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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 10/12/2018 à 11:11
» Dernière mise à jour le 10/12/2018 à 14:31

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 15
« Mais l’humanité était née pour faire la guerre ; car de cette période de paix et d’union résulta une catastrophe. Sous couvert de l’expansion du savoir-faire et de la connaissance, des hommes commencèrent à jouer le rôle du Créateur. Ce fut la fin de l’ère des pokémons et le début de l’extinction, avec l’apparition brutale du dragon luminescent. »

Almanach des Anciens, Livre I, Quand l’ombre n’était point, 28.



***


Quatre soldats menaçants empêchent le vieux pêcheur de descendre la volée de marches qui le sépare des gradins des concurrents. En montant les escaliers quatre à quatre, Élio se fige et sourit en le voyant relever le menton et se frapper le torse pour rétorquer des insanités à l’homme qui tente de le calmer.

— Steban !

L’appel d’Élio fige le pêcheur comme les soldats.

— Élio, Arceus merci, tu vas bien !

Le soulagement se lit sur le visage du vieil homme. Un soldat, méfiant, se tourne vers Élio.

— Tu connais cet énergumène ?
— Oui. Il ne peut pas descendre ?
— C’est formellement interdit. Ordre du Roi.

Steban soupire.

— Ah, ces lois à tout-va… bah, pas grave. Élio, t’en fais pas, j’voulais juste savoir si t’allais bien. Ça m’en a tout l’air. C’est qu’ils sont doués, ces docteurs. T’as rien d’cassé ?
— Non, tout va bien.
— Tant mieux, tant mieux.

Une trompette résonne. Le public explose alors qu’un combat commence en contrebas ; peut-être même déjà la finale. Élio s’est évanoui, et il ignore si ça a duré longtemps. Il commence à faire demi-tour :

— On se revoit plus tard, Steban, je dois me préparer pour la suite.
— Bon courage, Élio. J’me suis promis d’rien parier plutôt que d’parier ta défaite… mais finalement j’vais continuer à tout miser sur toi ! Sois prudent quand même, hein ?
— Oui, oui !

Le jeune homme fait un signe de la main, vérifie discrètement que Steban retourne dans les gradins sans s’attirer les foudres des gardes, et il redescend.

Un coup d’œil dans l’arène lui suffit à comprendre qu’il a raté un duel. Car Natael et Ambre s’affrontent sous les huées, pour une finale qui s’annonce grandiose.



***


Natael sait qu’il doit se méfier.

Cette ennemie n’est pas comme les autres. Bien qu’il soit en colère contre elle, pour oser l’avoir tutoyé, contredit, interrompu et laissé en plan, il doit faire taire ses émotions et se concentrer sur l’essentiel. Ne pas aller trop vite en besogne. Ne pas sous-estimer la puissance de son type dragon.

Les ball’ombres pétaradent partout sur le terrain. Un voile de brume sombre commence à lentement retomber sur les deux combattants. Le terrain est bientôt prêt pour lui permettre de déchaîner sa puissance.

Des dracogriffes énormes, rougeoyantes et rugissantes, s’abattent sur lui. Il doit utiliser plusieurs tranches-nuit pour annuler l’attaque ; tout en envoyant des vibrobscurs en direction de la jeune femme.

Faisant preuve de cette souplesse incroyable, elle évite des ondes de choc dans les premières secondes de l’échange. Mais l’une d’elles finit par la toucher, et lui fait même perdre l’équilibre.

Saisissant cette occasion, Natael utilise toute sa puissance pour utiliser une « explonuit », comme sur ce gueux. Chez les pokémons, cette attaque très rare cause déjà des troubles de la vision baissant la précision de leurs attaques ; chez lui, ce pouvoir a suffisamment été développé pour aveugler provisoirement quiconque se fait toucher. S’il a un peu de chance.

Il entend la sergente Karalune crier de surprise ; gagné.

Rapidement, il envoie trois dernières ball’ombres exploser dans les airs, pour plonger le terrain dans une obscurité quasi-totale. Comme une ombrelle, la brume noire redescend sur l’arène. Natael s’y sent bien ; il va pouvoir se battre de toutes ses forces.

