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Codélia Network T.1 : La justicière virtuelle de Kazumari



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Informations

» Auteur : Kazumari - Voir le profil
» Créé le 03/04/2019 à 12:40
» Dernière mise à jour le 04/04/2019 à 14:32

» Mots-clés :   Action   Aventure   Région inventée   Science fiction   Suspense

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Chapitre 44 : Soif de meurtre
Edouard referma derrière lui la porte de la salle des archives. Une pièce des locaux du Codélia Network Industries dans laquelle il ne se rendait jamais en tant normal, du moins pas depuis qu’il avait obtenu sa promotion pour devenir chef de la Sécurité. Mais maintenant, cette pièce allait devenir son quotidien. Il n’était plus chef de la Sécurité à présent, ayant été destitué de ses fonctions. Mais aussi étrange que cela puisse paraître, il restait employé de l’entreprise.

Sa surprise fut grande en ce lundi matin alors que la directrice de son département Eléonore Nakano l’avait invité à la rejoindre dans son bureau. Edouard s’attendait alors à apprendre la nouvelle de son renvoi et la promotion de son bras droit Henry Linday pour le remplacer. Et à son avis, cette tournure des événements se serait produite s’il n’avait pas posé la fameuse question. Celle à propos de l’implication du CNI dans une triste affaire datant de la décennie précédente.

Sa supérieure lui avait alors demandé de patienter dans le couloir, stoppant net toute conversation sans lui fournir la moindre réponse. Une dizaine de minutes plus tard, rappelé à nouveau dans le bureau, Edouard apprenait qu’il serait simplement rétrogradé mais n’aurait pas besoin de quitter la société. Employé aux archives. Un poste qui lui offrirait un salaire moindre mais la bonne nouvelle demeurait l’amélioration de son emploi du temps, qui s’en retrouverait moins surchargé.

- Une chance que je sois prévoyant, songea-t-il en jetant un coup d’œil autour de lui. Grâce à l’argent que je mettais de côté depuis ma promotion, je ne pense pas que Dennis et moi souffrirons de cette situation pour survivre. Et je pourrais enfin passer davantage de temps avec lui…

Son cadet devrait quitter l’hôpital dans les prochains jours. Grâce à l’intervention d’Axerola qui s’était démenée pour faire face au leader des Proxys, Dennis était à présent tiré d’affaire. Il ne gardait aucune séquelle de cette histoire et allait très bientôt reprendre son quotidien. Après tout, le mois de novembre approchait de sa conclusion et Edouard savait que son petit frère devrait bientôt faire face à ses examens de fin de trimestre.

En attendant, Edouard comptait bien s’habituer au plus vite à son nouvel espace de travail. Dans une entreprise aussi informatisée que le CNI, même la salle des archives s’en retrouvait modernisée. Un petit bureau avec un ordinateur personnel se situait au centre de la petite pièce rectangulaire. Pièce peu entretenue ou visitée, de la poussière ressortait de chaque recoin et les nombreuses étagères où reposaient les serveurs physiques de la société n’y faisaient pas exception.

- Je vais devoir mener mon enquête, soupira-t-il en prenant place sur le fauteuil vacant. Je n’ai pas obtenu de réponses en interrogeant madame Nakano à ce sujet mais ce revirement de situation vis-à-vis de ma place au CNI laisse supposer qu’ils ont des choses à se reprocher.

La raison pour laquelle il figurait toujours parmi la liste des employés était sûrement pour que les supérieurs du CNI puissent continuer à le surveiller. A son avis, Edouard avait appris quelque chose qu’il ne fallait pas lors de l’affrontement entre Axerola et MoonCross. Même en lui supprimant son poste enviable, ils préféraient éviter qu’il n’aille divulguer des informations là où il ne faudrait pas. Mais maintenant, il était trop tard pour faire marche arrière.

L’ancien chef de la Sécurité comptait bien découvrir la vérité sur cet Incident Effacé ainsi que l’implication du Codélia Network Industries à son sujet. La salle des archives représentait un bon point de départ mais l’homme aux lunettes carrées doutait que madame Nakano l’ait placé là s’il avait été possible de récupérer des données compromettantes. Sa première intuition de la veille devait être la bonne. Les dossiers secrets du CNI étaient sûrement contenus dans l’ordinateur-mère de l’entreprise.

