aujourd’hui mort, et son fils Venceslas avait repris les affaires. Le tout en n’ayant aucune reconnaissance pour l’aide de feu Zephren pour son père, car le nouveau duc avait rejoint les Gardiens et dilapidé une énorme partie de sa fortune dans leur Saint Monastère. Ce qui avait mis en péril les manufactures Sylphe. Cependant, il trouva vite un accord avec Valrika pour équiper ses tout nouveaux vengeurs et leur développer de nouvelles technologies.

Un cercle vicieux s’était donc formé entre Héros, anciens nobles et Gardiens, résumant parfaitement la raison pour laquelle Ametyos détestait désormais la ville de Safrania. Car elle était à la fois le chef-lieu du Conseil, des Gardiens mais aussi des Vengeurs. C’était donc en ayant en tête que toutes ces forces hostiles étaient concentrées dans la ville que Ametyos y entrait d’un pas décidé, pour l’un de ses cambriolages les plus audacieux jamais mené.

- Hey, attends-moi, je ne marche pas aussi vite que toi, le héla une voix derrière lui.

En se retournant, Ametyos vu Spookiaou qui tentait de le rattraper. Ou plutôt le déguisement de Spookiaou. Celui-ci s’était caché dans une grande robe sombre de style magicien à taille humaine, et portait un masque caché par son ample chapeau afin de dissimuler son visage. De nouveau grimé afin de passer inaperçu, donc. Enfin plus ou moins vu son drôle d’accoutrement. Toutefois ça restait toujours mieux qu’un Pokemon volant qui parle.

Et puis son choix était loin d’être idiot. La population était maintenant si pieuse et croyante envers les forces supérieures qu’on trouvait souvent des prétendus mages à tous les coins de rue, qui proposaient des talismans de protection bidon contre les esprits ou les Pokémon sauvages, impressionnant les badauds avec quelques tours de passe-passe. C’était dans les mœurs. Et ils étaient tolérés tant qu’ils ne dénigraient pas Destinal et ne cherchaient pas à le supplanter.

- Tu es vraiment ridicule, soupira Ametyos.

- Parce que tu te crois plus classe que moi, le gueux ? Répliqua Spookiaou d’un ton moqueur.

Ametyos regarda les frusques civiles qu’il portait, ayant laissé son armure au Bosquet. Il s’était grimé en un paysan lambda qui venait faire son pèlerinage annuel, mensuel ou hebdomadaire, peu importe en fait, au Saint Monastère de Destinal. Et il portait un sac de voyage dans son dos, dans lequel il avait dissimulé ses flèches et son arc désassemblé. Pour seule défense, il avait conservé sa dague familiale dans la doublure intérieur de sa défroque usée, contre sa poitrine.

- Ce n’est pas une question de classe, mais d’efficacité.

- Tu ne diras pas la même chose quand tes petits yeux glauques et dégoulinants d’envie me verront impressionner les gentes demoiselles avec mes fabuleux pouvoirs !

Le prince secoua la tête et poursuivit son aventure dans les rues. Il était toujours plus que sceptique sur l’utilité d’amener ce Pokemon bizarre avec lui. Spookiaou semblait en savoir beaucoup sur la famille royale… et sur beaucoup d’autres choses. Ametyos ne lui faisait pas confiance, mais il se voyait difficilement venir à bout d’un Pokemon Spectre. Valait mieux donc l’avoir avec lui et le surveiller, tout en bénéficiant de ses capacités pour l’illusion et le désordre.

Il leur fallait éviter la Voie du Destin, l’artère principale de la ville qui menait directement du Saint Monastère et au Haut Conseil. Le coin devait grouiller de Saints Gardes voir même de Vengeurs, qui ne tarderaient pas à reconnaître Ametyos malgré son déguisement. Le Dojo des Sceaux de Duancelot était situé derrière le Haut Conseil, au plus proches des Héros. Un coup risqué donc mais qui surprendrait d’autant plus les Héros qui devaient le penser en cavale loin de Céladopole. Cependant, à sa propre surprise, il y avait beaucoup plus de contrôles de la Sainte Garde que d’habitude, surveillant toutes les ruelles menant à la Voie du Destin. Et de fait énormément de monde qui tentait d’y accéder.

