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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 22/10/2018 à 16:56
» Dernière mise à jour le 12/11/2018 à 17:19

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 8
« Autrefois, le Grand Roi de Givre aurait fait preuve de clémence envers un assassin ayant tenté de le tuer. Plutôt que de l’exécuter, il l’a laissé libre de quitter le Royaume et lui aurait demandé de se repentir de son acte. Beaucoup racontent qu’il s’agissait là de celui qui, plus tard, allait fonder le terrible Gang des Ténèbres. Si c’est vrai, alors est-ce vraiment une bonne chose d’adoucir notre régime actuel ? »

Extrait d’une lettre adressée à Mharcus Libellion, écrite par Helbert Tanix.



***


Élio se tient sur le pas de la porte, et termine de vider sa bourse dans la main tendue des deux servantes. Il a le cœur lourd, mais il reste droit et tente de ne pas laisser transparaître ses craintes sur son visage.

— C’est votre avance, explique-t-il. Prenez-soin d’elle. Je serais revenu d’ici quelques jours.
— Compte sur nous, Élio, répond la sage-femme en souriant.

Bizarrement, l’argent doit rendre la plus jeune de bonne humeur. Elle se permet même un sourire — une fois n’est pas coutume — et sort même un hésitant « bonne chance ». Élio se détourne finalement d’elles, et s’élance énergiquement entre les tentes et les cabanes branlantes, pour rejoindre l’Avenue.

Ça ne fait que quelques heures que les carrioles des nobles sont passées sur la grande route. Il est temps de partir. Étant un participant, il lui faut arriver avec un jour d’avance. Et comme les charrettes gratuites ne partent que le lendemain pour permettre au peuple d’être spectateur, il est contraint de faire le voyage à pied : ce qui signifie partir maintenant, pour arriver à l’heure.

La plupart des voyageurs disent qu’il faut généralement deux jours de marche pour parvenir à l’amphithéâtre. Élio préfère être prudent et conserver une certaine avance. Ou plutôt, il est effrayé à l’idée d’arriver en retard. Ce serait si bête d’être éliminé pour une raison pareille !

Steban ne part que le lendemain, donc il n’y a pas moyen d’être accompagné non plus. Il a besoin de la journée pour pêcher et vendre certaines de ses prises. C’est donc une marche solitaire qui attend le garçon. Une longue marche.

Il n’a sur lui qu’un sac, contenant une gourde et quelques vêtements de rechange ; ainsi que sa plaquette taillée, qu’on lui donné pour prouver qu’il est qualifié. Et un petit peu de nourriture séchée.

Il atteint donc l’Avenue, et longe celle-ci vers le sud, entouré par les bidonvilles. Il ignore les enfants bagarreurs qui le provoquent depuis le toit d’une petite cabane et allonge un peu sa foulée. Marcher va lui faire du bien. Lui vider l’esprit. Et puis, l’idée de voyager loin de la cité des goélises, seul, n’est pas si étrange que ça. C’est quelque chose qui l’a toujours intrigué, le voyage. Il sent qu’il aime ça, le fait de partir vers l’inconnu, sans être certain de ce qu’on va y faire et de quand on va revenir.

Découvrir de nouveaux horizons. C’est palpitant !

C’est le cœur plus léger qu’il laisse derrière lui les bidonvilles et la cité des goélises ; il embrasse du regard l’horizon de verdure qui l’entoure, et remarque les troupeaux d’écrémeuh et de wattouats autour desquels s’affairent quelques paysans. Il va enfin voir de ses propres yeux le sud dont tout le monde parle ! Il va profiter du…

— Salut, ça va ? On fait la route ensemble ?

Il tressaille de surprise et tourne la tête ; il croise le regard amusé d’Arya. Il lâche un juron mental en se souvenant d’elle. La fille de type plante est qualifiée, après tout, il est normal qu’elle parte aujourd’hui aussi. Mais pourquoi exactement au même moment que lui ?

— Je t’ai fait peur, dit-elle simplement.
— Je suis juste surpris, réplique-t-il, gêné.
— Toi aussi, tu pars en avance ! Bon, on marche ensemble ? Je me vois mal me coltiner tous ces kilomètres toute seule.
— … oui, allons-y.

