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Le Royaume de Kirazann : Les Sources de Vie de Lief97



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Informations

» Auteur : Lief97 - Voir le profil
» Créé le 01/10/2018 à 18:31
» Dernière mise à jour le 11/11/2018 à 23:43

» Mots-clés :   Aventure   Cross over   Fantastique   Médiéval   Mythologie

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Chapitre 5
« Le Culte d’Arceus est la plus ancienne religion connue. Sa naissance remonte même au-delà de l’Ancien Temps dont nous savons si peu de choses ; mais déjà en ce temps-là, le Culte n’était plus guère que l’ombre d’une croyance. Aujourd’hui, bien qu’il y ait des monastères et des religieux à Kirazann, il va sans dire que la religion relève désormais d’un mode de vie plutôt exotique, auquel peu d’habitants prête d’importance. »

Extrait d’un discours du Grand Prêtre du Culte d’Arceus.



***


Sœlis a rarement vu des combats pareils. Il lui est arrivé d’assister à des duels entre pokémons dressés, et ça ne lui a jamais vraiment plu. Elle n’en comprend ni l’intérêt, ni le besoin. Les pokémons sont des animaux de compagnie, pas de vulgaires esclaves combattants sous les ordres de leur maître.

La jeune femme ne s’est absolument pas attendue à ce que ces duels entre humains soient si… sauvages ?

La violence n’est pas une chose qu’elle a expérimenté de ses propres yeux très souvent ; voir ces combats s’enchaîner devant elle, assister à des échanges à distance fulgurants ou à de violents coups de poings agrémentés de flammes et de glace, c’est quelque chose de déstabilisant. Elle en est même venue à se demander pourquoi ces gens donnent toute cette énergie dans ces duels si hargneux.

Passé les premiers combats, elle a commencé à s’habituer. Pas totalement, mais assez pour avoir l’esprit d’analyser les choses plus en profondeur.

Elle remarque vite, tout comme ses cours le lui ont appris, que la plupart des gens ne maîtrise qu’une capacité, ou alors un panel d’attaques limités à un seul des types connus. Qu’il s’agisse d’attaques psychiques, ténébreuses, combat ou feu, les participants n’ont généralement qu’un seul type.

Sœlis sait que ceux-là ont peu de chances d’être qualifiés. Les soldats d’Hymnus sont immédiatement rejetés des garnisons les plus importantes s’ils n’ont pas de double-type. C’est une chose terrible pour eux, qui se cantonnent à des grades de bas-étage toute leur vie, mais c’est nécessaire. Qui dit double-type dit facultés plus nombreuses et plus variées. Et c’est quelque chose dont les heureux élus du tournoi auront besoin pour protéger Sœlis, et la guider aux Larmes d’Arceus avant l’arrivée des Ombres.

La jeune femme a cessé de se crisper à chaque attaque. Maintenant, elle commence à mieux saisir les enjeux, à vouloir prédire qui gagne le match. Ce n’est pas très difficile ; il y a un bel écart de niveau entre les participants. La plupart semblent maîtriser très peu leur force, et ne sont guère précis. Mais d’autres se détachent incontestablement du lot.

Un jeune homme, sûrement de type sol, utilise une technique… plutôt peu ragoûtante, mais efficace. Avec des tirs de boue à haute-pression, il assomme ses ennemis à distance. Il réussit à les maintenir loin de lui en abusant d’autres jets de terre, de bombes de glaise et autres nuages sableux ; il semble invincible à chaque combat, tant il est intouchable.

Le jury, resté derrière l’estrade, élimine de plus en plus de combattants. Il n’en reste plus qu’une trentaine, maintenant. Sœlis les a tous vu passer au moins une fois. Elle est intriguée par une fille, de type plante, capable de maîtriser une écosphère à distance, relativement précise, mais qui peut également faire jaillir des racines du sol pour immobiliser ou ralentir l’ennemi. Elle a du mal à choisir entre elle et le type sol.

Comme Kashim se tient près d’elle, silencieux, depuis près d’une heure, à observer conjointement le terrain et les spectateurs devant eux, elle se décide à lui demander :

— Vous trouvez qu’ils sont doués ?

Le garde du corps marque un léger temps de surprise. C’est la première fois que ses sourcils se haussent sur son visage de pierre. Même s’ils ne se sont déplacés que d’un petit millimètre, la différence a été flagrante.

— La plupart ne me paraissent pas très aguerris, ma Dame, lâche-t-il vaguement.
— Vous n’avez pas… une idée de qui pourrait gagner ? J’ai l’impression que la fille de mon âge, et ce garçon aux pouvoirs de type sol… sont plutôt impressionnants.
— Vous voulez que je vous fasse mon pronostic ? s’étonne Kashim en la regardant furtivement.