Cela ne lui faciliterait pas la tâche. L’ordinateur-mère était extrêmement bien protégé et même avec son ancien grade, il n’y avait jamais eu accès. Seuls madame Nakano et les autres directeurs pouvaient s’y rendre. L’ordinateur-mère était techniquement accessible par le Réseau Codélia, étant dissimulé dans un petit serveur crypté mais cela ne changerait rien. Même un hackeur talentueux ne trouverait pas le moyen d’y pénétrer. Après tout, même le Cercle des Proxys n’y parvenait jamais.

- Charlotte était présente tout comme moi lorsque MoonCross a révélé cette information, murmura Edouard en allumant son appareil. Peut-être qu’elle a une piste. La connaissant, elle va tout mettre en œuvre pour découvrir le fin mot de l’histoire.

Perdu dans ses pensées, le rétrogradé mit un certain temps à réaliser qu’une des armoires coulissantes contenant les serveurs physiques venait de se déplacer légèrement sur la droite. Si la salle des archives n’était pas vraiment occupée en temps normal, Edouard doutait néanmoins qu’un Pokémon Spectre ait élu domicile entre ces quatre murs. Il en arriva rapidement à la conclusion qu’il ne se trouvait pas seul à l’intérieur de la pièce.

Se levant de son fauteuil miteux, il entreprit de replacer l’armoire à sa position initiale comme si de rien n’était. Il finit alors par remarquer la présence de cheveux bruns ébouriffés qui dépassaient de l’autre côté. Son intuition était visiblement la bonne. Dubitatif, l’aîné des Keyton contourna alors le serveur physique pour rejoindre la mystérieuse personne et en avoir le cœur net. Une jeune fille se tenait là, accroupie et plaça aussitôt ses bras devant son visage comme si Edouard s’apprêtait à l’agresser.

- Vivianne Hamilton, n’est-ce pas ? demanda ce dernier, lâchant finalement un sourire.

- Vous savez qui je suis ? s’étonna la concernée, comprenant rapidement que personne n’allait lui faire du mal. Je ne pensais pas qu’un membre du CNI aussi important que vous connaissait mon nom…

- C’est marqué sur votre badge, madame Hamilton, répondit simplement Edouard après avoir alignée l’armoire parallèlement avec les autres. Vous me tenez en bien haute estime, je ne connais les noms que des employés faisant partie de l’équipe de sécurité. Que faites-vous donc dans la salle des machines ? Vous n’êtes quand même pas assignée ici ?

- A vrai dire…

La dénommée Vivianne Hamilton se releva alors, faisant face à l’ancien chef de la Sécurité qui la dépassait de presque deux têtes. Elle paraissait réellement négligée, ce qui était visible à sa chevelure brune mi-longue dont une frange tombait à la limite entre ses yeux. Les boutons de sa chemise noire étaient mal refermées au niveau de son col et elle portait un pantalon un peu trop large par rapport à sa fine silhouette. Son regard émeraude était encadré par des lunettes rouges à demi-montures.

Même si Edouard ne disposait plus d’un avantage hiérarchique par rapport à elle, cela n’empêchait pas Vivianne de se montrer gênée en sa présence, le visage rougissant et éprouvant des difficultés à terminer ses phrases. Ne tardant pas à le noter, l’homme aux cheveux verts se montra rapidement décontracté a fin de la mettre à l’aise. Tout en retournant au niveau de son nouveau bureau poussiéreux, la langue de la demoiselle finit par se délier.

- En fait, je ne suis pas complètement une employée du CNI, admit-elle en baissant la tête. On m’a fait ce badge à mon nom pour que je puisse entrer et sortir des locaux à ma guise… je suis encore stagiaire donc on m’a demandé de rester dans cette pièce pour faire le tri dans les dossiers numériques.

- Une tâche ingrate digne d’une stagiaire effectivement. Dans ce cas, vous serez ma nouvelle équipière madame Hamilton. En tant que nouveau responsable des archives, c’est moi qui vais vous donner vos directives jusqu’à la fin de votre stage.