Ratée, la balade tranquille.

Bientôt, c’est un véritable raz-de-marée de paroles qui jaillit de la bouche d’Arya. C’est une bavarde, contrairement à ce qu’Élio a pensé d’elle pendant le tournoi. Une bavarde drôlement curieuse, d’ailleurs. Il lui faut faire de sacrés efforts pour répondre à ses questions, d’aspect très personel, sans pour autant lui en dévoiler trop. Mais très vite, Élio se détend un peu. Arya n’est pas méchante, ni même stratège en tentant de lui soutirer des informations pour prendre l’avantage sur lui, il le sent bien. Elle paraît plus naturelle qu’au tournoi. Plus agaçante aussi. Mais pas forcément très perspicace.

Elle est étonnamment franche, et plutôt insouciante dans sa manière de dire les choses.

— J’ai bien amélioré mes écosphères, je te préviens, enchaîne-t-elle après un monologue de près de dix minutes. En plus d’être téléguidées et de pouvoir se figer dans les airs, j’arrive aussi à les rendre presque invisibles, le temps de m’en resservir ensuite ! En fait, je savais déjà un peu le faire, mais sur le coup, quand on s’est affronté, j’y ai pas vraiment pensé. Faut dire que ça demande une grosse concentration, et qu’en étant invisible, elles ne peuvent pas se déplacer… et toi, tu as changé des choses ?
— Un peu. J’ai essayé d’améliorer ma… euh…
— Ta capacité acier ? Celle avec l’épée ?
— Oui, c’est ça.
— C’est super ! s’exclame-t-elle, enjouée. Par contre, je sais pas si c’est vraiment une bonne idée. Je suppose que les règles seront les mêmes qu’aux qualifications. Ils risquent de nous interdire de mutiler l’ennemi. Une épée, ça te servira peut-être pas tant que ça. C’est dommage, tu risques d’être désavantagé à cause de ça.

Élio hausse les épaules. Il n’en sait pas plus, il préfère attendre de voir comment le tournoi va se dérouler. Mais déjà, Arya enchaîne sur un tout autre sujet, sans faire ralentir son étonnant débit de paroles. Élio, déjà las de toute cette énergie dont elle fait preuve, sent que ces deux jours ne vont pas être reposants pour son crâne déjà malmené par la migraine.



***


La nuit est tombée. Leur pitoyable feu de bois, qu’ils ont mis près d’une demi-heure à réussir à allumer, craque de temps à autre dans la pénombre. Les flammes chatoyantes frémissent, et la chaleur diffuse qui s’en échappe a quelque chose d’incroyablement réconfortant.

Pourtant, ça n’a pas semblé toucher Arya bien longtemps. Exténuée, elle s’est écroulée dans sa couverture et ronfle maintenant bruyamment, profondément endormie.

Élio, moins serein, à cause d’un sommeil trop léger, s’agite et remue près des flammes. Il se rend compte d’à quel point il est nerveux.

Nerveux de partir pour un tournoi de cette ampleur. Nerveux d’être loin de sa mère malade. Nerveux de devoir dormir en pleine forêt, à quelques dizaines de mètres de l’Avenue.

Il entend au loin des éclats de voix ; il y a un autre campement dans les environs, ou peut-être un groupement de fermes. La région est encore plutôt habitée malgré les prés immenses, les collines venteuses et les petites sentes désertes.

Élio se redresse et regarde aux alentours. Il fait noir, mais le ciel couvert d’étoiles scintillantes lui permet d’y voir relativement clair. Les arbres bruissent faiblement à cause du vent. Un cri rauque de rattata résonne à quelques encablures de la combe dans laquelle ils se sont abrités. Il observe la silhouette désormais menaçante d’un rocher qui les surplombe, et soupire.

Un ronflement d’Arya le fait sursauter.

Décidemment, qu’elle soit réveillée en endormie, elle ne sait pas rester silencieuse !

Il se lève et s’étire. Vu la tournure que prend cette nuit, il se doute qu’il n’arrivera pas à bien dormir.

