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Entre Destinée et Fatalité de Malak



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» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 05/05/2019 à 10:47
» Dernière mise à jour le 08/05/2019 à 13:42

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

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Chapitre 6 : Le héros et le Héros
An 1700, 27 juillet, 17h00, Mont Argenté, Jardin du Château Royal




Je n’avais jamais songé que sortir prendre l’air dans mes jardins royaux, après avoir enchaîné les réunions stratégiques tous ces jours derniers, me ferait si grand bien. Tous les soucis, l’idée que l’Armée de Libération enchaînait les victoires contre mes troupes, que mon propre peuple se retournait peu à peu contre moi, tout cela fut momentanément oublié tandis que je marchais à travers mes haies parfaites de fleurs, que je croisais tous ces Pokemon Plante qui faisaient leur vie, inconscient du péril à venir.

Peut-être aurai-je dû abdiquer il y a longtemps. Remettre le trône à mon crétin de fils, et partir loin de Johkania, à l’étranger, et profiter de la nature. Mais à chaque fois que j’y songeais trop sérieusement, je me disais que c’était impossible, que moi seul pouvait mener la civilisation de Johkania à son apogée, que moi seul avait le pouvoir, avait la force ! J’étais Zephren, le Roi Éternel, le plus grand de toute la lignée des Karkast. Il n’y avait aucun homme dans le monde qui ignorait qui j’étais. Et pourtant, pourtant… je ne parvenais pas à ramener l’ordre dans mon propre royaume après cette vaine révolte qu’avait lancé ce traître Aura Gardien d’Iskurdan !

Il retournait mon peuple contre moi, me faisant passer pour un fou sanguinaire et tyrannique, tandis que lui, il s’entourait de ces fanatiques de Gardiens de la Destinée et d’Agents de la Fatalité, deux cultes que j’avais eu la sagesse de réprimer par le passé. Ils embobinaient le peuple avec leurs croyances, les faisant prier des Pokemon alors que leurs prières auraient dû me revenir ! Par Arceus, même mon propre Pokemon, Duancelot, celui qui a fondé ce royaume avec mon ancêtre, et qui a donné ses couleurs à nos armoiries, avait rejoint l’Armée de Libération, prenant ce titre idiot de Héros !

- Messire, nous avons enfin des information sur le dernier venu de la bande d’Iskurdan, fit une voix de femme dans mon dos.

Il n’y avait qu’une personne pour oser me suivre tandis que je me promenais dans mon jardin et interrompre mes pensées. Valrika, véritable déesse de la guerre en armure, aux longs cheveux rouges et avec une cicatrice sur le visage. Ma plus loyale servante. La générale de mes armées. Et mon amante actuelle. Elle portait mon nouveau fils dans son ventre, également.

Un futur bâtard, évidement, donc absolument pas un Karkast légitime, à l’image d’Ametyos, le gamin de Myrevia. Mais même les bâtards pouvaient avoir leur utilité. Comme j’ai vécu bien plus d’années que la normale des humains, j’en avais engendré pléthore. Des bâtards, des petit-bâtards, et même des arrière-petit-bâtards, en quantité telle qu’ils pourraient former une cité à eux seuls. Je ne m’en étais jamais soucié, pas plus que je connaissais les noms de la moitié d’entre eux, mais là, j’étais très curieux de voir ce qu’un mélange de moi-même et de Valrika pouvait donner.

- Il se fait nommer Karion du Tonnerre, continua Valrika en lisant ses documents. Un adepte de Destinal, recruté par Alysia en personne. Un vulgaire chevalier errant, mais qui a fait sa renommée avec sa fameuse épée capable de lancer de la foudre. Les gens affirment que son épée aurait été bénie par Electhor lui-même d’un éclair sacré…

Je retins un ricanement.

- Ce n’est qu’un gamin. Un gamin, tout comme leur Sainte Alysia. Il peut lancer deux trois éclairs, et donc Iskurdan le bombarde Héros ? Tout cela n’est qu’une plaisanterie pour époustoufler les gueux qu’il veut retourner contre moi !

- Le fait est qu’avec le récent soutient qu’ils ont eu du Roi Aquatique Reomarinus, ils sont désormais neuf Héros, dit Valrika.

- Oui, oui, et Breven a prophétisé que dix Héros me vaincraient. Tu crois à ces sornettes, Valrika ?

