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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 11/02/2019 à 10:43
» Dernière mise à jour le 12/02/2019 à 14:20

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 22
« Les hordes s’engouffrèrent ; emportant avec elles colère et rancœur, elles détruisirent, dévorèrent, lacérèrent, ne laissant que cendres et ruines dans leur sillage. L’Alpha qui menait la meute, terrible, inspira la terreur chez les hommes. Pourtant, il ne s’agissait alors que d’un simple engrenage dans une machinerie qui dépassait de loin tout ce qu’ils avaient pu affronter par le passé. C’était là le signe avant-coureur de la chute de l’humanité, car elle était incapable de lutter contre une seule des garnisons ombreuses. »

Almanach des Anciens, livre IV, La Porte Noire, 11.

***



Steban a bien du mal à croire ce qu’il lui arrive.

Alors qu’il était en plein pêche au bord de la Sereine, son endroit habituel, il a été surpris par l’arrivée en grande pompe d’une demi-douzaine de soldats royaux, juchés sur de sublimes pokémons. Sans vraiment comprendre, il les avait suivis, accepté la bourse de pièces d’argent qu’on lui avait confié… et il avait été aidé lorsqu’il s'était agi de déménager de son vieux cabanon pour s’installer dans l’une de ces hautes maisons qui fleurissent à la limite nord de la cité des goélises, à quelques pas de l’Avenue.

Même si plusieurs jours se sont déjà écoulés depuis, il a toujours du mal à y croire.

La maison, une véritable petite demeure à ses yeux, a un charme rustique qui lui plaît bien. Sa position est parfaite, non loin de petits commerces que les gens des bidonvilles du sud n’ont pas l’occasion de fréquenter, et à proximité de la rivière.

On lui a vite expliqué les raisons d’un tel cadeau, et à dire vrai, ça ne l’a pas surpris tant que ça. La nouvelle position d’Élio au titre de Gardien lui a octroyé cette maison, un salaire régulier — et nul besoin de travailler pour le gagner ! — et des gens à son service. Ou plutôt, au service de la mère d’Élio.

Cette cohabitation surprenante lui a permis de rencontrer cette femme pour la toute première fois, après en avoir entendu si souvent parler de la bouche d’Élio. Steban ne s’est pas attendu à ce qu’elle paraisse si jeune ; même si au départ il n’a pas eu l’occasion de beaucoup la voir. Une flopée de médecins et de spécialistes d’il-ne-sait-trop-quoi sont passés à son chevet au rez-de-chaussée pendant des heures.

Mais après leur venue le premier jour, les allers-retours de ces docteurs d’Hymnus ont ralenti un peu. Et, miracle, la mère d’Élio a semblé retrouvé du poil de la bête. Steban et elle ont beaucoup discuté, et elle a paru très lucide, et même plutôt vive d’esprit. Elle a demandé des nouvelles, parlé de la rencontre avec le pêcheur ; car apparemment, son état ne lui a pas permis de conserver des souvenirs très nets des années passées.

Steban, s’improvisant conteur, a rarement autant parlé, et devant un public aussi attentif que la mère d’Élio. Il a l’impression qu’elle veut rattraper les années perdues avec son fils, comme si elle avait tout vécu comme dans un rêve ; mais le nouveau Titre du jeune homme le rend bien moins accessible qu’avant. Même Steban ne l’a pas revu depuis l’amphithéâtre. Il doit être trop occupé au château, maintenant…

Steban s’est lié d’amitié avec les servants attribués à leur grande maison ; il refuse toujours de les laisser faire tout le travail et les aide volontiers à la cuisine et au ménage, quand il ne part pas prendre l’air ou pêcher pour le plaisir.

— Élio avait évoqué une jeune femme, n’est-ce pas ? lui a demandé un médecin du Roi, quelques temps auparavant. Une certaine Arya, aux yeux verts, cheveux châtains, la vingtaine d’années tout juste… vous savez où la retrouver ? Il aurait aimé lui offrir une chambre de la maison, à elle aussi. Elle a même participé au tournoi.
— Z’en faites pas, m’sieur, avait alors répond Steban, rassurant. J’vais la trouver, la gamine. J’ai d’jà essayé de l’amener là, mais elle a r’fusé. J’vais la convaincre, c’te fois.