Le garçon se concentre une petite poignée de secondes, et soudain… son ombre s’étire et se détache de son corps.

Très rapide, elle s’élance à travers le terrain, perçant la brume comme un éperon. L’ombre silencieuse apparaît dans le dos de la jeune sergente aveuglée, prête à frapper.

Et soudain, l’ombre se volatilise avant d’avoir pu attaquer, et le brume disparaît avec elle.

Natael, stupéfait, sent que son ombre est de nouveau avec lui. Quelque chose a annulé son attaque.

— Impossible… chuchote-t-il dans un souffle.

Une sphère aquatique s’est formée au-dessus d’Ambre, qui regarde toujours dans le vide, l’oreille tendue. Natael comprend avec effroi.

La brume. La brume que ses attaques ont causée… sont en grande partie constituées d’eau. Évidemment. Quel idiot il a fait !

Il projette des tranche-nuit, fait exploser des vibrobscurs, précipitamment. Il doit l’éliminer avant que son attaque ne prenne fin.

La sergente, à l’ouïe, doit comprendre qu’elle est attaquée, et elle abaisse le bras plusieurs fois, sèchement. Les dracogriffes effrayantes de la jeune femme contrent chacune des offensives de Natael, qui commence à avoir le souffle court.

La sphère aquatique est énorme. D’un bleu plus sombre, taché de noir et de pourpre, Natael comprend avec effroi que ses capacités ont été absorbées avec l’humidité ambiante ; et qu’elles vont lui revenir dessus tôt ou tard.

La sergente tend le bras vers lui. Il s’est sans doute trahi, à respirer si fort. Il se jette sur le côté pour éviter l’hydrocanon chargé d’énergie, mais c’est inutile. Le jet, en se fracassant contre le dôme de protection, rebondit avec force, et tel un torrent à haute-pression le happe au passage. Impuissant et rageur, il se sent malmené par l’eau, incapable de respirer, incapable de se débattre. Il est brutalement plaqué dans un coin de l’arène, alors que le poids de l’eau continue de lui écraser la cage thoracique.

Impossible. Impossible !

Il ne peut pas perdre contre une soldate pareille ! Il ne peut pas finir deuxième, ce serait intolérable…

Paralysé, il sent le jet d’eau continuer de souffler sur l’arène. Il est sous l’eau, et ne sent plus très bien ses membres ; mais il tente de bouger, de se relever sur ses jambes. Comprenant que ses muscles ne répondent plus, épuisés ou abimés, il laisse sa conscience furieuse dériver lentement, sa vision s’obscurcir…

… et la défaite lui laisser un goût amer dans la bouche.



***


Sœlis a encore en tête les images du dernier combat.

Cette finale aura été magistrale. Et pour son plus grand plaisir, la sergente Karalune a démenti les sondages en l’emportant. Comme quoi, il ne faut définitivement pas s’y fier !

Cela fait déjà dix minutes que le combat a pris fin et que Natael, dans un état comateux, a été pris en charge par les médecins, en bas. Sœlis s’est attendu à ce que son père Mharcus fasse un discours, ou annonce le dernier combat, la petite finale ; même si après un échange aussi incroyable, la princesse doute que ce dernier combat soit aussi divertissant.

Mharcus est en grande discussion avec trois nobles, à quelques pas de sa place dans les loges ; afin de ne pas être vu par le public.

Kashim, tendu, est debout à côté de lui et ne dit pas un mot. L’échange est vivace. Mharcus semble contrarié. Distraitement, Sœlis reconnaît l’un de ses interlocuteurs, Helbert Tanix. Un des conseillers du Roi, et l’un des plus influents de la Cour. La princesse le soupçonne d’avoir truqué les arbres de combat à son gré ; ça ne ressemble pas à ses méthodes, en tant qu’organisateur de quoi que ce soit, de laisser les choses se dérouler par hasard. Elle connaît sa réputation : Il aime tout contrôler autour de lui.

Difficile de dire s’il est un homme de confiance ou non ; et ça, c’est de son père lui-même qu’elle l’a appris. Helbert Tanix sait et aime porter des masques, et connaître ses réelles intentions est une chose ardue. Pour ne pas dire impossible.