- Il y a peut-être une visite de l’Oracle, théorisa Spookiaou à la vue de ce monde.

- Non, je me suis renseigné avant, rétorqua Ametyos. L’Oracle ne doit pas venir se rendre au Saint Monastère avant plusieurs semaines.

Les venues de l’Oracle depuis Rosalia généraient toujours d’immenses dispositifs de sécurité ainsi qu’une ferveur populaire inégalée. Mais pour le coup ça ne pouvait pas être ça. Car souhaitant toucher un maximum de personne, Destinal ne se privait pas d’annoncer longtemps à l’avance, et partout dans la toute région, les visites de leur Oracle dans la capitale.

Ametyos était bien évidemment curieux mais son devoir l’emporta. Il devait d’abord accomplir sa mission. Au pire ça lui fournirait un moyen supplémentaire de passer inaperçu, avec toute cette foule. Toutefois, alors qu’il commençait à s’éloigner, un important flux de passants l’emporta, le jeune prince ne parvenant pas à s’en extirper. Jurant ses grands noms, il vit au loin Spookiaou qui n’arrivait pas à suivre, tandis que lui se faisait emporter en direction de la Voie du Destin.

La sécurité fut elle-même dépassée et Ametyos passa sans même être contrôlé, se retrouvant en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire aux avant-postes pour voir la foule massée sur les bords de la Voie, libérant le chemin central. Il était assez proche de la chambre du Haut Conseil, qu’il pouvait distinguer assez facilement. Et il s’agissait visiblement bien d’une cérémonie importante et officielle car il arrivait à distinguer plusieurs Héros qui attendaient en haut des marches. Et pas des moindres : Iskurdan, Alysia, Karion, Duancelot et surtout la maudite Valrika étaient tous présent. Pas moins de cinq Héros réunis. Et la foule scandait leur nom avec une immense ferveur.

Ametyos dut se faire violence pour ne pas dégainer son arc et tirer une flèche sur la meurtrière de sa mère et d’un grand nombre d’autres membres de la famille royale. Même s’il la voyait de loin, il reconnaîtrait son visage et ses cheveux couleur sang entre mille. Il l’avait assez côtoyée au château royal pour cela. Et si Ametyos haïssait beaucoup de monde, nul ne pouvait être plus haï de lui que cette femme, la traîtresse ultime, qui avait bafoué loyauté et amitié sans aucun remord, et même avec une cruauté sadique.

Tentant de se faire petit et de partir, Ametyos dut bien finalement se rendre compte que la foule était trop épaisse pour être traversée et se décida à patienter. Tandis que la clameur commençait à se renforcer en direction du Saint Monastère, il tourna la tête et vit avec effroi une procession qui commençait à approcher en arpentant la Voie. Des guerriers en armure de pointe d’il y a quelques siècles, portant des armes lourdes et scandant leurs chants guerriers, recouvrant la clameur de la population pour laisser place à l’admiration.

Des vriffiens. Au moins une centaine, avec leurs plaques d’armures grossière rouges, leurs cheveux et barbes hirsutes et leurs visages scarifiés. Il n’y avait pas plus barbare que ces gars là, de véritables tarés fanatiques qui suivaient une religion cruelle et sauvage. L’Empire de Vriff, dans la région d’Elebla, au nord de Kanto, était perfide, mais ne se souciait normalement peu de ses voisins. Il était refermé sur lui-même, très en retard question progrès à cause de sa religion primitive. Un bon vriffien était quelqu’un qui vénérait la mort et la douleur, qui se refusait à réfléchir trop longtemps et qui ne comprenait que des ordres simples comme « tuer » ou « violer ».

Mais ceux qui paradaient aujourd’hui dans la capitale de Johkania étaient différents. Ils n’étaient plus des sujets de l’Empire de Vriff. Ils avaient été exilés avec leur chef Durvan quand ce dernier avait été banni de Vriff pour avoir tenté un Coup d’État contre l’empereur actuel… son propre frère. Comme il était prince de l’Empire, il n’avait pas été exécuté. Normalement, il aurait dû se suicider, les vriffiens n’acceptant pas le déshonneur d’être sans nation et coupé de leur dieu maléfique.

