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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 12/11/2018 à 11:32
» Dernière mise à jour le 12/11/2018 à 11:32

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 11
« Certaines choses quant à nos pouvoirs restent très opaques. Pourquoi y’a-t-il autant d’humains de type combat et feu, mais si peu de type insecte, fée ou acier ? Est-ce à cause de notre corps, de notre évolution, ou de tout autre chose ? Certaines théories évoquent une incompatibilité naturelle, liée au fait que nous ne pouvons physiquement obtenir des attributs féériques, insectoïdes ou métalliques. Il est vrai que des humains dotés de pinces ou fusionnés avec des métaux risqueraient fort de créer un vent de panique dans le Royaume. Et pourtant… les tribus périphériques, aux ancêtres légèrement différents des nôtres, possèdent parfois des attributs physiques absolument remarquables… »

Extrait du prologue de Mutations et particularités extraordinaires d’Helbert Tanix



***


Élio ne se souvient même pas s’être évanoui.

On lui a dit qu’il est resté inconscient seulement deux minutes, et il se sent maintenant en pleine forme. Comme si son premier combat, sa première victoire, ne lui avait rien coûté. C’est plutôt pratique, d’avoir des pouvoirs de guérison. Les serviteurs du Roi sont nombreux à en posséder, et à savoir s’en servir efficacement. Ce n’est sûrement pas un hasard s’ils sont autant autour de l’arène.

Assis à l’écart, dans les gradins réservés aux participants, Élio se sent encore un peu fébrile malgré sa qualification pour les huitièmes de finale. Il sait déjà contre qui il va combattre ; c’est un soldat, dont il n’a pas retenu le nom. Et, stressé comme il l’a été, il n’a pas vraiment suivi le tout premier combat et il ne sait même pas de quel type est son adversaire. C’est assez angoissant. Il regrette de ne pas avoir mis son stress de côté au lancement du tournoi.

D’autres s’affrontent dans l’Arène. Le vacarme s’intensifie à chaque échange de coups, à chaque capacité qui se dévoile. Le public hurle à chaque blessure. Les attaques pétaradent violemment.

Les autres participants, non loin de là, sont tendus. Beaucoup regardent le duel en cours, en silence. Ils savent qu’il y a beaucoup à gagner ; le tournoi est un moyen de se faire connaître par tous. Et la présence du Roi ne les laisse sûrement pas indifférents.

La victoire revient sans surprise à ce noble ; un blond aux yeux bleu, à la coiffure et au visage trop parfaits. Il a complètement dominé l’échange. Élio trouve qu’il manque de naturel, malgré son charisme. Il a la tête parfaite du manipulateur arrogant. C’est lui qui a ricané quand ils sont arrivés dans le salon pour la première fois, la veille. Un certain Natael, si sa mémoire ne lui joue pas des tours. Il a entendu d’autres parler de lui, et il ne fait aucun doute qu’il est haut placé même parmi les autres nobles du royaume.

Élio soupire de dépit en le voyant quitter l’Arène avec son petit sourire en coin, l’air fier de lui, et en même temps pas très surpris du résultat.

— Tu as gagné, bravo ! lance soudain une voix dans le dos d’Élio.

Il sursaute et se retourne. Arya revient juste du salon ; elle s’assoit à côté de lui, pleine d’énergie, et souriante. Il note tout de même le léger tremblement de ses mains, et son expression un peu crispée.

— Merci. J’ai eu du mal, répond-il distraitement.

Elle hoche la tête avec fougue :

— C’est normal ! Mais t’as quand même réussi à vaincre une sacrée noble, à ce qu’il paraît. Maintenant, les autres vont arrêter de nous sous-estimer sous prétexte qu’on est des gens du peuple !

Élio acquiesce avec un sourire hésitant. Peut-être que cette Ivir Denevan l’a mal jaugé, oui. Mais elle a quand même été très prudente, en le maintenant à distance avec sa tornade et ses flammes. Non, c’est uniquement la vitesse d’Élio qui lui a permis de gagner, et il le sait bien.