- Nouveau… responsable des archives ? balbutia Vivianne qui ne semblait pas comprendre la situation. Vous n’étiez pas à un poste important dans le département de la sécurité jusqu’à présent ? Il s’est passé quelque chose récemment ?

- Une longue histoire, répondit Edouard en se montrant aimable.

Inutile pour le moment de raconter à Vivianne Hamilton toute l’affaire entourant Axerola et l’intelligence artificielle qui devait revenir au CNI le plus rapidement possible. Comme la demoiselle ne devait faire partie de la société que depuis peu de temps, l’interroger au sujet de l’Incident Effacé ne l’avancerait pas non plus. Elle ne devait pas avoir plus de vingt ans, une affaire datant de la décennie passée ne pouvait pas vraiment la concerner.



***


- Menu spécial Linday comme d’habitude ?

- Effectivement, on ne peut rien vous cacher, admit Charlotte avec le sourire, prenant appui sur le comptoir. Mettez-en deux, un ami à moi va bientôt arriver. Nous mangerons sur place.

- Installez-vous madame Linday, je ne manquerai pas de vous faire signe quand la commande sera prête, signala le pizzaïolo Virgil en réajustant sa casquette.

Presque une journée s’était écoulée depuis l’affrontement fatidique entre Axerola et MoonCross. Et pourtant la cyber-chasseuse continuait de ressasser les propos entretenus par le leader du Cercle des Proxys. Elle ne se serait pas attendue à ce que ce fameux Incident Effacé se retrouve subitement au centre de la conversation. Si Charlotte avait habilement percé à jour l’identité de la justicière virtuelle, elle ne s’était pas complètement interrogée sur les raisons qui la poussait à tenir tête à ses adversaires.

La brunette prit place à l’une des tables vacantes autour de la camionnette de Virgil. En l’absence d’un festival numérique pour attirer les foules, le cuisinier ne croulait pas trop sous le travail ce qui lui permettait de récupérer des phases de compétition où il devait mettre les bouchées doubles. Cela ne déplaisait pas non plus à Charlotte. Il y avait tout de même suffisamment de monde pour que le bruit ambiant puisse cacher une conversation et cela réduisait les risques d’oreilles indiscrètes qui écoutaient en douce.

- L’Incident Effacé… souffla la cyber-chasseuse pour elle-même.

Une opération datant déjà de douze ans, non relayée par les médias et donc encore secrète du grand public à ce jour. Charlotte n’aurait même pas connu son existence si une personne de son entourage n’était pas déjà liée à l’affaire. Même si la demoiselle faisait souvent preuve d’une grande curiosité, elle n’avait pas souhaité se pencher sur cet incident, jugeant que cela ne lui apporterait pas grand-chose. Impossible de savoir à ce moment-là que l’histoire serait reliée au conflit se tramant entre le CNI, les Proxys et Axerola.

- Tu es en avance, Mirage.

Levant les yeux, Charlotte nota l’arrivée de son invité. Un homme entre deux âges, aux cheveux bruns et à la barbe mal rasée. De stature normale, il ne tarda pas à prendre place sur le siège en face de celui de la brunette. Alfred Derran, également connu sur le Réseau Codélia sous le pseudonyme de Bloody Braxter. Une personne à double-rôle, occupant à la fois un poste de mécanicien à Phoenix System et opérant comme cyber-chasseur sur le reste de son temps libre.

Cela faisait déjà plus d’un an que Charlotte ne l’avait pas rencontré dans le monde réel. Etant collègues et rivaux sur la dimension numérique, ils se croisaient bien plus souvent sous les traits de leurs avatars respectifs. Bloody Braxter restait quelqu’un d’important dans la vie de la jeune femme, étant celui qui l’avait formé dans le temps à la profession de cyber-chasseuse. Charlotte avait dû utiliser toutes ses économies restantes suite au démantèlement de la famille Linday pour le soudoyer.

- Ce n’est pas souvent que tu souhaites me rencontrer en chair et en os, déclara-t-il d’un ton nonchalant, joignant ses mains sur la table. Je me doute que ça doit être quelque chose d’important. Une mission que tu souhaites faire en binôme avec moi pour me la mettre à l’envers ? Ce ne serait pas la première fois.

