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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 16/06/2019 à 09:13
» Dernière mise à jour le 16/06/2019 à 09:13

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 9 : Le damné et la sainte
An 1699, 11 juin, 08h32, Mont Argenté, Château Royal de Johkania




Il y avait ce genre de nouvelles qui, au réveil, vous donnez envie de ne pas vous être levé.

- Veuillez répétez ce que vous m’avez dit, Lord Despero, dis-je d’un air doucereux. Au cas où je n’aurai pas bien entendu…

Le jeune noble s’inclina sans aucune crainte, alors que d’ordinaire, ce ton dans ma voix présageait des ennuis pour mes interlocuteurs.

- Oui, Votre Majesté. Je vous disais que l’on a la confirmation que le Seigneur Iskurdan a rencontré l’Oracle Joanne au Temple des Gardiens, à Rosalia. Quant au contenu de cette discussion, je pense qu’il est assez clair : la sédition. Destinal a promulgué un édit vous déclarant ennemi du destin, et appelant tous les croyants à se ranger derrière Iskurdan pour réclamer votre départ.

Je savais que quelque chose clochait avec Iskurdan depuis déjà un moment. Nous nous étions séparés en mauvais termes malgré notre amitié vieille de soixante-dix ans, et il s’était depuis mis en quête de rabaisser aux yeux de mes sujets, clamant partout que j’étais devenu fou, ou pire, que j’étais devenu un tyran parfaitement conscient de ses actes. Mais jamais je n’aurai imaginé qu’il n’aille se liguer avec les adorateurs de Provideum. Ce n’était pas leur genre de prendre les armes contre quelqu’un qui n’était pas un Agent de la Fatalité. Mais qui pouvait dire ce que cette jeune Oracle, en poste depuis seulement trois ans, avait derrière la tête ?

- Cette information est-elle vérifiée ? Demandai-je.

- Vérifiée et revérifiée, sire, m’assura Despero. Comme vous le savez, quelque anciens nobles que vous avez répudié pour s’être trop rapprochés des Agents de la Fatalité ont conservé des contacts chez eux, s’ils n’en font pas carrément partie. Ils tiennent cette info des Agents, qui espionnent toujours leurs rivaux Gardiens, et moi je la tiens de mes espions chez ces anciens nobles en question.

- Et quel est le point de vue des Agents sur la question ? Comptent-ils me soutenir pour faire face à Destinal ?

- Vous soutenir ? Je crains que non, sire. Ils comptent plutôt se tenir en retrait, et attendre. Si Iskurdan et les Gardiens parviennent à vous mettre en difficulté, ils en profiteront pour se rallier à eux et se jeter sur vous comme les vautours qu’ils sont. Mais si vous écrasez rapidement cette révolte, ils en profiteront pour vous jurer allégeance et se jetteront cette fois sur leurs ennemis de toujours.

- C’est drôle, on croirait entendre un de vos plans, Despero, ricanai-je.

- Votre Majesté sait que je suis un homme prudent, prêt à tirer parti de toute situation. Il semblerait que le Prédicateur Ivunio Grande fasse de même.

Furieux, je me levai de mon trône. La Johkanroc, que je ne quittais presque plus, me susurrait de mater cette rébellion dans l’œuf avec la plus grande fermeté, de faire étalage de ma toute puissance, et je décidai de l’écouter.

- C’est Breven qui tire les ficelles derrière Iskurdan, marmonnai-je. Il croit pouvoir me briser plus qu’il ne l’a encore fait en restant à l’écart et en laissant ses pions faire ? Non. Il n’en sera pas ainsi ! S’il veut ma tête, il devra se montrer ! Je ne vais pas rester sans réponse après cet affront, Despero. Et ma réponse sera sans appel !

- Majesté ?

- Je déclare dès à présent que tous les Gardiens de la Destiné et leurs alliés sont des ennemis de la couronne ! Je déclare la même chose pour les Agents de la Fatalité. Je n’ai été que trop clément envers ces deux sectes depuis des années. Ils ont pourri le cœur et l’esprit de nombre de mes sujets. Johkania n’a nul besoin de leurs idéologies nauséabondes pour s’élever et devenir forte. Il n’y a point de destin universel ou de fatalité individuelle : nous forgeons nous-mêmes ce que nous sommes et ce que nous serons.