Il n’est ni plus fort, ni plus malin que les autres. C’est seulement sa rapidité qui a joué en sa faveur, encore. C’est sa seule force. Son seul atout. Avec son double-type, bien sûr. Mais il doute fort d’avoir le temps de s’en servir. Il a beau savoir faire apparaître une lame au prix d’un gros effort, il ne sait pas la manier aussi bien qu’il le voudrait, loin de là. Son entraînement après les qualifications du peuple n’a rien changé. Aucune différence notable. Il faut dire qu’il n’a eu qu’une poignée de jours pour essayer de changer les choses…

— Prête pour ton premier combat ? demande-t-il pour relancer la conversation après un silence.
— Je ne sais pas… je stresse un peu, en fait, avoue la jeune fille en baissant la tête.

Ne sachant pas quoi dire pour la motiver ou la rassurer, Élio la fixe un moment. Il se détourne en comprenant qu’il ne trouvera pas les bons mots. Mieux vaut se taire que d’aggraver inutilement son angoisse.

Il est du peuple ; il n’a jamais appris à s’exprimer aussi justement que des bourgeois ou des proches du Roi. Il le regrette, parfois. De ne savoir ni lire, ni écrire, ni discourir.

Il ne trouvera pas les bons mots, et il ne peut rien y faire.

L’heure de vérité pour Arya vient plus vite qu’ils ne s’y attendent ; elle est appelée quelques minutes plus tard. Trop inquiète, elle ne pense même pas à dire quoi que ce soit à Élio, et celle-ci est déjà trop loin quand le garçon songe à l’encourager. Tant pis. Elle est déjà dans sa bulle, et elle ne l’aurait peut-être même pas entendue…

Elle se retrouve face à un jeune garçon, un apprenti-soldat à gros sourcils ; il paraît un peu déboussolé, lui aussi. Plus qu’elle, d’ailleurs.

Les trompettes retentissent et le duel débute, dans une myriade d’explosions verdoyantes.



***


Steban a déjà failli perdre son chapeau, ses cheveux, et même sa barbe mal rasée, tant ces duels sont impressionnants.

Il n’est déjà pas encore remis du combat époustouflant d’Élio — c’est possible de projeter autant de flammes avec ses mains ? Et de se déplacer aussi vite ? D’aller aussi haut ? — que d’autres prennent la relève pour tenter de lui faire faire des crises cardiaques.

Entre les tornades, les jets empoisonnés, les rayons glacés, les grandes ombres griffues et les vagues qui surgissent de nulle part dans l’arène, il y a largement de quoi paniquer. Heureusement que ce dôme étrange les protège des attaques ! Steban a bien cru y passer plusieurs fois.

Il a gagné quelques piécettes avec son pari ; mais à dire vrai, il ne s’est pas attendu à ce qu’Élio soit doué à ce point. Il s’est déplacé bien plus vite que pendant les qualifications, du moins dans son souvenir. Peut-être que s’entraîner régulièrement est réellement un moyen d’augmenter ses pouvoirs, alors ?

Pendant une pause entre deux affrontements, Steban pense à son propre pouvoir, dont il ne se sert jamais. Sa lévikinésie est trop faible pour lui permettre de soulever un caillou plus de vingt secondes, autant dire que l’utilité en est tout de suite très réduite. Il oublie même parfois être doté de pouvoirs.

Il sursaute en entendant les trompettes puissantes de l’Armée. Un duel commence. Il reconnaît la jeune fille du peuple, aux pouvoirs plante. Il ne se souvient pas bien d’elle — il avait bien bu cette journée-là — mais il sent qu’elle a la rage de vaincre.

Son adversaire, plus jeune qu’elle, quinze ans à peu près, paraît trop déstabilisé par la mise en scène du tournoi pour tout donner. En plus, avec ses pouvoirs limités au corps-à-corps, il semble peiner à contrer les écosphères qui se promènent un peu partout au-dessus du sable.

