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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 08/10/2018 à 20:34
» Dernière mise à jour le 10/10/2018 à 17:17

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 6
« Ombre. Ce nom, ce simple mot… pourquoi évoque-t-il en l’homme une peur intestine, inexplicable, viscérale ? C’est parce que notre instinct, par le biais des gênes transmis par nos ancêtres, nous a appris à quel point les Ombres sont des créatures terrifiantes. Capables de détruire l’humanité sans effort. Il suffit de passer les frontières du monde connu pour se rendre compte que la Terre n’a pas encore récupéré de leur passage, il y a de cela 900 ans. »

Discours du Roi Mharcus Libellion lors de la commémoration de sa dixième année de règne.



***


Élio se sent un peu privilégié ; il fait partie des huit derniers. Il sent que c’est le fait d’avoir utilisé son type acier qui a joué en sa faveur. Il ne se souvient pas de ce qui s’est passé après son duel contre Arya ; il vient à peine de se réveiller de son évanouissement. Il se sent de nouveau en forme, bien qu’un peu fatigué. Mais surtout, il est au fond de lui plutôt fier d’avoir atteint ce niveau des qualifications.

Peut-être qu’il est réellement capable d’accomplir quelque chose de sa vie, après tout ? Il a rêvé de briller depuis si longtemps. Dire que même la garde de la ville n’a pas voulu de lui en tant que simple sentinelle… et qu’aujourd’hui, il se tient près de ce terrain, acclamé par une foule en délire, et dévoilant à tous les pouvoirs qu’il s’entraîne à maîtriser en secret après tant d’efforts !

Si Steban est en état d’assister à tout ça, nul doute qu’il doit être ému ; mais il est possible qu’il ait abusé d’alcool à la taverne, et qu’il ne tienne plus debout. Élio espère que le pêcheur sera là pour le féliciter à la fin, qu’il soit qualifié ou non.

Élio a presque envie de se dire qu’il ne sert à rien d’aller plus loin. Là, en terminant le tournoi ainsi, il se sentirait satisfait. Presque. Une part de lui continue de murmurer qu’il faut aller jusqu’au bout, quitte à se tuer à la tâche. Pour gagner de quoi soigner sa mère. Et pour gonfler son égo depuis bien trop longtemps mis en déroute.

Mais malgré tout, il ne se fait pas d’illusions. Il sait qu’il existe des gens bien plus doués et plus forts que lui. Il ne peut pas compter éternellement sur sa vitesse et sa lame. Il sait bien qu’il peut perdre si on le prend au dépourvu, Arya a failli le démontrer au grand jour. Il sait analyser quand il regarde les choses depuis l’extérieur ; mais une fois pris dans l’action, difficile de garder l’esprit clair, surtout quand il se déplace à toute allure en tournoyant. Ses pensées ont tendance à se mélanger, à s’énerver, et il lui arrive de prendre des décisions risquées.

Élio rejoint la file, tout juste soigné. Un arrêt de deux minutes est annoncé par un héraut. Les spectateurs sont harangués par des vendeurs à la sauvette qui proposent collations et boissons. Élio a droit à une gourde d’eau de la part d’une soldate qui en distribue gratuitement aux derniers participants.

Soudain, une main se pose sur le bras d’Élio, qui sursaute. Il pivote et fait face à Arya. La jeune fille vient juste d’être remise sur pied. Elle esquisse un sourire hésitant et tend sa main vers lui :

— Bien joué. C’était un beau combat.
— Merci, lâche-t-il en serrant sa main, gêné.
— J’espère qu’on va pouvoir aller jusqu’au tournoi, continue-t-elle en se tournant vers les gradins.
— Oui, moi aussi.

Il se tait un instant, comprenant qu’elle veut discuter avec lui. Les autres participants ont commencé à parler aussi, devant eux. Sauf l’homme aux pouvoirs sol, qui aime projeter de la boue partout. Lui, il reste volontairement à l’écart, bras croisés. Il doit encore être agacé d’avoir perdu son dernier duel.

— Tu t’entraînes beaucoup ? demande soudain Élio.

Il a envie de savoir comment les autres s’y prennent ; il a l’impression d’être le seul à préférer s’isoler pour développer ses pouvoirs.

— Oui, à cet endroit la plupart du temps. Je t’ai jamais vu dans le coin.
— Je viens de temps en temps, juste pour regarder, répond vaguement Élio.

