Pikachu
Pokébip Pokédex Espace Membre Forum
Inscription

Entre Destinée et Fatalité de Malak



Retour à la liste des chapitres

Informations

» Auteur : Malak - Voir le profil
» Créé le 20/03/2019 à 08:49
» Dernière mise à jour le 20/03/2019 à 19:44

» Mots-clés :   Aventure   Guerre   Médiéval   Mythologie   Présence de Pokémon inventés

Si vous trouvez un contenu choquant cliquez ici :


Largeur      
Chapitre 2 : L'âge de l'oppression
An 1700, 15 août, 19h06, Mont Argenté, Cour du Château Royal de Johkania




En sortant de mon château, les cris vinrent assaillir mes oreilles. Les clameurs du combat et de la guerre, qui m’étaient bien sûr familières et appréciables, mais aussi les propres cris de mon peuple, tassé derrière la grille de mon palais.

Ils étaient venus en masse, ces manants, pour soutenir leurs soi-disant Héros et exiger mon abdication. Le Mont Argenté, qui pourtant était loin de tout et guère hospitalier, avait attiré jusqu’à lui une bonne partie du bon peuple du royaume. Et ce bon peuple n’était pas venu soutenir son roi comme il aurait dû. Non. Tels des Cornèbre à l’affût de charogne, ils s’étaient réunis pour assister à ma fin, tandis que mon château était encerclé par l’armée révolutionnaire, et que j’avais les Dix Héros devant ma porte.

Le peu d’hommes loyaux qui me restaient avaient été balayés par les forces rebelles. Quelque uns m’étaient restés fidèles jusqu’à la fin et ont choisi de mourir pour moi, mais la majorité se sont rendus et rangés derrière les Héros, surtout depuis la défection de Valrika. Ils ont plaidé l’ignorance, les remords, ou même un lavage de cerveau de ma part. Et Iskurdan les avait acceptés, tous traîtres qu’ils étaient. Lui aussi en était un de toute manière. Valrika, ma fidèle générale, également. Et tant d’autres…

Pourquoi ces idiots se sont-ils tous retournés contre moi ? Eux, mais même aussi ceux qui sont restés au château, mes domestiques, mes derniers soldats, qui me regardaient derrière les fenêtres ou les murailles tout en espérant ma défaite. Tout cela parce que j’avais exécuté un peu trop brutalement quelques scélérats ? Tout cela parce que j’avais fait quelque exemples en détruisant des villages entiers ?

Ils étaient incapables de voir à long terme, tous autant qu’ils sont ! Pétris de bons sentiments des plus imaginaires à cause de Destinal, ils ne distinguaient plus la grandeur de ma vision. Les brides du futur que Provideum a pu distinguer les ont trompés, de même que les sermons sur la Fatalité de Falkarion. Ils ont préféré faire confiance à des dieux Pokemon qui ne se souciaient aucunement d’eux plutôt qu’à leur roi légitime qui a tant œuvré pour le royaume.

Ils méritaient donc tous la mort. En temps normal, j’aurai pu tous les balayer sans même me déplacer dehors, mais ce n’était plus possible, maintenant. Maudite soit cette petite garce de Myrevia ! La propre chair de ma chair, le sang de mon sang, qui elle aussi m’a trahi en me dérobant mon plus précieux trésor !

Mais tant pis, tant pis… J’étais bien assez puissant même sans ça. Mes adversaires avaient beau être dix, ils avaient beau tous être très forts dans leur domaines respectifs, ils vont vite comprendre pourquoi on m’a surnommé le Roi Éternel !

- Vous voici, traîtres, fis-je aux Dix Héros devant moi. Je pensais bien que vous voudriez vous réserver le morceau final de votre petite insurrection.

- Il serait inutile de vous demander de vous rendre, Votre Majesté ?