En essayant de ne pas faire trop de bruit, il s’éloigne et ramasse du petit bois qu’il jette sur les flammes pour les garder en vie le plus longtemps possible. Une fois ceci fait, il abandonne la couverture prêtée par Arya sur son sac, et se décide à faire un petit tour de ronde dans cette forêt.

La végétation n’y est pas si épaisse ; leur campement est cependant invisible depuis la route, grâce au rocher qui les camoufle. Et tant mieux, ça les protège des bandits nocturnes ; bien qu’ils n’aient rien de valeur à se faire voler.

Il se prend quelques branches en plein visage, traverse de vieilles sécrétions d’insectes qui pendent encore aux arbustes, et trébuche plusieurs fois sur des grosses pierres irrégulières. Enfin, après quelques péripéties et jurons grommelés, il atteint la lisière de ce minuscule petit bois et il reste là, debout, à l’ombre des arbres.

— Magnifique… chuchote-t-il, ébahi.

Une vaste plaine, sur laquelle on devine des silhouettes d’herbivores endormis, des barrières et des moulins immobiles, s’étend à perte de vue vers l’horizon plongé dans l’obscurité. Des filets de fumée s’élèvent vers le ciel, formant de gracieuses spirales grisâtres. Le plus beau, c’est ce ciel dégagé, offrant une vue imprenable sur les étoiles. Elles sont là-haut par milliers, ou par millions ; impossible de les compter avec précision.

Un groupe de points lumineux semblent s’agglutiner autour d’une rosace pourpre et or. C’est la Nébuleuse du Lumivole. Un spectacle nocturne qu’il a souvent contemplé étant enfant. Le spectacle de ces lumières et de ces couleurs si vives lui rappelle brièvement son enfance dans les bidonvilles. Il se sent nostalgique de cette époque qui lui paraît déjà si lointaine. Sa mère n’était pas si malade, à l’époque. Ils allaient au marché ensemble. Ils discutaient ensemble.

Élio baisse la tête et fixe l’horizon. Il cherche l’amphithéâtre, mais impossible de le voir de jour à cette distance, alors de nuit…

Il soupire à nouveau, las. Sa vie ne lui convient plus. Elle ne lui convient plus depuis longtemps, d’ailleurs. Il y a cependant un moyen de changer ça, et cette solution est là, à quelques kilomètres, à quelques heures. Il l’espère.

Un mouvement lointain attire son regard, sur sa gauche. Vers l’est.

Des silhouettes se découpent au sommet des collines, à plusieurs centaines de mètres de distance. Des ombres pokémonesques, qui se déplacent en groupe vers le sud. Il plisse les yeux pour tenter de distinguer quelque chose, mais impossible de dire de quoi il s’agit. Une meute sauvage ? Un groupe de cavaliers ? Peut-être aucun des deux.

Il les suit du regard une minute, puis les silhouettes disparaissent dans la nuit, véloces et silencieuses.

Élio fait demi-tour sans chercher à réfléchir plus longtemps à ça. Il lui faut dormir. Même si c’est difficile. Même si une certaine personne se montre toujours plus bruyante qu’un ramboum. Il a besoin de repos s’il veut tenir le coup.



***


— Allez, on lève le camp ! s’écrie un gradé.

Les têtes se relèvent. Certains vocifèrent, plaisantent ou grognent, encore fatigués par leur très courte nuit de sommeil. Les pokémons sont déjà apprêtés pour le reste du voyage et certains s’ébrouent d’impatience.

Des poignées de terre étouffent les feux de camp, les tentes se démontent, les sacs sont vérifiés, les traces effacées. Ambre tapote l’encolure de son zéblitz d’emprunt. Le pokémon, harassé par sa journée d’hier et la course nocturne sur les crêtes, semble moins envieux de partir que d’autres. Mais il a encore de la ressource, et de toute façon, l’amphithéâtre n’est plus si loin.

Les soldats se hâtent autour d’eux. Cette agitation particulière, qui flotte dans l’air, cette légère nervosité et l’empressement qui se lit dans les gestes de chacun, c’est quelque chose auquel Ambre est habituée, désormais. Elle aime cette ambiance. Tout le monde a sa tâche à faire, ses propres directives, et il n’y a parfois même pas besoin de communiquer pour savoir qui fait quoi, et pourquoi.

