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Codélia Network T.1 : La justicière virtuelle de Kazumari



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Informations

» Auteur : Kazumari - Voir le profil
» Créé le 03/04/2019 à 12:40
» Dernière mise à jour le 04/04/2019 à 14:36

» Mots-clés :   Action   Aventure   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 45 : Rencontre des victimes
- Est-ce que Dennis va bien ?

Edouard Keyton venait d’entrer dans l’hôpital où son frère résidait toujours, inquiet comme jamais. Lui qui fouillait les fichiers de la salle des archives en compagnie de Vivianne Hamilton pour tenter de découvrir quelque chose en rapport avec l’Incident Effacé ne se serait pas attendu à recevoir un appel de la sorte. La tueuse en série Arisa Harriet avait trouvé le moyen de s’introduire dans la chambre de son petit frère à l’insu de tous.

Maintenant dépourvu d’un poste à grandes responsabilités, il n’en fallait pas plus pour que l’ancien chef de la Sécurité quitte les locaux du Codélia Network Industries et appelle un taxi pour rallier l’hôpital. A cause du virus utilisé par le Cercle des Proxys, il avait failli perdre son frère une première fois. Si le fait que Dennis soit tiré d’affaire lui avait apporté un soulagement sans précédent, cette nouvelle représentait une sacrée douche froide.

- D’après la caméra de surveillance, Dennis a appelé du personnel dès l’instant où Arisa Harriet est entrée dans sa chambre. Elle a eu l’intelligence de fermer la porte à clé ce qui nous a fait perdre de précieuses secondes mais nous sommes arrivés à temps. Dennis est toujours en vie, annonça l’infirmière Maria Sullivan qui sentait bien la tension qui émanait de tous les orifices d’Edouard Keyton.

- Où se trouve Arisa Harriet maintenant ? interrogea son interlocuteur.

- Quand elle a compris qu’elle n’aurait pas le temps d’assassiner votre frère, elle a pris la fuite en brisant la fenêtre de la chambre. La chambre de Dennis a beau être au troisième étage, nous n’avons pas retrouvé son corps. Nul doute qu’elle a fait appel à un Pokémon pour amortir sa chute.

Le regard d’Edouard s’assombrit. Il aurait vraiment préféré qu’Arisa Harriet soit appréhendée par les autorités. Si Maria Sullivan avait beau lui affirmer que la sécurité allait être renforcée pour s’assurer que rien n’arrive à Dennis, sa paranoïa naturelle l’incitait à rester méfiant. La tueuse en série était en cavale depuis des années, elle savait comment échapper aux forces de l’ordre. Tenter d’assassiner Dennis à nouveau ne serait pas exclu.

L’infirmière lui apprit que Dennis s’était évanoui peu de temps après la fuite d’Arisa et ne pouvait donc pas accueillir de visiteurs pour le moment. Se trouvant à présent dans le couloir du troisième étage, où la chambre de son frère cadet était située, Edouard s’assit sur l’une des chaises accrochées au mur dans le couloir. Si les jours de Dennis n’étaient plus en danger pour le moment, il y avait visiblement un autre problème à en croire l’expression de Maria Sullivan.

- Arisa Harriet n’est pas parvenue à éliminer votre frère mais il a tout de même été poignardé dans le dos, signala-t-elle d’un ton désolé. Sans parler d’une chute brutale de son lit auparavant. Dennis a aussitôt été pris en charge, ne vous inquiétez pas. Mais si ses blessures externes sont guéries, on ne peut pas en dire autant du reste malheureusement.

- Est-ce que c’est grave ? s’inquiéta le nouveau responsable des archives du CNI.

- Nos équipes sont en train d’étudier le problème mais aux premières nouvelles, il semblerait que Dennis ait des soucis au niveau de sa moelle épinière. La motricité de ses jambes va certainement en pâtir. Rien de permanent, cependant. Une opération pourrait sauver la mise mais il devra tout de même subir une rééducation. En attendant, votre frère sera confiné à un fauteuil roulant.

Edouard était effondré par cette révélation. Pensant son frère tiré d’affaire grâce à l’intervention d’Axerola, il n’arrivait pas encore au bout de ses surprises. Avec son nouvel emploi du temps, il serait au moins capable de soutenir son frère qui allait traverser la pire des périodes de sa vie. Les économies qu’il avait mis de côté depuis des années de bons et loyaux services en tant que chef de la Sécurité lui permettraient également de financer toutes les opérations médicales nécessaires au bon rétablissement de Dennis.