- Je crois à ce que je vois, sire, et je vois que nos forces ne cessent de reculer. Si ça continu, l’Armée de Libération sera ici dans moins d’un mois.

Je me retournai d’un volte face et la gifla pour son insolence. C’est qu’elle prétendait que toute cette débâcle était de ma faute, cette garce ?! À son crédit, elle ne poussa pas le moindre cri ou gémissement. Faut dire qu’elle avait l’habitude… Je rentrai au palais sans remarquer le regard de pure haine qu’elle me lançait derrière moi. Ce soir, je lui fis l’amour comme à mon habitude, sauvagement, brutalement. Et ce ne fut que le lendemain après-midi que j’appris que Valrika m’avait trahi à son tour, devenant le dixième Héros qu’il manquait à Iskurdan.



***


- La meilleure façon d’marcher, c’est encore la notre ! C’est d’monter sur Bouriri, et puis d’avancer !

Voilà maintenant deux heures d’ascension que Spinellie chantait à tue tête sans jamais ni fatiguer, ni perdre de son entrain. Garneth était impressionné de l’énergie de sa nouvelle compagnonne de route. Galant et serviable, le grand héros Garneth avait tout naturellement laissé cette frêle et fragile jeune femme prendre place sur sa noble monture, pendant que lui restait à pied pour ouvrir la route et mener leur groupe.

Tout du moins, c’était la version officielle que s’imaginait Garneth. En réalité, Bourrinos avait de nouveau refusé de laisser son maître lui monter dessus, malgré le désir profond de ce dernier de montrer à Spinellie ô combien il était un excellent cavalier. Histoire de rajouter à sa propre stupéfaction, la monture avait laissé la jeune fille prendre place sur son dos sans la moindre résistance. On disait que les Pokemon étaient moins intelligents que les humains, mais Garneth se disait que le sien l’était au moins autant que lui, voir plus lorsqu’il s’agissait d’embêter le jeune homme.

Ainsi, ils s’étaient mis en route pour l’ancien château royal de Johkania, ultime vestige de la monarchie. Sur la route, ils ne croisèrent pas grand monde, pour ne pas dire personne. Mais ça ne le surpris pas. En plus d’avoir un chemin difficile d’accès et mal entretenu, le château souffrait de sa double réputation de domicile d’un roi à la fois tyran et sorcier. Autant dire que pour tout le monde, ce lieu devait être maudit. Garneth lui n’y croyait pas. Ou, quoi qu’on en dise, ne le montrait pas. Sa quête héroïque se devait de passer par le lieu qui avait vu le triomphe des Dix Héros contre la folie despotique de Zephren.

- Oh, la ! Regarde, s’exclama Spinellie. C’est un… un… Couaneton !

Elle bondit de Bourrinos pour s’approcher de ce qu’elle montrait. Un petit oiseau noir avec un genre de chapeau sur la tête. Garneth n’avait jamais entendu parler de ce qu’était un Couaneton, probablement un Pokemon étranger, mais ça il savait ce que c’était, et à sa connaissance ce n’en était pas un.

- Non Spinellie, ça c’est un Cornèbre, corrigea Garneth d’un ton gentil. Ne t’en approche pas trop, car ils sont symbole de…

- T’es trop mignon tout plein, par toutes les mandibules velues de Kyogre !

C’était trop tard, elle avait déjà pris le petit Pokemon dans ses bras, lui donnant un câlin forcé. Garneth n’osait pas approcher, car ces oiseaux de mauvais augure portaient malheur. Ils étaient même d’ailleurs l’un des symboles des Agents de la Fatalité. Il espérait que son formidable destin ne serait pas accroché par cette rencontre fortuite. Le Cornèbre ne semblait pas apprécier le traitement de Spinellie et se mit à croasser à tout va, du bruit venant des fourrés rapidement.

C’est alors que toute une volée de Cornèbre surgit, à la surprise de Garneth. Le jeune homme, courageux mais pas fou, décida de procéder à un repli stratégique mais tout du moins héroïque. Il prit Spinellie dans ses bras et couru vers Bourrinos. Sauf que ce dernier ne les avait pas attendu et détalait déjà au loin pour échapper aux oiseaux furieux.

- Reviens là sale canasson ! Hurla Garneth.