C’est cet ordre, cette espèce de synchronisation au sein d’une garnison, qui lui a tant donné envie de devenir une soldate. Elle a beau devoir obéir aux ordres, se montrer respectueuse avec la hiérarchie, et respecter le protocole, un soldat est avant tout quelqu’un d’autonome.

Et comme le répète si souvent le très craint Commandant Joyalis, un bon soldat est un soldat qui n’a pas besoin d’ordre pour savoir quoi faire.

Ambre est déjà prête. Elle se juche sur sa selle après avoir vérifié le harnais, et cherche des yeux son pokémon. Ayfiel est perché, tête en bas, à une branche d’arbre, à quelques dizaines de mètres du campement. Il a l’air de grignoter quelque chose ; il a sûrement compris que les soldats se préparent à partir. Malgré sa naïveté et ses mouvements maladroits, Ayfiel est intelligent. Ambre le croit même capable de comprendre presque parfaitement le langage humain.

Elle ne l’appelle pas encore. Il la rejoindra de lui-même quand la troupe au grand complet sera prête au départ.

Un rayon de soleil matinal perce soudain l’horizon nuageux ; Ambre tourne la tête en souriant. Il va sûrement faire beau et chaud, aujourd’hui. C’est plutôt agréable, de voyager ainsi. La jeune femme donne un petit coup de talon au zéblitz pour lui indiquer de s’avancer ; il se positionne agilement dans la file de montures qui commence à se former parmi les restes du campement.

Comme prévu, Ayfiel se décroche de sa branche et, en volant de travers et en battant des ailes comme un forcené, il atterrit un peu brutalement dans le dos d’Ambre, utilisant ses petites griffes pour s’accrocher aux épaisses bretelles de son sac à dos, tout en évitant les longs cheveux de la jeune femme. Elle remarque aussitôt l’odeur fruitée qu’Ayfiel dégage, et elle comprend qu’il a encore dû dévorer un buisson de baie pêcha.

— Prêt pour la route ? demande-t-elle en regardant son pokémon en coin.

Ayfiel lâche un cri aigu et motivé. La jeune femme le gratte par-dessus son épaule et se reconcentre alors que la formation est prête. Au signal du gradé de tête, la troupe se met à avancer et à dévaler la colline.

Ignorant les piaillements indignés d’Ayfiel, secoué dans tous les sens et agrippé tant bien que mal à la jeune sergente, Ambre se redresse, fixant l’horizon comme pour en faire jaillir l’amphithéâtre du regard.

Qui sait, peut-être que ce tournoi va changer sa vie déjà bien mouvementée ?



***


Steban a laissé de côté canne à pêche, seau et salopette de travail. Il n’a gardé de ses habitudes que son chapeau de paille à large bord. Il mordille pensivement une grande herbe sèche qu’il a arraché au bord de l’Avenue, alors qu’il attend impatiemment la prochaine navette.

Une carriole apparaît enfin, venue d’Hymnus. On voit tout de suite que le Royaume n’a pas assez de moyens de transport à disposition des habitants de la cité des goélises ; cette charrette est à ciel ouvert, et doit servir habituellement au transport de marchandises. Les roues ont l’air usées, le bois peint est écaillé. Les bancs de bois installés pour l’occasion dedans sont, eux, presque rutilants en comparaison.

Après quelques formalités et coups d’épaules dans la foule de badauds souhaitant emprunter cette même carriole, Steban parvient à monter, et à s’installer vers l’avant de la navette, juste derrière le cocher. La charrette ne tarde pas à être envahie d’habitants. Les bancs se remplissent, et certains s’assoient aux pieds des autres, par manque de place.

Il faut qu’un soldat débarque pour chasser d’autres personnes tentant de grimper dans la charrette déjà trop pleine. Enfin, le cocher élance son véhicule lentement sur l’Avenue.

C’est fou ce qu’un tournoi pareil peut réveiller tous ces gens ; Steban n’en revient pas. Jamais il n’a vu de telles foules sur l’Avenue. Les gens se pressent pour monter dans les navettes, d’autres partent à pied, en groupes conséquents, prêt à tout pour aller regarder les combats.

