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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 18/02/2019 à 10:52
» Dernière mise à jour le 20/02/2019 à 00:09

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 23
« Un affrontement opposa l’homme reclus qui avait causé la première guerre, à la créature, un fragment du Démon responsable de tous les maux depuis toujours ; ce duo même qui avait vécu et travaillé ensemble, avant de provoquer la guerre et l’évolution accélérée de l’espèce humaine. Leur lutte eut droit à un point final ce jour-là, face au monde qui les observait et jugeait leurs trop nombreux méfaits. »

Almanach des Anciens, Livre II, La Terre Desséchée, 29.


***



Élio, droit comme un i et les bras écartés de chaque côté de son corps, attend patiemment que la flopée de servants amassés autour de lui achèvent de vérifier chaque angle et chaque couture de son costume noir. Un homme sérieux époussette ses épaules avec une petite brosse, une femme se charge de le coiffer le mieux possible — bien que sa tignasse reste particulièrement indomptable — et une autre servante l’a légèrement maquillé malgré ses protestations ; juste assez pour qu’il ne se sente pas gêné mais pour effacer les quelques « impuretés » de son visage.

Il ignore pourquoi se voiler la face ainsi et chercher à tout prix à se montrer sans défauts ; c’est une pratique propre à la noblesse, un mensonge de façade qu’ils semblent bien apprécier.

— C’est terminé, monsieur, lâche un serviteur. Si vous le permettez…
— Allez-y, répond le garçon, gêné.

Les servants quittent sa chambre sans un mot, coordonnés comme de véritables soldats du nettoyage. Le garçon, à la fois satisfait et pas très convaincu par le reflet que lui projette son miroir mural, s’observe avec anxiété.

Il a l’impression de jouer le rôle de Natael. Pendant un instant, cette idée lui hérisse le poil.

Au même moment, quelqu’un apparaît dans l’encadrure de la porte, restée grande ouverte. Ambre Karalune. Stupéfait, le garçon la regarde des pieds à la tête ; jamais il ne l’a vu porter quelque chose d’ostensiblement féminin. Et surtout d’aussi cher.

Sa silhouette fine est effacée par une robe droite, qui retombe sur elle comme l’aurait fait un peignoir ; à la différence près qu’elle n’a pas le même but, et est richement décorée de motifs représentants des branches d’arbres, et des formes géométriques plus complexes. Au niveau du haut du corps, le vêtement, dans une matière légèrement brillante et à l’aspect très lisse, est blanc et bleu foncé, faisant ressortir la couleur de ses yeux. Le bas de la robe retombe au niveau de ses chevilles, céruléen, avec quelques motifs verts et dorés qui serpentent verticalement.

Une sorte de large écharpe rouge entoure sa taille et forme un gros noeud papillon dans son dos. Le garçon remarque aussi qu’elle a teint ses cheveux, d’ordinaire violacés, avec une couleur brune plus commune ; et un chignon sur le côté de sa tête offre un peu de liberté à une longue natte qui retombe derrière elle, entrelacée avec un long ruban doré.

Il s’apprête à lâcher un compliment surpris, quand la jeune femme le devance en s’approchant de lui, les yeux écarquillés :

— Wouah ! Élio, je ne m’attendais pas à ce que ça t’aille aussi bien ! On dirait quelque d’autre…
— Ah bon ?

L’ex-sergente lui fait signe de ne pas bouger, et le contourne pour l’observer sous tous les angles, avant de hocher la tête avec joie.

— Avec ça, tu feras taire tes détracteurs ! Peu importe que tu viennes du peuple, de toute façon. N’écoute pas les critiques s’ils parlent de toi dans ton dos. Ils sont juste jaloux.
— Ta robe ta va très bien. C’est assez étrange, comme motifs…
— Merci. Tu trouves ?

Ambre relève les bras ; Élio remarque alors à quel point ses manches sont larges. Mais c’est certainement volontaire.

— On m’en a proposé plusieurs, mais j’aime bien celle-ci. Il y a un petit côté ancien, non ? On m’a dit que c’était la robe traditionnelle des Kerchakh, pendant certains de leurs rites. Plutôt pas mal, non ?
— Oui, très bien même.
— Vous êtes prêts, vous aussi ?

