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Projet Amaryllis de Kazumari



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Informations

» Auteur : Kazumari - Voir le profil
» Créé le 23/05/2019 à 01:13
» Dernière mise à jour le 09/08/2019 à 21:12

» Mots-clés :   Action   Policier   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 1 : Souvenirs envolés
- Madame Linday, il faut se réveiller. Nous allons arriver à destination.

Réveillée de sa torpeur par le son de cette voix empreinte de timidité et d’hésitation, la concernée eut besoin de quelques secondes pour que sa vision se stabilise. Une fille en manteau noir était penchée sur elle, établissant une distance plus grande entre elle une fois qu'elle se fut assurée de son réveil. Encore désorientée, la demoiselle Linday se frotta les yeux brièvement avec sa main droite, espérant ainsi remettre ses idées en place.

Sans dire un mot et après des regards furtifs sur les alentours, elle put constater qu’elle n’avait pas la moindre idée de l’endroit où elle se trouvait. Aux premiers abords, il semblait s’agir d’un véhicule mouvant, un train visiblement. La fille qui venait de l’interpeller portait un manteau noir qui n’était pas refermé à l’avant, porté tel une cape. Ses yeux verts émeraude pivotèrent immédiatement vers la porte d’entrée du wagon lorsque leurs regards se croisèrent.

- Désolée de vous réveiller de la sorte… lâcha-t-elle d’alors d’une voix au volume constamment décroissant.

- Je suppose que nous devons nous connaître ? demanda alors madame Linday, dubitative.

Ne s’attendant pas à une telle réponse de sa part, la jeune fille au manteau noir reporta immédiatement son attention sur son interlocutrice. L’expression du visage de madame Linday lui paraissait étrange et inhabituelle, comme si ce moment constituait leur toute première rencontre. Certes, la demoiselle s’amusait à se moquer aimablement de ses connaissances assez régulièrement mais cette fois-ci, cela n’était pas le cas.

Le train commençait à ralentir, signe que leur destination se rapprochait de plus en plus. Inquiète, la jeune fille s’assit à côté de madame Linday et posa sa main sur son front pour s’assurer qu’elle n’était pas malade. Mais sa température corporelle ne paraissait pas différente qu’à l’accoutumée. Peut-être était-elle tout simplement fatiguée. Après tout, elle avait dormi pendant l’intégralité du voyage. La vie de madame Linday n’avait jamais été des plus calmes.

- C’est moi, Aléria. Aléria Danelly, se présenta-t-elle, en espérant que cela suffise à rétablir la situation. Vous avez l’air perdue, madame Linday. Vous êtes certaine que tout va bien ?

- Je mentirais en prétendant le contraire… j’ai l’impression d’être une coquille vide, rien ne me revient.

Aucun souvenir. Elle avait beau tenter de se concentrer, elle n’avait parfois que des illuminations sans intérêt qu’elle ne parvenait pas à exploiter et qu’elle finissait donc par oublier de nouveau. Même Aléria qui venait lui dévoiler son nom ne changeait rien à la situation. Cette fille devait certainement être une de ses amies, rester en sa compagnie lui permettrait peut-être de recouvrer la mémoire petit à petit. Mais comment s’était-elle retrouvée dans cet état ?

Alors que le train s’arrêtait enfin, l’amnésique plaça sa main contre son visage. Une légère douleur venait de la submerger avant de disparaître comme si de rien n’était. Elle venait de se rappeler de quelque chose et s’appliqua à se concentrer dessus afin de ne pas l’oublier. Sa situation n’était peut-être pas des plus catastrophiques. Après tout, elle était accompagnée par cette Aléria qui devait faire partie de son entourage, elle pourrait sûrement lui donner suffisamment d’informations.

- Est-ce que notre destination est… Kamiski Corporation ?

- Oh, vous vous souvenez de ça ? déclara Aléria, surprise en se levant de sa place. Non, nous n’allons pas à Kamiski Corporation malheureusement. Nous allons rendre visite à monsieur Elton, mon mentor.

Au vu de la mine déconfite qu’afficha son interlocutrice en réalisant qu’elle venait de se tromper, la fille au manteau ajouta aussitôt qu’Harris Elton était son ami le plus proche et qu’il pourrait peut-être faire quelque chose pour remédier à son amnésie soudaine. Un professeur d’école détective sur son temps libre qui avait pris Aléria sous son aile et dont les locaux étaient justement financés par madame Linday. Encore des informations que cette dernière tenta d’assimiler sans vraiment pouvoir leur donner un sens.