- Allons Alfred, tu t’attaches bien trop aux choses futiles du passé, je suis déjà passée à autre chose, soupira son interlocutrice.

Devenir un cyber-chasseur à partir de rien n’était pas une tâche aisée. Difficile d’obtenir des missions quand les clients ne pouvaient pas leur faire confiance. Généralement, leur carrière débutait au sein de l’une des différentes sectes qui leur apportait une base sur laquelle travaillait. Si la plupart se contentaient de demeurer au sein de ces sectes, ceux qui parvenaient à se construire une réputation individuelle finissaient par opérer en solitaire, sans avoir à rendre de compte. C’était le parcours effectué par Bloody Braxter.

Charlotte disposait d’un vécu assez inhabituel. Plutôt que de rejoindre un collectif, elle avait payé le quarantenaire pour qu’il accepte de la prendre sous son aile. Leur partenariat fut toutefois de courte durée. Au cours d’une mission avec une forte prime à la clé, la demoiselle avait décidé de mettre un coup de couteau dans le dos de son mentor afin de récolter toute la gloire. De là, la réputation de Mirage dans le milieu se montra suffisamment proéminente pour qu’elle puisse devenir son propre patron.

- Tu me connais, j’adore me mêler de ce qui me regarde pas. Du coup, je dispose de certaines connexions dans ce conflit entre Axerola et les Proxys.

- Je te conseille de ne pas jouer avec le feu, Mirage. On parle de cyber-terroristes, tu devrais te contenter de missions normales le temps que les choses se tassent. Pour ma part, je me tiens à l’écart de tout ce que le Codélia Network Industries pourrait me proposer tant que ces types séviront sur le réseau, déclara Alfred alors que Virgil leur apportait les pizzas commandées.

- Je suis assez grande pour me gérer toute seule, papy Braxter, riposta Charlotte une fois assurée que personne ne les écoutait. Bref, ce n’est pas pour ça que je t’ai demandé de venir. Figure-toi que j’ai fait une découverte très intéressante la veille. Cela pourra te sembler improbable mais le Codélia Network Industries aurait un rôle à jouer dans… l’incident dont a été victime Mélody.

Alfred s’apprêtait à prendre une part de sa pizza mais la reposa immédiatement, les sourcils froncés. Il était un père veuf d’une fille du nom de Mélody, aujourd’hui âgée de vingt ans. Par le passé, elle s’était retrouvée mêlée malgré elle à l’Incident Effacé et avait disparu de la circulation pendant six mois. Lorsqu’il prit fin, la pauvre Mélody n'était toujours pas tirée d’affaire. Gardant des séquelles, elle perdit l’usage de ses jambes avec peu de chances de pouvoir les réutiliser un jour.

Cette histoire avait créé des divergences d’opinion entre le père et la fille. Alfred décida de devenir cyber-chasseur en plus de son emploi à Phoenix System dans l’objectif de réunir une somme d’argent astronomique et payer l’opération qui pourrait sortir Mélody de son fauteuil roulant. Mais il faisait ceci au détriment de passer du temps avec elle. Si l’handicapée adorerait marcher à nouveau, sa situation actuelle ne la dérangeait pas.

Mais au fil des années, la paire avait fini par se réconcilier. Si Alfred comptait bien accomplir son objectif, il n’en faisait plus une priorité et assurait son rôle de père auprès de Mélody. Cette dernière poursuivait à l’heure actuelle ses études universitaires. Elle ne comptait pas laisser son fauteuil lui mettre des bâtons dans les roues. D’autant plus que Mélody était une avide utilisatrice du Réseau Codélia où elle pouvait encore tenir debout. Sous le pseudonyme de Skadia, elle occupait la sixième place du classement général.

- Je n’ai pas l’intention de mettre en danger Mélody à nouveau, affirma-t-il en croisant les bras.

- Je souhaitais simplement te prévenir, pas te demander de collaborer avec moi. Je compte poursuivre mon enquête et découvrir les aboutissants de l’Incident Effacé. Je te tiendrai au courant de l’avancée de mes recherches si tu veux, suggéra Charlotte.

- Tu as une piste ?

- Peut-être bien. Je compte me pencher dessus pendant les prochains jours.