Iskurdan venait de parler. Le meneur des Dix Héros. Celui qui avait fait éclater cette révolution. Mon ancien camarade…

- Ne m’insulte pas plus que tu ne l’as déjà fait, Aura Gardien, crachai-je. Tu veux ma tête ? Viens la prendre, et finissons-en !

Le combat entre moi, le Roi Zephren de Johkania, et les Dix Héros commença. Il ne dura qu’une trentaine de minutes, mais suffit à dévaster une bonne partie du château.



***


Le ciel était bleu et sans nuage sur Céladopole ce jour là. Le soleil venait de se lever et on sentait encore la rosée du matin. Ou tout du moins on aurait pu la sentir, si l’odeur des étales ne la recouvrait pas. C’était jour de marché, et comme souvent, il y avait foule dans la seconde plus grande ville de Johkania. Véritable fouillis commercial, on y trouvait tout ce qu’on voulait pour peu qu’on se donne la peine de chercher ce que les chineurs accumulaient. Mais Ametyos n’était pas venu jusqu’ici pour un de leurs objets plus ou moins mystérieux. Ni même pour de la nourriture.

Vêtu de quelques plaques noires, sa chevelure blonde au vent, son arc et son carquois bien attachés dans son dos, Ametyos passait pour un mercenaire comme il en grouillait tant dans Johkania depuis quelques années. D’ailleurs il en était un, plus ou moins. Il mettait parfois son arme au service du plus offrant contre quelques pièces sonnantes et trébuchantes. Son service était irréprochable, c’était sans doute l’un des meilleurs archers du pays, il était même capable de chasser les Pokemon sans la moindre difficulté. Pourtant nombre de ces créatures étaient dotées de capacités mortelles pour les humains.

Certes, ils n’étaient plus aussi dangereux qu’avant depuis qu’on avait appris à les dresser. Il existait même désormais des écoles de dressage, et l’un des Dix Héros n’était autre que le meilleur dresseur du pays. Mais Ametyos n’aimait pas les Pokemon. Il avait grandi en les voyants comme des créatures dangereuses dont il fallait mieux se méfier. Aussi les chasser ne lui posait pas de problème.

Alors qu’il progressait dans le marché vers sa destination, il ne pu que constater l’effervescence et la joie qui émanaient des habitants. Le marché était l’événement attendu tout les mois par les habitants de Céladopole, et de fait le jour avec le plus d’affluence. On peinait à se mouvoir sur la grande place de la ville, de même qu’il fallait une bonne endurance pour se dégager de la poigne des vendeurs en tout genre qui vantaient leurs produits. Tout ce bazar permettait à Ametyos de passer relativement inaperçu, alors qu’il était un homme recherché dans toute la région.

Même si ça lui était utile, tout ça le dégoûtait. Comment pouvait-on être aussi joyeux, préoccupé par de telles choses futiles ? Voici quatre longues années que ce pays partait à la dérive et que personne ne faisait rien. Quatre ans depuis ce sombre jour… Celui qui avait vu le règne du Roi Éternel de Johkania prendre fin. Depuis, les tensions s’accumulaient entre autre à cause des Gardiens de la Destinée et des Agents de la Fatalité. Destinal, ce culte idiot, lavait l’esprit des gens qui se réfugiaient auprès de ces religieux comme de leur messie qui les avait délivrés.

Mais délivrés de quoi au juste ? Ils n’en avaient pas conscience, ou ils l’ignoraient carrément. Ils ne retenaient que le fait que leur roi était un homme dur. Mais cette dureté était nécessaire. Lorsqu’il était monté sur le trône, il y a cent trente-quatre ans, le pays était au bord de l’implosion. Le précédent roi était débordé par les tensions nationalistes des habitants de Johto, déjà contaminés par Destinal, la toute nouvelle religion prônée par cette soi-disant Oracle qui tenait ses vérités du Dieu Provideum.