- E-ennemis de la couronne ? Balbutia Despero. Mais, sire, il s’agira l’un appel très clair pour eux à s’allier contre vous !

- Peu me chaut ! Je les écraserai avant ! Ce soir, j’enverrai mes fidèles soldats postés dans toute la région éliminer tous ceux qui se prétendent de ces deux sectes ! Quant aux suspects, ils seront tous emprisonnés dans l’attente d’une enquête ! Que leurs lieux de cultes soient brûlés, que leurs idoles hérétiques soient renversées ! Johkania ne veut plus d’eux en son sein. JE ne veux plus d’eux chez moi !

Plus tard, cette nuit du 11 juin 1699 fut connue sous le nom de Nuit Rouge, durant laquelle des centaines de fidèles de Destinal et des Agents de la Fatalité furent massacrés, parfois aveuglement. Et cette date marqua le début officiel de la Révolution.



***


- C’est une méprise ! Nous n’avons rien à voir avec ces gars ! Nous ne sommes pas leurs complices ! Nous avons même essayé de les arrêter ! Eh, vous m’entendez ? Messire Karion, répondez ! Sur la grâce de Provideum que je vénère, je dis la vérité ! EH !

Palyne s’était demandée si une fois prisonniers de leur Saint Monastère, les Gardiens allaient les torturer. Après tout, ils étaient familiers de ce genre de chose, avec leurs Inquisiteurs, et tout… Palyne s’y était préparée. Elle était une Adepte des Agents de la Fatalité. Qu’importe les tortures qu’ils pourraient lui faire, elle s’était résolue à ne pas parler. Pourtant, leur première torture était de taille, et menaçait de lui faire perdre peu à peu la raison : ils l’avaient enfermée dans la cellule juste à côté de celle de ce Garneth, ce paysan aux cheveux roux qui ne cessait de hurler et de crier à l’injustice.

- Bon, d’accord, je l’admet, j’ai eu tort de me faire passer pour un membre de la Sainte Garde, continua le jeune homme. Je suis désolé. Mais c’était pas vraiment ma faute. J’avais juste trouvé une étoffe vous appartenant. Ce sont les gens au château qui m’ont pris pour ce que je n’étais pas, et comme ils avaient regagné espoir en me voyant, je n’allais pas leur enlever, vous voyez ? Par pitié, je ne mérite pas d’être enfermé ici !

- Ah ça oui, foi d’Ecrapince ! Ajouta énergiquement sa compagne, la fille à la queue de cheval. Garneth est un héros, c’est lui qui l’a dit, alors c’est vrai !

Palyne devait avouer qu’ils faisaient un bon tandem, c’est deux là. Un bouseux abruti qui se la pétait et une attardée mentale qui gobait tout ce qu’on lui racontait. Palyne ignorait pourquoi la Sainte Garde les gardaient prisonniers, mais quitte à le faire, ils auraient pu au moins les foutre ailleurs. Leurs cris incessants lui causaient un mal de tête atroce. Elle se demandait comment son confrère Zorander pouvait rester tranquillement allongé, à moitié endormi, avec tout ce tapage.

Après les avoir amené ici - probablement au quartier général de la Sainte Garde à Safrania - Karion les avait interrogé un par un. Naturellement, Palyne n’avait pas pipé mot, à part pour déclarer son identité. De ce qu’elle en savait, Zorander avait fait de même. Les deux autres campagnards gueulards avaient dû leur sortir leur version comme quoi ils étaient des héros de la justice spécialement venus pour les arrêter, ou quelque chose du genre. Quoi qu’il en soit, et jusqu’à que les autorités de Destinal prennent une décision les concernant, ils étaient tous les quatre en cellule, sans aucune information.

- Prévenez Sainte Alysia s’il vous plaît, continua Garneth. Je viens du même village qu’elle, Ville Griotte ! Peut-être qu’elle me reconnaîtra ? Je suis un pieu serviteur de Provideum, qui ne souhaite qu’intégrer la Sainte Garde ! Je ne suis pas un de ces hérétiques d’Agent de la Fatalité ! Ne me laissez pas avec eux, ils vont me souiller !