Des racines sortent du sol pour ralentir sa progression ou tenter de l’attraper. Il se retrouve très vite acculé entre un mur végétal et le dôme de protection.
Des écosphères explosent contre lui par saccades, et le pauvre soldat ne tarde pas à s’effondrer dans la poussière, sous les huées sauvages du public.

Les combats sont courts. Drôlement courts, pour la plupart. Peut-être que finalement, ce tournoi, que les autorités ont annoncés sur une durée d’une journée minimum, se terminera dans l’après-midi ? Si jamais il venait à s’éterniser jusqu’au soir, il n’y aurait de toute façon aucun endroit pour le peuple où dormir, si ce n’est dans la nature environnante.

Steban se voit mal dormir par terre avec ses rhumatismes ! Et encore moins entouré de ces sauvages…

Les trompettes lui vrillent le crâne, encore. Le peuple rugit en se voyant vainqueur pour la deuxième fois de la matinée ; le type sol de la cité des goélises, qui a perdu contre un noble tout à l’heure, est déjà oublié. La fille de type plante a décroché la victoire et déjà effacé ce mauvais souvenir. Steban entend ses oreilles siffler.

Il sent que cette journée sera harassante, autant pour les participants que pour lui.



***


Les seizièmes du premier arbre du tournoi sont terminés ; Élio, aux côtés d’Arya, demande à un organisateur de lui déchiffrer le tableau mis à jour. Il apprend donc ce qu’il sait déjà pour lui ; il affrontera un soldat, avant de se retrouver en quarts de finale, s’il y arrive.

Arya, dans le second groupe de l’arbre, va elle aussi devoir lutter contre un homme de l’Armée, d’une garnison assez réputée. Elle ne semble pas réagir quand on lui dit qu’elle se trouve à tout juste un embranchement d’un des favoris du tournoi : le noble Natael d’Orthalos. Elle devra l’affronter si chacun d’eux emporte son prochain combat.

Mais avant de départager ces concurrents, il va falloir suivre les seizièmes du deuxième arbre du tournoi. Le hasard a plutôt bien fait les choses, puisqu’il est occupé quasi-exclusivement par des soldats. Quelques nobles sont compris dans le lot, ainsi que le dernier participant du peuple, qui n’a que peu d’espoir si Élio écoute aux prévisions des organisateurs. Maus faut-il vraiment s’y fier ? Il a déjà fait démentir les premières prédictions, après tout.

— Tu as envie de suivre les combats, Élio ? questionne Arya, alors qu’ils attendent dans le salon, près des panneaux d’affichage. Je t’avoue qu’un peu de repos et un casse-croûte ne me feraient pas de mal…
— Tu es si fatiguée ? Pourtant tu as dominé le soldat, tout à l’heure…
— Apprenti-soldat, rectifia-t-elle en levant un doigt en l’air. Le seul apprenti de ce tournoi. J’ai eu de la chance d’affronter un débutant, mais figure-toi que c’est épuisant de balancer autant d’écosphères. Je ne suis pas si endurante. Alors, petite pause ou pas ?

Élio, pensif, englobe le salon du regard. Beaucoup des participants sont éparpillés entre les canapés et les tables, où certains s’abreuvent et s’alimentent, harassés par les rencontres et le brouhaha de l’amphithéâtre.

— J’aurais juste aimé voir cette fille combattre, je suis curieux à son sujet…
— Hm, qui ça ?

Élio, du menton, désigne discrètement celle qui s’est présentée à lui plus tôt dans la matinée : Ambre Karalune. La jeune soldate aux longs cheveux teints en mauve est attablée et discute avec deux autres filles, absolument pas stressée.

— Oh, elle ? souffle Arya. J’ai entendu dire qu’elle était la deuxième favorite, presque du même niveau que cet horrible Natael de je-sais-plus-quoi.
— Oui, mais elle n’a pas l’air si forte que ça. C’est pour ça que ça me donne envie d’en voir plus.
— Il y a… deux combats avant le sien, si je me souviens bien... on peut toujours manger, et se ruer dehors en entendant les trompettes…

Arya vérifie en s’aidant du tableau et d’un soldat qui passe par là, et ses dires s’avèrent justes ; ils se décident donc à manger rapidement avant de retourner dans l’arène.