Arya pointe du doigt le jury, derrière un regroupement de soldats en armure.

— Au fait, tu crois qu’ils vont choisir combien d’entre nous ? Nous tous, ou seulement un ?
— Aucune idée.
— Ce serait stupide de n’en garder qu’un, je trouve, renchérit Arya. On est tous capables de tenir tête à des soldats !

Élio hausse les épaules. Il n’en sait rien, mais pour avoir vu des soldats à l’œuvre, il en doute fort. Ils sont bien plus entraînés qu’eux, après tout. Ils vouent leur vie au combat. Difficile de lutter contre eux. Le tournoi de l’amphithéâtre risque d’être ardu, s’ils l’atteignent. Ce sera déjà un exploit en soi…

— Votre attention, je vous prie ! lance soudain le soldat chargé des annonces.

Le calme se fait rapidement sur le terrain. L’homme, qui a retiré le haut de son armure, sûrement à cause de la chaleur, monte sur l’estrade d’un petit bond.

— Le jury a décidé de choisir les quatre qualifiés !

Le public semble mitigé face à l’annonce ; à la fois intéressés par les résultats finaux, et déçus de ne pas voir plus de combats.

Élio, lui, sent son cœur accélérer dans sa poitrine. Il a beau se dire qu’il n’a pas besoin de stresser, que c’est inutile… il n’y parvient pas. C’est plus fort que lui.

Un soldat saisit soudain le bras d’Élio, et de trois autres.

— Allez devant l’estrade, leur ordonne-t-on à voix basse.

Les quatre qualifiés rentrent sur le terrain. Élio ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire. Alors comme ça, il y aura quatre représentants du peuple au tournoi, rien que ça ! Jamais le Royaume n’aura montré autant d’importance aux classes les plus pauvres, surtout envers la cité des goélises ; c’est plutôt une bonne nouvelle.

Élio constate en s’alignant devant l’estrade qu’il y a cet homme avec ses jets de boue, et un autre plus jeune qui s’est illustré avec son double type roche et combat ; Élio ne les a pas combattus du tout. Il se surprend à être déçu de ne pas avoir pu essayer. L’autre, et ce n’est pas vraiment étonnant, est Arya. Son cocon et sa vampigraine doivent avoir joué en sa faveur.

— Voici les quatre qualifiés pour le tournoi, applaudissez-les !

Le public rugit, vibre et clame sa joie pendant de longues secondes assourdissantes. Le soldat demande le silence et parvient enfin à s’exprimer de nouveau :

— La suite des évènements aura lieu dans sept jours, au grand amphithéâtre. Pour l’occasion, un système de coursiers gratuits a été mis en place sur l’Avenue, afin de vous emmener, vous, gens du peuple, sur place. Pour plus d’informations, veuillez vous adresser à la garde de la ville dès demain. Je me dois aussi de vous indiquer que le tournoi sera étendu sur au moins une journée, en fonction de la durée des combats. Des soldats et des qualifiés issus de la noblesse seront confrontés à ces quatre personnes dans des duels en un contre un. Les trois premiers auront droit à une récompense de renom, qui retentira dans tout le Royaume de Kirazann !

La foule continue d’extérioriser son excitation et sa joie, si bien que le soldat ne réussit plus à continuer et à parler assez fort, même avec l’aide de son kadabra ; mais visiblement, ce n’est pas si important que cela. Il finit par quitter l’estrade.

— Venez avec moi, lâche-t-il aux quatre qualifiés. Nous devons finaliser votre inscription.

Élio emboîte le pas aux autres, alors qu’Arya lui fait un signe positif de la main, et sourit : ils ont réussi.



***


— Ton nom ? demande sèchement un des nobles, une feuille et une plume à la main.
— Élio, répond le garçon.

Visiblement, l’homme qui se tient devant lui avec ces vêtements richement décorés — et son visage saupoudré de… de farine ? — a l’air vexé et dégoûté de lui adresser la parole. Probablement car il est contraint de parler avec le jeune homme, un pauvre issu du peuple. Élio a déjà entendu parler de la haine respective entre nobles et pauvres. S’il n’éprouve qu’une colère sourde envers eux, il sait qu’il faut éviter de la montrer pour ne pas être arrêté par la garde.