- RAHHHHHHHHHH, MAIS TU VAS LA FERMER OUI ?! S’exclama Palyne sans avoir pu s’en empêcher. Par Falkarion, si mon exécution est pour bientôt, pourquoi je dois supporter ce tapage ?! Même chez nous on est pas si cruel !

- Tu cries plus fort que lui là, marmonna Zorander sans ouvrir les yeux.

- Ne me parle pas, sbire de Falkarion ! Clama Garneth en faisant un signe religieux censé préserver du mal. Ton hérésie maléfique va me contaminer !

Palyne leva les yeux au ciel. C’était bien un cul-terreux de première. Dans les villages reculés soumis à Destinal, il n’était pas rare que les gens croient que les Agents de la Fatalité étaient des espèces de démons sataniques, le genre qui se servaient de bébés pour des rituels sanglants ou encore qui mangeaient des Skitty vivants au petit-déjeuner. Ils ont l’esprit tellement lavé par les prêcheurs de Destinal qu’ils étaient incapables d’envisager le fait que ceux qui croyaient en la Fatalité étaient, pour la plupart, des gens normaux, tout aussi capable qu’eux de sentiments et de bonté. Destinal avait la fâcheuse habitude de prétendre avoir le monopole du bien et de l’amour.

La jeune fille tâchait de ne pas trop songer à ce qui l’attendait, mais c’était plutôt mal parti pour eux. Si Karion n’avait eu aucune hésitation à tuer ce crétin de Jyren, Palyne ne devait pas attendre plus de clémence de Sainte Alysia. Ce serait même pire. Car si Karion du Tonnerre était le commandant en second de la Sainte Garde, il n’était pas un Gardien de la Destiné. Alysia si, et elle tenait en horreur les Agents de la Fatalité. Étant donné que Destinal avait un passionnant historique en ce qui concernait les engins de tortures pour les hérétiques, Palyne se demanda si elle n’aurait pas dû faire comme Jyren : se jeter sur Karion pour avoir une mort rapide.

D’un autre coté, elle ne se voyait pas rentrer à Lavanville après un tel fiasco. Un mort sur trois, ralentis par deux paysans de passage débiles, capturés par l’un des Héros, et emprisonnés dans la place-forte ennemie. Palyne serait morte de honte à faire un tel rapport à son maître référent, Erdraven. Si cette mission était censée lui valoir le titre officiel d’Agent de la Fatalité, elle allait rester une Adepte pendant un moment encore. Enfin, si les Gardiens ne la tuaient pas avant, ce qui était probable. Alors qu’elle songeait au supplice de la roue ou à l’écartèlement, un membre de la Sainte Garde arriva. Garneth le regarda, plein d’espoir, jusqu’à qu’il s’arrête devant la cellule des Adeptes, et ne l’ouvre. Palyne crut sa dernière heure arrivée, quand le garde dit :

- Dehors. Vous êtes libres.

Si Palyne et Zorander furent surpris, ce ne fut rien à coté de la stupéfaction de Garneth, qui atteignait aussi les sommets de l’indignation.

- HEINNNNNNN ? Pourquoi eux ?! Ce sont des Agents de la Fatalité, et vous les libérez à notre place alors qu’on est d’honnêtes croyants de Destinal ?! C’est le monde à l’envers ! C’est un déni de justice, vous m’entendez ? Un déni de justice !

- C’est bien vrai ça ! Approuva Spinellie. C’est un Denticrisse en sushi !

- Je ne fais qu’obéir aux ordres d’en haut, gamin, répliqua le Saint Garde. Quelqu’un viendra bientôt vous voir pour traiter votre cas.

Amusée par l’indignation du paysans aux cheveux rouges, Palyne se permit de lui faire un signe de main moqueur en partant. Mais elle ne comprenait toujours pas pourquoi les Gardiens la libéraient. Ce n’était pas leur genre, surtout quand ils avaient un beau prétexte pour retenir un de leur ennemi prisonnier. Mais en quittant le Saint Monastère, elle eut la réponse à ses interrogations. Son frère Rufio l’attendait en bas des marches marbrés, avec à ses côtés un homme distingué aux cheveux gris, reconnaissable entre tous.