— Très bien, soit, conclut Mharcus Libellion en congédiant les organisateurs.

Ceux-ci s’éclipsent rapidement. Le Roi vient se rasseoir à sa place. Sœlis se penche vers lui :

— Que se passe-t-il, père ?
— L’un des concurrents de la petite finale souhaite abandonner avant d’avoir commencé.
— Quoi ? Mais c’est interdit. Lequel des deux ?
— Keel, le soldat.
— Il a une raison ?

Le Roi soupire, et hoche la tête d’un air las.

— Il dit s’être senti trop humilié par son combat contre la sergente Karalune, tout à l’heure. Et de toute façon, on vient de m’affirmer qu’il a subi une blessure qui va le désavantager pour son combat.
— Vraiment ?
— Il est de type feu, et l’hydrocanon a affecté sa mutation physique. Aucun soin ne pourrait le remettre d’aplomb avant plusieurs heures. On ne peut que lui prescrire du repos, malheureusement. J’ai été obligé d’accepter son abandon. Faire attendre le peuple dans un moment comme celui-ci est inenvisageable. Il vaut mieux mettre fin à l’évènement.

Le Roi tourne ses yeux clairs vers ceux de sa fille, et esquisse un doux sourire. Toute trace de contrariété a disparu de son visage ridé.

— Mais dans un sens, c’est assez arrangeant. Bien que Keel aurait fait un Gardien exemplaire, l’idée que tes trois protecteurs soient issus de trois castes différentes pourrait unir le Royaume un peu plus. C’est à la fois symbolique et cela peut même aider les gens du peuple à mieux cerner ma politique, tu ne crois pas ?
— C’est une merveilleuse nouvelle, oui, père !

Elle se rassoit, rassurée. Bien que déçue par l’absence d’un dernier combat — à son propre étonnement, elle s’est prise au jeu —, il est vrai que cet aspect-là peut aider à renforcer l’image d’un Roi bienveillant cherchant à rendre les hommes plus égaux.

Et finalement, un combat de l’ampleur de celui qui a eu lieu en guise de dessert est certainement quelque chose que le peuple concèdera sans trop râler.


***



Arya se réveille en sursaut, si brusquement qu’elle bondit presque sur place. Son lit de camp grince, s’affole, et elle retombe sur le matelas en prenant une grande inspiration ; comme sortant d’une apnée. Le retour à la réalité lui paraît si brutal qu’elle se demande pendant de longues secondes ce qu’elle fait là.

Elle entend des bruits à sa gauche. En tournant la tête, elle aperçoit quelques infirmiers qui aident quelqu’un à se remettre debout. Un serviteur, une trousse de maquillage en main, s’occupe d’embellir le visage du garçon à peine remis.

En se redressant, Arya sent une douleur vive faire hurler ses muscles. Douleur qui disparaît aussitôt. Elle comprend qu’il va falloir y aller doucement si elle ne veut pas réveiller les blessures de son duel.

C’est à ce moment-là seulement qu’elle reconnaît le blessé. C’est Natael d’Orthalos.

— Vite, le discours est presque terminé, s’empresse le serviteur. Monsieur d’Orthalos, vous êtes prêt ?
— Vous êtes sûrs que c’est une bonne idée ? se méfie l’infirmer en chef. Il n’est pas complètement remis.
— Je tiens debout, réplique le noble, agacé. Ça suffira.
— Comme vous voulez.

Deux autres serviteurs se faufilent dans la tente et, en quelques gestes visiblement habitués, retirent son armure usée pour lui enfiler un costume bleu marine qui fait ressortir ses yeux. Deux coups de peigne sont donnés, un coup de pinceau vient finaliser le fond de teint très léger qui parsème ses joues, et voilà qu’il se fait embarqué à l’extérieur dans un silence tendu.

Arya passe une main sur son front trempé de sueur. Elle le trouve effrayant, ce Natael. Ce sentiment de peur n’est là que parce qu’il l’a écrasé pendant le combat, et elle le sait. Mais elle ne peut s’empêcher d’être intimidée, désormais.