Une autre voix féminine leur fait tourner la tête vers l’extérieur. Sœlis, la princesse, les observe avec curiosité. Une lueur craintive brille dans ses yeux noisette.

Contrairement à l’aspect traditionnel, détaillé et coloré de la tenue d’Ambre, l’héritière a opté pour une robe bustier, ample, blanche et dorée. Elle porte un pendentif azuré, et des boucles d’oreille scintillantes. Avec ses longs gants de soie et ses épaules dévoilées, Élio a l’impression de faire face à une mariée. Mais Phidius lui a expliqué qu’il s’agit du seul type de robe que la Cour accepte de voir sur la princesse ; symbole de pureté et d’élégance.

Encore des normes étranges qu’Élio comprend difficilement.

— Oh, Ambre, c’est magnifique, ce que tu portes ! complimente la princesse en restant sur le pas de la porte.
— Merci, Sœlis. Toi aussi, ça te va à ravir ! Tu as vu le costume d’Élio ? Regarde cette classe ! Oh, ton nœud papillon est de travers maintenant, arrête de bouger la tête comme ça !
— Ça me gratte… s’excuse Élio en laissant la jeune femme lui attraper le col pour rattraper sa bourde.

Sœlis émet un rire amusé derrière eux. Avant de s’avancer dans la pièce, souriante.

— Dès que Natael aura fini de se changer, nous irons dans la salle du banquet, expliqua l’héritière. Il a été organisé pour votre intronisation, mais le Roi a voulu qu’il ne soit pas trop formel. Peu importe l’ordre d’arrivée ; il n’y aura ni cérémonie ni grands discours. Nous pourrons être nous-mêmes, et vous pouvez très bien vous contenter de faire connaissance avec d’autres nobles. Ou simplement de rester à mes côtés, comme les Gardiens que vous êtes.

Les deux concernés acquiescèrent. Élio ne peut s’empêcher d’être rassuré. Il sait qu’il n’est pas seul, au moins, à être happé par ce milieu inconnu. Ambre est dans son cas aussi, Kashim est là pour leur venir en aide, et Sœlis est apparemment capable de se montrer conciliante et attentionnée. Et le garçon a en tête les très nombreux conseils de Phidius, son maître et professeur. Il sait comment se comporter.

Des bruits de pas retentissent. Natael et Kashim apparaissent dans le couloir. Le premier a revêtu un élégant costume dans les teintes qu’il préfère ; du blanc et du bleu, avec une longue cravate assortie. Kashim a enfilé un ample kimono brun par-dessus sa souple tenue de combat couleur ébène. Il ne fait pas aussi richement habillé que les trois Gardiens ou la princesse, mais le voir ainsi fait penser à un vénérable et sage guerrier. Bien qu’il ne soit que trentenaire…

— Bonjour, Sœlis, salue Natael en inclinant légèrement la tête. Cette tenue vous va à merveille.
— Heureuse de te l’entendre dire, Natael.

Élio se retient de tripoter le col de son costume ; Ambre vient juste de finir de lui remettre son nœud papillon, inutile de gâcher ses efforts. Il écoute distraitement les autres échanger quelques banalités et d’ultimes rappels, avant de leur emboîter le pas. En relevant la tête, et en gardant le dos bien droit, comme on le lui a appris. Mine de rien, c’est une position inhabituelle qui se révèle difficile à adopter en continu.

Ils sortent finalement du château et se dirigent vers le bâtiment des fêtes, celui avec l’immense dôme de verre en guise de plafond ; avec la nuit tombante et l’apparition des premières étoiles, le garçon se doute que ce sera un spectacle comme il n’en a jamais vu.

Il espère ne pas commettre d’impairs, et, peut-être, apercevoir la Nébuleuse du Lumivole à travers le plafond de verre…


***



Le festin bat son plein.