Alors qu’Aléria se levait en vue de descendre du train, la jeune femme privée de ses souvenirs prit néanmoins le temps de s’observer à travers la vitre. Madame Linday était une femme aux cheveux d’un blond brillant, tombant dans son dos. Sa peau blanche rappelait la neige et ses yeux azurs étincelaient. Elle portait un béret bleu marine sur la tête, qui se maintenait tout seul sur sa tête bien qu’étant légèrement penché sur le côté.

Elle n’avait aucune idée de son âge mais à en croire son apparence, elle ne se donnait guère plus de seize ans. Sa voix douce et aiguë allait dans ce sens. Aléria elle-même ne donnait pas l’impression d’être plus âgée que ça. La dame amnésique ne manquerait pas de l’interroger une fois qu’elles seraient descendues du train à ce sujet pour en avoir le cœur net. Constatant qu’une mallette reposait à ses pieds, elle l’attrapa et se leva à son tour pour rejoindre la fille au manteau noir à la sortie du train la plus proche.

- Je n’y avais pas prêté attention jusqu’ici mais ce train a l’air désert, nota Aléria en regardant autour d’elle. C’est rare. Oh madame Linday, vous êtes sûre que je ne dois pas porter vos affaires ?

- C’est un peu lourd, admit la concernée qui ignorait ce que renfermait sa mallette. Mais je devrais pouvoir me débrouiller, merci de me le proposer Aléria.

Cette dernière n’insista pas mais nota pour elle-même que cette histoire d’amnésie ne devait pas être une plaisanterie pour se moquer d’elle. En temps normal, madame Linday lui aurait définitivement fait transporter ses affaires à sa place, prétextant probablement que son corps était trop frêle pour ce genre de tâche ingrate. Il était vrai que malgré ses vingt-quatre ans, elle avait le corps d’une enfant qui avoisinait le mètre cinquante.

- Une dernière chose, ajouta alors l’amnésique alors que la porte coulissante devant elle s’ouvrait enfin. Est-ce que je peux au moins… savoir mon prénom ?

- Hildegarde, madame. Hildegarde Linday.



***


La section neuf d’Ebravia semblait aussi vide que le train qu’elles venaient de quitter. Si Aléria ne s’en était pas préoccupée lors du trajet, elle ressentait maintenant une certaine appréhension impossible à identifier. Pourtant cette zone de la mégapole, relativement industrialisée, contenait à une seule plus d’une centaine de milliers d’habitants. Cela relevait du surnaturel que les rues soient inhabitées à cette heure de la journée où le soleil brillait encore fort dans le ciel.

Alors qu’elle guidait jusqu’ici Hildegarde à travers la ville, cette dernière ne pouvant pas se repérer à cause de l’absence de ses souvenirs, elle avait commencé à ralentir. Après un certain temps, elle marchait même derrière la femme blonde amnésique, lui tenant la manche de sa veste. Aléria avait relevé la capuche de son manteau noir sur sa tête, comme si cela suffisait pour la faire disparaître entièrement. Dans ses conditions, elles n’atteindraient jamais leur destination.

- Aléria… cela ne me dérange pas que tu t’accroches à moi de la sorte mais nous n’allons jamais atteindre l’appartement de ce monsieur Elton si nous continuons ainsi. Tu es la seule à savoir où il habite, rappela Hildegarde de sa voix douce, quoique teintée d’un certain ennui.

- Excusez-moi madame Linday… j’ai la phobie des fantômes et tout ce qui a trait au surnaturel, avoua la jeune fille à la chevelure grise, honteuse. Je ne saurais l’expliquer mais Ebravia a l’air d’être devenue une ville fantôme et ça me perturbe.

Par principe, Hildegarde s’arrêta au passage piéton avant de traverser la rue, même si aucune voiture ne roulait depuis le début de leur traversée. Posant son regard sur une mystérieuse tour noire qui dominait toutes les habitations environnantes, y compris les immeubles. Elle demanda alors à Aléria si elle représentait quelque chose de spécial. D’après les dires de la demoiselle en manteau noir, il s’agissait de l’Elysium, le lieu où se retrouvaient tous les représentants politiques d’Ebravia.