Mais pas Durvan. Lui et ses fidèles étaient partis à Johkania, où ils étaient arrivés en pleine révolution. Ils avaient entendu parler du Roi Éternel Zephren, et s’étaient mis en tête qu’il n’y aurait pas plus grand honneur - et amusement - qu’affronter un adversaire pareil. Ils avaient donc offert leur service à la rébellion d’Iskurdan. Durvan n’avait pas tardé à se forger un nom, grâce à sa sauvagerie sans pareille dans les champs de bataille. Il était devenu Durvan le Berserker, connu pour sa hache qui, une fois dans la bataille, ne cessait de tournoyer et de découper, devenant rapidement entièrement rouge du sang de ses ennemis. Il était devenu ainsi l’un des Dix Héros… et une des cibles d’Ametyos.

Ametyos comprit vite la raison de cette parade de victoire. Les vriffiens revenaient d’Irisia, le dernier baston des fidèles des Karkast. Entre deux groupes de barbares se trouvaient des prisonniers. Enchaînés, lourdement blessés, et hués par tout le bon peuple de Safrania. Des soldats aux armures presque autant brisées que leur volonté et à l’insigne reconnaissable : celui de la Royauté. Les dernières troupes de l’armée royale servaient de trophée pour un triomphe à la gloire de barbares que le Roi Éternel avait chassé plusieurs fois du Royaume.

Et en bout de défilé, un char surélevé tiré par plusieurs autres prisonniers motivés par les fouets de leurs « cochers ». Et sur ce char, deux personnes. La première était un homme portant une lourde armure aux couleurs de cuivre, avec des épaulettes hérissées de piques. Son visage était caché par un masque formant un visage de monstre agressif, duquel partaient deux longues cornes. Le tout ne dévoilant qu’une chevelure brune hirsute. Durvan en personne, qui brandissait une épée qu’Ametyos ne connaissait que trop bien. Une épée au manche doré et à la lame finement travaillée, bien trop précieuse pour des barbares, avec son manche incrusté de pierreries. L’épée du Roi Éternel en personne, que le prince Kieran avait amenée avec lui quand il a fui à Irisia.

Derrière lui, à genoux, les mains dans son dos liées à une lourde hache à deux mains solidement plantée dans le char, un homme détruit. Âgé d’un peu plus de trente ans, le visage marqué par la tristesse et les cicatrices récentes. Une chevelure blonde totalement décoiffée et sale, mais ne cachant pas une teinte s’approchant de plus en plus du gris. Et des yeux d’un bleu profond, royal. Le Prince en Exil, ou le Prince-Pleutre, comme on le surnommait. Kieran Karkast, qui s’était autoproclamé roi à la chute de son père, et dont le règne a été très court. Hué par la foule qui scandait ironiquement des « longue vie au roi » ou « le roi est mort, vive le roi » à l’homme qui avait échoué à reprendre son trône. Le comble de l’humiliation eu lieu lorsqu’il reçut une baie pourrie en pleine visage, sous le rire des badauds.

Ce triste spectacle laissa Ametyos de marbre. Il n’avait jamais été spécialement proche de son oncle Kieran. Non, en fait, il serait plus juste de dire qu’il ne l’avait jamais apprécié. Kieran n’avait ressenti pour le fils de sa sœur que du dédain, et ne s’était jamais intéressé à lui. Loin de posséder l’esprit et la volonté de son glorieux père, Kieran était toujours resté dans son ombre, préférant de loin les intrigues politiques à de justes et saines batailles. Et c’était un lâche. Il avait quitté le Château Royal avec ses hommes avant que l’armée révolutionnaire ne l’encercle, privant ainsi son père d’une partie de ses troupes. Il était resté planqué à Irisia, le fief des Karkast, sans rien faire du tout pour tous ceux de sa famille qui se faisaient éliminer un par un sur le continent.