Le petit mensonge de Steban avait été accepté sans questions supplémentaires.

La vérité est bien différente. Le vieux pêcheur l’a bien compris, et assez vite. Il a fait le chemin de retour depuis l’amphithéâtre avec Arya, justement. Ils ont beaucoup bavardé, et Steban a vite compris qu’elle aussi, un peu à la manière d’Élio, a évité de parler de sa famille. Ce n’est pas rare pour un enfant des bidonvilles ; et même plutôt commun.

Mais après s’être séparés pour rentrer chacun chez soi, l’inquiétude a pris le dessus, et Steban l’a suivi de loin. Il l’a vu rentrer dans un vieux cabanon branlant, et entendu les cris d’ivrogne d’un père furieux. Les coups qui ont suivi, aussi.

Sur le coup, déstabilisé, Steban n’avait rien trouvé de mieux à faire que de se détourner de cet endroit, et de retourner à sa vie tranquille. Mais quand on lui a offert tout cet argent, et cette maison, il a immédiatement songé à elle.

Et il hésite.

Doit-il la forcer à le suivre, quitte à la séparer de force de son père ? Ou la laisser entre les mains de cet énergumène, qui, d’après les voisins, bat Arya depuis son enfance ?

C’est en pêchant pour laisser son esprit vagabonder qu’il a enfin décidé de la réponse. Quand un énième magicarpe est passé près de sa canne sans daigner la remarquer, il s’est dit que le mieux n’est pas d’éviter les problèmes des autres. C’est de les hameçonner pour les libérer de cette rivière terrible qu’est la vie dans les bidonvilles.

Laissant son matériel de pêche sur la rive, il enfile vivement ses bottes et se dirige droit vers les mauvais quartiers.



***


Des bruits étranges proviennent de la salle d’entraînement. Des grésillements que Natael ne reconnaît que trop bien.

C’est la première fois qu’il s’aventure dans cette portion souterraine du château ; c’est au fond d’un couloir tout juste rénové que se trouve la vaste salle pour le moment dédiée à la Trinité des Gardiens. Le jeune noble, vêtu de son nouveau costume blanc et bleu, passe une main dans ses cheveux blonds en soupirant avant de pénétrer dans l’immense salle d’un gris terne.

Les protections presque invisibles sur les murs, les colonnes, le plafond et les sols diffusent suffisamment de lumière dans la pièce pour qu’on ait l’impression qu’il y fasse jour. Mharcus Libellion a certainement payé les meilleurs architectes du Royaume pour créer un tel endroit. Le summum de la construction et de l’insufflation énergétique a été à l’œuvre pour produire ces protections de longue-durée. Nombre de pokémons de type psy ont été embauchés ici, pour obtenir un résultat de cette qualité.

Il entend les grésillements typiques d’une capacité électrique, et voit la traînée bleutée et dorée d’Élio passer en sifflant plus loin au-dessus de sa tête. Il se retient de marmonner quelque chose au sujet de ce gueux, et aperçoit Ambre Karalune au centre de la pièce, en train de compter sans lâcher des yeux l’électricité de son camarade.

— Qu’est-ce qu’ils font, ceux-là… souffle-t-il d’un air interrogatif.

Soudain, le gueux atterrit près de l’ex-sergente et dérape devant elle pour s’arrêter.

— Quarante-deux secondes ! Ton nouveau record.

Natael les entend échanger quelques mots. Il grimace en se rendant compte qu’ils semblent déjà relativement proches l’un de l’autre. Natael les a seulement croisés plusieurs fois depuis leur obtention de Titre de Gardien, et n’a pas jugé bon de leur adresser la parole. Il n’aime pas Élio et a déjà compris qu’Ambre ne le portait pas dans son cœur non plus ; et il a été très occupé à organiser le déplacement de ses affaires depuis le manoir d’Orthalos jusqu’à ses nouveaux quartiers. Sans compter la paperasse, et les conseils prodigués aux autres membres de sa famille pour ne pas faire couler leurs entreprises commerciales…

Il s’approche du centre de la salle, en proie à des sentiments contradictoires ; il sait bien qu’il est maintenant leur égal, à ces deux-là, mais ne peut s’empêcher d’être agacé par cette idée. Il a travaillé dur de nombreuses années pour continuer à faire grandir le nom et la fortune des d’Orthalos. Il se sent un peu jaloux, au fond, qu’un gueux et une soldate se soient hissés aussi haut rien qu’avec un tournoi de combats.