- Dis, monsieur le héros de la justice... Je veux pas te déranger mais je crois qu’ils veulent jouer avec nous, les gentils Cornèbre, remarqua Spinellie, sans conscience du danger.

Garneth ne prit pas le tend de lui répondre et détala. Spinellie était légère, comme le laissait à penser son frêle gabarit. Pourtant, Garneth avait déjà pu contempler sa force et sa résistance de dingue. Les minutes semblèrent des heures pour le jeune homme qui sentait certains oiseaux le rattraper et le picorer. Par réflexe, il serrait d’avantage Spinellie contre lui, se raccrochant à son devoir de la protéger en tant que héros pour continuer à avancer sous la nuée qui volait autour d’eux.

Mais heureusement, il finit par voir l’entrée de la grotte qu’ils devaient prendre pour atteindre le château. Il se rua dedans, et pour une raison qui lui échappa, l’entrée s’effondra derrière lui, bloquant les Cornèbre. Regarde autour de lui, il remarqua Bourrinos qui venait simplement d’utiliser sa capacité Éboulement. Finalement il ne l’avait pas abandonné. Du moins pas totalement. Garneth posa doucement Spinellie au sol, puis s’effondra, cherchant à reprendre son souffle. Il avait rarement autant couru, et il sentait quelques plaies saignées. Il vit aussi que par endroit ses vêtements étaient en lambeaux. Voilà que désormais il ressemblait à un gueux. Bon, techniquement il en était un, mais quand même quoi, il devait avoir l’air bien plus… héroïque. Décidément, la malchance ne l’abandonnait jamais.

- Ohlala… tu es dans un sale état, monsieur le héros de la justice, par les cornes de Castorno ! C’est pas ma faute hein ? Geignit la petite Spinellie, se mordant la lèvre inférieure et semblant vraiment inquiète pour lui.

Garneth s’efforça de vite reprendre contenance.

- Mais non, pas du tout. Je te l’ai dis, je suis un héros, et en tant que tel, je dois protéger les belles jeunes femmes, assura t-il en lui offrant un doux sourire crispé toutefois par sa douleur. Et tu peux m’appeler Garneth, au fait, je te l’ai déjà dit.

- D’accord, Garneth de la justice ! Mais je suis triste pour ces petits oiseaux noirs… Ils voulaient tellement jouer avec nous, mais on est parti en courant. C’est malpoli, caca de Métalosse en fibre de sodium !

Garneth ne s’interrogeait plus sur ses espèces de jurons sans queue ni tête. Fallait dire que Spinellie était assez bizarre, et qu’elle-même ne comprenait pas le sens des mots qu’elle employait. Un héros devait certes être accompagné par une belle damoiselle, mais Garneth aurait préféré une fille un peu plus féminine et un peu moins gaffeuse. Mais bon, il allait faire avec hein ? Et il allait traiter Spinellie comme tout bon héros le devait. Si elle avait croisé sa route après tout, c’était que son destin l’avait décidé ainsi. Comment Garneth, fidèle partisan de Destinal qui comptait même s’engager dans la Sainte Garde, pourrait-il douter de la destiné ?

Spinellie prit sur elle de jouer les infirmières de fortune, pensant ses plaies comme elle le pouvait. Garneth avait beau souffrir, il était heureux de voir qu’il n’avait pas perdu la considération de celle qui était pour le moment sa seule fan. Il fut encore plus soulagé quant il constata que son étoffe de la Sainte Garde était en parfait état. Il la remit bien en évidence sur le devant de sa tunique, toujours aussi fier de l’arborer.

Après une bonne heure de repos, ils se remirent en route. La traversée de la grotte ne fut pas évidente, mais cette fois ci il n’y eut pas d’incident majeur grâce à Bourrinos qui leur déblayait le chemin si nécessaire, tandis que Garneth avait fabriqué une torche de fortune, lui donnant un certain air d’explorateur gâché uniquement par ses vêtements abîmés, tandis que Spinellie avait repris sa place sur le dos de Bourrinos.