- L-lord Despero ? Balbutia Palyne.

Elle s’inclina en vitesse, suivit de près par Zorander. Le Héros leur fit signe de se relever.

- Adeptes Fedoren et Zorander, navré d’avoir mis autant de temps à vous faire sortir de là, dit-il. La politique et l’administration peuvent être aussi lentes qu’un Ramoloss.

- N-non. Je… Nous vous remercions énormément.

Palyne ne s’attendait pas à ce que Lord Despero en personne s’arrange pour les faire sortir. Il avait forcément dû négocier quelque chose en échange aux Gardiens.

- Concernant l’Adepte Jyren, c’est une perte tragique, poursuivit Despero. Mais, ironiquement, elle vous a arrangé les choses. Nous avons accepté de ne pas déposer de plainte officielle et d’engager les hostilités, en échange de votre libération immédiate et sans condition.

Palyne se retint de rire. Ce crétin de Jyren lui aura été utile finalement, même dans la mort. Comme Rufio s’approchait d’elle, Palyne le serra dans ses bras. Bien qu’étant de nature quelque peu introvertie, elle n’avait aucune honte à montrer ses sentiments pour son grand-frère. Depuis toujours, ils avaient été ensemble pour survivre dans ce monde dur et froid. Palyne n’avait que lui comme famille.

- Tiens, lui fit Rufio en lui tendant une pierre bleue. C’est ton Ascacomb. Les Gardiens nous l’ont rendu. Très joli travail d’ailleurs.

C’était le plus beau compliment qu’un maître tailleur d’Ascaline comme lui pouvait faire à Palyne. Mais la jeune femme savait que même en trente ans, elle ne pourrait jamais arriver au niveau de son frère dans ce domaine. Certes, les Fedoren étaient les seuls à savoir créer des Ascacomb, en raison d’une particularité dans leurs yeux qui leur permettaient de savoir très précisément où et comment tailler l’Ascaline de base. Mais tous les Fedoren n’étaient pas du même niveau. Rufio était un maître dans son art, et pourtant il était déjà jeune. Il avait taillé des Ascacomb d’une rare puissance pour les Agents les plus hauts placés, tel Despero. Le Prédicateur Nukt lui-même faisait éloge de ses capacités. Nul doute qu’à terme, Rufio allait devenir le Fedoren le plus doué de l’Histoire !

- Que devons-nous faire maintenant, messires ? Demanda Zorander. Rentrer à Lavanville couverts de honte ?

- Si honte il y a à avoir, elle n’est pas de votre coté, fit le Héros. Cette mission qu’on vous a confié était une absurdité sans nom. Et j’ai justement décidé d’aller faire un petit tour rapide à Lavanville pour dire ce que je pense, et tenter de convaincre le Prédicateur d’un peu moins écouter les conseils de ses… conseillers les plus zélés. Adepte Zorander, tu rentres avec moi. Adepte Fedoren, tu restes pour le moment ici à la capitale avec ton frère. Je vous prête mon appartement de fonction.

Palyne était bien évidement heureuse de pouvoir passer quelque temps avec son frère, sans aucune mission ni entraînement quelconque, mais elle ne se sentait pas trop de rester dans cette ville gigantesque, surtout à coté du Saint Monastère.

- Ça pullule de fidèles de Provideum ici, Lord Despero, dit-elle. Vous êtes sûr que c’est une bonne idée, qu’une Fedoren qui a été emprisonnée reste au milieu d’ennemis ?

Despero ricana.

- Le pauvre bougre qui oserai s’attaquer à mes invités n’est pas encore né. Nous sommes certes au cœur de la machine de Destinal, mais nous sommes surtout à Safrania, capitale du royaume, où le droit et l’ordre règnent. Tu n’as rien à craindre, ma jeune amie. Ce n’est pas la province où la loi du plus fort décide de tout. Il y a des lois ici, des lois que même les Gardiens de la Destinée ne briseront pas. Je vous enverrai un Cornèbre avec un message sous peu. Sur ce, profitez de vos petites vacances.