— Que faites-vous ? demande-t-il en arrivant vers eux.

Il va sans dire qu’ils sont surpris de le voir. Une ombre passe sur le visage d’Élio, mais aucune remarque désobligeante — il a beau venir de la cité des goélises, il ne semble pas du genre à l’insulter ouvertement ou lui chercher des noises.

Natael ne peut s’empêcher d’être étonné par le sourire d’Ambre alors qu’il s’arrête près d’eux. Cette fille l’étonnera toujours. N’est-elle donc jamais rancunière de rien ? A-t-elle oublié leurs différents échanges ? Peut-être qu’elle n’en a cure ?

— On teste l’endurance de nos pouvoirs. Tu te joins à nous ?

Il frémit, surpris par le tutoiement auquel il n’a pas l’habitude. Il hausse les épaules, feignant l’indifférence.

— Ma foi, pourquoi pas. Ce temps, quarante-deux secondes, qu’est-ce que c’est ? Une course ?

Alors que le jeune noble fixe Ambre comme s’il s’adressait uniquement à elle, l’ex-sergente désigne Élio du menton. Natael se tourne vers lui, méfiant, et écoute sa réponse.

— C’est le temps pendant lequel je peux me déplacer à ma vitesse maximum.
— Il l’a déjà battu de… combien déjà ? réfléchit l’ex-sergente. Quatre secondes ? Et pourtant, ça ne fait que six jours qu’on s’entraîne.
— Je vois. Tu as fait la connaissance de monsieur Anhlir ?
— Oui. J’ai cours avec lui presque toute la journée.

Natael, satisfait, hoche la tête. Le banquet d’intronisation est pour demain ; si Élio n’a pas l’air d’avoir bien changé, au moins, il sera assez cultivé pour ne pas être largué par une conversation avec les grandes familles conviées à la fête.

Il se tourne vers Ambre, et manque encore de l’appeler « mademoiselle Karalune ».

— Et… toi, tu t’entraînes à quoi ?
— À enchaîner les dracogriffes.
— Je suppose que c’est épuisant. Quel est ton record ?
— Neuf. Mais depuis que je suis là, je n’ai jamais dépassé les six. J’y arrive rarement.

Natael acquiesce. Il s’entraîne souvent, mais jamais avec ce genre de méthodes. D’habitude, c’est un entraîneur qui se charge de ses sessions de combat.

Suivant la proposition d’Ambre, il accepte de mettre à l’épreuve ses tranche-nuit ; ces espèces de lames d’air obscures, qui semblent rejeter la lumière. Il sait qu’il aurait pu essayer avec vibrobscur, son ombre portée ou même des ball’ombres, mais avec la luminosité qui baigne dans la salle d’entraînement, il doute qu’elles soient assez faciles à lancer.

Aucun des trois Gardiens ne se rend compte qu’un certain Kashim, posté silencieusement dans l’encadrure de la porte d’entrée, affiche un bref sourire satisfait avant de s’éclipser dans le couloir.


***



Steban toque contre la porte du cabanon, un peu inquiet à l’idée d’être accueilli par le père d’Arya. Il ne sait même pas ce qu’il pourrait lui dire, et n’a absolument pas préparé un quelconque argumentaire en cas de confrontation… sans parler de la possibilité d’être agressé par cet alcoolique notoire.

Personne ne répond. Il toque de nouveau, le front plissé d’une ride soucieuse, et attend nerveusement. Les alentours sont très calmes ; le voisinage paraît tranquille, dans ce coin des bidonvilles. Il n’y a que des poubelles, des traces d’un vieux feu de camp, un puits à l’abandon et des chacripans somnolant au sommet d’un mur de briques rouges.