Mais Zephren était arrivé. Il avait tenu bon. Il avait réunifié le pays sous sa coupe, et maté l’insurrection, avant de museler tous les religieux en tout genre. Pendant plus d’un siècle, le pays était redevenu fort puissant et prospère, craint de ses ennemis et respecté de ses alliés. Le Roi n’avait même pas déclaré de guerre, alors qu’il aurait facilement pu conquérir d’autres pays, grâce à ses pouvoirs surnaturels. Il s’était contenté de gérer son pays d’une main certes sévère mais juste, notamment grâce à son amitié avec le chef emblématique de l’ordre des Aura Gardiens, Iskurdan au Cœur d’Or.

Mais peu à peu, le peuple avait commencé à se retourner vers les religions. Les Gardiens de la Destinée et les Agents de la Fatalité avaient recommencé à gagner en puissance. Zephren avait dû se montrer plus dur dans ses décisions pour contrer leur influence néfaste. Et Iskurdan, son ami et conseiller de toujours, l’avait alors trahi, prônant que Zephren était devenu fou et dangereux. Il avait monté la révolution en rassemblant autour de lui neuf individus spéciaux, ceux qu’on appelaient maintenant les Héros. Et après deux ans de guerre civile, le Roi Eternel fut finalement déchu, au terme de son duel légendaire contre les Dix Héros, le 15 août 1700.

Ametyos était un partisan de l’ordre sur le chaos que représentaient le Conseil des Héros et ces religions qui souillaient l’esprit du peuple. Il n’avait que quatorze ans lors de la chute de la monarchie, et encore moins quand l’insurrection avait débuté. Mais déjà, il avait espéré que le roi l’emporte. Il n’était cependant pas tout à fait aveugle sur le fait que Zephren était effectivement devenu… bizarre lors de ses dernières années de règne. Voyant des traîtres partout, il s’était mis à assassiner des gens en masse. Mais cela était la faute d’Iskurdan et de sa bande. Au lieu de se soulever contre la monarchie elle-même, ils auraient dû faire pression pour que le roi transmette la couronne à son héritier, tout simplement…

Ametyos observait distraitement ce que proposaient les camelots du coin cette fois ci. Rien de transcendant. Certain ne proposait là que quelques pierres soi-disant rares ramassées de ci de là à travers Johkania. Les plus populaires venaient du Mont Sélénite, mais aux yeux d’Ametyos elles étaient tout à fait quelconques. Mais ça n’empêchait pas les manants d’en acheter. Et les marchands d’en profiter. Un trafic certain s’était organisé autour de fausses pierres. Ametyos avait été brièvement engagé pour arrêter un marchand une fois mais il se doutait bien que le trafic devait être bien plus gros que ça.

- Par la volonté du Conseil, montrez nous votre certificat d’authenticité ! Hurla un soldat.

- Mais je vous jure que je l’avais juste là… ne m’arrêtez pas ! Se défendit un marchand comme il le pouvait.

- Vous allez nous suivre sans résistance.

Ametyos pesta. Les Soldats de la Paix, comme ils s’appelaient eux même, étaient de sortie et en train d’arrêter un arnaqueur. Il se fit discret pour passer sans se faire remarquer. Les Soldats de la Paix n’étaient certes pas la garde personnelle de Valrika ou l’Inquisition des Gardiens de la Destinée, mais même eux seraient capables de reconnaître Ametyos de près, vu que son visage était diffusé dans tous les territoires de la région.

Ametyos n’aimait pas ces soldats. Il s’agissait des restes de l’armée révolutionnaire qui avait remplacé l’Armée Royale. Les Soldats de la Paix étaient missionnés pour faire respecter la loi et la paix partout dans Johkania. Il était rare d’en voir dans les environs car la Sainte Garde de Destinal rodait habituellement aux alentours, mais pour une fois ils étaient venus faire leur travail. Aux yeux du peuple ils étaient des personnes dignes de confiance. A ceux d’Ametyos ce n’étaient que des ordures comme les autres.

