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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 30/06/2019 à 08:00
» Dernière mise à jour le 30/06/2019 à 08:00

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 10 : Au coeur de Destinal
An 1698, 8 mars, 15h52, Mont Argenté, Château Royal de Johkania




J’étais un roi qui possédait nombre d’espions. C’était tristement nécessaire pour surveiller son peuple, afin d’éviter qu’il ne se… fourvoie dans la mauvaise direction. Tous les gens n’étaient pas aussi sages et éclairés que moi, après tout. D’ordinaire, quand un de mes espions venait me faire son rapport, je le recevais dans l’immédiat, ou que je sois et quoi que je fasse. Mais il y avait des moments où je n’appréciais guère d’être interrompu. Par exemple, quand je besognais mon amante dans ma chambre à coucher…

- Sire, pardonnez-moi, mais j’ai des nouvelles impor…

L’espion s’arrêta quand il constata que je n’étais pas seul dans mon lit, et que j’étais même en pleine action avec ma fidèle générale Valrika. Cette dernière soupira.

- Dois-je tuer cet indésirable, Majesté ? Me demanda-t-elle.

- Écoutons avant ce qu’il a à dire, répondis-je.

Je me retirai d’elle et m’assis sur le lit, sans me soucier aucunement de ma propre nudité. De toute façon, l’espion ne vivrait pas bien longtemps. Après un moment de flottement, il se recomposa une figure professionnelle. C’était tout à son honneur. La plupart se seraient confondus en excuses et aurait supplié ma pitié en pleurant. Peut-être allais-je l’épargner, celui-là…

- Sire, nous avons confirmation que le Seigneur Iskurdan et l’ancien Haut Conseiller Breven se sont rencontrés, déclara l’espion. Ils auraient clairement discuté de sédition.

À l’écoute de ces deux noms haïs, mon envie de me montrer clément s’évapora.

- Les traîtres manigancent entre eux, dis-je avec dégoût. Ils me détestent tout comme moi je les déteste, et cherchent à me faire tomber. Bon. En quoi est-ce une surprise ?

- Le Haut Conseiller…

- Ne l’appelez plus ainsi ! Grondai-je. Il n’a plus ce titre depuis longtemps !

- O-oui, mon roi. Breven a annoncé une espèce de… prophétie, que le Seigneur Iskurdan se met à clamer un peu partout dans le royaume.

- Une prophétie ? S’esclaffa Valrika. Ce gars serait le nouvel Oracle de Provideum ?

Valrika blaguait car elle n’avait jamais connu Breven, mais moi, je savais ce qu’il en était. Si on me donnait une réputation de sorcier à cause de la Johkanroc ou de mon âge très avancé, je n’étais rien comparé à Breven. Cet homme - si tant est qu’il en était réellement un - possédait des pouvoirs dont je n’avais pas idée, et qu’il puisse accoucher d’une prophétie ne me paraissait pas si absurde que ça.

- Que dit cette prophétie ? Demandai-je.

- Euh… Il a déclaré que votre règne prendra bientôt fin, sire, et que ce seront dix héros qui vous terrasserons. Breven et Iskurdan se sont déjà attribués ce titre, et seraient en train de rechercher les huit autres.

J’éclatai d’un rire rauque.

- Des héros, rien que ça ! Et dix, excusez du peu ! Je crois que Breven est en train de mystifier le peuple avec des prophétie imaginaires pour le monter contre moi.

- Un seul ordre de vous, ô mon roi, et je vous apporte leur tête, me susurra Valrika.

- Idiote, fis-je en la repoussant. Il n’y a personne dans ce royaume qui serait capable de vaincre ces deux là à part moi. Ils mourront, bien sûr, mais avant eux, c’est leur soulèvement que je veux tuer. S’ils veulent jouer à ce jeu là avec moi, à leur guise ! Qu’ils trouvent donc leurs fameux héros. Qu’ils s’amusent à détourner les crédules. Je les écraserai, et avec eux toute idée de révolte. Je suis Zephren l’Éternel. Ce royaume ne peut pas être sans moi !



***


Alysia observait d’un air curieux les deux jeunes gens qui la suivaient s’émerveiller devant la splendeur du Saint Monastère. La prison où ils s’étaient trouvés était à l’intérieur du QG de la Sainte Garde, lui-même un bâtiment annexe du Saint Monastère. Les deux étaient reliés de l’intérieur, mais Alysia avait jugé plus marrant de faire passer Garneth et Spinellie par la grande porte du Saint Monastère et ses hautes marches pavées.

