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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 07/01/2019 à 10:09
» Dernière mise à jour le 08/01/2019 à 13:59

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 17
« Ainsi les hommes du Nouveau Monde fleurirent de nouveau sur cette terre, débarrassés de leurs limitations corporelles. Leur perception ralentit, les collines pansèrent leurs blessures, et le ciel évacua les brumes obscures issues de ce passé d’horreur. Mais ce n’était alors que le commencement ; et le monde de nouveau fut chamboulé, lorsqu’Elle apparut. »

Almanach des Anciens, livre IV, La Porte Noire, 4.



***


Élio n’est pas encore pleinement remis de sa visite rapide dans les couloirs du château ; il n’a eu que le temps de jeter de rapides coups d’œil vers les peintures murales immenses, les lustres pailletés d’or et d’argent, et les sculptures élancées, le tout entre deux salutations polies et appuyées avec des nobles dispersés dans le hall.

Quelques mots ont été échangés, mais principalement à l’attention de Natael : des félicitations, de ce qu’Élio a entendu. Il a l’air d’avoir beaucoup de relations avec tout le monde, et n’a perçu aucune animosité à son égard. Il a pourtant eu vent, au tournoi, des rumeurs à son sujet, certains parlant même d’un « déchu » pour le désigner. Soit les rumeurs sont fausses, soit ces gens mentent. Ce ne serait pas si étonnant d’apprendre qu’ils jouent tous la comédie…

Leur groupe a toutefois vite laissé les nobles et les soldats royaux derrière eux, et ont arpenté des couloirs plus discrets, où les sons sont plus étouffés, pour y suivre Kashim.

Le Kerchakh, silencieux et le dos bien droit, donne l’impression à Élio d’une statue imperturbable douée de vie.

Après avoir monté plusieurs volées de marches, il annonce par-dessus son épaule, aux trois Gardiens qui le talonnent.

— Nous sommes entrés dans les quartiers royaux. Vous ne trouverez ici que la famille royale et leurs serviteurs. C’est ici que vous vivrez, désormais.

Élio, stupéfait, blêmit un peu. Il n’a même pas songé à ça. Bêtement, il a cru qu’il retournerait chez lui le soir venu, mais encore une fois, la réalité le rattrape et le heurte de plein fouet.

Il n’ira plus dans la cité des goélises. Il restera auprès de la royauté. Évidemment !

Il n’ose pas interrompre le silence pour poser des questions, mais il en meurt d’envie. Beaucoup sont prêtes à sortir de ses lèvres, mais il ne se sent pas assez à sa place pour prendre l’initiative. Il y a tant de choses qu’il ne connaît pas ici, tant de protocoles encore mystérieux à respecter, qu’il préfère se taire. Il ose espérer qu’il va avoir droit à quelques explications. Dans le pire des cas, Ambre pourra toujours le renseigner un peu.

Soudain, Kashim oblique dans un beau couloir. Assez large, décoré de plantes en pots et aux murs lisses parsemés de petits tableaux, peints par un queulorior trop productif, il mène vers des doubles-portes vermoulues en bois sombre, dont les poignées dorées luisent faiblement dans la pénombre.

Distraitement, Élio observe les chandeliers fixés près du plafond, qui illuminent un peu les lieux de couleurs chaudes. Il n’y a pas de fenêtre, mais quatre grandes portes de chaque côté du couloir ; et des doubles battants tout au bout, où semble se trouver une pièce d’importance.

— Ce sont vos chambres, explique Kashim en désignant les premières portes. Je vous les ferai visiter plus tard. Le Roi et la princesse vous attendent au fond. Ils sont arrivés quelques minutes avant nous, et ils ont sûrement hâte de vous rencontrer.

Natael pousse un léger soupir ; histoire de rappeler qu’il ne se sent pas concerné. Il a sans doute déjà rencontré la famille royale.

Alors que Kashim lui jette un rapide regard empreint de mécontentement, Élio remarque qu’Ambre ne paraît pas très stressée, comparé à lui. Elle a l’air un peu ailleurs, elle aussi ; comme prenant enfin conscience de la gravité de la situation. Son regard sérieux est bien différent de celui d’Arya, qui alterne sans cesse entre excitation et nervosité. Elle paraît plus mature, plus adulte… et toujours aussi mystérieuse. Elle semble privilégier le calme et l’observation à l’angoisse.