Mais ce n’étaient pas eux les pires, loin s’en fallait. Les inquisiteurs de Destinal, par exemple, qui étaient des fanatiques avérés et qui pouvaient vous garder prisonniers plusieurs jours pour un seul mot de travers à l’encontre de leur foi ou de leur dieu. Pourtant, ces gars là n’avaient rien d’officiel, tout comme la Sainte Garde. Ils n’étaient pas tributaire de l’autorité publique, et selon la loi, ils n’auraient jamais pu retenir quelqu’un contre son gré. Mais hélas, le culte de Destinal était devenu tellement puissant que même le Conseil des Héros se couchait devant lui.

Mais encore pires étaient les Vengeurs, l’unité personnelle de Valrika. Eux, ils étaient clairement hors la loi, mais en plus de ça, ils étaient officiels. Valrika, membre des Dix Héros et ancienne générale d’armée du roi Zephren, était la plus grande des traîtresse à la monarchie. C’est elle qui a traqué et impitoyablement massacré tous les partisans de Zephren après sa chute, et plus particulièrement les membres de la famille royale, tous ceux qui avaient un tant soi peu de sang Karkast dans leur veine. Ce n’était un secret pour personne qu’en plus d’un siècle de règne, Zephren avait engendré des bâtards un peu partout. Valrika et ses Vengeurs s’étaient donnés pour mission de les trouver et de les tuer jusqu’au dernier, eux, et aussi les anciennes maîtresses de Zephren. Chose ironique bien sûr, quand on savait que Valrika avait elle aussi partagé la couche royale…

Les Vengeurs ont éliminé à eux seuls des dizaines de Karkast depuis la Révolution. Désormais, la lignée de Zephren, qui en avait été le plus grand roi, est quasiment éteinte. Seul subsistait le prince Kieran, héritier légitime du trône, qui avait eu la bonne idée de fuir avant la chute de son père. Il se trouvait sur l’île d’Irisia, le fief natal des Karkast, avec le peu de loyalistes qui lui restait. Ametyos aurait bien aimé le rejoindre pour combattre ce gouvernement illégal et restaurer la monarchie, mais le temps du prince Kieran était compté. Il était encerclé de toutes parts, Irisia subissant un blocus terrible. Pour sauver ses gens, il n’aurait d’autre choix que de se rendre, et nul doute que Valrika et ses Vengeurs feront en sorte d’éliminer à tout jamais la lignée Karkast.

Ametyos avait déjà eu à faire aux Vengeurs, pour certaines raisons personnelles et surtout familiales. Ils étaient ses plus terribles ennemis, et leur chef, Valrika, était sa Némésis absolue. Mais si les Vengeurs s’adonnaient aux meurtres et à la torture, le Conseil avait l’air de s’en ficher royalement. Pour contrôler Valrika, il devait la laisser à ses délires d’éradication du sang royal. Et donc, du fait de son indifférence envers les victimes des Vengeurs, le Conseil des Héros était également l’ennemi d’Ametyos. Cette pseudo liberté offerte aux révolutionnaires s’était transformé pour Ametyos et les royalistes en un véritable âge de l’oppression.

Et aujourd’hui, sa mission le menait justement devant la résidence d’un de ces soi-disant Héros. Le Manoir Céladon. En bonne partie à l’abandon, il avait été jadis la demeure du Duc de Céladopole, un noble qui avait perdu tous ses titres et privilèges lors de la chute de la monarchie. Mais pire que tout, il avait rejoint la rébellion. Ce sale noble avait renoncé à son titre et son nom pour aider à faire tomber le Roi, entraînant une bonne partie de la noblesse de Johkania avec lui.

Certes, la noblesse de l’ouest de Johkania était tombée depuis bien plus longtemps à cause de Destinal qui y avait fortement influencé par son culte religieux, mais à l’est, ils étaient encore tous là et influents. C’est d’ailleurs ce qui avait emmené des tensions entre l’est et l’ouest de Johkania, l’une pieuse, l’autre noble. Et la raison du déménagement de Destinal de Rosalia à Safrania pour répandre aussi son culte à l’est.