Steban soupire de dépit. L’humain a une curiosité sans limites, presque malsaine, lorsqu’il s’agit d’affrontements. Il n’a que peu d’intérêt dans les combats en eux-mêmes. Il y va surtout dans l’espoir de gagner un peu sa vie avec des paris ; il va d’ailleurs miser gros sur Élio, c’est certain.

Le garçon ne va peut-être pas gagner, mais il s’est démené aux qualifications. Steban a été très surpris que le garçon soit doué à ce point. Mais il est vrai qu’il a largement assez de temps libre pour s’entraîner. Il a dû travailler d’arrache-pied, y compris ces derniers jours. Steban ne l’a vu passer qu’en coup de vent près de la rivière.

Le pêcheur s’inquiète un peu pour Élio, tout de même. Le garçon n’est pas vraiment dans son assiette, ces derniers temps. Son anxiété pour sa mère ne cesse de grandir. Et Steban doute que ce soit causé par la fin de l’adolescence. L’état de la mère d’Élio doit réellement empirer. Le garçon n’a jamais été un grand bavard, mais il est devenu de plus en plus renfermé, ces temps-ci. C’est mauvais signe.

Mais il comprend cependant les raisons qui poussent le garçon à aller se battre. C’est pour ça qu’il veut l’encourager et parier sur lui. Il le mérite. Élio a beau dire qu’il n’a rien de spécial, et tout à prouver, Steban le connaît assez bien pour dire que c’est un vrai battant.

— Allez, Élio, t’laisse pas faire par le destin… grommelle distraitement Steban, les yeux dans le vide. Fais pas comme moi…

Il ne lui souhaite que de réussir ; car une simple vie de pêcheur, une destinée entière à rester cloîtré près de cette Avenue bondée ou les pieds dans la vase, c’est bien triste, et très loin des rêves qu’on peut avoir étant jeune. Steban ferme les yeux, continuant de mordiller sa brindille, pensant à tout ce que garçon prometteur pourrait accomplir.

Son potentiel dépasse peut-être même son imagination.



***


Élio et Arya ont rapidement deviné qu’ils ne sont plus très loin de leur objectif.

Deux jours après leur départ, en début d’après-midi, ils ont bifurqué sur une large route bien entretenue. Des soldats postés au carrefour leur ont indiqué qu’il s’agissait de la nouvelle voie menant à l’amphithéâtre ; ils ont donc quitté l’Avenue rectiligne, la fameuse, celles dont ils ne se sont jamais éloignés de toute leur vie.

Les signes avant-coureurs de la proximité de l’amphithéâtre sont partout.

L’herbe coupée rase sur les bords de la route, accueillant des dizaines et des dizaines de charrettes, les va et vient incessants d’autres marcheurs fraîchement débarqués comme eux — mais habillés comme la bourgeoisie d’Hymnus —, les campements dressés partout dans les prairies environnantes, et surtout, la foule bruyante et compacte qu’ils aperçoivent au loin, au pied d’un espèce de grand talus rocheux…

— C’est énorme, lâche Arya, stupéfaite. Il y a encore plus de monde qu’aux qualifications ! Regarde les vêtements de celui-là ! Et là-bas ! Y’a plein de gens bizarres, partout !
— Ce sont des nobles, rectifia Élio.

Il regarde à peine les ombrelles de dentelle, les larges robes froissées ou les costumes élégants ; pas plus qu’il n’accorde d’attention aux soldats et aux gardes, en armure brillante, qui observent les faits et gestes des gens du peuple, comme lui.

Non, Élio a le regard fixé sur le talus rocheux, au loin.

Ce n’est pas un simple promontoire. Ce doit être l’amphithéâtre, creusé à même la roche d’une ancienne colline de granit. Des drapeaux flottent au vent, sur les hauteurs du talus, alors que des chevaliers sur des montures ailées font des cercles au-dessus de cet ensemble gargantuesque ; le tout éclairé par le soleil au zénith.

Subjugué par autant de majesté, Élio ne répond même pas quand Arya lui tire le bras pour continuer leur route.

Il sent qu’il est là, juste devant.

Le nouvel avenir qui lui tend les bras.