L’immense bâtiment rayonnait face à eux avec ses innombrables sculptures et enluminures, sa façade avec de nombreuses représentations de grands Gardiens à travers les âges. Et sur le fronton, le symbole même de Destinal trônait fièrement et brillait de toute sa dorure. L’œil de Provideum et les ailes protectrices le recouvrant. Ce symbole faisait plusieurs mètres, et était en or massif. Les Gardiens n’avaient pas regardé à la baisse les dépenses pour bâtir ce nouveau temple, pour bien montrer toute l’aisance et toute la puissance dont disposait Destinal. Mais de l’avis d’Alysia, tout cela était bien trop grandiloquent et coûteux.

Comme l’Oracle avait demandé le soutient financier du gouvernement, l’année où le Saint Monastère avait été construit, il y avait eu un trou accablant dans le budget du royaume, et forcément, les impôts avaient dû augmenter pour les citoyens. Ils avaient payé sans trop rechigné, grâce à la bonne publicité qu’offrait Destinal après la Révolution, mais Alysia trouvait discutable de faire payer les bonnes gens juste pour le confort des Gardiens. Leur seul confort aurait dû être leur foi, et Alysia s’était toujours trouvée bien dans l’ancien Temple de Rosalia. Mais le Saint Monastère avait ses avantages ; il était proche de la chambre du Conseil des Héros, et pour Alysia, c’était facile de se rendre de l’un à l’autre.

Les murs d’un blanc nacré impeccable étaient entretenus par plusieurs membres de la Sainte Garde que Garneth pouvait voir à l’œuvre au moment où il descendait de la diligence. De toute évidence, les Gardiens tenaient à ce que leur lieu de culte resplendisse en permanence et brille de mille feux. Autant dire que Garneth était largement plus qu’impressionné par l’endroit. A côté, le château en ruine du Roi Zephren semblait miteux.

- Nous… nous pouvons vraiment entrer à l’intérieur ? Demanda le jeune homme en balbutiant. Vrai de vrai ?

- Tout le monde a le droit d’entrer, sourit Alysia. Et toi plus que les autres, comme tu es désormais officiellement un écuyer de la Sainte Garde. Il y a juste l’étage réservé aux Gardiens qui est interdit.

- Les Gardiens de la Destinée… répéta Garneth, en transe. Vous… vous êtes combien actuellement, au fait ?

- Huit, si on compte sa Sainteté l’Oracle. Mais ce n’est pas un nombre fixe, il peut être moindre ou plus élevé selon les circonstances. Nous sommes d’ailleurs en train de débattre sur le fait d’accepter ou non l’entrée de Karion parmi nous.

Alysia n’ajouta pas que Karion était bien peu enthousiaste, car accepter le titre de Gardien reviendrait à délaisser sa fonction de second de la Sainte Garde, et peut-être même à quitter le Conseil des Héros, car Despero n’accepterait jamais qu’il y ait en son sein deux Gardiens pour un seul Agent.

- J’aimerai tant les rencontrer… soupira Garneth. Il parait qu’un Pokemon qui parle est le chef de l’Inquisition ?

- Effectivement, acquiesça Alysia, tout en songeant que Garneth n’aurait peut-être pas plaisir à rencontrer Bicéphargue.

Les gardes devant la lourde porte en fer forgé du monastère se mirent au garde à vous pour Alysia et lui ouvrirent l’accès en la saluant, salut qu’elle leur rendit, tandis que le jeune homme se faisait tout petit derrière elle. Quant à Spinellie, elle avait la tête qui tournait. Beaucoup trop de choses impressionnantes à regarder pour elle. Jamais elle n’avait vu autant de choses aussi belles et brillantes d’aussi loin qu’elle s’en rappelait. Elle se ruait d’un côté à l’autre pour ne rien perdre du décor, poussant des cris d’admiration devant toutes les hautes colonnades et les mosaïques marbrées. Garneth dut craindre qu’elle ne commence trop à attirer l’attention et lui prit la main.

- Sois plus silencieuse, Spinellie, lui intima-t-il. Nous sommes dans un sanctuaire sacré !

- Ne t’en fais pas, Garneth, fit Alysia en rigolant. Laisse ton amie être elle-même. Pour dire vrai, je trouve sa façon d’être très rafraîchissante et naturelle, et ça change de toutes les personnes préoccupées et sérieuses qui vivent à Safrania et que je côtoie au quotidien.

- Vous êtes sûre qu’elle ne dérange pas, ô sainte ? Elle peut devenir assez remuante et bruyante si on la laisse faire…

- Destinal accueille tout le monde en son sein, et ne saurait s’offenser de réactions émerveillées des visiteurs. De plus, je suis ravie de voir que malgré ces temps compliqués, Johkania abrite encore des personnes pures et innocentes comme elle, dit Alysia en souriant à Spinellie.