Le noble en question se faisait désormais appeler Despero. Il était le Cinquième Héros, et le représentant des Agents de la Fatalité. Il ne vivait presque plus dans son manoir mais continuait à le faire garder pour conserver quelques objets rares et précieux. Et c’était pour s’emparer d’un de ces objets qu’Ametyos était là. C’était le début de son plan anti-héros. Il avait déjà rendu visite à deux autres pour les mêmes motifs, aujourd’hui serait le troisième sur sa liste.

Ametyos avait déjà bien repéré les lieux. Il se refit la liste mentalement. Les entrées et sorties possibles ? Vérifiées. Les rondes des gardes ? Notées. Le nombre de forces en présences ? Évaluées. L’emplacement du trésor ? Découvert, en soudoyant un ancien employé du manoir. Il allait agir rapidement et efficacement comme à son habitude. Il contourna le bâtiment et repéra rapidement la fenêtre qui l’intéressait.

N’importe quel voleur de bas étage se serait précipité par l’ancienne entrée de service du personnel, mais Ametyos savait qu’en dépit des apparences, elle était toujours surveillée à l’intérieur. En revanche, à cette heure ci, le troisième étage par lequel il comptait entrer était désert et abandonné par les gardes. Il prit une flèche de son carquois à laquelle il attacha une corde, puis visa l’ouverture de la fenêtre. Cela faisait plusieurs semaines que personne n’avait pensé à la fermer. Tant pis pour eux. Son arc bandé, il tira dans un geste aussi vif que précis. Comme escompté, la flèche passa dans l’ouverture pour se planter dans un mur à l’intérieur. Il se rendit au pied du mur et tira quelques coups dans la corde pour vérifier qu’elle soit bien attachée puis il se mit à escalader la paroi en s’agrippant la corde.

Ametyos n’avait pas choisi le jour du marché par hasard. Il y avait telle affluence sur la place de Céladopole ce matin que les petites rues étaient absolument vides. Ainsi il était sur de ne pas pouvoir se faire prendre. La grimpette ne lui pris que quelques minutes, il poussa la fenêtre et entra discrètement dans le couloir. Il fit attention à ne pas faire de bruit en se posant. L’étage du dessous n’était pas abandonné lui contrairement à celui là. Il décrocha sa flèche et remonta la corde qu’il rangea à sa ceinture puis referma doucement la fenêtre. Il ne put s’empêcher de remarquer comme le couloir était poussiéreux et empli de toiles. Des Mimigal devaient sûrement vivre dans les combles à n’en pas douter. Comment Lord Despero pouvait-il négliger son manoir à ce point ?

Ametyos ne prit pas le temps de tergiverse et se lança dans son expédition. D’après son timing, il avait environ une demi-heure pour trouver son objet et ressortir d’ici sans se faire prendre. Ce qui fort logiquement ne devrait pas lui poser de problèmes. Il était un cambrioleur monte-en-l’air terriblement efficace. C’est entre autre ce talent qui lui avait permis d’échapper si souvent aux Soldats de la Paix lors de moments où ils auraient pu le retrouver.

Il poursuivi sa route jusqu’aux escaliers tranquillement. Personne n’était au troisième étage comme prévu. À partir du second il faudrait la jouer fine. Despero entreposait ce qu’il recherchait dans son ancien bureau au rez-de-chaussée et non dans la salle des coffres comme on aurait pu le croire. Il faut dire qu’Ametyos ne venait pas chercher quelque chose de banal non plus. C’était quelque chose de particulier qui lui tenait à cœur.