Le vieux pêcheur sursaute presque quand la porte s’entrouvre. Dans l’entrebâillement, Steban aperçoit le visage ombragé d’Arya. Même si elle reste volontairement en retrait, dans la pénombre, cela cache mal son œil au beurre noir. Steban fronce les sourcils, comprenant qu’elle a été battue récemment ; c’était à prévoir.

Elle paraît surprise et gênée de le voir.

— Vous êtes…
— Salut, ma p’tite.

Inutile d’y aller par quatre chemins ; il doit l’emmener. Le père de famille n’est apparemment pas à l’intérieur. Il aurait été bête de s’attarder. Steban ose même un petit mensonge pour se montrer le plus convaincant possible.

— Écoute, Arya, j’ai eu des nouvelles d’Élio, et il a décidé d’t’offrir un sacré beau cadeau.
— Quoi, Élio ? Il va bien ?
— Oui, oui, super, super… acquiesce-t-il nerveusement. Faut qu’tu viennes. J’vais être franc, j’sais bien qu’ton père te frappe. Si t’acceptes l’cadeau d’Élio, t’auras d’quoi bien vivre mais en plus, tu s’ras plus obligée d’te manger des coups ici…

Il conclut en lui montrant une grosse clé jusque-là conservée dans la poche ventrale de sa salopette bleu marine. Il la lui tend, et la jeune fille ouvre un peu plus la porte, avant de tendre la main. Elle semble un peu perdue.

— Qu’est-ce que ça ouvre ?
— La porte d’une sacrée jolie maison, tu verras. Si t’as des affaires, ma p’tite, c’est l’moment de déménager.

Son hésitation est logique ; Steban peut parfaitement la comprendre. Quitter en catimini le domicile familial, dans lequel elle vit sûrement depuis tout petite, ne doit pas être un choix facile. Steban, voyant qu’elle ne sait pas encore comment réagir, décide de donner le tout pour le tout. Il peut protéger cette fille, et il veut le faire.

Élio a bien fini par prendre sa vie en main. Du haut de ses soixante ans, Steban meurt d’envie d’enfin faire pareil !

— Ça peut n’être que provisoire, si tu l’sens. Tu pourras toujours rev’nir ici. Mais p’t’être que ce départ, c’est c’qu’il faut à ton père pour s’rendre compte qu’il dépasse les bornes, tu crois pas ?
— Je… je ne m’attendais pas à… un cadeau pareil…

Et voilà qu’elle a les larmes aux yeux. Pendant un instant, Steban, désorienté, croit avoir dit quelque chose de travers. Il lève les mains en signe de paix, comme pour tenter de la calmer, mais reste incapable de trouver les mots ou le bon geste. Il voit, impuissant, les larmes couler sur les jours de la jeune fille. Avant de rester stupéfait devant son sourire hésitant.

— Je… j’ai rien à apporter, Steban. Je vous suis.
— Tu… t’es sûre ? Ça te va… comme ça ?
— Oui, oui… partons d’ici tout de suite…

Steban hoche la tête et tourne les talons. Arya attrape sa manche et désigne du menton le côté opposé.

— Passons par-là, on ne risquera pas de le croiser sur le chemin de son bar.

Le pêcheur hoche la tête, et c’est lui qui emboîte le pas d’Arya quand ils se mettent à emprunter une sorte de ruelles entre des piles de détritus qui les dépassent tous d’une ou deux têtes. Le pêcheur est de plus en plus rassuré à chaque pas. Arya, sans même se retourner, finit par lâcher par-dessus son épaule :

— Merci, Steban. Rappelez-moi de remercier Élio quand je le reverrai…
— Compte sur moi, ma p’tite, dit le pêcheur, réconforté par son attitude plus sereine.

D’un coup d’œil, il constate qu’elle boitille un peu ; oui, elle sera bien, à la maison. Les médecins ne pourront pas refuser de soigner ses blessures, à elle aussi. Ils ont bien promis de s’occuper gratuitement des proches d’Élio.