Le chemin était balisé mais mal entretenu, d’où l’utilité du Bourrinos dont l’espèce pouvait marcher sans difficulté sur les sols les plus cahoteux. Exceptionnellement, Bourrinos laissé Garneth grimpé sur son dos avec Spinellie, après que la jeune femme lui ait demandé de le laisser faire avec son plus beau sourire. Et il avait accepté. Visiblement la désarmante gentillesse et naïveté de la jeune femme touchait même cette vieille bourrique désobéissante, ce qui arrangeant Garneth. Peut être que grâce à la jeune femme, il ferait enfin de sa monture le fier destrier de ses rêves.

Le temps passa et ils arrivèrent enfin en vue du château, aussi impressionnant que se l’imaginait Garneth. Il en ressortait une ambiance pesante certaine, qui lui faisait réaliser l’ampleur de l’événement historique qui s’était déroulé ici quatre ans auparavant. Même Spinellie semblait avoir le souffle coupé, s’étant arrêté de chantonner ses diverses litanies pour admirer la bâtisse, comme plongée dans ses pensées à la vue de l’édifice.

- Nous y sommes enfin. C’est vraiment gigantesque, tu ne trouves pas Spinellie ?

Mais elle ne lui répondit pas, vraiment plongée en admiration pour le bâtiment. De l’admiration, et autre chose. Un air étrange, comme si elle était perdue dans ses souvenirs. Garneth commençait à s’inquiéter du lien qu’il semblait y avoir entre Spinellie et l’ancien château de Zephren. Elle avait tenu à l’accompagner juste après que Garneth lui avait dit où il comptait se rendre, et maintenant elle regardait le vieux château comme si elle revoyait une maison où elle avait vécu un temps.

Garneth espérait que son étrange compagne n’était pas… genre… une membre de la famille royale en exil ? Zephren avait eu tellement d’enfants dans tout Johkania durant tellement d’années qu’il n’aurait pas été étonnant de tomber sur quelqu’un avec du sang Karkast dans les veines. Mais après la Révolution, Valrika des Dix Héros avait lancé une purge dans toute la région pour trouver et éliminer tous les descendants du Roi Éternel. Certains étaient sans doute passés au travers des mailles du filets. Garneth priait Provideum pour que ce ne soit pas le cas de Spinellie. Si jamais on le prenait avec une fille de l’ancienne famille royale, il serait immédiatement considéré comme un complice et traité comme tel.

Cessant d’y penser, Garneth intima à Bourrinos d’avancer vers la cour. D’autres touristes étaient attroupés au centre de l’endroit. Voilà une bonne nouvelle, il allait pouvoir faire une entrée remarquée. Ils virent le duo arriver sur le Pokemon avec un air interdit, voir limite effrayé. Et bien, ils n’avaient jamais vu de héros ou quoi ? Faisant fi de ce qui pouvait bien les effrayer, Garneth prit une pose qui se voulait noble, son épée à la main, tandis qu’un type aux habits très riches et distingués s’approcha d’eux, l’arme à la main.

- Hey les voyageurs, les visites sont momentanément suspendues. Rentrez chez vous ou allez patienter avec les autres si vous ne voulez pas subir le courroux des Agents de la Fatalité, menaça l’individu.

Les Agents de la Fatalité ? Impossible. Ce gars se payait sa tête. Et pourtant, il reconnut bien le symbole noir de cette vile caste sur la tenue du jeune homme, un croissant de lune avec un visage terrifiant dessus, sans doute celui de leur maître Falkarion. Mais qu’est-ce que ces démons faisaient ici ? De toute évidence ils tenaient ces pauvres gens en otage. Alors que Spinellie se penchait pour observer le drôle d’individu devant eux, une femme sortie de la foule, les yeux pleins d’espoirs en voyant Garneth.

- Regardez, le symbole de la Sainte Garde ! La Sainte Garde est venue nous sauver ! S’écria-t-elle.

Toute la foule vit l’étoffe de Garneth et se mit à l’acclamer pour lui demander de neutraliser les Agents. Même Spinellie semblait impressionnée par la popularité de son héros, l’applaudissant avec des yeux brillants d’admiration. Garneth, lui, se retourna, pensant qu’ils s’adressaient à quelqu’un d’autres.

- Hein ? Qui ? Quoi ? Moi ?