Spinellie rendit son sourire à Alysia puis se tourne vers Garneth avec son visage comme d’habitude plein d’entrain et totalement ravie du compliment qu’on venait de lui faire.

- Tu as entendu, Garneth de la Justice ? Je suis pure et innocente ! C’est bien ça pour faire assistante de justificier comme toi, par le rectum de Kyurem !

Garneth avait visiblement des doutes sur le mot « innocent », pour une raison connue de lui seul, mais ne répliqua pas. Il garda toutefois la main de Spinellie dans la sienne pour ne pas qu’elle s’éloigne trop, ou pire, qu’elle n’aille voler quelque objets précieux qui pullulaient en ces saints lieux.

Une fois passés les portes et le long vestibule richement décoré, ils arrivèrent dans une immense cour, à ciel ouvert. Autour, différents bâtiments et baraquements qui devaient servir à la Sainte Garde au quotidien. Et tout au fond, un magnifique bâtiment ouvragé, ressemblant à une église d’Arceus. Garneth en avait vu une une fois, lors d’un voyage avec ses parents à Mauville. Mais bien sûr, celle-ci était dix fois plus impressionnante. La cour en elle-même comportait de nombreux carrés de verdure et même quelques fontaines ornementales en son sein. Chacune d’entre elle semblait représenter une ou plusieurs créatures que Garneth n’arrivait pas à identifier.

Au centre de la cour se tenait une statue bien plus grande que toutes les autres, qui représentait un chevalier terrassant une monstrueuse et hideuse créature que Garneth n’aurait jamais réussi à imaginer. Il y avait de nombreuses personnes présentes dans la cour, la plupart des chevaliers de la Sainte Garde. Quand ils la traversèrent, tout le monde les regardait avec respect, admiration et vénération. Enfin, tout le monde regardait Alysia. Mais comme il était juste à côté d’elle, Garneth avait l’impression que ces regards étaient aussi un peu pour lui. Un tout petit peu.

- Voici donc le centre du Saint Monastère, fit Alysia en commençant sa présentation des lieux. Les bâtiments à droite sont les appartements et lieux de vie du personnel civil. C’est ici qu’on vous trouvera une chambre. Normalement Garneth, tu aurais dû dormir dans les baraquements de la Sainte Garde, dans l’aile ouest, mais comme tu as Spinellie avec toi, et qu’il ne vaut mieux pas la laisser seule pour le moment…

- Oui, ce serait plus judicieux, acquiesça le jeune homme. Je vous remercie.

- J’ai fait donner l’ordre qu’on y mette les affaires que vous aviez quand on vous a capturez. Votre Bourrinos se trouve lui aux écuries de la Sainte Garde.

- Donc mon épée me sera ren… commença Garneth

- Ma tirelire Ecremeuh ! Vous me l’avez rendue hein, ma jolie tirelire ? Le coupa Spinellie, très inquiète pour son bien.

- Il ne manquera pas la moindre pièce, la rassura Alysia.

- Ouf ! C’est que j’ai mis longtemps pour rassembler ce petit butin, avec tous les vols que j’ai…

- Ahhhhhh ! Intervint bruyamment Garneth pour changer de sujet. Ce… cette église est vraiment exceptionnelle hein ?

Alysia hocha la tête, sans chercher à en savoir plus sur la phrase de Spinellie… même si elle se doutait d’avoir compris.

- C’est le Sanctuaire. Seul le rez-de-chaussée est ouvert au public, pour les offices religieux et les cérémonies. Tout ce qu’il y a au dessus est la section réservée aux Gardiens eux-mêmes, donc interdiction d’y entrer, même pour les membres de la Sainte Garde. En tant qu’écuyer, tu seras peut-être amené à monter la garde ici. Enfin, l’aile est, là d’où on vient, c’est le QG de la Sainte Garde. C’est là que tu passeras la plupart de tes heures de service, en dehors des missions et des patrouilles. C’est la base la plus importante de la région, avec une armurerie géante, un immense terrain pour les combats Pokemon, diverses salles de classe pour les aspirants, des salles de prières, une bibliothèque ô combien vaste… D’ailleurs Garneth, sais-tu lire ?

- Euh, je crains que non, ô Sainte, fit-il en rougissant. C’est réservé à l’élite, et à Ville Griotte… euh… on ne se soucie guère d’apprendre à lire. Désolé.

- Tu n’as pas à en avoir honte. J’étais tout aussi illettrée en arrivant à Safrania. Mais Destinal tient à ce que tous ses serviteurs soient cultivés, ne serait-ce que pour lire les prières et les saintes paroles. Tu auras donc des heures de cours de lecture en plus du reste.