Mais apparemment, ça ne fonctionne que dans un sens.

— Tu es en possession d’un double-type ? continue dédaigneusement le noble sans le regarder.
— Oui. Électrique et acier.
— Prends ça.

Le noble désigne un soldat à ses côtés ; il tient à la main un morceau cartonné. Élio l’attrape et se rend compte que c’est assez lourd et que ça tient à peine dans sa paume de main.

— Qu’est-ce que c’est ?
— Ta plaquette. Ce qui prouve que tu es qualifié pour le tournoi. Il te la faudra pour entrer dans l’amphithéâtre en tant que participant. Ne la perds surtout pas. Tu as compris ?

En plus de ça, il le prend pour un imbécile.

— Oui, rétorque-t-il sans afficher plus de politesse.
— Bien, tu peux disposer. Viens à l’amphithéâtre avec un jour d’avance. Tu seras logé et nourri.

Élio acquiesce et n’ajoute rien ; c’est au tour d’Arya d’être interrogée. Il lui fait un bref signe de la main en signe d’au revoir et il s’éloigne, avant de passer entre les soldats qui protègent les nobles ; il rejoint en quelques poignées de secondes l’Avenue de gravier et cherche Steban des yeux. Le pêcheur ne doit pas être loin. Il ne serait pas parti sans lui faire coucou. À moins qu’il ne soit réellement saoul...

— Élio !

La voix, reconnaissable entre mille, arrache un sourire rassuré au jeune homme. Il pivote et voit enfin arriver Steban, le visage un peu trop rouge et la démarche pataude. Son chapeau de paille est de travers sur sa tignasse grise.

— T’es qualifié, c’est dingue ! lâche le pêcheur en s’arrêtant devant lui et en posant une main sur son épaule.
— Tu crois que tu pourras venir à l’amphithéâtre, dans une semaine ?
— Bien sûr ! Les carrioles s’ront gratuites, j’vais pas m’priver !
— J’aurais au moins un supporter au tournoi, plaisante Élio.

Steban ne saisit pas la légèreté de ses propos et devient plus grave, avant de dire de sa grosse voix étrangement sourde :

— T’sais, Élio, j’peux t’dire une chose : t’as un sacré nombre de gens qui voulaient qu’tu gagnes. Maintenant qu’vous êtes quatre du peuple à être pris, j’peux t’dire qu’tu vas entendre nos voix, dans l’amphi !

Élio, embarassé, ne sait pas quoi répondre.

Il a déjà l’esprit un peu embrumé après la compétition qui aura duré presque toute la journée. Mais il a des objectifs clairs en tête : profiter des prochains jours pour améliorer sa capacité de type acier. Il s’est bien rendu compte qu’elle est trop coûteuse en énergie, et à raison : il ne l’utilise pas assez souvent.

L’entraînement, c’est la clé de la réussite.

Le tournoi peut lui permettre de soigner sa mère et de devenir quelqu’un : il ne peut pas faire machine arrière maintenant, ou hésiter. Il doit aller de l’avant et tout donner pour gagner.



***


Sœlis est restée silencieuse sur le chemin de retour au château. Même passées les portes de la citadelle sous la protection de Kashim, elle n’ouvre pas la bouche. Ses oreilles sifflent, à force d’avoir été malmenées par les cris du public. Elle revoit danser devant ses yeux les attaques des concurrents. Les combats. Violence et élégance mêlés.

Elle a l’impression de rater quelque chose d’important ; contrairement à tous ces gens, elle n’a pas de pouvoirs. Elle vit comme un humain de type normal, sans aucune faculté, sans aucun talent particulier, sans rien. Ses pouvoirs ne se sont toujours pas révélés. Son père va encore être déçu. Et elle aussi.

— Vous allez bien, ma Dame ? s’inquiète Kashim après avoir ramené l’arcanin aux écuries.
— Oui, tout va bien, répond-elle en forçant un sourire de façade.

Le Kerchakh l’observe un moment sans rien dire, et tourne la tête pour l’emmener vers ses quartiers. Sans doute a-t-il compris d’où vient le problème, mais dans tout son respect pour elle, il préfère éviter d’aborder le sujet ? Tant mieux, Sœlis n’a pas la tête à discuter.

Après quelques minutes de marche dans les couloirs du château, elle atteint sa chambre, et remercie Kashim de sa présence ce jour-ci. Le Kerchakh s’incline, poing sur le cœur.