— Tu as l’air d’aller mieux, constate tranquillement l’infirmer en chef en revenant vers elle.
— Oui…
— Je n’ai jamais vu une blessée dormir aussi bruyamment que toi.
— Ah bon ?

Étonnée, elle se demande en quoi elle aurait pu être si bruyante, mais l’infirmer en chef ne la laisse pas poser de questions. Il s’occupe des ultimes vérifications, avant de finalement soupirer.

— J’ai eu beaucoup de travail, aujourd’hui. C’était épuisant. Tu es guérie, libre à toi de sortir.
— Votre… votre journée n’est pas finie, si ?
— Hm ? Si, le tournoi vient de se terminer.
— Quoi ?

Elle se remet sur ses pieds d’un bond, percutant presque l’infirmier en chef, qui titube en arrière pour préserver son menton.

— Doucement, jeune fille !
— Je… je dois y aller !

Comme une torpille, elle bondit à l’extérieur, soulevant le pan de toile de la tente dans son mouvement. Elle entend aussitôt la voix grave et puissante du Roi qui résonne de manière artificielle dans l’amphithéâtre tout entier.

Stupéfaite et terriblement déçue d’avoir raté les festivités, elle remarque qu’il y a du mouvement dans l’arène. Le Roi se trouve encore dans sa loge, en haut ; mais dans le sable de l’arène, entourés de soldats royaux, se trouvent trois silhouettes, côte à côte. Les trois gagnants.

Arya se fige et laisse pendre sa mâchoire.

Élio. Il a réussi.

Pas croyable.

Elle se tait pour écouter ce qui semble être le moment le plus important du discours.

— … et j’espère que malgré l’absence de ce combat, vous serez tout de même satisfaits, mon peuple. Nous avons enfin nos trois gagnants. La sergente Karalune, monsieur d’Orthalos et monsieur Élio.

« Monsieur Élio » ? Arya, trop choquée par la nouvelle, aurait ri en d’autres circonstances. Sans doute le Roi est-il trop poli pour l’appeler uniquement par son prénom. Étant issu du peuple, il n’a pas de nom de famille, ce qui rend sans doute les choses compliquées lors des cérémonies officielles… si toutefois un homme du peuple a déjà été au cœur d’un tel évènement.

Ce dont Arya doute fortement.

— … ce que vous attendez tous.

Elle se concentre de nouveau, ayant peur de rater l’essentiel.

— Ces trois jeunes gens ici présents vous recevoir un cadeau royal. Je leur octroie dès à présent un nouveau titre, un titre que seuls dépassent ceux de Roi et de princesse. Ils seront à présents des Gardiens, veillant à la protection de la famille royale, et notamment de mon héritière, Sœlis Libellion. Veuillez acclamer la Trinité des Gardiens, mon cher peuple, car ils seront le porte-étendard d’une nouvelle ère pour notre pays, celui de l’égalité et de la sécurité !

Le public, bien que déçu ou dans l’incompréhension pendant un instant, finit par rugir et applaudir à tout rompre, aidé sans doute par la musique tonitruante provoquée par l’orchestre dissimulé dans les hauteurs.

Dans l’arène, Natael semble fier, bien qu’un peu pâle — et un peu raide, serait-il irrité ? —, Ambre Karalune fait des signes au public déchaîné, en souriant jusqu’aux oreilles, et Élio, mal à l’aise, parvient tout de même à remercier de la main ceux qui rugissent son prénom dans les tribunes les plus basses.

Arya se laisse retomber sur un banc de pierre, et étend ses jambes devant elle. Elle lâche un gros soupir et rejette la tête en arrière, avant de fermer les yeux.

— Rude journée… je vais m’en rappeler longtemps…



***


La joie se dispute à l’amertume dans l’esprit d’Élio, alors qu’il entend encore les rugissements du public en sortant de l’arène. Il est pris de court, tellement même, qu’il a l’impression de marcher dans un rêve.

Un rêve inaccessible, où il se tient aux côtés de deux élus comme lui, deux élus promus par le Roi lui-même.