Sœlis acquiesce en souriant. Pendant ce temps, un nouveau combat démarre. Kashim toussote et fixe ses yeux sur la file de participants, le long du terrain.

— Et bien… j’ai l’impression que la jeune fille aux pouvoirs plante n’est pas assez puissante pour contrer les autres sur le plan physique. En plus de ça, son écosphère manque de vitesse et a des trajectoires trop rigides et prévisibles. Quant au garçon de type sol, il est vrai que sa technique fonctionne ici, mais le jury est là pour trouver un soldat. Il se contente d’une stratégie qui marche contre des gens inadaptés à sa capacité, et n’a pas l’air de savoir faire autre chose. Je doute que ce soit utile en situation réelle.

« Sans compter que toute cette boue est extrêmement salissante. » songe Soelis en hochant la tête devant les remarques intelligentes du Kerchakh. Ce dernier hésite et continue :

— Si je devais voter pour quelqu’un, je dirais l’homme aux cheveux blonds. Il a un double-type, combat et roche. C’est un excellent guerrier au corps-à-corps, même s’il manque d’agilité.
— Donc pour vous, c’est aussi un double-type qui va l’emporter ?
— Oui, ma Dame. C’est ma supposition. Il est très dommage que ce garçon de type électrique ne sache que se déplacer à grande vitesse. Avec un double-type, il aurait toutefois été mon favori.

Sœlis met un peu de temps à se rappeler de qui parle Kashim. Elle aperçoit la silhouette du jeune homme en question dans la file. C’est lui dont elle a croisé le regard avant d’atteindre les gradins. Elle l’a vu à l’œuvre et a été abasourdie par sa vitesse ; en se propulsant dans les airs à l’aide d’onde de choc partant visiblement de ses jambes ou de ses semelles, il a réussi à éviter plein d’attaques.

Mais elle n’a pas été plus intéressée que ça. Il a tendance à faire durer les combats, à épuiser l’adversaire, et à l’achever d’un coup de poing un peu faiblard. C’est une stratégie à la fois physique et psychologique ; il joue sur le fait que l’ennemi soit déstabilisé de ne jamais toucher sa cible, et lui porte un coup fulgurant pour lui faire comprendre à quel point c’est simple de l’atteindre.

— Il manque de puissance au corps-à-corps, lâche Sœlis à mi-voix.
— En effet, ma Dame, répond Kashim, surpris par son ton pensif.

Il la regarde avec un brin d’inquiétude, mais ne saisissant rien d’autre chez elle que sa concentration portée sur le combat en cours, il retourne à sa surveillance de garde du corps, ne regardant les combats que par intermittence.



***


Heureusement que l’équipe des soins est capable de guérir les participants et de leur rendre un peu d’énergie. Élio commence à ressentir de la fatigue, à force de tourner autour de ses ennemis pendant les duels. Il a eu du mal avec le dernier, et s’est pris plusieurs petits coups un peu partout. Mais les bleus et les coupures, très superficiels, ont vite disparus sous les ondes des vibra-soins.

Le jeune homme est devenu plus inquiet encore qu’au matin. À force d’avancer dans cette compétition, il ne reste maintenant que les meilleurs, et la différence se ressent. Le public est plus attentif, plus bruyant lors des victoires in extremis, et les concurrents plus méfiants les uns des autres.

La tension crépite en continu dans la file. Élio sent qu’il est observé. Il se doute que quelques-uns de ses futurs ennemis, devant ou derrière lui dans la queue, songent à un moyen de le vaincre, lui et sa grande vitesse.

Jusque-là, il n’a pas encore utilisé son second type. Il doute encore de devoir le faire ; mais il sent qu’il le faudra bien. Ce gars, avec la boue qu’il projette autour de lui presque en cascade, comme un mur, risque de lui donner du fil à retordre. Même à grande vitesse, ça risque d’être difficile de l’approcher. Et contre un type sol, il est grandement désavantagé. Ses attaques électriques feront peu ou pas de dégâts, et les torrents de boue risquent de lui occasionner des irritations douloureuses ou des allergies très handicapantes… si ce n’est pire.

Élio soupire. Ce n’est pas vraiment qu’il a honte de son double-type, non… Mais il sait s’en servir pour une seule chose. Une chose difficile, qui demande une forte concentration, et qui lui pompe pas mal d’énergie d’un seul coup. Il se demande s’il aura assez de répit pour avoir le temps de l’utiliser.

— Combat suivant !