Maria Sullivan lui expliqua alors toutes les procédures qui seraient mises en place pour éviter qu’un accident de la sorte puisse se reproduire. Pendant une dizaine de jours, le jeune homme serait interdit de toute visite et des gardes seraient placés devant la porte de sa chambre pour éviter toute intrusion. Edouard lui-même n’aurait pas le droit d’aller voir Dennis pendant cette période même s’il était techniquement digne de confiance.

Par la suite, le garçon pourrait à nouveau recevoir des personnes mais toute la procédure sera néanmoins contrôlée. Ceux qui souhaiteront le rencontrer devront présenter une pièce d’identité et seront fouillés à l’entrée. Les gardes resteront à leur poste et la chambre de Dennis serait protégée des capacités psychiques telles que Téléport. Tant qu’Arisa Harriet se baladera librement dans la nature et que le cadet des Keyton ne sera pas à nouveau en état, c’était la moindre choses.

- Cette intervention d’Arisa Harriet est regrettable et nous ferons notre possible pour que le séjour de Dennis parmi nous se passe à présent dans les meilleures conditions, assura le docteur Sullivan.

- Je compte sur vous et votre équipe. Après tout ce qui est arrivé à mon frère, je ne pourrais pas supporter d’apprendre une autre mauvaise nouvelle à son sujet, avoua Edouard, l’air maussade.

La meilleure façon de mettre fin à l’épée de Damoclès au-dessus de la tête de son frère serait de démanteler le Cercle des Proxys. Arisa étant confirmée membre des cyber-terroristes, cela permettrait peut-être de retrouver sa trace dans le monde réel et de la placer derrière les barreaux. Poursuivre son enquête au sujet de l’Incident Effacé pourrait aller dans ce sens, les Proxys et son entreprise ayant tous deux un lien avec l’histoire. Edouard sentit monter en lui une détermination nouvelle de découvrir la vérité.



***


- Tout simplement fascinant…

Débordée à cause de son travail de journaliste, Stella Wilson n’avait pas trouvé un instant pour se poser et discuter avec sa petite protégée avant le week-end qui suivait. La jeune femme de vingt-six ans avait pris la décision de ne pas stopper Tsubasa dans ses actions mais souhaitait tout de même être au courant de ce qui se passait réellement sur le Réseau Codélia. Pas en tant que journaliste mais plutôt en tant que responsable légale de la fameuse justicière virtuelle.

Un peu coincée, Tsubasa avait fait part de la situation à sa partenaire Victoria. Ensemble, elles avaient mis en place un récit qui ne devrait pas susciter trop d’interrogations de la part de Stella mais qui ne révélait pas non plus toutes les informations cruciales. Pour appuyer ses propos, la brunette opta pour dévoiler l’existence de Cyby. En présentant quelque chose d’aussi gros d’entrée de jeu, il serait bien plus aisé de dissimuler d’autres détails sans attirer l’attention.

Après la terrible bataille contre MoonCross, Victoria avait demandé à son élève de lui laisser sa Codéwatch et Cyby le temps d’une soirée. Le lendemain, lorsque l’institutrice lui avait restitué l’appareil et l’intelligence artificielle après la fin des cours, elle ne se serait certainement pas attendue à ce que l’envoyé du Cybéria dispose à nouveau de son propre corps et puisse sortir et rentrer dans l’écran de la montre à sa guise. Le fait que les Cybériens soient des formes de vie à part entière prenait immédiatement tout son sens.

- Et donc tu t’appelles Cyby, c’est bien ça ? demanda Stella, les yeux remplis d’étoiles alors qu’elle fixait le petit être noir et violet de quinze centimètres qui tenait droit sur la Codéwatch posée sur la table. Je suppose que Tsubasa a dû te parler de moi ? Tu es avec elle depuis un moment après tout.

- La gentille journaliste qui veille sur Miss Axerola depuis des années. Je me doute qu’élever un cas désespéré comme elle depuis des années n’a pas dû être une mince affaire, cela mérite quelques applaudissements, affirma l’intelligence artificielle, ne manquant pas de rabaisser la brunette quand il en avait l’occasion.