Donc ce n’était certainement pas Ametyos qui allait plaindre son oncle. Il n’éprouvait aucune pitié pour lui, seulement une vague colère à voir tous ces gueux bafouer ainsi le noble nom des Karkast. Kieran était peut-être un moins que rien, mais il avait le sang bleu, et était d’une lignée plus noble qu’aucun de ces paysans ici ne pourrait s’en vanter. Toutefois, il allait commençait à se faire remarquer en restant interdit face à ce spectacle. Il se fit donc violence pour huer le prince déchu avec la populace.

- Mort aux Karkast, cria-t-il sans conviction.

Le cortège des barbares arriva au bout de la Voie du Destin, et dans un instant très solennel, Durvan remis son prisonnier à Valrika sous les acclamations et les applaudissements. Celle-ci se dirigea vers un marchepied, vraisemblablement pour un discours, tandis que les habitants de Safrania se massaient vers la chambre du Haut Conseil. Ametyos resta immobile. Il n’avait jamais douté que les Héros finissent par vaincre Kieran. Tous les espoirs des Karkast reposaient désormais sur ses épaules à lui, et il y était préparé.

- En ce jour solennel, peuple de Johkania, je vous annonce la capture du prince déchu Kieran Karkast, et la fin de son insurrection ! Entama Valrika, haranguant la foule. Avec lui va s’éteindre le dernier flambeau de la tyrannie du Roi Éternel. Avec lui disparaît définitivement cette lignée maudite qui a jadis tyrannisé notre peuple ! La justice a été rendue ! Johkania est libre, et elle est nôtre !

Le peuple cria sa joie, et Ametyos dut faire de même. Il ne vit alors pas bien la liberté dont Valrika parlait si des individus n’étaient pas autorisés à penser différemment et à le faire savoir. De l’hypocrisie pure et simple… Zephren, lui, avait régné d’une main de fer et de manière autoritaire, mais au moins il ne s’en était jamais caché sous couvert d’une liberté des plus imaginaires.

- Il appartiendra au Conseil des Héros de décider du châtiment réservé au prince déchu, reprit Valrika. Mais pour ma part, je ne vois qu’un seul moyen de s’occuper du fils d’un sorcier tyrannique : le bûcher !

Galvanisé par cette perspective, la foule cria son assentiment. Ametyos put remarquer d’ici la grimace soudaine sur le visage d’Iskurdan. Il n’aurait jamais préconisé ce mode d’exécution barbare et archaïque, mais le fait même que Valrika l’ait suggéré en public et avec un tel succès empêche désormais le Conseil de décider d’autre chose. Le Grand Maître des Aura Gardien, comme toujours, n’arrivait pas à tenir son chien-chien assoiffé de sang en laisse.

Le prisonnier fut amené à l’intérieur de la chambre du Conseil par Durvan, sans doute pour y subir une parodie de procès. La foule se dispersa peu à peu, et Ametyos resta un moment immobile à regarder la haute porte ouvragée derrière laquelle Valrika s’était éclipsée. Que n’aurait-il pas donné à l’instant pour être l’un de ces dresseurs Pokemon et envoyer sur cet édifice un qui l’aurait démoli avec tout le monde à l’intérieur. Un Pokemon du genre Titank, par exemple. Mais non, ça n’aurait pas été satisfaisant. Peu importaient Iskurdan et les autres, mais Valrika, il voulait la tuer lui-même, et il voulait la regarder dans les yeux quand il le ferait. Il en rêvait chaque nuit depuis la mort de sa mère, et il ne connaîtrait pas le repos tant qu’il ne l’aurait pas accompli.

- Alors mon brave, tu me payes un verre pour célébrer la capture de cette ordure karkastienne ? Le questionna une voix dans son dos.

Sortant de sa léthargie, il se retourna et reconnu Spookiaou. Ou plutôt le costume ridicule de Spookiaou. Alors qu’il s’apprêtait à élever la voix, il se contenta de soupirer tandis que son compagnon penchant la tête sur le côté. Il l’emmena dans une ruelle plus à l’écart pour discuter loin des oreilles indiscrètes, tandis que le jeune prince semblait toujours ruminer les évènements récents.

- J’en ai eu du mal à te retrouver avec ces événements. J’espère que ça t’as pas trop secoué, le gueux ?