Élio déglutit et entre sur le terrain, suivi par cette fille aux pouvoirs plante, dont il sait qu’elle s’appelle Arya. Il a entendu plusieurs garçons lui demander son prénom plus tôt ; elle leur a répondu la première fois, puis leur a gentiment ordonné d’aller se faire voir quand ils ont commencé à lui proposer de devenir amis. Elle n’a pas l’air commode, et ce ne sont pas ses sourcils constamment froncés qui disent le contraire.

Élio se place à quelques mètres d’elle. Il n’attend pas le cri du soldat pour se mettre en position, incliné en avant et jambes fléchies. Des étincelles courent déjà le long de ses jambes, alors que le public retient son souffle.

— Allez-y ! lance le soldat.

Aussitôt, Élio se volatilise dans un flash et la traînée foudroyante l’accompagne tout autour du terrain.

La fille, immobile au centre, ne fait rien.

Élio comprend son choix ; elle sait que ses écosphères maladroites ne seront pas utiles face à une telle vitesse. Elle veut l’attendre au corps à corps.

Le jeune homme, tournoyant à trois mètres au-dessus du terrain, fond sur elle sans hésiter plus longtemps. Comme il s’y est attendu, des racines jaillissent du sol devant elle pour la protéger. Mais Élio bifurque en cours de route. Sa trajectoire brusquement modifiée provoque une onde électrique derrière lui, n’aidant pas Arya à savoir où il se trouve dans cette traînée lumineuse.

Il passe dans son dos et charge sur elle. Il croit se souvenir que cette capacité est nommée "éclair fou", lorsqu’il s’agit de combat pokémon. Arya est projetée contre son mur de lianes et lâche un cri de douleur. Soudain, deux écosphères jaillissent de chacune de ses mains ; Élio recule, et grâce à sa vitesse plus que suffisante, évite les sphères verdoyantes.

Il remarque soudain Arya effectuer un étrange moulinet avec ses mains ; pensant qu’elle prépare une attaque, il attend un peu et continue de former un cercle électrique autour d’elle.

Puis, soudain, une attaque le frappe dans le dos.

Il tombe à terre, stupéfait et le souffle coupé. Une des écosphères ?

Il aperçoit la deuxième, à l’entrée du terrain, en suspension dans les airs. Alors comme ça, elle est capable de les immobiliser et de les réutiliser ?

Élio évite la deuxième en se projetant à l’aide d’un choc électrique ; il se doute que d’autres participants font comme lui. Ils cachent sûrement tous une botte secrète. C’est la meilleure stratégie pour l’emporter, après tout.

Toujours un peu déboussolé par la capacité d’Arya, le garçon se fait surprendre par une racine qui le saisit à la cheville alors qu’il vient de ralentir. La traînée électrique disparaît et le garçon est irrémédiablement attiré au sol et tiré en direction de la fille. Pris d’un violent sursaut — il doit gagner à tout prix ! — il se débat pour se débarrasser de la liane, sans succès.

Il tend les mains vers la fille et fait exploser un faible coup d’jus ; il est fatigué et sa puissance en pâtit. La fille n’a même pas besoin de se protéger. Elle supporte le coup avec une grimace douloureuse.

Soudain, plutôt que d’utiliser une écosphère à bout portant, elle fait apparaître une graine verte dans le creux de sa main, et la lance sur Élio. Ce dernier sursaute, se débat de nouveau sans comprendre ce qu’elle vient de faire, et… la racine le lâche.

Il recule, méfiant et souhaitant économiser ses forces. Mais Arya se contente d’un sourire narquois et lui lance :

— Bonne chance !

Et là, autour d’elle, des racines et des lianes jaillissent du sol et enferment la jeune fille dans un cocon protecteur. Un épais amas végétal la sépare désormais de lui.

Élio baisse les yeux sur son torse et comprend son erreur.

La graine germe à vue d’œil. De fines racines translucides s’agrippent à ses vêtements. Le bourgeon s’entrouvre et une lueur verte en émane par intermittences. Élio, stupéfait, se sent soudain un peu plus mou. Il comprend.

Une vampigraine.

Arya a caché plus d’un tour dans son sac ; en un sens, Élio se sent plutôt fier qu’elle ait été obligée de s’en servir contre lui. Il est vrai que les écosphères ne lui auraient pas fait grand-chose, même à courte distance.

Mais de cette manière, elle peut l’avoir à l’usure.

Le public vient de comprendre ; il rugit, applaudit, hue et encourage Élio. Le garçon se relève en chancelant. La germe sur son corps continue à s’illuminer de vert. Elle draine son énergie petit à petit. Il peut s’évanouir en quelques minutes, ou moins ; tout dépend de la puissance de cette petite vampigraine.