La cyber-chasseuse n’oubliait pas la remarque d’Edouard de la veille suite aux révélations de MoonCross. Il était possible que l’ordinateur-mère du Codélia Network Industries détienne les informations qu’elle recherchait. Dans ce cas, l’étape délicate serait de trouver un moyen de pénétrer à l’intérieur. Charlotte avait déjà une idée de comment s’y prendre mais elle ne pourrait pas la réaliser avec ses piètres connaissances en informatique. L’aide de Mister Phoenix se révélerait précieuse.

Tout en déjeunant, les deux collègues discutèrent un peu de l’avancée de leurs vies depuis leur dernière rencontre. Charlotte mentionna notamment sa servante Kohaku qui se démenait comme jamais afin de lui rendre la vie impossible. Du côté d’Alfred, rien de spécial à signaler. Il continuait de mener sa double-vie tout en venant en aide à sa fille du mieux qu’il le pouvait. Les examens de fin de semestre de Mélody approchaient à grand pas.

Tant que cet affrontement interposé entre Axerola et le Cercle des Proxys ferait rage sur le Réseau Codélia, Alfred préférait rester discret. C’était d’autant plus valable si l’Incident Effacé n’était pas étranger à leur conflit. Le meilleur moyen de garder Mélody en sécurité serait de lui-même se tenir à l’écart. Il aurait bien aimé empêcher Charlotte de se plonger trop profondément dans cette affaire mais il n’avait pas la moindre autorité sur elle. Le quarantenaire tint tout de même à la mettre en garde.

- Ne pas risque pas ta vie bêtement, Mirage. Je ne sais que peu de choses à propos de l’Incident Effacé mais la vie de Mélody s’en est retrouvée transformée à tout jamais. Peu importe qui est l’instigateur de ce projet maudit, il ne plaisante pas.



***


Dennis n’avait pas passé la plus passionnante des journées. Certes, il était entièrement rétabli mais devait encore rester en observation pour s’assurer qu’aucun problème n’apparaîtrait par la suite. Sa chambre d’hôpital lui paraissait tellement petite et par mesure de précaution, Edouard ne lui avait pas laissé sa Codéwatch pour qu’il puisse utiliser son immense temps libre à bon escient pour améliorer sa place au classement général.

Mais l’appareil ne lui aurait de toute manière pas été d’une grande utilité car il ne disposait pas de la Pokéball de Blizzi. D’après les dires de son frère aîné, Axerola avait combattu à ses côtés contre le chef des Proxys en personne afin de le sortir de son coma. Après la façon dont il s’était comporté avec Tsubasa juste avant que ces événements se produisent, il se sentait vraiment mal à l’aise. Une fois sorti de l’hôpital, il comptait bien aller s’excuser immédiatement pour son comportement déplacé.

- Elle doit vraiment m’en vouloir, c’est compréhensible… murmura-t-il, allongé dans son lit, le regard en direction du plafond. Je ne sais pas si des excuses suffiront à me faire pardonner mais je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre.

Dennis avait compris sa leçon, il valait mieux éviter de se préoccuper des Proxys. Comme son frère avait vraisemblablement dû perdre son emploi dans la matinée suite au conseil d’administration, il n’avait pas de raison de poursuivre le combat. Dans l’optique de se faire pardonner par Tsubasa, il allait garder pour lui les informations concernant la véritable identité d’Axerola et ne parlerait à personne de cette mystérieuse intelligence artificielle qu’elle possédait.

Alors qu’il lisait un ouvrage encyclopédique apporté par le personnel de l’hôpital, à défaut de trouver une meilleure occupation, quelqu’un vint frapper à la porte de sa chambre. D’abord surpris, Dennis jeta un coup d’oeil à l’horloge accrochée sur le mur d’en face et constata qu’en cette fin d’après-midi, il pouvait très bien s’agir de son frère aîné qui venait lui rendre visite. Le garçon éleva donc un peu la voix pour indiquer que la porte n’était pas fermée à clé.

Mais il ne s’agîssait pas d’Edouard. Une femme aux cheveux noirs cendrés, au visage partiellement dissimulé par des mèches rebelles, fit son entrée. Elle ne portait pas l’uniforme de l’hôpital et Dennis ne l’avait jamais vu auparavant. Son coeur se mit à battre plus rapidement lorsqu’il comprit qu’elle verrouillait la porte pour que personne ne vienne les déranger. Sans même attendre que cette femme prenne la parole, il appuya sur le bouton du fil accroché au-dessus de son lit qui permettait d’appeler les infirmières.