— Allons-y, souffle le garde du corps en s’approchant des portes.

Il toque contre le bois, deux coups rapides, et une voix étouffée répond dans la pièce. Le Kerchakh ouvre alors les portes en grand, et s’efface pour laisser passer les Gardiens avant lui.

Ils entrent dans le bureau royal. Élio est un instant aveuglé par la lumière naturelle qui se déverse dans la pièce, par les fenêtres et le balcon ouvert sur l’extérieur. Kashim referme les portes dans leur dos et s’immobilise dans l’ombre, faisant preuve de cet éternel professionnalisme discret qui le caractérise.

La salle est vaste, richement meublée, mais assez mal rangée. Des vélins et des livres traînent par-ci par-là, entre deux instruments astronomiques au but incertain. Il y a un espace avec un beau canapé et quelques fauteuils vermeil, ainsi qu’une haute armoire garnie d’étagères où s’amoncellent des centaines d’écrits issus d’époques diverses.

Élio, agréablement surpris, n’a pas l’impression d’être chez un noble souhaitant étaler ses richesses. Cette pièce donne plutôt l’impression d’être l’annexe d’une bibliothèque, ou l’habitation d’un érudit assoiffé de savoir. Pas de fioritures ici, pas de tableau mirobolant ou de voluptueuse sculpture de gardevoir recouvertes de joyaux, non, rien de tout ça.

Le bureau de chêne au fond de la pièce est bien propre, éclairé d’une grosse bougie qui dégage un parfum sucré. Quelques papiers sont étalés à côté, mais ce qui attire le regard d’Élio, c’est l’homme assis derrière, dans un fauteuil à haut dossier.

Le Roi lui-même. Il paraît grand, même assis ; il doit bien dépasser Élio d’une dizaine de centimètres. Bien qu’il ne possède ni couronne ni cape, il n’y a aucun doute à avoir, c’est bien lui.

Élio et Ambre, d’instinct, posent un genou à terre, poing sur le cœur, et baissent la tête. Natael, sans doute habitué au sein de la citadelle, se contente de s’incliner respectueusement.

Le Roi, qui a un verre d’eau où trempent quelques glaçons à la main, se redresse et agite la main :

— Relevez-vous, relevez-vous ! Ces formalités ne sont pas nécessaires en ces murs, jeunes Gardiens. Encore moins maintenant que vous avez ce titre.

Ils se redressent. Élio relève la tête, mais tente d’éviter de croiser le regard du Roi. On lui a toujours appris que c’est impoli, et surtout, interdit.

— Je vous autorise à croiser mon regard, soupire le souverain en posant son verre. Ces règles sont difficiles à supprimer, vu qu’elles font partie des fondamentaux imposés par le Roi de Givre… mais je vous en prie, ne soyez pas distants avec moi. Nous serons amenés à nous côtoyer au quotidien, et un peu de proximité ferait plaisir à un vieux roi solitaire comme moi.

Élio acquiesce, et ose lever les yeux ; il est happé par des pupilles cristallines, un regard doux, et le sourire presque paternel qui lui fait face. Le Roi se lève et contourne son bureau pour se placer face à eux.

— Natael d’Orthalos, c’est un plaisir de te voir ici, sourit Mharcus Libellion. Et pas si étonnant, finalement.
— C’est un honneur, mon Roi.
— Ambre Karalune, ajoute-t-il en pivotant vers la jeune femme. La sergente le plus jeune du Royaume ! Le Commandant Joyalis m’a plusieurs fois parlé de toi. En d’excellents termes, si cela peut te rassurer.

Ambre esquisse un sourire franc mais ne répond pas. Élio se tend quand le Roi se tourne vers lui, s’avance et pose ses mains sur ses épaules. Il déglutit difficilement, inquiet par ce contact physique soudain.

— Élio, n’est-ce pas ? Je suis heureux qu’un garçon du peuple se soit qualifié. C’était inattendu, surprenant… et ô combien instructif. Comment as-tu fait pour arriver si loin ? Tu as suivi un entraînement particulier ?
— N-non, m-mon Roi… bafouille-t-il en réponse. Je… m’entraînais tous les jours, seul… dans la forêt…

Le souverain ôte ses mains de ses épaules et hoche la tête en le fixant d’un air pensif.

— Hm, je vois, intéressant… Phidius sera doute heureux de t’enseigner et d’en apprendre plus sur toi…

Un bref silence s’installa, et Mharcus tourna les talons en tapant dans ses mains.