Élio a l’impression de marcher dans un doux rêve. La soirée a commencé deux heures plus tôt, mais ça lui a paru durer un clignement de paupières. Il a d’abord été surpris par la richesse des lieux, les lustres suspendus, énormes, les milliers de bougies, les lugulabres et les balcons suspendus et décorés de fleurs. Puis, soufflé par le spectacle du dôme de verre immense au-dessus des têtes, il a finalement été emporté par l’ambiance festive à tel point que les premières poignées de main, froides et méfiantes, ont vite disparu de son esprit.

Les tables, les plats sublimes, les serveurs qui courent partout comme des apitrinis en quête de miel, les robes magnifiques et les costumes clinquants, la musique, les danseurs, l’arrivée du Roi avec sa suite de serviteurs ; tout a été incroyable. Trop pour paraître vrai. Mais assez pour lui arracher des sourires francs, et le détendre un peu.

Il a régulièrement fallu incliner la tête, échanger des formalités polies et serrer des mains — parfois même embrasser certaines demoiselles un peu trop curieuses à son égard — mais il n’a pas ressenti toute cette animosité à laquelle il s’est attendu.

Il ignore si les nobles sont simplement habitués à jouer le jeu ; ou si, en une semaine, ils se sont faits à l’idée qu’il puisse obtenir un Titre aussi pompeux, lui, un simple garçon du peuple. En tout cas, c’est plus facile à vivre que ce qu’il a pu appréhender.

Et le repas a été si délicieux qu’il a mangé facilement trois fois plus que d’habitude. En prenant soin de se souvenir des manières de manger et de se tenir à table ; il a travaillé ça avec Phidius pendant deux heures complètes, après tout.

Assis à une table ronde recouverte d’une nappe blanche, Élio se contente désormais d’attendre, assis entre Ambre et Sœlis, en grande discussion depuis plus de dix minutes. Les deux filles ont l’air de bien s’entendre, et leur conversation, bien qu’assez discrète, aurait pu alerter n’importe quel noble sur la nature de leur relation : elles ressemblent plus à des amies d’enfance qu’à une princesse et sa garde du corps.

Mais au vu de l’ambiance festive et chaleureuse, nul doute que de tels échanges doivent être largement tolérés.

Leur table a été récemment désertée par Kashim, qui a rejoint le Roi, en pleine discussion avec d’autres nobles au centre de la pièce. Debout, des verres à la main, un groupe conséquent discute avec énergie, troublant même la musique de fond, qui s’en retrouve à peine audible. D’autres petits groupes sont éparpillés partout autour des tables, près du mélokrik surexcité qui accompagne les violoncelles, ou sur les balcons suspendus, pour admirer le ciel étoilé.

— C’est vraiment un endroit magnifique, continue Sœlis avec passion. J’aimerais beaucoup vous y emmener un jour. Je n’y suis pas retournée depuis plus d’un an, et j’avoue que ça me manque beaucoup. Tu n’y as jamais été, Ambre ?
— Non, mais Kohork doit être intéressant, en effet. J’aime beaucoup le peu que je connais de la culture Kerchakh.

Élio suit la conversation sans trop y prendre part. Ses connaissances sont encore limitées à ce sujet, et bien qu’il ne soit maintenant plus trop largué par tout ceci, il n’a rien à leur apprendre, et sa vie n’est certainement pas aussi intéressante que ce dont elles parlent.

Il préfère chercher des yeux Natael ; et il l’aperçoit, après quelques secondes de recherche. Il est accoudé à un balcon, au premier étage, pas très loin au-dessus de leurs têtes. Une coupe à la main, il grignote quelque chose du bout des dents, tout en écoutant parler sa voisine, une jeune femme de son âge.

Élio l’a déjà remarquée un peu plus tôt, et pour cause. Elle ne passe pas inaperçue. Avec ses yeux bleu clair et ses cheveux d’un blanc neigeux — typique d’une mutation physique causée par son type de naissance — tranchent radicalement avec sa robe d’un noir profond. Avec des gants ébènes, un éventail pourpre, un décolleté attrayant et sa robe ouverte sur l’avant dévoilant la pâleur de ses jambes jusqu’à mi-cuisses, elle attire facilement le regard. Elle porte même un pendentif brillant similaire à Sœlis, sans doute ce que les joailliers appellent des yeux d’oniglali.