- Ce n’est pas toujours facile de s’occuper d’elle mais je ne regrette rien, avoua calmement Stella avant que sa protégée n’ait eu le temps de faire une remarque désobligeante à Cyby. Dis-moi, Tsubasa. Le Cercle des Proxys cherche à mettre la main sur Cyby, c’est bien ça ? Tu ne penses pas que ce serait plus judicieux de le remettre entre les mains du Codélia Network Industries ? Ils sont plus à même de combattre ces gens-là que toi et ça éviterait de te mettre en danger.

- Je comptais le livrer au CNI par la suite mais les récents événements m’ont incité à revoir cette décision.

Sans préciser qu’elle avait livré un combat Pokémon face au chef des Proxys en personne la veille, Tsubasa lui expliqua que l’entreprise en charge du Réseau Codélia ne serait pas étrangère à l’Incident Effacé. Et de ce fait, impossible de leur accorder une confiance complète, elle conserverait Cyby avec elle jusqu’au démantèlement du groupe de cyber-terroristes. Par la suite, elle renverrait directement l’intelligence artificielle au sein du Cybéria d’où il provenait.

Stella ne manqua pas de frissonner en apprenant la nouvelle. Sans être une victime directe de l’Incident Effacé, elle vivait avec Tsubasa depuis qu’elle s’en était échappée, que ce soit dans leur orphelinat commun puis entre les quatre murs de ce petit studio. Elle savait ce que la brunette avait traversé pendant cette période et la soutenait lors de ses crises nocturnes. Apprendre que le Codélia Network Industries, avec lequel elle étant en partenariat, serait lié à l’histoire l’ulcérait.

- Tu ne comptes tout de même pas donner ta démission ? questionna alors Tsubasa.

- Tu lis en moi comme dans un livre ouvert, j’ai l’impression, soupira-t-elle en emmêlant une de ses mèches blanches autour de son doigt. Non, nous avons bien trop besoin d’argent pour subsister pour que je puisse me permettre de perdre cet emploi. Mais je compte bien profiter de ma position pour vérifier si je peux apprendre quelque chose.

- Je ne suis pas certaine que ce soit une bonne idée, déclara la jeune fille, gênée. Je n’aimerais pas qu’il t’arrive des bricoles par ma faute, je ne pourrais jamais me le pardonner…

- Je doute de pouvoir apprendre quoi que ce soit mais je verrai ce que je peux faire. Ne t’inquiète pas pour moi, je sais me montrer discrète. Dans le cas hypothétique où je parviendrais à récupérer des données intéressantes, je ne manquerai pas de tenir au courant, assura Stella.

Cyby intervint alors dans la conversation pour prévenir Tsubasa qu’elle venait de recevoir un message sur sa Codéwatch. Curieuse, la concernée attrapa son appareil pour en faire la lecture. Il s’agissait de Victoria. Apparemment, elle avait garé son camping-car dans le parking le plus proche du studio et elle souhaitait la voir maintenant si elle était disponible. Suite aux péripéties avec MoonCross, elles s’étaient calmées dans leur enquête pour la semaine mais apparemment, l’heure était venue de reprendre du service.

Dans son récit auprès de Stella, la justicière virtuelle avait tout de même mentionné l’existence d’une alliée qui l’assistait dans son aventure. Elle n’avait toutefois pas révélé pas son identité et à son grand soulagement, Stella n’insista pas pour en savoir plus. Comme cela ne concernait pas directement Tsubasa, elle n’était pas en droit de la harceler pour obtenir cette information. Peut-être que cette personne se présenterait directement à la journaliste dans un futur proche.

- On demande à me voir, signala Tsubasa en attrapant sa Codéwatch pour l’attacher à son poignet, forçant Cyby à se réfugier à l’intérieur de l’écran. Je ne sais pas combien de temps ça va durer mais je vais tâcher de rentrer avant le coucher du soleil.

- Tsubasa, intervint sa tutrice alors qu’elle approchait déjà de la porte d’entrée. Fais tout de même attention à toi.



***


- Tu sais pourquoi Vicky veut nous voir ?

- Elle m’a demandé de rester tranquille cette semaine pour que je me remette de mes émotions mais ce n’est pas impossible qu’elle ait commencé ses recherches à propos du Codélia Network Industries, suggéra Tsubasa en quittant son studio.