- Bien, ô Sainte.

- Et arrête avec ce titre, soupira Alysia. Ce n’est qu’une formule que l’on donne au plus puissant des Gardiens. Je n’ai rien de divin en moi. Je suis née et j’ai grandi dans le même village perdu que toi, et j’ai pataugé dans la même gadoue des champs de monsieur Siblan pour y dérober quelque fruits.

- Ah, vous aussi ? Euh, je veux dire…

Amusée, Alysia lui tapota l’épaule.

- En arrivant en ce saint lieu, et en entrant au service de Provideum, nous repartons à neuf. Tous nos péchés passés, si tant est qu’ils ne comprennent pas le meurtre et le viol, sont pardonnés. Si tu as des doutes sur la pureté de ton âme, n’hésite pas à te confesser. C’est Père Cilis, l’un des Gardiens, qui s’occupent des confessions des membres de la Sainte Garde. Il sera ravi de t’écouter.

- Bien, ô Sa… je veux dire… euh… Dame Alysia ?

- Je ne suis pas une noble, mais ça ira. En public du moins. On vient du même village et je ne suis pas tellement plus âgée que toi. Tu peux m’appeler Alysia et me tutoyer quand nous sommes que tous les deux, et vu que tu es mon écuyer, nous serons amenés à l’être souvent.

- Je… je n’oserai jamais, ma dame ! Protesta Garneth. Vous êtes la Sainte de Destinal, la Quatrième des Héros ! On vous vénère dans les villages les plus reculés !

- Je suis qu’une femme. C’est le Seigneur Provideum qu’il faut vénérer, ou bien Sa Sainteté l’Oracle. Je ne vois rien de ce qu’ils voient, eux qui sont baignés dans la grâce divine du destin. Comme ces statues le montrent, voyez-vous ?

Garneth et Spinellie étudièrent plus en détails les diverses représentations dans la pierre.

- Qu’est-ce que ça représente ? Demanda finalement Garneth.

- Chacune de ces statues ont été sculptées selon les différentes visions qu’on eu nos Oracles à travers les âges. Elles représentent tous un moment important de l’histoire, passé, présent ou à venir, ou encore des personnages illustres qui ont ou vont bouleverser le cheminement du monde. Beaucoup d’entre elles ont déjà été réalisés, mais pas la plus importante.

Alysia fit un signe de tête vers la plus grosse de toute, à savoir cet espèce de dragon géant sur lequel se trouvait une silhouette humaine, s’apprêtant à lui transpercer la tête avec son épée. Sans qu’il ne sache ce que cette statue représentait ni à quelle époque la scène en question était censée se dérouler, Garneth se trouva inspiré.

- Cette statue représente la toute première vision qui a été donné par le Seigneur Provideum à la toute première Oracle, il y a de ça plus de huit cent ans, raconta Alysia. Malgré tout ce temps passé, cette vision reste encore à se réaliser. Du moins, on espère qu’elle se réalisera, car sinon, c’en sera fini de notre monde…

- C’est qui, ce gros monstre ? Demanda Spinellie. Il a par l’air sympathique, oh ça non.

- C’est parce qu’il ne l’est pas. C’est Bahageddon, le premier des Fléaux de l’Humanité, le Pokemon crée par Mew pour punir les humains de leur arrogance et de leurs guerres incessantes, qui au final a bien failli détruire le monde. Les légendes parlent de cette créature qui serait apparut il y a des milliers d’années, et qui, en un an de destruction, a profondément modifié la structure même de la planète. Selon les récits antiques, il a fallu qu’Arceus, le créateur de l’univers, s’en occupe lui-même avec l’aide de nombreux dieux Pokemon.

- Ohhhhhh, siffla la jeune fille. Ça fait peur comme le derrière d’un Seviper !

- Hum… réfléchit Garneth. Oserai-je demander pourquoi le Seigneur Provideum a eu une vision de ce monstre si Arceus le Père l’a vaincu ?

- Nul ne le sait, pas même le Seigneur Provideum, répondit Alysia d’un air grave. Peut-être Bahageddon n’a pas été entièrement vaincu. Peut-être qu’il peut ressusciter. Peut-être est-ce un autre Bahageddon. Une chose est sûre : il va revenir. Le Dragon de l’Annihilation va ressurgir des entrailles de la terre pour tenter une nouvelle fois de détruire le monde. Peut-être dans un an. Peut-être dans dix. Peut-être dans mille. Mais il reviendra, engloutissant tout dans les ténèbres. Mais alors, le Seigneur Provideum vit une lueur dans cet avenir sombre : un humain, qui se dressa victorieusement sur la tête de Bahageddon, et le terrassa avec son épée. Un élu de l’humanité réussirait là où les Dieux eux même avaient échoué. Alors, pour trouver cet humain marqué du signe du destin, Provideum fonda les Gardiens de la Destinée. C’est notre mission d’origine : faire que cette vision se réalise, en trouvant et en guidant ce mystérieux héros.