Élio a entendu dire que c’est la fille aînée de la famille Tanix. Son père, la fameux Helbert, ne doit pas être bien loin, même si le garçon aurait été incapable de le reconnaître.

Natael ne semble pas apprécier la compagnie de la jeune femme. D’ailleurs, il ne tarde pas à se tourner vers son interlocutrice, qui, amusée, continue d’agiter son éventail devant son visage alors que Natael lui répond sèchement quelque chose. Le jeune noble, détournant bien vite les talons, disparaît du balcon. Élio soupire, se demandant ce qui a encore pu faire ressortir son côté irritable.

Sans surprise, il revient très vite s’attabler avec eux. Sœlis, souriante, interrompt sa conversation et se tourne vers lui.

— Ça ne va pas, Natael ?
— Je viens de discuter avec un arbok…
— Hm, qui ça ? s’étonne Ambre.

Discrètement, le garçon désigne du menton le balcon où se trouve toujours la fille à la robe noire.

— Lys Tanix. Elle m’insupporte à un point...

Sœlis hoche la tête, visiblement pas très surprise. Ambre, voyant que quelque chose lui échappe, se penche en avant et demande à voix basse :

— C’est la fille du célèbre Helbert Tanix ? Qu’est-ce qu’elle a de spécial ?

La princesse, qui se doit d’éviter de critiquer qui que ce soit, jette un œil désespéré vers Natael, qui comprend aussitôt la situation. Soupirant, il croise les bras et se penche un peu vers elle.

— C’est une manipulatrice et une séductrice, comme son père. Elle est aussi difficile à cerner que lui. J’ignore ce qu’elle veut ou si c’est juste pour s’amuser, mais elle aime bien toucher du doigts les sujets controversés et rendre ses interlocuteurs mal à l’aise. Une arbok, vraiment. Elle est capable de mentir mieux que personne. Et elle raffole des rumeurs en tout genre. Elle a l’air innocente, comme ça, mais méfie-toi d’elle si elle t’accoste.
— Je vois le genre de personne que ça peut être, dit comme ça, comprend Ambre en mordant dans une part de gâteau à la baie pêcha. Élio, tu veux une part ? C’est la dernière.
— Non merci, je n’ai plus faim.
— Sœlis, tu en veux ?

La princesse sourit et répond par la négative. Haussant les épaules, Ambre termine sa part et récupère la dernière, profitant visiblement elle aussi de ce festin inhabituel.

— Alors, les jeunes ? Tout se passe bien ?

Élio sursaute et fait volte-face sur sa chaise. Stupéfait, il croise le regard amusé de Phidius Anhlir, vêtu d’une toge pâle typique des érudits. Armé d’une canne métallique, il est penché vers eux, tout sourire.

Derrière lui, touchant presque le plafond, son sinistrail lévite sereinement, son œil fixe baissé vers eux. Pour l’occasion, sa barbe d’algues a été décorée de rubans multicolores, et un manteau de fourrure semble avoir été malencontreusement happé par un des bras en acier de son ancre. Élio ne peut s’empêcher d’imaginer, en riant, à quel point la femme à qui appartient le vêtement doit se sentir bête.

— Phidius, vous êtes venus ! dit Sœlis, heureuse, en se levant de sa chaise.
— Bonjour, Sœlis. Tu as l’air détendue, c’est plaisant à voir ! Où est donc ce cher Mharcus ?
— Là-bas, en train de discuter.
— Oh, je l’aperçois, merci bien ! Amusez-vous, les jeunes ! Toi aussi, mon garçon, conclut-il en posant une main ferme sur l’épaule d’Élio.

L’érudit claudique vers le centre de la pièce, suivi par son pokémon qui commence à attirer bien des regards ; Ambre ne peut s’empêcher d’émettre un petit rire.

— Il a l’air amusant.
— Très, confirme Sœlis. C’est mon professeur depuis toute petite, et il a toujours été comme ça. Mon père dit la même chose. Phidius s’occupait un peu de la régence quand mon père était à peine Roi.
— Il est si âgé que ça ? s’étonne Natael.

La conversation dévie de nouveau. Élio la suit de près, et y participe un peu plus, agréablement surpris par l’attitude plus sympathique de Natael, et la franchise dont Sœlis fait preuve avec eux.