S’installant à l’écart des autres, sur une grande table plus isolée, ils n’ont pas à attendre longtemps pour qu’un servant s’incline à leur table — à leur plus grand désarroi — et ne demande ce qu’ils souhaitent.

— Du jus de baie ceriz et… du pain aux herbes ? hésite Arya après qu’il ait énuméré ce qu’ils proposaient en cuisine.
— Euh… pareil… bafouille Élio, mal à l’aise.

Le servant, impassible, s’incline de nouveau et s’éloigne en coup de vent. Du coin de l’œil, Élio remarque qu’il est suivi par un de ces machocs en costume. Arya passe une main sur son front, soulagée.

— C’est vraiment pas mon délire, les courbettes et les politesses, murmure-t-elle.
— Moi non plus…
— Comment ils font pour travailler comme ça, à ton avis ? Toujours à se pencher et à s’incliner, à accepter tout et n’importe quoi ? Ce sont presque des pokémons de compagnie, les pauvres !

Élio hoche la tête, le regard perdu dans le bois brut de la table. Le banc sur lequel il est installé manque de stabilité et grince au moindre mouvement. Il entend un éclat de rire venant de la zone canapé, et constate que c’est encore ce blondinet de noble qui se fait inutilement remarquer. Il soupire.

La lumière du soleil, qui filtre par une unique fissure creusée dans la roche, ne déverse qu’un pâle rai de lumière dans la pièce, où voltigent des poussières dansantes. Les lanternes s’occupent de bien éclairer les lieux, aidés par le lustre imposant fixé au plafond, au centre du salon. Élio s’apprête à faire une remarque sur la mystérieuse façon que le royaume a eu de construire un tel endroit dans la roche, quand quelqu’un s’invite à leur table.

Élio et Arya constatent bien vite qu’il s’agit d’un des deux autres participants du peuple.

— Je peux m’asseoir ? demande-t-il de sa voix grave.

Il est grand, bien bâti, et plus âgé qu’eux. Alors qu’ils sont à l’aube de la vingtaine, il approche plutôt des trente ans, voire même les a dépassés. Son menton un peu pointu et ses yeux cernés ne lui donnent pas un air affable, pas plus que ses cheveux hirsutes d’un aspect assez gras.

— Tu étais aux qualifications ! se rappelle Arya. Assieds-toi, vas-y.

Élio note qu’elle n’hésite pas à tutoyer n’importe qui ; il faut dire que c’est sa mère qui lui a inculqué l’idée de vouvoyer les inconnus, quand elle était encore en bonne santé. Les gens du peuple ne s’embarrassent généralement pas de ce genre de choses. C’est l’un des seuls aspects qui le différencie un peu d’eux.

L’homme s’installe près d’elle, presque face à Élio. Il a un air sombre, et ça se comprend : il a perdu son premier combat. Ça a été fulgurant. Pourtant, pendant les qualifications, il n’avait pas été si facile à vaincre. Élio se souvient de ses jets de boue, et des morceaux de terre jaillissant du sol comme des blocs dotés de vie. Ses pouvoirs sol et roche auraient pu l’amener très loin.

— Au fait, j’m’appelle Altès. On n’a jamais eu l’occasion de se causer.
— Moi c’est Arya, et lui Élio.
— Ouais, j’ai retenu vos noms. J’espère que vous irez loin. J’me suis fait laminer…

Élio fronce les sourcils.

— C’est toi qui es tombé sur le type poison, non ?
— Ouais. Un d’ces nobles de mes deux. Mais heureusement qu’j’ai pas gagné, j’me s’rais retrouvé contre l’autre type, là…

De la main, il désigne négligemment le groupe près des canapés. Élio comprend qu’il parle de Natael.