Son quotidien à l’université Vermillion en devenait presque ennuyeux. Si Dennis avait pu être sauvé du virus programmé par le Cercle des Proxys, il n’avait toujours pas quitté l’hôpital. La jeune fille avait appris grâce aux médias la terrible nouvelle, son camarade de classe avait subi une agression de la part d’Arisa Harriet. Maintenant tiré d’affaire, lui rendre visite relevait néanmoins de l’impossible. Même si Tsubasa lui en voulait toujours un peu pour son attitude, elle aurait au moins aimé lui remettre son Blizzi en mains propres.

Le Pokémon Arbregelé semblait comprendre la situation et ne rechignait pas à l’idée de passer encore quelques jours à l’écart de son véritable dresseur. Il participait même aux séances d’entraînement de Tsubasa avec son Roussil, qui s’en étaient retrouvées multipliées au cours de la semaine. Suite à l’humiliation que MoonCross lui avait fait subir, elle ressentait une forte motivation à l’idée de s’améliorer en tant que dresseuse Pokémon.

- Nous ne sommes plus à la maison, Cyby. Rentre dans la Codéwatch s’il te plaît tant que nous n’aurons pas rejoint le véhicule de madame Victoria. Tu vas me causer une crampe à ce rythme.

Lorsque l’envoyé du Cybéria se matérialisait physiquement dans le monde réel, il forçait Tsubasa à mettre son bras en position perpendiculaire pour lui éviter de se retrouver la tête en bas. Après tout, l’intelligence artificielle avait les pieds fixés à l’écran. La brunette n’osait même pas imaginer le désastre qu’il pourrait provoquer si on lui laissait trop de liberté. L’identité secrète d’Axerola serait révélée au grand jour plus vite que la lumière.

Il ne fallut pas longtemps à la jeune fille pour rallier le camping-car de son professeur d’informatique, bel et bien garé dans le parking à proximité du studio. Depuis leur alliance, c’était la première fois que Victoria venait jusqu’à elle, se contenant généralement de laisser son véhicule à la place de parking qu’elle louait. La femme blonde devait vraiment être impatiente de la voir. Approchant de la porte située à l’arrière, Tsubasa commença à entendre la voix reconnaissable de son alliée.

Mais avant de poser sa main sur la poignée, Tsubasa fit aussitôt un pas en arrière. Une autre voix était discernable. Une voix masculine que la justicière virtuelle ne trouvait pas familière. Victoria ne se trouvait apparemment pas seule dans leur base d’opération. Hésitant à faire son entrée, elle se rappela alors que c’était l’institutrice qui lui avait demandé de passer. Finissant par prendre son courage à deux mains, Tsubasa ouvrit alors la porte.

- Tiens, voilà la demoiselle ! s’exclama Victoria alors que son élève entrait à l’intérieur du véhicule. Inutile d’attendre pour faire les présentations. Tsubasa, je te présente Takeru Lerendal. C’est un ami à moi dont je t’avais un peu parlé, je ne sais pas si tu te souviens.

Fermant derrière elle, la jeune fille posa son regard sur cet homme. Takeru Lerendal était un homme d’un âge proche de celui de Victoria, de grande taille et à la silhouette ordinaire. Ses cheveux en bataille étaient constitués d’un étrange mélange de blanc et de rouge. Ses yeux azurs étaient encadrés par des lunettes vertes aux verres carrés. Au premier regard, il paraissait sympathique mais Tsubasa savait très bien qu’elle ne pouvait pas se fier à la première impression.

Des souvenirs datant de sa première rencontre avec madame Victoria en dehors du cadre scolaire lui revinrent alors en mémoire. Ce fameux soir de la finale du Festival Numérique où elles avaient capturé Cyby et scellé leur alliance contre le Cercle des Proxys. Son institutrice avait effectivement mentionné avoir dans son entourage un ami qui aurait été victime de l’Incident Effacé tout comme Tsubasa. Il s’agissait certainement de Takeru Lerendal.

- Bref, je vais vous laisser discuter, vous devez avoir plein de choses à vous dire. Je vais aller me promener dans le parc pas loin en attendant. Tsubasa, est-ce que tu pourrais me prêter ta Codéwatch un moment ? Je te la rendrai tout à l’heure.

Tsubasa comprit aussitôt les véritables raisons derrière cette demande. Même si Takeru devait être une personne importante dans la vie de Victoria, elle avait décidé de le tenir à l’écart de leur conflit et n’avait donc pas mentionné l’existence de l’envoyé Cybérien. Le tenir à l’écart tant que l’homme aux lunettes carrées serait présent n’était pas une mauvaise idée. La brunette s’empressa donc de détacher son appareil du poignet pour le donner à Victoria.