Garneth en resta bouche bée un moment, impressionné par ce récit d’apocalypse mais d’espoir, et par l’importance de la mission des Gardiens. Mais Spinellie, elle, commençait à battre des paupières, comme si le long récit d’Alysia l’avait rendu somnolente.

- Désolée, je parle un peu trop. Je crois que j’ai perdu Spinellie en cours de route, fit Alysia en souriant.

- Mais non, pas du tout, c’était passionnant, tenta de la rassurer Garneth tout en secouant doucement Spinellie qui sursauta sur le coup.

- Euuuuh, ça y est, le gros méchant monstre il est tout mort, moustaches de Tortipouss ? Demanda la jeune femme à moitié endormie.

Garneth se prit le visage dans la main de honte, mais Alysia se contenta d’en rire.

- Hélas non, petite Spinellie. Il faut d’abord que l’on trouve le héros qui doit le terrasser. Mais sans doute n’est-il pas encore né, et peut-être ne le sera-t-il pas avant des siècles.

Alysia contempla la silhouette de l’humain sur la tête de Bahageddon. On ne pouvait rien discerner de la statue du héros, ni son sexe ni son visage, mais cette contemplation inspirait toujours la Sainte, et à chaque fois qu’elle passait par la cour du Saint Monastère, elle ne pouvait s’empêcher de s’arrêter et de regarder la statue pendant une minute.

- Beaucoup de gens et une partie des Gardiens pensent que c’est moi, sur Bahageddon, fit doucement Alysia. Enfin… que ce sera moi.

- Vraiment ?! S’étonna Garneth. Enfin, je veux dire… oui, ça semble logique ! Jamais le Seigneur Provideum n’a eu serviteur aussi fort et dévoué que vous ! Et vous êtes déjà une héroïne après avoir contribué à terrasser le Roi Eternel !

- Le destin sera ce que le destin sera, répondit pieusement Alysia. Je me plierai à sa volonté, quel qu’elle soit. Ceci dit, je n’espère pas que ce sera moi. Car si c’est vraiment le cas, ça impliquerait que Bahageddon revienne sous peu, avec toutes les destructions que cela implique. Notre royaume n’a pas besoin de ça maintenant. De plus, il n’est clairement pas certain que le héros, quel qu’il soit, parvienne à vaincre celui qu’on surnomme le Tueur de Monde. La vision peut se réaliser, mais peut également ne pas le faire, et Bahageddon peut triompher. C’est un lourd fardeau.

- J’imagine… répondit Garneth. Mais si c’est bien vous, je suis sûre que vous sortirez victorieuse, Dame Alysia ! J’en ai la profonde conviction. Je crois à ce destin !

La Sainte sourit de façon gênée, puis déclara :

- Je vais vous laisser rejoindre votre chambre maintenant. Je dois me rendre au Sanctuaire pour voir mes frères Gardiens. Je viendrais te chercher plus tard pour débuter ton entraînement et t’expliquer tes tâches, Garneth. Ah, et n’oubliez pas de passer par les étables pour saluer votre compagnon Bourrinos ?

- Oh que oui, cette vieille bourrique ne vas pas en revenir quand je vais lui raconter tout ce qu’il m’est arrivé depuis le mont Argenté !

- Allons visiter tout cette grande maison, Garneth de la Justice ! C’est partiiiii ! Et au revoir madame la Sainte ! Cria Spinellie, très pressée.

Et Spinellie parti en courant tout en traînant Garneth derrière elle qui ne lui lâchait pas la main. Alysia les regarda partir avec un grand sourire. Ces deux jeunes gens étaient grandement rafraîchissants et intéressants. Elle leur trouvait quelque chose de particulier, et n’avait aucun doute que le destin les avait mis sur sa route pour une bonne raison. Lorsque l’Oracle viendrait à Safrania la prochaine fois, elle lui présenterait Garneth et Spinellie, afin de voir si elle voyait quelque chose en eux.