Tout en traversant la route, elle ajouta que le frère aîné de Hildegarde, un homme du nom d’Archibald, travaillait alors là-bas. La concernée n’eut pas de réaction particulière en apprenant qu’elle avait de la famille. Peut-être serait-il plus judicieux d’aller lui rendre visite plutôt qu’à cet Harris Elton afin qu’elle puisse recouvrer la mémoire. Semblant lire ses intentions sur son visage, Aléria renchérit que l’amnésique ne disposait plus du moindre contact avec lui depuis quelques années.

- Je n’arrive pas à comprendre d’où peuvent venir vos problèmes de mémoire, souffla Aléria tandis qu’elles posaient le pied sur le trottoir d’en face. Vous ne vous seriez pas cogné la tête quelque part pendant que je regardais ailleurs, des fois ?

- Pas à ma connaissance, je ne ressentais pas de douleur particulière à mon réveil, répondit Hildegarde. C’est comme si tous mes souvenirs avaient subitement disparu pendant que je dormais, c’est incompréhensible. Et cette situation me déplaît fortement.

- Cela est sûrement dû à votre amnésie mais même votre personnalité a subi des changements. En temps normal, vous vous moqueriez de moi pour ma phobie des fantômes. Vous avez toujours été d’humeur joueuse avec votre entourage…

La femme blonde comprenait bien que se concentrer sur ses souvenirs envolés ne suffirait pas à les faire revenir. Elle préféra donc demander à Aléria davantage d’informations concernant cet Harris Elton qu’elles s’apprêtaient à rejoindre. Comme son interlocutrice le lui avait déjà dit à bord du train, il était un professeur d’école de dresseurs et ami de la demoiselle amnésique. Mais comme son école ne fonctionnait pas fort bien, il survivait surtout avec l’argent fourni par Hildegarde, la dette devenant de plus en plus astronomique.

Hildegarde posa son regard sur la mallette qu’elle transportait et qui pesait un sacré poids. Contenait-elle de l’argent ? Elle avait beau être privée de mémoire, l’idée de l’ouvrir avant de descendre du train afin d’en découvrir le contenu ne lui avait même pas traversé l’esprit. Même si Hildegarde ne posa pas la question à voix haute, Aléria lui souffla quand même qu’elle ne renfermait que des vêtements en tout genre appartenant à l’immense garde-robe de la membre du clan Linday.

- Vous aimez particulièrement les bérets… dit Aléria tandis que la concernée posa sa main sur celui qu’elle portait actuellement. Vous disposez au moins d’une vingtaine de copies similaires de celui-ci. A vrai dire, je ne vous ai presque jamais vu sans rien sur la tête.

- Je vois. Donc je me préoccupe de mon apparence…

Entrant dans une réelle tout aussi déserte que le reste de la ville, la fille timide lâcha enfin le bras de son compagnon de route. Visiblement, elles touchaient au but. Retrouvant son calme, Aléria lui indiqua d’un geste de la main l’un des immeubles occupant la zone. Aux premiers abords, il semblait un peu miteux et peu entretenu. C’était donc là que vivait l’un des plus proches amis de Hildegarde, le fameux menteur professeur d’Aléria.

Une pensée étrange submergea alors Hildegarde. Elles n’avaient rencontré absolument personne ni dans le train ni sur le trajet, ce qui restait tout à fait louche. Serait-il survenu quelque chose au sein d’Ebravia, anéantissant toute l’humanité présente à part elles deux ? Ou alors tout le monde se trouvait peut-être en intérieur pour une raison inconnue ? L’hypothèse qu’Harris Elton ait disparu au même titre que les autres ne demeurait pas si invraisemblable.

- J’avoue ne pas trop comprendre ce qui se passe, admit Aléria, le visage rougissant. Nous sommes mortes et il s’agit d’une illusion, ce qui justifierait que nous soyons seules.

- Dans ce cas, pourquoi ai-je perdu la mémoire alors que tu m’as tout l’air d’aller bien ?

- Je… je n’ai pas d’autre explication, souffla-t-elle en posant à nouveau ses mains sur sa capuche, prête à la relever de nouveau mais se ravisant au dernier moment.