Cette dernière se dirigea aussitôt vers la sortie et salua les deux autres d’un geste de la main avant de prendre congé. Elle devait vraiment accorder une confiance hors-norme à Takeru pour accepter de quitter son camping-car sans le refermer derrière elle. Tsubasa prit alors place sur le fauteuil laissé vacant par Victoria. Gênée, elle ne savait pas vraiment comment amorcer une conversation avec une personne qu’elle rencontrait pour la première fois.

- Monsieur Lerendal… commença-t-elle, indécise.

- Je t’en prie Tsubasa, tu peux m’appeler Takeru.

- Monsieur Takeru, vous êtes vraiment une victime de l’Incident Effacé ? Vous étiez présent dans ce centre, il y a douze ans quand… ils nous ont fait subir cet enfer ?

Parler de l’Incident Effacé même sans entrer dans les détails suffisait généralement à provoquer des flashs du passé qui dérangeaient Tsubasa et accéléraient son rythme cardiaque. Elle tâcha néanmoins de rester calme. Elle n’aurait jamais pensé un jour faire la rencontre d’une autre personne possédant le même passé que le sien, ce n’était pas le moment de laisser passer cette chance. Takeru confirma alors la réponse d’un signe de tête.

- D’après ce que m’a dit Vicky, tu as dix-huit ans, n’est-ce pas ? Ce qui veut dire que tu n’avais que six ans à l’époque, vivre dans ces conditions pendant six mois si jeune…

Tsubasa lui raconta alors les séquelles qu’elle avait conservé même après avoir été sauvée. Sans s’en rendre compte, elle se retrouvait rapidement à l’aise en compagnie de Takeru. La nature calme de ce dernier devait avoir aidé à la conforter. L’ami de Victoria l’écouta attentivement sans l’interrompre alors que la jeune fille mentionnait les crises nocturnes auxquelles elle faisait face de temps à autre, l’incident lui revenant souvent en cauchemar.

De son côté, Takeru lui parla de ce que lui-même avait dû traverser par la suite. Soumis tout comme Tsubasa à des traumatismes de stress réguliers, il avait fini par tomber en dépression et commençait à rejeter la technologie. Il se tenait à l’écart du Réseau Codélia et tout appareil trop technologique, ce qui incluait les télévisions et les radios. Déscolarisé pendant toute la période du collège, l’idée du suicide lui avait même traversé l’esprit.

Prenant finalement son courage à deux mains, il accepta de retourner à la vie active à son entrée au lycée. Distant avec tout le monde, il ne parvenait pas à s’intégrer et continuait de s’isoler toujours davantage. Jusqu’à sa rencontre fatidique avec Victoria Viltrust. L’institutrice de Tsubasa avait révolutionné la vie de Takeru, lui permettant de surmonter la barre et de vaincre les démons de son passé. Maintenant, il était redevenu socialement une personne présentable et acceptait la technologie.

- C’est à la fois différent et similaire à ce que j’ai vécu… murmura Tsubasa.

- Là où je veux en venir Tsubasa, c’est que toi, tu n’as pas l’air d’avoir surmonté cette épreuve. Même si Vicky a refusé d’entrer dans les détails, elle m’a dit que tu mourais d’envie de te venger des gens responsables de l’Incident Effacé. Si tu veux mon avis, tu ne devrais pas laisser la vengeance te consumer.

- Vous n’avez pas envie de vous venger, monsieur Takeru. Vous ne ressentez vraiment aucune animosité envers ceux qui nous ont ruiné notre existence ?

- Je mentirais en prétendant ne pas avoir de rancoeur mais j’ai décidé de ne pas faire tourner ma vie autour de ça et d’aller de l’avant, expliqua-t-il en redressant ses lunettes. Tu m’as l’air prisonnière de ton passé, Tsubasa. Je ne suis pas médecin mais à tous les coups, l’une des raisons pour lesquelles tu continues à subir des crises nocturnes même douze ans après doit être lié à ça.

Si Takeru tentait de lui donner des conseils, il comprenait quand même ce qu’elle pouvait ressentir. Cette impression de ne pas voir le temps avancer. De causer le malheur à ses proches. Il ressentit un certain pincement au coeur en repensant à ceux qu’il avait perdu pendant sa disparition de six mois. Ceux qui ne reviendraient plus jamais. Mais il aurait l’impression de salir leur mémoire s’il restait enfermé dans le passé plutôt que de se tourner vers l’avenir.