Élio s’approche du cocon de racines. Enveloppant son poing d’électricité, il frappe la surface. C’est dur, très dur, et c’est surtout son poing qui le sent passer. Les lianes s’agitent à l’endroit qu’il a fragilisé ; le creux est comblé en moins de cinq secondes.

Deux solutions : enchaîner les coups à cet endroit quitte à mourir de fatigue avant de pouvoir affronter Arya à l’intérieur, ou… utiliser son deuxième type.

Il lui suffit de penser à sa mère, même une seule seconde, pour savoir ce qu’il lui faut faire.

Il recule un peu, s’immobilise et prend une grande inspiration. Il tend les mains devant lui et ferme les yeux. Il espère secrètement que la vampigraine n’a pas trop drainé d’énergie ; auquel cas il va s’évanouir instantanément. Le contrecoup risque d’être terrible.

« Inutile de réfléchir. C’est maintenant ou jamais. » songe-t-il avec force.

L’air ondule devant lui. Les atomes eux-mêmes semblent presque frémir. Des étincelles bleutées crépitent sur ses bras. Une fine fumée semble s’élever entre ses doigts.

Puis, une forme se dessine en lévitation devant lui. Une silhouette longue, effilée. L’air se solidifie lentement. Élio lâche un grognement sourd et ses jambes tremblent violemment. Le coup dur, classique, du début de son attaque, lui sape ses dernières forces. Mais ça va, il n’est pas évanoui. Il a peut-être encore le temps de venir à bout du cocon végétal.

L’épée prend forme devant lui ; la lame de métal se met à luire, à briller, à s’acérer d’elle-même. Un petit flash lumineux, et un claquement puissant retentit dans l’air, parfaitement audible par-dessus le silence qui a envahi les gradins.

L’épée tombe dans l’herbe. Élio se penche, l’attrape souplement et frappe le cocon avec dextérité. Des lianes sont découpées nettement et s’agitent dans l’herbe comme des tentacules vivants. Élio frappe la base du cocon une nouvelle fois. La structure s’agite, s’affole, et semble s’affaisser un peu. On sent transparaître la surprise et la crainte d’Arya à l’intérieur.

— Allez ! grogne-t-il entre ses dents.

Un coup, un autre. Des racines tombent, d’autres les remplacent. La vampigraine s’éclaire de plus belle. Élio sent ses forces le quitter lentement.

Pris de rage face à son impuissance, il sent l’adrénaline monter, exploser dans ses biceps. Il tranche d’un coup la paroi du cocon. Il voit le visage d’Arya de l’autre côté ; celle-ci observe avec effroi la lame qui est passé à moins de trente centimètres de son visage. Oubliée, son arrogance !

Elle défait le cocon d’elle-même ; et prépare aussitôt une écosphère en comprenant que le corps à corps n’est pas la solution. Élio sait aussi qu’il n’a pas le droit de la mutiler ; donc pas d’armes en acier.

Il lâche l’épée et rassemble tout son énergie dans une ultime charge électrique. Il fonce en avant sans attendre. L’écosphère fait de même.

Une onde de choc bien ajustée fait dévier la balle verte vers le ciel, où elle explose, trop instable pour continuer sa route. Le garçon percute de plein fouet Arya ; cette dernière est touchée à la tête. Elle s’effondre sans un bruit, et Élio comprend qu’il a gagné. De justesse.

Il s’arrête, et se sent chavirer près de son adversaire. Puis, comprenant qu’il va s’évanouir, il grommelle, un peu comme l’aurait fait Steban… avant de s’écrouler dans l’herbe, inconscient.



***


Le duel va de retournement de situation en retournement de situation.

Sœlis a accroché de plus en plus à l’ambiance générale : à savoir à la stupéfaction qui paralyse les spectateurs. Ces écosphères téléguidées d’abord, ont même fait lâcher un soupir surpris à la jeune femme. Même Kashim, accaparé par son rôle de protecteur, a haussé un sourcil face à cette petite nouveauté.

Sœlis a ensuite été subjuguée par les enchaînements de la fille de type plante. La liane qui a saisi le garçon si rapide, et lui a permis de lancer sa vampigraine en plein sur le torse de son adversaire, a de quoi être impressionnant. C’est une méthode rarement utilisée, mais qui semble pouvoir payer.

Bon, la suite a été un peu plus décevante. La fille s’est enfermée dans un cocon pour attendre que le garçon tombe de fatigue à cause de l’énergie perdue. C’est une stratégie moins noble, qui ne plaît pas beaucoup à Sœlis. Après, c’est sûrement le meilleur moyen de l’emporter contre un garçon aussi rapide et insaisissable.