Et Steban est persuadé qu’une fille comme elle, qui se force à sourire face à la vie alors qu’elle ne fait sans doute que la subir depuis l’enfance, mérite au moins ça.


***



— Bonjour, madame, dit poliment Arya en inclinant légèrement la tête.

Les yeux bleus de la mère d’Élio, plus brillants, semblent presque sourire en croisant ses homologues émeraude.

— Tu dois être Arya, je suppose ?
— Oui.
— Steban m’a dit qu’il partait te chercher. C’est un brave homme, même s’il est trop fier pour accepter des remerciements sans broncher !

Arya sourit en passant une main dans ses cheveux, mal à l’aise. La mère d’Élio a été très malade, c’est le pêcheur lui-même qui le lui a dit alors qu’ils se rendaient ici. Pourtant, même si elle encore alitée, elle est assise bien droite dans son lit, adossée contre une épaisse pile de coussins. Ses cheveux blonds, très pâles, montrent à quel point la maladie l’a affectée, et la font paraître plus âgée ; alors qu’au contraire, son visage fin lui donne une apparence assez juvénile, la trentaine tout juste. Difficile de cerner son âge véritable, mais une chose est sûre. De chacun de ses gestes et de ses mots ne se dégage que douceur et gentillesse.

— Il est reparti pêcher dans la Sereine ?
— Oui, madame.
— Ne m’appelle pas madame, enfin ! Je me sens vieille… « Créa » suffira. Et puis, nous sommes entre filles, tu peux te détendre, tu sais ! Je n’ai pas eu autant de compagnie depuis des années, ça fait du bien de se sentir si entourée…

Arya sourit en réponse, et rapproche un peu son tabouret du lit.

La maison est de loin bien plus grande que la plus grande des habitations du bidonville où elle a grandi. Les fenêtres sont de bonne facture, et laissent difficilement passer les sons et le froid extérieur. Un feu de cheminée gourmand brûle dans l’âtre. L’ambiance du lieu plaît bien à Arya, même si elle a un peu l’impression de s’incruster.

— Élio n’a pas eu l’occasion de me parler de toi, dans mes souvenirs, reprend Créa. Mais Steban m’a dit que vous sembliez assez proches, non ?
— Un peu. On ne se connaît que depuis les qualifications… mais on a été à l’amphithéâtre ensemble, et là-bas, on a étudié nos adversaires tous les deux, plus ou moins bien…

Créa hoche la tête, intéressée mais aussi un peu peinée. Soucieuse.

— Je sais que ça va te paraître bizarre, Arya… mais peux-tu me parler un peu de lui ? Comme tu le sais peut-être, j’étais très malade il y a seulement quelques jours, et tous mes souvenirs de ces dernières années sont… flous. Très flous parfois. Je préfèrerais que tu ne le répètes à personne, mais…

Créa marque un silence, presque angoissée, puis fixe de nouveau ses yeux dans ceux, attentifs, de la jeune fille.

— … j’ai du mal à me représenter son visage. Je me souviens de lui, bien sûr… mais par le biais de quelques discussions seulement… rien de très précis. Ça ne te dérangerait pas, de me raconter ce que tu sais de lui ? Steban m’a donné sa vision des choses, mais j’aimerais beaucoup en apprendre de ta bouche.

Arya, surprise, hausse les épaules, pas le moins du monde dérangée à cette idée. Elle se dépêche de préciser de nouveau qu’elle n’a côtoyé Élio que pendant trois jours ; trois jours intenses, certes, mais trois jours seulement. Créa ne semble pas vraiment s’en préoccuper plus que ça. Ce doit être difficile pour elle, d’avouer en savoir si peu sur son propre fils.

Arya, aux côtés de cette presque-inconnue, ne tarde pas à se détendre à et faire preuve de son bagout habituel. Très vite, la tension dans ses muscles disparaît, sa langue se délie, et un flot de paroles se déverse de nouveau de ses lèvres. Son œil au beurre noir, ses bleus, les cris de son paternel, tout disparaît très vite, au profit des gloussements de Créa et des rires échangés.

Sans même qu’Arya ne s’en rende compte, une sorte de complicité se forme au gré de leur conversation, innocente mais sincère.