— Bon ! Il y a beaucoup à dire à et à faire. Installez-vous donc dans le canapé. Nous allons commencer par de petites présentations, et je suppose que vous voulez savoir plus de choses sur ce que votre nouvelle vie vous propose. Kashim, peux-tu aller chercher Sœlis ? Elle est retournée se changer. Demande aussi aux serviteurs de rapporter quelques rafraichissements pour ces jeunes gens. Ils le méritent largement.



***


— Merci, Kashim, sourit Sœlis alors que le garde du corps referme les portes derrière elle.

La jeune femme remarque que son père n’est pas derrière son bureau. Elle s’avance dans la pièce et tourne la tête pour confirmer sa présence dans un des fauteuils faisant face au long canapé en cuir de frison ; les trois Gardiens sont en face de lui, l’écoutant avec attention. L’héritière note distraitement qu’ils ont chacun un verre ; et que malgré l’atmosphère chaleureuse voire amicale qu’a essayé d’instaurer son père, ils semblent relativement gênés.

Natael, pas tant que ça, juste un peu distant comme il a l’habitude de l’être parfois ; Ambre Karalune paraît mitigée, le dos bien droit, légèrement tendue. Mais parfois, un sourire vient éclairer son visage.

Le garçon du peuple, Élio, est de loin le plus mal à l’aise. Pas dans sa posture, mais dans son regard. Il semble assailli par la crainte, et Sœlis ne le comprend que trop bien. Elle a souvent l’impression de ne pas être à sa place, elle non plus. De ne pas être digne d’être l’héritière du Royaume de Kirazann.

Mais ce sera sans doute le sujet de la discussion, justement.

— Oh, tu es là, ma fille, lâche Mharcus en le voyant approcher.

D’un bref et discret coup d’œil, le Roi semble approuver sa tenue décontractée, avec pantalon et veste bleue marine. Il préfère sans doute cela à une robe trop formelle, pour achever de mettre leurs invités à l’aise.

— Enchantée de vous rencontrer, salue poliment Sœlis en inclinant légèrement la tête vers l’avant.

Trois poings sur le cœur lui répondent alors qu’elle s’assoie dans un fauteuil près de son père, et face à eux. Elle croise vivement un regard de Natael, qui semble l’ignorer pour reporter son attention sur Mharcus.

— Bon, dit finalement le Roi. Dans ces quartiers qui sont désormais les nôtres comme les vôtres, je vous le redis : inutile de respecter les protocoles. Ces poings au cœur, ces courbettes et ces salutations sont de mise ailleurs dans la citadelle, bien entendu. Vous aurez droit à quelques rappels et explications plus claires avec Kashim, dans les jours qui viennent. Vous verrez, il n’y a rien de bien compliqué, de toute façon.

Le Roi pose son verre de cristal sur la table basse qui les sépare et se penche un peu en avant, l’air plus sérieux.

— Vous connaissez déjà votre nouveau titre. Vous êtes maintenant des Gardiens. Si nous en avons choisi trois, ce n’est pas par hasard. C’est une référence à un conte ancien, de l’époque du Roi de Givre…
— Le conte de la Trinité ? intervient Natael en haussant les sourcils, comme surpris d’avoir deviné.
— En effet. Ce conte où trois héros représentent chacun une vertu… Sagesse, Force et Pouvoir. C’est purement symbolique, bien sûr, nous n’allons pas vous attribuer une de ces qualités, ce serait enfantin et puéril. Qu’y a-t-il, Ambre ? ajoute le Roi en percevant de la déception chez la sergente. Tu aurais préféré l’inverse ?

La jeune fille secoue la tête avec énergie et esquisse un sourire hésitant :

— Non, pas du tout. Je pensais à autre chose que la Trinité.
— Hm, quoi donc ? s’intéresse Mharcus.
— Je… je pensais que c’était une référence aux Trois Dragons des Astres…
— Oh, ces poèmes, s’illumine Sœlis. Je les aime beaucoup.

Ambre se tourne, et leurs regards lumineux se télescopent. Sœlis est intérieurement ravie de voir que celle qui pourrait se révéler être une proche amie connaisse des extraits de l’Almanach des Anciens.