Il entreprit de descendre aussi discrètement que possible l’escalier en bois qui le ferait déboucher au niveau des chambres. Malheureusement, les planches grinçaient un peu sous ses pas, ce qui ne manqua pas de lui faire serrer les dents. Mais il ne se fit pas repérer. Il se glissa sous la cage de l’escalier dans l’attente qu’un garde arriver. Les patrouilles étaient régulières à cet étage et il devait neutraliser un des gardes pour passer tranquillement. Il n’eut à attendre qu’une minute pour que l’un d’entre eux se présente. Il le laissa passer puis se faufila derrière lui sur la pointe des pieds. Il lui mit une main sur la bouche pour l’empêcher de crier puis de son autre main lui fit inhaler une solution à base de Poudre Dodo ce qui le fit tomber dans les vapes instantanément.

Ametyos ne tuait personne lors de ses infiltrations. Le meurtre laissait trop de traces, et ce serait le mettre au même niveau que les Héros. Aussi il avait appris à concocter divers éléments à partir des sécrétions des insectes de la Forêt de Jade comme la Poudre Dodo ou le Para-spore. C’est dans cette forêt qu’il avait appris à chasser les Pokemon mais aussi à leur tendre des pièges en retournant leurs propres armes contre eux. Et c’était encore plus efficace contre les hommes. Toutefois, il ne rechignait pas à tuer des Pokemon si besoin est. Après tout, ce n’était que des animaux.

Il cacha le corps du garde groggy sous la fameuse cage d’escalier. Il ne reviendrait à lui que dans une bonne heure, ce qui lui laisserait largement assez de temps pour en finir avec sa mission. Il poursuivit sa progression dans l’étage à travers les pièces en se faisant discret à tout les recoins. Il n’allait ni trop vite ni trop lentement pour ne pas se faire rattraper par la ronde derrière lui ni rejoindre celle devant. Il devait respecter un timing très précis pour réussir son cambriolage.

Lorsque le second escalier fut en vu, il l’emprunta sans plus tarder. L’issue était proche, il arrivait au bon étage. En effet, il n’allait pas aller jusqu’au rez-de-chaussée et tenter d’entrer dans le bureau par la porte. Il y avait toujours deux gardes en faction devant la porte en plus de ceux qui faisaient leurs rondes dans les couloirs à intervalles réguliers. Mais Ametyos le savait, et il avait prévu un moyen de passer sans encombre et sans alerter qui que ce soit. Pour cela il devait rester à cet étage ci. Et pas n’importe où. Il se faufila dans l’étage discrètement jusqu’à réussir à s’enfermer dans un petit débarras.

Ce n’était pas un simple placard qui servait jadis aux domestiques à ranger leurs affaires non. Ce débarras proposait l’intéressante particularité d’être juste au-dessus du bureau de Despero. Et c’est donc par ici qu’il y accéderait. Ametyos décocha sa dague de la doublure de sa veste. Ce n’était pas une simple lame, c’était le dernier héritage de sa famille. Elle était richement décorée, et dans la garde était incrustée une pierre mauve de toute beauté qui était le symbole de sa lignée depuis longtemps. Sa mère la lui avait léguée peu avant sa mort.

Il planta sa dague dans le plancher et découpa un cercle large. En effet, cette dague n’était pas un simple couteau à beurre. Elle était extraordinairement effilée, et bien qu’il n’y connaisse rien en forge d’armes, jamais rien de ce qu’il avait voulu couper n’avait résisté au tranchant. Bien évidemment, il ne parlait pas non plus de trancher de l’acier mais avec de la persévérance il était déjà parvenu à couper une roche avec. Il découpa légèrement de biais, comme la forme d’une assiette, de façon à ce qu’il puisse retirer le plancher comme un couvercle et qu’il ne tombe pas bruyamment en dessous.

Ainsi, l’ouverture pratiquée, il put entrer dans le bureau vide par le plafond sans la moindre difficulté. Il attacha la corde dans le débarras puis se laissa glisser jusqu’en bas. Il souffla en s’autorisant un rictus de satisfaction après son arrivée sur place. Il regarda autour de lui mais n’aperçut pas l’objet de ses convoitises. À sa propre surprise, le bureau n’était pas richement décoré. Il était même très en désordre, comme si Despero en avait retiré tout les objets personnels rapidement. On voyait sur les murs des emplacements qui avaient du être occupés par des tableaux par le passé par exemple.