Alysia se mit en route pour le Sanctuaire où elle devait remettre le rapport du conseil aux autres Gardiens. Elle devait aussi récupérer son épée qu’elle avait laissé à l’affûtage par leur armurier ainsi que son fidèle Pokemon partenaire, qu’elle avait laissé sur place. Contrairement aux Agents, les Gardiens aimaient les Pokemon, et chaque Gardien fonctionnait en binôme avec un Pokemon qu’il connaissait depuis longtemps. Alysia avait grandement profité de son entrée au Conseil des Héros pour renforcer son lien avec le sien, notamment grâce à Fral qui lui avait donné de bons conseils à ce sujet.

Alysia pénétra dans le Sanctuaire, s’agenouilla un moment devant la statue de Provideum où les cérémonies avaient lieu, et monta à l’étage, réservé aux seuls Gardiens, ou cinq membres de la Sainte Garde étaient de faction. Et à peine eut-elle passé le seuil de la porte qu’un Mélodelfe déambula à travers le hall d’entrée pour venir lui faire un câlin. Elle le serra affectueusement contre elle et caressant le sommet de son crâne.

- Contente de te revoir aussi, Aster. J’ai fait une grande découverte aujourd’hui, il va falloir que je te raconte. Mais d’abord, tu sais si pépé à fini de préparer mon épée ?

Le Pokemon Fée lui répondit par l’affirmative. Alysia se mit donc en marche pour rejoindre l’atelier où elle avait laissé son épée. Alysia avait rencontré Aster le jour où elle avait également rencontré la Sainte Garde, comme un signe du destin. Alors qu’elle vagabondait aux alentours du Mont Sélénite, elle avait sauvé plusieurs Mélofée de braconniers peu scrupuleux. En les neutralisant et les apportant aux autorités, elle avait suscité la curiosité de la Sainte Garde et de l’armée royale, mais elle avait préféré rejoindre la première.

Alors qu’elle arrivait en vue de la porte de l’atelier, deux personnes vinrent à sa rencontre. Un jeune homme richement habillé avec une tenue soignée et ouvragée. Il se déplaçait à l’aide d’une canne malgré son jeune âge, uniquement pour le prestige. Sur le sommet de cette canne était situé son Ascagarde. Et il était accompagné d’un Pokemon chat au poil sombre et au visage rond. Un Persian, mais un Persian unique en son genre, tel qu’Alysia n’en avait jamais vu.

L’autre personne était une femme d’environ une quarantaine d’années, habillée avec une armure légère à pointes par-dessus des vêtements usés, et portant une hache et un bouclier dans son dos. Un bandeau déchiré parcourait ses cheveux débraillés, et elle arborait un visage franc et sincère. À ses côtés se trouvait un Machopeur borgne. Alors que le jeune homme commença à s’avancer pour s’apprêter à faire un baisemain à Alysia, elle l’ignora royalement et alla directement faire une étreinte chaleureuse à la femme en armure, sous le regard désabusé de l’homme.

- Ekidna, tu es enfin rentrée de ta mission. Je suis vraiment ravie de te voir !

- Moi aussi Aly. La prochaine fois, les pirates des Tourb’îles y réfléchiront à deux fois avant de provoquer un Gardien de la Destinée, lui dit-elle en rigolant. Mathurin a essayé mais il en a encore battu moins que moi !

Le Machopeur pesta tandis qu’Alysia lâchait Ekidna en lui offrant un grand sourire. C’était un lien particulier qui unissait les deux Gardiennes. Lorsque Alysia était arrivée à Rosalia, elle était devenue l’écuyère de Ekidna, alors cheffe de la Sainte Garde, et c’est elle qui l’avait formée et lui avait appris tout ce qu’elle savait. Ekidna n’était pas une diplomate avertie, ni même sans doute une personne très cultivée, mais elle était extrêmement gentille. Sauf avec ses ennemis, avec qui elle était plus que farouche. Car oui, Ekidna était une sacrée guerrière, et elle officiait maintenant comme Maître d’Armes des Gardiens. Son passe-temps considérait à faire des concours avec son Mathurin, son Machopeur, pendant les combats pour voir qui battait le plus d’ennemis.

- Moi aussi je suis content de te voir sinon, Alysia, tenta l’homme. Tout comme Silicath III.

- Oh, désolée. Moi aussi Venceslas.

Venceslas Cowen était le fils de l’ancien Duc Cowen de Safrania qui était mort jeune. Il avait donc hérité tôt du titre de Duc. Et il avait été un des rares nobles à rejoindre Destinal de son plein gré, devenant l’un des principaux mécènes de l’ordre. C’est sur son ancien terrain que le Saint Monastère avait été bâti, et en grande partie à ses frais. Alysia aimait bien Venceslas car il donnait beaucoup de son être pour Destinal, malgré son statut de noble qui lui collait à la peau. Et il était de notoriété publique que Venceslas avait le béguin pour Alysia, ce que tout le monde voyait. Sauf Alysia elle-même.