- Non, ça n’a aucune importance, balaya froidement Ametyos. On a du travail, alors allons-y. Tout ça va nous arranger, car je viens de voir Duancelot avec Iskurdan et les autres sur les marches du Haut Conseil. Ça veut dire qu’il n’est pas dans son dojo.

Le Dojo des Sceaux, situé derrière la chambre du Haut Conseil, était un drôle de bâtiment, donnant l’impression d’avoir été construit de briques et de brocs. La façade bariolée, peinte en bleu et rouge, avec des symboles d’épée, montrait que c’était un ancien immeuble récupéré récemment. Mais plus encore que ça, ce qui attirait l’œil était le mot « DOJO » sculpté en glace d’une façon un peu ridicule sur la devanture.

Bref, il était à l’image de son gérant. De l’avis de tous, Duancelot était un Pokemon antique, noble et très intelligent. Mais ceux qui disaient ça ne l’avaient jamais vraiment connu. Ametyos, qui avait grandi au Château Royal, pouvait se targuer d’avoir passé beaucoup de temps avec l’ancien Pokemon de son grand-père le roi. Ils s’entendaient bien d’ailleurs, à l’époque, et avaient longuement joué ensemble. Et même l’enfant qu’était Ametyos en ces temps là avait très bien compris que le noble Pokemon millénaire de la lignée Karkast était un simplet fini. Un peu à l’image de Spookiaou, à vrai dire.

- Ça n’a pas changé ici, constata le Pokemon Spectre déguisé. Toujours aussi miteux et grotesque.

- T’es déjà venu ? S’étonna le jeune prince.

- Ça se peut. J’en ai fais des trucs dans ma vie vois-tu, pauvre humain limité et ignorant. Tu tomberais sur ces trucs rembourrés qui vous servent de derrière si je te disais mon âge véritable.

- C’est un dojo de combat, qui enseigne l’art de se défendre physiquement. Qu’est-ce qu’un Pokemon Spectre irait foutre là-dedans ?

- Tu sous-entends quoi, prince gueux ? Que parce que je suis un… un… un Pokemon Spectre, je serai incapable de te coller une droite ? Le glorieux punch de la mort qui tue la vie de Spookiaou le Magnifique ?!

- Si tu le dis… soupira Ametyos.

L’adolescent fit, l’air de rien, le tour du bâtiment, en observant attentivement mais discrètement les alentours. Spookiaou, de son côté, jouait son rôle de sorcier du dimanche en faisant des tours de magie à quelques enfants émerveillés, et ce en usant discrètement de ses pouvoirs spectraux pour identifier les personnes présentes à l’intérieur du dojo.

- Aucun garde d’aucune sorte dehors, fit Ametyos quand il se rejoignirent. En même temps, c’est une école. Personne n’aurait l’idée de l’attaquer, surtout en sachant qu’elle est la propriété d’un des Héros.

- J’ai senti une petite dizaine d’humains à l’intérieur, et cinq Pokemon, fit Spookiaou à son tour. Ils s’entraînent apparemment dans la salle principale. Le bureau de Duancelot est vide.

- Comment tu sais que ce serait son bureau s’il n’est pas là ?

- Comme tu n’arrêtes pas de me le répéter avec ton air insolant, je suis un Pokemon, et surtout, un qui n’est pas arrêté par la matière. Je peux sentir les effluves d’un Pokemon Fée dans cette pièce, même s’il n’est pas présent.

Ametyos ne put qu’acquiescer. Duancelot était effectivement de type Fée, en plus de son type Acier.

- Bon, tu me fais rentrer directement par l’arrière. Inutile d’engager le combat avec les gars à l’intérieur si on peut l’éviter.

Ils longèrent donc le mur arrière du bâtiment, et quand Spookiaou sentit qu’ils se trouvaient en face des quartiers de Duancelot, il fit un bref mouvement de main pour ouvrir une porte spectrale en plein dans le mur, donnant à l’intérieur. L’idée populaire voulait que les Pokemon Acier n’aient pas besoin de dormir. Ça n’avait pourtant pas empêcher Duancelot de s’aménager un petit lit de camps au couleur de la royauté au milieu de son bureau dont les murs étaient recouverts d’armes en tout genre, d’armures et de médailles.