Tsubasa cernait le message que Takeru cherchait à lui faire passer. Même si elle découvrait absolument toute la vérité concernant l’Incident Effacé et qu’elle accomplissait sa vengeance envers les responsables, que ferait-elle ensuite ? Sa vie toute entière était tournée autour de ça au point qu’elle n’avait jamais pris la peine de réfléchir à ce qui adviendrait ensuite. Même si elle ne pouvait pas faire disparaître cette haine perpétuelle qui l’animait, elle allait devoir sérieusement se poser la question.

- Qu’est-ce qu’il y a après la vengeance ?



***


Assis au sommet d’une colline, un être méditait en surveillant l’immensité des plaines situées en contrebas. Un être d’environ quinze centimètres, disposant d’un corps d’un jaune citron parsemées de rayure d’une variante plus foncée de la même couleur. Son visage de forme circulaire comportait deux épines à ses extrémités pointant dans des directions opposées. Il s’agissait là d’un Cybérien, l’un des habitants du Cybéria dissimulé au sein même du Réseau Codélia.

- Voilà où tu te cachais, CE-02, déclara alors une voix derrière lui.

Sortant de son léger sommeil, le désigné ouvrit aussitôt les yeux, qui dans son cas n’étaient que des petites lumières vertes de forme ovale et tourna la tête vers l’arrière. L’un de ses comparses Cybériens venait de le rejoindre au sommet de la colline et s’assit aussitôt à côté de lui sans rien ajouter. A en croire le ton de sa voix, il semblait quelque peu ennuyé, ce qui pouvait se comprendre vu la situation dans laquelle le Cybéria se trouvait en ce moment.

De la même taille que son collègue, cette deuxième intelligence artificielle disposait pour sa part d’un corps composés de différentes teintes de vert. La forme de sa tête se révélait similaire à celle de CE-01, formant une boucle à l’arrière. Les lumières rouges sur son visage qui lui faisaient office de regard se plissèrent. CE-05, le deuxième plus jeune des Cybériens mais également celui qui montrait le plus facilement ses émotions.

- CE-05, où en est le débat avec les autres Cybériens ? interrogea CE-02 de sa voix mature.

- Il n’y a rien à faire, impossible de progresser. CE-03 et CE-06 campent leurs positions. Et concernant CE-04, il est bien trop stupide pour se forger sa propre opinion et se contente de suivre aveuglément CE-03 sans y réfléchir à deux fois. Ils sont trois contre nous et avec l’absence de CE-01, nous ne pouvons pas prendre une décision définitive, expliqua l’intelligence artificielle verte.

Cela faisait un mois à présent. Un mois qu’un groupe d’êtres humains appelé le Cercle des Proxys était parvenu à retrouver la trace du Cybéria et avait tenté de les anéantir. Afin d’assurer leur survie, CE-01 avait scellé leur monde pour empêcher toute nouvelle intrusion. Si chacun des résidents disposait des capacités suffisantes pour briser le code et rétablir le lien entre le Cybéria et le Réseau Codélia, ils préféraient ne pas le faire tant que la menace des Proxys serait présente.

CE-02 observait de temps à autre ce qui se passait de l’autre côté de la dimension numérique afin de se tenir informé des dernières actualités. Aux dernières nouvelles, CE-01 avait fini entre les mains d’une fille nommée Axerola qui faisait face aux individus cherchant à les éliminer. Leur camarade Cybérien ne reviendrait pas vers eux avant un bon moment. En tant que leader du groupe, CE-02 ne pouvait pas se permettre de rester sans rien faire.

- Puisque les trois autres Cybériens sont contre nous, nous agirons à leur insu, indiqua alors l’être jaune.

- Tu as un plan ? demanda CE-05, faisant preuve d’une grande curiosité.

- En effet, j’y travaille depuis un moment, confirma CE-02. Contrairement à ce que le reste de nos comparses semblent penser, nous ne pouvons faire confiance aux humains et cohabiter avec eux. Si nous voulons que les Cybériens perdurent, il convient de les anéantir et de devenir la race prédominante de ce monde.



***



A suivre dans
Codélia Network Tome 2 : Le Pilier Proxy