- Je vais récupérer mon épée, vous pouvez réunir les autres, que je résume ce qui s’est dit au conseil ?

- Cilis et Bicéphargue sont là doivent être en train de prier la tête sur le sol ou de martyriser des hérétiques, lui dit Ekidna en ricanant. On va faire les chercher vite fait. N’oublie pas de dire à pépé de se ramener aussi.

Alysia n’avait guère envie de voir Père Cilis ou Bicéphargue, qui à ses yeux se battaient pour obtenir le titre de Gardien de la Destinée le plus fatiguant. Elle passait pas mal de temps loin du Monastère, soit avec sa Sainte Garde, soit au Conseil des Héros, justement pour ne pas les croiser trop souvent. Mais quand conseil il y avait, Alysia devait raconter aux autres ce qui en était ressorti. C’était son rôle.

Elle laissa Venceslas et Ekidna aller les quérir tandis qu’elle entrait dans l’atelier. La pièce présentait un grand désordre, et on y voyait de tout qui traînait. Des armes suspendues au plafond, des outils sur des râteliers d’arme, et surtout, des pierres. Des Ascalines pour être précis. Tel était le lieu de travail d’Almodin Fedoren, le plus vieux des Gardiens de la Destinée, et leur tailleur de pierre attitré doublé d’un excellent armurier. Alysia se dirigea vers son énorme épée à deux mais qu’elle repéra vite, attachée par plusieurs cordes et suspendues au dessus d’une table. Son épée possédait une lame énorme bien reconnaissable, ainsi qu’une pierre d’un bleu intense dans la garde.

- Te voilà enfin gamine. Ta foutue épée est prête depuis longtemps tu sais ? Râla un vieil homme assis à la table.

- Désolée pépé, un contretemps. Un problème avec les Agents au Mont Argenté, puis une réunion du Conseil. D’ailleurs tu vas me suivre après pour que je vous fasse le rapport aux Gardiens.

Il grommela dans sa barbe tandis que Alysia remettait l’attache pour son épée dans son dos, avant de saisir cette dernière et de la détacher d’un seul moulinet de lame, puis dans la ranger dans son dos. Almodin Fedoren était affectueusement nommé « pépé » par tous les autres Gardiens, qu’il traitait de gamins en retour. Il donnait beaucoup d’empathie à Alysia. Ses enfants, sa femme et ses petits-enfants avaient tous été tués par les Agents, et aujourd’hui, il continuait malgré tout ces drames à servir les Gardiens.

Il y avait beaucoup de membres du clan Fedoren à servir Destinal jadis, mais les Fedoren s’étaient tellement déchirés entre eux, et avaient tellement été harcelés de toute part pour qu’ils taillent des Ascalines pour untel ou untel, qu’aujourd’hui il n’en restait plus beaucoup. Il se disait que l’Oracle Joanne était une Fedoren elle aussi, mais en dehors d’eux, il n’y avait plus personne pour créer les Ascagardes des Gardiens. Quand pépé Almodin allait mourir, ce sera une perte terrible pour Destinal, d’autant plus que les Agents possédaient eux deux jeunes Fedoren dans leur camps. Le fait que l’une d’elle avait été l’un des Adeptes fait prisonniers par Karion était ironique.

Pépé se releva et partit à la suite d’Alysia en la toisant de haut. Car Almodin était un homme très grand, de presque deux mètres, et toujours bien bâti pour son grand âge. Il ne se laissait pas abattre et serait probablement capable d’étaler n’importe quel membre de la Sainte Garde, et même certains Gardiens arrogants. Sur la route pour la salle de réunion du Sanctuaire, il expliqua à Alysia qu’il avait réaffûté sa lame, et qu’il fallait qu’elle arrête de couper des roches ou du fer au risque de la briser, même si elle en était largement capable. Il faut dire que la lame bien affilée combinée à la grande force physique d’Alysia faisait du dégât en général.

Il avait également redonné du lustre à son Ascagarde, les armes des Gardiens. Les Ascalines taillées pour les Gardiens étaient presque inusables mais avaient besoin qu’un Pokemon y mette volontairement ses pouvoirs. Raison pour laquelle chaque Gardien se liait à un Pokemon. Tant que ce lien perdurait, l’Ascagarde demeurait capable d’utiliser les pouvoirs du Pokemon. Et l’Ascagarde de Alysia avait été taillée spécifiquement pour s’imbriquer dans son épée et s’utiliser avec. C’était tout le contraire des Ascacomb que ces vils Agents de la Fatalité utilisaient ; elles étaient plus puissantes, mais nécessitaient de voler ses pouvoirs à un Pokemon. Les Gardiens ne faisaient rien d’aussi cruel.