Despero les salua et monta avec Zorander dans un carrosse qui lui était déjà affrété. Palyne était un peu perdue. Il y a cinq minutes, elle était dans une cellule des Gardiens, convaincue qu’elle allait être torturée puis tuée. Et maintenant, elle était une femme libre dans la capitale, en compagnie de son grand-frère, et sans objectif à part celui de flâner et de visiter la plus grande ville du royaume.

- Lord Despero est un brave type, commenta Rufio. Il t’a demandé de rester ici justement pour qu’il ait le temps de convaincre les autres Agents et en particulier ton maître instructeur que tu n’es en rien responsable de l’échec de ta mission.

- C’est peut-être parce que je suis ta sœur. Il a l’air de t’avoir à la bonne…

- Il a de quoi, sourit l’Agent. Après tout, je lui crée de belles Ascacomb rien que pour lui. Mais je doute que ça dure. Le Prédicateur voudra sans doute que je revienne bientôt à Lavanville. Il avait commencé à me parler d’un gros travail qu’il aimerait me confier avant que je ne devienne l’assistant de Lord Despero.

- Rien de dangereux j’espère ? S’inquiéta Palyne.

- Ça ne risque pas. À part tailler les Ascalines, je ne sais rien faire moi. Allez, viens donc. L’appartement de Lord Despero risque de te plaire. Figure-toi qu’il a un Carapuce domestique pour lui remplir son bain et un Salamèche pour faire chauffer l’eau.

Palyne suivit son frère à travers les dédales des rues bondés de Safrania. Elle ne se retourna qu’une fois en direction du Saint Monastère, en songeant avec moquerie à ces deux abrutis de cambrousards encore enfermés dans les cellules des Gardiens.


***


- J’arrive pas à y croire, gémit Garneth entre ses barreaux. Pourquoi on libère des hérétiques criminels, et pas nous, de simples voyageurs innocents qui avons tenté de les stopper ? Hein, Spinellie ?

- Je ne sais pas, héros justificier. Je m’inquiète pour Krok. Il est parti quand on nous a capturé pendant le trajet. Je ne sais pas s’il peut se nourrir tout seul…

- Bah, c’est un Rattata. Bien sûr qu’il peut.

Garneth s’inquiétait pour son propre Pokemon, Bourrinos. L’un des saints gardes lui avait dit qu’ils l’ont mis à l’écurie, mais après ce qu’il venait de voir, la libération des Agents et tout, il ne savait plus trop s’il devait leur faire confiance. Un affreux pressentiment le prit tandis qu’il dévisageait Spinellie. Peut-être les Gardiens avaient enquêté sur elle, et avaient trouvé quelque chose de vilain. C’était peut-être pour ça qu’ils restaient en prison ? Garneth avait déjà eu des doutes sur sa compagne de voyage, qui tenait absolument à se rendre avec lui au château royal et qui semblait déjà l’avoir vu. Le jeune homme avait donc craint, naturellement, qu’elle soit liée d’une quelconque façon avec l’ancienne famille royale, aujourd’hui déchue et traquée. Si c’était le cas… si Spinellie n’était ne serait-ce qu’une ancienne fille de chambre des Karkast, ils allaient avoir les Vengeurs sur le dos ! Et si jamais elle était carrément une bâtarde de la famille… là, ils étaient morts.

- Dis, Spinellie… commença prudemment Garneth. D’où tu viens au juste ? Qu’est-ce que tu faisais avant d’être voleuse ?

- Voleuse, moi ?! S’indigna la jeune fille.

- Tu avais les Soldats de la Paix à tes trousses quand tu m’es tombée dessus aux Chutes Tohjo, lui rappela Garneth.

- J’aidais juste un pauvre monsieur en lui épargnant la dure tâche de soulever une bourse trop pleine ! Si ça c’est pas être gentille, alors qu’est-ce que c’est, caca de Tortipouss ?!

- D’accord, peu importe… Qu’est-ce que tu faisais avant ça ? Où habitais-tu ?