— C’est le pire, à c’qui paraît. Si l’un de vous tombe sur lui, vous êtes cuits, j’crois…

Peu après, le servant revient et un des machocs dépose ce qu’ils ont commandé ; Altès refuse l’offre de commander quelque chose. Ils discutent tout en mangeant, alors que le premier duel du deuxième arbre commence à l’extérieur. Le trentenaire leur fait part de quelques stratégies à essayer si jamais ils ont à affronter le noble de type poison ; Élio ne tarde pas à comprendre qu’il essaie de les aider comme il le peut. Il ne sait pas exactement pourquoi, mais Altès semble vouloir que le peuple l’emporte face à l’Armée et à la noblesse. Il est vrai que ça serait étonnant, si une telle chose arrivait.

Mais encore faut-il savoir de quoi sont capables les soldats les plus doués du tournoi. Et ils sont justement en pleine joute. Arya ne tarde pas à terminer son repas, et elle presse Élio d’en faire autant.

Avant qu’ils ne sortent observer les combats, Altès se contente de leur dire qu’il suivra le reste depuis les gradins, où se trouve un membre de sa famille. Il leur souhaite bonne chance, et alors qu’ils émergent du salon presque désert désormais, Élio se surprend à vouloir faire plaisir à Altès, et tous ces gens dans les gradins.

Il a entendu des encouragements, pendant son combat et ceux des autres. Mais jusque-là, ça ne l’a pas vraiment affecté.

Pourtant, il se sent motivé, après cette discussion en face à face. Il n’a plus l’impression d’être seul contre tous ; c’est comme être poussé par une force nouvelle. Il a la sensation que beaucoup de gens comptent sur lui pour gagner. Il n’est plus le seul à vouloir la victoire. Il n’est plus le seul à se battre dans l’espoir de gagner assez d’argent pour soigner sa mère.

Il est un peu le porte-drapeau du peuple.

Cette sensation lui donne presque le vertige.



***


Élio et Arya sont aux premières loges. L’intérêt et la curiosité se lisent respectivement sur leurs visages. L’arène vient d’accueillir les deux combattants du moment.
La première est une noble, dans une armure lustrée que ses mouvements gracieux mettent subtilement en valeur. Elle semble plus habituée à porter des robes que des cottes de maille, au vu de sa posture un peu raide quand elle s’arrête au centre de l’amphithéâtre. Ses cheveux sont noués en une longue natte brune qui pend dans son dos.

La deuxième est Ambre Karalune. Elle serre les poings, dans sa tenue plus légère de fantassin, qui dévoile ses épaules menues et ses bras nus, tout en lui octroyant une plus grande liberté de mouvement. Ses yeux bleus sont emplis de concentration. Elle a changé de coiffure pour l’occasion. Alors qu’elle a porté jusque là une sorte de nœud décoratif pour retenir ses cheveux, elle a imité son opposante en optant pour une longue natte plus pratique en combat.

Élio ne peut que constater avec surprise qu’elle dévoile ainsi un tatouage qu’il n’avait pas remarqué ; elle a deux petits disques rouges, assez discrets, qui semblent dessinés juste à la racine de ses cheveux, en haut de son front pâle. Symétriques, ils revêtent probablement une symbolique qui échappe au garçon.

La trompette retentit.

Tout se joue en une petite poignée de secondes.

La noble émet un rugissement inhumain qui laisse tout le monde bouche bée ; le bruit est assez puissant pour faire trembler les fondations de l’amphithéâtre. Et surtout, il tranche beaucoup avec l’aspect gracieux et élégant de la jeune femme.

Une aura rougeoyante semble émaner de la noble juste après ; il s’agit de la capacité « grondement », une sorte d’encouragement sauvage, qui provoque chez l’utilisateur une augmentation drastique de ses capacités physiques. C’est une attaque rarement utilisée par des humains, et surtout par des pokémons sauvages. Comme quoi, le tournoi garde encore son petit lot de surprise.

La noble se jette puissamment en avant, d’un bond, droit vers Ambre, restée immobile et parfaitement indifférente.

D’un geste vif, la soldate abaisse son bras devant elle ; sa natte violette suit son mouvement, mais la noble ne ralentit pas.