- Ce petit salopard… marmonna Ametyos. Il ose continuer à arborer les couleurs des Karkast alors qu’il nous a honteusement trahi ?!

Spookiaou gloussa ironiquement.

- Pour un prince, tu n’es guère cultivé, Ton Altesse. Les Karkast ont repris le rouge et le bleu pour en faire leur emblème, mais à l’origine, c’étaient les couleurs de Duancelot lui-même. Ça symbolisait sa dualité de feu et de glace quand il active ses sceaux de puissances pour combattre avec son épée double.

Ametyos n’était pas au courant, et cette idée que sa famille avait pris les couleurs de leur Pokemon servant le dérangeait, mais Spookiaou avait parlé avec une telle confiance dans la voix qu’Ametyos doutait que ce fut faux. Il commença à fouiller dans toutes la chambre à la recherche du morceau du corps de Zephren que conservait Duancelot.

- Vérifie s’il n’est pas planqué derrière un mur ou le sol, avec ton passe-muraille spectre, ordonna-t-il à Spookiaou.

- Je crois que j’aurai pas besoin de m’embêter.

Le Pokemon à déguisement humain désigna un vieil autel de pierre où un écusson semblable à l’armure de Duancelot trônait.

- Sois à nouveau témoin de toute la culture qui habitude Spookiaou le Merveilleux, gamin royal mal fagoté, clama le Pokemon théâtralement. Ceci est l’autel où ton ancêtre légendaire, le Roi-Dynaste Urkarkast, le fondateur de ta lignée, a adoubé Duancelot pour en faire son chevalier servant, il y a plus de trois mille ans. C’est depuis sur cet autel que Duancelot prêtait allégeance à tous les nouveaux rois. Et c’est également là-dessus qu’il a marqué sa trahison en prêtant allégeance à Iskurdan lors de la révolution. L’endroit tout désigné pour y garder le trésor de guerre qu’est le morceau de ton papy. Alors ? Alors ? Impressionné par mon savoir, hein ?

Ametyos examina attentivement l’autel, et malgré son désir de vite trouver ce qu’il cherchait, il espérait que Spookiaou se soit trompé, juste pour lui faire fermer sa grande gueule. Mais il dut déchanter très vite. Il y avait un petit mécanisme dissimulé quand on repassait du doigt les contours de l’emblème royal des Karkast sur l’écusson. Une petite cavité dérobée s’ouvrit alors dans l’autel, révélant une boite noire identique à celle qu’Ametyos avait volé chez Despero. Le prince l’ouvrit doucement et respectueusement. À l’intérieur, il y avait un pied humain. Un pied droit, à en juger par la position des orteils.

Ametyos referma la boîte, et fut à nouveau pris par cette même colère qui l’envahissait à chaque fois qu’il pensait à son glorieux grand-père, découpé en dix morceaux et détenu comme un trésor par ces traîtres de Héros. C’était d’autant plus détestable que c’était là Duancelot, qui fut le compagnon de toujours du roi Zephren et de tous ses ancêtres avant lui. Mais ils allaient payer un jour, oh que oui. Ametyos allait y veiller, dès qu’il aurait réuni tous les morceaux de son grand-père. Quatre de fait. Plus que six.

- Bien bien bien, tout c’est bien passé, grâce à moi évidement, commenta Spookiaou. On ramène ton trésor dans la tombe qui te sert de piaule ? Ou on peut d’abord passer à la taverne la plus proche pour fêter ça. Une taverne qui fait aussi bordel, ça serait mieux d’ailleurs…

- D’abord, j’ai un message à faire passer, dit Ametyos. Que ces abrutis de Héros comprennent bien que je suis leur ennemi, que je suis après eux, et que je restaurerai l’honneur des Karkast.

Il referma la boîte et se dirigea vers un mur, empoignant une torche. Spookiaou le vit avec un air froid et haineux qu’il n’avait plus vu chez quelqu’un depuis bien longtemps. Quelque chose qui lui fit froid dans le dos. Sans que plus rien ne se dise, dans un silence de mort, il ne put que regarder Ametyos jeter une par une toutes les torches, et mettre le feu au Dojo de Duancelot.