Passant quelques minutes à fouiller en vain, il le trouva enfin, dissimulé derrière des livres dans une armoire. Une boite noire un peu plus grande qu’une boite à chaussure, entourée d’une chaîne cadenassée. Pas facile à transporter, la boite, mais il ne voulait pas l’ouvrir immédiatement. Ametyos ne passerait guère inaperçu avec son contenu en main. Il la prit contre lui puis regrimpa à la corde pour rejoindre le débarras juste au dessus. Il remonta ensuite sa corde pour attacher avec la boite dans son dos. Après quoi il reposa le morceau qu’il avait découpé, ni vu ni connu.

Il entrebâilla la porte pour vérifier que le couloir était bien libre puis s’engagea dedans. Il n’avait plus qu’à rejoindre la fenêtre située deux étages sous celle par laquelle il était entré. Celle à son étage donc. Il y parvint sans la moindre difficulté, encore parfaitement intercalé entre les gardes, puis ouvrit la fenêtre. Il y avait un buisson touffu en contrebas dans lequel il n’hésita pas à sauter. L’atterrissage fut un peu plus bruyant que prévu mais il amorti suffisamment sa chute tout de même. Peu importe, il était enfin sorti du Manoir Céladon, et avec l’objet de ses désirs. Encore un cambriolage réussit. Il le détacha de son dos, et le pris dans ses bras pour quitter Céladopole au plus vite et regagner son repère.

Décidément, les Héros faisaient montre d’une arrogance peu commune. Ils avaient conservé ces dix objets comme des trophées de leur victoire sur Zephren, mais les leur dérober n’était pas si difficile que ça. Bon, bien sûr, Ametyos n’avait pas choisi ses cibles au hasard. Les trois Héros qu’il avait cambriolé n’étaient pas connus pour leur souci de la sécurité. Ce serait chose différente quand Ametyos se mettrait en tête d’aller dérober l’objet d’Iskurdan ou de Valrika. Alors qu’il était tranquillement sur le chemin, il se fit soudainement abordé par un type louche qui passait en courant, semblant pressé et regardant frénétiquement autour de lui.

- Garde moi ça mon pote, si on te demande, on se connaît pas !

L’individu lui tendit un petit sac assez lourd et partit en courant. Ametyos hausse un sourcil. En effet il ne connaissait pas ce type donc la demande était incongrue. Il regarde le sac qu’il avait en main et l’ouvrit. Dedans il y avait des pierres du Mont Sélénite comme il en avait vu au marché. Sans doute un des charlatans du coin. Mais il n’eut pas le temps de réfléchir qu’il fut abordé par un Soldat de la Paix qui le prit littéralement la main dans le sac.

- Halte là citoyen. Où avez-vous eu ces pierres ? Lui demanda-t-il.

- Et bien… C’est un type louche qui me les a filé. Prenez-les si vous le voulez, moi je m’en moque…

Le soldat ne fut guère convaincu.

- Un type louche, voyez-vous ça… C’est justement ce que je me dis quand je vous regarde. Veuillez me suivre, citoyen, on va mettre au clair tout cela…

Ametyos serra les dents. Devait-il le neutraliser et fuir ? Une fois de plus il n’eut pas le temps d’agir. Il vit le soldat se faire transpercer par une lame et s’effondrer. Derrière lui se tenait le type qui lui avait donné le sac.

- Bien joué mon p’tit pote, t’es super comme complice !

- Je te remercierai de ne pas m’impliquer dans tes sales combines, mon gars, pesta Ametyos. Prends tes pierres et tire-toi.