— Ce fut un honneur, ma Dame.

Et voilà qu’il tourne les talons pour s’éloigner dans un corridor tapissé de rouge et d’or. Il a sûrement d’importantes choses à faire. Peut-être se rendre à la carrière pour déterrer des artéfacts. Ou bien faire un rapport à son père, Mharcus.

Sœlis s’enferme dans sa chambre et va s’asseoir dans un long canapé en cuir de frison. Elle tourne la tête vers la fenêtre, et se souvient qu’elle porte des vêtements guère adaptés à sa prestance. Elle se change pour une ample robe pourpre, et se vernit les ongles avec concentration, espérant que ça va lui changer les idées.

Mais rapidement, elle se rend compte que non.

En plus de ses doutes et de sa déception, elle comprend qu’elle a hâte. Hâte de voir d’autres personnes s’affronter dans l’amphithéâtre. Elle se demande qui parmi la noblesse et les soldats du Royaume ont été choisis…



***


Les quartiers secondaires du château sont en ébullition. Dans la salle de cérémonie préparée pour l’occasion, des centaines de nobles et de serviteurs se faufilent, discutent, et grignotent de petits fours concoctés par les meilleurs cuisiniers du Roi.

La salle, immense, au plafond voûté en verre, permet de diffuser la lumière naturelle du soleil à l’intérieur de la pièce. Les colonnades soutiennent un second étage en terrasse, qui fait également tout le tour du bâtiment dans un joli enchevêtrement de balcons et d’escaliers. Tapisseries, tableaux, bustes de marbre et pots de fleurs colorées enrichissent une décoration déjà surchargée au naturel. Les chandeliers et les lustres sont illuminés de milliers de bougies, alors que la nuit commence à tomber par-delà la voûte transparente.

Assis à une table à l’écart, un noble, d’une vingtaine d’années, est installé entre deux jeunes femmes de son âge. Ils discutent gaiement autour d’une coupe de vin, tandis qu’un serviteur dépose de quoi manger devant eux ; le garçon le remercie gracieusement d’un geste de la main et lui fait signe de s’éloigner, ce que le servant s’empresse de faire.

Natael d’Orthalos a beau être jeune, il est le chef de sa lignée depuis plusieurs mois. Sa présence inspire dégoût, révulsion… mais aussi et surtout, il intimide et se fait respecter malgré les rumeurs circulant à son sujet. La famille d’Orthalos est un grand nom de l’Histoire du Royaume, et personne ne se risque à le critiquer publiquement.

Natael passe une main sur ses cheveux courts coiffés à la perfection. Son costume trois pièces coûteux, d’une belle couleur bleu marine, et ses ongles manucurés, montrent qu’il tient à son image. Ses yeux gris cachent non sans mal une certaine arrogance ; mais son charisme est ce qui ressort le plus dans sa voix grave et modulée.

— Tu attends encore les résultats, Natael ? demande une des filles à ses côtés.
— En effet, répond-il sereinement, avec un léger sourire en coin.
— Et tu penses être choisi ? s’enquiert l’autre. Le Roi n’a pourtant jamais été très proche de ta famille, si ?
— Et alors ? rétorque Natael en posant sa coupe sur la table devant lui. Il n’a pas à être subjectif. Ma famille a été à la tête de la noblesse pendant plusieurs générations. C’est évident que je vais être choisi.

La salle s’agite autour d’eux. Fébriles, les nobles semblent se tourner vers l’entrée de la salle de cérémonie. Serait-ce le Roi, qui vient d’arriver, ou…

Une nuée de serviteurs, comme des apitrinis en quête de miel, arrivent et se dispersent dans la salle, avec des papiers à la main. Les résultats, enfin !

Un homme s’incline devant Natael en lui tendant une enveloppe. Ce dernier la saisit et la déchire négligemment du bout des doigts. Il en sort une feuille.

Et esquisse un sourire carnassier. Il est en tête de la liste des nobles choisis. Comme il l’a espéré.



***


La caserne est aux abois. Les bruits d’Hymnus se sont tus peu avant la tombée de la nuit, mais il paraît évident que de la tension crépite dans l’air ambiant.