- Où j’habitais ? Je n’ai jamais eu de maison. Le monde entier est ma maison ! Et ce que je faisais ? Bah, je marchais ci et là, je chassais pour me nourrir, je regardais les belles choses, je m’amusais avec de gentils Pokemon…

- Tu veux dire que tu as toujours vécu dans la nature ? S’étonna Garneth. Tu n’as pas de parent ?

- Un papa et une maman ? Non, pas que je me souvienne. Ils étaient peut-être trop pauvres et m’ont abandonné quelque part…

Garneth ne releva pas. C’était hélas quelque chose d’assez courant, mais généralement, quand des parents abandonnaient leurs enfants, ils le remettaient au culte de Destinal, pour qu’il y soit élevé selon les préceptes de Provideum et plus tard le serve comme soldat ou prêcheur.

- Mais j’ai eu mon ami ! Ajouta alors Spinellie.

- Ton ami ? Tu veux dire Krok ?

- Non, bien avant lui. Un ami humain ! Je ne me rappelle plus son nom, ni même trop son visage… Ça fait longtemps en fait. Mais c’était mon meilleur ami. C’est lui qui m’a donné mon nom, Spinellie ! Je ne savais même pas que les humains étaient censés porter des noms avant…

Garneth haussa les sourcils. Visiblement, selon ce qu’elle lui racontait, Spinellie n’avait aucun lien avec la lignée Karkast. Mais on ne pouvait jamais être sûr avec elle, tant ce qu’elle racontait était décousu. L’arrivée de personnes empêcha Garneth de plus la questionner. C’était cette fois une jeune femme aux cheveux blonds, portant une armure, et étant encadrée de deux saints gardes. Peut-être quelqu’un d’important. Garneth sauta sur l’occasion.

- Je vous en prie, ma dame ! Nous sommes innocents, mon amie et moi ! Nous avons juste tenté d’arrêter les Agents ! Je le jure sur Provideum, sur Destinal, sur sa Sainteté l’Oracle Joanne, sur…

La femme leva une main gantée avec un sourire.

- C’est bon, jeune homme. Ne jure pas à tort et à travers. Ça a pris le temps, mais après avoir lu et relu ta déposition, nous en avons conclu qu’elle était véridique.

Immensément soulagé, Garneth en tomba presque à genoux quand les deux gardes ouvrirent sa cellule.

- Ah bah c’est pas trop tôt, moustaches roses de Scarhino ! Fit Spinellie.

- Je… je vous remercie, balbutia Garneth. Je commençais à avoir les jetons…

- Pourquoi ? S’étonna la femme en armure. Si tu étais persuadé de ton innocence, tu devais garder foi en ton destin de sortir bientôt de cette cellule.

- O-oui, bien sûr… C’est juste que c’était une première pour moi d’être enfermé…

- Ton nom de famille a éveillé ma curiosité. Effectivement, il y avait bien un couple de Tenzio quand j’habitais encore à Ville Griotte. J’en garde peu de souvenir, mais il me semble qu’ils avaient bien un enfant tapageur aux cheveux rouges.

Cela prit un certain temps à ce que les implications de ce que venait de dire cette femme lui parviennent au cerveau. Quand ce fut le cas, il demeura bouche bée.

- V-vous… vous êtes… S… S-sainte… Alysia ?

Comme la jeune femme hochait la tête, Garneth s’inclina et garda la tête au sol, comme s’il priait profondément.

- Relève-toi, Garneth Tenzio, lui demanda Alysia. Nous ne nous inclinons de la sorte que devant sa Sainteté l’Oracle.

- Je… vous êtes mon idole ! S’exclama Garneth en relevant la tête. Mon modèle ! Depuis la Révolution, depuis que vous êtes devenue l’un des Dix Héros… non, même avant, depuis que vous êtes devenue la Sainte de Destinal ! Tout le village ne parle que de vous ! J’ai toujours voulu devenir comme vous, c’est pourquoi je suis parti, pour rejoindre la Sainte Garde, et, et…

Garneth en perdit ses mots et se sentit très stupide. Sainte Alysia lui fit un sourire reconnaissant.