Hildegarde grimpa les escaliers pour s’approcher de la porte d’entrée de l’immeuble. Cependant, à l’instant où elle s’apprêtait à poser sa main sur la poignée, elle fut aussitôt attrapée par Aléria qui la plaqua au sol. Prise au dépourvu, la femme amnésique n’eut même pas l’occasion de se défendre. Le souffle coupé, elle ne put pas demander quel Bombydou l’avait piqué mais la réponse s’offrit à elle immédiatement. Un jet de flamme survola la zone, à l’endroit précis où elle se tenait juste auparavant.

Pivotant la tête vers la ruelle, Hildegarde put remarquer des Malamandre sûrement sauvages qui s’approchaient d’eux à toute vitesse. Sa première pensée, avant même que l’inquiétude ne s’empare d’elle, fut qu’étrangement, elle pouvait nommer les Pokémon sans le moindre mal malgré son amnésie. Il semblait que les souvenirs perdus étaient tous reliés à sa vie personnelle mais qu’elle disposait toujours de quelques connaissances sur le monde qui l’entourait.

- Que font ces Malamandre ici ? balbutia-t-elle, encore estomaquée par le choc.

- Ils ont l’air hostiles ! s’exclama Aléria en poussant la pauvre Hildegarde en direction de l’entrée du bâtiment alors qu’elle peinait à se relever. Je vais m’occuper d’eux, madame Linday. Allez vous réfugier à l’intérieur au plus vite.

Sans demander son reste, l’amnésique ouvrit la porte et pénétra au sein de l’immeuble. Misant uniquement sur ses réflexes, Aléria esquiva instinctivement une attaque Griffe Ombre du Pokémon Toxilézard le plus proche. Posant sa main sur la Pokéball accrochée à sa ceinture, la jeune fille ne savait pas si elle devait être effrayée ou soulagée. D’un côté, elles n’étaient finalement pas seules à Ebravia mais de l’autre, ces Malamandre paraissaient vraiment hostiles à leur égard.

Elle savait qu’obtenir une réponse sur leur comportement étrange ne serait pas possible, les Pokémon ne parlaient pas. Pour le moment, il fallait surtout éviter à madame Linday de se retrouver blessée. Surtout par des types Poison qui pourraient vraiment causer des ravages avec l’utilisation du venin. Lançant sa Pokéball avant de se retrouver elle-même paralysée par une toxine ou autre élément dangereux, elle libéra son fidèle Fragilady.

- Je ne comprends pas ce qui se passe mais pour le moment, il faut se défendre. Utilise Flash s’il te plaît !

Le Pokémon Chef-Fleur acquiesça d’un signe de tête et s’exécuta aussitôt, cernant la gravité de la situation. Son corps s’illuminant d’une intense lumière, Aléria fut contrainte de plaquer son bras face à ses yeux pour éviter de se retrouver aveuglée. Cela l’exposait mais elle jugeait que les Malamandre auraient le même problème. Et en effet, les trois Pokémon Poison et Feu prenaient déjà leurs jambes à leur cou, disparaissant aussi vite qu’ils étaient apparus.

La respiration saccadée, Aléria s’assit sur le sol, choquée par ce qui venait de se passer dans la ruelle. D’où pouvaient bien sortir ces Malamandre ? Appartenaient-ils à un dresseur des environs souhaitant leur faire une mauvaise blague ou étaient-ils sauvages ? Il existait des parcs naturels un peu partout à travers Ebravia, elles pouvaient tout à fait provenir de l’un d’entre eux et s’être échappées. Mais dans ce cas, pourquoi donc s’en prendre à elle et Hildegarde ? Ce n’était pas un geste d’autodéfense, elles avaient attaqué les premiers.

- J’ai l’impression de vivre dans un rêve éveillé, les événements incohérents s’enchaînent les uns après les autres, songea-t-elle avec amertume, rappelant son Fragilady à l’intérieur de sa Pokéball après l’avoir remercié pour son assistance.



***


- Tout va bien ?

Hildegarde Linday avait attendu de l’autre côté de la porte l’arrivée d’Aléria, en espérant que ses Malamandre n’allaient pas lui causer des soucis. Aléria referma la porte d’entrée derrière elle en lui assurant qu’elle n’était pas blessée. L’amnésique lâcha un soupir de soulagement. Avec sa perte de mémoire, elle ne saurait pas quoi faire si jamais elle se retrouvait toute seule. Elle ne pourrait même pas dire où se situait l’appartement d’Harris Elton parmi les nombreux constituant cet immeuble.