- Calmez vous les gueux ! Hurla l’Agent. Vous voyez pas que c’est qu’un quidam comme vous ? Regardez ses guenilles. Il cherche juste à se la jouer. D’ailleurs il va détaler dès que je vais l’attaquer. Zorander, tiens les en respect, moi je vais jouer avec ces deux là. C’est que c’est chiant, de garder un château et des abrutis de touristes…

- Évite de les tuer. L’opération doit se passer sans trop d’effusion de sang…

Garneth se tourna pour voir avec inquiétude un second Agent de la Fatalité qui tenait une épée bien en vue de la foule. Ça avait l’air grave, ce qui était en train de se passer ici. Une prise d’otage ? Une invasion en règle ? Garneth avait certes pour ambition de rentrer dans la Sainte Garde, et vaincre deux Agents de la Fatalité serait un tremplin formidable. Il avait son épée lui aussi, et plus que ça, il savait s’en servir. Il décida donc de jouer le jeu et de conserver ce rôle de membre de la Sainte Garde venu sauver les visiteurs… uniquement pour les rassurer, bien sûr…

- Vous n’êtes pas les bienvenus ici, vils serviteurs de Falkarion, déclara-t-il de sa voix la plus noble et la plus assurée. Rendez-vous, et moi, Garneth de la Sainte Garde, vous promettra un procès juste et équitable !

Spinellie applaudit à tout rompre.

- Wouah, wouah ! Prenez garde les vilains pas beaux ! Garneth de la Justice va tous vous justificier, comme les griffes d’un Lamantine manchot !

Le dénommé Jyren cligna des yeux face aux absurdités déclamés par les deux nouveaux arrivants.

- Ces gars se foutent de nous ! Déclara-t-il. J’vais leur faire connaître la seule et unique Fatalité, au nom du Seigneur Falkarion !

- Jyren, soupira Zorander, Palyne a dit de ne pas…

- Au diable Iceberg et ce qu’elle a dit ! Je vais pas laisser ces gueux se payer ma tête !

Il chargea Garneth avec son épée. Une épée purement décorative, de noble. Celle de Garneth ne tenait peut-être pas la comparaison question apparence, mais elle, elle était faite pour se battre, pas pour crâner. Ça avait été l’épée du père de Garneth, mort durant la Révolution, la seule chose qui restait de lui. Garneth contra sans trop de problème, et fit une parade de son cru qui désarçonna le jeune Agent, qui recula avec méfiance. Un paysan qui avait une épée et qui savait se battre, ce n’était pas courant, pour le noble qu’était Jyren. Il commençait même à se demander si ce type n’était pas effectivement membre de la Sainte Garde, ou une espèce d’apprenti.

- Euh Jyren…j’crois qu’on va avoir un problème, dit Zorander pour attirer son attention.

La foule, visiblement galvanisée par la présence d’un membre de la Sainte Garde, commençait à se mouvoir et à se montrer menaçante envers le seul Zorander. Et donc aussi pour Jyren, prit entre eux et Garneth. Le jeune noble grommela dans sa barbe et se rua vers Garneth pour entamer une passe d’arme à l’épée sous les encouragements de Spinellie.

- Fais ton boulot pour une fois dans ta vie Zorander, et rappelle à ces gueux qui sont les Agents de la Fatalité ! Trucide-en un ou deux s’il faut !

Le dénommé Zorander soupira, comme s’il s’agissait d’une tâche ô combien harassante. Il se saisit d’une enfant d’une dizaine d’années, l’arrachant à sa mère et lui mettant la lame sous la gorge, intimant aux autres de reculer sous peine de l’égorger. Garneth fut horrifié et songea à un plan pour vite neutraliser son adversaire et voler au secours de cette petite, en vain. Jyren se battait sérieusement maintenant, avec toute l’étendue de sa formation d’épéiste que lui offrait son statut de fils de noble.

- Bouriri, aide Garneth et moi je m’occupe du vilain qui s’en prend à la petite fille, dit Spinellie.

La jeune voleuse se jeta vers Zorander tandis que Bourrinos se décida enfin à bouger pour aider Garneth. La jeune femme lança Krok, son ami Rattata, directement sur la main de Zorander, le mordant ce qui lui fit lâcher sa lame sous la douleur. Puis, elle bondit sur l’homme, la tête en avant, le percutant en pleine face un peu à la manière dont elle avait rencontré Garneth. Un craquement se fit entendre alors que Zorander émit une plainte de douleur.