Distraitement, il suit le mouvement. Il marche aux côtés des deux autres, regardant autour de lui sans rien voir, entendant la foule sans l’écouter. Des pétales de fleurs volettent sur eux comme une pluie ou une bénédiction. Une musique joyeuse a été lancée par des musiciens talentueux, et les soldats s’agenouillent sur leur passage, le soleil jouant avec les reflets mordorés des armures.

Les grandes portes de l’amphithéâtre s’ouvrent sans un bruit, et pourtant Élio frissonne.

Il ne mérite pas vraiment d’être là. Il a la sensation étrange… de ne pas être légitime. Il n’a pas gagné le dernier combat ; le tournoi a été avorté. Ce « Keel » dont il a entendu le nom partout mérite peut-être de le remplacer, finalement.

Encore une fois, il a l’impression d’avoir perdu. De n’avoir pas réussi à prouver qu’il est capable de quelque chose de grand.

Mais alors que les pétales de fleurs tombent dans ses cheveux, qu’il entend la musique et les applaudissements, qu’il voit les lames des soldats se lever pour leur créer un couloir, ses pensées se dispersent. Il oublie ses doutes et ses craintes, et esquisse un sourire.

Il n’a peut-être pas complètement dominé ce destin dont il rêve, mais… il a fait un pas de plus vers lui. Un pas vers une nouvelle vie qu’il a la chance de pouvoir arpenter.

Il s’est attendu à une récompense matérielle, et ne comprend pas vraiment si devenir Gardien est vraiment une bonne nouvelle pour lui. Mais pourquoi pas… si d’une manière ou d’une autre, il peut faire soigner sa mère, ça lui va.

Quand il se rend compte qu’il n’a pas pu parler à Steban, ni revoir Arya, il est trop tard.

En moins de temps qu’il n’a suffi pour le réaliser, le voilà dans une carriole magnifique tirée par des arcanins. Assis sur une banquette de cuir trop confortable, il remarque l’amphithéâtre qui s’éloigne derrière les fenêtres.

Reprenant enfin ses esprits, il tourne la tête et croise le regard de Natael d’Orthalos. Ce dernier fait une moue dégoûtée en détournant les yeux ; il s’est assis sur la banquette d’en face, dans le coin opposé, et croise les jambes comme pour lui dire de ne pas s’approcher de lui.

Assise à sa droite, souriante et observant le paysage d’un air excité, est assise Ambre Karalune.
Élio reste silencieux. Et malgré son détachement et son stress, il ne peut s’empêcher de se sentir amusé.

Ils forment un bien étrange trio.

La charrette ralentit rapidement, pour tout à fait s’arrêter. Des bruits de sabot se font entendre, quelques échanges de voix. Une deuxième charrette les dépasse lentement. Élio en reste béat.

Le carrosse royal !

Derrière les rideaux de soie du véhicule, impossible d’apercevoir quiconque, mais il ne fait aucun doute que le Roi et sa fille y sont installés.

La carriole les dépasse et Élio entend une cravache, signe qu’elle accélère pour retourner vers Hymnus, la capitale. Il sursaute quand la porte de leur propre carriole s’ouvre. Un homme y entre vivement et referme la porte, avant qu’ils ne redémarrent en trombe.

L’inconnu s’assoit en face d’Élio, sur la seule place restante. Bien qu’il règne une certaine pénombre dans la charrette, il n’est pas difficile de le distinguer. Un teint hâlé, des yeux sombres, un visage impénétrable. Sa peau semble presque taillée dans le roc, visiblement peu habituée à ce que ses muscles faciaux fassent des mouvements brusques.

Élio comprend aussitôt qu’il n’est pas originaire des plaines de Kirazann. C’est un homme du sud. Peut-être un Kerchakh ? Il paraît en tout cas évident qu’il n’est pas habitué à plaisanter. Il a un regard froid et implacable, qui n’inspire pas vraiment confiance à Élio.

— Je m’appelle Kashim, et je suis le protecteur du Roi.

Sa phrase, pourvue d’un accent qu’Élio n’a encore jamais entendu, parvient à capter l’attention des trois gagnants.

— Je vais vous expliquer comment vont se dérouler les prochains jours, jeunes Gardiens. Êtes-vous prêts à m’écouter ?