Plus de dix garnisons royales sont en ce moment-même dans la cour principale ; les bâtiments de la caserne, sombres, s’élèvent autour d’eux et imposent leur ombre sur les pavés malgré les torches et les pokémons feu chargés d’éclairer les lieux.

En rangs parfaitement ordonnés, soldats, sentinelles, cavaliers et gardes de la ville attendent l’arrivée du commandant de l’Armée de Kirazann, censé leur apporter les résultats des différentes qualifications.

Tout au fond, dans le dernier rang de la plus petite des garnisons, coincée entre deux hommes à l’air patibulaire, se tient une jeune femme, droite et fière. Les poings serrés, on sent une certaine inquiétude dans ses traits doux. Ses grands yeux bleus et ses longs cheveux attachés et teints d’un violet pâle sont ses principaux signes distinctifs ; ainsi que le petit tatouage rouge à peine visible tout en haut de son front, entre quelques mèches éparses.

Vêtue d’une tenue légère de fantassin, elle paraît de prime abord être une soldate tout juste recrutée, ou en période d’essai. Mais une petite broche à son épaule indique qu’elle est gradée. Elle n’est ni de seconde classe, ni de première. Non, elle est sergente. Elle est la plus jeune chef de garnison du Royaume.

Enfin, après une longue et interminable attente dans la pénombre, quelqu’un apparaît sur la grande terrasse des officiers. Derrière la balustrade blanche apparaît le commandant de l’Armée de Kirazann, éclairé par les doux rayons d’un groupe de mucioles chargés d’illuminer la scène.

« La Main de Fer ». C’est ainsi qu’on surnomme le Commandant Joyalis. Sa sévérité n’a d’égales que sa droiture et sa franchise.

— On a les résultats ! annonce-t-il sèchement sans aucun préambule.

Il attrape la feuille que lui tend un de ses officiers et la tient devant lui, à la lueur d’une torche, avant de lancer d’une voix forte :

— Comme vous le savez, y’aura trente-deux participants en tout. Onze nobles ont été choisis tout à l’heure. Je vais pas vous donner leurs noms, on a autre chose à faire, mais je peux vous assurer qu’il n’y aura pas d’obstacles infranchissables pour les meilleurs d’entre vous ! Vous êtes des soldats, des combattants, alors je compte sur vous pour leur faire ravaler leur fierté !

Il se tait un instant, et abaisse un peu la feuille avant de rire devant les soldats au garde-à-vous.

— Ils ont même choisi quatre gamins de la cité des goélises ! C’est navrant, vraiment…

La jeune femme, au milieu de ses hommes, hausse les sourcils, incrédule. Il y a vraiment des gens du peuple qui savent se battre assez bien pour participer à l’évènement ?

— Voilà, enfin, j’ai les chiffres sous les yeux, gronde le Commandant Joyalis. Dix-sept d’entre vous ont leurs noms écrits juste ici, sur cette feuille. Je vais les lire. Vous viendrez me rejoindre à l’appel, sur la terrasse, pour qu’on aille discuter dans la caserne. Je vais vous briefer, et vous allez suivre un entraînement intensif le temps que le tournoi arrive, vous allez voir !

Un frisson d’appréhension parcourt les rangs des soldats. Les entraînements paraissent déjà assez intensifs au quotidien, alors si le commandant lui-même avoue qu’ils seront difficiles… c’est qu’il doit s’agir d’une méthode particulièrement éprouvante.

La jeune femme tressaille quand les noms jaillissent des lèvres du commandant. Elle baisse la tête, tremblotante. Trois soldats sont appelés. Quatre. Cinq. Six. Sept.

Elle s’est tellement donnée pour être choisie ! Elle est montée en grade récemment, et elle a su se faire remarquer lors de ses missions. Sans compter ses entraînements quotidiens.

Elle a eu bon espoir.

Maintenant qu’elle est là, elle ne se sent plus capable de rien. Elle s’en veut. Elle est sûrement trop confiante. Qui dit qu’elle va vraiment être choisie parmi toutes ces garnisons ? Tous ces hommes aguerris ? Tous ces…

— Ambre Karalune !

La jeune femme sursaute, et ses hommes la félicitent à voix basse, tout sourires.

— Allez-y, chef ! l’encourage son bras droit.
— Courage ! renchérit un autre.

Ambre quitte les rangs de ses hommes, et la tête droite, se surprend de nouveau à sourire. Elle a réussi. Pour de vrai !