- Qui êtes-vous ? demanda alors Dennis pour mettre fin à ce silence pesant, sentant des sueurs froides parcourant son échine.

- Dennis Keyton, je te retrouve enfin ! se contenta de répondre la nouvelle venue alors qu’elle posait sa main sur le sommet de son propre crâne.

Une perruque. Ces faux cheveux noirs étaient en réalité une excuse pour lui permettre de se déplacer sans se faire remarquer. Une fois son visage pleinement révélé, le garçon manqua de faire un arrêt cardiaque. Arisa Harriet se tenait devant lui. La tueuse en série apparemment liée au Cercle des Proxys qu’il s’apprêtait à affronter l’autre soir si Aya n’était pas intervenue. A nouveau blonde, elle arbora le sourire dément qui lui correspondait si bien.

Avec tout ce qui avait suivi cette aventure sur le Réseau Codélia, notamment avec son combat contre Tsubasa, Dennis en était presque arrivé à oublier l’existence d’Arisa Harriet. Elle connaissait son identité, c’était pour ça qu’il avait souhaité se faire héberger par Aya, histoire de s’assurer qu’elle ne débarque pas chez lui à l’improviste pour l’achever. Etait-elle là pour le tuer ? Lui soutirer toutes les informations qu’il possédait sur Axerola ?

- J’ai eu bien du mal à échapper à la surveillance de monsieur Ivan, hier, souffla-t-elle. Mais nous sommes lundi aujourd’hui et il travaille. Crocheter la serrure ne représente rien. C’est difficile de se contenir, j’avais besoin de me passer les nerfs sur quelque chose.

- Que… que viens-tu faire ici ? demanda Dennis en essayant de se reculer, avant de se souvenir qu’il était couché dans un lit placé contre l’un des murs de la pièce.

- Je suis d’abord passée par chez toi, tu sais ? poursuivit Arisa sans prendre part à la question, s’approchant de lui. Mais il n’y avait personne. Avec ce déguisement, je me suis rendue dans le cybercafé le plus proche et j’ai piraté tous les hôpitals à proximité. Je me doutais bien que tu devais te trouver là. Nous sommes enfin réunis, Dennis Keyton.

Après avoir jeté un œil à la caméra de surveillance, elle grimpa sur le lit sans perdre une seconde. Son visage rouge à cause de l’excitation continuait de faire transparaître son excentricité. Dennis en était certain, surtout après avoir intéragi avec elle pendant un bref instant sur le Réseau Codélia, Arisa Harriet n’avait plus toute sa tête. Terrifié, le jeune homme s’approcha rapidement du bord de son lit et ne manqua pas de tomber sur le sol dans une position très inconfortable.

Cette chute ne s’était pas fait en douceur. A cause de sa vitesse et du fait qu’il ait atterri sur le dos, il venait de se faire mal, peut-être pire. Mais avant qu’il n’ait pu se relever, Arisa se jeta sur lui. Maintenant à plat ventre sur le sol, Dennis ne pouvait rien faire contre la force brute de la demoiselle, pourtant d’un âge proche du sien. Visiblement, il n’avait pas encore récupéré toutes ses forces. La fille blonde lui bloqua aussitôt les bras pour l’empêcher de se déplacer.

- Ne t’enfuis pas, s’il te plaît… murmura-t-elle d’une voix affreusement douce. Je te promets que ça ne va pas durer très longtemps. Tu auras sûrement un peu mal au début mais ça ira mieux ensuite…

Incapable de prononcer le moindre mot, Dennis ne put que voir Arisa chercher quelque chose dans la poche de sa veste. Un couteau brillant. S’attendant initialement à la voir sortir une arme à feu, il tenta de se débattre pour faire tomber son ennemie vers l’arrière et obtenir une occasion de se relever. Mais ce fut vain. Il allait mourir ici sans pouvoir se défendre. Lui qui n’avait initialement souhaité que la réussite pour son frère allait disparaître à cause de son imprudence.