Lorsqu’ils arrivèrent, Venceslas et Ekidna étaient déjà sur place avec deux autres personnes. Un homme avec les cheveux lissés en arrière, le visage sévère renforcé par de petites lunettes, et portant une soutane intégrale. Le plus notable était son collier doté d’un double pendentif portant l’anneau d’Arceus et l’œil de Provideum. Il s’agissait ni plus ni moins de Père Cilis Alfstir, Gardien en charge du culte de Destinal en absence de l’Oracle, et un ancien ecclésiaste d’Arceus.

L’autre personne était un Pokemon, un imposant oiseau à deux têtes avec un genre de crête métallisée. Sur son torse, par-dessus son plumage blanc, apparaissait tatoué de façon imposante l’œil de Provideum. Il s’agissait de Bicéphargue, le chef de la brigade inquisitoriale des Gardiens. C’était un fanatique zélé qui se plaisait aux souffrances qu’il infligeait à ceux qu’il considérait comme des hérétiques. Alysia avait beaucoup de mal avec lui, peut-être plus qu’avec Cilis, qui pourtant était totalement psychorigide avec les préceptes de Provideum et les paroles sacrées.

- Te voilà enfin, Alysia, commença Bicéphargue, ses deux têtes parlant en même temps. Nous avons eu vent de ta nouvelle prestation catastrophique au conseil. Tu as laissé échapper deux Agents !

- Ce n’était que des Adeptes, rectifia Alysia, et c’était un prix acceptable négocié avec Lord Despero pour que le conseil ferme les yeux sur le meurtre qu’a commis Karion.

- Despero n’est qu’une ordure de la pire espèce, argua Cilis. Et nierais-tu que l’un des deux Adeptes était une Fedoren ?

Comme d’habitude, les deux faisaient front commun contre Alysia. Ils étaient partenaires depuis longtemps comme Pokemon et Gardien, bien que Bicéphargue était lui-même un Gardien à part entière. Son inquisition était coupable de nombre d’agissements aveugles que Alysia n’approuvait pas. Obstinée dans son idée de détruire les Agents de la Fatalité et leurs idéaux, l’Inquisition n’hésitait pas à maltraiter les innocents et à condamner un suspect au moindre petit pas de travers.

- Je ne le nie pas non, se défendit Alysia. Mais ça change quoi ?

- C’était une occasion en or de supprimer un des Fedoren des Agents, s’ils se sont montrés assez bêtes pour l’envoyer hors de leur tour pour une mission aussi stupide ! S’écria Bicéphargue. Si Karion avait eu un peu de jugeote, ce serait elle qu’il aurait tué !

Le meurtre, toujours le meurtre… Ôter la vie de quelqu’un était pour toujours pour Bicéphargue la solution la plus évidente et la plus efficace.

- Cette fille n’avait rien fait pour mériter une exécution, argua Alysia. De plus, elle est la sœur de l’assistant de Despero. Vous vouliez déclencher une guerre, Bicéphargue ?

- La guerre est à nos portes, répliqua Père Cilis. La Révolution n’a été qu’une interlude. Et le camps qui fera le premier pas aura toutes les chances d’en sortir victorieux !

Ekidna et Venceslas se chargèrent de prendre le relais et de soutenir Alysia face aux positions extrêmes de Cilis et Bicéphargue. Alysia, qui avait déjà eu sa passe d’arme de la journée avec Despero au Conseil, était fatiguée par avance. Comme Sa Sainteté se trouvait au Temple de Rosalia avec leur dernier frère Gardien, elle ne pouvait pas tenir Cilis et Bicéphargue en laisse. Pourtant, Alysia était sûre que l’Oracle Joanne était une femme de paix, et qu’un conflit ouvert avec les Agents était la dernière chose qu’elle souhaitait. Avec cette conviction en tête, Alysia s’efforçait toujours d’arrondir les angles au Conseil avec Despero, ou du moins, de ne pas se montrer trop bornée.

Elle avait de la chance que l’ancien duc de Céladopole soit lui aussi un partisan de la paix, car Alysia savait très bien que nombre d’Agents à Lavanville étaient du même avis que Cilis et Bicéphargue, peut-être même le Prédicateur Nukt lui-même. Et Alysia avait peur. Elle avait peur qu’une nouvelle guerre civile éclate, alors que l’ombre de Bahageddon, qui pouvait ressurgir à tout moment, menaçait toujours l’avenir.





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Image de Bicéphargue :