Après quelques échanges, Ambre finit par de nouveau s’agacer de voir son nœud papillon de travers, ce qui semble amuser la princesse et faire naître une toute nouvelle forme de complicité entre eux.

Élio finit par se dire que c’est peut-être ça, le début de sa nouvelle vie ; il rencontre des gens, se lie à eux, et se prépare à voyager très loin en leur compagnie. Il sent que cette voie commence à lui plaire bien plus que son ancienne existence.

Bientôt, peut-être même qu’il ne regrettera plus rien de son passé.


***



Ambre se détend plus qu’elle l’a espéré. Elle sent bien que les autres sont plus ouverts et de bonne humeur, qu’il s’agisse d’Élio, Natael ou Sœlis. La noblesse semble apprécier cet évènement particulier, et elle paraît même en oublier de critiquer les Gardiens dans leur dos. Pour l’instant en tout cas.

— Sergente Karalune. Ou plutôt devrais-je maintenant vous appeler Gardienne ?

La voix franche et bourrue lui fait comme un électrochoc ; elle est à la fois heureuse de l’entendre, mais ne peut s’empêcher de se redresser et de s’imaginer en plein entraînement physique. Elle se lève d’un bond et se tourne vers le nouvel arrivant, en tenue militaire et au torse orné de multiples médailles cliquetantes. Elle manque de faire le salut militaire, mais s’arrête à temps.

— Peu m’importe, Commandant, faites comme vous l’entendez !
— Détendez-vous, Karalune, je ne suis plus votre supérieur…

Le Commandant Joyalis est un homme de grande taille et de belle carrure. Sa peau hâlée et ses muscles permettent aussitôt de le différencier des nobles qui les entourent, sans parler de son regard sévère et de ses traits durs. Sa chevelure sombre coiffée vers l’arrière et ses favoris lui donnent un aspect plus effrayant encore que dans les souvenirs qu’a Ambre de son entraînement intensif.

La « Main de Fer », comme on le surnomme, fait preuve toutefois de plus de calme et de gentillesse que lorsqu’il est pris par son rôle de Commandant des Armées de Kirazann.

— Tout se passe bien, avec ma garnison ? demande-t-elle avec inquiétude. J’aimerais beaucoup les revoir et leur souhaiter bonne continuation comme il faut.
— Vous en aurez sans doute l’occasion demain, Karalune.

Il ajoute à voix basse :

— Je suis l’un des rares au courant pour votre voyage, parmi les conseillers du Roi. Vous devriez passer demain dans la matinée, avant votre départ. Vous partez le soir, n’est-ce pas ?
— En effet, Commandant. Je passerai, dans ce cas.

Joyalis reprend vite son air pincé voire agacé, et salue poliment Sœlis, restée en retrait et regardant curieusement dans leur direction. Il fait de même avec les deux autres Gardiens qui observent plus discrètement leur échange.

— Menez à bien cette mission, Karalune. Je sais que vous êtes capables du meilleur, le tournoi l’a bien prouvé. Pendant que vous vagabonderez pour éveiller les pouvoirs de la princesse, sachez que je continuerai d’éliminer cette perfidie de Gang des Ténèbres. Je serai là pour protéger le peuple et notre Royaume. Sur ce, Karalune, je vous laisse. La soirée est finie pour moi.
— Déjà, Commandant ? Il est encore tôt.
— Ce genre de chose n’intéresse pas un homme comme moi, réplique-t-il un peu sèchement. Maintenant que j’ai salué tout le monde, j’ai fait mon devoir de conseiller. J’ai des rapports à lire et des hommes à former au combat. Bonne soirée, Karalune. Au plaisir. Et bon courage.
— Merci, Commandant, bonne soirée à vous aussi.

Le Chef des Armées s’éloigne et quitte la salle du banquet à grandes enjambées, ses grandes bottes en cuir de frison résonnant avec force sur le marbre. Son démolosse, resté jusqu’alors près des portes, se relève à l’approche de son maître et le suit dehors avec docilité.

Ambre se rassoit en soupirant, plus détendue maintenant que son ancien supérieur n’est plus dans les parages.