Elle se serait sûrement arrêtée, si elle avait compris ce qu’était cette attaque.

Soudain, entre les deux adversaires, trois griffes draconiques se matérialisent et s’abattent en suivant le mouvement d’Ambre. Environnées d’une brume pourpre et crépitante, et plus grandes qu’un homme, les griffes lacèrent violemment la noble, qui est stoppée nette dans son élan.

Elle tombe face contre terre, comme écrasée au sol par la puissance de l’impact. Les griffes disparaissent aussitôt. Un étrange silence se met à régner sur l’amphithéâtre. Les grandes entailles laissées sur le dos de la jeune femme commencent à former une petite flaque pourpre autour d’elle.

Ambre s’approche de son adversaire dans le silence ambiant, et s’accroupit en posant une main sur l’une des blessures béantes de la jeune fille. Elle semble murmurer quelque chose, mais l’autre ne bouge plus.

La trompette, cinq secondes après avoir lancé le combat, retentit de nouveau alors que les soigneurs accourent sur le terrain. Le public explose, surprise et peur révolues.

Ambre Karalune, un peu inquiète par l’état de son ennemie, ne répond pas aux ovations du public, et ne tarde pas à s’éclipser avec discrétion et humilité.
Arya et Élio échangent un regard qui veut tout dire.

— Trop rapide… lâche le garçon, choqué.
— On sera jamais premiers, renchérit-elle d’un air livide.

Tous les coups sont permis. Le tournoi a bien précisé cette règle, et ce dès le départ.

Pourtant, Élio ne s’est pas attendu à voir plus de sang que nécessaire. Du moins, il ne s’est pas attendu à subir ce sentiment terrifiant… celui d’avoir cru voir la mort. Il a véritablement cru qu’Ambre avait tué son ennemie sur le coup.

Alors que la blessée est transportée ailleurs et passe près d’eux dans un brancard, il note toutefois que les lacérations sont assez superficielles ; peut-être Ambre a-t-elle volontairement visé en surface ? Si c’est le cas, la maîtrise ahurissante de son pouvoir explique pourquoi elle est une favorite. Ce serait alors le choc de l’impact, face contre terre, qui aurait causé l’évanouissement de la noble ?

Élio déglutit difficilement. Ambre n’est pas méchante ni cruelle, ça il en est presque certain. Elle a simplement un pouvoir incroyable, et une maîtrise de haut niveau. Sa réaction post-combat est bien une preuve qu’elle ne voulait pas faire trop de mal. Comme eux, elle souhaite simplement gagner.

Mais contrairement à la très large majorité des hommes du royaume de Kirazann, elle est de type dragon. Un type rare, mystique presque, et incroyablement résistant. Impossible de compter sur une faiblesse liée à ça ; à moins d’utiliser des attaques glace, chose plutôt rare. Sans compter sur les types fée et dragon quasi-inexistants.

Même Élio doute de pouvoir faire quelque chose. L’attaque a été si rapide qu’il n’aurait probablement pas pu l’éviter, même avec ses pouvoirs. En tout cas, pas par surprise.

— On ne peut pas lutter contre ça, souffle Arya à côté de lui, toute trace de confiance disparue.

Élio lui jette un regard en coin. Il sait qu’il ne peut pas toujours trouver les mots justes. Il n’est qu’un garçon du peuple. Pourtant, cette fois-ci, ils sortent naturellement de sa bouche. Sans même qu’il y réfléchisse.

— C’est vrai qu’on risque d’avoir du mal, admet-il. Mais si on abandonne avant même d’avoir essayé, on sera certains d’échouer, pas vrai ? Faut surtout pas laisser tomber.

Ses paroles sonnent faux à ses propres oreilles. Son ton assuré traduit mal son conflit intérieur ; pourtant, Arya semble en saisir le sens, et même en être positivement affectée. Une petite lueur combattive se lit encore dans ses yeux verts.

Élio baisse le regard vers ses mains, rongé par le doute.

A-t-il vraiment besoin d’aller aussi loin ?