- Aaaaah, elle m’a brisé le nez ! Se plaignit-il. Sale garce, je vais te…

De son côté, Garneth sentait la victoire se profiler maintenant que Bourrinos gênait Jyren dans ses déplacements en tentant de l’écraser sous ses gros sabots. Quant à la foule d’otages - ou quoi qu’ils puissent être - ils semblaient prêts à se jeter sur l’autre Agent de la Fatalité qui pissait le sang par le nez. Ce n’était plus qu’une question de minutes avant que le combat s’achève par la victoire du camp de la justice !

- Qu’est-ce que c’est que ce merdier ?!

Une voix féminine, pas du tout gracieuse, venait de hurler cela depuis le balcon du château. Garneth vit qu’une jeune femme brune à l’air renfrogné s’y trouvait. Elle tenait un fouet dans sa main, avait une espèce de tiare sur le front, et portait le même croissant de lune noir que les deux autres.

- Vous êtes pitoyables, Jyren, Zorander ! Tenir en respect ces quelque pécores est au dessus de vos capacités ?!

- Viens nous aider au lieu de gueuler ! Répliqua Jyren. Ces gueux se sentent pousser des ailes depuis que ces deux zozos se sont pointés !

Mais pour le coup, à la vue de la fille Agent, les touristes semblèrent tout de suite moins belliqueux, leur peur se montrant tout de suite à sa vue. Garneth en conclut qu’elle était autrement plus redoutable que ses deux camarades. Qu’elle soit une fille le troubla ; dans son esprit, ou plutôt son idéal macho, les femmes n’étaient pas censés appartenir à un groupe aussi mauvais que les Agents de la Fatalité. Elles étaient censés être faibles, belles et désireuse d’être secourue par un quelconque héros. Du coup, Garneth ne savait plus trop quoi faire. Il ne se voyait pas combattre une femme, d’autant que cette fille semblait avoir son âge.

- Ces sinistres individus vous ont forcé à les rejoindre, gente dame ? Lui demanda Garneth à voix haute. Renoncez à l’emprise de la Fatalité tant qu’il en est encore temps. Moi, Garneth de la Sainte Garde, saura vous conduire dans le droit chemin !

La femme Agent se renfrogna encore plus, et haussa les sourcils comme si elle soupçonnait Garneth de se payer sa tête. De là, elle ferma les yeux et sembla invoquer un étrange pouvoir pour tirer des morceaux de glace tranchant vers Spinellie qui fut propulsée au sol, libérant Zorander qui était toujours au sol à se tenir le nez.

- De… de… de la magie noire ! S’exclama Garneth.

Non, visiblement, cette fille, on ne l’avait pas forcé à rejoindre les Agents de la Fatalité, et Garneth doutait qu’elle ne veuille bien rejoindre le « droit chemin ». Elle descendit habilement du balcon malgré la hauteur, et une fois encore, l’espèce de saphir sur son front brilla d’une étrange lueur, signe que ça devait être de là d’où elle tirait ses pouvoirs occultes. Tandis que les badauds s’écartèrent de son passage, elle toisa Garneth de la tête aux pieds.

- Toi, de la Sainte Garde ? Tu ne portes ni leur armure, ni leur épée. Et il me semblait qu’ils se déplaçaient sur des Galopa, pas des Bourrinos. J’ignore qui t’es et ce que tu es venu fiche ici, mais le château royal est désormais la propriété du Prédicateur Nukt. Je suis Palyne Fedoren, adepte des Agents de la Fatalité. J’te conseille de bien graver mon nom entre tes esgourdes, pauvre fot-en-cul !

Se voulant menaçante, la dénommée Palyne matérialisa des espèces de griffes sur sa main libre. Garneth se mit immédiatement en garde, tandis que la jeune femme se rua sur lui pour le déchiqueter. Bourrinos encaissa avec sa peau rugueuse, tandis que Garneth pris appuie sur sa monture pour bondir sur Palyne. Mais cette dernière, agile, avait déjà reculé et saisit Garneth au vol avec son fouet pour le rabattre au sol.