Mais à la propre surprise d’Ametyos, d’autres personnes arrivèrent. Des genres de coupe-jarret qui eurent vite fait de l’encercler lui et son nouvel ami. Tous avec leurs épées sorties, ils étaient presque une dizaine. Bien trop pour lui évidemment. Il jura intérieurement. Tout s’était bien passé jusque là il fallait que des bandits s’en mêlent. L’homme aux pierres volées gémit, et l’un des brigand s’avança vers eux.

- Kartim, bougre de bouse d’Ecremeuh ! Tu pensais pouvoir nous filer entre les doigts après nous avoir volé ?! L’chef Spookiaou, il aime pas ce genre d’attitude, oh que non !

Le dénommé Kartim, l’homme aux pierres du Mont Sélénite, était blême de peur.

- N-non, tu te trompes Asshar. J’voulais juste les revendre à un meilleur prix, et donner 50% au chef Spookiaou, j’te jure !

- Sans doute ouais. C’est tout toi ça, bien sûr. Puis tu nous fais quoi là, à tuer des Soldats de la Paix en plein jour ?! Sur qui les autorités vont mettre ça, hein ? HEIN ?

- Je suis désolé ! Cria Kartim.

Ametyos tenta de se faire petit. Tout cela ne le concernait en rien. Il voulait juste rejoindre sa planque pour ouvrir cette damnée boite qu’il avait volée à Despero.

- Bon les gars, je ne connais aucun de vous, et surtout pas ce Kartim. Si vous le voulez bien, je vais vous laisser régler vos affaires entre vous…

Il tenta de partir, mais deux des brigands resserrent leur cercle pour s’interposer.

- Minute mon gars, fit le dénommé Asshar. T’es le complice de Kartim ?

- Absolument pas, protesta Ametyos. Ce type s’est servi de moi pour tuer le soldat.

- C’est un voleur aussi, Asshar ! S’exclama Kartim. J’l’ai vu sortir de Manoir Céladon avec cette boite, sûr de sûr !

- Vraiment ? Faut en avoir dans le pantalon pour aller oser détrousser l’vieux Despero. Tu veux avoir tout le Conseil des Héros sur le dos en plus des Agents de la Fatalité, mon gars ?

- Je les ai déjà, répondit Ametyos.

- C’est quoi qu’il y a dans cette boîte ? Des bijoux ? Des lingots ?

Perdant patience, Ametyos empoigna son arc et décocha une flèche qu’il tint fermement sur la corde. Il avait fait ces gestes en si peu de temps que le groupe des brigands mit plusieurs secondes à réagir.

- Cette boite, c’est moi qui l’ai volée, leur dit fermement Ametyos. Ne croyez pas que je ne vous connais pas. Le gang des Détrousseurs, le groupe de voleur de l’ouest de Céladopole. Vous devez respecter le code des voleurs non ?

Ametyos avait effectivement enquêté sur les Détrousseurs ; il n’avait voulu rien laissé au hasard pour son coup au Manoir Céladon. Ils étaient nombreux, et surtout ils obéiraient à un chef énigmatique du nom de Spookiaou que les autorités n’ont jamais pu coincer, même du temps du roi Zephren.

- Ah, t’emballe pas l’ami, dit Asshar d’un ton amical. On va pas te voler ce que tu as si durement volé. On est juste curieux. T’es du genre doué si t’es ressorti avec quelque chose du manoir de Despero. Notre chef serait ravi de te rencontrer. Il pourrait même te proposer une place parmi nous.

- Non merci. Je marche toujours en solo.

- Soit, mais viens quand même avec nous. Une invitation du grand Spookiaou, ça ne se refuse pas…

Le ton doucereux de sa voix ne laissait guère planait de doute sur la menace. Ametyos se savait plus doué au combat que ces idiots, mais face à ce nombre, il ne pourrait pas faire grand-chose. Avec un soupir, il se résigna donc à les suivre jusqu’à leur repaire. Ce serait peut-être une occasion de leur voler quelque chose…