- Je suis honorée de t’inspirer une telle ferveur. Mais sache que si tu veux servir Provideum en t’engageant dans la Sainte Garde, ce n’est pas grâce à moi ; c’est tout simplement ton destin. Il n’y a que lui pour nous placer sur le chemin de Destinal.

La Sainte était telle que Garneth l’avait imaginé. Elle parlait du destin avec une telle foi, une telle confiance absolue dans sa voix noble, que le jeune homme ne douta plus une seule seconde que sa rencontre avec les Agents au château et son emprisonnement ici avaient été orchestré depuis longtemps par une puissance supérieure afin qu’il puisse rencontrer Alysia ici et maintenant.

- J’ai eu vent de ton désir d’intégrer la Sainte Garde en lisant la retranscription de ton interrogatoire, poursuivit l’Héroïne. Étant donné que tu t’es fièrement dressé contre ces apprentis Agents de la Fatalité, et que tu as tenté de secourir les otages, cela devrait pouvoir se faire rapidement.

Garneth cligna des yeux, n’osant pas y croire.

- Vous voulez dire… que je peux…

- Qui serai-je pour m’opposer aux décisions du destin ? Demanda Alysia. Il ne fait aucun doute qu’il a clairement joué pour que tu te retrouves ici. Toutefois, les hommes et les femmes de la Sainte Garde sont de fiers combattants aguerris, et leur foi en Destinal est inébranlable. Tout le monde ne peut pas en faire partie. Du reste, tu es un peu trop jeune pour le moment. Voilà donc ce que je te propose : tu peux entrer, à l’essai, en tant qu’écuyer. Tu devras suivre l’entraînement des aspirants, ainsi que les cours théologique. Si au bout d’un ou deux ans, je juge que tu es digne de nous rejoindre, je te ferai membre de la Sainte Garde.

Garneth voulait tenter de rester digne, mais avait du mal à refréner son enthousiasme.

- J’accepte avec grande reconnaissance et foi en mon destin, Sainte Alysia !

- Qu’en est-il de ton amie ? Elle veut nous rejoindre, elle aussi ?

- Euh… non en fait, c’est qu’une compagne de voyage que j’ai rencontré au hasard…

- Il n’y a aucun hasard dans la vie ; tout est l’œuvre du destin.

- Euh, oui oui, pardonnez-moi…

- Je veux rester avec monsieur le héros justificateur, intervint Spinellie. C’est drôlement amusant de voyager avec lui !

- Je risque de ne plus trop voyager, à présent, la prévint Garneth. Je suis arrivé où je voulais, et j’ai eu pourquoi je suis venu.

- Peu importe, je reste avec toi. Je n’ai rien d’autre à faire, et surtout aucune autre personne avec qui partager mon temps.

Garneth grimaça. Non pas qu’il trouvait la compagnie de Spinellie agaçante, mais il ne voulait pas qu’elle mette en péril son rêve d’intégrer la Sainte Garde.

- Mais… je vais habiter le Saint Monastère à présent, dit-il. Ceux qui n’y ont rien à faire ne peuvent pas habiter là…

- Peu importe, dit alors Alysia. Elle peut rester si elle le désire. Notre Saint Monastère est plus grand qu’il ne le faut. Il n’est habité qu’à 60% de ses capacités. Les membres de la Sainte Garde ont même amenés leurs familles y vivre. Nous te trouverons des petits quartiers, et cette jeune fille pourra s’y installer si elle le désire.

Spinellie sautilla de joie, mais Garneth était clairement moins enthousiaste. Lui, habiter seul avec une fille ? Et sans doute qu’il n’y aura qu’un seul lit… Garneth ne put s’empêcher de rougir à cette pensée.

- Je me disais aussi… poursuivit Alysia. Mon ancien écuyer a été promu saint garde le mois dernier, et je n’en ai pas encore pris de nouveau. Pour me faire pardonner de t’avoir injustement retenu, et puisqu’on vient du même village, que dirais-tu d’être mon propre écuyer ?

À ces mots, Garneth resta paralysé quelque secondes, puis, n’y tenant plus, il tomba face contre terre, l’émotion l’ayant totalement vaincue.