Le Roi semble s’amuser de la situation et de la répartie d’Ambre :

— Je n’y avais pas pensé, mais la coïncidence est bien là ! Tant mieux s’il y a aussi cette symbolique, bien qu’elle ne parlera pas à tout le monde. Bref. Il faut que je vous parle de votre rôle. On vous a dit que vous devriez veiller sur la princesse ici présente. Vous serez ses gardes du corps, ses garants. Certains de la noblesse voient cela comme une hérésie. Pour eux, ce sont aux Kerchakh de protéger la famille royale, et personne d’autre.

Le Roi jette un œil vers Kashim, posté près de la fenêtre, droit comme un piquet.

— J’ai toutefois déjà embauché leur meilleur homme, et les Kerchakh ne sont plus si nombreux. Je ne peux me permettre d’en amener d’autres loin de leurs terres natales. En plus, les rares Kerchakh à vivre ailleurs qu’à Kohork travaillent non loin de la citadelle, dans une carrière dont je vais bientôt devoir vous révéler le but…

Il s’enfonce dans son fauteuil et croise les mains. Ses yeux bleus brillent, frappés par un rai de lumière. Sœlis l’observe du coin de l’œil. Elle n’a pas vu son père prendre autant de plaisir à discuter avec quelqu’un depuis longtemps. Il faut dire qu’il est seul depuis des années, depuis la mort de sa femme. Il ne peut pas non plus se permettre des familiarités pareilles avec le reste de la noblesse ou ses proches conseillers.

Son statut le force à être distant avec tout le monde ; jamais il ne parle à cœur ouvert à qui que ce soit, à part elle, et sans doute Kashim. Ce doit être plaisant de pouvoir être soi-même face à trois personnes prêtes à les côtoyer au quotidien.

— Je m’égare encore, continue-t-il en soupirant. Voilà donc ce qu’est votre rôle. Officiellement.

Ce dernier mot, bien appuyé, allume un intérêt intrigué dans les yeux des Gardiens. Chacun d’eux perçoit que quelque chose ne va pas.

— En réalité, votre objectif… est de réveiller les pouvoirs de Sœlis.

Mharcus pose une main sur le bras de sa fille. Celle-ci sent les regards s’orienter vers elle ; elle sourit maladroitement, gênée. Le Roi continue sans le percevoir.

— Vous avez sans doute entendu les rumeurs. Elles sont vraies. Les pouvoirs de lumière de Sœlis ne se sont toujours pas révélés malgré tous nos efforts. Si je venais à mourir, elle ne serait pas considérée par la noblesse comme légitime pour accéder au trône… et la lignée des descendants du Grand Roi de Givre serait brisée pour la toute première fois de notre histoire. Je veux empêcher cela. À tout prix.

Natael paraît être le plus intéressé. Il se penche et demande, curieux :

— Et vous savez comment réveiller les pouvoirs royaux ? Tout ce que je sais à ce sujet, c’est qu’ils sont censés apparaître vers la fin de l’adolescence, la plupart du temps.
— En effet. Du moins, c’est ce qu’ont rapportés les érudits des siècles passés.
— Mais… vous n’êtes ni souffrant ni… mourant, n’est-ce pas ? demande Ambre. Est-ce si urgent ? Ne faudrait-il pas laisser le temps faire les choses ?

Le Roi se renfrogne et s’assombrit. Inquiète, Ambre agite les mains devant elle :

— Désolée si je vous ai offensé, ce n’était pas mon intention ! Je…
— Non, non, ne t’en fais pas, Ambre, coupe Mharcus. Non, je ne suis pas souffrant... mais tu touches du doigt le problème qui nous préoccupe : nous manquons cruellement de temps, à dire vrai. Je n’ai que trop tourné autour du pot.

Il rattrape son verre, en boit une gorgée, puis se met à fixer la table basse. Sa voix se fait plus grave, moins enjouée que précédemment :

— Les Kerchakh veulent à tout prix accélérer les choses. Pour la simple et bonne raison que plusieurs d’entre eux ont eu des visions de l’avenir, qui concordent toutes. En remontant plus loin dans le passé, on a constaté que d’autres rêves et prédictions s’accordent à ces visions… je sais que c’est difficile à croire de but en blanc. Mais les Kerchakh ont prophétisés la fin du monde dans moins de trois ans.
— Pardon ? s’étonne Natael, sceptique.
— Les Ombres vont revenir, achève le Roi en le regardant. Celles qui ont failli annihiler le monde il y a plus de neuf cents ans. Elles vont revenir pour achever leur œuvre.