Zorander était toujours à genoux, tenant son nez salement amoché par Spinellie. Jyren jura face à l’incompétence de son camarade, puis avant même qu’il ne comprenne ce qu’il se passe, quelque chose se mit à le démanger dans sa tenue. Comme si une créature déambulait dans ses vêtements. Il se mit à gesticuler dans tout les sens en essayant de l’attraper, mais n’y parvint pas, donnant de loin l’impression d’une gestuelle ridicule. Ce fut alors qu’il vit la gamine à queue de cheval de tout à l’heure debout, indemne et sans dégâts de l’attaque de Palyne venir vers lui rapidement et le saisir par le bras, le retournant de façon impressionnante pour l’envoyer percuter avec violence Zorander. Un petit Rattata sorti des vêtements de Jyren pour se loger sur l’épaule de Spinellie.

- Victoaaaaare, dit-elle en faisant un V avec ses doigts. Spinellie, l’assistance justificière a réglé ses pompes aux vilains !

Le temps de songer que la vrai expression était « régler son compte », mélangé au soulagement de voir que Spinellie n’avait rien, fut une distraction suffisante pour que Garneth sente les griffes de Palyne lui entailler la jambe. Il lâcha un cri de douleur tandis que Bourrinos fit une ruade sur l’Agent de la Fatalité. Mais la lenteur du cheval laissa suffisamment de temps à Palyne pour esquiver. Elle se retourna et vit avec surprise que non seulement l’amie de Garneth n’avait rien, mais que Jyren et Zorander étaient tout deux au sol, l’un sur l’autre.

- Chiabrena de puterelle de gore pissouse, jura Palyne. On peut vraiment pas compter sur vous ! Et comment ça se fait qu’elle a rien celle la ? J’ai dû la rater, sûrement… Cette fois ce ne sera pas le cas, je te le jure !

Palyne se mit à charger une nouvelle attaque gelée en direction de Spinellie, mais se stoppa lorsqu’un puissant bruit de cor retentit. Une fois, puis deux fois, puis trois fois. Ce cor, Palyne le reconnut aussitôt et serra les dents en lâchant un nouveau juron. Garneth aussi le reconnu, de même que les autres touristes qui crièrent des « hourra » de joie. C’était le cor de la Sainte Garde.

Enfin, la vraie Sainte Garde arrivait. Et à l’horizon se profilait une garnison d’une trentaine d’hommes qui se ruaient sur des Galopa vers le château, leurs armures étincelantes au soleil, leur cape blanche frappé du sceau des Gardiens de la Destiné. Ils s’engouffrèrent dans la cour du château, et encerclèrent les cinq combattants avant de mettre les civils à l’abri. Garneth était aux anges. Ce spectacle était pour lui le plus beau de tous, et plus encore quand il reconnu l’homme qui menait la charge. Une figure populaire hautement reconnaissable, au même titre que Sainte Alysia. Avec ses cheveux bleus et surtout la forme en éclair du pommeau de son épée, pas de toute possible : c’était bien Karion du Tonnerre, le Dixième Héros, souvent considéré comme le second de Sainte Alysia, bien qu’il ne soit pas officiellement un Gardien de la Destiné.

Les adeptes des Agents de la Fatalité le reconnurent aussi, et son arrivée calma leur ardeur. Avec un juron, Palyne rangea rapidement son fouet. Elle ne s’attendait pas à voir débarquer la Sainte Garde ici, et surtout pas l’un des Dix Héros. Ses maîtres Agent de la Fatalité ne lui avaient pas dit quoi faire dans ce genre de situation périlleuse, mais tenter de les attaquer semblait être une option suicidaire.

- Bien le bonjour à tous, déclara le Héros en leur tournant autour. Un garde du château est venu nous trouver, pour nous signaler ce qu’il se tramait ici. Les adeptes des Agents de la Fatalité sont naturellement les bienvenus s’ils veulent visiter ce lieu chargé d’histoire, mais qu’ils en prennent possession risque de poser quelque problèmes d’ordre administratif au Conseil. Veuillez ranger vos armes, et l’on en discutera calmement.

Palyne songea au type qu’elle avait laissé partir et vit Jyren le foudroyer du regard. Elle pensait que Lord Despero aurait réussi à convaincre le Conseil de céder le château, mais soit ce Karion n’était pas au courant, soit Despero avait échoué. Ou, plus vraisemblablement, le Conseil n’avait pas encore tranché, ce qui était bien son genre.

- Nous sommes ici sous l’autorité du Prédicateur Nukt, tenta Palyne.