Ce dernier a l’air perdu ; il reste immobile plusieurs secondes pendant que le public hurle. Beaucoup l’encouragent, remarque la jeune héritière. Elle comprend qu’on puisse le préférer à la fille. Sa manière de se mouvoir est plus impressionnante. Plus remarquable. Mais son pouvoir peut-il lui permettre de continuer ?

Kashim s’agite à sa gauche. Sœlis le regarde d’un air intrigué. Il la remarque du coin de l’œil et s’explique :

— C’est un double-type, ma Dame.
— Quoi ?
— Regardez. Il prépare quelque chose.

Sœlis observe le garçon. Il est debout face au cocon végétal, les bras tendus devant lui. L’air semble chauffer entre ses mains. Un scintillement est produit sous ses doigts.

Elle ne s’est pas attendue à ça ; à ce stade de la compétition, ceux qui ont un double-type s’en sont tous déjà servis. Du moins, c’est ce qu’elle a cru, avant cet instant. Elle s’en veut d’avoir jugé si vite ce participant. Il cache peut-être quelque chose de plus intéressant que la fille de type plante ?

Une épée se matérialise devant lui dans un bref claquement sonore ; mais il s’affaisse de fatigue, épuisé par l’effort. Sœlis, elle, ne comprend pas.

— Qu’est-ce qu’il a fait ? s’étonne-t-elle. Il a téléporté une épée ici ?
— Non, ma Dame, si je peux me permettre, intervient Kashim. Je crois qu’il est de type acier. Il vient de créer du métal à partir de l’air.
— C’est… c’est possible, ça ?
— Je n’avais jamais entendu dire que ce pouvoir existait, ma Dame, mais beaucoup de variantes de capacités me sont inconnues. Je suppose que c’est la seule capacité qu’il maîtrise avec ce type-là.
— Impressionnant… souffle-t-elle.

Les types acier sont assez rares, ce qui explique peut-être le manque d’informations à leur sujet. De par leur nature organique, les hommes sont rarement aptes à contrôler les métaux. Les pokémons, eux, ont généralement une carapace de métal comme les galekings, ou sont eux-mêmes des épées vivantes, comme les exagides. Il est rare même chez ces créatures de créer de l’acier à partir de… de quoi ? De l’air ?

Sœlis sent tout de suite que ce garçon cache un potentiel sûrement bien plus grand que ce dont elle s’est doutée. Et voilà que le jeune homme se reprend et commence à trancher le cocon.

Ce dernier finit par s’ouvrir ; la fille à l’intérieur le fait disparaître et recule précipitamment. Sœlis imagine bien qu’elle doit être stupéfaite et prise au dépourvu.

Le garçon utilise de nouveau ses pouvoirs électriques pour l’assommer ; mais visiblement, il est aussi à bout. Il vacille un instant près d’elle, et s’écroule à son tour. Est-ce une victoire pour lui, ou une égalité ? Si le tournoi avait été organisé à partir du nombre de victoires, il aurait probablement gagné. Mais là, peu importe qu’ils gagnent ou perdent. Le jury ne gardera que ceux possédant les meilleurs pouvoirs. Et il est devenu évident que ce garçon — et dans une moindre mesure, la fille de type plante — vont en faire partie.

Des soldats et le personnel de soin accourent sur le terrain alors que les conversations agitées s’amplifient dans le public endiablé. Sœlis aperçoit des bourses et des pièces changer de main. Ça lui rappelle brièvement où elle se trouve ; dans une ville où les gens font tout pour gagner leur vie. Même d’obscurs paris sur des combats.

Elle reporte son regard sur le terrain ; vu le nombre de participants, elle va devoir rester là une heure ou deux, maximum. Elle se rend compte soudain que ce n’est pas vraiment ennuyeux, au contraire. Elle a même très envie de voir la suite, maintenant.

Mais les prochains duels seront-ils aussi intéressants ? Elle se surprend à en douter. Kashim se tourne vers elle :

— Je dois vous avouer, ma Dame, que ce garçon est très prometteur. Le Roi sera heureux d’apprendre que nous pouvons trouver des soldats intéressants même parmi les gens du peuple.

Sœlis acquiesce en souriant, sans savoir quoi répondre. Elle se sent plutôt excitée à l’idée d’assister dans quelques jours au véritable tournoi. Il y a déjà un bon niveau ici, alors elle n’ose pas imaginer l’amplitude des duels à l’amphithéâtre.