***


Élio peine à digérer l’information.

Pour lui, les Ombres, c’est une menace lointaine, floue, incertaine, qui a causé un chamboulement dans le monde. Mais étrangement, il ne s’est jamais senti concerné par ces vieilles histoires. Il est du peuple. De l’Histoire, il ne connait pas grand-chose. Le Roi de Givre, évidemment. Celui qui a fondé le Royaume. Les Ombres, qui ont autrefois détruit le monde. Et les hommes, qui se sont fait la guerre sans cesse depuis l’aube des temps, et n’ont cessés de régresser, d’évoluer, et de reculer à nouveau.

Mais il ne connaît rien d’autre.

Pourtant, d’apprendre là, comme ça, dans le bureau du Roi — rien que ça ! —que les Ombres existent bel et bien et vont revenir, il se sent fébrile. Un long frisson achève de parcourir son échine. Les souffles suspendus dans la pièce se reprennent, et Natael questionne :

— Depuis quand le savez-vous ? Nous en sommes certains ?
— Sûrs et certains, oui, répond le Roi. Nous le savons depuis deux années maintenant. Les Ombres pourraient arriver à n’importe quel moment. On ignore de quelle manière. Mais ne va pas penser que je suis resté les bras croisés à me morfondre pendant ces deux ans, Natael. Je sais que la noblesse parle de moi comme d’un homme mou, trop tendre, et qui n’agit pas. Mais au contraire, j’agis. Pour le moment dans la plus grande des discrétions. Je refuse de provoquer la panique dans le Royaume, d’où ce lourd secret. L’heure n’est pas encore venue de leur révéler la vérité.

Il désigne Kashim :

— Tout à l’heure, il vous emmènera voir la carrière. Elle est située juste en-dehors de la citadelle, au pied des murs ouest ; loin de tout passage de la noblesse comme de la population. Nous y avons découvert par hasard, il y a deux ans, ce qu’on appelle une pokéball.

Le garde du corps, ayant deviné la tournure de la discussion, apporte au souverain un petit coffret de bois pâle. Le Roi le remercie et ouvre la boîte, avant d’en sortir une sphère rouge et blanche, aux hémisphères bien distincts et séparés par un trait noir. Un petit bouton semble en permettre l’ouverture à l’avant.

— C’est une technologie de l’Ancien Temps. Autrefois, ces objets existaient en très grand nombre ; et ils permettaient de renfermer des pokémons dressés à l’intérieur. Celle-ci est vide, et ne fonctionne plus, malheureusement…
— Comment se fait-il que vous ayez trouvé ça ? s’étonne Ambre.

Élio, curieux, se mord la lèvre en se rendant compte qu’il est le seul à ne pas avoir osé ouvrir la bouche en présence de Sœlis. Il sent les yeux noisette de celle-ci chercher les siens ; elle est curieuse, forcément. Il se sent d’autant plus gêné de susciter son intérêt.

— C’était un heureux hasard, répond le Roi. Et c’est bien la seule fois où nous avons eu un peu de chance ces dernières années. Nous avons creusé et avons découvert d’autres choses, et c’est ainsi qu’est née la carrière. Il se trouve qu’il existait un bunker, un abri anti-guerre, à cet endroit. Il y en a sans doute ailleurs dans le Royaume, mais j’ai préféré tout miser sur celui-ci. J’espère pouvoir trouver des armes de l’Ancien Temps, pour que nous puissions lutter contre les Ombres lorsqu’elles viendront…

Sœlis hoche la tête et intervient à son tour, d’une voix douce guère étonnante au vu de sa finesse.

— Mais comme ça ne suffira sûrement pas, les Kerchakh ont trouvé une autre solution. Avec les pouvoirs de lumière combinés de deux héritiers du sang royal, c’est à-dire mon père et moi, il serait sans doute possible de repousser les Ombres, ou de les affecter gravement. En plus de compter sur les armes de la carrière, il vous faudra donc m’aider à éveiller mes pouvoirs. Et pour cela, vous devrez me guider dans le Royaume. Jusqu’aux Larmes d’Arceus.

Voyant que ses trois interlocuteurs semblent perdus — Élio n’a jamais entendu ce nom nulle part — Sœlis esquisse un sourire et conclut plus clairement :

— Il faudra se rendre aux légendaires Sources de Vie.