- Je regrette, ma dame, mais nous ne reconnaissons pas l’autorité du Prédicateur, répliqua Karion sans se départir de son ton poli. Il n’en a que pour vous. Ce château ne lui appartient pas, et ce que vous faîtes est ni plus ni moins qu’un trouble à l’ordre public doublé d’une prise d’otage.

- Lord Despero…

- … n’a aucune légitimité pour parler au nom du Conseil, coupa Karion. Il est l’un des Dix Héros, pas les dix à la fois. Je suis au courant du fait que les Agents veulent obtenir le château, mais aucune disposition en ce sens n’a encore aboutit au Conseil. Tout ceci n’a rien d’officiel ni de légal. Je vous le redemande donc : remettez vos armes et suivez nous jusqu’à Safrania, où nous tirerons tout cela au clair.

Palyne ne se voyait pas faire autre chose, à moins d’attaquer à elle seule la Sainte Garde, de provoquer une guerre et de mourir bêtement. Mais faut croire que Jyren n’avait pas poussé la réflexion jusque là. Comme d’habitude, ce crétin laissait d’abord parler sa fureur avant de faire fonctionner son cerveau. Comme Karion avait toujours sa lame au fourreau, il pensait avoir une chance de l’éliminer et d’en tirer toute la gloire. Brandissant son épée, il sauta sur lui en beuglant :

- Pour le Seigneur Falkarion et le Prédicateur Nukt !

Palyne, stupéfaite par tant de stupidité, n’eut même pas le temps de lui dire d’arrêter. Karion venait de tirer sa propre lame à une vitesse quasi-surhumaine. Palyne eut le temps de voir quelques éclairs crépiter sur sa lame quand un grand fracas résonné, suivi d’un flash lumineux. Comme en plein orage, la foudre venait de frapper alors qu’il faisait un parfait beau temps. Et le corps sans vie de Jyren reposait désormais au sol, calciné au point d’impact de l’éclair, tandis que Karion rangeait calmement sa lame dans son fourreau. Tout le monde en resta bouche bée, autant les civils que Palyne et Zorander, ainsi que Garneth et Spinellie.

- Allons bon, soupira Karion. Une jeune vie de gâchée, et pour moi, tout plein de paperasses à rédiger…

- Je proteste ! S’exclama Palyne.

Elle n’allait certainement pas verser de larmes pour ce crétin de Jyren, mais ce qu’avait fait Karion était une authentique agression délibéré, ce qui, en ces temps d’extrême tension entre Destinal et les Agents de la Fatalité, pouvait facilement dégénérer en conflit ouvert.

- C’est lui qui m’a attaqué, se défendit le Héros.

- C’était un débile incapable ! Il n’aurait jamais pu vous menacer ! Vous n’aviez aucun besoin de le tuer !

- Bah, besoin sans doute pas, mais j’en avais le droit. C’est vous qui êtes en tort ici. Si vous avez des plaintes à formuler, venez donc le faire à Safrania.

Il fit signe à ses hommes de la Sainte Garde, qui prirent le fouet de Palyne et lui saisirent aussi son Ascacomb sur le front. Malgré sa colère, elle ne put que se laisser faire tandis que la Sainte Garde l’amenait avec Zorander. Karion se tourna ensuite vers Garneth et Spinellie, qu’il observa avec curiosité.

- Et vous, vous êtes qui ?

- Euh… d’innocents voyageurs, messire, balbutia Garneth.

- D’innocents voyageurs ne ferraillent pas avec les Agents de la Fatalité, pas plus qu’ils ne portent une étoffe déchirée de la Sainte Garde.

Garneth ne sut pas quoi répondre, impressionné par le héros, stressé par la situation, et frustré que la première impression qu’il donnait à un Héros était gâchée par ses vêtements classes mais déchirés. Mais fort heureusement pour Garneth, Spinellie, elle, trouva quoi dire.

- C’est un grand héros ! Garneth de la Justice ! On a défendu le château contre les Agents fatalisés ! Dit-elle avec entrain et sincérité.

Cette explication ne convainquit que moyennement Karion du Tonnerre.

- On va tirer tout cela au clair, fit-il. Je vous embarque aussi. Si vous êtes innocents, vous ferez quand même de bons témoins contre les laquais de Falkarion. Allez, direction la capitale !