Maintenant sur le qui-vive, la fille aux cheveux gris jetait constamment des regards autour d’elle, persuadée que d’autres Pokémon pouvaient tout à fait leur tomber dessus sans prévenir. Mais Aléria n’entendait aucun bruit autre que ceux générés par les bottes de Hildegarde. Le rez-de-chaussée du bâtiment semblait désert aux premiers abords mais cela ne coûtait rien d’être prudent. La main posée sur la Pokéball de Fragilady à sa ceinture, elle fit signe à la femme blonde de la suivre vers les escaliers.

L’appartement du fameux professeur et détective privé se situait au troisième étage, une plaque indiquant son nom brillant sur le seuil. Emplie d’appréhension, Aléria tapa pour indiquer la venue d’invités, croisant les doigts pour que monsieur Elton vienne lui ouvrir. Si l’on excluait les Malamandre hostiles, aucun être humain n’avait encore croisé leur chemin. S’il ne se trouvait pas là, elle ignorait la suite des opérations. Avec une madame Linday amnésique, cela s’annonçait compliqué.

- Peut-être est-il en train de dormir ? suggéra Hildegarde au bout d’une minute.

- Je l’espère, souffla Aléria en posant sa main sur la poignée.

Elle constata que ce n’était pas fermée à clé. Même si cela faisait preuve d’impolitesse, elle décida de ne pas patienter davantage et ouvrit l’accès afin qu’elles puissent entrer. Alprès qu’Aléria eut allumé la lumière, la femme blonde s’empressa de déposer sa mallette devenue vraiment pesante. Sa curiosité prenant le dessus, elle en regarda le contenu et comprit qu’il s’agissait bel et bien de vêtements en tout genre, les bérets demeurant prédominants.

Hildegarde essaya de se concentrer et se souvenir à quoi pouvait ressembler cet Harris Elton, qu’elle était censée connaître. Mais malgré ses efforts, seule une silhouette vague lui venait en tête. Elle estima qu’il devait sûrement ressembler à un homme adulte d’une taille moyenne. Mais cela ne suffirait certainement pas à le reconnaître si elle le croisait bientôt. Alors qu’elle cessait ses réflexions, elle vit Aléria revenir du salon, la déception lisible sur son visage.

- Il n’a pas l’air d’être là… annonça-t-elle. Avant de complètement affirmer que nous sommes bel et bien toutes seules dans cette maudite ville, nous ferions mieux de vérifier sa chambre.

- Il n’y aurait pas une odeur déplaisante dans l’air ? demanda subitement Hildegarde qui était jusqu’ici trop plongée dans ses pensées pour s’en rendre compte.

- Tu as raison, approuva la fille à la chevelure grise, son visage devenant alors de la même couleur. On dirait… du sang.

Continuant leur exploration de l’appartement, elles purent constater que ces relents d’hémoglobine s’intensifiaient au fur et à mesure qu’elles s’approchaient de la chambre appartenant au propriétaire des lieux. La pauvre amnésique tenta d’en faire abstraction afin d’éviter de régurgiter quelque chose de déplaisant sur le plancher en bois. Quelque chose s’était passé ici avant leur arrivée. Anxieuse, Aléria imaginait déjà le pire.

Au bout du compte, tous les pièces de la zone furent visitées à l’exception de la chambre. Aucune trace de sang ni d’Harris Elton. La supposition de la demoiselle au manteau noir se révélait donc juste. Si un événement était survenu, cela ne pouvait venir que de là. Elle sentit sa main trembler alors qu’elle entrait en contact avec la froide poignée. Son cœur battait à toute allure mais finalement, elle s’arma de courage et dévoila l’accès à la pièce.

- Non… non, non, non. Ce n’est pas possible… murmura Aléria, tombant à genoux.

Sa comparse se tenant toujours sur le seuil, Hildegarde ne pouvait rien voir à cause de sa petite taille. Elle se faufila donc afin de découvrir la vérité mais pouvait très bien devenir à la réaction d’Aléria ce qu’elle allait découvrir. En effet, pour la toute première fois, elles entraient en contact avec quelqu’un d’autre. Mais dans le cas présent, il était déjà trop tard. Un homme aux cheveux bruns peignés était assis contre une commode, couvert de sang et complètement inconscient. Le cadavre d’Harris Elton gisait devant elles.